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instants philosophie

Configuration du moi-même

20 Mars 2021, 09:33am

Publié par pascal doyelle

Un « moi-même » du 21éme siècle ; cette formulation qui s’est étendue sur toute la planète, soit donc la personnalisation, extrême (mais une personnalisation est forcément extrême ; elle est l’organisation complexe encadrée par une société humaine complexe qui rend possible, physiquement, et autorise d’autre part que chacun s’obtienne soi en tant moi), cette personnalisation en laquelle nous baignons comme si elle était on ne peut plus normale et naturelle et psychologique, cette personnalisation qui fait suite à l’humanisation généralisée qui eut lieu depuis la révolution (qui impose tout à fait généralement que chacun soit son propre jugement, non pas sa raison mais son jugement, sa liberté, conservée par le libéralisme et les désirs et annulée par le communisme et les besoins, simplement génériques et non individualisés ; tandis que le libéralisme commencera de reconnaître les désirs et même de les manipuler, et parfois de produire votre personnalisation, industriellement, et ensuite (avec la micro médiatisation, internet) d’instrumentaliser votre conscience, cad votre attention, de l’accaparer, de la tourner et détourner. Mais toujours dans l’ignorance de l’historicité ; que ce monde, produit, s’impose comme si naturellement donné.

Que le moi n’ait rien à faire que de se vouloir, ou se désirer tel qu’en lui-même ; le déversement des images (qui ne sont plus même des identités, mais juste des signes ou des affects fabriqués, par « la société » mais tout autant sinon plus par chacun, qui ressent le besoin de se matérialiser, de matérialiser son intentionnalité ; rappelons qu’il s’agit de matérialisme au sens de matérialiser l’intentionnalité, et donc fondamentalement idéaliste bien qu’elle se prenne pour réaliste et naturaliste (de même qu’il y eut un racialisme ou des idéologies prétendant incarner l’historicité même ; en un sens le moi, l’individualisme coupe court et quelque part rationalise toute représentation ; on n’imagine plus du tout confier sa vie à une « idéomanie » ; on est bien trop convaincu que la vie humaine individuelle est le sens, la signification ; que l’universel et l’humanisation ont un contenu fondamental ; que chacun se réalise, se réal-ise ;

il n’est pas dans notre idée de réduire l’advenue des mois, des « moi-même » ; il est question de concrétisation de la structure qui se percevait selon dieu et l’Intention (forcément unique et totale et singulière, que pourrait être sinon une « intention absolue » ?), selon le christique et la naissance-mort perçues selon un point-autre, selon la pensée et l’universel, dans la généralité certes mais qui se révèle la généralisation de l’intentionnalité (par des idées, et des systèmes d’idées), selon le sujet et le statut spécifique qui réunit toutes les qualifications ; la liberté est à elle-même d’une part l’égalité de chacun (jusqu’alors uni via le christique) et d’autre part le re-tour sur soi, et donc, d’abord, qu’il y ait, effectivement et réellement, un « soi » justement, que le je ici même vaut en et par lui-même (et non plus par dieu, ni seulement le christique et son égalitarisme pur), et un je qui réclame donc de sa présence actuelle que cette actualité soit « réelle », qu’elle possède en elle-même un plan, une surface effectivement « là », et que ce « là » du monde exige une ontologie (que l’ontologie donc ne soit plus seulement celle métaphysique, que la réflexivité, le retour sur cet être bizarre remplace la connaissance, que la conscience-de se substitue et absorbe la raison).

Cette personnalisation, qui configure chacun selon son moi (au lieu de sa caste, de son statut et de ses rôles spéciaux, dans tel ou tel groupe, comme cela s’ordonnait jadis autour de la méditerranée ou dans toute sorte de groupe ou de communauté, qui devait penser-collectivement, comme un-ensemble), cette personnalisation voudrait, désire récupérer son rapport ; cad la conscience-de qui rend possible que chacun existe pour, vers lui-même et que dans ce rapport tout le reste défile ; faisant office donc de centralisai ton, d’unification ; ça n’est plus le groupe lui-même qui régule mais chacun est amené à s’organiser, mais de ceci à s’inventer (et plus loin à créer) ; l’investissement individuel est donc crucial. La configuration complète consiste en liberté-égalité-fraternité (ce qui ne paraît pas évident, puisque la majorité des peuples se satisfont de la liberté seule, sans régulation de structure, ou plus rarement par l’égalité, autrefois, sans liberté du tout) et qui rend pertinent une méta-organisation (ayant à réattribuer et définir l’idéel, humaniste et individualiste, de cette répartition généralisée, de tout, et non seulement des moyens, de l’économie mais de toute la capacité culturelle mise en jeu, qui permet à chacun de juger, non selon la raison uniquement mais selon le goût, l’ambition, l’éthique, esthétique, le récit de soi, etc, bref tout).

Récupérer ce rapport que l’on est se doit à une certaine mesure et une mesure certaine ; il faut tenir fermement son être (et ne point y « croire », ne pas croire que l’on est ceci ou cela selon le monde, mais cette intention selon la politique ; la France est ce pays, étrange, dont le destination est la politique et son identité n’est rien que cette capacité, et donc atteint chaque sujet, comme tel, comme sujet qui se sachant sait aussi qu’elle est, la liberté, semblable en quiconque).

Le but est d’assimiler le christique et l’égalitarisme (le christ accapare l’égalité pour lui seul, mais comme on sait il la re-donne, tout comme il par-donne et ne juge pas, puisqu’il manifeste que le réel, divin, est celui de l’intention ; qui ne peut pas être jugée selon la Loi (du judaïsme) mais selon la compréhension ; engendrant pour chacun la possibilité de devenir à lui-même sa propre équation, sa pensée personnelle, son individualité ; ce qui fut mis en œuvre, littéralement (l’œuvre remplaçant le Texte sacré, tout comme le Texte s’est substitué à la Parole du groupe ; l’œuvre est en somme le Texte à la portée de chacun, dans un récit, un roman, une poésie, une esthétique, une éthique, une politique ; il Fallait que la pensée, le divin, l’universel ou l’intention absolue deviennent des textes et proliférant et intensément littéraires et créatifs ; dit autrement une acculturation de tous et de chacun démultipliée).

La récupération du rapport que l’on est, est très compliquée. En fait elle est impossible (on a vu déjà que si nous sommes un rapport, nous en « sommes » pas, d’abord, et ensuite il faut s’en référer à plus-grand ; parce que le rapport désigne l’autre terme, dieu, la pensée ou l’universel, le corps du christ ou le sujet tellement réflexif, Descartes, Kant, Husserl ou Sartre, et toutes leurs variations explorées). Mais outre cela, il faut percevoir que l’on ne sait pas par où arrive le rapport ; qui regarde ? Est-on regardé ? La télévision nous regarde, elle nous voit. Que plus d’un devienne parano est typique, que la paranoïa soit comme antérieure au moi (première thèse de Lacan). Le plus fondamental, exception faite de Sartre (qui pose tout au clair), est Lacan ; chaque moi est renvoyé hors de soi « il est vu ». Une chose nous regarde, autrui relève du regard de l’autre et bientôt du regard-autre ; c’est uniquement parce que le moi est coupé par le regard-autre qu’il est le moi qu’il est (lors même qu’il s’oppose, évidemment, au regard et à l’altérité ; c’est un réel dynamique. Et ce qui fait office de regard pour Lacan est le signifiant, qui découpe, qu’on le sache ou pas (et au final on ne sait où, sur, par le corps se situe la coupure), qui découpe notre corps-image-imagination-pensée-conscient et tout ce que l’on est. Cette coupure est le réel ; le moi est le reflux hors de ce réel, ce réel est la jouissance absolue, qui anéantirait ou qui rend insupportable l’existence ; nous voulons faire « un » mais toujours extérieur à cette unité (que l’on désire sous diverses formes, évidemment). C’est la non-coïncidence du pour-soi et de l’en-soi sartrien (ils butent tous deux sur le même réel), dont le pour-soi se rêve.

La transformation du pour-soi/en-soi (cette équation) en sujet est toute la finalité, et on peut se poser la question alors ; que devient la jouissance ? Si on ne peut plus rêver (son être), que devient-on ? L’enjeu est de se dégager de la dé-pression, suscitée automatiquement.

La récupération du regard est attendue ou désirée par le moi (ou l’humain) sous telle ou telle matérialisation, soit donc à rebours, dans une immédiateté, rêvée ou imaginée ou désirée (dans le passé, le présent ou le futur peu importe ; le tomber-amoureux du moi est une version prospective si l’on peut dire). Or il est dit ici que cette récupération ne s’effectue pas du tout selon le donné, le monde et la vie, le vécu, mais exclusivement dans son ordre propre, cad dans sa dimension ; selon dieu, la pensée et l’universel, le christique et le sujet, le sujet et la révolution (qui n’en finit jamais) et qui ne parvient pas à s’incarner et encore moins s’incorporer ; c’est bien pour cela que le christique est parti ; il est hors-de, du monde et hors du corps tout autant.

Soit donc dans l’insatisfaction (ça ne trouvera pas de résolution selon le monde ou le corps ou la réalité vécu ou le relationnel ; nulle part). Et il faut donc trouver le rapport lui-même et l’intégrer comme réel in-fini, in-défini, autre, distancié, divisé, et penser cette division comme originelle ; elle n’est pas ce qui arrive à un « quelque chose » (qui serait déjà là, on ne sait comment) ; elle est ce qui crée tout quelque chose, partout, et donc (ajoutons nous) constamment. La réalité, la réal-isation est en devenir infini. Comment ? On ne sait pas. On entr’aperçoit, depuis 3 000 ou 4 000 ans (autour de la méditerranée on suit non pas l’unité supposée, absolue, comme en Inde par ex, mais la désunité ; il y a une articulation, qui produit de son externe absolu la réalité ; l’intention est une (forcément c’est un rapport) et autre (tout est hors de l’intention, sinon elle ne serait pas telle).

Cette personnalisation donc ne peut pas ne pas remonter son existence ; jusqu’aux années soixante, qui fait office de fondation du possible, qui détache, isole et concrétise la possibilité du siècle ; et cette mémoire opérera plus ou moins d’une manière ou d’une autre, c’est ainsi que l’on ressort une mémoire attentive continuellement sollicitée, de rediffusion, de ré-écoute, et bien généralement les médias faisant office de cette mémoire relancée. Outre qu’il s’agit d’une logique d’empire (la liberté anglo-saxonne à l’assaut du monde, puisque le seul statut de la liberté relève de cet empire, étendu dans l’espace, la géographie, Angleterre ou Usa, tandis que la régulation de la liberté par l’égalité appartient au temps, ce qui veut dire ouvre le temps, et l’historicité même, qui remonte très loin).

Or cependant ça ne sera pas tant la télévision (qui s’ingénierait plutôt à dissimuler et à étouffer l’historicité par une actualité constante ; il faut re-produire du neuf) que les expressions plus personnelles (évidemment puisqu’il s’agit des mois eux-mêmes) ; qui ne connaît pas la musique des années soixante soixante-dix ? La bd, la sf, le cinéma ? Ou les conséquences psychologiques, relationnelles ou culturelles, même 50 ans plus tard.

Tout cela se maintient mais à l’opposé, par une pression mentale constante sur notre attention, la production industrielle d’un monde nous écarte hors de notre intérêt réel historique (qui consiste à comprendre pour quoi l’on existe, plutôt que de s’enfermer dans le miroitement des milliards d’images qui recomposent sempiternellement la réalité humanisée puis personnalisée et au final, parce que ne sachant plus en quoi puiser, une réalité humaine personnelle fantasmée) ; d’un côté le moi s’entoure de ses images et de son intériorité, souvent produite industriellement et de plus en plus (il faut que l’image bloque le temps et l’histoire) mais de l’autre la récupération interne de soi, structurellement, et non plus intérieure (qui est toujours une demi ou une fausse intériorité, un être et non un mouvement), cette récupération interne est justement cela qui permet de se situer sur le plan externe ; en l’occurrence de l’historicité comme surface externe de l’unité du monde, à condition évidemment que l’on comprenne que cet interne et cet externe abandonnent le désir. Qu’il n’y a rien de désirable dans le monde, le vécu, le relationnel ou le corps.

Puisque c’est ainsi que l’historicité et la structure se sont imposés : étant des rapports ils ne se transforment pas en monde (qui les « réaliserait », le christique renvoie au Royaume, et non au messianisme juif). Il s’agit de les tenir comme rapports et donc d’explorer leur pli, de déplier le pli lui-même et non seulement les effets, les déplis, les vagues de la vague exclusive du présent.

On ne nommera pas du tout ‘aliénation’ cette généralisation intégrale qui vous impose mais aussi vous propose, vous ouvre la possibilité de devenir « quelqu’un » ; et tout le monde est de fait quelqu’un, il n’y a pas de conscience, cette structure, sans qu’elle se réfléchisse et il faut toujours, absolument toujours, bien comprendre que le christique, initiateur de cette passe structurelle dans notre historicité, prend bien soin de refuser la sagesse et la loi ; par la sagesse et la loi on s’enorgueillit de ce que l’on fît, de ce que l’on fait, et ce faisant on ne perçoit plus du tout la vraie mesure de toutes choses. Folie pour la sagesse, scandale pour la loi ; le plus petit est le plus égal, et dans le christique, avant l’affirmation de la liberté de sujet cartésienne, l’égalité est le réel même de la structure. Si on ne conçoit pas que la liberté est égale en chacun, on ne conçoit pas la liberté (comme universel, comme l’universel lui-même), mais seulement sa propre volonté comme distincte (au détriment de tout).

Et donc il n’y a pas lieu de refuser la formulation de chacun comme moi, ni comme idéologie, ni comme aliénation ; où que l’on soit, qui que l’on soit, quel que soit le contenu et l’image et la valeur hypothétique de ce contenu de conscience (le roi qui se prend pour le roi n’est pas moins fou que le fou qui se prend pour le roi).

Ça n’est pas ce que l’on reçoit, historiquement ou sociétalement ou en héritage, qui compte, mais ce que l’on en fait. Et on a vu que la possibilité du possible est hors de toute proportion ; ça n’en finira jamais (ou dit autrement si le possible est alors il est absolument cela même qui existe ; il est, fut, sera toujours instamment possible parce qu’il s’ajoutera d’une mystérieuse façon à ce que l’on a déjà ; non pas à ce que l’on est (puisqu’une ce cas on n’est pas, on existe de, par et pour le possible brut et pur) ; nous ne sommes pas et donc l’avoir et non pas l’être, est cela même qui permet de remonter dans la cause (qui est autre et détachée de ses effets, par lesquels on re-vient vers soi, vers soi en tant que rapport qui n’attache pas, comme la poêle, aux contenus, sinon nous serions ce que nous sommes).

Il y a aliénations et idéologies mais, comme Spartacus, quiconque tient en sa possibilité le sujet de structure ; c’est pour cela que Saint Paul ne recommandera pas à l’esclave de se révolter, par les armes, mais qu’alors s’impose bien plus radicalement au « maître » l’attention à sa propre conduite ; autant dire qu’il n’est plus de domination… et que s’ouvre la possibilité de l’égalité universelle, puisqu’en esprit ceci est dés lors manifesté, exposé, au vu et au su. Ce qui impliquera le changement du maître lui-même (et non quelque circonstance extérieure).

Prenons donc cette modification acquise en principe et portant ici sur la politique, là sur les esthétiques (qui n’obéissent plus au rituel), ensuite sur la connaissance (qui cessera de se limiter à la métaphysique), et établissons que la structure de conscience est cela même qui se modifie, et non plus même tel et tel domaine phénoménologique (d’apparition dans le champ de la manifestation de champs d’expressions). Dit à l’envers (qui est le vrai sens) ; il y a esthétiques, éthiques ou politiques afin que chaque moi soit un je et le je un sujet.

Rechercher la positivité, brute, du sujet ; le principe nietzschéen lui-même qui tente de se situer, tenir dans la Cause, tout comme le christ, qui déverse ses effets, qui lui re-viennent, et étendent sa structure.

Et puis avec un peu de curiosité (mais c’est relativement rare) quelques-uns remontent, par-delà les années soixante, à la révolution (symbolisée diversement ; n’oublions pas que la patrie est l’invention des patriotes qui entendaient défendre l’unité de leur nation constituée de volontés libres et égales entre elles dans un accord, un contrat les liant tous unanimement). Et puis ensuite reprendre jusqu’au christique et à la pensée et à dieu.

On a défini comme acculturation cette mise en forme culturelle spécifique qui se produit, se fabrique, se crée à la sortie des mondes humains particuliers, holistiques, cycliques (qui inventèrent le langage, la représentation, les échanges et les rites, l’organisation familiale, etc) et donc l’acculturation crée le reste ; soit donc l’actualité du face à face. Le christique ou dieu ou la pensée affirment tout intégralement la séparation, la division.

Face à face de chacun envers dieu ; de votre intention face à l’intention pure, nue, brute. Face à votre vie, par le christique (qui désigne le point-autre, hors du segment naissance-mort, et hors du corps). Face au monde et ce via l’universel et la pensée ; il n’existe plus un monde selon le groupe humain mais le monde tout court, le monde donné « là », ce qui signifie selon l’être, le fait absolu de l’être donné là.

Autant le monde particulier est englobant, autant l’acculturation est l’actualisation de la séparation, de la scission (ce qui, de fait, ne se peut que de s’actualiser ; on se rend compte que l’on existe séparément ; dieu, le christique, le sujet, la pensée et l’universel séparent).

Cette réalité (qui n’est plus un monde, qui ne fait plus monde, ni groupe et donc invente la politique, ni rituel et donc crée l’esthétique, ni représentation et donc instancie le je et son devenir en propre, qui n’est plus « ensemble ») est celle de la séparation.

Avec elle s’écroulent les mondes humains différents, mais alors se rendent possibles les sujets, un par un, dotés par ailleurs de leur dénouement assemblé ; le saint-esprit (ou la communauté des sortants), le philosophe et sa cité, la révolution et sa réalisation ; etc, parce que dans tous les domaines il se produit une invention généralisée de toutes les séparations, ce qui est une autre version de la distinctivité comme processus réel général (y compris naturel).

Que le philosophe, au début, ne soit pas encore un sujet (même en tirant sur la corde et de définir le sujet comme l’acteur de l’universel, comme Badiou, c’est un jeu de sens), veut dire que « ça vient », ça viendra. Lorsque le sujet apparaîtra et que la philosophie aura à en rendre compte, puisque son job est de repérer, cartographier « ce qui nous arrive ». Chacun s’engageant alors sous quantité de formulations, de champs d’expression à interroger la forme brut d’un « sujet », d’un « point-qui-voit », ou « qui-signifie » (ou alors de désespérer ou de déprimer, le Grand sujet désespère, le sujet normal déprime lorsqu’il est assigné à ce « moi-même », dans ses conditions de séparation totale, par lesquelles enfin le sujet tel quel, structurel, se montre ; Sartre philosophiquement).

Il y a scission, division, séparation (et dans le donné différenciations, déterminations) ; ce qui nous rend douloureuse l’existence, depuis que nous ne sommes plus une tribu, un monde, un tout parlé et ritualisé, parce qu’il y a distinction ; on est ainsi très contents d’être un « moi », immergé serait-il dans sa complexité ; la distinction c’est ce qui déplie la réalité, le réel comme réalités ; et il y a réalité, déterminations et donc réalités (en nombre indéfini ou infini) parce que l’unité est le réel (et non une réalité et un ordre on ne sait où, ou une double réalité, un autre monde) ; la structure des réalités est l’exister comme actualisation, dont on ne sait pas jusqu’où elle existe ; sauf qu’apparemment si la structure est le mouvement alors le mouvement est in-fini, bien que l’on ne sache pas de quelle nature il s’agit (il ne sera de toute façon pas à la manière de la « nature » ; le mouvement relativise tout, sans le mouvement, l’exister, le présent rien n’apparaîtrait, tout est passé, passe, passera par le présent), si le mouvement donc est cela qui existe vraiment, alors la transcendance est le pli et tout le reste les déplis, les effets du plis.

Il n’y a pas des immédiatetés et puis l’articulation (les réalités et puis le présent), mais toutes les immédiatetés et réalités sont prises dans le même-mouvement-présent.

Pour nous, au 20éme, 21éme, cela veut dire que l’on a su depuis le début (dieu, la pensée, le christique, le sujet) de quoi il était question mais que nous, en notre siècle, sommes pris dans les effets de cette structure intégralement dévoilée, propagée, partagée depuis 2000 ou 3000 ans (pour donner une approximation) ; c’est que les effets de la structure (qui est non-finie) s’exposant sont évidemment innombrables. Il s’agit de la vague antérieure (de présent brut) à toutes les vagues qui suivirent.

Et ils sont d’autant plus innombrables que cette structure a précisément pour moyen – et donc, pour nous, se présentant comme fin, comme finalité – de se redéfinir elle-même via les réalités (qui sont, donc, des réalisations, des réal-isations). Rappelons et martelons ceci ; nous sommes dans le mouvement et on ignore ce qu’il est ; à peine devinons-nous, au travers de mille tracas, les possibilités structurelles (que formulent dieu, l’universel, le sujet, le réel, et cent variations intérieures à ces notions, concepts, intentions, possibilités, configurations) ; le plus élevé de ce monde, de cette réalité, de cette existence est le début de ce qu’est la dimension du mouvement.

Aussi est-on porté à supposé sa sur-existence.

Existe-t-il une coupure entre le monde ou le vécu, et cette dimension qui serait « autre » (et donc s’imposerait comme duelle) ? Évidemment non. Ne savez-vous pas que vous voici nés de et par la révolution ? Que seriez-vous si vous n’étiez originellement, cad historiquement, citoyen ? Cette notion ne détermine-t-elle pas absolument tout (tout ce qu’elle rend possible, que vous soyez votre propre jugement par ex, et donc vos décisions, projets, personnalité, etc) ?

Y-eut-il un seul peuple qui ne se soit pas proposé métaphysiquement ou ontologiquement (ou religieusement ou symboliquement) ?

L’énergie fossile par exemple (en quoi on aimerait peut-être découvrir la cause de tout notre monde actuel) existe depuis des millions d’années ; l’a-t-on découverte pour inventer cette civilisation ou cette civilisation n’est-elle pas justement celle qui a découvert l’énergie fossile ? Mais alors pourquoi ? Il est assez absurde de privilégier une cause extérieure, alors que visiblement il s’agit d’une cause interne à un certain type d’être, en l’occurrence un être qui n’est pas un être mais une structure, un rapport (qui implique, potentiellement, tout rapport, ce qui ne veut pas dire qu’il « connaisse » ce rapport, étant hors et en plus de la connaissance au sens strict).

On ne peut pas expliquer via les causes, parce que les causes sont des moyens, les moyens de leurs effets ; initialement il y a, il existe une intention ; et telle qu’elle se perçoit.

L’intention, comme telle c’est son principe, se précède toujours. Elle se voit elle-même. Sinon elle ne se mouvrait pas. Étant constitutionnellement non pas un programme déterminé, mais étant elle-même le programme comme structure de conscience, évidemment ce qui lui vient c’est la libération de son intentionnalité, et ensuite cet arc qui lui désigne, bien sûr, le réel comme horizon.

L’intentionnalité est fondamentalement attachée, attirée, astreinte, étirée vers, par et pour le réel. Il n’y a aucun contenu en elle qui puisse rivaliser ; aussi sera-t-elle effectivement toujours dialectique ; la dialectique est la sup-position d’un horizon qui re-vient sans cesse et re-vient nu et sans rien, sur lequel et sous lequel tout le reste est écrit. De même que le moi se pose sur l’horizon du sujet, lequel n’est nullement une « entité » (quelle qu’elle soit imaginée ou pensée) mais le point-autre d’attirance ; aussi est-elle structurellement vivante, existante, actuelle, actualité brute et pure. Elle n’est pas dialectique en s’entourant dans un concept (comme le concevait Hegel), ni en s’enroulant dans un monde (tout monde humain tend à se refermer, ne serait-ce que par les dominations qui croient l’ordonner à leur botte), mais en rapportant sans cesse vers sa plus grande capacité.

Dont on a dit que la seule effective impossibilité et sur-existante possibilité est celle christique ; parce que c’est celle que l’on ne comprend pas encore. Et de fil en aiguille, on comprend que l’on ne comprend pas Descartes ou Kant ou la révolution ou l’historicité ; et que cette non compréhension est précisément le point de vue qui se cherche, lui-même, au travers de tout ce déploiement du Pli unique. Je ou présent.

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