Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
instants philosophie

L’arrêt du bras violent et des ténèbres

10 Octobre 2020, 09:13am

Publié par pascal doyelle

On dira donc que lors des tribus nous inventions, jadis, la mise en forme culturelle, du langage, de la représentation, des échanges, des systèmes familiaux, des descriptions du monde donné là,

il s’en est suivi que l’on prit conscience que ces contenus (qui sont énormes et très complexes, ces cultures humaines) n’étaient pas reçus ou donnés tels quels (selon le sacré, le mythe ou la magie) mais que nous produisions les dits contenus, et que donc il fallait se demander, dès lors, pourquoi et comment il nous était possible de créer des mondes.

Mais de cette manière nous fûmes éjectés hors de tout monde, puisque tous se révélaient artificiels au sens de construits. Nous existons de, par cette artificialité, cette construction, et que nous aimerions admettre comme « sacrée ou naturelle ». Sacrée pour les anciens mondes mais tout aussi bien naturelle pour nous, depuis 2 siècles et la révolution de la raison, des lumières, du réalisme humaniste ; la « nature humaine » ou « le désir » ou le besoin. En comparaison pour les grecs le monde était aimable en lui-même et naturel mais empli de sacré.

Or il y eut un changement entre-temps, entre le temps du sacré d’autrefois et le temps du naturalisme, du réalisme de la « nature humaine » ; modification qui introduisit le divin. Intervention du dieu unique tout-autre, de la pensée universelle (toute autre également), du un tout-seul vraiment seul et intentionnel, de la suspension de l’intention personnelle, individuelle cartésienne. Si la conscience est une structure, elle est un rapport, l’intentionnalité est un rapport, aussi peut-on évaluer qu’au fur et à mesure l’articulation (qui passe de dieu à René) se resserrement, le resserrement en augmente, intensifie ou accélère la précision. La précision structurelle.

Le divin est tout à fait différent en lui-même ; en ceci, très simplement, que le sacré de jadis et évidemment le naturalisme moderne se mêlent, se mélangent au monde donné-là. Tandis que le divin tient le monde, le vécu et le relationnel, le corps et la vie de chacun à l’extérieur. Dieu a créé le monde et les êtres ; la pensée, les idées sont autres que les phénomènes, l’apparaître est exporté par l’idée. Le christique vous regarde, oserait-on, vous pointe de la désignation et appelle votre âme à ex-sister. Vous lisez « je pense, je suis » et voilà, c’est fait, vous avez basculé. Le divin ne consiste pas à s’enrouler dans le monde en tant que monde, vécu ou corps,  mais se tient extérieurement au monde et donc manifeste quant à lui-même et quant à lui seul sa propre dimension.

Et dès lors il faudra définir le divin comme tel, en lui-même et en plus du monde, du vécu, du donné, des mondes humains, des relations acquises, des corps. Le divin désigne une unité, une surface, un pointage séparément du monde et autre que quelque partie du monde, du vécu ou du corps.

C’est ce que l’on trouvera pas chez Heidegger. On y retrouve la notion d’un sacré en possibilité, mais non pas qu’il y ait un divin tout à fait autre et en plus qui puisse dominer la réalité. Et c’est cette décision initiale, de se passer du divin, qui le conduit à la fondation « critique », criticiste, de sa position première ; cette « critique », ce refus de l’a priori, de l’idée ou l’universel, de dieu et du christique et cette sorte de mécompréhension tout à fait sidérante de ce que fut toute cette historicité, cette tradition, la nôtre ; que par ailleurs il s’épuisera non pas à comprendre mais à dénier, dynamiter, détruire et réinterpréter, interminablement.

Si tous les mondes sont construits, le sacré se donne l’apparence d’une immédiate magie. Mais la constructibilité des mondes implique qu’il n’existe ainsi pas du tout « d’authenticité » ; la seule authenticité est l’activité de conscience, celle qui découpe, parce qu’elle produit ce qu’elle perçoit. Et, notons-le, elle produit effectivement, elle crée des « choses qui fonctionnent », que ce soit le tgv ou une œuvre ou un système de droit ; ça fonctionne ; ce qui veut dire que, ce faisant, elle perçoit réellement ce qu’elle perçoit ; étant structurelle elle est capable de toute objectivité, subjectivité, hyper objectivité ou nommez cela comme vous voulez et de tout ordre. Lorsque l’activité intentionnelle se lance, elle absorbe tout ce qu’elle peut et il lui est possible de millimètrer chaque attention jusqu’au plus proche du donné, des détails de ce qui paraît dans le monde ou de ce qu’elle peut recréer ou créer ou penser, etc. Il y a pensée, image, imaginaire, perception, sentiment, langages, parce qu’il y a intentionnalité (collage des signes et de signes, de signes et de percepts). Et l’intentionnalité peut et sera incroyablement précise.

Précisons qu’ici on ne refuse absolument rien de ce que tout ce qui a pu précéder, rien de ce qui y prétendait, espérait, attendait ou supposait, on ne refuse absolument aucune des hypothèses qui furent, quelles qu’elles soient, et ce telles qu’elles s’exposent et se signifient elles-mêmes. Platon a raison de saisir les idées en en étant saisi ; les chrétiens de croire en jésus et Descartes de prouver son ex-sistence de sujet.

Et ce puisque l’on ne considère pas du tout que la vérité soit restreinte à ‘un énoncé’ mais que tout énoncé se réfère à une structure qui évidemment ne « passe pas » en quelque proposition que ce soit, mais que toutes les propositions renvoient, de fait et strictement, à celui, ce sujet-structure qui les soumet et l’autre que les entend ; et que chacun est alors mis en position de décider, de décider et de trouver en lui le chemin de Platon, du christ ou de Descartes. Et bien sûr de Heidegger si il le veut (en qui ça se dira autrement mais se dira quand même, on ne peut pas ne pas dire le rapport dont tout, ce que nous sommes, est issu).

C’est important de comprendre que le jugement s’opère de chacun et de chacun seul, puisque de toute manière c’est ce qui arrivera. Seul. Qu’on le comprenne à tel ou tel moment ou occasion de la vie.

Il arrivera qu’au bout du compte, de tout compte, et quels que soient les arguments, que chaque Je juge et prend part selon ce qu’il s’octroie, selon ce qu’il lui est dû ou selon ce qui éternellement lui est destiné (dans le grand système de la fondamentale liberté formelle de tout ce qui ex-siste, soit donc par exemple dieu comme système des libertés tel qu’évoqué par Descartes). De toutes les pensées, systèmes, idées, sacrés ou absolus ou divins, chaque je s’y pourvoira de quelque manière que ce soit. De cela il n’est pas lieu de désespérer, sauf si on oublie. Parce qu’étant rapport il ne se peut pas que chaque je ne se soit pas positionné. C’est impossible.

Il reviendra à chacun, et rien ni personne ne peut se substituer à qui que ce soit. Et comme on l’a dit déjà, même par rapport à moi-même, à mon « moi-même », je suis déjà la décision que j’ai toujours-déjà prise. On explicitera, pour peu qu’on y voit clair, cette règle d’exister, une autre fois. Mais avançons un peu que je ne sais pas encore la décision qui la mienne bien qu’elle soit prise… autant dire que cette décision ne se jouera pas et se jouera, à la fois, durant cette vie, cette existence ; un peu comme le petit bonhomme de Platon ( le mythe d’Er, mais sans la transmigration, ou avec si l’on veut, peu importe, le but étant le kaléidoscpe des possibilités, les possibilités qui se meuvent sans cesse lorsque tourne la roue interne du je, ou du réel, selon le dimensionnel).

La résolution d’une semblable équation impossible (chacun est à soi-même une équation dont il est la résolution éventuelle, potentielle, virtuelle, très réelle et très-exacte, le tout à la fois), la résolution donc est celle-ci que la dite décision c’est celle que l’on met en jeu, pose sur la table depuis de début et jusqu’à la fin. Autrement dit ; la « vie » est un seul trait, un seul trajet nourri de cent mille tracés. Chacun est à la fois le trajet et les tracés du trajet, mais évidemment on ne perçoit, et encore pas très clairement, que les tracés. Or cependant on croit, ici, que l’on sait la ligne elle-même de tous les tracés formant un unique trajet ; ce qui revient à dire une Intention d’Exister. L’Intention d’Exister est la potentielle ou virtuelle ou effective ou réelle décision-résolution (comme Lacan désignait « l’insondable décision d’être », ce qui est curieux pour un anti-philosophe claironné et un psychanalyste de l’inconscient ; Lacan n’était pas sot, mais en son temps il avait traduit Heidegger, et Descartes et Hegel sont cités à profusion).

Quelque part la décision fut prise/sera prise qui alimente toute la ligne d’existence. Notamment non pas de ce que la vie ou les autres ou autrui en particulier ou nous-même ont fait de nous, mais de ce que nous-même, le je fera de ce que l’on a fait de nous, de ce bricolage informe, du monde im-monde (Lacan). La dernière décision, l’orientation ou la désorientation, la possibilité ou la dérive, légère ou brusque, subtile ou lourde et pesante, revient de toute façon toujours au je. Parce qu’il est là, parce qu’il y est, parce qu’il existe et que rien nulle part ni quiconque ne peut lui retirer qu’il existe.

C’est comme si chacun était déjà au bout, tout au bout, à la limite au-delà de laquelle il n’est plus rien du tout, qui puisse s’ajouter ou se retirer, et qu’il faille alors se décider ; chaque je est le terme ultime et se perçoit déjà du bout de l’existence, en a-temporalité extra/ordinaire ; on est déjà possédé, dépossédé de la décision que l’on prendra, a prise. Chaque je est au Bord du monde, du donné, du vécu et du corps et de sa propre temporalité ; ce que l’on nommait l’âme autrefois, lors même que l’on ignorait de quoi il s’agissait en vérité et structure (peu importe parce que si la forme, qui est un rapport, se donne, c’est entièrement) et la décision déjà prise ou qui sera, s’instanciera en structure et en vérité.

Vu la difficulté invraisemblable du problème, il n’est pas étonnant que le christ ne juge pas. Nous serons, dans cette logique, ce logos christique, jugés par nous-même. Il se contente de tendre la main. Et que vous la preniez ou non dépendra d’un espoir soudain peut-être, ou une grâce, toute du dieu-le-père, mais aussi de l’accumulation des tracés, de tous les petits tracés, non en ce que tellement ces actes pencheront d’un côté ou de l’autre, mais de qu’ils auront créé en vous l’orientation, la tendance, la tentation, l’intention accessible ou inaccessible à la possibilité divine, d’accepter ou non la main tendue. Le vrai méchant refusera la main et actera tous les petits tracés mauvais … par amour de lui-même.

Ceci en vue de croire ou non (cela regarde chacun) mais de marquer la grande complexité intentionnelle en laquelle on s’engage de fait en existant. Et que ces circonvolutions du possible et de la destinée, pourtant, furent envisagées par le christique ou par les grecs (Platon). Comment véritablement juger un rapport ? Et si on se demande pourquoi une telle complexité c’est que la notion même de rapport ne tient ni dans le terme de départ ou final, mais dans le rapport lui-même. Invisible.

Bref.

Heidegger. Et le sacré. Et toutes les manières diverses, parfois sombrement païennes, et de ces retours des hérésies et des a-humanismes, de la sorcellerie et de la magie, des paganismes. Si le sacré est dans, comme monde alors il est magique … soit donc soumis à une anti-volonté, une anti-intention. Heidegger croyait que le sens, de ce qui est, naissait dans les choses et les êtres donnés là, et non pas des hauteurs idéelles ou abstraites ou universelles ou encore moins de la structure des sujets. Ou donc ; le sens, de l’être, est déjà là dans le monde et ouvrir les yeux (abandonner les abstractions, les extériorités, les suréminences ontologiques des temps passés, dieu, Platon ou Descartes), détruire les concepts et les représentations traditionnelles permettait de percevoir ou de s’investir dans le monde donné là tel quel. Et il considérait que la réalité concrète de cette proposition se constituait du peuple, du langage, du destin, de la destination d’une historicité spécifique (à savoir l’Allemagne).

On a pu croire ou comprendre, un temps, et peut-être lui-même s’est-il intuitionné tel, que le concret qu’il recherchait par-dessous les abstractions et l’a priorité (de l’universel et de dieu, de la raison et du sujet), que le concret se découvrait du vivant de chacun dans sa propre vie (dans l’angoisse ou l’être-vers-pour-la-mort) ; mais cela n’y suffisait pas ; une vie individuelle particulière ne peut seule porter le poids de l’être (elle n’est qu’une pauvre petite chose, puisque le sujet n’existe pas pour H ; il est une synthèse abstraite, imposée du dehors). N’est à proprement parler que la possibilité de l’Être comme destin, du sens de l’être tel qu’il peut être levé (et non élevé par le divin) par un peuple dans un langage et dans sa propre vision du monde, aimantée par le sens du sacré. On ne sait pas du tout ce que cela signifie.

Alors a contrario, il avait l’esprit contradicteur, il en croit que c’est le temps, le déroulement du temps, mais au lieu d’affirmer et de bien placer qu’il s’agit effectivement du temps Entier, du temps Entièrement, il loge cela dans le futur. La possibilité de retrouver une authenticité. D’une part on a dit qu’il n’existait aucune « authenticité » et d’autre part ‘retrouver’ jette tous les autres dans un empire d’ignorance. Ils se sont tous trompés, mais ne vous en faites pas, je vais vous dénouer le cheminement. Bon … Pourquoi pas.

Alors il y a Heidegger qui, contre l’éternité, voit que le temps mène l’affaire mais en proie à ses a priori hérétiques ou enfin athées et se prenant, aussi, pour le grand prophète (d’une nouvelle époque de l’Etre), il envisage seulement le futur comme unique dimension du temps réel. Comme on me l’a rappelé dernièrement, le futur est seulement une des trois ex-stases du temps (passé, présent, futur).

Mais Heidegger ne se déploie pas selon le sujet ; il se développe par et pour l’histoire ; on a cru qu’il amenait à la vie concrète de chacun, une analytique existentiale ; existentiale pas existentielle (c’est nous qui au début du 20éme l’avons compris comme ‘existentiel’) ; mais il n’a juste qu’analyser le da-sein comme un pauvre être empli d’affects, douloureux ; pour lui la détermination n’aboutit pas à la vie de chacun ; c’est la manière que l’on a eu de percevoir Heidegger ; comme si il décrivait le sujet humaniste individualiste, face à sa mort par ex ou dans l’angoisse, mais non ; c’est la condition générique, angoissante qui absorbe toute individualité et qui signifie que la vie individuelle n’est rien et que seule compte le sens de l’Être.

On va dire ce qu’il en est vraiment, à notre idée évidemment. Heidegger a voulu remplacer dieu, Platon et les idées abstraites, le sujet et la liberté. Il n’existe que les étants, et le rassemblement étrange des étant dans le sens de l’être. Et non pas les constructions abstraites des étants, en particulier le Gros-étant que serait dieu.

La tradition traditionnelle (..) a cru qu’il existait un Grand-étant (dieu), des idées abstraites platoniciennes, des sujets cartésiens ou autres, mais ce sont des constructions. Tandis que l’Être des étants celui-là que perçoit, apparemment, Heidegger, mène vers le Sens de l’être ; seul effectivement concret ; le reste ce sont des constructions qui oubliaient le concret, le monde de la vie, l’orientation de la « vision du monde », qui relève du peuple et d’un langage et d’une mystérieuse destination supra-proto-méta historique, c’est un peu confus, bref la finalité qu’il y accorde ; puisque, on le rappelle, encore une fois, Heidegger ne pense et ne voit que l’historicité, il sacrifie tout, et sacrifierait évidemment tout sujet, à cette fin.

Ce que Nietzsche entendait à la hauteur de l’individualité, à savoir que la Vie individuelle seule concrète (ou la volonté comme autre) s’opposait à toutes les élaborations (du ressentiment, de la négation du vivant), Heidegger veut l’établir non plus selon l’individualité, par quoi Nietzsche se sauvait en quelque sorte (puisqu’il restait accessible à chacun, quand bien même s’agissait-il d’une élite, une élite esthète) mais pour Heidegger ce sera selon l’histoire, sous la caractérisation d’un peuple (de même que le peuple juif était élu, puisqu’il faut le dire ; après ceci on ne s’étonnera plus de rien).

Ce sens de l’historicité lui est venu, parait-il, de ses études et de sa considération du christianisme premier ; que Paul et Augustin avaient inventé ou vu le temps de la Fin, avec jésus et l’eschatologie christique, le rassemblement du temps, le rassemblement qui attirait l’ensemble du temps mais aussi des destinations individuelles. Et de même qu’il déniait dieu, tout abstrait en sa considération, de même il annihilait le christique. Dans la mesure où le présupposé de la vie concrète conduit toute sa pensée, il n’y a plus de distinction, de différenciation structurelle ; il n’y a plus d‘autre (dieu), plus de monde donné (raison ou science), plus de sujet (et plus de vie individuelle sinon chétive), et ce qui a pu paraître comme tout à fait profond (le retour au concret lui-même, de même que Husserl mais inversement de celui-ci, pour ainsi dire) peut se résumer à cette différenciation non plus des architectures (dieu, la raison, le sujet, etc) mais différenciations du donné tel que « là ». Ce qui a donné lieu à de considérables et intéressantes constructions sur la « multiplicité » comme telle, soit dit en passant, ou sur la différance, etc. Il paraissait libérer l’immédiateté et on a pu le lire en gardant comme présupposé de sauvegarde que cela s’adressait à l’individualité (occidentale individualiste et humaniste) alors que non.

Le problème qui en résulte est que l’on a tout, parvenu à ce point, mélangé, et que l’on a cru révolutionner la tradition, la nôtre, celle du dieu unique à Descartes (et suivants) en passant par Platon, mais en vérité on n’aboutit à la supposition d’un sacré qui n’est plus divin. Traduit ; qui n’a plus d’externe point de séparation (on imagine dans la confusion une immédiateté authentique et sacrée, ou multiple en soi, Badiou a eu bien du mal avec ça).

Mais, répétons-le, je peux me tromper, je ne vais pas le préciser à chaque fois et de toute manière chaque sujet dépend de sa propre décision. Rappelons que, ici, ça n’est pas du tout un relativisme… puisque le réel est le système des libertés, des sujets… c’est - en vérité - que vous jugerez, que vous avez déjà jugé, que vous jugerait de ce que vous déciderez formellement parlant. Il me semble donc que la mécompréhension de Heidegger fut toujours de croire qu’il parlait par, pour les sujets (interprétation humaniste ou individualiste) alors qu’il ne visait que le Sens de l’Être et selon l’historicité, soit donc la négation de tout sujet, de toute raison, de tout divin à proprement parler. Et qu’il s’agit réellement d’un monde, d’une vision ‘païenne’ de ce qui est, d’un sens supposé sacré et donc indistinct, alors même a contrario que l’on interprétait qu’il ouvrait sur la multiplicité des immédiatetés, lors même qu’il ne prétendrait qu’au seul peuple et langage aussi grand ou plus grand que les grecs : le peuple allemand.

Posons, en contradiction, les bases, les plus strictes et impératives en elles-mêmes.

On admet ici également que l’universel, la raison et l’humanisme sont pris-dans une fonction ou une dimension plus étendues ; mais si on abandonne, lâche l’universel, on retombera toujours dans le donné et dans le donné il n’y a que des données, en pagaille. Vous pouvez ensuite alimenter ce donné par un fantasme, une vision du monde, un Sens supposé (que l’on désigne comme imaginaire, de même que celui de Nietzsche), mais ce Sens sera du recousu.

On ne reconnaît ici que la déchirure et rien d’autre ; dieu, la pensée, le christique, le sujet, la révolution ou le réel sont La Déchirure elle-même. Et rien ne pourra, dans ce monde ou cette vie, recoudre la déchirure, il faut en être saisi comme tel, et chacun, comme dit, en sera, en a été, en est saisi.

Sinon on n’éprouve tout simplement pas la suréminence de ce qui existe… Mais entre dieu, la pensée, le sujet ou le réel, et donc les œuvres au sens large, éthiques, esthétiques, poétiques, politiques, on a le choix, ne serait-ce que le tomber-amoureux du moi ! Et donc chacun, chaque sujet va éprouver cette déchirure du réel brut … Et comme il était dit ; dieu ne nous impose jamais plus que nous ne pouvons supporter. Dit autrement il faut en revenir à cette destination qui vous viendra, vous est venue, vous vient actuellement ; le système pur et brut des libertés, des sujets.

Qu’il y ait un système-des-libertés est intensément contradictoire, de notre point de vue, du monde, du vécu ou du corps et du réalisme habituel. Descartes, on le répète, définit l’homme comme volonté, qui est admise comme sceau de dieu en nous ; ce qui est tétanisant.

On ne peut pas ne pas supposer l’infini, parce que sinon nous serions cela que nous sommes (et donc abominés en enfer ou emplis à jamais de déterminations, attendant la dispersion, la dissolution des compositions). Simplifié, puisque notre être n’est pas un être mais un rapport, il ne peut pas déchoir dans tel ou tel rapport déterminé, pas même dans le regard-d’autrui… Le christique ne dit pas d’aimer les uns les autres comme ça, pour rien ; mais pour lui, d’une part, et comme élévation d’autre part, pas comme soumission. Le christique est très clair quant à l’égalité (dans se Vue) mais très étrange dans la liberté (qui revient de fait à chaque un, et comment en serait-il autrement ? Sinon ça ne serait pas du tout la liberté du Je).

Le problème est celui-ci ; comme il est impossible de ne pas supposer l’infini (quelque représentation que l’on s’en donne et la question est alors ; laquelle représentation et non plus si l’infini existe), alors si on nie l’infini on le retrouvera plus tard, plus loin et surtout, cette fois (puisqu’il est nié) sous couverture. Sous une formulation qui ne dira pas son nom … qui se camouflera ; et qui, se dissimulant, remplacera le principe de la vérité par telle ou telle vérité ; rappelons que la philosophie n’affirme pas des vérités mais tient celle-ci sous le manteau du principe général « de vérité », de sorte qu’il existe effectivement quantité de systèmes. Tandis que nommer l’infini comme tel cela implique que l’on en prenne la mesure, qu’on l’assure et qu’on l’assume et que l’on en applique la mesure.

Dit autrement il y a bien une ou des nations mais pas de « peuple », la notion « peuple » si elle n’est pas politique, relatif à des sujets qui forment, eux, une nation (de volontés distinctes) est une race, une ethnie, une religion, une culture et un rituel, une vision-du-monde ou ce que l’on voudra, mais pas une nation. La détermination précéderait alors l’existence, or c’est l’inverse qui est vrai, qui est structurel ; ce que l’on fera, actuellement, de ce que l’on, le monde, les autres ont fait de nous (en l’occurrence d’être citoyen). Ou encore ; il existe et n’existe que des sujets, qui ensuite forment des regroupements, mais toute communauté qui s’imposerait aux sujets abandonnerait la liberté et donc redescendrait dans la complexité possible, la complexité des rapports possibles.

Je reprends ; la question n’est pas ‘l’infini ou pas l’infini’. L’infini existe et il est impératif que l’infini soit admis et dit comme tel. Mais la question est : comment est-il compris, assujetti dés lors à sa désignation explicite d’infini et comportant ces exigences en propre. Et ce que l’on fait de cet infini, compte tenu desdites exigences et de ses rigueurs impératives.

Pour le dire j’ai bien l’impression que Heidegger ou Nietzsche cherchent à toute force d’échapper à l’infini, afin de faire ce qui leur chante … comme des transgressifs qui prennent leur rébellion pour forcément « vraie » ou « plus vraie » ; la tradition se trompant forcément (ce qui est bien sûr absurde ; notre historicité est toujours et absolument réelle, il n’y a aucun en-dehors du réel, sinon le structurel qui est l’antériorité, de même que dieu est dieu pour sa création, à cette fin, afin qu’il, le divin, soit plus-parfait, ou plus exactement que sa perfection se double, se triple, se quadruple, la grande liberté absolue d’assumation, certes, mais aussi d’attirance).

Si l’infini est, alors il existe. On a vu que l’on considérait ici que l’infini, seul réellement infini, c’est celui qui est perfectible, et donc qui est sujet ; seul un sujet ne tient pas de l’être (il n’y a pas de sens de l’être, mais un sujet, une coupure existant comme telle), un sujet est un rapport, un mouvement, une structure. La constante du mouvement est impérative ; un mouvement qui tomberait en « repos », ça n’a aucun sens. C’est que concevoir l’être comme une grosse chose inerte est un substitut de satisfaction imaginée, une complétude, et pas du tout une vie. La perfectibilité est la perfection suprême. Or on a constaté que tout est excessivement mouvant ; il n’est aucun point fixe où que ce soit. Donc la transcendance est absolument présente partout et en tout ; il se tient de la transcendance qu’elle produise toutes les immanences, certes, mais surtout la transcendance crée des réels transcendants, des sujets. Et conséquence tout à fait précise quant à Heidegger, aucune immanence n’est accessible, hormis via une transcendance. Il n’est donc pas d’immédiateté, de vie concrète, qui restera toujours imaginée et donc terrifiante puisque n’admettant pas les coupures que sont dieu, la raison, le sujet, la révolution ou le réel. De même que le communisme pensait, littéralement pensait universellement, que le peuple s’identifiait au Parti ou que l’humain n’admettait que des besoins et non des désirs libéraux.

Si l’on suit seulement l’immédiateté on nourrit ce que l’on pourrait désigner comme synthèse hâtive. On suit la violence et les ténèbres du monde. Ces ténèbres que le paganisme, le sens du sacré croit découvrir dans sa vision, contrairement au divin qui est hors du monde et celui sans lequel tout choie dans les ténèbres (les tribus d’autrefois éprouvaient le sacré, elles ne le prévoyaient pas comme « sens de l’histoire », il n’existait pas d’histoire, mais un récit gigantesque) ; le divin (de dieu, de la pensée ou du sujet) ne tient qu’à cela, au regard, à l’intention qui attire par le devant, l’en-avant de l’exister, et intervient toujours (toujours) comme coupure, déchirure, arrêt du bras violent.

C’est en cela que dieu, la pensée ou raison, l’universel, le christique ou le sujet paraissent nous priver de nous-même et brisent notre égocentrisme, le cercle que l’on imagine former ; on ne peut pas former un tout de soi avec soi-même (nietzschéennement ) ni en tant que « peuple » (heideggerriennement).

C’est pour cela soit dit en passant que dieu a élu son peuple, il en voulait une nation… laquelle ne tient bien sûr pas en un territoire nécessairement. Soit donc une nation destinée aux nations. De même que tout français est partagé entre son individualisme libre universel (chacun est sujet) et son universalisme humaniste (tous, quel que soit le peuple, sont sujets ; les français croient que tous sont français, cad universels sujets et ceci puisque la liberté est liée à l’égalité ; à l’égalité christique on ajoute la liberté, la liberté étrange).

La vie concrète est seulement en elle-même et non pas supervisée par une structure (de conscience), une architecture (de médiations, dieu, l’universel), une ontologie de la déchirure, de la division, de la distinction, de la différence structurelle et non pas des différenciations indéfinies du monde, du donné, du vécu, du corps.

Depuis le tout début (de tout) l’humain semble hanté par, dit-on, le retour à l’unité, la réconciliation, la complétude. Or c’est l’inverse qui est vrai ; sous couvert d’exhibition de dieu, de la pensée, du un, du corps du christ, du sujet, de l’État, etc, c’est une active et hyper active division et séparation qui eut lieu. Mais une division qui manifestait l’étrange subsumation hégélienne ; que ce qui est ajoute conserve ce qui précédait. Et la raison est que précisément il ne s’agit pas du tout d’ajouter un contenu aux contenus ou un contenu qui se substituerait au rapport, mais d’ajouter, dans le rapport, un nouveau rapport, qui évidemment conserve le précédent en tant que rapport. La pensée ajoute à dieu qu’il pense (qu’il crée des rapports dans son rapport à lui). Et on voit par ceci qu’il n’existe pas trente mille variations (ce ne sont pas cent contenus qui produisent cent autres contenus). Et on a vu que les grands Rapports signifient réellement des réels ; l’intention non pas de dieu (en adoration figée) mais en tant que dieu est Intention, la pensée comme production d’idées, d’intentionnalisations, le christique comme rapport en ce corps réel, le sujet comme rapport à soi, et donc forcément ici même (sinon il serait où ?) mais si le rapport à soi est « ici » c’est qu’il est possible de décrire le réel tel que là (et le sujet dans ses possibilités) et donc d’agir.

Dit autrement le rapport qui préserve le rapport est un réel, et non un rapport abstrait ; une structure effectivement réelle en sa nature dont on a reconnu seulement deux instanciations ; l’exister et la conscience, l’arc du présent et l’arc de conscience, enchâssée dans cet arc du présent.

En bref la question n’est pas de nier cette division généralisée (et qui est allée s’accélérant d’abord depuis la méditerranée, il y a 3000 ans, dieu, et depuis Descartes et la révolution, par ex) mais de comprendre qu’elle est tout et qu’elle est cela même qu’il faut prendre en charge et non pas la nier ou prétendre la résoudre de quelque manière que ce soit ; on ne la résoudra pas, pas ici ; il faut par contre l’élaborer, élaborer la déchirure, la tisser et non la coudre, tout en sachant que l’on ne pourra pas l’abolir. Le communisme, Heidegger, le nazisme, la raison molle, le désir du libéralisme et sa vie heureuse et pleine, satisfaite, croient éteindre le feu.

Et c’est ce que dit le christique ; « je ne suis pas venu apporter la paix, mais le glaive » Matt 10:34. D’approfondir la division afin qu’elle devienne le réel et sa mesure, et il s’agit évidemment d’une divisibilité de significations (le glaive est la parole), d’une ré-intentionnalisation généralisée de tout ce qui est (puisque le christique crée nos âmes dans l’actualité de son regard et qu’il est celui par lequel tout a été créé, le Verbe, la parole, cad les significations qui distinguent les choses, les êtres, etc), et un surcroît d’intentionnalités puisque cette fois ça ne naît plus d’en haut, de dieu, de césar, mais de et par chaque arc de conscience, le un tout-seul (crucifié ou René ou Rimbaud ou qui l’on veut) devenu central, le centre même du réel.

Supprimer les articulations (qui déchirent la réalité et continuer d’étoffer, de tisser cette déchirure en tant que telle et non pour la rapiécer d’une pseudo unité) et croire en une immédiateté (un peuple, un langage qui seraient le Sens de l’Être), c’est la distinction entre le divin et le sacré. Il n’y a plus de sacré depuis le christique, sauf votre « âme » c’est-à-dire votre vraie intention, la décision qui est ‘vous-même’ et que vous ne connaissez qu’à peine, et le seul sacré réel est parti hors du monde, laissant un vide de sacré, et s’élevant dès lors, paradoxalement en apparence, s’élevant en divin pur et ne reste que votre Intention. Les ténèbres du monde (ce en quoi tout sombre enfoui dans les déterminations, et enfouis dans la dictature des autres, d’autrui, soumis à l’approbation généralisée ou la désapprobation généralisée des réseaux, par ex, le pouce bleu) se referme toujours et constamment, sauf de tenir dans et par et peut-être pour l’articulation.

Dans et par l’articulation cela indique la structure fonctionnelle (la réalité fonctionne selon le réel et en tant que structurelle et non comme simple monde donné là, peuple, langage, désir libéral ou besoin communiste, satisfaction et complétude). Le réel fonctionnel.

Pour l’articulation indique que la structure est dimensionnelle (par ex le christique croit que le réel existe hors et séparément et qu’il est la possibilité même et non pas seulement ce qui place fonctionnellement le monde, le vécu et le corps en jeu dans la réalité). Le réel dimensionnel.

Ce qui se répercute dans la critique que Heidegger et Nietzsche portent envers la tradition c’est qu’ils comprennent la pensée, le un, dieu ou le sujet comme constructions de l’esprit et comme des constructions abstraites. Or il ne s’agit pas du tout d’idées mais de positions, de positions sur et par la structure ; aussi ne prennent-ils jamais au sérieux ce qui fut architecturé par d’autres et emplissent de doute toute l’historicité, cherchant chaque fois de récupérer celle-ci sous les auspices d’une révélation, venue d’outre-espace.

Ou plutôt ils feignent de comprendre dieu ou le un ou le sujet comme abstraits, parce que ce qu’ils présupposent une unité ; l’unité de la volonté (qui ne peut plus être « la mienne » sinon elle se révélerait scindée, qui est donc la Grande Volonté Autre) ou l’unité d’un peuple et d’un langage, dans l’unité imaginaire du Sens de l’Être. Il est quand même très clair que l’on ne peut pas du tout saisir ce que par « concret » qui viendrait de lui-même » on peut entendre … sinon une supposée unité imaginaire.

Ou encore ; c’est la différence entre lire Platon ou les évangiles de l’extérieur, et attendant de les réduire (si l’on s’estime suffisamment pour se croire en mesure de juger Platon ou jésus)
et les lire en s’y investissant. En percevant cela même qu’ils montrent et ils ne montrent pas des choses ou ces choses inertes que seraient les idées ou une morale (chrétienne) mais ils montrent des sujets,

ou si l’on préfère des intentions ou des rapports. Et des rapports énormes. À ce point énormes que l’on en trouvera d’autres, sans doute aucun, mais tous seconds, dérivés, voire arbitraires. Il n’y a pas des idées mais une structure et il y a une structure et non pas trente-six ; c’est la-Même qui ex-siste depuis dieu jusque Lacan. Existe-t-il diverses manières d’avoir-conscience-de ? Non. Il n’existe qu’une seule structure de conscience, ce qui veut dire en et par chaque sujet, puisque « conscience » désigne un rapport, et peut-être, donc, le rapport-même ou une des formes du rapport-même, dont on ne sait aucun autre que celui-ci que nous sommes, on n’expérimente que la conscience/de - soi ; et cette dernière précision signifie le ‘pour’ l’articulation ; le dimensionnel.

Ce que l’on peut intégrer par contre dans notre tradition tout à fait réelle (et qui eut historiquement un nombre incalculable de réalisations, puisque se tenant dans la Cause des effets, la structure des rapports) c’est qu’il faut partir et demeurer dans l’articulation distincte, dans la déchirure elle-même et que cette scission qui permet de prendre distance, autorise que soient posés les médiations et les œuvres et les historicités dans leur pluralité même ; d’une structure-en-rapport il n’y aura jamais une seule approche mais elle en causera quantité, et historiquement il y en eu quantité ; il faut adapter et distinguer la surface vers laquelle, en nous, elle est adressée ; la nation selon dieu, le monde selon l’universel, le corps selon le christique, le sujet selon Descartes, la liberté et l’égalité selon la révolution, l’attention selon Sartre et la jouissance selon Lacan, la perception, élaborée, selon les esthétiques, en bref toute notre historicité - de plus désormais planétaire, au sens où par exemple toute nation devrait être en mesure d’élaborer sa formulation, ou encore que tout moi est déjà appelé à manifester son sujet … ce à quoi sert internet, essentiellement et si on interroge sa finalité réelle mondiale, au-delà des pouvoirs et des intérêts toujours contraignants ; c’est comme tout, ça n’est pas ce que cela est qui compte, mais ce que l’on en fait. De même pour le moi de chaque sujet. Et pour introduire ce mouvement interne, une articulation est requise, une articulation, une scission.

Commenter cet article