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instants philosophie

La vue inouïe de ses effets

24 Juillet 2021, 08:35am

Publié par pascal doyelle

Il faut bien mesurer les niveaux, les degrés, les différenciations qui eurent lieu, les distinctions qui au fur et à mesure et les uns lisant les autres, mesurer « ce qui est arrivé » et s’apercevoir qu’il y eut progression de la réflexion, de la réflexivité, du retour sur cet-être que l’on est, et qui n’est pas une idée mais un être, et qui n’est pas non plus un « être » mais un réel qui existe, ce qui veut dire qui ex-siste : et donc peut sur sa structure se regarder exister.

 

Descartes, de la métaphysique universelle abstraite à la structure ontologique ici et maintenant.

Descartes ne disposait pas deux substances, l’esprit et le corps, mais disposait une seule ; la troisième (qu’il n’a jamais dénommée telle, puisque pour lui elle était première). La première en son mystère ; dieu ne crée pas d’un côté la pensée et de l’autre le corps, mais l’homme. Cette unité.

Sans doute aucun Descartes au début investit totalement la distinction ; il s’agit de montrer en quel sens penche pour nous, existant, la balance. Mais il se détache de la métaphysique (théologie et scolastique et universel rationnel).

 

Pour lui ça n’est pas l’universel qui unifie, mais le sujet ; et le sujet existe ici même comme un. Il est dans le cartésianisme la volonté d’instancier l’homme dans son unité, y compris le passionnel. C’est pour cela qu’il introduit dans la philosophie non plus de traiter les immédiatetés comme des dégradations (de l’universel), mais dans et comme unité du sujet humain ; le passionnel est le moment radical de l’investissement d’un esprit-corps (ou qui deviendra chez d’autres un corps-esprit, l’un supplantant l’autre). Cette mise en avant de la consistance, de la constitution de notre être, doit se comprendre selon cette formule ; que l’activité de conscience pousse le corps au-delà (de son essence de vivant). Et donc il insiste fondamentalement sur les passions (qu’il réhabilite et impose en tant que fondement de notre existence, s’opposant à la jusqu’alors « passivité » des passions, de même que dans la connaissance il dissout les « qualités » aristotéliciennes, imposant cette fois la mathématisation de la réalité d’un part et la méta compréhension du je d’autre part, ce qui s’ensuivra, y compris dans la contradiction, Nietzsche ou Lacan, puisque l’on ne peut échapper à la structure de conscience, quels que soient les contenus ou les interprétations).

 

Corps-vivant et sujet-pensée s’incluent l’un dans l’autre.

Puisque le corps est amené dans la vue intentionnelle du je. Dans l’apparaitre lui-même. Et que s’effacent la différence corps-esprit, dans le rapport détermination-indétermination.

 

Ce projet était pourtant très clairement sur les rails ; la conscience n’est pas comme le pilote dans le navire (dixit). Et l’unité de la troisième substance est la seule unité réelle (l’autre, celle corps-pensée, étant une facilité, pour le dire rapidement ou, si l’on préfère, une distinction qui permet d’instruire le sujet en tant que tel ; la pensée s’inscrit à partir de et par la volonté, laquelle, on l’a dit, est un rapport et donc n’appartient pas, ne s’appartient pas même à elle-même (et cartésiennement se tient de l’in-finie, cad la volonté, encore, de dieu cette fois) ; de là que la volonté requiert à elle-même un programme, une programmation, une instruction vers soi ; il ne s’agit plus de bien penser mais d’apprendre à bien penser selon une autre dimension ; de mener la stratégie qui rend accessible l’utilisation non seulement de la pensée, mais à des fins qui sont (et seront, historiquement réalisées ; plutôt que l’acceptation des nécessités, le bien de l’humanité, la médecine et les techniques, le travail facilité, etc) des fins donc de fait externes à l’agent intellectif, à l’universel théologique et/ou métaphysique ; il veut réorienter mais un sujet ; le sujet n’est pas du tout une idée (ou un intellect actif, opposé aux passions passives, pour ainsi dire) mais un être, un ontos, un existant. Il est une positivité de la vie, réaffirmée (lettres et Passions de l’âme).

Dont Descartes ne peut valider l’ensemble du mouvement, et pour cause c’est ce qui occupera la philosophie durant les siècles suivants, puisque le sujet qui n’est pas le subjectif, contient toutes les capacités et spécifiquement la capacité, ontologique, de se signifier et de signifier le « lieu » où il existe (l’étendue pour Descartes, ou l’infini divin, la phénoménalité du monde pour Kant et son transcendantalisme nouménal, l’historicité pour Hegel et le ressort négatif de l’activité de conscience, etc).

Il existe un être, spécifique, qui ne peut pas du tout se ramener à l’universel abstrait et si il s’engage dans le concret même alors il faut trouver dans le « là » existant l’articulation significative. Descartes désigne un point de position (d’articulation, ici l’arc de conscience dans l’arc du présent) ; cette désignation est absolue (originelle et originale) mais le point lui-même est en glissement tout au long de l’historicité qui suivra, suivant l’angle de pénétration du transcendant en l’immanent.

 

La solution, si l’on veut, du problème est absolument aberrante ; l’unité de notre être n’est pas selon l’être de l’esprit d’un côté et l’être du corps de l’autre. Mais dans et par l’activité, qui seule existe.

 

Ça n’est pas la pensée en soi ou le corps en soi, qui sont des fictions, des imaginations, idées-choses que l’on métaphorise et de laquelle sont supposées une solidité, une consistance, alors que n’existe que l’apparaître. L’apparaître est ce par quoi cette pensée et ce corps s’atteignent eux-mêmes. Dans le champ de l’apparaître ce qui est cause peut devenir son propre effet ; n’étant pas déterminé en soi mais en signes, il est incomparablement plus facile de modifier les chaînes de signes que quelque autre mémorisation que ce soit ; si l’essence est ce champ tout exposé et quand bien même s’organise-t-il en systèmes, et puisqu’il est, en tant que signes, pris dans le rapport (intentionnel de conscience, qui ramène la perception à un ensemble et tout ensemble à un horizon), il peut, ce système de signes, prendre conscience de soi, comme conscience, et entrer dans l’horizon de son propre champ (dit autrement il sort de l’horizon du milieu, pour entrer dans le monde donné là).

 

« Conscience » veut dire « qui sait le rapport qu’il est », comme rapport. Il n’y a aucune autre identité; toute identité, déterminée, s’efface et tombe dans le monde (telle ou telle partie) et disparaît (le monde est destiné à se disperser).

Aussi doit-il toujours s’adresser, au sens d’adressage, comme en informatique, de point de tenue, s’adresser à un signe vide, neutre, formel, possible ; que ce soit le mana, dieu, l’universel ou le sujet ; soit l’intention elle-même qui se/signifie, la vérité (universelle) et la liberté (de chacun, douée de sa propre contra-diction l’égalité, sans laquelle la liberté tombe dans l’immédiateté de sa seule volonté).

Soit dit en passant cette « conscience » qui sait son rapport (et donc peut produire quantité de rapports seconds, dans le rapport et le contenu de ces rapports est avant tout le rapport initial lui-même, capable de tout signifier par ailleurs dans le monde, le donné, la vie vécue, la perception, etc), cette « conscience » est considérée ici comme étant l’exemplaire au moins de ce que le Rapport, le Grand Rapport est ; le grand Rapport est qualifié, ici, de Sujet ; puisque l’on admet seulement non pas la perfection (qui achevé est morte), mais la perfectibilité ; ce qui est absolument parfait c’est ce qui est capable de devenir, c’est ce dont le devenir est l’essence, la nature même ; et seul un sujet peut réaliser cette perfectibilité puisqu’un sujet ne se termine pas dans le rapport de ceci ou cela ; il est le rapport-même, qui est indéfiniment ou infiniment rapport à ‘soi’. Ou d’un autre point de vue, il est le Grand Possible, le possible plus grand que lui-même ; seul un sujet se modifie. Il ne modifie pas ceci ou cela (auquel cas il serait terminé, perdu, figé à un moment ou l’autre), il ‘se’ modifie.

Cette auto-modification courre tout le long de toute la (ou les) réalité(s). La réalité ou les réalités ne mesurent pas l’auto mouvement, mais sont les effets renouvelés de la cause absolu ; les rapports (dont sont constituées les réalités) se modifient selon le Grand Rapport et son devenir formel absolue, la Cause (en tant que, pour nous, elle prend le nom de sujet ; c’est notre façon de la signifier, mais on ignore si cette désignation est exacte ou plutôt on devine qu’elle est de toute manière insuffisante ; la cause outrepasse absolument tout, bien qu’elle se donne, en autres, en tant que sujet).

Remarquons, tant que nous y sommes qu’en tout cela on présuppose que le réel est le mouvement et que les réalités sont relatives, au mouvement, des effets de la cause, qui s’auto-modifie et dont c’est le but, la structure, la finalité constamment actuelle. Donc nous sommes selon le monde, mais nous existons selon le présent, le mouvement, l’exister. L’ensemble de tout ce qui apparaît est stable... momentanément ; la structure-sujet (dieu, le un universel, le mouvement brut, ou donc le sujet comme logique) modifie les effets dont il est la cause et cause qui se modifie elle-même dans la Vue inouïe de ces effets. La structure est mouvement dont il faut saisir le cadre (ou dont il faut être saisi, plus exactement ; on ne s’auto-affirme pas, ça n’a pas de sens) ; l’exister, le présent, est cela qui déroule la réalité, les mondes, les univers peut-être.

 

La résolution de la distinction cartésienne (que l’on tient pour acquise ; nous ne sommes pas notre corps, nous avons un corps) doit être pensée selon une logique d’ajout. Il y a le vivant, puis un de ces vivants déploie un système en plus ; l’activité de conscience. Qui est une forme, une forme vide. Laquelle, étant vide, peut tout à fait admettre en elle toute espèce d’information (au sens général) et reprendre sous quelque forme que ce soit les informations du vivant, de la perception, de son expérience ou de son auto-expérimentation, y compris de sa présence à elle-même, dont évidemment elle tient le se-savoir (qui n’est pas une connaissance, toute l’ampleur de Descartes et l’ambition des suivants, Kant, Hegel, Husserl, Sartre, Lacan y compris, sera de parfaire ce savoir-même ; explorer, techniquement, via des perspectives et des concepts nouveaux, non métaphysiques, la dimension, in-finie, du sujet, lequel est rapport).

Il fallut donc se pourvoir d’un horizon effectivement réel sur lequel est planté le je ; il était impossible de revenir à l’être, ni à l’universel seul, ni au monde donné là (les objectivités des sciences, qui sont toutes partielles, la matérialité ou l’inconscient), il fallait découvrir la nature de ce je, son incrustation dans le réel et la réalité, et enfin sa capacité même ; le devenir brut tel qu’il est en cause et effets, absolument existant, se tenant au bout de l’Existence de chacun et au Bord de toute réalité.

Cette volonté et cet impératif, historique, de lier la raison et la passion dans le sujet du je.

Historique ce qui veut dire qui commande l’historicité même, à savoir que le je du sujet (le sujet étant la structure maîtresse de ce que l’on nomme « réel »), ce je a pour effet cela qui nous concerne fort ; le moi, sur lequel est bâti la société humaine (et son idéologie ; l’économie, celle du corps, et donc de ses échanges, par quoi le désir s’échange dans ses objets, selon des flux, l’argent, cet universel, ce nombre, fonctionnant comme mesure des échanges, mesure bien pire qu’imaginaire ; irréelle, fantasmatique).

Ou ; il n’y a aucune raison pour que l’argent, ou l’économie donc, soit le seuil organisateur du monde humain. La raison d’être de l’économie comme idéologie est cette bizarre compréhension du corps en tant que moi, du moi en tant que corps (fantasmé) ; soit donc l’intentionnalisation, le principe-sujet plié par des finalités orientées vers-le-bas (puisque nous sommes sortis depuis quelques temps des nécessités vitales et que nous nous maintenons pourtant la tête sous l’eau … en remplaçant la survie initiale par de pseudo-nécessités ; l’économie laisse accroire de sa « naturalité », description de lois « naturelles » et ne développe pas du tout un système de lois, de prescription, de lois humanisées).

Mais pour cela il faudrait inclure le moi, la version immédiate du je (ou qui se veut telle, de croire en son être « naturel ») ; lors même que l’on ne peut pas s’en passer ; la question n’est pas de remplacer mais d’ajouter un étage qui permettent non d’annuler ce qui est, selon l’être, mais de réorienter, dans l’actualité et l’intention, selon l’exister et la conscience accrue de cette Actualisation) le moi dont la logique intentionnelle est semblablement alourdie exclusivement comme « donné-là » tel quel, comme tactiques diverses, et non comme liberté et donc stratégie, voire grande stratégie. Inclure le moi c’est tel le christianisme qui veut originellement que chacun relativise son unité immédiate via autrui ; autrui devient ou devait s’imposer d’évidence comme ré-intégration de mon unité (en quoi se gouvernait alors une grande stratégie, élevant les petites tactiques des intérêts du monde).

De même que l’égalité devait réguler la liberté, mais aussi la liberté par ceci découvrir sa vraie dimension ; toue « maxime » ne peut être suivie qu’universellement. En ce sens l’égalité est première (le christique) et la liberté viendra bien plus tard (Descartes) et donc déjà élevée, cette liberté, par l’égalité, qui lui offre sa mesure. « Comme je vous ai aimés ». Sauf qu’il ne s’agit pas seulement de règles générales ; il s’agit de l’unité, de l’intention même qui guide votre conscience ; que voulez-vous vraiment ? Jusqu’où peut-on vouloir l’intention que l’on veut ? Tout cela réclame une instruction, une in-formation, une préprogrammation pour ainsi dire. Et on ignore par où acquérir ce savoir ; il faut que la deuxième personne de la trinité vienne à nous ou qu’un peuple décide de lier liberté et égalité ou qu’une partie des moi-mêmes des années soixante tout à coup programment de se « libérer » (chacun en a hérité d’une manière ou d’une autre, et non univoquement puisque cela touchait autrement qu’à des « identités » ou des idées ou seulement des corps, etc ; rien qui soit « dans » le monde, mais avant le monde). Soit donc des Faits massifs.

Et ce à quoi œuvre la philosophie, structurer l’activité de conscience, l’activité intentionnelle, depuis Descartes quant au sujet, de même depuis le début quant à « ce que l’on pense », dont on s’aperçoit avec stupeur que l’on en produit les contenus. Mais l’exigence du dieu juif entendait éduquer tout aussi bien son peuple, le conduire sur la vraie intention.

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