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instants philosophie

Première et deuxième existence de la liberté

18 Septembre 2021, 09:03am

Publié par pascal doyelle

La vérité est donc que chacun est appelé tel qu’en lui-même, et selon sa décision. Non pas une courte décision fébrile qui se prend dans le moment, mais la longue décision qui dure toute une vie durant, soit donc qui transforme cette vie vécue en Existence.

Et qui modifie son intentionnalité, depuis le judaïsme le sens, la signification de la communauté en « esprit », le déploiement des idées, intentionnalités déployables à propos du monde et de la vie humaine, depuis le christique la portée de l’intention de chacun, l’actualité du je depuis Descartes, son poids, la concrétisation de cette intention à partir de chacun par la révolution (qui fut mondialisée, partout, en tant que « moi », qui est devenu absolument crucial).

Et c’est ce qui arrive toujours constamment à chacun. Et immanquablement. Puisqu’il ne peut pas exister de conscience sans qu’elle se sache elle-même (selon le se-savoir et non selon la connaissance, c’est ce qu’introduit Descartes il y a longtemps), ni sans qu’elle sinon se définisse (puisque c’est un rapport et non un être) du moins et au minimum se délimite, ou dit autrement s’oriente (ou se désoriente). Il s’agit d’une tendance au cours de la vie, d’une tangente ontologique étant entendu que l’arc de conscience se situe sur le Bord du monde, du donné, de la vie, du corps, et que cet arc étire une telle tangente, tangente au cercle, le Bord du monde ou de la vie s’instanciant à partir, par et pour le présent (lequel est l’exister, le temps lui-même, l’instant unique qui déplie tout ce qui est, et donc dont l’être devient, l’être, le temps, la réalité sont fonctions de l’exister, du présent qui actualise (tout), du réel comme structure et non comme réalités).

Tangente ontologique qui décrit un arc à son tour, autour du temps, du présent, sur la durée ou par à-coups (mais préalablement médités, préparés, influés, insufflés par « notre insondable décision de nous-même », pour paraphraser Lacan « l’insondable décision d’être »), et arc qui tisse un trajet, global, de tracés, ponctuels, par tout cela le je configure son Exister pur mais aussi brut, son image inapparente, son empreinte existentielle, le sceau de son propre ontos réel (sous la forme de ; que voulez-vous ou donc à terme que vouliez-vous vraiment ?)

la finalité étant évidemment ; jusqu’où l’arc de votre conscience peut-il se tendre ? Jusqu’à quel degré de tissage, votre intellect ou vos actes ou activités ? Jusqu’à quelle gradation votre intention d’exister ?

Que chacun décide et que l’on ne connaît pas, ne comprend pas ce que l’on décide, veut dire que tout connaître est fonction (à nouveau) d’un décisionnel, lequel ne s’effectue pas selon la volonté (cette facilité théorique) mais selon l’intention, l’intentionnalité, la pluralité des champs que l’on met en œuvre en et par son existence.

Une autre manière est donc d’aborder via la propagation des champs ; pour obtenir, en sa propre vie, vécue, un champ intentionnel certains sont plus ou moins reçus, mais même alors ils requièrent une activité (puisque notre être est dynamique et jamais statique), mais certains devront, par chacun, s’inventer, se créer, créer leur propre possibilité. Et d’autres encore seront reçus de l’extérieur ; les machineries publicitaires (y compris les arts et évidemment les industries) produisent de tels champs. Imposent une extension de quantité de champs. Toute la surface de notre contemporaine société qui a étalé son propre monde (qui depuis 60 ans, au moins, n’a plus rien de commun avec tous les précédents, oubliant son propre patrimoine, son historicité, par ex le moi ne sait plus du tout l’universel, il imagine, puisque son registre n’est pas l’intellect ni même le général, mais l’imaginaire et l’image, spécialement sa propre image, l’image étant une détérioration de l’imaginaire, mais l’imaginaire de son coté ayant été maximisé ; le cinéma est envahi par le fantastico-science-fictionnesque, mais de même que l’éros, ou le sexe, est, devenu, une imagination).

L’imaginaire paraît sans limite mais il use des cordes du monde, des apparences, de la multiplicité sans cesse recyclée, pleine de couleurs et de sons, jusqu’à ce qu’il ne reste plus que des nuages de perceptions rêvées, fantasmées. C’est en vérité la substance même du je qui investit et nourrit l’imaginaire ; il croit que l’image est plus que le regard. Que l’objet est en lui-même désirable, qu’il est le désir même. Chacun sait que la massivité de l’objet est rêvée, que la satisfaction est prospectivement récupérée à partir de l’hypothétique massivité du corps, qui se transfigure en ceci ou cela ou en autrui (de manière immédiate ou médiate, à peu près respectueuse ou plus ou moins perverse par ex).Le bonheur selon le monde est très bien mais ne mène pas du tout au je, au sujet, à la délimitation du monde, du vécu ou du corps ; qui se situe, comme dit, au Bord.

Et qui requiert l’architecture de conscience, cette structure, qui se supportait de dieu, de la pensée, du sujet, de l’universel de révolution (liberté-égalité-fraternité).

Dit autrement : donc l'arc de conscience est plus grand que tous ses contenus. Il n'y a aucun contenu pour manifester le rapport. Mais comme c'est un rapport, il se manifeste au sens de se signifier (indiquer vers) et donc peut se penser, dans la formulation du se-savoir (et non pas se connaître d'abord, la connaissance n'est pas biffée, mais vient du se-savoir, comme le cogito). Ainsi il est requis que le rapport se déplie, en tant que rapport (et non comme tel ou tel ceci) et réclame son propre vocabulaire. Et s’il se signifie, cela veut dire qu'il ne tient pas dans tel énoncé, mais dans le retentissement que tel signe obtient en et par un sujet, un je. Un je seul Voit ce qui est Signifié.

Il faut reconduire en soi-même l'instruction, sinon ça n'apparaît pas, le champ ne se crée pas.

Et donc n’apparaît que dans un dispositif. Qui a un nom. Platon, Descartes, Sartre, qui l’on veut. Rimbaud fait apparaître tout un champ, qui a pour nom Rimbaud. Sans cet enjeu, sans tel ou tel système de mises et d’enjeux, qui pèsent de leurs propres poids et sont disposés sur la table, sur la scène, la scène qu’est le champ intentionnel nommé un-tel, et l’art qui en cadre la mise en scène de cette scène, ça n’apparaît pas et ne se maintient pas ; les dissoudre dans une connaissance ‘objective’ les annule. Et même de « petits noms », et, toujours, pour tout le monde, chacun, tel autrui, tel autre je, le tomber amoureux du moi, qui ne manque jamais. Et c’est évidemment particulièrement invraisemblable, d’outre proportion, le tomber amoureux structurellement dépasse notre être, par quoi il voit, de visu, qu’il est, existe hors de lui-même ; d’un point absolument impossible à atteindre, après lequel on court. On sait, ainsi, « ce que cela fait », que l’arc de conscience, c’est un acte à partir d’un Bord. L’écho d’affect extrême et extrêmement spécifique d’un point-autre, puisque notre être est un rapport et né d’ailleurs, de l’autre Bout, et sur le Bord du monde, du donné, du vécu et du corps.

Si l’arc de conscience crée un champ, que celui-ci est étendu à tout le donné (qui n’apparaît qu’au-dedans d’un tel champ, reprenant les perceptions du vivant, redisposé sur ces perceptions et sur l’énergie du corps vivant, la fameuse ‘libido’ par ex, mais plus largement l’électricité du vivant), alors il s’agit de commanditer, de loin, de très loin, du plus loin possible, la mise en forme de ces percepts, d’une part, première liberté, préorganiser l’organisé, subtilement et antérieurement et dans la retenue, et d’autre part décider ensuite d’une orientation globale, mais compte-tenu que cette décision est déjà prise, qu’elle constitue la structure réflexe du je, qu’il fut, pour lui-même, soudainement ou invisiblement presque, son image et idée, sa représentation telle que ressentie, la réaction de ce je lancé dans l’existence, son aperception toujours flottante de ce qui arrive. Cela même que dieu, la pensée, le christique, le sujet (cartésien, kantien, sartrien, etc) voudraient rendre passionnel, installé dans le corps vivant, en l’attirant par le haut, le Bord.

Le moi-même essaie péniblement de mettre en place  au cours du 20éme, que chacun soit immédiatement et imaginairement concerné par l’humanisation et la personnalisation ; notamment en se représentant à foison via les mass médiatisations (roman, cinéma, télévision, internet, entre autres) qui devaient, auraient dû, sont devenus effectivement des mass médiatisation, médiatisant le rapport à « soi », préorganisant de fait le champ intentionnel tout autant.

Préorganisation du champ de la perception même, et organisation de l’aperception globale de la logique, du principe, de la règle en un mot, qui devrait prédominer en nous et pour nous. Ni l’une ni l’autre ne se prévalent d’une décision de but en blanc, stricte, roide, figée, schématique, mais la préorganisation (première liberté) et l’aperception de soi (deuxième liberté) admettent la souplesse du vivant d’une part et la volubilité de la conscience d’autre part (la possibilité du signifiant en somme, l’erreur, l’égarement, le péché autrefois consistant à l’oublier et de se croire fixé, jugé, gelé, identifié).

Compte-tenu que quelque part, en un instant, jadis, autrefois, ce je s’est déjà-toujours-jamais décidé.

Alors même que l’on croit tenir la cause alors que c’est seulement tel ou tel effet. La cause n’est pas dicible, parce qu’elle n’est pas de l’ordre du déterminé. Le rapport à (soi) n’est jamais un rapport à un soi quelconque et cette insatisfaction est sa marque ; elle n’est reproductible que d’un je à l’autre. Puisque de toute manière et au bout du compte, de chaque compte, tout je est le seul à décider. Ainsi, par exemple, la philosophie déroule tous ses systèmes, et vous seuls êtes juges. Le critère de la décionnabilité, pour ainsi dire, c’est ce que paramètre la philosophie ; non pas fournir un contenu mais manifester l’activité intentionnelle, la qualité, la qualification de l’attention, littéralement ; de « ce à quoi on fait attention ».

Si je ne crois pas que Descartes ou Nietzsche ont vu, Vu, quelque réel, tout dispositif s’effondre. Mais cela veut dire que tous les contenus sont approximatifs (voire faux, évidemment). Sans cette croyance il ne reste que des réalités, sous la forme d’objectivités ou de subjectivités (qui sont réduites à des déterminations psychiques, etc, et non à des je, déterminations qui de toute façon sont prononcés par d’autres consciences, qui, elles non plus, ne perçoivent pas directement la réalité ou le réel, elles établissent des discours qui, ensuite, se reportent à la réalité supposée ; ce qui ne veut pas dire que ces discours, de seconde main si l’on veut, soient faux mais à tout le moins ne décrivent pas toute la réalité, mais seulement une partie, aussi exacte cette partie décrite soit-elle ; les mathématiques sont vraies, a priori, mais sont-elles le tout de la réalité ? Elles peuvent très bien n’être qu’un moyen, entre autres, pour la réalité, d’exister).

C’est uniquement si je crois en Descartes ou Nietzsche que je me lis, m’offre une lecture suffisante qui permet de percevoir (ce que l’un et l’autre montrent, montrent du doigt). Puisqu’ils se situent, littéralement, sur le sol du monde donné réel, et ont vu quelque chose ou quelque réel qui n’existent que « là ». sur le sol même du réel. C’est bien ce qui rend possible ou intéressant de les relire, de les relier, à nouveau, à ce qu’ils ont perçu et que je dois moi-même percevoir, dans le même monde, le même donné, le même réel. Et bien sur dans la même structure de conscience (puisque peu importe les contenus il n’existe qu’un seul arc de conscience, bien que chaque fois ce soit un je, par quoi on s’introduit de fait à la bizarrerie, l’étrangeté, le mystère ou l’énigme, comme on veut de cette structure et du réel comme structure ; par ex tout existe au présent, en son point, et même si il faut du temps, parce que de l’espace pour rejoindre Alpha du Centaure, il s’agit de la même trame ; les points s’instancient en et par eux-mêmes).

Ce qu’il faut cibler, vouloir c’est l’adéquation au plus prés possible de notre situé. Notre situé c’est le point par lequel on saisit l’horizon, ou donc par lequel on est saisit de l’horizon ; puisque nous sommes un rapport et que l’un des bouts manque, il est « là-bas » et ne peut se désigner que d’un sujet pour un sujet ; le sujet étant une forme-structure hyper, cad méta-objective.

C’est pour cela qu’il faut lire, lire les signes (quels qu’ils soient). Ça n’arrive que là. Lorsque votre conscience, ou donc votre attention, se calque sur le point autre. Et cela dessine un dispositif.

Du reste notre être est fait de signes, de signifiants qui produisent des champs.

Les mots, le texte, et son propre contexte (y compris la réinterprétation de l’historicité de la poésie, ou de l’historicité effective) ne sont pas des mots, mais des dispositions du corps, du vécu, du donné, du monde à partir du point Rimbaud (ou qui vous voulez, et bien sur il existe quand même une gradation sur le degré de disposition et l’étendue d’acquisition qu’offre tel dispositif plutôt que tel autre, sa capacité d’extension à toute la perception, triée, organisée, pensée ou re-créée). Disposition donc qui ramène soudainement et le plus exactement possible tout le déroulement du temps ; puisque si le présent est l’acte même, il est l’acte de tout.

Il lui convient de rassembler dans sa structure tous les rapports suffisamment retors qui purent s‘actualiser, en nous, cette espèce dite humaine, étant entendu que l’on ne peut pas prévoir ou imaginer une création structurelle ; avant le dieu un tout-autre, la pensée universelle, le christique et le sujet, la révolution et la concrétisation nous n’en avions aucune « idée », pour la raison que ce ne sont pas des idées mais des positions, des positions de structure à la surface du réel, sur la surface qu’est le réel.

Et positions qui prennent en compte le monde et le Bord (dieu crée le monde et se situe au-dehors), le donné et l’universel (donné qui autrefois appartenait à tel et tel groupe dans un contenu particulier, ou un sacré spécial et limité, est soudainement pris dans un réseau intentionnel qu’il faut créer comme tel, n’existant en aucun groupe), le vécu (et sa survivance, ce qui veut dire perçu d’un point-autre, au-dehors, au-delà de la naissance-mort, d’un regard, christique, divin, ce qui veut dire séparé, contrairement au sacré, qui occupe une partie de l’espace et du temps du même monde) et le corps, concluant individuellement que la structure naît et se déploie à partir du corps-qui-perçoit (désire, imagine, s’affecte, etc, doute, se-sait, développe son intentionnalisation propre).

L’actualisation du je veut dire d’abord que ça n’est plus le groupe humain qui pense, qui compute, mais que cela revient au sujet (le prophète juif, le philosophe, le christ, le sujet, la science, le citoyen, le moi).

Que lui seul a accès au donné là, même lorsqu’il s’agit de mettre en œuvre des pratiques complexes (comme les techniques de science qui découpent via une instrumentalisation des plages de réalité ou plus exactement des mises en forme de perceptions sélectionnées). Aussi est-il crucial que ce champ phénoménal soit cerné (Kant), et de plus, par ailleurs, que l’on puisse tourner le champ idéel (Hegel). De même il se doit de penser cette historicité puisque la structure ne répétant pas un ordre, un cosmos ou un monde, s’ajoute à elle-même ; le dispositif mis en place ici et là se rassemble au fur et à mesure, entre à partir du se-savoir dans la connaissance de soi en tant que structure.

Sitôt qu’il sait le rapport, il ne peut plus le quitter, tant qu’est maintenue l’historicité ; la foi, la conversion, la connaissance, la conscience de soi, le réel.

Le réel donc. Prédisposition du « là » comme absolument autre. Ou de sorte que le rapport ne se connaît pas, ne se représente pas, ne s’image pas, mais naît de l’autre Bout du rapport. Et il devient difficile sinon impossible et même absurde de croire que le « là » du monde serait simplement, si l’on peut dire, de la matérialité (ou de l’énergie refroidie, l’énergie « infinie » se dégradant en matière finie).

La matière, finie, invente (ou est créée) en tant qu’elle est dans le fini la conscience de (soi) ; dans lequel rapport le « soi » est le rapport lui-même et non une identité. La forme pure mais aussi brute est ainsi introduite dans le monde ; dans ce qui apparemment est juste une étendue de déterminations, de réalités, de choses, d’êtres déterminés, mais le rapport lui ne l’est pas, déterminé.

On ne peut pas dériver le rapport (la conscience) d’autre chose (ou alors on ignore comment, on n’en a obtenu que cette forme-ci, dieu ou la structure-sujet ou la grande structure absolue de l’actualisation, de tout, existent peut-être ailleurs, en parallèle, et en son rythme inconnu, le structurel n’étant pas expérimentable mais éprouvé ; la « conscience » est notre horizon qui ne peut pas être réduit. Ce que l’on peut dire c’est : cette structure de conscience est celle d’un être qui est à lui-même ce rapport ; rien ne peut s’y substituer (à moins de détruire le dit rapport, les idées, les images, les signes et donc les langages, ne sont que produits par un rapport de tous ces rapports (ce ne sont que des rapports). Et « conscience » est cela seul que l’on repère d’un être qui n’est pas son être et qui est ce qu’il a. Et cet avoir se reporte lui-même à et en une actualité ; l’horizon du monde (ou du corps ou du vécu ou de l’historicité de tel ou tel moment). On a reconnu que l’horizon absolu du monde est le présent ; le monde, la réalité a un bord et ce bord n’est pas dans le monde, ni l’espace ni le temps, mais en tant que présent. Le présent est l’actualité. Pure et brute.

Il faut peut-être imaginer, imager que l’actualité est la vraie seule dimension. Le reste ce sont des fonctions. Et ce qui s’actualise c’est le possible. Ce qui signifie que le possible est ce qui arrive au possible ; soit donc le réel ne peut jamais cesser puisque son aventure est le possible brut qui se travaille, lui, en tant que Possibilité (de tout).

L’actualisation du je naît forcément (sinon on ne serait pas la conscience que l’on est, de fait) mais l’actualisation étant d’un rapport ne se peut pas sans qu’il le veuille. Tout dépendra alors de la nature de la décision de ce « vouloir », et il vaut mieux dire de son intentionnalisation (ce que l’on nomme depuis un siècle ou plus « volonté » est autrement et mieux dit comme intentionnalité, par Husserl, depuis Hegel et antérieur, spécifiquement Descartes ; l’intentionnalisation s’étend comme tension le long de l’existence, et se déploie de la perception à la pensée universelle et au un philosophique, théologique ou mystique ou structurel, en passant par l’affect et l’imagination, bref tout, puisque tout se produit par et dans des champs intentionnels ; nous ne sommes naturels que de reprendre cette naturalité, ce vivant dans un tel champ, lui-même étant par structure formelle il est perméable à tout ce qui se présente qui puisse se signifier).

Aussi peut-on dire que la décision, étant non selon la volonté (de décision consciente par la pensée ou la raison ou une moralité aussi souhaitable ou détestable soit-elle, peu importe) mais selon l’intention est forcément une décision intentionnelle existentielle. Ce que Nietzsche imposait comme auto-affirmation (imaginairement mais non sans raison profonde), ou ce que Sartre recherchait et analysait partout où cela était possible (Flaubert ou la révolution ou la littérature ou le regard des autres, etc), ce que Lacan nommait, donc, l’insondable décision d’être (névrosé ou psychotique ou obsessionnel ou pervers, ou d’autres variations du moi qui, en tant que corps vivant, ne supporte pas mais ne comprend même pas qu’il soit divisé par le signifiant, cad l’autre-conscience, la conscience Autre, et par laquelle division on est attaché, lié, prisonnier du réel, au sens où « me réveillant d’un rêve ou d’un cauchemar, je me réveille et c’est là que je m’endors », ayant entraperçu le réel-en-moi, l’angoissant absolu).

On a toujours/déjà/jamais pris la décision de l’intention que l’on existe, ce qui veut dire qu’elle peut toujours/jamais/déjà se reprendre ; raison pour laquelle le christique qui initie cette infinie possibilité renvoie au pardon ; on juge un fait (le péché) selon la Loi (juive), mais on pardonne selon l’intention, sur quoi nous porte le christique ; que voulez-vous vraiment ? Non pas d’y répondre mais de se le demander, à soi-même, créant cet interstice, le Bout de l’existence au Bord du monde, nous existons toujours au plus extrême parce que l’arc de conscience est fait pour et par cet extrémisme. Nous risquons toujours de tomber, sans que jamais cela n’arrive, sauf à se croire fixé, figé, identifié, chosifié, réifié, gelé, condamné, jugé (de sorte que le christique ne nous juge pas, nous nous jugeons nous-même et on comprend bien que l’on ne peut pas s’auto-pardonner sans coordonner l’intention de se reprendre, de réorienter, de rediriger son existence. Mais il faut continuer de croire à cette Possibilité formelle d’échapper au fait et à la condamnation (cad au péché ni plus ni moins, de passer outre, on est entré par le christique dans autre chose autrement) et alors d’admettre parallèlement que l’on s’est égaré, a perdu son temps, manqué de lucidité ou de clarté (Descartes, qui commence d’examiner au plus près l’attention que l’on porte-à, et non la notion ou l’idée abstraite enveloppée dans un discours d’auto-cohérence, et qui voit aussi que l’on reçoit beaucoup, du donné, du vécu, du corps et de notre esprit lui-même qui se perçoit et ressent vis-à-vis de lui-même, avec passion, puisque notre être est un rapport, dégagé, et non pas un être qui s’opposerait frontalement à l’autre être, la nature, la passion, l’immédiateté ; l’esprit est poreux, c’est sa nature même et non une identité ‘notionnelle’ forteresse, qui ne s’envisage qu’en terme objectif, clos et restreint ; la performance du cartésianisme consiste précisément à biffer ces notions et montrer le sujet-esprit-vivant et agissant, aussi bien activement que passivement, sa passivité instanciant une effective capacité)

et reconnaître sa faiblesse, ce qui veut dire la possibilité a contrario de perfectibilité (s’il le sait, s’il se-sait, le rapport, que l’on existe, ne se défait pas face à l’altérité, il cherche à l’absorber, le digérer, l’intégrer dans une stratégie, lorsque les diverses tactiques tentent de colmater, plus ou moins à perte, mais utilement parfois) ; étant un rapport on ne peut pas le supprimer, cesser de l’exister, mais alors le considérer comme étant notre être réel, il faut déplier toute l’étendue de la structure et c’est cette extension effective et efficace (au sens y compris de la grâce, comment avoir envie d’avoir envie, comme dit l’autre, la grâce étant que le divin a l’initiative, la pensée, grecque, nous vient, on ne sait comment) augmentation de l’attention que l’on recherche.

Un système philosophique n’est après tout que la capacité d’auto-déploiement de l’attention, son éducation, son instruction, son information, et comme c’est une structure que cette attention, elle s’installe immédiatement à partir de son extrême, l’autre bout du rapport, qui contient en lui-même son acte formel (et sans doute l’acte formel lui-même ou une version de cette dimension, que l’on ne peut pas imaginer) ; dieu, l’être, le un, le sujet, le réel. De même les esthétiques, éthiques, politiques, idéels et évidemment comme on l’a vu l’humanisation de la révolution universelle et ensuite la personnalisation intensifiée, et accélérée (au cours des années soixante).

La différence entre des théories ou des représentations qui prennent les effets pour des causes et les pensées qui veulent délimiter la cause (et donc permettront généralement d’apercevoir encore plus d’effets) tient à ce que les secondes se saisissent ou sont saisis à partir du sol ou le plus près possible du sol, du sol du réel (au plus proche de l’intention-dieu, du corps-christique, du sujet-ici même cartésien, de la société humaine révolutionnée, du moi et de son vécu, ou de la perception esthétique ; les éléments, les matériaux se dévoilent à partir du sol même, de la perception, de l’acte de conscience, de la densité du réel, le plus fameux restant l’idée de l’être, le « là », revu par ex selon Sartre, comme ensoi).

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