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instants philosophie

La cathédrale engloutie

3 Octobre 2020, 08:52am

Publié par pascal doyelle

Les stratégies d’existence

Il n’y a pas de connaissance de l’être, puisque l’être est pris dans un plus grand que lui ; l’exister. C’est pour cela que nous sommes livrés au présent, le présent crée tout ce qu’il y a à créer.

Ce qu’il faut admettre c’est que sous prétexte de penser l’être, on a agité le mouvement ; on a accéléré le présent, le présent de notre attention, de notre intention, de notre intentionnalité ; les grecs ont pu vouloir, décider, percevoir, penser bien plus loin (leur dieux étaient déjà humanisés et réclamaient une logique des affects, de l’imagination, des motivations, les plus amples et les plus singulières mais aussi les plus inconscientes et les plus quotidiennes, communes). Or il fallait un autre dieu pour déployer encore-plus de précision, de délicatesse, de subtilité, qui ne soit plus assujettis à l’universel, mais au plus singulièrement individué ; le christique. Dès lors il était possible d’avancer plus loin encore dans l’invention de soi, de soi et non plus seulement, si l’on peut dire, de l’homme en général.

Or donc il y eut le Sujet. Celui qui est dans l’obligation d’examiner ses propres intentions, son intention en propre. Et il est arrivé ceci que distinguant le sujet, il a pu reprendre la totalité de toutes les réalisations grecques. L’universel, qui paraissait l’horizon, fut absorbé et extrapolé par le sujet christique.

Ainsi les sujets entrèrent en devenir. En devenir constant. Intégrant ensuite l’accélération cartésienne (Descartes ne crée pas cette accélération ; il en rend compte, et ce faisant il accélère l’accélération, jusqu’à ce que chacun soit désigné nommément comme sujet ; la révolution. C’est une histoire très française, comme on voit). Comme le christique lance le sujet dans l’historicité, la puissance, la potentialité du réel s’instancie en chacun et permettra donc une démultiplication des possibilités et une extension radicale de l’étendue des occurrences ; chacun étant en mesure d’étendre ce qui, par exemple, pour les grecs relevait de l’universel ; soit donc une mise en complexité bien plus conséquente. Ça n’est pas seulement que les centres d’intentionnalité se multiplient (chacun) mais c’est la nature même de ce qui est vu qui, de ce fait, change. De même que suite à la révolution il y eut des champs entiers de réalités, personnelles, réelles, objectives et subjectives qui soit s’ouvrirent soit purent s’étendre.

Et donc le sujet est lancé dans l’historicité. Il y a historicité et sujet, parce que sinon le temps reviendrait au groupe et le groupe tourne en rond. Il se parle à lui-même, couvre le monde donné là de signes et apprend ces signes par cœur et assure la communication (entre les membres) et la transmission (entre les générations). Si chacun est sujet la réalité ne se régulera plus selon le groupe seulement mais en et par l’investissement de chacun. On aboutira, tôt ou tard, à la révolution, celle qui s’est au final déployé (selon diverses variantes plus ou moins adéquates, cela va sans dire) sur toute la planète ; l’État et l’individualité.

Suite aux tentatives anglo-saxonnes fondés sur la liberté de chacun (tous les sujet sont égaux mais au début initialement, Shakespeare par exemple ou le non-sens anglais manifestent cette liberté sans régulation externe),

la variante la plus certaine étant celle française qui a tenté de lier les deux principes ; égalité (du christique) et liberté (de chacun) ; ce qui veut dire la continuité de l’égalité non seulement native mais dispensée le long de la vie. Là où la moralité de chacun est essentielle (anglosaxon) l’État est le rempart et la sûreté (française). Il en est d’autres qui suppriment quasiment la liberté… et prétendent conserver l’égalité, mais qui n’a plus de sens lorsque le sujet est supprimé.

Philosophiquement le sujet s’impose à partir de Descartes. On essaie bien auparavant d’aménager la pensée et dieu, par la théologie qui simule (et pousse à la perfection) la pensée de dieu en tant que celle-ci est, pour les temps d’alors, grecque. Mais on ne peut pas assujettir le sujet.

Et si le sujet est cela même qui existe (et le reste ce sont des effets), alors depuis quand même le 17éme la philosophie s’est effectivement remise en question, de fond en comble (bien qu’apparemment certains continuent de l’ignorer) et a commencé d’articuler le sujet et le réel. On aboutit donc immédiatement avec Descartes au sujet posé là sur le Bord du monde ; Kant, Hegel, Husserl, Sartre, Lacan (et des tas d’autres) exploreront cette structure très-étrange du sujet en tant, donc, qu’il est, lui, le sujet, la pierre angulaire de tout le reste

Inutile de croire le couvrir de significations diverses et variées qui l’absorberaient.

Tout signe ne fait sens que par et pour un sujet, parce que tout sujet est le rapport de base qui autorise qu’il y ait quantités de rapports seconds et secondaires, voire très secondaires ; en vérité on peut tout signifier, et de plus croire que ce qui est signifié, cela qui est désigné par le mot non seulement existe (selon le mouvement) mais qu’il « est », solidement arrimé, installé comme une chose consistante.

La consistance, la solidité des choses ne se rencontre pas seulement en philosophie mais c’est le fameux et très habituel aussi « objet de désir » ; et nos vies depuis l’événement de la facilité généralisée, en sont pleines, de ces objets qui sont supposés condenser toute la substance et désirables en eux-mêmes (alors que leur valeur est rêvée par notre désir et depuis l’industrie produits industriellement).

Et donc il court, le sujet, depuis le 17éme, et comme il est, le sujet, la structure de base, fondamentale, unique à chaque fois, c’est unique en tant qu’universel, ou plutôt universel parce qu’unique… ce qui revient à une formule très simple ; le sujet est un rapport. Il n’est pas Le rapport, sous-entendu universel, par lequel chacun serait subsumé sous l’universel, mais il est en tant qu’unicité la formulation même du réel, de cela qui existe.

Et donc on peut désigner Descartes comme proposant la vraie ontologie ; qui n’est plus la science de l’être en tant qu’être, mais bien le réel en tant que sujet ; ou comme disait Hegel par Descartes la pensée devient sujet, mais il l’entendait comme l’universel en acte, et ne parvenait à définir le dit sujet que comme négativité, ce dont on a eu du mal à se tirer, malgré Kierkegaard ou Nietzsche, mais enfin Sartre sort la tête de l’eau, du bouillon, et, enfin, situe le sujet, la conscience comme individualité, encore est-ce incomplet parce que sa conscience comme pour-soi n’est plus même un moi ; le moi étant pour Sartre dans le champ (comme n’importe quel objet, ce dont se souviendra Lacan, qui en sa manière poursuit la même logique ; sauf que le champ lacanien sera celui de l’inconscient et plus celui du pour-soi).

C’est que les deux français Sartre et Lacan ne supposant pas du tout de remplir le sujet par une nébulosité à l’allemande (les allemands veulent à tout prix nommer nommément le sujet, il faut qu’il soit quelque chose, quelque chose d’absolu ; un français ne se pose pas du tout la question ; le sujet est là tel quel, point, bien trop fringuant pour s’abaisser à une ressemblance avec quoi que ce soit (nous trouvons de manière générale que nous sommes très bien comme cela et qu’il n’est pas du tout nécessaire de tendre un miroir qui nous renvoie une quelconque image et une image qui restera toujours très quelconque en comparaison de notre beauté naturelle) ; ou ce qui revient au même, pour les français le pouvoir est vide, une place neutre, formelle, et donc perçue par chacun ; rien n’intervient dans votre conscience pour la dériver on ne sait où ; il n’y a pas de race, d’identité, d’image, de rêverie ; la france est une nation politique, votre identité est politique, il n’y a pas d’« ethnie » mais seulement votre consentement, cad votre volonté, votre décision et rien qui précède cette décision.

Bref

le christique lance le sujet (qu’il soit une auto annonciation, structurelle, ou une révélation venue d’en Haut, et alors de très, très haut… au point, déjà dit, que l’on ne comprend pas encore déjà pour le moment de « quoi » il s’agit, ce que cela nous demande, nous indique, nous montre). Et la philosophie s’en empare bien plus tard, lorsque la théologie est parvenue tout au bout de sa course folle d’arrimer la pensée de dieu. La poursuite du sujet paraît d‘abord comme une mise sous conditions ; typiquement celle kantienne mais la Méthode de Descartes précautionne de la même manière, sauf que c’est une apparence, cette propédeutique. En vérité elle dit tout ; elle place le sujet face-au. Face à la pensée (Descartes), face au monde (Kant), face au temps (Hegel).

Le retournement sera effectué par Sartre qui établit, et analyse, la conscience là où elle se trouve ; dans l’individualité.

Elle n’est plus inscrite comme pensée, comme champ intentionnel husserlien (à la recherche d’une typologie objective), n’est plus assignée à un « sens pré-existant » comme Heidegger, ou symbolisée par une « force » (la vie bergsonienne ou la volonté nietzschéenne), aussi via Sartre avance-t-on extrêmement rapidement et tout à fait dans le détail des intentionnalités effectives (chose donnée là, imaginaire, temporalité du projet, autrui, relationnels et ensuite dynamique de groupe, historicité, etc) et tout cela sans tomber dans la « prophétie », de type heideggerien et plus généralement allemand qui sous couvert de décrire l’acte de conscience glisse vers sa symbolisation puis son adsorption par quelque ‘grande entité’ maraboutée ; de même que Fichte et Schelling s’empressaient de remplir le sujet d’un « esprit absolu », sans être en mesure d’entrer dans le détail hégélien ; remarquons que Hegel accepte et adhère à tout ce qui, avant lui, fut énoncé, et le considère comme tout à fait exact et réel (en leur moment, leur rôle, leur vérité propre).

Nous sommes non seulement entrés dans l’intention originelle (dieu, qui manifeste le vide formel du réel de l’intention absolue, qui se présente comme antérieure à tout monde, les ayant créé et dieu comme seul exclusivement divin, rien d’autre n’y atteint, amenant donc à resserrer toute compréhension, analyse de ce qui est « intentionnel », plutôt que de l’instiguer dans le soleil, le léopard ou le fleuve, ou a contrario dans une notion abstraite d’absolu dont on ne peut qu’ignorer la nature ; ici admettant dieu et son intention même si elle nous est difficile elle est une intention qui en appelle, nommément de fait et par nature, par structure, en appelle à la nôtre, en tant qu’intention),

dans la mise en forme intentionnalisatrice des idées, qui distinguent et permettent seules de distinguer quantités de réalités (comme Platon le prétend ; sans les idées qui perçoivent, on ne perçoit rien, sinon des masses indistinctes, cad n’apparaissant pas), et ainsi dans et par l’universel.

Mais ça n’est pas l’universel qui compte ; c’est la réflexivité, cad le retour du champ intentionnel sur lui-même, la compréhension que non nous ne sommes pas pris dans tel contenu mais que nous les produisons et que donc il s’agira désormais de créer volontairement et de comprendre ce que cet accès, excès de volonté, d’intention veut dire, là où il conduit, ce que l’on peut en attendre.

On restait cependant fixé sur le contenu qui s’anime là si évidemment sous nos yeux ; il faut un effort conséquent pour remonter dans la critique, dans le criticisme (kantien), dans la suspension de conscience. Or de même que l’accès christique de l’intention non plus de dieu mais en et par chacun, chaque conscience (en un corps donc) a pu reprendre la totalité de l’universel grec (et gnostique et plotinien, hellénistique, de philosophie et de droit romain etc), pareillement isoler et analyser le sujet c’est également reprendre dieu, l’intention de chacun christique, l’universel grec et l’organisation étatique et le droit romains ; ce que l’on a détouré et que l’on pu placer dans le champ intentionnel, a permis de récupérer et accumuler les autres possibilités structurelles (dieu, l’universel, le christique, l’État et le droit et les éthiques et les esthétiques, etc).

La question se posant alors ; soit, l’intentionnalité absorbe les autres possibilités (qu’elle voudrait administrer comme domaines distincts) mais qui mesure l’intentionnalité ?

Ça n’est plus dieu, parce que quand bien même en admet-on l’existence, depuis Descartes on ne peut se se reposer sur ce qui a lieu ici et maintenant (le sujet se pré-suppose en tant qu’organisé par et pour lui-même, si il doit céder une part à dieu il se manque, il lui manque une capacité de se comprendre, qui est réservé à dieu seul, la tendance naturelle sera évidemment de réintégrer et de comprendre le sujet en sa structure réelle et effective ici et maintenant, à sinon clore mais baliser son champ complet).

Ce ne sont plus les suppositions tel l’esprit hégélien, depuis Kierkegaard on a bien compris que l’acte de conscience ‘subjective ‘ est plus grand ou autre que l’énoncé ; la raison de manière générale est devenue tout à fait abstraite, puisque tenue au-devant d’un sujet (lequel reste plus ou moins « vivant » et dans le rationalisme réaliste devient un simple regard abstrait vide sans possibilité).

On aboutit ainsi à un sujet originel, diversement décrit puisque son « être » n’étant pas composé on ne peut absolument pas parvenir à une caractérisation déterminée, ni encore moins circonscrire la totalité de ses réalités, aucune ne l’puisant lui et l’ensemble ne correspondant pas à l’unité formelle, qui est absolue possibilité ; c’est une forme pure et brute ; c’est un rapport dont on ne peut pas circonscrire la réalité n’étant pas lui-même « de la réalité ».

Non seulement plus aucun groupe (et représentation du groupe) ne vient s’interposer, mais qui plus est nous sommes sans contenu préalable qui viendrait temporiser notre conscience et le réel. De sorte qu’effectivement ce qui vient rompre ce qui se sait désormais comme pur et simple rapport, le couper et le court-circuiter c’est le réel. Le fait brut de l’existence telle que « là ».

Tant qu’il se situe autour du groupe, du contenu ou de la représentation, le rapport peut croire former un cercle et une unité d’avec lui-même, mais dieu, l’universel, le christique, le sujet, la révolution tout aussi bien, nous apprennent que le dit cercle est plutôt spiralé et qu’il ouvre incessamment des possibilités, et enfin si le rapport dans tous les cas peut bien au mieux vivre dans une heureuse totalité aimable ou dans une tribu adéquate, et au moins supposer qu’il formera un, par contre lorsqu’il n’est plus que rapport à (soi) alors il se heurte à cette évidence monstrueuse que le réel est Autre. Que le réel n’obéit pas du tout en sa nature même, ontologique, au cercle de ce rapport. Le rapport ne peut que se heurter au réel tel que là et si totalement autre.

De même que dieu, l’universel imposaient une autre loi et ordonnaient l’intention à un autre registre. Il est ainsi deux mouvements contradictoires ; d’une part le reflux sur et autour du contenu de l’intentionnalité, quel que soit ce contenu. D’autre part le déploiement de cette intentionnalité en tant que destinée vers l’altérité ; soit celle de dieu, de l’universel, du sujet ou du réel et dans ces quatre cas il s’agit pour l’intentionnalité de s’agrandir ou s’élever.

Livrée à elle-même l’intentionnalité tombe dans la conformité et la redite ; elle veut se ressembler, organiser son monde de représentation et reposer sur et dans cette organisation, tout comme le moi espère s’identifier à son image, ou vivre, réaliser, sentir la réalisation de son image de lui-même. Mais la structure, l’arc de conscience a pour point de repère le réel ; ce qui veut dire l’horizon et non pas ceci ou cela qui occupe l’horizon ; de même que l’architecture intentionnelle ne peut pas se passer de stratégie, sous peine de s’alourdir dans les contenus et sombrer dans la réalité sans plus tenir le réel et le possible, d’exclusivement se fondre, se coudre dans le donné, le corps, la satisfaction imaginée, la complétude refermée, de même que le moi rêve de se confondre avec son corps, son bienfait, sa plénitude et sa vie imaginée.

Mais le tour de force des grandes stratégies n’est pas de promettre cette complétude (contrairement aux critiques envers leur prétendu illusionnisme), n’est pas de rêver ce corps, mais de s’en servir peut-être, mais fondamentalement veut agrandir l’intention ; d’abord maintenir puis élever la possibilité ; dieu, le christique, l’universel, le sujet, le réel montrent en quel sens l’altérité pure et brute du réel est une apesanteur qui tourne le visage non vers le réalisé et la réalisation, le monde et le donné, le vécu et le corps, en quoi ils finiront par s’enrouler sur ces contenus (pouvoirs, richesses, extension du royaume, exploitation et violence)

mais vers et par la Possibilité,

(l’exploitation et la violence ramènent la possibilité aux possibles du monde, qui s’enclosent dans les nécessités)

Possibilité donc stratégique qui anime et qui meut la structure et non le structuré,

et bien évidemment la plus grande Possibilité, puisqu’ils sont les opérateurs de stratégie ; de stratégie que l’on ne peut pas visualiser dans le monde, le vécu et le corps, mais qui seules, ces stratégies, instancient le réel dans la réalité (et permettent de se tenir au-dessus du donné, d’organiser les consciences, les intentionnalités, de réinstancier le rapport en plus de n’importe quels rapports), ce sans quoi, sans lequel rapport unique et exécutif l’ensemble se déliterait et se perdrait dans ses contenus.

Que l’on comprenne que les royaumes et les empires disparaîtront, l’esprit ou ce que l’on a nommé autrefois comme tel, non. L’esprit est ce par quoi l’intentionnel s’est avancé comme siècles, et par qui il existe une historicité ; ‘esprit’ était un porte-nom ; l’intentionnel est tout à fait différent de « l’esprit » tel qu’habituel, mais l’intentionnel en constitue la nature même, la structure qui élaborait, prévoyait « l’esprit » présenté comme tel ; en tant que les signes permettent une rapidité, un mouvement, que les royaumes de ce monde, empêtrés dans leur densité, ne pouvaient atteindre.

Or seul l’esprit, ou l’intentionnalité, était en mesure d’ouvrir non pas la série mais les séries de rapports qui rendaient le monde, le donné, la matérialité, les réalités concrètes et les vécus, et le relationnel humain accessibles ; sans une liberté, une libération du rapport en lui-même aucune des possibilités n’auraient pu naître.

Contrairement à ce qui se lit ici et là, surtout par nos temps éperdus, nous n’avons pas promu la liberté parce qu’ayant découvert le pétrole, mais bien que nous avons découvert l’utilité du pétrole parce qu’ayant envisagé la liberté. Il faut un ensemble extrêmement compact et concerté et organisé de rapports pour que la liberté, l’intention, la pensée prennent corps d’une part et soient suffisamment partagés par un nombre suffisant de sujets ; potentiels ou effectifs, mais à ce niveau-là les sujets sont déjà toujours potentiels, dans la potentialité elle-même, attendant de rouler les rapports possibles et d’accrocher la réalité, le relationnel, le vécu, la perception.

Puisque le rapport comme structure logique, si l’on veut (il est en vérité et en fait une structure ontologique) s’instancie dans et en tant qu’historicité, alors les sujets apparaissent et donc tous les rapports des signes et des perceptions surgissent, se gérèrent, s’engendrent (de même que l’esthétique ritualisée peut se déployer en et par elle-même en esthétiques de plus en plus différentes).

La menace intérieure est que la prolifération des rapports enferment dans le monde, le donné, le vécu et le corps. Or ça ne fut jamais en tant qu’issus du monde et de l’immédiat que les sujets sont apparus ; les sujets naissent toujours par le haut. C’est seulement par révolte ou par tentation ou par erreur et faute intentionnelle qu’ils croient soudainement découvrir dans le monde et l’immédiat un « concret » que leur origine structurelle déconsidérait, apparemment. Si un sujet naissait du monde et de l’immédiat, il ne parviendrait plus à sortir du rapport envahi (de déterminations). Si il croit retrouver une immédiateté, une naturalité, une spontanéité ce sera une imagination, seconde à tout le moins, secondaire souvent ; il ne va pas renouer avec une immédiateté mais au contraire s’enrouler dans l’énervement de la structure en tant qu’elle croit illusoirement se lier à la supposée réalité du donné ; ce qui veut dire un fantasme, un substitut (imaginé) à une immédiateté (irréelle qui se fait passer pour concrète).

Dit autrement notre être, qui n’est pas un être, est une structure, ce qui signifie un rapport et n’est jamais immédiat. Il naît d’en haut, ou du Bord du monde, mais aussi du Bord du vécu et du Bord du corps ; de l’horizon et puis ensuite redescend et hiérarchise ses objets, subjectifs ou objectifs, perceptions ou signes, langages ou récits, esthétiques ou fantasmes. On ne peut organiser le monde, le donné, le vécu ou le corps que si on élabore le Bord. Nous sommes impérativement et structurellement splittés, divisés et la division est cela même qui doit être examiné, analysée, et tout autant décidée, voulue, intentionnalisée ; de là qu’il faille supporter l’insatisfaction puisque qu’il n’y aura pas de réunion de ce qui est désuni (sans cette désunion interne il n’y aurait aucune structure, aucun rapport et s’effaceraient tous les rapports seconds et secondaires ; le sens du réel est la division, le réel comme Pli ; rappelons que l’on admet ici qu’il y a « réalité » parce que le Pli est cela seul qui existe, dans le Pli surviennent les réalités comme pliures).

Si on stationne dans la satisfaction (qui n’est jamais qu’espérée ou imaginée), alors sinon on se contentera de désirer des tas d’objets, sympathiques peut-être mais s’effondrant ou s’étiolant ou disparaissant constamment ; c’est pour cela que Nietzsche (celui qui expose, manifeste, met en exergue absolu l’auto affirmation du sujet qui ne se tiendrait que de soi) que Nietzsche donc affirme que c’est en venant de la Cause même, attaché au plus près de la Cause (la Volonté) que l’on produira de nombreux ou d’exemplaires effets ; il n’y a pas d’œuvre afin de manifester des effets, mais pour Nietzsche il y a véritablement effets parce que venus du plus proche possible de la Cause telle qu’en elle-même, se produisant ‘pour rien’ par suprêmes effets de Cause, et non pour un but particulier, par pure affirmation et non pour ceci ou cela enfermé dans les effets d’effets.

De nombreux mois se tiendront encore et toujours dans le mirage des objets et de leurs désirs, dans les effets d’effets continuels (ils ne savent plus si ils existent de leurs désirs ou selon et dans la dépendance des objets) ; le capitalisme (qui n’apparaît pas pour rien) est l’acharnement envers l’objet, ce qui veut dire les contenus des rapports et non dans le rapport-même (qui se dresse extérieurement à tout) cet enroulement produit ou consommé (qui produit des mois industriellement, dès lors) ; ceci est l’envahissement de toute l’intentionnalité par ses contenus, ses vécus et ses corps, tenus pour concrets et donc réels, ce qui est fantasmatique, et c’est conséquemment l’abandon de la structure suréminente (telle qu’explorée en, pour et par elle-même) qui efface l’horizon (et anéantit les possibilités réelles tenues sous cet horizon de rapports). Cette structure envahie, engorgée par des contenus aveugles sans conscience, est la cathédrale engloutie.

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