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instants philosophie

Le contresens à propos du transcendant

6 Février 2021, 09:29am

Publié par pascal doyelle

Distinction de l’être et de l’exister

L’être était ainsi assigné à dieu ; seul dieu est, qui délègue son être en créant quantité de réalités ou si l’on préfère le divin en les produisant, générant ces réalités.

Remarquons (ceci au choix de chacun, en son âme et conscience, comme on dit) ; supposer un dieu intentionnel impose une théologie ou une métaphysique ou une ontologie qui se fonde et insiste sur l’intention.

Préférer un dieu qui génère de par lui-même la réalité, c’est choisir la pensée et son objectivité.

Le premier revient au dieu unique intentionnel monothéiste, le second à l’absolu universel grec, de Platon à Plotin ; ce qui n’a pas intégré ou qui ne reconnaît pas la subjectivité n’entre pas en compétition ; l’universel, la pensée expose, manifeste, révèle le lieu unique de la source ; l’être, grec, le bien, la pensée (de la pensée), le un déploient la réalisation des réalités ; on comprend bien pourquoi.

Parce que si le secret de l’être est recelé, par dieu, dans son intention, il demeure hermétique à la transparence, par principe, de la raison ; la pensée et sa pensée de l’être comme « chose » objective rend envisageable que l’on y comprenne quelque chose.

On continuera donc le projet de la rationalité en poussant aussi loin que possible la compréhension cette fois non plus de l’être (que ce soit celui universel grec, qui comptait sur un ordre, le cosmos, ramené à l’universel ou que ce soit le mystère de l’être supposé en dieu) mais de l’exister brut.

C’est ce que signifient les diverses révoltes qui eurent lieu ; Descartes, Kant, Hegel, puis les « réalistes » ; ceux qui ne comprennent plus l’intellection métaphysique et universelle, et qui cherchent soit dans le donné (le monde, la biologie, la psychologie, sciences humaines etc, psychanalyse) soit dans une interprétation singulière (Nietzsche , ou recherchant la singularité de l’existant, Kierkegaard) ou dans une intuition décidée et précise (la durée de Bergson, par ex), et toutes sortes de théories non réductibles à l’universel de jadis, comme le marxisme.

Il n’est pas question de réintroduire la métaphysique ancienne (qui garde toute sa validité par ailleurs ; puisque le cercle de la réflexion, de la mise en avant, de la mise en scène, de l’étendue de la perception s’est agrandi, et intègre a priori ce qui précédait ; dieu en tant qu’intention pure, cela nous vient directement de l’application par la phénoménologie et selon Sartre, qui pose la question du pour-soi/en-soi) ; on l’a dit déjà ; dès que la forme de conscience passe au-devant des contenus (en lesquels jusqu’alors elle croyait, comme monde donné là particulier, telle société, tel groupe humain) elle vient tout d’un coup ; dieu frappe la conscience, la pensée investit l’esprit, le corps christique s’impose pour chacun, la révolution est unanime et diverses autres « interventions » formelles (des esthétiques, des poétiques, des éthiques, etc).

Pas question donc de recommencer ce qui fut, mais d’augmenter l’universel ou l’intention ou le divin.

Puisque c’est de cela dont il s’agit. On a dit, aussi, que le divin est séparé du monde, du vécu, du relationnel, du corps ; alors que le sacré délimite le profane, tous deux dans le monde, pleins du donné tel que là. Le divin est autre et séparé ; à moins de tomber dans le dualisme, incompréhensible, il faut supposer et admettre que le transcendant est d’abord et puis ensuite l’immanent. Si on ne rencontre aucune partie du monde sacrée, alors tout ce qui est là devant est tel quel donné et le mystère ou l’interrogation ne réside pas dans le visible ; aussi dès le début la réflexion qui sort du sacré, perçoit l’invisible ; les idées ne sont pas visibles, les choses oui, mais les idées non.

Or c’est depuis cette division que s’instancie, se projette dans le monde, les capacités humaines depuis qu’elles sont découplées de tout monde immédiat, donné, holistique ou cyclique ou groupal, comme on voudra ; nation de toutes les nations, corps de tous les corps individuels, pensée de toute la pensée, révolution individuelle universelle unique (on pourra prétendre qu’il ne s’agit que de l’occident, mais on en retiendra pas cette remarque, puisque qu’aussi bien il s’est étendu à toute la planète). Et cette division (entre un point externe et la réalité) s’organise dès lors comme historicité.

Il est clair que la subjectivité, entendu de dieu, mais donc également celle du sujet (cartésien, ou kantien ou hégélien, etc) est admise comme objective et même, de la sorte, hyper objective ; c’est toute l’ambition de Descartes, de Kant, de Hegel, de Husserl ; qu’il y ait une ‘dialectique’ (que ce soit le transcendantal de Kant ou l’esprit hégélien ou la processualité husserlienne) de découvrir la pensée avant la pensée ; auquel cas on se dit que « ce ne sera pas de la pensée ».

Kant veut réellement doubler, dépasser la philosophie (métaphysique, puisque Descartes a acté cet effort) dans une nouvelle forme de philosophie ; que personne n’a compris, puisqu’elle se stoppait nette au nouménal ; comment comprendre si l’élément central est justement « le plus réel » ? Kant évoque même l’existence, ou l’exister, mais devant l’impossibilité d’universaliser, il néglige la piste ; le « là » simplement signalé comme « là » est impensable.

Hegel simplifie ; puisqu’il biffe d’un trait le nouménal et impose que la manifestation soit tout. Il n’y a pas de reste ; mais en vérité il retombe dans l’être-là du monde, la matérialité, qu’il y ait matérialité est non explicable ; soit le réel est la pensée, soit la réalité est la réalité. Ce qui somme toute revient à un dualisme, impensé de la part de Hegel.

Le principe, retenu ici, contient la matérialité ; puisque la matérialité n’a rien à opposer à la forme du présent ; aucun contenu ne remonte jusqu’à atteindre la forme (qui l’a précisé comme contenu). Le plus réel ce ne sont pas les choses ou les êtres, mais la forme qui les « entoure » et le présent entoure toutes les réalités. On l’a dit, l’être est, mais l’être n’est pas exclusif ; l’être est pris dans le mouvement et on a admis que le seul qui existe vraiment est le mouvement ; l’exister instancie (situe, positionne) l’être ; l’être est véritablement mais n’est pas la borne absolue ; l’être est relatif à l’exister, la matérialité est relative au présent. La vraie importance de ce qui est c’est cette forme en laquelle tout paraît ; le présent. Cela même qui nous est inaccessible, invisible, formel, autre et ayant seul la délégation de percevoir ; on perçoit comme vivant mais c’est ce que le mini-système de conscience fait de cette perception qui compte, comme on va voir.

On reviendra sur la présence du présent une autre fois.

De l’importance du divin, séparé du sacré, du christique, du sujet et de sa transcendance.

Rappelons le principe ; il n’y a pas de transcendance au-delà du monde ; tout ce qui est du monde (du vécu, du relationnel ou du corps) est pris dans le transcendant. Il n’existe que le transcendant, qui dépose ici et là des immanences.

L’être est vraiment et matériellement (et tout ce que l’on voudra) mais il est pris dans l’exister.

La finalité consistant à non pas réaliser le possible (ça n’aboutirait qu’au monde, au vécu, ce qui serait déjà bien) mais à augmenter le possible même (ce qui est mieux).

Il y a un monde, un univers si l’on veut, qui dans son champ d’exposition généralisé permet à la structure de « se percevoir » afin que se percevant (et donc s’éprouvant) elle se modifie.

C’est pour cela que l’on ne trouvera jamais dans le monde ou le vécu rien qui corresponde à la structure qu’est l’acte de conscience. Sinon des illusions ou des mensonges, des idéologies ou des images ; au sens où l’on alimentera toujours de tels mensonges et s’embarquera toujours en de telles illusions.

C’est afin de contrevenir à cette pente naturelle, impliquée, immédiate (la structure se prenant tout de suite pour son contenu, ce qui est absurde) que le christique libère notre intention ; peu importe vos erreurs (vous y succomberez quotidiennement) c’est le fil de l’intention qui compte.

Et c’est ainsi le devenir de l’intention qui est paramétrée par toutes les différentes compréhensions (dieu, la pensée, le sujet, le réel, mais aussi la suite ininterrompue des œuvres, au sens large (éthiques, politiques, etc) et stricte (esthétique, poétique, pensée, etc). Toutes les œuvres au sens où leur principe est d’éduquer, d’instruire, de transmettre d’une structure de conscience à une autre l’organisation du champ de perception (au travers de champs d’expression).

Comme notre être n’est pas un être (déterminé) mais la possibilité (de n’importe quelle détermination), il est impératif que l’on instruire, in-forme l’attention, ce à quoi et comment il faut porter son attention, afin que chacun puisse « se raisonner » comme on disait autrefois, et « se conduire ». mais il est clair qu’il ne s’agit pas seulement de se proposer des buts précis et conscients, mais de plonger dans, prolonger, augmenter ou concentrer ou étendre et distribuer diversement l’activité de conscience.

Et donc tout.

Évidemment nous sommes en grande partie selon l’être ; nous sommes beaucoup de déterminations. Mais on a vu que l’intentionnalité déploie un champ, qui se signale par son actualité, et qui re-vient constamment sur lui-même puisqu’il est constitué de ce retour, ce re-tour ; il se crée par le maintien d’un horizon qui autorise de poser des objets sous cet horizon ; ce champ est toujours réflexif, au point qu’il nous est, à nous-même, un réflexe ; nous n’existons pas sans un tel champ, nous n’aurions pas de corps, de perceptions, de monde (nous nous vivrions dans un milieu sans représentation, sans signes qui paraphrasent les perceptions rendant possible de démultiplier ces perceptions ; nous serions livrés à l’adn par ex). Et comme de juste ça n’est pas l’information stockée qui compte au final, mais la capacité de générer de la nouvelle information, aussi minime soit-elle. Elle dénote. Et c’est de cette manière l’habitude prise et inscrite en nous, dans notre attention en quoi consiste l’instruction, l’intégration de l’attention. Une œuvre par exemple imprime en nous des lignes de possibilité.

Rappelons qu’il y a retour, champ et intentionnalité afin que cet être soit un rapport ; et que l’on ne peut pas exister comme rapport de ceci ou cela ; on est un rapport vide, sans rien, formel, structurel, ou pas. Un rapport qui serait déterminé est une chose ou un vivant ; lors même que le vivant est déjà découplé du donné, le conférant comme milieu, dont il est le centre, tandis que le rapport lui non seulement perçoit l’horizon, mais se perçoit de l’horizon ; et cet horizon qui est purement autre ; même si il se détermine de tel ou tel signe ou contenu, il emprunte cette détermination qui fait office de signifiant dont le signifié, l’intention horizontale, est en vérité lui-même un signifiant, qui renvoie au rapport même ; de sorte que tôt ou tard et quoi qui se puisse énoncer ou percevoir ce sera sur le fond de ce que l’on nommait dieu, l’être, le sujet ou le réel ou autrefois ou ailleurs tel ou tel absolu de telle religion, groupe humain, monde cyclique sacré et profane, etc ; puisque ce qui installe les champs est le rapport celui-ci se signe, se signifie toujours d’un vide, d’une structure, d’un signe infiniment élevé ; le mana ou l’âtman ou le tao ou ce que l’on voudra.

Le Un (quel qu’il soit) au bout du champ intentionnel renvoie au début et re-commence, autorisant une stratégie unique qui étant un rapport inclut des stratégies secondes (et des tactiques innombrables, l’ensemble restant coordonné si il instancie l’activité formelle). Le principe du rapport abonde dans la possibilité de créer quantité de rapports (ce dont il serait difficilement question si nous étions déterminés ou si le rapport était un super-contenu des contenus universels contenant eux-mêmes des contenus perceptifs immédiats particuliers ; ce serait invivable ; nul doute que nous sommes quand même astreints à cette computation (il faut rendre cohérent les idées, les représentations, les comportements, sinon tout s’effiloche puisque ça n’est tenu que par des rapports), mais cette astreinte d’organisation n’est pas exclusive ; elle est fondée sur l’invention ; même dans un monde cyclique holistique sacré, il faut que chacun puisse agir et réagir selon les situations (ou ne serait-ce que rire et partager et parler etc). Un champ de conscience invente constamment et lorsqu’il passe sur le devant (et que l’on abandonne le sacré-profane, le groupe et la parole commune, les échanges rituels) il invente encore plus et d’autant encore si chacun est positionné individuellement ; chacun devenant le centre (intégrant le décentrement, sinon ce serait juste de l’arbitraire, à quoi le principe « égalité » prend à nouveau tout son sens face au principe «liberté » ; une régulation ; il faut une nation de volontés ordonnées, centrées/décentrées, individualistes et universelles, plus ou moins selon les proportions, et une telle organisation ne peut pas ne pas se présenter à elle-même, se signifier ; elle ne tient pas en la conformité d’un monde, tribal, royal ou impérial, mais en l’accord des volontés, explicitement ; aussi est-ce toujours le contrat ontologique qui est en jeu).

L’actualité du champ intentionnel n’est pas du tout indifférent ni une simple prouesse technique (de l’arc de conscience produit dans le cerveau) ; le champ qui aboutit au donné tel que « là » est conclusif. On veut dire par là que peu importe les causes, le champ actuel remet les pendules à zéro. On ne juge pas d’une situation selon un adn ou une causalité mais selon l’inattendu, la perturbation (le danger par ex ou les échanges internes au groupe) ; il existe, plus généralement, un « là » global, le champ du donné qui admet le « hasard » des rencontres, entre éléments, quels qu’ils soient.

On voit donc le chemin suivi ; nous n’avons pas, depuis dieu, la pensée, le sujet ou le réel, ciblé le monde, la détermination, mais rejoint l’arc de conscience ; la structure-sujet est dans l’effectivement réel cela même qui se passe ; Si le transcendant contient l’immanence, alors cela signifie que l’immanence est le champ du transcendant ; le transcendant s’exprime dans l’immanent. Certes il est séparé, en tant que divin, mais c’est à partir de cette séparation que doit être envisagé l’immanent ; ce serait manqué, raté l’immanent que d’élire telle partie du monde, du vécu ou du corps ; le transcendant consiste justement à ne pas découper l’immanent, mais le prendre tout entièrement d’une part et en chacune de ses parties d’autres part, de plus en plus distinguées. C’est afin de gagner le transcendant qu’il fut séparé du monde, mais aussi de chaque monde particulier, et c’est afin de saisir le monde comme expression du transcendant, que le transcendant consiste à devenir par le monde, le vécu et le corps afin d’agrandir la surface du réel. Dit autrement le transcendant est tel parce que rendant possible le champ de perception qui paraît comme champ d’expression (tout champ est créé), mais aussi en tant que le présent rend possible qu’il y ait monde, réalité, détermination ; ça n’est pas seulement notre historicité (ou auparavant la diversité de nos mondes) mais tout le devenir de cet univers qui est créativité.

Il faut comprendre par là que ça n’a jamais cessé de créer ; le Créé est ininterrompu. Chaque point de la réalité existe en tant que se créant.

Que le transcendant soit séparé de l’immanent veut dire que l’immanent est la manifestation du transcendant ; il n’y a rien dans le monde qui soit impur. Que pourrait le monde, entièrement créé, contre le transcendant qui le crée de bout en bout ?

Que le transcendant soit dieu ou la structure du mouvement en tant que mouvement (ou les deux).

Pour donner à entendre ce mouvement ; une œuvre, une esthétique s’oppose-t-elle au monde, au vécu, ou au corps ? Elle est ce par quoi précisément existe un monde, un vécu ou un corps (les récits et romans proposent une perception nouvelle du vécu, de l’émotion comme des images ou idées) ; et qui plus est c’est par l’entremise de l’œuvre que l’on perçoit, ressent, désire, imagine, projette, prévoit, penser plus loin ; les œuvres sont des possibilités du monde ; mais ceci à condition de maintenir qu’il s’agisse d’une œuvre (cad que la dite œuvre prenne réserve de la liberté de chaque je ; si elle se confond avec le monde on se suicide comme Werther ou on adhère à Mein kampft ou que la vie rêvée publicitaire est la vraie-vie).

Comprenons bien ; la survenue du christique, mine de rien, met à bas tout récit illusoire … C’est bien en ceci que cela débute avec Don Quichotte, précédé par des récits de simili-incarnation (la quête du Graal) et aboutit à la désillusion absolue du Voyage au bout de la nuit ; si dieu s’est incarné, alors rien dans le monde n’est plus imaginaire au sens d’enchanté (de sacré) mais tout est imaginé (et des récits à foison).

Si dieu, l’unique, s’est incarné, rien, jamais, en aucun sens, ne pourra s’y substituer (que pourrait-on inventer de plus infini ? D’autant qu’il en est mort, et que cette mort est justement la Vraie Naissance, le re-commencement du monde, du monde créé à nouveau selon un autre sens qui était en capacité auparavant et qui enfin enfante l’ontologie réelle du je, du sujet et de la structure-sujet) ; il nous délivre de croire en tout autre instanciation ontologique ; aucune part du monde, du vécu, du récit ou de l’imaginaire ne sera pris pour vrai et réel ; parce que rien ne peut remplacer l’instance du christ, de dieu, un unique et tout autre.

Or pourtant c’est justement cette interception du réel qui rend possible quantité de fables, récit, poésies, esthétiques, éthiques, et jusqu’aux innombrables personnalisations du vécu, du corps… Puisque débarrassé de la division sacré-profane, pur et impur, le possible est définitivement ouvert, et ouvert parce que n’étant plus attaché à un rituel (qui balise et découpe une partie sacrée du monde), et c’est ce qui se donne à voir et à inventer c’est le monde même, tel quel, tel que donné là (ni sacré ni profane) mais aussi le vécu, personnel, le corps, la vie, les récits etc.

Or outre le désespoir (le monde désenchanté) ce à quoi aurait dû nous interroger le christique (et qu’il a réussi, fondamentalement) c’est ; qu’est-ce que l’esprit s’il n’est pas du monde, qu’est-ce que le je s’il n’est pas de cette vie, qu’est-ce que le réel s’il doit re-commencer ?

On a dit ; parce qu’il est, le réel, le Commencement continuel. De même que le je, votre vraie intention, est toujours sauvée (sauf si elle le refuse), ce qui signifie toujours possible. Et que l’esprit est ce par quoi il y a un monde (sinon nous n’en saurions rien). L’accès au Commencement continuel c’est qui nous occupe comme dieu, pensée, sujet ou réel.

C’est donc exclusivement dans cette dynamique, ce dynamisme, cet activisme du mouvement que tout le reste apparaît. Et c’est seulement lorsqu’on l’oublie que l’on se fige dans tel ou tel contenu, ou telle illusion, ou telle révolte, saine à l’origine, mais négatrice et mondaine au final. Le je finit par croire qu’il est ce moi, ou n’importe quel ceci ou cela. Il y a une organisation possible lorsqu’elle s’intentionnalise elle-même, et non en s’incrustant dans le monde.

Rappelons ; si l’on tient aux contenus intentionnels ils mangeront du dedans l’intentionnalité. Mais si l’intentionnalité est instanciée, alors non seulement elle ne détruit pas les contenus mais est cela même qui les rend possibles. Or en passant de l’un à l’autre on peut oublier la stratégie et ne se centrer que sur les contenus ; sans cesse la structure doit se rappeler son exister.

Sans les œuvres nous serions aveugles. Sans le Créé (qu’il soit divin ou structurel) la réalité n’existerait pas ; si le transcendant existe seul (et l’immanent au-dedans) alors le principe de la réalité (de la réalisation du réel) est que chaque point est purement et instantanément de l’ordre du Créé. Le présent est l’infini qui tisse le fini, la composition qui élabore le composé.

Pour se le figurer on peut imaginer que le transcendant n’est pas le centre de la réalité, mais le Bord. De même que l’arc de conscience est au bout des champs de signes et de perceptions ; l’arc n’est pas « dedans » ; il n’y a pas de dedans ; tout est externe, même le Bord qui est le plus dehors, le plus grand mouvement. Le transcendant est toujours tourné vers tout ce qui est possible, il est ouvert en lui-même. Le Bord du cercle est le transcendant et tout arrive en lui, mais cet « en lui » est l’externe tel quel. C’est ainsi que le transcendant est infini et qu’il rend le fini infini. Et ce afin qu’augmentant la réalité bordée, le Bord lui-même s’agrandit. S’il était au centre, inamovible, les changements dans la réalité ne l’atteindraient pas ; mais il est au Bord et toute modification retentit au long du réel qui entoure les réalités. Le réel, la structure est ainsi ce qui existe de plus étendu et de plus infini, à quoi tout le reste est relatif.

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