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instants philosophie

L’esprit de liberté et d’égalité

2 Octobre 2021, 08:43am

Publié par pascal doyelle

Montaigne ;
« c’est moi-même que je peins, je suis moi-même la matière de mon livre »

« étant hors de l’être, nous n’avons aucune communication avec ce qui est »

Reste le je. Qui lui existe (et n’est pas).
Et dès lors s’ouvre la possibilité de décrire l’ici et maintenant réel. Soit donc Descartes.

C’est Montaigne, ce français, sait bien que l’être est au mieux un concept opératoire (qui permet de subsumer quantités d’analyses sous son regroupement) mais pas du tout réel, une « solidité » qui n’est pas, sinon imaginée (le sujet transférant sa structure dans ledit concept, de même que l’on investit l’objet d’un désir, qui en vérité n’existe pas plus, il s’auto-suscite, permettant qu’un moi existe, dynamiquement, aucune moi n’est au repos, au pire il tombe en dépression, cessant tout désir). Le français est suffisamment arrogant pour ne rien placer au-dessus du je, et suffisamment lucide pour ne reconnaître que dieu, ou la révolution (la liberté de tous sous l’égide l’égalité).

Et donc que l’être ne soit pas, renvoie au je et à l’apparaître ; par quoi ce qui ‘est’ c’est le devenir, ce qui veut dire la possible. Et que la finalité du possible n’est évidemment de réaliser un « quelque chose », toujours quelconque, mais la finalité du possible est de réaliser le possible ; d’agrandir le possible (le réel est plus grand que lui-même).

On pourrait dire, pour les croyants (ici nous ne choisissons pas, sinon personnellement), que dieu est le plus des possibles ; raison pour laquelle il nous demande de devenir, vers le haut.

Le libéralisme américain n’est pas un système mais un laisser-faire inconséquent, qui dévore le monde et se dévore lui-même. Dans le libertarisme américain (et donc mondial) il n’y a pas de régulation intérieure. Le christianisme américain est un légalisme, sous une forme hyper communautaire ou alors en une généralisation avant tout morale de conformité, étouffante, engendrant d’énormes difformités, puisque le principe est la liberté, de chacun, selon son vouloir, conformité qui glisse conséquemment dans le pur libertarisme individualisé.

Qui sera du reste peut-être un très joli rêve, un rêve individualiste et naturaliste et idéal et peut-être sans péché, innocent, rêvant de son innocence, dont la substance même restera ce rêve ; les belles images individuelles et parfois grandes images de la communauté suscité par le héros, celles du cinéma américain, cette réconciliation messianique, au sens où le paradis devait se réaliser ici-bas, sur terre. Ce qui n’est pas christique du tout, qui ne se réalise qu’au-delà, ce qui signifie en esprit, en présence du divin qui est, lui, hors-champ, hors du donné.

Le cinéma est hors-la-loi, en bien et en mal. Clint est hors-la-loi, on ressent son rêve ou proportionnellement la fureur de son rêve, rendu au sol et irréel ; tout cela tourne en violence, ou se déplace sur la limite de la violence, même les gangsters de La horde sauvage n’obtiennent une rédemption que dans le plus brutal déchaînement. La loi, comme pour les juifs, la loi qui est extérieure, pousse au crime, par idéalisme ou par refus buté, par amour du monde sans doute ou de soi, mais dans tous les cas qui ne comprend pas que la vie a, par le christique, changé. Ça n’est plus la loi qui compte ; on ne peut plus vous juger, mais vous vous jugerez vous-même. Le cinéma émission du rêve, la série télé émission du cauchemar. Le fantastique quant à lui va incarner le mal, puisque tout est selon le monde, le donné, sorte de dualisme au final païen ou magique. Qui cherche à transformer l’esprit, auquel il faut se plier, en magie, que l’on serait en mesure de contrôler, par orgueil, amour propre, auto-justification, ténèbres. Toute conscience, tout rapport qui se croit des deux côtés, des deux termes à la fois s’égare.

Les anglo-saxons privilégient la liberté, chacun est libre originellement. Mais pas l’égalité. La liberté, toute seule, réclame une loi, qui sera tenue pour extérieure. Les Usa privilégient une Loi étatique limitée à la garantie des citoyens, mais non pas valant comme organisation ; la planification de la société est ou devrait s’imposer comme le contrepoint nécessaire au libéralisme ; le contre-pouvoir même, sans lequel l’entièreté du monde humain serait, et est de fait, privatisé. Et en découle une loi morale, une certaine « moralité », voire une démonstrativité, hypocrite en partie ; celle de la communauté des croyants, des fidèles, des villes dispersées dans tout le territoire américain, des églises, des sectes (à foison), et donc des morales personnelles, des « visions du monde », ce qui aboutit au communautarisme évidemment ; cette loi morale en tant que conformité. Ou une loi personnelle, qui ne fonde pas un monde (mais un Empire oui, qui ploie lorsqu’il ne peut plus s’étendre, plie sous son propre poids désordonné).

Originellement le christique ne relève pas de la Loi, et il n’est pas une morale. Il n’est pas une morale assignable. Ou plus précisément il s’ajoute à la loi, légale et morale. Et leur donne sens ; il rend justice non du fait mais de l’intention.

Les Américains s’assignent à la loi morale ; et donc passent, légèrement ou lourdement, en dessous de l’intention christique ; de sorte que leur christianisme finit par ressembler à un légalisme ; légalisme de type judaïque ou selon les prescriptions de toute société traditionnelle, communautaire, extrêmement diluée et tenant à tout le moins sur l’apparence (apparence de réussite ou de moralité). Puisqu’il n’existe pas d’auto régulation de la liberté (ce en quoi consiste l’égalité véritable) le risque est très fort de durcir la loi (légale ou morale) afin que chacun puisse s’appuyer sur ce légalisme pour maintenir sa liberté.

La France a conçu un tout autre projet (qui s’est appuyé évidemment sur les précédents anglais et américains ; là où l’indépendance du nouveau monde commence par « nous le peuple », cad une identité forte, la Déclaration est celle «  des droits de l’Homme et du Citoyen », une proclamation absolument universelle, qui sera copiée partout, hypocritement ou effectivement peu importe). L’égalité de liberté-égalité-fraternité est ainsi la régulation interne à la liberté et non pas une régulation externe comme la loi ; bien sur l’égalité se concrétisera dans des lois, mais ce qui se discute ici c’est la ressource interne de chacun qui puisse ordonner la liberté, pleine et entière et qui donc doit se composer elle-même, et non extérieurement, en tant que régulée. Égélité, cette prédisposition se présente de loin. Elle ne se crée pas de but en blanc et relève d’une culture.

L’égalité française est celle universelle ; elle consiste originellement à douter. C’est une anti-loi, ce qui veut dire que oui « il y aura la loi » mais comprise, passée au travers du doute ; qui signifie que chacun en sera convaincu (de par son doute même), et non pas recevra la loi de l’extérieur ; les américains restent rétifs aux lois qui empiéteraient, mais ne peuvent pas s’en passer et à la fois difficilement l’intégrer en eux-mêmes, ils garderont le réflexe de la liberté brute et pure.

Or la liberté « pure » c’est très bien (sans eux l’histoire ne l’aurait pas actualisée), mais existe-t-il une liberté « pure » ? La liberté n’est-elle pas justement la réflexion ? Et ainsi pas pure du tout, pas spontanée, mais réfléchie. La liberté pure aboutit et même s’initie par l’intérêt immédiat et donc plus loin à la non coordination des uns et des autres. À la rivalité et rien que.

La liberté-égalité puisqu’elle se présente comme principe (et non comme un état naturel) sait bien qu’elle ne se produit pas comme monde ; elle se concerne comme esprit, de chacun mais partagé et donc comme la plus grande impossibilité dans le monde. Et elle ne veut pas tant rendre réel comme un monde parfaitement réalisé sur sa propre base, que convaincre chacun d’entrer dans la dualité, le dialogue liberté/égalité, et possiblement fraternité ; les libertés ne sont pas jetées les unes face aux autres.

Posséder en plus de la liberté l’égalité, cad le doute et l’établissement de vérités passées au crible et partagées (dans le dialogue, la discussion, la confrontation, l’argumentation, l’exposition ne serait-ce) est bien différent d’une liberté idiosyncrasique, donnée telle quelle, en proie à ses décisions mais aussi à ses envies, et qui se fonde sur elle seule. La liberté toute seule a reconduit en Angleterre à la monarchie ; ce qui veut dire dans les faits à l’oligarchie, doublée d’un parlement et non à la notion de peuple souverain, de lieu symbolique de pouvoir vide et seulement formel (vide qui renvoie à chacun, le citoyen).

Évidemment il va sans dire que l’oligarchie, l’autoritarisme sans cesse reviennent. De même que les intérêts du monde ou les désirs, envies et autres bricoles. Mais c’est une chose de constater ces vagues d’immédiatetés continuelles et de leur ajouter l’universalisation. Et une autre d’en approuver la puissance exclusivement libertarienne comme principe, dont on ne justifiera la validité que d’une « innocence » présupposée. Le doute exclut que l’on soit innocent ; on se trompe toujours. Toujours.

Pareillement le doute (qui s’est emparé de la pensée anglo-saxonne) ne demeure une constante qu’au et sous le regard d’une liberté critique débridée, qui ne cessera de couper les cheveux en quatre, alors que le doute dont la liberté se sait rassemblée en l’esprit, aura pour but, pour finalité avérée d’assurer le je. Le je qui est hors-doute, puisqu’il est le sujet (sans lequel rien n’apparaît et sans lequel on ne fait pas société, mais juste un empilement, une accumulation, une étendue, un empire, anglais ou américain).

La liberté dotée de l’égalité est donc auto-régulée en esprit. De ceci qu’elle put développer le récit, de la littérature du moyen-âge au début du 20éme, la poétique en général ; puisqu’il faut, c’est impératif, que l’on sache ce que pense, ressent, désire, perçoit autrui si l’on entend recherche cet autre soi-même en tant que lui-même, et cohabiter intérieurement ; sans quoi l’autre n’est juste qu’alter. Or il se trouve donc que cet autrui, lui-même, lit … lit ou s’instruit dans le même sens. Il n’en passe pas d’abord par un « média », tel que cinéma Hollywoodienne ou la télévision, qui se déversent mais ne dialoguent pas intérieurement, mais par la pensée, la représentation, la reconstitution en soi-même de l’autre intention, vie vécue, sentiment, perception (et cela via tout autant les œuvres esthétiques qui amènent à percevoir la densité de la réalité, du monde, naturelle ou humaine dans son apparaître même, et non tant dans son comportement béhavioriste du cinéma « grand public », on excepte évidemment les œuvres véritablement créatrices qui se référent à un créateur en personne et à sa manifestation propre).

La liberté-seule requiert la loi, qu’elle déteste ou considère comme extérieure (puisqu’au fond il est dans sa structure même de ne rien reconnaître au-delà d’elle-même, raison pour laquelle l’égalité est un ajout intérieur et non pas extérieur) et privilégie cependant la loi « morale » made US (soit selon un naturalisme ; on naît libre ; soit théologique ; il nous a créé libre) et laquelle varie selon un laisser faire qui conduit aux plus addictifs effets (les usa sont les plus « délurés » qui soient, industriellement) ou une surveillance mentale et communautaire très puissante, sans qu’aucune règle universelle non pas soit appliquée parce que quand même la société doit fonctionner, mais sans qu’une telle règle soit reconnue ‘en conscience’ par chacun ; le doute étant exclu, la liberté immédiate et les effets jugés individuellement et non selon une universalité ; l’empire n’est pas la nation, l’empire est constamment en guerre, l’empire est auto-justificateur et s’étend et n’a affaire qu’au monde, non à l’esprit d’abord.

Le doute, qui introduit à l’égalité (le doute, Montaigne, pour donner un repère, ou le « croire pour comprendre et comprendre pour croire » des théologiens, qu’est-ce et où est le Graal ? la plongée dans l’incertitude de Don Quichotte) n’a pas pour finalité de douter, mais d’affermir les propositions (qui ne sont plus des idées égarées mais des argumentations) et depuis Descartes feront de plus référence à l’expérience existentielle et ontologique du sujet (seul un sujet peut lire Descartes, qui manifeste cette subjectivité dans sa cohérence en tant qu’elle contient la plus importante objectivité, les mathématiques par ex ; le sujet n’est nullement second par rapport à ses contenus, il n’y a de contenus que d’un et par un sujet , dont le sujet est autrement-plus-grand ; dieu crée les vérités, proposition extrêmement audacieuse).

Pour remonter encore plus loin ; la Loi juive ou ensuite musulmane, se bâtit sur le jugement, d’un fait, d’un péché ou d’une faute ou d’un égarement. Le christique est absolument différent ; il « juge » sur l’intention… et l’intention est beaucoup plus étendue que même la morale et a fortiori la Loi (dit autrement le Jour du jugement vous ne serez pas jugés, sinon par amour, cad pardonnés, sauf si vous-mêmes vous vous jugez … c’est votre propre intention qui vous révélera… et c’est assez conséquent… puisqu’il ne s’agit pas de se pardonner à soi-même, c’est plus difficile et éprouvant que cette simple intention abstraite). On en conclut que l’Empire (USA et Angleterre sont parvenus à ce statut d’empire, au 20éme et au 19éme, respectivement, puisque leur liberté leur ouvre les portes de l’espace, à conquérir, inversement la France œuvre selon le temps, puisqu’il faut le dire), l’Empire donc finit par se fondre dans le principe de la Loi et non pas de l’intention, et s’écarte (plus ou moins selon) du christique ; qui précisément non pas seulement crée l’individualité (ni homme ni femme, ni esclave ni libre, ni pauvre ni riche, ni juif ni païen, mais tous uns en christ) mais impose surtout l’égalité de tous au-devant. L’égalité est première (mais ne peut pas s’imposer sans la liberté de chacun), c’est ensuite que la liberté s’ajoute à l’égalité, en tant que l’on ne comprend l’autre que si il est un « autre » (cad est lui-même) que l’on ne comprend (comme autre) qu’en vertu de soi, comme un, et ça n’est pas du tout un être formel mais un corps, des désirs (seraient-ils faiblesses dans le christianisme. Comme existant soi-même en tant que je doute et me force à élaborer et ré-élaborer le moi réel.

Il est tout à fait stupéfiant de s’apercevoir que l’on comprend de moins en moins, si l’on veut, le christianisme. Si l’on repère les signes de la pop culture (cad de notre culture depuis les années soixante ; les années soixante, insistons ; elles ont créé, rendu possible les décennies suivantes ; de même que le post guerres mondial l’industrialisation ou la guerre froide le nucléaire) on se rend compte de l’impossibilité de comprendre ce que c’est que l’esprit, au sens chrétien.

L’esprit n’est pas la pensée, ça n’est pas, par exemple, la pensée hégélienne (dont on n’a jamais trop saisi s’il entendait exposer la pensée de dieu (la logique au sens hégélien) ou la pensée qui pense (la pensée sujet). Et l’esprit n’est pas la loi. Et l’esprit qui se fonde historiquement, que l’on y croit ou non, sur le christique désigne effectivement le Saint-Esprit ce qui veut dire la communauté, non des croyants, mais «en esprit ». On a défini cet esprit qui se nommait tel jadis, l’intention. L’esprit ne se divise pas en une myriade d’églises, de communautés diverses, de sectes, de croyances (ce qui est le cas aux États-Unis) soumises finalement aux interprétations de la liberté déliée ou délirée.

L’intention est ce par quoi vous vous jugerez vous-même, ou, pour les non-croyants, ce par quoi à tout le moins vous vous jugez ici et maintenant, dans l’énorme ici et maintenant qu’est votre vie. Il faut imaginer la boucle que de votre naissance à votre mort forme Votre Intention. La boucle de rétro-action positive ou négative, à vous de voir. Puisque vous seul Voyez. Il n’y a rien ni personne qui puisse perce-Voir à votre place (sinon le christ, qui vous par-donne, puisqu’il sait, ayant vécu, ayant éprouvé la dureté, la terreur et l’horreur).

C’est précisément celle-là que le christique initie, instancie d’un point, évidemment, hors du temps, hors du monde, hors du laps de temps naissance-mort. Puisque c’est l’intention que vous décidez, dans l’obscurité et la difficulté, ou la douleur, et qui vous porte. L’intention que tout intérêt selon le monde, immédiateté ou Empire veut vous retirer.

Reprenons : entre l’égalité (originelle et christique, tenue sous le regard du un-tout-seul, abandonné, forcément unique) et la liberté on situe l’éducation de soi par soi, selon le doute et ainsi l’argumentation et littéralement la pensée, non pas abstraite mais ici même examinant la réalité et la vie, autrui et le je, l’humain et la société ; de telle sorte que chacun, chacun, soit au fait, soit instauré en et par sa souveraineté personnelle qui ne se conçoit, ne se représente pas sans celle des autres, et dont la commune règle consiste justement en ce doute qui suspend l’affirmation mais se constitue lui-même comme partage. Il n’y en a pas d’autre. Le doute est cela même qui tout en n’étant pas un contenu, peut se propager dans le langage, les signes, l’attitude et le comportement. Son ampleur (qui touche donc toute intentionnalité) est radicale et assurée. Que le doute soit assuré n’est pas contradictoire, puisqu’il s’agit de passer d’une conscience spontanée (qui demeure dans la croyance de sa naturalité ou idéalité) à une conscience actualisée, mise à jour, pointue, au fait de « (ce) qui est là ». Je ou autrui, chose ou objet, affect ou désir. À quoi s’emploient les poétiques et les récits, et tout le domaine de la pensée (laquelle, française, ne tient pas en place ; elle part dans tous les sens du réel possible, et ne tient pas à quelque irréalité que ce soit ; c’est quand même par là que, chaque fois, l’historicité fut recommencée et qu’elle put effectivement avoir effets, effets innombrables).

Dit autrement le doute remplace les contenus, les certitudes par une structure de conscience()s. À la fois la-conscience formelle et chacune des consciences réelles. Et dans la société par la Constitution, qui ne juge pas de ce que vous faites de votre liberté, à condition qu’elle ne contrevienne pas aux autres. Il n’y a pas de contenu sauf ce non-contenu qu’est la liberté-égalité de chacun. C’est cela la substance. Aucune autre.

Le doute est la distance vis-à-vis du contenu ; il faut réfléchir pour atteindre son doute à soi, et énormément de littérature... et c’est ainsi le je qui se-sait, le je qui n’a pas de représentation, et qui se sait, se-sait, alors comme tel un « je » formel, et suppose autrui comme un tel je, et non un quelque chose ; la structure du je est l’expérience même, et celle du réel, en tant que ciblé, et par quoi on pourra hiérarchiser les degrés d’incertitude, la perception fausse, le rêve, la folie, le dieu trompeur, etc.

Par l’égalité qui vient réfléchir chacun du dedans de la liberté même, de chaque je, cette liberté se réalise, et non pas s’irréalise dans une intention 328 millions de fois décuplée et indéfiniment et seulement « libres ». Le territoire américain est gorgé d’irréalité, usine à rêves, les libertés n’ont pas de densité ontologique.

Il n’est pas de liberté naturelle ou de liberté légaliste seulement extérieure, ni de laisser-faire généralisé, ni de rivalité, mais l’esprit et l’esprit seul (on emploie « esprit » en un sens inhabituel, évidemment, le doute est un corps qui perçoit, qui par le doute délivre la perception, et évidemment les affects, annule qu’il y ait un contenu et rend au je son réel). Le sujet libre admet en lui-même sa régulation interne, l’égalité et ce qu’elle implique. Ou le doute. Mais alors ceci ne tient que lorsque le je ressent indubitablement sa certitude, ne s’effrayant pas du tout de son vide, puisqu’il saisit ce je qu’il existe formellement et sans contenu. Mais alors de tout où se tient-il ? De quelle sorte de règne qui n’est pas du monde, ni de la vie vécue ?

Le doute n’a pas pour but de douter, abstraitement (forcément abstraitement alors) mais de rompre tous les contenus, sauf cette structure qui fait défiler les contenus. Que ce soit notre être naturel (qui n’est pas), nos pensées, nos désirs ou nos sociétés. Rien de tout cela n’est immédiat.

On ne peut pas douter d’un rêve, du rêve individuel américain, on s’effondre ou s’effondre le monde. Mais le je, lui, est précisément ce qui surmonte le doute : puisqu’il s’aperçoit qu’il n’est pas du même ordre, n’existe en aucun contenu. Mais à quoi, dès lors, correspond ce non-contenu, cette Indétermination ayant aboli le rêve de soi ? Pourquoi le je n’est-il pas un soi ?

C’est toute l’élaboration, depuis Descartes, qui veut saisir ce qu’il en est de ce « soi », de « cela qui voit ». Qui est pris déjà dans et par la perception, et beaucoup plus étendu que la pensée ou l’intellect ou l’universalité définie. Hegel n’expose pas le savoir, mais les phénoménologies du savoir, et il en fait le tour (quelle que soit la cohérence de son système, parfait, perfectible ou hasardeux, en tous cas descriptif), mais il n’opère pas la conscience qui participe de quantité de perspectives (autres que le savoir universel philosophique, puisque l’arc de conscience crée le champ de tous les champs). C’est bien pour cela, ce je exogène, qu’il est l’expérimentation même, qui se déroule comme historicité et quantité d’explorations, explorations de son possible impossible à pré-voir ; il doit les éprouver et les éprouver à partir de son intégralité et intégrité ; de là qu’il soit l’éthique de l’éthique, antérieurement à toutes, élaborant les champs intentionnels de tous les niveaux, selon tous les degrés, le devenir méta-culturel qui se déroule selon ses diverses actualisations (lesquelles doivent être reprises et donc analysées et re-synthétiser à chaque station) ; il doit, ce rapport, s’actualiser afin de s’éprouver. Il doit ex-sister puisque le rapport est précisément cela qui devient, et, qui est pour nous, ici, seul réel (le reste ce sont des réalités, cad des effets, qui, dans notre historicité, renvoient et n’ont de sens que pour les je, l’œuvre existe par et pour des je).

En tout ceci, soit on considère qu’il est une immédiateté, divine ou naturelle et il suffit d’user de ce que l’on est. Soit on admet que nous n’existons que par et dans la médiateté, et qu’alors il ne faut fonctionner ni selon une morale ou une religiosité appliquée, mais selon la continuelle modification et de la liberté et de l’égalité. Ce qui veut dire non plus appliquer des contenus (seraient-ils des religions ou des données génétiques, qui du reste ne nous viennent qu’au travers de discours) mais ajouter à notre réalité propre.

C’est cette modification (de soi par sa conviction propre, ce qui veut dire de par son doute et sa certitude) d’une part et cette coordination (entre tous les je) que l’on nomme, de manière tout à fait générale, révolution.

Dit autrement ; n’importe quelle autre résolution (du « problème humain ») est toujours valable (du totalitarisme à la démocratie républicaine, de telle ou telle version, plus ou moins juste) mais la question est ; à quel degré de complexité, si l’on veut, on peut, doit atteindre ? En quelle mesure, donc, chacun, chaque un, est concerné ? Comment chacun s’organise-t-il en lui-même et vis-à-vis des autres ? Sous condition alors que tous et chacun doivent partager une même aperception (de soi, d’autrui, de la vie, de ce qui est, de dieu, etc).

Ou encore ; puisqu’il y va de notre survie (et pas seulement la nôtre, celle du vivant), le doute voudrait que l’on puisse remettre en question ce que nous admettons comme notre nature, notre identité, notre comportement. Et donc penser. Mais apparemment il nous est devenu impossible de relativiser notre image, notre idéal, notre envie, et on continuera de nous enfoncer dans la déchéance. On a vu que grosso modo, cela revient à confondre notre liberté et notre désir (le désir croit naturellement qu’il sera satisfait puisqu’il est, prétendument, selon le monde ; ce qui est faux, puisque tout en nous est construit, artificiel et pas du tout naturel).

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