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instants philosophie

Cette histoire de l'être

11 Septembre 2021, 07:41am

Publié par pascal doyelle

Qu’en est-il de cette histoire de l’être ?

La philosophie paraît débordée ; comment penser un tel univers dont on suppose, peut-être, qu’il est infini, et même qu’ici et là il existe dans un grand vide (on ne sait pas) des tas d’univers éventuellement tous infinis ? En conséquence il devint tout à fait impossible de penser la réalité métaphysiquement ; impossible d’intégrer non pas tant une question comme « pourquoi quelque chose plutôt que rien ? » mais de caractériser, catégoriser les choses elles-mêmes (en séries donc, régulées par des idées, alors que l’on ne comprend pas trop ce que sont les particules, l’explosion initiale, l’éventuelle dispersion dans un espace-temps éparpillé par l’expansion, etc).

Remarquons donc que ça ne change pas fondamentalement la question de pourquoi l’être, mais puisque celui-ci n’est plus pensable (personne ne croit que « la pensée » existe comme substance de cette immensité) depuis Descartes Spinoza et Leibniz ont tenté de convertir l’étendue en principes distinguables.

Mais on a vu que depuis longtemps la philosophie est passée à un autre niveau, à savoir qu’il ne s’agit pas tant de penser tout ce qui est, que d’introduire dans la pensée ce sujet, que l’on juge, a priori, comme la limite la plus extrême, à tort ou à raison mais en tous cas relativement à notre expérience (on ne sait ce qu’il en est ailleurs, si il existe d’autres types d’existants, d’une autre nature). La compréhension de ce sujet, depuis Descartes, d’une part incline à analyser les distorsions que notre réalité même opère sur toutes nos activités (analyser le langage par ex, l’inconscient, la sociologie humaine, etc) et d’autre part creuser la différence ; entre nous et tout le reste ; en quoi nous distinguons-nous ?

Tandis que la théorie des réalités (psychologies, analytique du langage, sociologie, économismes, biologie et sciences dures) nivelle, forcément et par destination (ça n’est pas une critique) l’humain et le naturel, le donné, nivelle (ontologiquement) mais produit quantité de distinctions tout à fait passionnantes (relatives à chacune leur objet),

à l’inverse la philosophie pare quand même aux plus extrêmes ; on ne dira pas que Descartes, Kant ou Nietzsche ou Heidegger, Sartre ou Lacan nous facilitent la tâche. Puisque dans tous les cas il faut à toute force distinguer ce qui nous sépare de la réalité, de la vie, du monde. Propulser dans le champ de l’analyse notre être lui-même.

Aussi est-on poussé à s’aventurer sur cette ligne de séparation ; si nous appartenions au monde, nous serions « du monde », des morceaux de monde, coagulés, (et pas en mesure de détruire toute la planète, entre autre, remplaçant tout milieu délimité de capacités par l’horizon, de toutes réalités, effectives ou potentielles). Que nous puissions outrepasser les limitations (naturelles, la dépendance à tel ou tel milieu, ou la capacité de modifier la base de ressources, la nature même de l’énergie qui nourrit notre activité, et ce jusqu’à l’épuisement de chacune, ou plus généralement qu’il nous soit possible de créer des mondes culturels différents et même des civilisations modulables en elles-mêmes ou en devenir). Bref l’écart se creuse à mesure que l’on a compris que nous ne recevons pas des Contenus (sacrés) configurant le monde et participant au monde, mais que nous produisons ces contenus, qui dès lors se sont mis à proliférer. Et lorsque chacun comprend qu’il produit sa vie vécue, bien certainement il s’est inventé quantité de vécus différents, depuis les années soixante.

Et ce en vertu de cet écart, de cette séparation, qui au fur et à mesure, se connaissant comme créatrice, a pu développer non plus seulement telle représentation ou opérativité mais toutes les opérativités possibles (de la technique aux idées diverses et variées, cad à des processus organisationnels).

Les dernières philosophies ont pour but de définir ou d’approcher la dite séparation ; les allemands idéalistes ont tenté de penser la division comme fini/infini ; Descartes l’entendait autrement, en préservant l’infini de tout rapport au fini et en constatant simplement cet être fini, ici et maintenant, concevait sans le comprendre l’infini. Il apparaît que maintenir cette approximation selon la contradiction du fini et de l’infini c’est seulement utiliser une catégorisation selon la raison, l’universel et non pas avancer dans le creuset lui-même ; et qu’il fallut inventer, cad Créer, une nouvelle distinction ayant de moins en moins, au fil de la succession des analyses, de rapport avec l’universalité. Et donc d’avancer dans la singularité.

Le problème étant qu’une fois posée, la singularité se retrouve partout. La loi de la réalité comme du réel est la singularité ce qui paraît jeté là, au hasard, les choses et les êtres, puisque plus aucune idée, cad essence (de la chose) en tant que pensée, ne peut plus rassembler la diversité. Sinon dans des plans ou des historicités spéciale (l’atome d’hydrogène par ex, sa naissance, sa vie, sa mort). L’idée de l’être, ou du bien ou du un ou de dieu (comme Gros Étant, celui de la théologie, sinon que St-Thomas précise bien qu’il est l’exister même, qui nous est inaccessible, et il s’en voudra à la fin de n’avoir pas précisé et insisté), ces idées d’unité ne sont pas ou plus admissibles ; on pourra remplacer dieu par la Volonté ou l’Être, qui semblent capables de rendre compte de la multiplicité, mais en vérité dans ce cas on ne comprend plus rien (si l’idée de l’être était tout aussi obscure, au moins les variations permettaient de réunir des faisceaux ou la totalité de faisceaux intentionnels, les idées, en un système).

Il ne faut cependant pas se tromper ; le discours métaphysique rationnel ou universel, grecque ou théologique, ne réifie pas la chose en ‘objet’ ; l’idée, la position d’objet n’est pas celle qui suivra Descartes et son sujet ; l’idée, originellement, est vivante et le logos même, la vie du monde comme cosmos, et non comme monde donné là, tel une étendue par ex. Et pour que logos soit vivant il ne faut pas qu’existe un sujet, qui lorsqu’il paraît ramène à lui toute la « vie », le sens, la signification, l’unité. La liberté qui est son propre rapport récupère toute la vie et l’énergie. Qu’on le veuille ou non. Parce qu’il est toujours possible de tricher, de jouer comme Kant entre un nouménal dont le je est émergé, on ne sait comment ; le nouménal semble coaguler la solidité, la consistance, la « masse sans masse » de l’être, et à l’opposé la phénoménalité sa volatilité.

Donc résumons ; on utilise l’être comme principe général (ou le bien, le premier moteur, le un, dieu théologiquement pensé, la substance, l’esprit hégélien, le nouménal, la super-volonté, l’Estre, ou quoi que ce soit) principe qui permet non de penser « l’être » mais d’organiser ce qui le précède. Et cette idée de l’être ne demeure, stable, que si on s’en fascine ; on focalise sur « la pensée explique tout et donc la pensée est (ou le un la super volonté, etc) ». c’est le phare dans la nuit qui éclaire, et quant à l’être même, on ne sait pas (puisque l’on ne peut pas le réduire dans un autre-horizon qui prendrait, encerclerait cette idée). De là que Lacan s’aperçoit que c’est un fétiche si l’on veut (une honte-ologie, hontologie), ce qui veut dire une imagination (réductible donc au moi et donc au sujet inconscient). Trouver l’horizon qui encercle l’être, c’est déjà ce qui eut lieu par Descartes (qui dit ; la pensée est pensée, par un je, « qui pense » mais dont on ne sait pas ce en quoi ça consiste de « penser », et ensuite tous viendront pour comprendre ce que ou qui pense, qui n’est plus lui-même, ce « qui », de la pensée, mais alors quoi ? Un sujet transcendantal, l’esprit mais dialectique usant de la négativité, l’intentionnalité husserlienne, la super volonté, l’angoisse de l’être, et plus précisément le pour-soi sartrien et le signifiant lacanien, à gros traits).

Donc pour réintégrer ce fait majeur, absolu, que la pensée est pensée (et donc pensées qui n’ont pas d’unité en elles-mêmes et avancent dispersées, contradictions des systèmes) il faut penser le sujet (parce que l’on ne veut pas, et ne peut pas, laisser en « blanc » cette zone du réel, le je, sans laquelle le reste n’est pas, ni n’existe). Et le je doit ainsi être engagé en tant que je, cad rapport, cad mouvement.

Et on s’aperçoit, ensuite et par ailleurs, que le réel lui-même est mouvement ; le présent. Soit donc l’exister. Le réel est une structure (le présent est ‘invisible’, non mesurable et notionnellement, conceptuellement indéterminé) qui avance, qui devient ; le devenir est la substance-même, c’est lui le sujet, et il n’est pas abstrait mais bien effectif, il est même la seule activité (toutes les autres, qui existent évidemment, sont les effets ; si la substance est rapport, elle crée ou produit ou invente, comme on veut, tous les rapports). De fait ‘substance’ change de signification.

Or pourtant il faut saisir que quittant la métaphysique, introduisant le sujet, cela revient à placer celui-ci dans le champ de la réflexion, et donc pousse à une plus grande cohérence. La pensée ne donnait pas sa propre origine ; elle s’imposait comme finalité, indiscutable en soi, puisque ce par quoi on comprend le reste et quant son essence propre cela se terminait par une tautologie ; la pensée pense et pensante tout est (ce qui sera applicable à dieu… sauf pour Descartes, ça n’est parce qu’il pense que dieu crée, on ne sait pas comment il fait, il « signifie » et ce faisant il crée la pensée elle-même, qui aurait pu tout aussi bien être autre, ce qui pour toute attitude métaphysique est absurde).

La plus grande cohérence (qui intègre le sujet) ne va pas sans mal.

D’abord le statut de la réalité, le monde là, au-devant de vous, change. Il existe au moins matériellement et (depuis Galilée) on sait qu’il se soutient ou obéit à des lois et donc n’échappe pas à la pensée (de là que Descartes envisage la pensabilité de l’étendue et des figures, etc, en tant que mathématisables). On ne peut plus absorber la réalité dans des « idées » notionnelles (aristotélicienne ou scolastiques et variantes) ou via des « qualités » mais selon des catégories qui seront inventées pour leur emploi même (scientifiques donc). Et derechef tout le donné échappe (à la pensée pensante) et s’impose comme réel effectivement là.

Que l’on se soit rabattu vers des notions apparemment tenues de cette réalité (la matérialité, les empirismes, les exégèses scientifiques, l’économisme, des idées de « force », etc) n’est pas très étonnant, quitte à les monter en épingle, comme les mathématiques de Badiou, mais cela vaut aussi pour la poésie de Heidegger. Jusqu’à ce que le processus de produire des idées soit isolé, comme conscience phénoménologique, même si on ne saisit pas bien puisque l’on s’y attache surtout aux noyaux intentionnels, cad aux idées comme si elles existaient en elles-mêmes (on fait « comme si » la raison d’être de la conscience était « la pensée » mais la phénoménologie parvient à rassembler beaucoup plus que les seules notions catégoriales, des grecs ou des théologiens, aristotéliciens ou des platoniciens, toute « idée » cad représentation, contenu de conscience, peut faire l’objet de description et mener à une organisation, une mise en ordre de ce qui auparavant paraissait jeté là au hasard ou selon l’inspiration hors catgéories).

Mais si ce processus de pensées, ce penser intentionnel, se transforme, c’est celui que Hegel libère, mine de rien ; tout a été pensé, sur le mode objectif, dans une série de discours organisés en eux-mêmes et ordonnés historiquement, et rassemblés en un seul ; le savoir absolu. Qui n’est pas le savoir absolument objectif (quoi que en vérité on n’en sait rien, peut-être le développement de l’universel est-il tout à fait ou plus ou moins exact), pas le savoir objectif absolument mais à tout le moins la phénoménologie (comme donc les idées et les systèmes paraissent dans la processualité de la pensée, de la conscience qui pense, conscience qui prend la dénomination de « négativité ». ce qui veut dire néant. Le néant, le rien travaille le donné, en extirpe des données, universalisées, qui s’organisent.

Doublé évidemment par le processus historique phénoménologique également de « la phénoménologie de l’esprit ».

de tout, ce qui fut pensé, il ne reste que ce néant, qui ne comporte rien en lui-même, et dont la finalité, toute la finalité se justifie des contenus eux-mêmes, substance des substances, parce qu’enfin ici la pensée ne se déporte plus dans un « être », le un, le moteur ou dieu, mais dans un véritablement effectif savoir qui s’est auto-acquis. Le mystère reste entier.

Comme la pensée est l’effectuation même, tout le reste sort d’elle et elle-même est tout court. On ne peut pas du tout la dériver de quoi que ce soit, on ne peut pas la comprendre. Et c’est vrai ; c’est par elle que nous pensons et que donc les choses, les faits, les perceptions apparaissent.

Or donc si on présuppose que la pensée est l’activité ou plus vraisemblablement une des activités d’un être qui est signifié comme « conscience », une structure, dite intentionnelle, qui lie perceptions et signes, alors il devient possible d’identifier l’origine, la cause de la dite pensée. Et de plus si cette structure est juste, seulement un collage signe/perception, alors la dite activité est également celle qui non seulement produit des langages et des mathématiques, mais tout aussi bien qui crée esthétiquement et politiquement des cohérences intégrales, lesquelles précisément ne se contentent pas de s’envoler telle la chouette au soir des batailles historiques, mais qui crée des possibilités entières et indéfiniment ou infiniment vivantes. L’historicité est créée de et par l’activité de structures intentionnelles, en ce qu’elles ouvrent des champs entiers de réal-ités et de réal-isations.

Y compris des mois, des personnalisations, qui tirent leur « être » de ce statut de citoyen, de la société civile, de l’individualisation accélérée (et hyper trophique parfois ou essentiellement, puisque chacun existe à l’extrémité de lui-même, qu’il le sache ou non, et l’effet de la compréhension ou non de cet excès est fondamental, de là qu’il est absolument crucial, au sens propre, concernant la totalité de la vie, de l’existence possible de sinon cerner du moins s’approcher de « notre être »).

ça n’est pas, contrairement à ce que l’on a pu proposer au fil de l’histoire, renier l’universel ou la pensée selon ‘l’esprit ou l’intellect ou l’intellectivité ou la raison, puisque si un être produit la pensée, cet être est « plus grand ». et de fait menant une politique générale des champs intentionnels, bref une stratégie extraordinairement capable de cohérence, et de cohérence qui ne tient pas à un corpus ou un texte établi ou un système (lequel ?) mais relatif à une structure, qui, en quelque domaine que ce soit (éthique, esthétique, idéel, personnel, collectif, etc), agira, décidera, désirera ou organisera de par sa structure même et s’adressera à son alter ego en tant qu’ego ; il n’y a pas trente-six manière d’être « conscience ».

Soit il s’agit d’une mise en forme culturelle selon le groupe, soit il faudra instaurer des sujets.

Que ceux-ci s’instruisent de dieu, de la pensée, du christique ou du citoyen ; ce qui veut dire qu’il faudra que les sujets s’instancient d’eux-mêmes via une grande articulation, dont ils reçoivent la rectitude et l’exigence, sujets qui établiront un rapport avec le divin, la vérité, la liberté ou le réel, un rapport dans lequel ils seront engagés en tant que rapport.

Ou donc, la vérité, l’être, la question du réel est dynamique ou n’est pas. C’est ce dynamisme et conséquemment cette motivation qu’il faut lancer.

Mais alors ça n’est pas un objet.

On peut bien diviser la réalité en réalités, en champs, qui sont du reste nos champs opératoires, relatifs à telle ou telle pratique (une observance de règles d’expérimentations, etc) mais même la somme de ces pratiques (seraient-elles encore plus étendues, et non limitées à quelques sciences), ça ne formerait pas « la réalité ». Évidemment on ne trouverait pas, par cette accumulation, la réponse à la question ; pour « quoi » cela existe-t-il ?

Et ce pour « quoi » n’interroge pas non plus selon le temps ; cet univers gigantesque est destiné à la dispersion indéfinie. La question est littéralement d’une autre nature, d’une autre substance, d’une autre structure. D’où vient-elle ?

Dans une outre-métaphysique, ce qui veut dire une ontologie, cela revient exactement à se demander ; pour ‘quoi’ la « pensée » existe-t-elle ? Où l’on voit bien qu’elle se positionnait comme finalité ou être en soi, mais ininterrogeable en elle-même. On pouvait ajouter le bonheur, la béatitude, la contemplation, qui sont des stations, des stationnements, mais un tel état de satisfaction comblerait-il notre être ?

Si nous sommes en et par la liberté (d’un sujet, ce qui veut dire en tant que rapport) rien ne peut nous fixer, figer en quelque état. Si nous sommes ce (rapport) alors le mouvement est notre être, et n’est donc pas un être.

C’est cette limite, haute, à laquelle sont parvenus Descartes, Kant, Hegel (qui nous renvoie à « rien », le rien qui met en branle la pensée), sur laquelle tombe Husserl et que tentent de remplir diversement les 2 derniers siècles ; les empiristes (une sorte d’accumulations de sensations ou de perceptions ou de langages divers et variés, un remplissage donc), les scientistes (je ne dis pas les sciences qui travaillent très bien chacun selon son objet, local, sans se mêler trop de théorie méta), les idéologies évidemment (offrent des réponses selon le monde, la société civile, l’Étatisation, etc) ou les religions (tentaculaires parfois), ou donc Nietzsche ou Heidegger ; en tant que puisqu ça n’est plus l’être, c’est autre chose, une chose imaginaire, un être suréminent mais on ne sait pas comment ni pourquoi, et surtout si c’est un tel rapport Autre et surhumain ou inhumain (on voit en quels sens), alors cet Autre nie ou absorbe le rapport que l’on est, que chacun est ; les français et un peu tout le monde, n’ont, en vérité, pas compris, que l’analytique existentiale de Heidegger n’a pas pour but d’affirmer le je … mais de le noyer dans la clairière de l’Être, pour ainsi dire ; l’Être est ce « néant » inapparent (dans son repli) qui écrase notre sujet, il n’y a pas de sujet, excepté cette altérité bizarre « qui viendra », un jour, dans l’histoire des hommes, tel un « dieu » ; ensemble de contresens tout à fait stupéfiants, et pour le dire significations païennes hypertrophiées.

D’abord parce que le divin est séparé, qu’il n’y a pas de messianisme effectif (cad concret) qui ait un sens, qu’il faut alors nier l’individualité (et donc tout sujet en tant qu’il est rapport à (soi) et qu’alors c’est affaiblir l’ensemble de la capacité humaine) et que de l’indistinction (du divin comme forme néant, non qu’il soit du rien du tout mais une vague forme fumeuse) on ne peut rien récupérer qui soit utilisable. Heidegger veut fondamentalement anéantir le dieu divin, juif et christique, et le sujet du même coup. Ce qui ne veut pas dire qu’il n’y ait rien à tirer de Nietzsche ou Heidegger mais qu’il faut se déprendre de leurs imaginaires ; l’auto-affirmation de ‘soi’, qui est impossible sinon sous le signe de l’Autre, cad de la Volonté-autre (que la mienne) ou de l’Être comme vide, et donc remplissable par du rêve, plutôt dérangeant à vrai dire (à savoir le Peuple élu … dont la langue est seule à manifester l’Être ésotérique) ;

Or le réel est un « vide » mais un vide formel, et cette forme existe d’une part et ex-siste d’autre part ; Sartre et Lacan mettent tout à bas, reviennent à la stricte analyse, non allemande pour ainsi dire, du sujet. Sartre et Lacan prédisposent du vide en cherchant sinon sa structure propre, en tous cas ses effets ; par de longues, longues descriptions du je vécu et intentionnalisant et coupant le moi (et par laquelle coupure il est un moi, effet d’une cause de structure, le signifiant pour Lacan, le néant agité pour Sartre). Millimétriquement, regard par regard, intention par intention, et mot à mot. Requérant les perceptions et les regards et les affects.

Remarquons bien que le signifiant n’est nullement ‘en soi’, mais effets d’un sujet ; sans ce sujet il n’est aucun horizon sur lequel se dessinent les signifiants (et ceux-ci s’utilisent depuis leur invention comme action organisée dans des situations perçues et réorganisées, par une ou des intentions, puisque sitôt que l’on découvre la capacité de signifier on signifie, tout le temps et tous, jusqu’à ce que l’on comprenne qu’ils ne sont pas reçus du monde, mais produits, produits soit du divin qui est-autre, hors du monde, soit de soi-même, pensée ou sujet). Retirez le sujet, l’horizon, il reste telle ou telle idéologie, un alignement de signifiants prescrits, qui remplace le sujet, le rapport que vous existez.

On veut dire par là que quoi que l’on puisse penser ou imaginer on n’échappera pas à la structure. Elle traverse les systèmes différents parce que, elle, elle existe et en deçà des mots et des représentations ; on peut s’en distraire ou dérouter, mais elle se maintient puisqu’elle existe en tant que structure réellement là. La structure de l’arc de conscience, le champ intentionnel que le sujet (-structure) existe concrètement (réel dont la nature est précisément ce qui doit être saisi) ; non seulement historiquement et dans la réflexion ; sur cela qui est et qui pense (grecs et théologie métaphysique), qui existe en tant que je (Descartes et suivants) ou qui ex-siste, existentiellement réel et en tant que je brut, en tant que réel ici même, et en tant que mouvement ; le mouvement est ce qu’il faut penser (et non la fixité de l’être) et précisément c’est le mouvement qui fut pensé…

C’est seulement lu extérieurement que l’on ne comprend pas que Platon a raison ; les idées font voir les réalités (que les groupes humains dans leurs mondes particuliers et cycliques et ordonnés ne Voient pas) ; le christique a raison, que nous sommes ce-corps et que rien, nulle part, n’équivaut et que donc il faut élaborer une représentation de ce-corps ; et en conséquence de quoi il s’est élevé quantité de corps, crucifiés, partout, « ceci est mon corps », sous-entendu le vôtre, votre être-corps, tel que pris dans un champ intentionnel spécifique et unique, absolument singulier, et moi, le christ, je suis la singularité même, le rapport-unique de tous les rapports uniques, et en tant qu’uniques, sans réduction possible à quoi que ce soit, sauf à l’Unique des uniques, notre frère, dit-il, frères par adoption divine, que rien dans le monde donné ne peut toucher réellement.

En ce cas ce-corps se voit mort, parce qu’il perçoit dans un rapport qui n’est pas ce qu’il est ; votre vie est extérieure et ainsi devient votre vécu, obtient une valeur en elle-même (n’est donc plus pris dans un rapport extérieur de domination, et le divin dès lors libère, littéralement, il impose un autre-rapport et un rapport-Autre)Que ce-corps (la troisième substance cartésienne, dont personne n’est venu à bout … dont personne n’est venu à bout du tout) est à lui-même le rapport initial dont tous les autres ressortissent. Que ce rapport, que l’on ne connaît pas (et que Hegel ne peut pas enrégimenter dans un système, voir Kierkegaard et d’autres), il peut néanmoins se constituer, en Constitution, en société humaine de sujets ; puisque ce rapport et les rapports que les uns et les autres tissent sont des effectivités et non un corpus de connaissance qui s’imposerait ; l’effectivité, la performativité, la fonctionnalité des je s’impose comme telle ; elle ne dépend pas des contenus (et en crée à foison).

C’est cela même, le mouvement, qui fut pensé et conséquemment tout système, effectif et suffisant, désigne, au bout du compte, de son compte à lui à chaque fois, un réel surnuméraire pour ainsi dire, un excès, une tautologie, un devenir infini ou l’infini même. Et non une chose serait-elle un concept déterminé qui serait, en comparaison, toujours quelconque.

Le principe est toujours le même, depuis l’origine ; il faut trouver un concept qui fasse office d’horizon qui permette de penser le concept précédent. Et l’infini on ne comprend pas. Mais on peut le penser (mathématiquement c’est déjà le cas). En somme l’infini est juste une « mesure », et la question est « qu’est-ce qui reçoit cette qualité ? » l’infini se soutenait de dieu ou de l’esprit hégélien ou de l’être, etc. C’était ces notions (qui désignent d’une manière ou l’autre un être, réel, supposément réel, effectif) qui comptaient. Ici tout réel supposément infini est dit en tant que présent. Non pas le moment entre le passé et le futur, mais l’acte d’exister, celui en lequel nous ne cessons jamais d’exister (sauf à cesser tout court) ; le problème étant ; si le présent est le réel, jusqu’où existe-t-il ? Puisque si le présent est le Bord de toutes les réalités, il est aussi l’acte d’exister qui entoure toutes les réalités (de l’autre bout de l’univers, si il a un ‘bout’, au passé-présent-futur du temps, de l’organisation évanescente de l’énergie-matière à la conscience-de-soi au final tout à fait bizarre ou étrange ou mystérieuse ou en tous cas énigmatique dans son être, son exister même).

Dit autrement, le présent-exister dure. Il est ce qui dure depuis toujours-déjà (-à jamais, peut-être). Il n’y a qu’un seul Instant unique qui se déplie en lui-même et ce « en-lui-même » est la totale externalité qu’est ‘la réalité’. Il Existe absolument, et peut-être il ex-siste incessamment, sans cesser, il ex-siste précisément de ce qui caractérise absolument une « réalité », à savoir qu’elle se voit. Et donc se modifie.

Si le réel est la Possibilité (le néant existe autant que l’être, l’être est dans l’exister, l’arc de conscience est ce rapport qui se-sait et donc existe comme rapport et non comme être, etc) alors la finalité d’une « réalité il y a » est de se transformer, d’avancer plus loin, et encore plus loin, toujours. Si tant est que le ‘temps’ a un sens pour ce qui existe antérieurement et au-delà de tout. Étant la forme même qu’est l’Exister.

Que donc ce sujet est en lui-même, et, si l’on est inspiré, peut être analysé, décortiqué même si cela requiert une certaine constitution de soi assez spéciale qui puisse penser la limite extrême (depuis Descartes, c’est cette « réduction phénoménologique » qui compte, Husserl s’y reconnaîtra, littéralement) et ainsi ajouter que toujours constamment chaque je, chaque sujet est en son moment toujours situé au bout du bout, ou au Bord du monde, de la réalité, de l’histoire, et pas ailleurs. La constitution spéciale on y reviendra (la préemption existentialiste 19éme/20éme en offre une idée mais la certitude du je est bien autrement architecturée et plus étendue). Le réel est une exposition tout à fait extrême, extrémiste, qui se positionne toujours au bout de lui-même, puisque suivant ce que l’on dit, le réel est le Possible-même, et veut à toute force créer et recréer la plus grande Possibilité possible.

Ou donc, le réel n’est pas le possible de quelque « quelque chose » ; c’est le possible-même qui est structure-sujet, et les quelques choses sont des effets. Remarque ; c’est bien pour cela que la métaphysique, l’universel, les rapports universels ne sont pas du tout extérieurs mais intégrés au possible pur, de même que les mathématiques furent de fait admises dans une plus grande conception du mathématique (et on peut présager qu’il pourrait à nouveau être absorbé par une nouvelle extension du concept, pareillement antérieurement au dieu un-tout-autre, nous n’en avions pas l’intuition, ou précédemment à la révolution elle était inimaginable, pour devenir la norme ; le structurel se distingue de ce qu’impossible, cad non possible dans tel état du monde, il s’installe comme possible brut). Mais si le possible est purement cela seul qui existe alors il ex-siste, il ouvre toujours plus avant la capacité, son mouvement de plus en plus ample puis de plus en plus précis, distinctif, puisqu’il est substantiellement le réel (et qu’il n’existe rien d’autre, le reste est mais n’existe pas) et qu’il est in-fini.

Si le mouvement est le sujet, il est la substance-même, le Possible est la substance telle quelle, ce que l’on nomme approximativement (afin de l’analyser) le rapport.

L’idée, principe, de l’être n’est pas une « idée » à proprement parler et requiert un ou des qualificatifs, ce qui sème quantité de troubles, contradictions, incompréhensions, imaginations, etc. Dit autrement l’idée de dieu n’est pas équivalente à dieu tel qu’il se dit, ou plutôt se signifie dans le texte même ; si nous n’entrons pas en rapport le sujet qu’est dieu disparaît, remplacé par une idole, un concept, une image. Ou aucune énonciation ne parvient au Un plotinien, ni à l’être spinoziste, à l’esprit hégélien, au sujet transcendantal kantien ; il n’est en vérité que le sujet cartésien (qui refuse de caractériser le je) et qui se permet, s’autorise de laisser non déterminé cet « être » (pensée, émotion, sentiment, image et imagination, amour et haine, bref tout, et puisque notre être est fini (seul dieu est infini et on ne le connaît pas) mais cet être fini est infiniment fini ; ou donc la réalité, le donné, la nature, l’univers ou dieu ont réussi à produire par et dans la finitude une infinité.

Sauf que l’on ne peut pas penser cette finitude infinie comme finitude, et le problème est qu’alors cette infinité devient la règle …
de là qu’il s’agit d’avancer que le réel est de, par et pour des singularités ; ou que l’infini du réel sert à produire encore plus d’infinité. Au sens alors où le véritable infini est celui qui se modifie lui-même, infiniment ou indéfiniment perfectible. La perfection n’est pas et en peut pas être amorphe, inerte, fixe ; elle est mouvement, ce qui veut dire toujours en instance de perfectibilité et ce via ce moyen : elle se Voit et donc elle change.

La logique veut que le réel soit plus grand que lui-même. Il y a une expansion au-dedans du réel (et non dans son extériorité ; il n’existe pas d’extériorité au réel, cad au possible). Parce qu’après tout nous partons généralement que le quelque chose c’est cela qui ‘est’, mais nous n’en savons rien du tout, et le paramétrage interne à notre conception, notre conscience se fascine si naturellement pour ses contenus (et les choses qui paraissent si concrètes), mais on a vu qu’ici on suppose que la ‘substance’ est mouvement, modification.

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