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instants philosophie

Le signifiant triomphant

20 Novembre 2021, 09:30am

Publié par pascal doyelle

On ne perçoit objectivement que dans la pensée ou la représentation. On nomme pensée l’ensemble des signes orchestrés par et pour une conscience. Qui se permet, en somme, de rediriger les ensembles dans sa perception, pour fin de validation, ou non. C’est seulement du dehors que l’on croit que la science montre la réalité réelle ; le scientifique sait bien que cette réalité n’apparaît qu’au travers de grilles savamment tendues, qui sélectionnent la réalité devenue non donnée, acquise. Ça ne signifie pas que le découvert est faux, au contraire, mais qu’il est limité ; à son objet même. Jamais un scientifique ne prétendra extrapoler ses résultats à « tout ce qui est ».

Or de même le je se donne une idée, une représentation, doué d’affects, de répercussions dans et selon son corps même, et il juge alors de sa vie vécue au fur et à mesure ; ça ne se passe pas forcément très bien. Et tout aussi bien il en ressent l’affect, le bilan s’effectuant au long du parcours. Il s’agit d’une computation, d’un calcul, d’une cause lancée et dotée d’effets s’additionnant ou se soustrayant.

Et y compris d’un calcul affectif, on ne jugera peut-être pas sa vie vécue (sauf d’un recours christique) mais on l’éprouvera (détestable ou attentive ou béatifique, ce que l’on pourra). Ceci fait effet et cause de résonance (puisque lors même que l’on vit on ressent cette preuve de notre existence, et on en juge psychiquement).

Toute chose est distinctement (selon son universalité ou selon sa particularité). Tout rapport crée non pas de l’universel seulement, mais de la singularité ; toute chose, tout être, tout point dans l’univers (ou la réalité en général) est unique. Il n’y a que cela, de l’unicité. L’unicité est la loi absolue de tout ce qui est (et l’universel est contenu dans ces singularités). L’unicité est la loi maximale de toute la réalité, l’unicité est la substance même de ce dont est faite la réalité. À point nommé un ensemble de rapports fait un, autrement dit crée un rapport unitaire. Que des rapports aboutissent à une unité, soit donc un rapport en lui-même, laisse présager le sens de la réalité Il n’est pas de défilé ininterrompu de rapports indistinctes (sauf au début et la fin, peut-être, qui atteignent, presque, l’indistinction et presque la naissance ou la disparition ; tout étant en stase).

De même que le possible est la catégorie formelle (et donc absolue), pareillement l’unicité est la substance même, une accumulation gigantissime de singuliers. Ainsi le réel est plus grand que lui-même, qu’il se destine (par logique interne de sa nature même) à cette infinité, puisque de toute manière on ne voit pas bien à quoi servirait un réel qui ne deviendrait pas (sinon à disparaître à jamais dans le quasi néant glacé), et que donc le réel est le travail titanesque de l’infini sur l’infini, et que « ce qui travaille » tout, est l’infinité même. Plus simplement le réel est l’infini parce que le fini, la réalité périt. L’ensemble des effets dont le mouvement est la cause.

Si le fini périt et qu’à terme on croit qu’il ne reste « rien du tout », aucun signe de ce qui fut, c’est plutôt bizarre. Pourquoi une quantité énorme, voire infinie, d’énergie se lancerait dans l’aventure (étant entendu qu’en ceci il est question de simplement « tout ce qui est »…) pour disparaître complètement de toute mémoire ? Plus l’univers (ou ce que l’on nomme tel) est grand ou infini, plus la question se pose. Et on a vu que le dit infini univers, son « infinité » justement est cela même, en tant que catégorie « infini », ce dont tout est fait ; tout est en soi selon la catégorie « infini » ; ça n’est pas l’infini (ou l’infinité sélective, la matière, dieu, la pensée, etc) qui est en cause mais ce qui se passe dans cet infini ou ces infinis ; ce que cela « devient » et dont on ne sait rien mais dont on connaît et même éprouve le mouvement (c’est cela qui nous est donné) ; on soupçonne ceci ou cela (que l’on désigne comme dieu, l’universel, le sujet, l’énergie, etc) mais on ne sait, techniquement, rien. La réalité est signifiée dans un mouvement et c’est le mouvement qui définit la réalité.

Et donc nous existons ce mouvement, ce rapport. Et on le sait tellement que nous l’avons nommé, pluriellement. Lors même que ce serait seulement une fonction (due à l’élaboration de notre cervelle qui, pour organiser l’information non plus sous l’adn ou la perception mais en tant que mémorisation augmentée et qui donc doit constamment actualiser et que cette actualisation se désignerait comme « conscience »)

lors même tout (ce qui apparaît) n’apparaît que signifié, par des signifiants ; dans l’actualité, l’actualisation. Mais qu’est-ce que c’est que l’actualisation? Qu’est-ce que ce « lieu », neutre, vide, qui n’appartient pas, qui contient les réalités, les choses ou les dangers ou les objets déterminés, et qui rend possible que le groupe de chasseur-cueilleurs rencontrent un ours au coin du bois ? D’où la supériorité du signifiant (sur les signifiés, ce qui ne veut pas dire qu’ils ne comptent pas, mais que le signifiant est ou peut être conclusif, nier ou s’ajouter exemplairement) ; si le signifiant s’agrège soudainement, dans et par l’actualisation, soudaine justement, surprenante, dangereuse ou perturbante, etc, il désigne l’intervention, l’intervention d’un plus.

Dieu est un plus ou le cri d’alerte envers l’ours qui charge. Le signifiant permet de faire voir, ce qui ne se voyait pas juste auparavant. La puissance du signifiant ne tient pas en lui-même (il n’est qu’un signe, même en système, et précisément que ce soit un signifiant arbitraire le rend capable d’échapper ou détruit toute systématique). Il y a signifiant parce qu’il y a un je ou plus généralement un sujet ; ce qui veut dire une conscience. Une intentionnalité. Laquelle est un arc arc-bouté au réel, ou donc à l’horizon. L’horizon de son esprit, de la pensée, de la poésie ou de tout ce que l’on voudra, mais au final arc-bouté à l’horizon du monde, du monde réel donné « là ». et qui est non seulement inimitable (ce qui est déjà énorme et bien que toute société, groupe humain voudrait s’y substituer, ou du moi, de son image de soi) mais irrémédiablement « là ».

dit autrement ; toute pensée, idée de soi ou de l’homme, etc, aboutit à une certaine disposition réelle et effective dans le monde réel. De là que bien sur le moi va imaginer ceci ou cela de lui-même ; mais ça donne quoi dans la vie vécue ? Ce qu’il se représente est si souvent tourné en dérision par le regard du psy, et encore plus du psychanalyste. Or pourtant même si inconscient, on voit ce que l’on voit, même si ça n’est pas rendu conscient … mais on le voit, on le perçoit ; on ne se rend pas compte du lapsus, mais on l’énonce ; donc on l’a vu d’une certaine manière. Cela veut dire que la perception qui entre dans le champ de conscience est purement de l’ordre du vivant ; l’intentionnalité, l’intentionnalisation (qui est faite de signes) ne s’oppose pas du tout à la perception ; elle reprend toute perception, et donc on perçoit avant de « penser » ; la « pensée », la représentation, le conscient re/prend dans une énonciation intentionnelle les perceptions. De là qu’il faille depuis lors (cad depuis le début de notre espèce, quoi que l’on entende par là) d’abord « penser », réarranger les signes, si l’on veut percevoir autrement. On invente ou il nous est révélé dieu, l’universel, le sujet, la révolution, la poésie (sous-entendu subjective), le cinéma, et ce déploiement de signifiants (ou de moyens de produire des signes tout autant, tel langage, telle idéologie, etc) ouvre la possibilité de nouvelles perceptions.

Et au final ou plutôt initialement, le signifiant est un rapport. Le rapport intentionnel vers le monde, la vie vécue, le corps, la perception-même, le langage que l’on réordonne, parce que l’on a « vu » ou commencé de voir d’autres perceptions, ressenti d’autres affects et parce que d’une manière générale on saisit, vaguement peut-être, que le réel, la réalité sont plus grands que le connu, le déjà signifié.

Qu’il y ait un « lieu » neutre, vide, formel, indifférent au signifié, rendant possible des signifiants arbitraires et possédant la capacité de s’ordonner autrement en et par eux-mêmes, cela signifie se réorganiser dans la perception mais actualisée et sans cesse réactualisée d’un je.

Puisque l’on sait bien que les peuples et les mondes ‘particuliers’ (nommés tels pour la compréhension, ils étaient évidemment extrêmement complexes) veillés pointilleusement sur l’ordre des signifiants ; la communication (entre membres) et la transmission (entre générations) devant s’effectuer rigoureusement (sous peine de disparaître). Il fallait donc que le principe d’ordre (de l’humanité) passe par-dessus les contenus eux-mêmes et vienne à se situer et préciser dans la conscience-de chacun (indépendamment des contenus, qui dès lors pouvaient être transformés, presque, à loisir ; l’esthétique ou la poésie prenant par ex son essor, hors des rituels, etc, mais aussi évidemment la pensée (qui pense hors du groupe) ou la conscience de soi (christique, sous le regard du un tout-seul).

Le principe est alors intégré, mais doit recevoir son propre repérage (la raison, la conscience de soi, la révolution et le droit, etc, plus toutes les variations internes possibles ou relativement aux domaines qu’il ouvre, éthiques, politiques, poétiques et ainsi de suite). Dit autrement ; on s’aperçoit que l’on crée les contenus (de conscience) et qu’ils ne sont pas reçus spontanément ou selon le sacré ou l’absolu d’un monde ordonné. La capacité de créer des contenus s’effectue à partir des signifiants (et donc de langages, comme les maths, les sciences, les esthétiques tout autant) comme instruments d’une perception qui est, n’étant plus relative au seul groupe, communauté, langage, qui est donc individuée ; l’individu perçoit hors des signifiés. Non seulement les œuvres sont signées, mais justement « il y a des œuvres » et non des textes sacrés ou des codex hérités. Parce que toute œuvre (aussi bien politique qu’esthétique) comporte en elle-même, en tant que cause, ses effets. L’historicité est l’ensemble de ces effets. Et au fur et à mesure nous en jugeons ; on expérimente des faisceaux réunis en réseaux. Portés à la connaissance de tous et de chacun, ce qui se nomme ce qui s’est recherché historiquement la « démocratie », qui n’est pas un système politique mais tout un monde. Tout ce monde déployé comme humanisation d’abord puis comme personnalisation (qui donne raison de cette humanisation en ce que, cette fois, chacun est concerné ou en reçoit, éventuellement, les bienfaits). Donc les signifiants prolifèrent.

Et chacun y va de sa part. Non seulement les industriels (qui produisent effectivement, bien réellement quantité de signifiants « exprès ») ou les politiques, mais chacun et n’importe quel groupe interne s’y adonnent goulûment.

Évidemment si vous effacez le lien du sujet au signifiant, vous devenez, dans un discours autre, le signifiant d’un autre sujet … et rien que le signifiant, autre qui vous découpera en petits morceaux, le signifiant sans sujet autorisant tout. Il croit que ses distinctions sont toujours réelles. Il ne voit pas, ne comprend pas que certes des distinctions, mais par et pour des sujets (et donc sujets relevant d’une stratégie bien plus étendue que les tactiques localisées). De même par le signifiant on remplace les réalités (ou version rationnelle, il n’est de science que dans le cadre d’un dispositif signifiant, tout à fait légitime dans sa limitation à l’objet constitué, par tel cadre), et comme le signifiant s’inscrit tout immédiatement dans la conscience, elle n’y voit que du feu.

On ne désire pas seulement les choses (pour ce qu’elles apportent effectivement), mais les signifiants. Et ces « désirs » sont en toute rigueur des idéalismes. On a vu que le monde humain suite à son humanisation (universelle, technique, scientifique, mass médiatique, etc) ne devient pas matérialiste, mais matérialise ses intentions, ses images. Et personnalisation et puis mondialisation intensifie cette matérialisation (qui épuise le monde donné et naturel et évidemment psychiquement les mois sont éreintés).

Cette fascination ne tient qu’à ceci ; les signifiants, quels qu’ils soient, signifient le je. Le je recherche la forme de son être, qui n’est pas un être (et qu’il prend pour tel, comme déterminé comme ci ou comme ça, renouvelant constamment les contenus) mais une structure qui doit, elle-même, se signifier en son caractère absolument formel (seul ce qui est en tant que rapport est formel et donc absolu ; tout le reste est déterminé, cad non absolu, et disparaissant déjà). La structure du rapport est très-étrange.

Et tout signifiant appelle l’arc de conscience, il s’y engouffre, il y est déjà, il croit qu’il y existe avant lui-même, puisque le signifiant est un rapport et la conscience d’autrui, et celle de l’Autre et celle de dieu ou la vérité de la pensée, etc. Or pourtant ce qui revient ensuite, sur le Bord, sans rien, tout seul ce sera le je ; il restera seul existant. Parce que lui il est de cet ordre « là », ici même, sur le Bord de la réalité. Le reste passera.

Il arrive, souvent, que l’on prenne un morceau d’horizontalité pour une verticalité ; on appelle cela « désir », par ex. De désir il n’y en a pas, sinon sur les modes du fantasme, de l’imaginaire, du fétiche, de l’imaginaire, etc.

Rappelons la logique ; ça n’est pas qu’il faille nier les désirs, de toute sorte, mais de comprendre que ce ne sont pas les désirs qui meuvent. Ils ne meuvent pas. Parce que le désir, vécu, et le Désir, cette notion supposée, sont des constructions. Pas du tout spontanés. S’ils étaient spontanés, ils appartiendraient au monde, il y aurait correspondance entre nos désirs et les résultats. Mais ça n’existe pas. Nulle part. Lorsque ça existe c’est que c’est soutenu par une alliance plus forte (que le désir). Ou cela prend une dimension à ce point critique que l’on peut écrire un roman de 1200 pages (Don Quichotte par ex) sur la déception ou l’arbitraire de ces « désirs » ou leur fantasme répétitif (la pornographie). Ou la motion publicitaire qui entretient la pseudo-dynamique du désir renouvelé, selon les mille et unes couleurs du monde, du donné. Il n’est pas de poésie, de roman, d’œuvre qui ne soit infiniment critique autant que positive, qui ne soit complexe.

Lorsque la verticalité donc est perçue dans le monde, c’est que la puissance de la verticalité se prend pour une partie du monde.

La verticalité n’est pas du tout destinée au monde, ni donc à la vie vécue. Elle a, la verticalité, son élaboration propre. Et c’est elle qui tient le monde humain. Sans le statut de citoyen, ce que l’on nomme le moi, qui croit si fort en lui-même, s’effondre. Et le remplissage du cadre général universel de la société humaine et humanisée universellement par la société civile est une catastrophe. Une catastrophe mentale, individuelle et collective. Alors même que cette articulation rend possible que « la vie de chacun » puisse relever de la liberté et des décisions (Sartre et son je-conscience n’apparaissent pas au hasard, ni la psychanalyse ni Lacan, ni les années soixante).

Ce qui veut dire que chacun va mener sa barque pour son propre compte (ce qui est bien) sans aucune autre considération (ce qui est non seulement mal, ; tout aboutissant à un ‘nietzschéisme’ caricatural individualiste, mais surtout idiot). Dit autrement nous ne sommes plus capables de conduire une stratégie globale en plus des tactiques individuelles diverses et variées.

Et cela veut dire que l’on ne peut plus organiser des tissages intentionnels universels et singuliers, mais uniquement des broderies intentionnelles limités destinées en et selon le particulier. On ne pense plus, plus du tout ; on répugne même à penser ou croire, au lieu de manier des images/idées on se remplit d’idées\images, dont le contenu est non pas intellectuel et encore moins intellectif, mais imaginaire de perceptions (et les mass médias nous fournissent notre quota de pseudo-perceptions de substitution) d’une part et d’autre part imaginaire au sens de fantasmatique, de vie rêvée, d’illusion de soi, de contentement béat du corps (lui-même irréalisé et plaisir infini, cad jouissance irréelle et absolument destructrice, une telle jouissance n’existant pas dans le monde ni selon le corps, et n’existant même pas du tout). Et psychologiquement, psychiquement c’est absolument tragique ; c’est la mort, le caractère irréel de notre vie. Le corps fait poids, et l’économisme est au final l’idéologie du corps, fantasmé (puisque les animaux vivants n’ont pas d’idéologie). Et ce corps démultiplié par les signes on adore cela.

Parce que c’est d’une seule reprise que la vie paraît s’écouler comme désirs ; c’est qu’ils sont rêvés pour cela, à cette fin, faire comme si, afin que des désirs remplacent la jouissance, irréelle et impossible (qui colle à la division du vivant, soulevé par l’esprit et qui se rêve d’une béatitude jouissant selon le corps, ce que nul vivant naturel n’imagine).

Reprenons. Du fait de l’existence de la structure de conscience qui prend dans son faisceau toute réalité, toute perception, tout ressenti, le vivant soudainement surpris par cet ‘esprit’ qui énormise tout, tel un miroir déformant, ce vivant imagine donc son plaisir, sa jouissance visualisé, hallucinatoirement pour le dire ; il se prend dans l’image du miroir et ne peut plus s’en dépêtrer, sauf s’il se sépare de lui-même, se décentre, en quoi consiste la « castration », ou l’impossibilité de retour en enfance. Mais cette sur-image restera enkystée en lui, antérieurement à son moi (elle se crée du mélange de l’esprit et du corps, dans la division qu’impose le signifiant au corps vivant qui suscite l’image de jouissance, aussi bien perceptions hallucinée ou affect inconscient et non exprimable, qui imprime sa logique surpuissante, qui revient sans cesse du corps vivant lui-même).

Il s’agit d’une construction qui se rend capable au fur et à mesure (si elle ne reste pas prisonnière de la fusion ou jouissance) et si elle ne coince pas trop lourdement d’une névrose, d’un désordre relatif. Même alors la division et son reliquat (la jouissance inconsciente) se jouent du conscient. De sorte que toutes les images (même les plus « objectives ») sont telles des variations nées de la jouissance même qui ne s’efface jamais (elle est inscrite dans le corps même, physiologiquement, dépourvue de tout signe, mot, inexprimable, pulsion hallucinée).

La séparation, le décentrement c’est comprendre, et en fait non pas comprendre mais saisir que la distance règne ; on se téléporte dans le point-autre qui nous perçoit ; on n’est pas ce que l’on est, on est pris dans un autre point de vue ; sur cette distance on peut alors se permettre d’agrandir le décentrement (se rendre capable d’autrui, des mathématiques ou de la poésie ou du droit, s’assurer et d’assumer son positionnement, de citoyen, d’être moral, de réunion et de relations, etc). Sinon nous resterions égarés dans la suspension hallucinée.

L’autre sorte de résolution, le problème est que cela ne sera pas une résolution ... ce sera l’irrésolution de l’esprit. Il n’y a aucun autre moyen de « gérer » la satisfaction continuellement attendue que de se rendre compte de l’insatisfaction, l’insatisfaction radicale, que jamais on n’éprouvera la résolution de son existence, et que ceci est le signe d’un passage à autre chose que satisfaction ou insatisfaction.

Ce que, soit dit en passant, Nietzsche pouvait figurer comme « exercice de sa puissance », dont il attendait qu’il soit avant tout capable de la dureté du monde, de la vie. Ne s’arrêtant pas à toute la difficulté d’exister ; c’est pour cela qu’il y a, en Nietzsche, une sur-objectivité présupposée possible (Nietzsche dont la logique est celle de l’auto-affirmation de ‘soi’ sous l’auspice dérivé de la « puissance », comme capacité ontologique non subjective, extrapolation du je cartésien, du sujet).

Parvenir jusqu’au moi est pour chacun une opération tout à fait difficile et en équilibre ou déséquilibre irrémédiable ; manœuvrant aux alentours des gouffres (descriptibles selon la psychologie ou la psychanalyse ou la pensée lacanienne, tout cela différemment selon).

Et selon la version commune, celle construite au cours du 20éme, glissant de plus en plus dans l’irréel, l’individu atomisé collectivement et bientôt atomisé en lui-même, subjectivement (la représentation et les objets du monde humanisé réifiant, comme on disait, cette subjectivité en des attrappe-rêves divers et de plus en plus industriellement produits et détaillés et précis et ciblés ; nous en sommes dépouillés, véritables écorchés, vidés par toutes ces images tout à fait extérieures qui nous morcellent).

Or chacun est tout aussi bien noyé par ses illusions de signifiants qui promettent des signifiés, de solides et consistants et mangeables, dirait Dali, signifiés ; des objets (qui sont construits) ressentis comme des choses (données là) ; comme si donc l’objet en tant que chose produisait le désir, était intimement désirable ; ce qui est absurde. Rien dans le monde, mais également la vie vécue, ne correspond à l’arc de conscience, à l’intentionnel. Et donc une théorie, une vision du signifiant pur et brut est exigée. La chose, ou dit autrement le mélange imaginaire du pour-soi et de l’en-soi sartrien, le mélange hallucinatoirement incorporé, rêvé, sur-attendu dans le vie, lorsque l’on croit que l’on est, que l’on « sera », de la subsistante chose.

Or pourtant ça n’est pas la supposition d’une consistance du monde ou de la vie ou du corps (ou donc de la chose désirée, désirable) mais le rien qui anime le signifiant qui est appelé.

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