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instants philosophie

Antérieurement au moi

19 Septembre 2020, 07:18am

Publié par pascal doyelle

Le moi, le ‘moi-même’ ne se visualise que dans l’immédiateté et l’immédiateté de ses propres considérations, et de sa considération en propre et de croire qu’il est tout étalement donné là avec le monde. Sa vie est tout entièrement cela même qu’il doit réaliser.

Mai cette immédiateté est en elle-même déjà une médiateté (que le moi prend comme donnée, puisque cela lui facilite la vie, et qu’il peut re-combiner par-dessus sans se prendre la tête ; par ailleurs et cela est essentiel, il n’est pas nécessaire de savoir ce qu’il fait pour être libre ; on invente naturellement, selon cette médiateté constante de base ; aussi une très forte contrainte du groupe, du groupe très ancien, qui a régulé notre vie humaine durant des millénaires, une telle contrainte était nécessaire, sans laquelle chacun s’en irait gambader dans tous les sens, or la culture, la communication et la transmission, très précise, constituait le trésor de ces tribus).

Donc.

Sa vie est tout entièrement cela même qu’il doit réaliser. Ce poids repose sur ses épaules et l’étouffe quasi-complètement, parce que c’est une lourdeur irréaliste ; on ne peut pas « se réaliser » ; c’est ce qui ne se réalisera jamais qui nous intéresse et on avance même que c’est cette partie-là, irréalisable, qui rend possible qu’il y ait une telle réalisation, que l’on ait une-vie et que notre condition réelle dépendra de la compréhension que l’on a de l’ir-réalisation ; quelque réel n’arrivera pas, pas via le monde, le vécu, le relationnel ou le corps ; ça n’est pas là que ça existe.

Le moi suit parfaitement dès lors l’appréciation habituelle de la science et de la raison, du réalisme qui concentre tout ici et maintenant (de même que Descartes situe ici même l’origine de la pensée, et pas ailleurs ni en elle-même, le moi est tel le sujet mais rendu abstrait et mortellement évidé, qui ne se voit plus dans ce qu’il voit, de même qu’il croit en son objet de désir, comme si l’objet était la véritable raison du désir) ; principe réaliste qui veut que le donné seul explique le donné (et qu’alors selon le passé ou l’essence enfermée des choses et des êtres) ; principe qui pèse de tout son poids. Pareillement le moi, dont la possibilité s’acquiert après la révolution, lorsque chacun peut, enfin, se permettre d’être à lui-même son propre jugement (échappant à l’église, l’ordre social, mais non pas au capitalisme déchaîné, règne des objets produits et donc produisant les désirs, effets d’effets) le moi est tout entier accaparé par sa réalisation ; il va tout mettre en œuvre afin que devienne réel tout le possible ; de là qu’il y eut d’innombrables inventions, technologies, entreprises individuelles, récits de roman puis cinématographiques, et d’innombrables sortes de mois, d’innombrables vécus, tout s’étant démultiplié, et la révolution en décentralisation le régime de décisions possibles, rendues donc individuellement et non plus selon les traditions ou selon les ordres sociaux habituels, la révolution consiste précisément en cette décentralisation qui augmente considérablement la complexité, qui requiert elles-mêmes d’être gérée ou créée.

Or alors que le moi est empli de quantités faramineuses, ce sont autant de contenus dont il ne sait plus quel est le mouvement. Mais il n’est pourtant pas objet parmi les objets, il est la Chose innommable, et le cœur noir des objets. Le regard qui ne se voit plus.

Et même il finit par croire que ce sont ces contenus qui le composent et qu’il est, lui-même, rien, sinon le mouvement imprimé par les choses, ses objets de désir, ces désirs eux-mêmes, ces « pulsions ». Aussi lorsque manquent les objets, tout désir s’éteint, dans la singulière dépression (qui est le manque du manque, l’absence de désir mais aussi l’impossibilité de créer quelque intentionnalité que ce soit, le vide, et donc l’angoisse pure et brute, la révélation que « voilà ça n’est que ça, c’est rien, rien du tout », en quoi on reconnaîtra Céline et l’horreur de la vie, ou la psychanalyse ou Sartre ou Kafka, qui ne sait même plus pourquoi existerait une Loi, tant la dérision s’est étendue à tout et partout, n’existant plus que des contenus sans mouvement réel).

Ceci en partant du principe général que le donné explique le donné et que l’on est la proie de pulsions ou l’effet de toutes ces causes (passées ou immédiates), le moi comme effet synthétique vague, et tel qu’il se désigne ; un bricolage et souvent un bricolage tordu. Alors que le moi se tient du sujet lequel est en-avant et n’est ni passé, ni immédiat.

Qui ne sait plus quel est le mouvement et plus même si il y en a un, de mouvement. Tout accaparé qu’il est de tous ces contenus (qu’il a démultiplié et que la révolution a continué d’ouvrir pour lui, comme des paquet-cadeaux, des noëls continuels), il adore le monde et ses objets comme une toute unanime réalisation de soi-même, de ce que l’on est, et désespère que le monde et la vie le trahissent. Ce qui viendra. Et il vaut mieux, au fond, qu’il comprenne, plutôt que de durer, de durer dans les efforts « pour y croire », à sa vie, puisque cela devient de plus en plus pénible et dépourvu de sens : autant passer à autre chose.

Qu’il y ait un au-delà (réel ou de signification) à sa-vie, le moi n’y croit pas. Pénétré de toutes ces réalités si denses et concrètes ; que pourrait-il exister d’autre ?

Précisément c’est l’existence qui existe, le mouvement. Et tout le reste est, est composé, et destiné à la décomposition de ce qui est composé ; comment croire que le composé puisse « durer à jamais » ? Mais si le composé ne dure pas, qu’est-ce qui tient, ne serait-ce que tout au long du temps d’une vie ? Sans parler de la possible dimension infinie.

Or donc, contrairement à ce qui vient tout naturellement au moi, rien dans le monde, la réalité, n’est « donné ». Pas plus dans le vécu, dans le relationnel ou le corps. Parce que tout est Articulé. Ce qui veut dire difficile.

Non pas difficile seulement à réaliser, mais difficile à saisir ; il faut de distordre antérieurement, avant le moi pour non pas saisir mais être saisi ; la défaite du moi qui, mine de rien en se livrant aux objets, croit cependant se contrôler, cet empire du moi, que Sartre sait détrôner, n’est réellement défait que de s’abaisser ; humilité christique, oubli de soi philosophique, décentrement de l’universel, immense soulèvement révolutionnaire, infinies possibilités poétiques, esthétiques, hors de tout moi, parce que la structure est avant, pendant et au-delà du moi.

Et c’est difficile depuis le début ; depuis les juifs et les prophètes, depuis les grecs et les philosophes, depuis le christ et la renaissance, la révolution et puis les révolutions, tout est difficile. Parce que c’est articulé et qu’il faut trouver le joint de l’articulation.

On prend donc tout au sérieux et admet qu’il s’agit là (dieu, l’universel, le sujet, le réel) des explorations de cette structure qui rend-possible. Qui rend-possible qu’il y ait un champ intentionnel et que l’on puisse percevoir un monde, une chose, ce corps ; qu’on puisse les percevoir veut dire qu’on les perçoit mais surtout que l’on sait qu’on les perçoit ; autrement dit qu’ils sont à chaque fois affectés d’un horizon. Affectés, ce qui veut dire effectués.

Et c’est difficile parce que tout cela (qui nous apparaît tel quel) est en vérité construit et qu’il faut s’efforcer à élaborer ; ce que, ensuite, on prendra comme donné, tel que l’objet de désir est élaboré que l’on désirera pourtant, apparemment, pour-lui-même ; de sorte que lorsque cesse cette pseudo-évidence de l’objet, alors tout désir est rendu impossible, inutile, sans raison. Pourquoi ? Parce que notre être n’est pas un être (et donc n’a pas affaire aux choses ni aux objets) mais un rapport.

De là que l’on ne sera pas du tout soi-même de ceci ou cela issu du monde, du vécu, du passé, de l’adn, mais d’un soudain accès venu d’ailleurs, d’un point de vision externe (en somme une révélation, née de ce qui se peut, du possible brut, et peut-être de la Possibilité dimensionnelle elle-même, on y reviendra plus tard).

Or il ne va évidemment pas s’agrandir en s’énormisant, en s'appesantissant sur ce qui constitue son être donné, à savoir son désir, qui du reste n’existe pas en soi, comme unité, mais comme multiple bigarré, de désirs qui dévorent le monde, les autres, autrui, les objets et les choses, la perception et le corps lui-même (qu’ils consument, et parfois non pas au figuré mais au propre). Le désir est un signe idéalisé, la réalité ce sont ces myriades de désirs qui ne cessent de coller aux perceptions.

Tout cela ce sont des contenus auxquels on imagine un mouvement mais qui sont en fait créés du mouvement antérieur (ils sont des effets qui ne rejoindront jamais la cause ; les objets nous reviennent et nous causent, la cause réelle, à partir d'elle-même, avance vers).

Une œuvre vous indique-t-elle le monde ? Non elle indique votre regard. C’est votre regard, le sujet en vous, qu’elle modifie. Et elle ne le modifiera que par et selon vous-même ; vous devrez vous y efforcer, ça ne viendra pas tout seul ; si vous croyez avoir compris, c’est que vous n’avez pas compris (ou que telle œuvre n’en est pas une, mais un déchet, par ex un déchet industriellement produit et formaté à cette fin ; vous satisfaire… où a-t-on vu qu’une œuvre satisfaisait ?? Elle entraîne, comme un embrayage utilisé et inusable, parce qu’il est, cet enchaînement interne, articulé dans le regard même afin qu’il devienne, et qu’il devienne autre, et non pas le-même).

Donc agrandir le moi en ceci qu’il est une origine absolument, cad formellement, structurelle du moi. Le moi, tout moi, tout moi-même, dépend de son sujet ; bien que ce sujet ne soit pas, ne soit pas du monde, du vécu, du relationnel ou du corps.

En ce que tout est suspendu à ce qui arrive ; tout est suspendu au présent et le présent existe-en-avant. Il y a un présent parce qu’il y a un en-avant ; jusqu’où s’avance cet en-avant ? C’est le problème final.

Mais le but second est de dépasser cette gangue minimaliste que l’on nomme le « moi » et qui fut instruit dans l’histoire depuis 250 ans, 250 ans seulement, ce que l’on pourrait nommer la démocratisation, tout court (il n’y a plus que les élites qui peuvent se permettre de perfectionner leur culture, leur goût, leur psychologie, leurs tourments de riches, leur grande âme, mais tout cela peut se démocratiser, ce qui, notons-le ne sera effectivement que durant les années soixante… la personnalisation accélérée) ; ou si l’on préfère Montaigne qui initie (entre autres créateurs et poètes et penseurs) l’individualisme, attend, dans les faits même, que se réalise, se rend réel cette individualité et celle-ci parvient à la reconnaissance dans le monde humain, dans les mondes humains, par la révolution qui accorde à chacun qu’il ait sa propre vie, qu’il soit individuellement suspendu à son propre jugement de par soi, en quoi consiste la liberté. Non pas donc à seulement « penser » sur le mode système cohérent, mais juger et donc cela signifie : décider, inventer, créer).

Dépasser le moi ça n’est nullement le perdre dans une confusion quelconque ; toute réunion, union mystagogique, illusion de « complétude » supprimerait le réel, à savoir que chacun étant désormais ordonné selon sa propre unité, celle-ci ne peut pas s’abîmer dans le vague, étant entendu que chacun est ainsi libre afin de propager encore-plus-loin la distinction, la division, la clarté, la transparence envers soi (non pas du tout la transparence par autrui ou les autres ou l’universel ou l’universelle raison ou la dictature (qui se tient extérieurement à soi, les dictatures modernes furent des théories d’intégrale extériorité), mais la transparence de soi à soi-même, sans quoi l’acquis, l’acquisition, historique, de la liberté qui veut augmenter l’ensemble de toutes les distinctions, de toutes les intentions (chacune devenue libre et donc s’ajoutant à toutes les autres), sans quoi donc cet acquis de complexité s’annulerait, ce qui serait plutôt stupide.

Reprenons ; la dite transparence ne s’assigne pas à ceci ou cela (manière de dictature, qui imposerait un point extérieur) mais désigne le tout de l’existence… n’est-ce pas cela même par quoi qu’inaugure, s’initie l’historicité depuis le christique ? Que dit Descartes sinon d’isoler le point externe du sein de tout monde, perception et vécu ? Que nous raconte Sartre (ou Lacan, à sa manière) sinon de sup-poser l’engagement de soi, la pure décision inaccessible mais absolument impérative (à la manière kantienne) ? L’engagement qu’évidemment Sartre ne restreint pas au politique, mais recherche du dedans de Flaubert ou de Baudelaire ou de tel héros de roman ou la sienne propre, de vie…

Dit autrement et pour comprendre la portée de la transparence dont tout sujet sait ou commence d’apprendre à extraire la lumière ; c’est celle initiée par le christique, qui ne concerne que vous, en tant que vous-même, et le regard de dieu … autant dire que ça échappe absolument, cad structurellement, au monde, au vécu, aux organisations humaines, aux autres (voir la lutte intérieure-extérieure de Sartre vis-à-vis d’autrui), et finalement ce regard qui est, en vous, autre que vous-même par lequel vous supposez un Rapport en vous qui est plus grand et autre que vous ; et bien c’est là que vous existez. Nulle part ailleurs. Le reste ce sont des contenus (de conscience), et non la structure-conscience elle-même.

Non le but, la finalité de dépassement du moi n’est pas du tout de le noyer. Mais de montrer comme il est lui-même, le moi, architecturé du dedans à partir de non pas son corps, son psychologique, son héritage psychique, son acculturation, mais architecturé selon une structure réelle, effective, efficace, absolument formelle, et pourtant la plus immédiate qui soit ; ce qui veut dire instantanée. La structure qui existe au-dedans du moi est instantanée. Elle prend pied dans l’actualité du réel (aussi est-elle, est-il, le moi, totalement éberlué d’y découvrir, dans l’actualité, soudainement, son désir… ça apparaît, comme ça, par magie, il est créé instantanément et lui vient de face, mais c’est une structure, ce qui veut dire un rapport, et si notre être est un rapport, alors il est un mouvement, et pas un être). L’œuvre ne vous indique pas vous-même, elle oriente vers le rapport dans lequel et par lequel vous existez.

Que l’on suppose si l’on veut un Grand Rapport, tel un immense mécanisme, ressort, possibilité, et que nous y accédions soudainement (puisqu’étant un rapport, il vient tout entièrement, comme l’idée de l’être ou dieu ou le sujet, il est atteint formellement, hors contenus, qui en découleront ensuite, de son éblouissement, et cela vaut également au cours d’une vie qui bascule soudain en existence)

ou qu’il nous soit révélé (par dieu par ex, par le divin, par l'autre dimension),

de toute manière on supposera toujours un Rapport, le rapport de tous ces petits rapports qui fourmillent. Le tomber amoureux du moi appartient à ce genre de rapport premier dont en découle d’autres (et qui sont imaginées à partir du premier).

C’est parce que la structure existe, que nous existons ; il existe toujours un Grand Rapport puisque nous tissons constamment de petits rapports et que le « moi » est lui-même un signe (pris dans la chaîne des signifiants dirait Lacan, sauf que tout signifiant va-vers le monde, l’horizon externe, et non pas tourne en rond dans l’inconscient, c’est pour cela que le-réel est pour Lacan « ce qui ne vient jamais en nous » et par lequel objet petit a nous lançons constamment des ponts vers le donné, qu’il soit au moins représenté par un signe et un affect et une image, etc).

Bref nous sommes toujours dans un grand rapport ; puisque le rapport qu’est une activité de conscience se présuppose structurellement ; au sens où ce qui vaut ça n’est pas « ce qui » est ciblé par et dans un rapport, mais le rapport lui-même.

Ou donc le grand rapport (le rapport ‘en soi’) se suppose toujours transcendantalement ou supérieurement ou antérieurement ; c’est immuablement logique, selon la nature même, l’essence spéciale et spécifique de la structure (qui n’est donc ni une nature ni une essence). Si l’on comprend et admet que le rapport est le mouvement même, alors le rapport s’emplit de toutes les choses et de tous les êtres, en les distinguant et non en les unifiant ou réunifiant ; ce qu’il veut c’est la distinctivité de tout, puis la distinction toujours plus réelle ; le réel plus grand que lui-même. Il est ainsi demandé que nous puissions accéder au plus grand rapport (quel que soit le nom qu’on lui prête ; de dieu au réel en passant par l’universel ou le sujet).

Si le présent est le réel, alors le présent se dresse comme une structure sans cesse agissante. Ceci est la description minimaliste, formelle au deux sens du mot ; d’une part elle est formelle comme réel dans son schéma le plus résumé, et d’autre part elle est formelle en ce que le présent est lui-même une charpente purement vide, éthérée, non déterminée et que personne jamais n’a pu mettre la main sur le présent, le mesurer ou le calculer ou le segmenter de quelque manière que ce soit ; on ne le signifie qu’en le montrant ; le montrant mentalement, parce que toutes les choses, tous les corps, tous les gestes sont, eux, dans le présent, il est antérieur à tout ce qui paraît.

Le moi, lui, se conçoit, se représente et se représente dans l’imaginaire ; il se-sait (et cela est relatif à sa structure, il se signifie, il ne se « connaît » pas, il lui suffit largement de se montrer, mentalement, du doigt pour se-savoir) mais se sachant il s’imagine ; et il croit que ce contenu, qu’il imagine, est « lui-même ». Il se représente en ceci qu’il croit en son être tel qu’imaginé (raison pour laquelle il ne cesse de désirer, de s’imager, d’imager tout court, afin de manifester, concrétiser, croit-il, le réel, mais il n’est rien de réel en cela ; en s’imaginant (en imaginant l’objet de son/ses désirs) le moi construit l’investissement de structure, mais c’est la structure (de conscience) qui crée cet investissement et imagine la solidité, la consistance, l’épaisseur. Succombant à son contenu de conscience il oublie la forme et privilégie le contenu qui lui apparaît si évidemment au-devant (des yeux, il oublie le regard au profit du regardé, du bien visible, du Bien visible, alors qu’il n’existe, lui, le je, qu’en tant que regard.

On dira que si le regard est à ce point formel, il vaut mieux effectivement ne se focaliser que sur le contenu. Sauf que l’on a montré que l’on est parvenu à démultiplier les réalités parce que fut dépliée la forme-même et rien que la forme. C’est ce sur quoi parie la morale par exemple ; on n’obtient rien de plus, voire même moins, en se conduisant moralement (on ne participe pas à la violence, l’exploitation des autres), mais on parie sur une bien plus grand organisation qui à terme sera profitable pour tous, pour chacun et pour l’ensemble ; en ceci que chacun reposant d’abord sur soi-même sera en mesure d’élever la réalité humaine, plus reliée à elle-même parce que plus dépliée pour chacun ; chacun devenant chaque un. On fait le bien pour le bien, au sens qu’il s’agit d’agrandir sa propre capacité, et que cette potentialité ne doit pas tenir à l’immédiateté ou donc on n’agrandit sa possibilité que si on abandonne son seul intérêt ; étant entendu que l’augmentation du cercle doit contenir votre cercle individuel, parce qu’alors il est individué. C’est bien cela qu’il faut saisir ; le cercle du moi, agrandi, est devenu ou devient le cercle du sujet ; et loin de réduire ou annuler ou effacer le premier, le second, du sujet, est encore-plus individué au sens précis où, l’individué est la grande capacité.

Parce qu’il isole et cible la structure réellement agissante ; celle qui produit un champ de perceptions intentionnalisées (par lequel champ les perceptions sont distinguées encore-plus via les signes, leur mise en œuvre intentionnelle (dieu), universelle (grecque), individuée (christique et sujet), réelle (depuis la révolution, laquelle est agissement ou activisme dans tous les coins du monde humain, humanisé d’abord puis personnalisé).

Ou, autrement dit, le sujet est plus cohérent que tout ; il est plus cohérent que tout non pas selon le monde ou la détermination ou le vécu, mais en délimitant (dieu) l’intention pure, augmentant les intentionnalisations (les grecs et l’universel des idées), intensifiant (le christique et le sujet, cartésien, tenant de sa vie en son Existence) et réal-isant (depuis la révolution) ce petit ressort de rien du tout qu’est l’intentionnalité.

L’intentionnalité est ce petit mécanisme qui crée un champ intentionnel, de perception accolant perception et signe, qui lui rend possible de redimensionner  ; de redimensionner ce qu’il a reçu du monde, de l’atome, de l’adn ; tout est embarqué par et dans le champ intentionnel qui n’est pas composé et déterminé mais formel et donc absorbe toute perception ; on peut être déterminé à 95 %, mais les 5 % qui restent créent du neuf, et c’est la nouveauté ou le renouvellement, christique par ex, ou révolutionnaire, ou donc individué et séparé du rythme collectif, qui comptent, parce qu’ils modifient tout.

On use de ce mécanisme comme s’il allait de soi ; mais en vérité c’est lui qui rend possible que vous ayez un corps sans être ce corps et cela vaut pour tout le reste ; vous vous tenez dans un rapport et vous existez, à vos propres yeux, par ce rapport ; il y a un monde parce que vous êtes autre que le monde, etc. Ce rapport est ainsi Autre et ce instantanément (puisqu’il institue autrement le temps ; dans le rapport le temps passe différemment).

La question est donc à partir de quoi, de où et comment il se produit qu’il y ait apparition pour vous (l’animal est-dans son milieu, il n’a pas de monde, puisque pas de signe pour signifier et isoler et s’isoler selon le « monde » comme horizon).

Cela veut dire qu’il est un point (à partir duquel on perçoit) qui n’est ni imagination, ni pensée, ni affect, ni corps, ni perception mais qui met en scène tout cela (et tout le reste) et cette scène est nommée « champ intentionnel » (depuis Husserl mais en fait depuis Hegel et Kant et même Descartes dans la mesure où il nous fait assister à l’introduction de la-dite scène nouvelle en philosophie, qui coupe l’historicité ; le dispositif je pense, je suis, est la base même de la mise en scène qui permet de faire défiler, de construire au-devant de soi, en sa propre vue (en comprenant que l’on sait, et non plus que la pensée se connaît en nous) et de construire n’importe quel contenu selon la nouvelle formule de cette même scène, déployée par Kant, Hegel, etc).

Il est donc venu que le moi a en sa capacité de récupérer le Bord à partir duquel il perçoit, à partir duquel il existe de la perception, en tant que celle-ci sait qu’elle perçoit… Et donc se redistribue selon le sens, l’orientation, l’orientation presque « physique ».

Acquérant son sujet le moi se voit non plus selon une disposition subjective mais admis dans le cercle du formel lui-même ; celui qui demeure absolument, cad formellement, toujours à distance et semblablement lorsque l’on pense selon la raison ou l’universel, notre conscience passe de l’immédiat au plus grand rapport. Le grand rapport à l’être, dieu, le christique, le sujet ou le réel sont infinis (structurellement, selon le fonctionnel ou selon, peut-être, le dimensionnel).

Il n’y a aucune raison de croire que dans le monde, le vécu ou selon le corps se réalisera quelque chose de plus, puisque ce rapport n’est pas de l’ordre du monde ou du vécu ; et il faut reconnaître que nous n’en sommes qu’au tout début de l’appréciation de ce qui, au-delà du donné, du réalisé, s’impose comme transparence ; la conscience sartrienne, l’esprit hégélien, le sujet cartésien, l’universel, l’intention divine (et générale) ou christique (et individuée) ne sont que les prémices de la forme qu’est le réel.

Le moi apparaît dans un tel champ (qui est unique, il n’y a pas tente-six manière d’avoir-conscience-de, mais une seule, chaque fois singulière puisque c’est un rapport)

et ce non en pure perte mais afin qu’il, le rapport, se sache de son indivise individualité, comme il sied au rapport lui-même, toujours plus et qu’il parvienne à positionner son cercle par rapport au Grand Cercle qui l’entoure, qui entoure tout ce qui est selon le Bord si proche du présent pur et brut, tellement brut.

Qu’il soit fonctionnel (le réel est tel, est plus grand que lui-même et existe en tant que plié, le réel est un Pli, à l’intérieur duquel, cet intérieur qui est tout externe donc, existent les réalités)

ou qu’il soit dimensionnel (le réel est plié et existe en lui-même, et c’est le pli qui existe, la structure signifie, indique, oriente vers un Réel),

et remonter le moi tout au long et courir jusqu’au sujet, au rapport, jusqu’à l’articulation qui rend possible qu’il y ait un moi, une perception (subjectivités et objectivités, perceptions et expressions)

c’est entrer dans la forge même.

La clef est la porte et la porte est la clef, mais en tant qu’il est un rapport ce caractère retors demeure parfaitement logique.

Le moi se tenait bien en retrait en supposant ses objets … mais entrer dans le rapport c’est évidemment modifier la substance même (qui se transmute en mouvement pur).

Dit autrement ; de ce que le réel est un rapport (et non un être, sinon imaginairement, de même que tout « objet » de désir), on ne peut rien saisir (toute « chose » est prise dans le mouvement, le présent par exemple), rien saisir sauf d’ex-sister selon le rapport et d’entrer dans sa confection. Lorsque l’objet manque ou se dégrade (ce qui, selon le monde, est habituel) alors se manifeste le rapport lui-même, qui positionnait tous les points de réel. Le grand rapport effarant. Celui-là même qui suscite, fonctionnellement ou dimensionnellement, tout ce qui relève de l’être ou de cette mitoyenneté qu’est l’imagination de l’être, inconsistante malgré ce qu’elle prétend.

Un jour il faudra avancer dans la prédisposition, de chacun, quant à l’obtention du paradigme du pur réel. Ainsi selon la logique christique (sur le mode ; "je vous ai choisi depuis l'origine du monde", affirmant par cela le non-temps de tout ce qui est) : et explorer cet infini aperçu, tel qu’il se confie à notre soin, à notre attention, puisque nous ne nous sommes jamais avancés si loin dans la Possibilité. On ne sait de où cela nous est venu.

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