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instants philosophie

Dieu, la vérité, le sujet, le réel

6 Mars 2021, 09:42am

Publié par pascal doyelle

On a donc reconnu que dieu, la pensée, le sujet et le réel formulent, littéralement, les quatre possibilités ontologiques ; que l’on sache. Que l’on sache parce que l’on ne peut pas – imaginer – une position ontologique, on peut seulement la penser, l’intentionnaliser au bout du bout du Bord ; une position ontologique n’appartient pas au monde (ni au vécu, ni à la détermination serait-elle représentée).

Avant dieu, un tout autre unique et créateur de tout, on ignorait qu’il puisse exister une Intention absolue, formelle, pure et initiale.

Avant la pensée grecque beaucoup pensaient, c’est évident, mais non pas développaient une systématique et ce de telle sorte que la qualification de l’intentionnalité ne parvenait pas à l’idée universelle grecque ; reposant sur ceci que toute énonciation est mise en cohérence avec toute autre énonciation énoncée ; autrement dit en formant un ensemble d’idées, d’intentionnalité qui cohérentes, rendaient possible que l’on ne perde jamais le fil, le fil intentionnel de la pensée (qui devient à elle-même son seul et unique horizon ; ici également il est question d’unicité).

Pareillement tout sujet est autre que lui-même, c’est la position même d’un « sujet ». On pouvait référer « sujet » à ceci ou cela (de déterminé, forcément) mais non pas à lui-même (d’indéterminé, sinon qu’il énonce « je ») et comme tel irremplaçable ; aucun je ne dit « je » à la place d’un autre (ça n’aurait, notons-le, rigoureusement aucun sens).

On aboutit de la sorte à chaque fois au bout du Bord ; au-delà duquel il n’y a rien (littéralement « rien du tout ») et on s’aperçoit que ce point acquis (ontologique et inimaginable mais positionnable en structure) est celui-là même qui permettra à chaque fois de réenvisager ou réinventer ou recréer le monde, le donné, l’humain, la vie, le corps, la perception, et bien sûr la pensée parce qu’il modifie, ce point, la conscience ; la conscience de n’importe quel ceci ou cela ; l’activité de conscience, l’intentionnalité étant originelle et rendant seule possible tout le reste ; vous avez un corps ou une vie parce que vous ne l’êtes pas… de où percevez-vous ? Cela répond à cette question. « Conscience » se dit de ce rapport en lequel entrent tous les autres rapports (en tant qu’arc de conscience, formel, vide si l’on veut, nous reprenons tout ce qui nous vient de partout ; des perceptions du vivant, de son corps, de l’adn, des héritages socioculturels, de notre porpe passé, etc ; tout est matière-à, repris dans le champ intentionnel, lequel champ, on le redit, existe « là-devant » et comme lieu neutre et formel, quand bien même l’adn nous pousserait-il à ceci ou cela, le champ intentionnel est lui ou peut devenir conclusif (et non pas qu’il le soit à chaque fois, il le peut, simplement).

Remarque ; nul besoin de connaître, en raison, ce que l’on dépasse à chaque fois, parce que le principe de la structure de notre arc de conscience n’est pas la connaissance, mais la création. On n’est pas libre seulement et exclusivement parce que l’on comprend (ceci ou cela) mais parce que l’on invente (une possibilité inaperçue, et on invente constamment, de même que les mondes holistiques, cycliques ou particuliers répétaient afin de ne pas perdre leur trésor, leur parole, leur langage, leurs échanges ritualisés, etc afin de ne pas perdre leur monde entièrement, de même ensuite l’historicité est justement la capacité de constamment inventé du neuf, puisque ça n’est plus le monde donné particulier et partagé qui fait socle mais la structure, acquise décisivement (dieu, la pensée ou le droit romain, le sujet ou la révolution, le réel et l’individualisation dans l’humanisation, soit donc le concret effectif, et mille autres distinctions). Évidemment on inventera plus pertinemment si l’on expertise, plus ou moins, tel domaine ; mais le cercle interne (qui est donc le cercle externe) ne demande pas de « compétence » ; folie pour les grecs, scandale pour les juifs. Notre être ne se définit pas selon tel domaine mais de par toutes les possibilités ; l’intentionnel antérieur à tous les champs intentionnels.

À titre d’exemple, Sartre s’ingénie à découvrir comment Flaubert a créé « Flaubert ». De même puisque la personnalisation nous est venue depuis les années soixante (sous sa démocratisation planétaire), ainsi sommes-nous assignés certes mais également libres de nous créer en toute conscience (bien au fait de ce qui nous précède ou nous contraint, ou de ce que nous acquérons ou pouvons acquérir ; personne, ou presque, ne peut ignorer et faire semblant que non).

Nous sommes donc passés du plan de l’être, à celui de l’exister. Et on a reconnu que cet exister (en quoi l’on s’engage par Descartes) reprend ce qui était en jeu par dieu et le christique ; le monothéisme et son devenir plus qu’étrange de l’incarnation, de dieu, l’absolu, dans ce monde, ce qui signifie en l’occurrence dans un corps, rendant à) chacun qu’il soit ce corps (et non plus homme ou femme, libre ou esclave, riche ou pauvre, juif ou grec ou romain) et donc modifiant le champ potentiel d’un tel corps. On a reconnu par là que s’initiait de but en blanc que l’accroche du réel dans le monde consistait en ce sujet (et par les grecs ce monde, donné ‘là’ selon l’être justement et non plus tel ou tel monde particulier), et sujet définit comme rapport à (soi), dans lequel rapport le « soi » est le rapport lui-même et non pas une identité.

Relisez (c’est le rapport que l’on existe, tout au long d’une vie qui se transforme en existence, ce rapport donc qui compte et non pas ce que l’on « est », puisque cet être est pris-dans le champ intentionnel dans son actualité, voire hyper-actualité).

Or pourtant le dit rapport n’est pas du tout une abstraction, tel l’esprit hégélien ou la vérité universelle de Badiou, mais ce qui se désigne comme rapport ne peut être que le rapport qu’il est, et donc qu’il « n’est » pas, mais qu’il Ex-siste ; ce qui existe comme rapport est un mouvement.

À quoi on a accroché, à nouveau, que ce mouvement de conscience en quoi consiste le sujet, est pris dans un mouvement formel absolu et absolument là, puisqu’il s’agit du présent.

Nous obligeant en somme à définir le présent comme le mouvement en lequel et par (via) lequel tout est, tout se déroule ; il n’y a rien qui est, fut, sera, qui ne soit pas passé par le présent.

Comme on a dit que le présent n’est pas le laps de temps entre le passé et le futur mais « cela » en dessous que l’on dénomme Exister, alors tout l’être est pris dans l’exister pur et brut.

Tout l’être dépend de l’actualisation (soit fonctionnelle, soit dimensionnelle ; les croyants par exemple s’engagent dans le dimensionnel, essaient d’adopter le Bord lui-même, comme point de vue ; ce que le christique voulut, à savoir nous adopter, nous, devenant frères du Fils, et agissant comme communauté, Saint-Esprit. Les croyants mais aussi ces positions qui tiennent que la structure de conscience se réalise absolument (par la poésie ou la révolution, ce qui a valeur d’universel ou de dépassement ; tout simplement, si l’on peut dire, le tomber-amoureux revient à un tel dépassement pour le moi).

Présent qui revient à dire que le mouvement est seul réel et que le présent seul est le mouvement, qui inclus l’arc de conscience comme « mouvement encore plus rapide », ou d’une seconde nature de mouvement (en quoi la théorie du mouvement ne s’arrête probablement pas à l’exister et à l’arc de conscience, mais qu’il existe encore un réel encore-plus mouvementé et ce pour une raison plus précise dès lors ; que le réel acte le possible, qu’il y a une réalité parce que le possible est cela qui se réalise et que le réel se fonde sur lui-même, sur son altérité interne et sa profonde altérité interne afin de, se percevant, au travers de champs, d’ avancer encore et toujours plus loin.

Ou encore ; le possible est celui de la possibilité même, qui revenant sur, vers elle-même modifie ses conditions initiales. Modifie ses conditions initiales. Et donc re-devient.

Et ce qui re-vient se présente à nous comme dieu, la vérité, le sujet et le réel ; qui sont les modes d’interjonction par lesquels le réel re-prend la réalité ; et cette intervention est toujours un retour et pour mieux dire un grand re-tour, un nouveau tour à chaque fois qui déplie le pli initial. En reprenant la réalité, le monde humain, le réel la réinstalle à partir de plus originellement, ce qui veut dire non pas une mystérieuse surréalité mais antérieurement dans la structure ; au lieu de se constater selon les contenus de la structure intentionnelle on en vient, presque, à nommer cette structure comme telle ; il existe une intention (absolue et formelle, dieu), une intentionnalisation possible (les idées et les systèmes), une structure effectivement réelle (le sujet), une surface donnée là et tout uniment (le réel).

C’est seulement largement ensuite, au 18éme, que l’on commencera de ne plus être en mesure de penser l’articulation (qu’elle soit dieu, la pensée, le sujet ou le réel) sans la traduire comme un simple donné là, une partie du monde, une composition ; ce qui est très bien dans beaucoup de cas mais non pas exclusivement, et surtout pas de cet écart qui se nomme philosophie, qui est la discipline qui se charge du hiatus qui se produit entre nous et le monde, au sortir des mondes holistes, particuliers, cycliques. De même que le sujet est transposé comme « moi » (la personnalisation succédant à l’humanisation généralisée du 18éme, selon les deux variations du désir libéral et du besoin communiste qui reste coincé alors dans la seule universalisation, alors que le libéralisme va se perdre dans les indéfinies diversités du désir, recherchant sa vérité mais ne la comprenant que selon la détermination du monde, du vécu ou du corps). Il est supposé et admis, ici, que la vérité n’est pas du tout de l’ordre du monde, mais se tient du Bord et ne reçoit de qualification que par et sans doute aussi pour (différence entre structure fonctionnelle et dimensionnelle) le dit Bord. Ou donc ; le moi ne peut rien sans son sujet. Qu’il ignore, méprise, renie, ne conçoit plus de quelque manière que ce soit.

Requérant, furieusement et puis ravagé, la jouissance de son être. Ce qui est absurde. En psychanalyse la jouissance est la perte de toute séparation et donc la mort, la destruction, la décomposition du moi, qui, lui, n’existe que scindé, et non dans la fusion, et c’est cette scission qu’il faut approfondir et non pas « remplir » de tout et n’importe quoi. Le moi est un équilibriste, dû à son bricolage (la synthèse plus ou moins hâtive qu’il a pu élaborer) entre l’identification (fantasmatique et s’approchant de la jouissance qui nie le plaisir et le moi, de sorte que les désirs fonctionnent comme temporisations entre la jouissance et le monde, les autres, autrui, le réel ; la jouissance est ce qui est intensément désiré, mais le plus loin possible, afin que les désirs inter-viennent) entre l’identification donc et la distance effrayante du monde, qui n’est pas humanisé, ni humain.

De sorte que le réel lui paraît insensé, absurde ; alors que l’on avance ici que le réel est infiniment structurel. Et le sens de ce qui est, est dépassé par le sens de l’exister, transformant, pour nous-même, la vie en existence.

Soit donc il ne faut pas s’attendre à ce que l’on parvienne à un résultat qui se tiendrait objectivement là, puisque c’est d’un « là » vertical ou structurel et non d’un être là donné, et qui engage notre attention au plus actuellement et activement ; c’est le je, le sujet qui ne peut pas être perçu mais qui-perçoit, qui doit s’organiser et non pas être organisé tout extérieurement. Son regard interne n’est pas intérieur mais projette notre être et son identité sur le plan absolument formel de la structure du réel. L’identité étant constituée imaginairement, raison pour laquelle Lacan se gaussait de la philosophie, du conscient et du moi ; Lacan traite les objectivités et la raison comme finalement ayant structure d’imaginaire, leur fondation psychologique est composée d’illusions, pour lui ; à quoi on a répondu qu’il se trompe en catégorisant notre être comme raison ou pensée ou conscient ou moi ; parce que nous ne sommes pas, mais que nous existons (c’est parce qu’il a lu Sartre qu’il voulut en prendre le contre-pied radical, soulevant véritablement le lièvre malséant du moi, mais oubliant le sujet, de qui se tient le moi, le sujet qui, pour lui, se retranchait des anciens rêves de notre humanisation ; Lacan est un négateur, un destructeur de l’universel, mais jouet à vrai dire de la ruse ; de la ruse non de la raison, mais celle du sujet, de l’intention qui perçoit toujours tel réel ou telle réalité sous la jointure d’un horizon… lequel ne rentre pas en lui-même, et qui n’apparaît que plus tard et plus loin, historiquement).

Le champ de la réalité est vraiment et est vraiment matériellement ou substantiellement effectivement, mais cette substantialité ou cette matérialité ou cette détermination n’est pas du tout en elle-même consistante (et lorsque l’on croit la saisir, en vérité ça se transforme en sable et dispersion, vibrations et vide plein de mouvements, les plis du Pli structurel, les effets de la cause, les contenus de la forme). Si la matérialité ou la substantialité sont, l’exister lui, existe. Il est le mouvement qui se manifeste comme vibrations, le réel comme manifestation, et ainsi comme réalité (ou réalités, puisque si l’on commence de déterminer on n’en finit plus de déterminer, la différenciation est, présupposément, indéfinie ou infinie ; ce qui ne nous bouleverse pas, puisque l’on a commencé de penser en terme d’infini d’infinités ; c’est ce que signifie que le réel est plus grand que lui-même ; la nature du réel, sa structure autrement dit, ne se circonscrit pas par ce terme « infini » mais par ces réels « présent », « exister », « conscience » ; et dit autrement par des effectivités bien réelles.

Ça n’est pas de l’ordre de « l’esprit », qui serait telle une seconde détermination dans la détermination (entrant en opposition, orientant vers un dualisme ou incompréhensiblement d’une autre nature, scindant l’essence, créant quantité de conflits entre une universalité abstraite et une matérialité obscure),

mais se dégagent deux formes structurelles ; le présent créant le champ de la réalité et l’arc de conscience créant des champs.

Rappelons que la « conscience » est « cela qui a rapport à soi » et donc qui n’est pas (ce qui est, est l’ensemble de détermination que cela est, son programme est son inscription) ; ce qui « a » (ceci ou cela) n’est pas (ceci ou cela). Être ce sont les choses et les êtres, vivants ; avoir est de la conscience, qui n’est rien, mais a rapport à ; la conscience est le rapport qui engendre quantités de rapports et n’est aucun de ces rapports en particulier (lui rendant possible de dérouler tous les rapports perçus, imaginés, désirés, décidés, pensés).

De là que nous sommes, soumis à l’arc de conscience, emplis de quantités de rapports ; c’est ce que signifiait « accélération du rapport » par la conscience. Alors qu’évidemment les rapports qui produisent la réalité, les réalités, l’univers, les mondes, sont déjà en eux-mêmes extrêmement complexes, et il ne s’agit pas somme toute de les mettre en concurrence, mais bien que l’arc de conscience est une seconde forme de complexité (de même que l’on peut et sans doute penser que déjà le vivant, qui est à lui-même son mouvement, et donc dans un milieu, que ce vivant donc est déjà encore une autre formulation du rapport). La forme de base de la réalité c’est ce que l’on a désigné comme étant la chora, le « lieu » de rencontre, neutre, indifférent, effectivement « là », le « là » lui-même, dit autrement qu’il y ait un « fait d’exister » ou un fait d’existence commun à tout. Et qui pris d’un autre biais est dénommé « acte ». L’agissement, ce qui meut et ce qui (se) meut, certes, mais qui précisément est cela même qui doit de son agissement se transformer.

De sorte que l’on peut transférer cette capacité vers dieu, la pensée et l’universel, le sujet et le réel. La pensée n’est nulle part stable et fixée ; elle se meut, comme tout le reste. Dit autrement elle se réforme ; constamment. Et ceci vaut pour les systèmes, l’esprit systématique mais oh combien encore pour la réflexivité qui à partir de Descartes étend le rayon de sa capacité et veut définir, situer, examiner, analyser, décider de son exister (du moment pur et brut de la suspension du cogito qui précède absolument toute pensée, toute représentation, tout imagination, tout désir, comme le montrera Sartre en instanciant l’arc de conscience hors de l’idéalité husserlienne, ce qui veut dire en imposera l’instanciation dans et par un corps et un regard).

On a vu que le réel est justement défini comme Possible et qu’il serait incomplet si il n’était que la réalisation du possible tel quel (ce serait une sorte de copié collé). Et qu’ainsi il est le possible non pas de tel ou tel ceci ou cela (ce qui serait quelconque) mais le possible de la possibilité ; soit donc la modification de la possibilité même et l’agrandissement continuel et continué de la Possibilité ; où donc la Possibilité est augmenté. Dieu atteint sa perfection fondamentale ; à savoir qu’il sera plus grand que lui-même ; on considère que ce qui ne comporte pas en lui-même la capacité de s’agrandir n’atteint pas la perfection, qui consiste donc en sa perfectibilité.

De même que l’universel est la mise en forme, à partir des réalités, toutes particulières ; mises en forme qui permettent non pas seulement de traduire en universalisations ces réalités particulières, mais qui autorise que l’universalité produit encore plus de réalités ; la réalité est ainsi par notre espèce augmentée d’un nombre de possibilités, à partir des sciences et des techniques, mais aussi une augmentation de la perception même ; lorsqu’une esthétique aboutit à une création alors la réalité telle qu’universalisée est ajoutée ; on ne percevra jamais dans le monde ce que Rembrandt nous rend accessible ; on ne rencontrera nulle part les éléments tels qu’ils furent et sont créés et utilisés ; nulle part n’existe l’acier ou le plastique ; l’universalisation est en soi non pas seulement la duplication de l’information dans une théorie (qui en rend compte) mais un moyen qui crée, produit, fabrique des réalités effectives.

Le problème théorique de l’universalité (les lois par exemple) est que l’on ignore si il s’agit des lois de fond de la réalité, non que celle-ci ou celle-là sera niée par une suivante qui viendra un jour, mais qu’elle sera com-prise dans une plus générale ; de même que les mathématiques traditionnelles sont englobées dans une théorie plus grande ; dont, en plus, on ne pourra pas prouver, apparemment l’axiomatique, qui restera postulée puisqu’il s’agit d’un ensemble de signes qui ont pour origine l’intentionnalité ; le nombre désignant lui-même un rapport, de même que toute opération, et que cette opération nombrée est une variante de cette autre sorte d’opération inimaginable qu’est l’arc de conscience ; soit donc que quelque réel ait un rapport à soi en tant que rapport et non comme identité de ceci ou cela. Il est impossible de chosifier, réifier, solidifier le nombre, mais pas plus les idées (qui aboutissent invariablement à un rapport ; l’être, le bien, la pensée de la pensée, le un, dieu, le sujet, et donc le réel), parce que rien n’est substantiellement, en consistance (qui sont seulement une imagination de l’arc de conscience qui se figure que cela « est ») et évidemment encore moins le moi et ses « objets » ; que l’on comprenne bien que l’être est, l’universel est, l’objet du désir est

et relève d’une intention qui, comme telle, se dépasse dans, vers, par son objet et objet en tant qu’il s’agit d’autrui, et qui relève d’autant plus le moi et son désir de ce qu’il est considéré et appréhendé et imaginé en tant qu’Autre justement, puisqu’alors le moi doit s’efforcer de dépasser son fantasme par le réalité, le fantasme faisant office d’appétence, si l’on peut dire ; le moi, son objet, autrui, la vérité, l’objectivité ou le réel s’étalent le long d’une dynamique et donc toutes les variations du rapport telles qu’elles sont possibles, telles que le moi en avant vers son sujet les intègre.

C’est bien le point sur lequel il faut revenir ; le point se déplace. Dieu, la pensée, le sujet ou le réel sont une seule trame, et manifeste la même structure ; soit donc selon la manière de comprendre l’intentionnalité non plus comme idéelle mais comme structure de rapport ; et de rapport parce que le réel tout entier devient, si le réel tout entier devient c’est la transcendance qui existe (quelle que soit sa désignation) et tout ce qui apparaît sont ses effets ; et à moins d’admettre que les effets iront se perdre dans la néantisation (progressive mais continuée, la dispersion qui n’a pas de fin, refroidissant tout ou déchirant la trame de l’univers) il faut supposer que les effets (la ou les réalités) s’utilisent afin de perfectionner la cause ; les effets immanents sont re-pliés vers la cause réelle ; l’être est fonction de l’exister.

De même la perfectibilité est appliquée à l’humain ; de la perfection idéale de toute communauté holiste ou cyclique à la perfectibilité de et dans une historicité et encore dans cette historicité du repérage qui expose les différentes gradations de perfectionnement interne à l’arc de conscience ; soit donc quelle qualité en cette intention qui vous anime, qui a pu animer les juifs ou les romains, les chrétiens ou les révolutionnaires ou les moi-mêmes du 20éme ?

Ainsi il est particulièrement clair que la mise à niveau de l’espèce humaine depuis le 18éme a connu une accélération fabuleuse ; que par ailleurs nous nous soyons grisés de nos réussites et que nous n’ayons pas su réguler est un autre problème. Parallèlement l’autre mise en forme de notre réalité humaine, soit donc la représentation, la mass et puis micro médiation, avait pour but, pour finalité de nous éduquer et fondamentalement de nous élever ; au spectacle de nous-même, la représentation généralisée, nous devions apprendre et décalquer, somme toute et pour le dire, notre corps par ces images.

Elles tenaient lieu de comportementalité globale, partagé, et s’immiscant au plus loin dans le regard, passant au travers des images, comme auparavant via les récits, les romans, investissant toute la « nature humaine », et bien plutôt inventant, créant une part de plus en plus conséquente de notre être ; Marilyn ré-invente la femme (elle est à la fois universelle et individualisée, c’est cette subjectivité qui traverse), Marlon l’homme (plus tout à fait homme, et pris dans des rôles trop étroits), Dean l’adolescence, le rock la sexualisation généralisée et surtout le corps, la pop envahit toute l’humanisation, etc, et ceci de manière tout à fait intégrée ; sans que cela soit « pensé » mais avant tout ressenti et perçu, de sorte que le risque d’une idolâtrie existe bel et bien, ainsi que du sacrifice du héros transformé en martyr, martyr désacralisé en quelque sorte.

Et ce fut non seulement l’homme ou la femme mais la totalité de la réalité qui fut recyclée, réinterprétée, re-présentée, une représentation totale du monde, du vécu, des corps et des relations qui fut produite, et souvent produite industriellement, et plus encore avec le déploiement sur la planète entière et le passage de la mass à la micro médiatisation ; lorsque l’on dit « totale » elle fut réellement totale.

Il n’est de la dite nature humaine qu’un ensemble de théorisations voire de délires qui morcellent ou écrase toute pensée cohérente qui prendrait sa source dans la structure ; Et c’est au moyen de ces marteaux théoriques destructeurs que l’on martèle les mois et qu’est produite industriellement leur « personnalisation », qui chaque fois manque son coup, de même que se concevant eux-mêmes comme des morceaux, ils recherchent la complétude, leur remplissage, leur autre-regard, ce qui ne se trouve nulle part dans le monde, pas plus dans leur vécu, identité ou corps.

S’opposent désir et objet(s) de désir, puisqu’ils n’y parviennent jamais, tout comme se confrontaient les réalités et la pensée, toutes deux déterminées ; mais « cela qui pense » n’est évidemment pas de l’ordre de la détermination, qui n’ne est que la manifestation ; ce qui se manifeste n’est pas telle pensée ou telle idée mais une intention, une perception, une vue de dieu, de l’universel (cad de la mise en forme intentionnelle qui est toujours universelle, reliant deux signes), du sujet ou du réel ; catégoriser cette structure est ce à quoi on s’emploie, et ce directement, sans en passer par des atermoiements, des moyens termes, des médiations, parce que soit l’on affronte directement la structure,soit on ment, ou raconte des histoires, de belles histoires, bien significatives et qui portent la structure intentionnelle, sans doute aucun, mais il n’est plus temps de patienter.

De même que l’on renverse la logioque existentielle ; plutôt que de s’ébaudir de la monumentalité de cet univers et d’en conclure que décidément nous ne sommes rien et que rien n’a de sens, on prétend ici que précisément plus gigantesque sera cette étendue in-finie, plus infini encore s’y déploie le sens, la signification, l’intention. À quoi servirait des milliards de milliards de milliards (etc) de réalités si c’était pour aboutir à … rien, du néant ?

Et plutôt que d’une réalité pire qu’absurde, idiote et imbécile (en quoi résulte le moi si il s’y abîme, aux deux sens), on préfère suivre la logique que l’on a reconnue à la fois selon la structure intentionnelle et du fait, manifestement surpuissant, que tout se déroule d’un présent, d’une activité, et donc d’une possibilité. Et qui plus est, redoublant, que cette possibilité étend elle-même et vise à étendre son propre champ (ce que l’on a nommé le possible de la possibilité) ; hors de quoi rien n’a effectivement de sens.

(ce qui veut dire que l’on catégorise l’être et que l’être est figé d’une manière ou d’une autre et n’explique en rien qu’il existe une réalité et que cette réalité soit d’un Fait Absolu ; l’exister)

Reste donc ceci ; que si la réalité ne se suffit pas et qu’un réel la redouble, ça n’est pas ou ne sera nullement sous la formulation d’un autre(même) monde (ni d’un donné, d’un corps ou d’une « vie »). ce qui ne servirait à rien du tout. Aussi est-on amené à approcher le mystère de l’indétermination (ce qui n’est pas du monde ou du moi est la forme, non déterminée, du monde ou du moi) ; que donc ce qui se rend réel véritablement c’est la forme et le mouvement. Donc ce qui émerge de la réalité est « de structure ».

Ce qui, dira-t-on, ne s’explicite pas en soi, sauf que c’est justement ce dont on dresse le portrait depuis le début. Selon le centre externe de ce qui est ; la réalité n'a pas de bord, sauf le présent. Qui est justement cela qui expose toute réalité.

Ce faisant une telle production du monde nouvellement humanisé et du vécu et du relationnel s’est coupée entièrement de tout ce qui le précédait ; subissant une réinterprétation massive et hyper pointue dans tous les domaines ; il s’agit du développement d’une civilisation totale reposant sur sa propre base et sa propre logique, incrustée jusqu’au détail de chacune de nos vies comme de nos organisations. Étant entendu que nous ne demandions pas mieux ; puisque tout cela alimente l’ensemble de toutes les vies individuelles, c’en est le contenu même ; nous possédons une vie personnelle au sens individualiste depuis les années soixante, depuis la démocratisation de la personnalisation (qui évidemment existait auparavant mais surtout réservée à quelques-uns, de par leur statut ou leur subjectivité, l’artiste, l’écrivain, l’originalité de quelque manière).

Pour chacun la réintroduction des équations structurelles dieu, la pensée, le sujet et puis le réel, implique un effort énorme et un détachement ou une bizarrerie ou une étrangeté du moi pour lui-même ; c’est celle-ci que l’on va retrouver avec les existentiels, qui découvrent que l’existence existe « ça existe » ; que l’être est ; que le là est « là » justement.

Et ceci puisque le moi est enfin la plus petite différenciation (le moi n’est plus une nation, ou un peuple, qui fait la révolution, ou un royaume, empire ou tribu, bref n’est plus un groupe ou une représentation ; il est tout-seul, de même que le christ crucifié est tout-seul, soit dit en passant). Aussi le moi est projeté nu, sans rien, sans couverture, face au donné, à l’obscurité « là » du réel qui s’impose d’autant plus qu’il est devenu cet univers hors de proportion, peut-être infini. Et de sa proximité à la nudité du donné tel que « là », il le désigne, le nomme est annonce que le réel Existe.

Ceci n’est pas exclusivement une originalité, puisque déjà le monde et l’humanité crucifie le christ, mais aussi Descartes plante le sujet tel quel comme un clou à la surface du monde donné, qu’il nomme « étendue ». c’est la première considération du donné selon le « là », si l’on excepte l’être des grecs ; mais qui adressaient cet être en tant qu’idée (serait-elle l’atome ou l’énergie, etc, il s’agissait d’une universalisation, raison pour laquelle la technique ne s’envisageait pas). Ici l’étendue est à ce point étrange qu’elle réclame sa mathématisation ; l’objectivité, l’objectivisation (comme procédé et processus) tire sa capacité de l’ontologie du «là », de la distinction d’un sujet et d’un objet (qui réclame son propre cadre, mais alors le sujet exige sa logique spécifique pareillement ; ce qui fut établi par Descartes, Kant, Hegel, Husserl, Sartre, Lacan, etc, qui sont tous profondément attachés et engagés dans la définition du réel tel qu’il se joue, dans l’historicité par exemple, dans les sciences (Kant), dans la personnalité humaine (Lacan)).

Le face à face absolument cruel existentiel (le réel est tout à fait Autre, il n’obéit pas à la signification humaine, il faut envisager soit qu’il n’ait pas de sens, soit que le sens s’impose bien au-delà de notre réalité commune ou personnelle, que le sens soit un sur-sens, un sens in-fini, une surcapacité inimaginable et en elle-même absolument autre ; ce à quoi on s’attèle ici, de définir d’une part que le sur-sens obéit à bien plus qu’imaginairement, et que d’autre part cette altérité est telle parce que formellement elle est Autre, que donc l’altérité en question repose sur une modification formelle de l’arc de conscience tel qu’exigé par la formulation étrange du réel.

Étrangeté dont la plus totale est dénommée « présent » ; qu’il y ait un « présent » est l’étrangeté des étrangetés.

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