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instants philosophie

Signifié / Signifiant

24 Avril 2021, 08:15am

Publié par pascal doyelle

Couper l’immanence par la transcendance

Nous n’avons pas à choisir, en un sens.

Soit on s’abîme dans le monde donné là, et donc la dispersion indéfinie qui pointera à la fin des temps et l’absence de mémoire de tout ; comme si rien, jamais, n’avait existé. L’univers, on le sait, se destine à la mort ou la noirceur toujours plus s’éloignant, dans la nuit, le vide et le froid indescriptible. C’est la destination même de tout ce qui est déterminé, cad limité par son essence.

Soit on admet une vie en plus. Une autre vie. Ou un autre plan.

Quelle que soit la manière d’y approcher. C’est ce qui relève alors de ce qui n’est pas déterminé, de la forme qui entoure toutes les déterminations, en l’occurrence le présent, qui constitue pour nous le Bord de tout ce qui est.

Et ce choix est au fond absolument fondamental ; il ne mesure pas seulement votre envie d’exister (accepter qu’il y ait une fin, terminale, et donc engouffrant totalement toutes les réalisations, individuelles, collectives, humaines, personnelles) mais il rend compte de votre ressenti du temps.

Le laps de temps (naissance-mort) vous convient-il ?

Pour le reprendre de Kant ; votre unité réclame un développement infini, qui ne vous sera pas accordé dans et par ce monde. Et si l’on pousse plus loin, le temps linéaire, celui qui passe uniformément, vous parait-il logique, normal, acceptable, sensé, consistant en lui-même ?

Cette aperception du temps vous gêne-t-il ou non aux entournures ?

Le développement infini de Kant ne porte pas tant selon la durée de votre être, mais sur l’ampleur ou la valeur de cet être. Reste encore à juger de cette valeur, de cette ampleur, ce qui ne peut se résoudre que si l’on dénote le nouménal et en quoi il consiste réellement ; il ne peut pas exister séparément dans un « autre lieu ». Comment peut-on poursuivre la possibilité d’exister au-delà des limites qui semblent, en vérité, tout à fait arbitraires de ce que l’on nomme « une vie » ? Ou un monde donné ?

Donc il s’agit d’exister plus loin, au-delà, plus haut que sa propre vie.

Puisque nous ne sommes pas, nous existons, et participons de ce mouvement ; exister c’est se mouvoir ; la question étant celle de la nature de ce mouvement et de ce qu’il signifie, de ce qu’il porte, rend possible, et on sait qu’il est instantanément, absolument structurellement lié au Possible lui-même, raison pour laquelle on doit désigner la perfectibilité absolue et formelle plutôt que la perfection, que l’on ne comprend pas du tout.

 

La liberté est l’utilité de la capacité dans tous les mondes possibles. On a vu que la capacité est l’idée, principe, formule, formulation que le réel est l’actualisation et donc, ou parce que, le présent est la génération de tous les mondes.

Dit autrement et à notre usage, selon notre possibilité de compréhension ; il y a eu, il y a et il y aura des offres instantanées de possibles directement ouvertes au cours d’une existence.

Ou encore ; il est à peu près sensé et évident que la signification d’une vie, d’une existence ne peut pas se résumer, synthétiser ou décidé à tel ou tel moment déterminé ; c’est l’ensemble et l’orientation générale et pour mieux dire ontologique qui compte, qui pèse, qui instancie dans sa durée et dans sa capacité brute.

Que se tienne du discours métaphysique (de la pensée) ou de la réflexivité ontologique (du sujet) on se situe sur le Bord et du Bord on voudrait inscrire dans la réalité, le donné perçu, la vie vécue ou la perception actuelle ce même Bord. Soit donc redistribuer la transcendance dans l’immanence ; en modifiant l’activité de conscience, ou de pensée, et en remplaçant les facilités par des difficultés.

La difficulté en question est fondamentalement une traversée ; il n’y aura rien qui puisse ressembler au monde, ni donc à la vie vécue ou au corps, pas même au moi, au moi-même de chacun (comme synthèse, comme bricolage « de ce qui nous est arrivé ou échu »).

La véritable pensée (et c’est ce qui arrive toujours) se situe sur le Bord ; le Un plotinien ou le Bien platonicien (qui pré-organise les idées, qui est principe d’un ordre en plus), etc. Pour le sujet le Bord est de fait installé (ça bute constamment sur un non-dit, ou plutôt un in-dicible, qui est le point qui perçoit).

Donc ça viendra d’ailleurs, d’ailleurs, en plus et tout à fait autre que tout. C’est la règle réelle, effectivement réelle qui doit, devra, aurait du, pourrait toujours/déjà s’appliquer et s’imposer dans le monde, dans l’humanisation, et ainsi pour nous dans la personnalisation (depuis la révolution nommément mais bien sûr dans toutes les précédences, divines par exemple, ou spirituelles ou mystiques ou révélées).

Cette règle, impérative, que l’on aborde si difficilement, qui nous passe par-dessus la tête à vrai dire, que l’on comprend pas, qui est autre que cette vie, autre que ce corps et ses pulsions, autre que le monde d’intérêt et d’intéressement des sociétés humaines, nous fut révélée ou s’est dévoilée ou fut créée de but en blanc, d’un point externe absolu, puisque la Règle est absolue.

Aussi doit-on sans hésitation comprendre que l’on ne sait pas par où cela passe, et ce que cela signifie ; et que donc il existe mille et un chemins, cheminements qui aboutissent au chas de l’aiguille.

Puisque l’accès de la possibilité pure est exiguë. C’est le Bord qui restera au bout de toutes les réalités (données, naturelles) et de toutes les réalisations (humaines, personnelles).

Il paraît impossible de synthétiser la résolution probable de notre être qui n’est pas un être mais une existence dans l’exister ; au sens où le Bord du monde (du vécu, du relationnel, du corps, de la perception, du moi, etc) n’est pas du monde. Mais du Bord lui-même.

Il faut concevoir que l’on peine singulièrement au travers des philosophies mais aussi des religions, ou des esthétiques ou poétiques, mais également au cœur des règles politiques, pour amener dans le monde, et l’historicité de ce fait, pour y ramener les instructions du Bord du monde.

Ramener les instructions c’est couper l’immanence par les plans du transcendant ou de la transcendance (comme on veut cela n’importe pas, que l’on croit ou non en dieu ou le divin ou le suent ou la structure brute et pure du réel). C’est donc ces coupures que l’on recherche depuis le début, depuis, pour nous (dans notre cycle de civilisation, que l’on initie par le dieu un tout-autre du judaïsme) ; non seulement de les introduire dans le monde, la vie vécue et le moi, mais d’abord ne serait-ce que sinon les définir du moins les délimiter.

Rien de ces instructions n’est évident…

Mais ayant annulé le sacré (des groupes humains soudés par leur monde-parlé-ritualisé), instauré le divin (séparé du monde, de la vie donnée, de la perception) mais ayant abandonné le divin ne demeure que le plan d’immanence, totalement plat, et puisque tout est visible, plus rien n’est discernable.

ce qui veut dire que chacun (ou de même les groupes humains) fonctionne selon une synthèse réalisée, plutôt bâtarde ou incertaine et sans organisationnel véritable et sans certitude interne (celle-là même que tend à ouvrir la certitude cartésienne ou pour le groupe la révolution, qui s’effectue au su et au vu de tous et de chacun), et que l’instruction formelle (qui permet de passer à une civilisation, une acculturation plus grande) est pour le collectif ou l’individuel presque inaccessible. Nous n’en possédons à peine que quelques bribes. Soit donc des signes. Et non les phrases, ni les phases complètes.

Puisque le réel est de structure, il est le temps lui-même et donc comporte, porte en lui son devenir ; la perfectibilité est la finalité formelle absolue. Et non la perfection qui ne s’appliquerait qu’aux choses, dont on voit bien qu’elles sont im-parfaites, prises dans des aléas, ce sont des approximations, l’adn est une approximation ; la « perfection » n’a pas de concrétisation constatable, ni dans le donné, ni dans l’esprit (sinon comme imaginée).

Le désintéressement , qui semble à la fondation de toute morale, consiste en un pari sur l’avenir, le possible, la capacité ; il étend un rayon d’activité plus grand, tandis que l’intéressement un plus petit, qui semblera bien plus éclatant et triomphant sur le moment ; mais l’immédiateté est un piège du temps, et donc le désintéressement conduit à l’intemporalité. Synthétiquement parlant.

Or ceci ne requiert pas tant l’intelligence, l’intellect que la conscience morale ou éthique (la morale valant généralement dans le monde, autrui, etc, et l’éthique le quant-à-soi-même selon ce que l’on estime se devoir à soi-même). Abandonner son égoïsme pour nourrir la possibilité d’autres sujets, c’est parier sur une méta-organisation, dont les conditions d’élévation ne sont pas du tout évidentes, y compris concernant l’ouverture pour chacun de se libérer de finalités immédiates.

On sait à peu près nettement ce que l’intérêt immédiat peut nous rapporter, mais on ignore ce que le délaissement de cette facilité octroiera à l’avenir, à la seconde condition que tout autrui ou un maximum accepte de plier devant ce grand calcul du désintéressement.

Qu’il s’agisse de purifier l’activité intentionnelle, c’est évident, mais ce qui ne l’est pas ce serait de croire qu’il suffirait de remplacer notre ego par l’angélisme ; ce qui n’est plus du tout le propos depuis le christique. L’église peut-être (c’est une institution) mais le christique non. Le structurel, cad l’intentionnel libéré, s’ajoute au donné, au vécu, au vivant ; on ne voit pas comment il en serait autrement. À moins de supprimer la réalité, ce qui n’a aucun sens, ou alors d’attendre le Royaume ici et maintenant, ce qui est absurde.

Et donc il est question seulement, si l’on peut dire, d’ajouter une dimension au donné, à la réalité ; et la dite dimension n’étant plus de l’ordre de la raison monolithique (ou de n’importe quel ordre surplombant) ne s’impose pas à la réalité mais la splitte. Splitter la réalité donnée vécue veut dire la démultiplier. Non seulement démultiplier le donné déjà là, mais tout autant les capacités de la réalité ; soit donc la réalisation.

Or il est apparu que nous n’accédons pas immédiatement aux choses, sauf de les agiter, pour ainsi dire, et déjà les modifier ; donc en produisant un champ dans lequel les choses sont prises et déjà transformées, dès la perception ; de sorte que dès le début nous sommes jetés dans la liberté, qui consiste à, premièrement, arranger les choses, l’apparaître des choses, en leur conférant des significations, celle du groupe, de tel ou tel groupe ; puis la communauté se rendant complexe il devient possible que chacun obtienne sa perception, étant entendu alors que malgré cette complexité il existe un lien, un rapport général et accepté par chacun ou une majorité, lien qui, il faut absolument en prendre conscience, s’impose en et par chacun et ce dans son appréhension, son aperception de lui-même.

Il y eut dès l’origine qui se fond dans le vivant lui-même au début, puisque n’existe un horizon que si au préalable il existe un vivant en son milieu (qui n’est pas un horizon donc), un autre-plan dès que l’intentionnalisation s’est imposée ; qu’elle soit générée par une cervelle est évident, qu’elle ne soit pas relative à cet organe l’est tout autant sinon plus ; puisque le champ intentionnel étant un rapport (et le rapport de tous les rapports qui suivront) il s’implique lui-même (sinon il n’en serait pas un, de rapport).

Il vint un temps lorsqu’apparut explicitement cette auto-désignation du champ par lui-même, et ce pour chacun.

C’est pour cela qu’il prit, ce lien, explicitement le nom de contrat, par exemple ou de nation ou de volonté générale.

Le mal, la dégradation, la bassesse, la noirceur consiste à diviser selon la détermination (et donc l’immédiateté) et le bien d’organiser la division selon la structure, selon la distinction ; et on ne peut pas supposer, imaginer une plus grande détermination à venir et nier la distinction actuelle. À diviser les uns des autres mais aussi à se scinder soi-même ; non qu’il faille vouloir être bon (le conscient en général manque son but, il reste extérieur et ne pénètre pas dans la réalité, son angle d’introduction dans la réalité est limité) mais plutôt mener, porter une intention la plus générale possible afin qu’elle s’immisce jusque dans la perception même, ou l’émotion, afin que le mal ou la corruption (de la perception) soient ignorés.

Comme la révolution démultiplie les centres de décision (ce qui permet que chacun ait une vie à soi, un projet, une entreprise, etc), de suite la dégradation s’étend, à tout.

Subjectivement la dégradation n’est évidemment pas de se laisser déterminé (comme une chose qui se décomposerait) mais prend une forme active (nous existons dans et par le champ intentionnel de signes que nous produisons) ; aussi la noirceur est-elle une inversion de l’intentionnalité qui veut à toute force concrétiser dans le monde avec rage ce qui justement ne peut se matérialiser. Et ainsi il fallut halluciner les vies, via les mass et puis micro médiatisations, du roman à internet en passant par le cinéma et la télévision, quotidiennement réinvestissant les corps et leurs extensions ; la « réalité » est devenue pour nous, la représentation de la réalité, ayant entièrement tout recouvert, recouvert nos yeux, physiquement.

Les sociétés humaines sont dès lors fondées non sur une détermination au hasard (l’hérédité entre autres) mais sur le principe de soi, semblable à tout autre ‘soi’. Et par cela accède à la véritable raison ; non pas tel un corpus descendu on ne sait de où, mais en ceci que le véritable universel c’est le sujet ; il n’existe aucune autre forme universelle plus évidente que celle de la conscience de soi.

On a vu que la liberté consiste en la production d’un champ intentionnel, qui transforme le donné en signes, lequel champ est au début celui du groupe humain (qui s’auto organise collectivement et perçoit son monde), puis devient le champ de chacun ; ce qui se nomme acculturation généralisée (au sens à la fois privatif, il n’y a plus de monde commun, et de mise en forme de structure, chacun obtient d’être à lui-même la fameuse reconnaissance de chacun par chacun et de chacun par tous, ce qui veut dire constitutionnellement et institutionnellement, mais aussi relationnellement et subjectivement).

Hors cette division totale par et en chaque sujet, il n’y a rien ; il n’y a rien au-dessus. Ni dedans. Sauf que par là chacun obtient sa propre vie (qui n’appartient à aucune caste, aucun rôle, ni à aucune raison ou quelque corpus que ce soit ; et la structure tient, elle tient toute seule et de par soi, elle devrait seulement continuer la révolution et avancer).

La structure s’impose d’elle-même et devient la mesure de tout le reste. Et les individualités assurent cette continuelle performance (de prendre sur soi), bien que dès lors il est impossible de nouer l’ensemble des volontés en une finalité ; tout part dans tous les sens. Aucune règle ne guide l’ensemble des volontés (qui s’entendent pour s’assurer les unes les autres mais « en l’état », et non comme une planification, cad une pensée, une explicitation de la forme du monde humain ; le libéralisme est juste, de ce point de vue, un laisser-aller de tout n’importe comment).

Et le monde, l’intéressement ne l’entend pas ainsi et veut revenir dans la structure, détruire sa légitimité et introduire quantité de petites hiérarchisations, et ce jusqu’aux énormes hiérarchies, pyramides libérales, baronnies dans le royaume des sujets libres.

De même ; le système de mass puis micro médiatisation (en ce cas internet) est fondamentalement de redistribution (de l’information en général), mais cristallisé au fur et à mesure en quelques forteresses.

Ce qui fut mis en jeu et placé dans l’historicité c’est la puissance de la structure, qui renvoie chaque conscience à elle-même, à elle seule et sur cette unité fondamentale recrée la possibilité ; il est clair que ça ne réussit pas sans une mise en forme culturelle spécifique ; on ne peut pas, on ne peut pas imposer la liberté et encore moins la liberté et l’égalité, comme équation encore plus complexe ; en ceci que la liberté, et l’égalité, devront être perçues en et par chacun, chaqu’un ; et ce dans son corps même ; sans l’unité perçue, et donc éprouvée, ressentie, émotionnelle, psychologique, psychique, sans donc ce corps intégré il est impossible que la structure, politique, fondée sur la morale mais aussi l’éthique (plus profonde) de chacun, tienne.

Et donc il y a, un peu partout, quantité de variations de cette structure politique généralisée depuis le 18éme. Selon les différents atermoiements de structure individualiste/universelle, plus ou moins, et attachée, de même plus ou moins, à un passé culturel toujours asynchrone, si l’on peut dire. De même que le communisme eut pour effet (quelles que furent ses intentions) d’étendre à divers peuples qui n’étaient pas adéquats au système de structure liberté-égalité.

La synchronicité de chaque conscience est évidemment une composition de possibilités ; suffisamment individuelles, suffisamment arc-boutées à la communauté ; la communauté dite politique (et qui donc crée la politique seule réelle), qui exclut une communauté de croyance ou d’ethnie ou de race ; l’exclusivité politique crée la possibilité même.

Ainsi chacun est propulsé sur le devant de la scène et est en lui-même acteur ; acteur de sa propre vie. C’est une humanisation d’ampleur généralisée et formulant la base historique du réel humain. Envers et contre les réactions diverses qui voulurent réimposer leur essences particulières, la révolution crée le Cadre formel sans lequel rien (aussi inspirant cela puisse être en lui-même) ne vaut. Rien ne vaut qui ne serait pas décidé librement ou universellement. Tout ce qui nie la liberté ou l’égalité retourne en arrière. Toute identité, serait-elle celle du moi, enferme et annule le cadre structurel (collectif et individuel, cadre qui sépare tout en connaissance de cause et en l’occurrence en reconnaissance des uns et des autres et donc tout aussi bien reconnaissance de soi-même comme autre que soi).

La formule « soi autre que soi » stipule parfaitement la distance qui règne en tout et partout ; la distance, la division et l’équidistance si l’on veut. Le principe est simple ; si l’on se prend pour soi, on tombe dans l’erreur. Le moi névrosé ou psychotique, obsession ou perversion, peu importe il s’agit d’une abolition de la distance, d’une tentative pour un moi d’être ; ceci ou cela, comme si ou comme cela, sous le regard ou dans la chose, le corps ou l’objet de désir, etc, bref une imagination et non une structure soustractive, qui seule permet qu’il y ait un corps, un objet, autrui, le langage, l’intellect, etc ; dit autrement le moi nie alors le réel … qui autorise justement qu’existe un moi … ce qui n’est pas du tout bon signe ; cette auto-suppression est une sorte d’impossibilité d’admettre que l’on existe, au profit d’un fétiche, en un sens quelconque (en comparaison du sujet en jeu) mais dans les faits du vécu lui-même toujours profondément significatifs, en raison et en place dans le bricolage qu’est en vérité un moi, qui attend son sujet ontologiquement parlant mais qui dans la densité du vécu ne sait pas quoi faire de son corps, de sa vie, d’autrui, du regard, et tous ces paramètres.

Cette impossibilité de se-voir est, on l’a vu, on l’a dit, non seulement le caractère proprement invivable pour un vivant d’être-perçu ; un vivant perçoit et se tient au centre de son milieu ; il n’est pas projeté sur le fond de l’horizon, n’est pas perçu du dehors, il n’a pas de « dehors » ; nous existons spécifiquement en ceci que nous ne percevons pas seulement qu’un horizon il y a (et qui au final consiste en ce « réel » comme autre, autrement dit l’infini, l’indéfini des signifiants et l’infini du signifiant) mais nous nous percevons, nous-même, à partir de l’horizon ; ce qui est infiniment douloureux pour le vivant que nous sommes selon la détermination effectivement corporelle.

Aussi cette douleur est également doublée d’une angoisse ; si je suis hors-de-moi, c’est pour quoi ? Que faut-il non seulement faire mais décider ? Comment orienter cette perspective infinie ? Par où cela regarde-t-il mon existence possible ?

Vient alors que les vibrations du monde, du relationnel, du vécu propre à chacun emplissent la structure ; le monde est, pour un moi, indéfiniment développé dans tous les sens ; nous avons abandonné la formule commune unifiée (tel groupe, tel monde et chaque monde humain séparé de tout autre) mais une avalanche de possibles s’est déversée sous nos yeux, rendant chacun à sa propre vie et ses envies (chacun dispersé isolément sur toute la planète). Cette immense production de soi, de « moi-même », de couleurs et de formes, de signes et de paroles, que furent les quelques derniers siècles. La disparition des mondes humains est aussi la possibilité ouverte pour chacun séparément.

Rappelons que la régulation aurait dû se produire qui rendent les mois susceptibles de leur sujet, chacun son sujet régulant la production indéfinie de signifiants, qui enferme dans le tourment de « n’être pas qui l’on croit être » ; puisque le sujet, lui, n’est pas, mais existe et tente de situer le signifiant même, cad … le sujet et son élévation, plutôt que son extension indéfinie dans le monde ; le sujet ne se tue pas à la tâche de faire-semblant d’être (le moi est, pris dans ce cercle, littéralement perdu ou fou ou auto-centré, produisant et prévu dans un pseudo-monde hallucinatoire, en partie tout au moins ; celui de Debord, Baudrillard, Matrix ou Ph K Dick).

Dit autrement ; un sujet n’a aucun rapport avec quoi que soit qui soit du monde (ni du vécu, du relationnel ou du corps ou de ces objets). Il n’y a pas de signifié sous les signifiants ; les signifiants renvoient seulement au signifiant même, cad au seul rapport qui-existe et qui étant vide, cad formel, rend possible d’agiter les signifiants dans tous les sens. Le signifié (l’objet magique du désir) n’est pas. Nulle part. Il n’existe que le signifiant qui doit, à lui-même, devenir sa propre règle. Et comme s’initie notre ère, le christ est parti ; il n’est plus là, il est hors-monde, de même que le sujet est nouménal ou suspendu à jamais dans le cogito, etc.

Les philosophies se doivent de supposer le cadre vide formel comme seul consistant ; d’une consistance spéciale à l’évidence. Dont la nature est précisément la question-même ; qu’est-ce que la non-consistance du cadre formel de la réalité ?

C’est ainsi l’ensemble des positions absolument formelles qui furent identifiées, comme dieu, la pensée - l’universalisation, le sujet et le réel (en lequel on obtient non seulement que « l’existence existe », mais aussi les diverses versions du monde, du donné comme étant-le-réel ; matière, énergie, vitalisme, économisme, inconscient, sciences, mathématiques, etc, recherchant des causalités « sérieuses »).

L’angle de coupure de la réalité par la structure

soit donc dieu et la nation, la réunion des intentions autour de l’intention unique,

l’universel de l’intention qui se découvre comme créant des systèmes d’intentionnalisations, dénommées idées,

le christique et le regard externe qui crée votre âme, l’actualisation de l’unité de votre vie (transformée en existence) d’un point autre, en dehors du segment naissance-mort,

le sujet (qui dé-couvre son intention ici même telle qu’elle se suppose elle-même, et sa continuité kantienne, unité des unités),

la propagation des sujets par la révolution, de même que le christique par sa formule à ce point instantanée concerne chacun des corps en son existence, dans un monde humain (de diverses versions) qui n’a jamais connu un tel accès.

cet angle de coupure, qui instancie le transcendant au beau milieu de l’immanence de sorte que le divin vient interrompre la réalité (dite par exemple créée, ce qui signifie ramenée à la détermination) et permet de démultiplier les aptitudes et donc le donné, le vécu et la perception (ou donc le monde, le sujet et les signes),

est également ce qui rend le temps hors de lui-même ; au sens où définitivement (si l’on peut dire puisqu’il s’agit de l’inverse) si notre moi est déterminé, le je retient, lui, indéfiniment ou infiniment son souffle ; suspendu ; et il existe à l’inverse en cela qu’il doit toujours-déjà décider de son Intention.

De sorte que cette intention se retrouve tout au long d’une vie vécue et s’oriente ou tente de s’orienter au fur et à mesure, certes, mais surtout en nouant ou dénouant sa capacité ; si notre être n’est pas un être mais un rapport, c’est la raison pour laquelle Kant renvoie au-delà le nouage de notre existence. Le dit rapport ne peut s’acquérir (selon sa structure d’actualisation) qu’en expérimentant et décidant de son intentionnalisation ; et cette acquisition n’est accessible que par et dans cette actualité ; c’est dans la distance de sa mise en acte que toute conscience (qui est déjà toujours un rapport) rend réelle la possible structure, la structure du possible, le possible du réel en tant qu’il est articulation qui se décide non seulement pour lui-même (son existence est déjà obtenue) mais décide pour l’agrandissement, l’augmentation, l’intensification de la possibilité.

Ce qui paraît si peu raisonnable et si peu logique (puisque cela n’obéit pas à un principe d’objet, d’objectivité ou de vécu) que le moi s’emplit constamment d’une identité qu’il voudrait stable ou assurée. Or la structure intentionnelle s’y oppose ; l’objet de désir (qui semble concrétiser le signifié) est seulement l’indication, ou donc un signifiant.

C’est ainsi que pour chacun il est possible d’user de nouveaux signes, afin de marquer sa propre réalité, son vécu, son désir, etc, inflation des signifiants durant vingt siècles ; tout peut faire office de signifiant, l’arc de conscience crée des signes à la pelle. Le monde donné, objectivement, et la vie subjective seront totalement asséchés. Y compris assignés à la vérité, du sujet, ou à l’objectivité ou aux esthétiques, poétiques, dans tous les domaines.

Aussi la production libérale, industrielle de signifiants nous impose (et nous ne demandons pas mieux) de recycler en nous, constamment des codes de signifiants, de les incorporer par le dévoiement d’images, laissant supposer un « vrai et réel » signifié, désirable ou à portée de main, dense et consistant par lui-même, qui n’existe pas, nulle part. Pas plus selon l’être a priori massif.

Inversement cette orientation impossible fut dès le début confiée à ce qui n’est pas dans le monde ; dieu (celui qui relève des intentions et celui qui élève les intentions, le christique) ; la vérité, universelle qui repousse constamment la limite du penser ; la liberté du sujet qui non pas comme simple moyen d’autres fins mais comme la finalité, unique, qui ouvre à quantité d’autres à condition que la première finalité soit maintenue (la liberté ne peut pas, ne doit pas s’effacer dans ses contenus). Dieu, vérité, sujet faisant office de miroirs, renvoyant chacun à lui-même, et non aux images ou confectionnant des images ou des idées telles qu’elles réindiquent le signifiant.

Toutes positions qui prennent le regard (et vous le rende, comme le christ qui s’en va du monde et de la vie), et que le moi ne supporte plus ; qu’un regard extérieur, et qu’un regard d’autant plus externe, cad sur-objectif, plus grand que la subjectivité, qui s’est instanciée libre, regard donc qui imposerait au moi une telle structure autre ; un moi est à lui-même, idéalement, son propre regard, mais « idéalement » … ce qui veut dire pas du tout, parce qu’il est, le moi, un bricolage.

Cette impossibilité (de représentation) étant le reproche le plus commun envers ces réels que l’on voudrait saisir dans la réalité (sous le mode d’objets), alors que l’on doit en être saisi ; et imaginant les penser (en objet de discours ou en imagination donc) on laisse de fait le sujet dans le non-dit et l’extériorité, éperdu, ce qui annule la rationalité de telles théories.

Tout cela pour saisir que le structurel ne se plie nullement à quelques résultats ou effets, mais se tient seul et par lui-même, bien et parce qu’impossible (si il était possible il serait du monde et s’effacerait en telle ou telle version humanisée du donné, de la perception, de la représentation, etc). Ensuite surviennent les effets ; ceux de la révolution furent par exemple innombrables, et que dire du recentrement qu’amène le christique par chaque corps délimité. On a pu croire que des effets, sélectionnés (des forces ou des pulsions, des technologies ou la génétique, etc) expliqueraient la structure, puisque l’on interprétait la pensée, le sujet, etc, comme s’il s’agissait de parties du monde introduites par d’autres parties du monde, mais la structure n’est pas selon le monde ou la détermination.

Tout surgissement de la structure dans l’historicité crée l’historicité comme telle. Elle est ce par quoi le structurel (débarrassé de toute formule passagère selon le monde) se sait selon le temps ; le signifiant étant ce qui enjambe le laps de temps s’instanciant dans et par sa temporalisation. On relie deux signes, deux perceptions, deux contenus et le signe est le rapport, ce qui crée le court-circuit d’une élaboration non selon le temps mais selon l’actualisation du temps (qu’il existe une dimension en plus qui ne passe pas ; le présent).

Selon le possible, et au fur et à mesure selon la Possibilité (mais c’est déjà le cas de dieu, de la pensée, du christique ou du sujet ; selon les signes adhérant non plus aux parties de monde (le sacré délimitant en dedans) mais vers la structure (le divin)). Puisque le temps existe afin que la Possibilité s’étende et se définisse et elle ne le peut qu’étant libre ; la réalité est l’image dans le miroir ; le miroir (le sujet) n’apparaît pas dans l’image mais c’est par cette image qu’il existe un sujet. L’image parvient à modifier le miroir, et il n’existe pas d’images sans miroir.

Élaborer la temporalité propre n’est que le début (déjà bien ardu, le moi étant un bricolage, une synthèse hâtive lors du vécu). Outre cette temporalité, l’a-temporalité du je, qui se perçoit au-delà du segment naissance-mort, est originellement, initialement la structure même de l’âme. Ou si l’on préfère de tout récit de soi (y compris roman et poétique et musique, etc, qui ne sont, n’existent qu’ne tant que signes, évidemment).

Ceci indiquant vers le haut, la verticalité et la capacité qui existe au-devant. L’en-avant est la raison du déploiement du réel. Et donc l’en-avant est en-haut. C’est la règle du signifiant qui est la véritable création depuis le début et non les remplissages. Ou donc la vue (ou la vision) que l’on obtient de sa ligne de présent(s) tout au long d’une existence.

De sorte que Lacan pouvait bien se gausser des tentatives (du moi ou du conscient ou de la philosophie, des idéologies ou des « révolutionnaires » de 68) pour absorber, manger, incorporer le « signifié » ; pour lui la science, la raison ou la philosophie, la belle âme ou l’idéal n’échappent pas et ne se présentent que comme signifiants du moi lui-même (qui s’imagine atteindre le signifié et croit s’en sortir de cette façon alors qu’il se consacre aux signifiants, et ainsi au regard autre, tout discours relevant d’une autre conscience, bien que prétendant manifester le signifié même ; Lacan laisse chacun seul face aux chaînes mais ouvre néanmoins en une mystérieuse libération, quoi que sujette à caution même psychanalytiquement).

Les choses ne sont qu’ici et là, en vérité seule existe la dynamique, le mouvement du réel ; en tant que plis du Pli unique ; le moi et les mondes humains s’emberlificotant dans les plis pris dans les plis ; le monde-parole de la tribu relève de la même logique que le moi-égocentré, mirage de ses images, recyclant ou courant d’effets en effets et non remontant vers le Pli lui-même, qui n’est pas du monde, ni du vécu ou du corps.

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