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instants philosophie

Sartre et Lacan

17 Octobre 2020, 08:25am

Publié par pascal doyelle

Soit donc illustrativement.
Nous sommes livrés pieds et poings liés à la jouissance, qui cherche violemment partout à se réaliser.
Pour ne pas y succomber (comme on verra) nous nous distrayons par ces plaisirs, petits et grands.
Parfois telle occurrence de plaisir s’enflamme en passion, qui peut-être se
concrétisera en amour, affectif, Mais dont la puissance s’éteindra probablement.
E
t parfois le désir inclinera calmement en amour-raison
Et enfin quelque fois en amour et adoration au sens religieux de la foi (dieu, christ, pensée, universel ou œuvres, un engagement, une éthique, la révolution, etc).

​​​​​​​Les conditions brutes d’existence.

La jouissance, qui est originelle, n’est pas naturelle. C’est la jouissance hallucinée du corps empli, extatique et les signifiants pourront cadrer et découper cette jouissance, temporaliser, et rendre possible de désirer un objet, réel, dans le monde, parmi les autres, dans la société et le symbolique (l’objet a de Lacan) ; la folie est d’être (dés)intégré par la jouissance (qui ne peut plus être distinguée par les signifiants, la psychose ne sait plus communiquer ni repérer le réel) ou, autre fourvoiement, les signifiants nous contraignent à tourner en rond. Aucun être vivant n’est soumis à la jouissance impérative, toute puissante, délirante, hallucinée. Pour que s’impose la jouissance il faut un champ intentionnel qui non seulement désire ceci ou cela, mais imagine la jouissance surabondante qui comblera au-delà du donné, du naturel et du raisonnable, au-delà de la limite, la jouissance surabondante qui nous emplira, débordera. Aucun animal n’imagine une telle complétude. Tout être vivant est d’abord son unité, laquelle est constamment en danger, peu ou prou ; un être humain est soumis quant à lui à une unité transpercée, traversée, dépouillée d’elle-même. La menace consiste structurellement à prendre le contenu pour la structure et ne plus y introduire de distance ; le fou n’est pas seulement celui qui se prend pour le roi, mais le roi qui se prend pour le roi.

La jouissance imaginée n’apparaît que dans un champ intentionnel. Il ne s’agit pas de jouir naturellement, mais il est question du fantasme d’une jouissance qui comblerait l’articulation, cad le gouffre, qui s’est ouvert sous nos pieds ; et ce gouffre c’est le rapport intentionnalisateur qui crée, ouvre, élabore le champ qui place les choses, dont nous-mêmes, et nos objets de désir dans son champ, et ce par signe, ce qui veut dire par une distance. Et cette distance ne peut pas être comblée, au sens propre et figuré ; il n’y a pas d’objet, de chose, de corps, aucune autre conscience qui puissent emplir le vide du signe ; et donc aucun signe (figuré) ni aucune « substance corporelle » pour ainsi dire (sens propre) n’y suffirait ; il n’y a pas, n’y n’aura pas, il est impossible que l’on obtienne satisfaction.

Ça ne sera pas de l’ordre de la satisfaction. Nous comprenons cela ainsi ; la structure de conscience, larticulation, le rapport ne trouvera pas dans le monde (le vécu, le relationnel, le corps) son « objet » et donc il sera à lui-même sa « résolution ». c’est de sa propre auto-compréhension, pour ainsi dire, qu’il tirera sa possibilité ; cad qu’il continue d’exister plutôt que de s’effondrer dans son absurdité, son non-sens, sa non-satisfaction. Et évidemment outre ce préalable négatif, positivement cela veut dire que l’articulation est, en elle-même, la Puissance, la potentialité, le possible et la Possibilité même. Qu’il y ait articulation (en et par l’a conscience-de) veut dire que le réel est cette articulation (et non quelque quelconque objet ou complétude ou satisfaction, qui n’appartiennent, eux, qu’au monde, au vécu ou au corps).

Rappelons ; on ne considère pas que le réel soit absurde ou dépourvu de sens. On admet parfaitement, par contre, la brutalité, la violence, ontologique et physique, mortelle, si l’on veut au sens propre et figuré aussi, de ce réel. Ou donc ; le réel n’a pas pour finalité notre « satisfaction » (ce qui ne veut pas dire qu’il faille célébrer la brutalité ou les nécessités invivable, mais au contraire facilité notre vie afin que la véritable destination, le sens réel du réel puisse se développer ; à savoir que si le réel est à ce point brutal c’est qu’il suit la logique de la distinction ; si on distingue, on divise, on sépare, on découpe. Si la réalité ne se divisait pas … il n’y aurait pas de réalité. Ce qui se détermine, se détermine. Le système même de « réalité » est la détermination, soit donc la distinction de toute chose, être ; tout est à ce point distinct que l’espace temps se crée, de sorte qu’aucun point ne recouvre un autre.

Brutal, sans doute aucun, mais non pas insensé. C’est au contraire une structure d’une cohérence inouïe en ceci qu’elle rend possible une « réalité », ce qui veut dire ce type absolu de dispersion, de multiplicité, d’unicité partout, en chaque point. Cette cohérence formelle est cela qui est cherché.

Revenons. On a donc supprimé l’esprit et ce depuis Sartre. Et en remplaçant l’esprit par une performance absolument suréminente et multiforme, et peut-être infiniment formelle, nous avons à la fois simplifié et rendu plus incompréhensible le problème. Rappelons que l’on considère ici que le développement depuis (au moins) dieu et ensuite l’universel grec et ensuite encore le christique et le sujet, ce développement s’est effectué en droite ligne ; ni Descartes ni Kant ne présuppose la pensée, la pensée comme substantielle ; la raison, soit donc au mieux le moyen du sujet ou plus extrêmement les images dans le miroir du sujet, n’est pas la pensée. La pensée qui était conçue comme « pensée appartenant à dieu » dans toute la théologie. Pensée divine donc, aussi a-t-on pu reprendre Platon. Rappelons que l’on a sous la dénomination de pensée, idées, système, déployer quantité d’intentionnalisations du monde donné là, de telle sorte que l’on s’est échappé de fait de tout langue et de tout groupe ; si on ne comprend pas ceci ou cela de telle philosophie grecque c’est que c’est grec et non pas universel ; ce qui passe, d’une langue à l’autre, c’est l’universel.

C’est une mythomanie complète que de croire que l’être est une langue. De même mécomprendre Lacan que d’entendre « l’inconscient est structuré comme un langage » par « en tant que langage » ; « comme » un langage veut dire que chacun est instancié par des signifiants et non quelque mystérieuse qualité de la langue ; soit donc chacun use des signifiants et effectivement les signifiants ils sont systématisés (plus ou moins) dans l’usage d’une langue dans un collectif, mais en fait ils sont scindés et séparés et peuvent être réarrangés en tant que dans le corps, de chacun, ils marquent une signification et par métaphore et métonymie glisser et constituer l’inconscient ; un signifiant cache un signifiant qui cache un signifiant qui cache un état du corps, une jouissance, une jouissance imaginée ; ce qui veut dire ; qui n’existe pas, n’a jamais existé, fut halluciné, soupçonnée, désirée, fausse perception mélangée et sur laquelle, coupure (opérée par les signifiants). La vérité est que Lacan prend bien soin de la révélation sartrienne, que l’intentionnalité est un champ et qu’ensuite il s’individualise, et donc présente que le moi (qui est un identité imaginée, pas réelle, mais tenue dans une intentionnalisation, dans une image ou un conscient de soi) est originellement une bordure qui coupe le corps : par quoi le dit corps, vivant, n’est plus vivant mais devient Autre, il est affublé d’un signe et le signe est, pour l’intentionnalité, bien plus réel et puissant que le corps, plus impressionnant que le sentiment du corps, puisqu’un arc de conscience est fait pour cela, pour les signes et non pour le vivant.

Or que l’on existe selon les signes (qui nous découpent) veut dire aussi que ce signe est déjà une sorte de « conscience » ; tout signe n’est que par et pour une conscience ; et donc nous voici chaîné par le signe que nous appartenons à une autre-conscience (qui est tel ou tel autrui ou l’autre-conscience en général ; parce que toute conscience est déjà un rapport et donc est absolument, cad formellement, Le-Rapport ; sitôt que l’on prononce ou avance ou existe dans ‘tel rapport’ on existe selon Le-Rapport ; il n’y en a qu’un. Et donc par, via un signe, «on est perçu ».

Le moi croit qu’il s’agit de ‘sa’ conscience ; la conscience ‘de’ Pierre par ex. En vérité et dans le réel même, Pierre appartient à sa structure de conscience, ce qui ne s’entend que si la conscience en Pierre est plus grande que Pierre et que sa santé existentielle, structurelle revient à non pas croire en lui-même, Pierre (ce moi composé par son vécu, son héritage, génétique ou historique) mais à croire en ce sujet antérieur à Pierre ; à quoi servaient les religions... Les religions, les pensées, mais aussi les œuvres (Rimbaud qui devient ‘Rimbaud’, comme l’a bien vu Nietzsche qui dit, de Nietzsche, qu’il va couper l’histoire en deux … Nietzsche devient le héros, le sujet, de sa propre histoire afin que le sujet ‘Nietzsche’ soit plus grand que le Nietzsche vivant, qui n’était, comme tout le monde, qu’un petit bonhomme de rien du tout).

Lacan procède exactement à l’inverse ; il s’agit pour tout moi de percevoir ce moi du dehors ou d’un dehors sans doute très limité mais suffisant pour que naisse le sujet (de son existence) à partir du moi (de sa vie) ; que celui-ci qui non pas guérisse mais puisse continuer (au lieu de s’enfermer dans son moi névrosé). Que même si il n’est aucun sujet proposé (qu’il soit de religion, de pensée ou de liberté ou d’œuvre, etc), que même alors le moi soit perçu du dehors, d’un dehors qui desserre quelque peu la chaîne des signifiants. C’est pour cela que l’extraction du sujet hors du moi (dans lequel on tourne en rond) se produit in vivo, dans l’acte de psychanalyse ; il faut que le sujet Voit le moi.

Mais en vérité Lacan a compris que le champ de conscience est bien plus grand que telle découpe, Pierre ou Marguerite, la table ou le conscient. Sauf qu’il croit que ça glisse, ce champ, dans l’inconscient, puisqu’alors, hors de la position du pour-soi de Sartre, la conscience est réservée en tant que conscient ; explicite, objectif, ou subjectif mais imaginaire.

Lacan ne croit pas, apparemment (parce qu’il fut très discret sur sa lecture de Sartre … qui n’a pas pu ne pas l’influencer, d’autant que Lacan fréquentait les cours de Kojève et sa version « matérialiste  » de Hegel), en la vision sartrienne du je ; et pour cause si Sartre réintègre le moi dans le champ, le je est et n’est que ce champ ‘objectif’, direct de la conscience, ce pour-soi n’a d’effectivité que d’être justement un je. Un champ de choix, qui du reste trouvera tout naturellement dans le marxisme ou dans la logique pratique de Sartre un dialectique très difficile mais pour ainsi dire un débouché naturel ; c’est par ses effets de champ pris par un je sur lui-même, qui assume cette charge, qui assure et poursuit ses décisions, prises dans la plus grande extension de champ (en somme qui se hausse non tant au niveau de la raison, de la science et de l’objectivité mais de l’histoire humaine, de l’humanisme historique).

Sartre est un guerrier ; son « sujet » est conquérant ; il n’est pas dans la contemplation mais dans l’action. Une œuvre est un engagement tout comme la révolution et idéalement les deux, grande tradition somme toute, et une vie est un engagement, très difficile, très rigoureux, le contraire du moi souffrant de Lacan. Or pourtant il s’agit du même champ ; lorsque Lacan tire vers l’emplissage du champ selon les signifiants, les images, les pulsions du moi, Sartre pousse vers les possibilités aboutissant à des résultats de l’intentionnalité ; qui pour Lacan est divisée en elle-même ; ce qui est vrai, absolument vrai, mais c’est de l’intentionnalité dont il est question, et non d’un « être », et donc cette intentionnalité peut très bien être étendue de son engluement dans le moi vers la possibilité du je, le plus objectivement historique et humaniste possible. Le champ qui n’est pas un être, est élastique. C’est bien pour cela qu’il est d’une compréhension bien plus inclusive de toutes diversités et surtout parce qu’il est d’un maniement, d’une praticité formidable pour toute activité ; une conscience, cette structure, est faite pour cela.

Pour intégrer tout ce qui vient du corps, de la perception, créer des langages, utiliser ceux-ci sur un horizon et s’adapter à n’importe quelle situation, ce qui veut dire aussi inventer de nouvelles situations ; le reconditionnement qu’autorise l’utilisation du signe, la capacité de cibler l’horizon des horizons divers, de ramener ou d’étendre, de concentrer ou de desserrer l’attention est le fait utilitaire de l’arc de conscience. Le monde donné, la nature ou la réalité ont inventé un (non) mécanisme capable d’une hyper adaptabilité qui excède le vivant .

Et donc nous voici face à non pas une essence (dont on ne comprendrait pas du tout comment l’esprit pourrait absorber le monde donné là, en tant que deux ‘essences’ se heurteraient et l’une l’emporterait, par a priori ou préférence personnelle, l’une sur l’autre) mais devant une structure, vide, étant un rapport (capable de quantités de rapports). Or contrairement à l’interprétation de Sartre d’un champ « uniforme » et donc aboutissant à une universalité in fine, on suivrait plutôt l’hypothèse que ce rapport étant un rapport, il est un. Soit donc strictement individué.

Et dès lors est-il impératif de désigner ce rapport singulier comme précisément capable de toutes objectivités, subjectivités, perceptions, activités, communications et langages, sociétés et relationnels, d’être au final une structure-sujet absolument toute puissante et dotée d’une hyper cohérence.

les autres pensées ne comprennent pas que le procédé de conscience est distinct de toute pensée, toute représentation, tout langage ; il n’est que Sartre qui désengage l’arc de conscience de tout contenu. Ce qui veut dire qu’il l’individualise absolument. Individualise en tant que champ, antérieurement à tout moi.

Si la conscience que l’on a de soi est un rapport, alors il est à plusieurs niveaux, plusieurs niveaux réels. Et la conscience de soi n’est ni idéale, ni imaginaire, ou imaginale, ni idéelle et consciente. Elle réclame donc sa propre définition effective.

C’est ce que ciblaient Nietzsche et Heidegger ; une conscience immédiatement donnée là dans le monde, le vécu, le corps. Sauf qu’ils refusaient que ce soit une « conscience » qu’ils prenaient au sens classique si l’on peut dire, hérité de Husserl pour Heidegger ou de la tradition globalement, de conscience équivalente au conscient, voire pire de conscience « morale ».

Or on a vu que le tour de force de Sartre fut d’instancier la conscience dans l’ici même, comme point purement négatif mais réel qui donne à voir le monde ; c’est pour cela qu’il débute par l’imaginaire ; le registre qui semble le plus immédiat, tout comme l’émotion le plus spontané. Et il s’avère donc que tout l’ensemble des émotions et des imaginaires sont construits, artificiels, ce qui ne veut pas dire dépourvus de réalité ou de vérité, mais que celles-ci ne sont pas reliées à un donné naturel mais à un sujet ; le pour-soi, lequel est un champ qui parfois s’inscrit comme subjectif mais peut aussi bien penser les mathématiques ou fabriquer techniquement une turbine ou systématiser une législation de droit.

La création du champ est fondée sur l’arc de conscience qui crée au devant un champ de signes ; ces signes, ces rapports, font de fait et instantanément retour sur l’arc lui-même. De sorte qu’il ne s’agit plus du tout de l’ancien système conscient qui faisait valoir ou qui se suspendait à l’universel ; il s’agit de la structure sujet, celle qui, justement, prend pied dans un corps, une perception, un vivant mais étant formelle, cad vide, elle absorbe tout ce qui lui vient.

On sait bien que si l’on définit la conscience comme étant le conscient, ou donc résidant en un contenu conscient (qui acquerrait la conscience on ne sait comment) ceci s’oppose massivement aux perceptions venues du corps ; et si il s’agissait de choisir entre le corps et l’esprit, on n’en sortait pas et même on basculerait plutôt vers le corps et anéantissant l’esprit. L’esprit considéré et admis comme une chose éthérée peut-être mais déterminée ; entre la détermination éthérée et la détermination donnée et physique quel choix aurions-nous ?

Mais tel n’est pas le cas ; le seul qui ait franchi le pas, c’est Sartre. Pour Husserl l’intentionnalité est certes un processus ou un procédé, une technologie, une structure (qu’il décrit) mais relative à un contenu et un contenu encore et toujours idéel ; pour Sartre non. L’idéel fait partie des réalités qui s’agitent dans le champ du pour-soi. Comme tout le reste, cad littéralement « tout le reste ». Sartre ne va pas au bout ; parce que ce à quoi il se réfère c’est encore la détermination (et qu’il refuse l’esprit, à juste titre ; tout ce que l’on a pu tirer de l’esprit l’a été, et de toute manière depuis Descartes ça n’est plus de l’esprit dont on parle, malgré divers mic-macs, mais de la volonté, de l’intention ; le sujet kantien n’est plus situé réellement dans l’esprit, ni la raison, ni l’entendement, mais dans le sujet moral, selon son Intention précisément, l’esprit hégélien est et n’est que négativité qui ouvre des systèmes et le savoir absolu est la connaissance de ce que l’on a connu et n’est pas en lui-même autre que cette historicité, dialectisée). Etc.

Rappelons. Que l’arc de conscience se produit de la cervelle vers le réel et qu’il n’est pas déterminé ; sous entendu qu’il est toujours déterminé ; il n’existe pas d’arc de conscience qui ne signifie pas, toute conscience est conscience de quelque chose, mais elle passe d’un quelque chose à un autre … puisqu’elle est un rapport, qui requiert l’un et l’autre terme du rapport, mais il ne tient ni dans l’un ni dans l’autre, il va tisser des rapports ou des contenus qui sont eux-mêmes des rapports et l’ensemble de tous les rapports est indéfini, se poursuit indéfiniment comme une série infinie, et signifie dans son unité cette unité vide du flux ; ce qui veut dire que les rapports se rapportent à un seul, le je, qui n’est pas une identité mais ce par quoi le rapport se signifie lui-même en tant que rapport. Or le rapport ne peut pas se signifier ; il n’est que le mouvement lui-même, et donc il lui faut un moi, et ce moi est ce corps. C’est le corps même qui est barré, coupé par le signifiant (ce qui lui cause une douleur d’être infinie, puisque l’on n’est pas, on n’est pas « de l’être » et donc on ne sera jamais satisfait sous la forme d’une complétude, et ce corps vivant, ce vivant est fondamentalement brisé ; il lui faudra retrouver une autre sorte d’unité (celle spirituelle ou divine ou christique ou transcendantale ou existentielle, et donc pas une unité du tout mais l’élaboration de la division, de la possibilité comme telle.

Dieu, la pensée et l’universel, le christique et le sujet, le sujet et la révolution, le réel creusent le gouffre de structure. Non seulement en élaborant la Cause (en distinguant ses possibilités internes en tant que Cause) mais en démultipliant également les effets ; l’approfondissement de la cause en sa structure emplit le temps de possibles en produisant une multitude d’effets sur le monde, le vécu, le relationnel, le corps ; puisque le rapport initial est analysé, il se crée quantité de rapports seconds et puis secondaires.

Ce qui veut dire des rapports de plus en plus précis, détaillés, pointilleux, et à mesure que chacun s’empare du rapport et qu’il commence de le manier en tous les sens, les significations disponibles et puisque chacun sait qu’il existe réellement chacun créera quantité de rapports effectivement réels (de même que quantité de rapports fantasmatiques, irréels, arbitraires, etc) ; de là que non seulement il apparaisse d’innombrables rapports nouveaux, mais qui plus est des rapports réellement effectifs, qui portent à effets, en d’autres effets et encore plus de causes selon le monde, le vécu, le relationnel, le corps et la vie de chacun.

Comprenons que le rapport naturel consiste en l’intégration de la conscience de l’inférieur dans la conscience du supérieur hiérarchique, et que plus loin (ce qui veut dire antérieurement aux empires et aux royautés) l’intégration de toutes les consciences dans la conscience collective, dans la parole, la représentation partagée qui se donne comme monde immédiat. Que toute indépendance de conscience amenée ici et là dans l’historicité est une conquête et une difficulté. Qu’ayant collectivement parlé, représenté et pensé c’est afin d’opérer une activité de synthèse qui permettait à la fois l’ensemble des réponses au monde donné (dans la survie, à tout le moins) et la communauté de compréhension ; il n’existait pas de livres, et encore moins d’ordinateurs qui individualisent, ou inversement que l’individualisation rend possibles et surtout nécessaires, imposant qu’il y ait communication et transmissions individualisées (et non plus collectives).On suppose ici que le collectif est une variation de la structure individuelle, bien que le groupe paraisse évidemment primitivement ; croire que l’arc de conscience soit un effet du langage, de la communauté est, pour nous, illogique.

Puisqu’il est clair que l’on admet comme mystère absolu que le donné, la réalité, la détermination qui se déploie partout comme univers, monde, étendue, que ce donné invente tout à coup un être qui n’est pas déterminé et ruse suprême qui soit justement déterminé afin de surgir indéterminé ; la conscience qui est toujours conscience de quelque chose, au sens où elle se pare impérativement d’au moins un signe, consiste précisément en ce dépassement de tout signe limité par et dans d’autres signes, à la queue leu leu ; ce par quoi Lacan désignait la suite indéfinie des signifiants, laquelle indéfinitude parvenait à s’ancrer justement afin de ne pas tourner folle, et à s’ancrer en et par un corps… Rompant le charme mortel de la jouissance par la ponctitude des points de l’objet a, le petit a, toujours recommencé et renouvelé ; la suite des signifiants tourne éperdument et épuise mentalement ou aussi bien physiologiquement (dans parfois des cas extrêmes).

Comprenons que l’arc de conscience est une articulation et que notre finalité impérative, hors de laquelle nous tournons fous (ou insupportable ou ignobles ou dangereux individuellement ou collectivement), cette finalité impérative est d’instancier, dans cet arc, le réel. Le réel, soit donc en l’occurrence la distance, est la distinction qui existe entre moi et mon objet. Si mon objet n’est pas à distance il l’annihile, il le colle en une identification hallucinante (plus ou moins vigoureuse, rendant la vie plus ou moins impossible) : il déchaîne la confusion de la forme (de conscience) et du contenu (de conscience) ; dont on saisit immédiatement qu’ils doivent se distinguer. C’est pour cela qu’une œuvre, véritable, n’est jamais une facilité (un vrai film n’est pas « hollywoodien », ce qui veut dire que les pires films pourtant bien appréciés sont des hallucinations, des folies, des névroses ambulantes).

Ou donc, pour reprendre, que non pas le sujet apparaisse dans la séance de psychanalyse, mais que ce soit lui qui puisse percevoir et desserrer le moi de sa gangue, qu’il ne soit plus astreint aux contenus. Que le moi via son sujet affleurant (dans la réalité) advienne au réel (et non plus reste noyé dans les réalités, les objets, les désirs figés, ou comme dit Lacan que « ça continue de s’écrire » au lieu le moi demeurait bloqué, coincé dans son moi attaché).

Ce lent travail du moi qui soudain se perçoit, au bout de 3 séances ou trente ans, à partir du point de son sujet, c’est ce qu’impose, de but en blanc, Sartre comme extérieur absolu (l’en-soi, le réel, l’existence, le bloc massif du réel externe) et ce qu’il propose comme un Fait absolument d’une dureté rigoureuse (de la même rigueur que le sujet kantien ou du même réel suspendu selon le doute cartésien) ; ce sont diverses manières d’apprendre non plus le moi que l’on Est, mais le sujet que l’on Existe. De ceci qu’il sera le philosophe du regard de l’autre et que finalement l’altérité absolue de l’en-soi, de la chose massive et l’altérité de la conscience qui vient traumatiser le moi (qui dépend structurellement de ce champ de conscience) relèvent de la Même Altérité. Il décrit toujours à partir du point-autre absolu (le seul absolu qu’il reconnaisse).

Cette jouissance de Lacan (qui est donc non naturelle et n’a rien à voir avec un désir naturaliste, aucun vivant ne nourrit la monstruosité d’un tel Désir, il n’y a que nous) c’est l’engouement du pour-soi sartrien qui se voudrait pour-soi/en-soi (se saisir en conscience et vivant à la fois, ce qui est impossible). « L’enfer c’est les autres » ou « nous sommes au jeu de l’Autre » de Lacan, c’est la coupure que tout signifiant, tout signe opère sur le corps-vivant, physiologiquement pratiquement (et le signifiant nous rend malades et de toute manière souffrants).

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