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instants philosophie

Unicité de l’être, unité de l’exister

6 Novembre 2021, 09:30am

Publié par pascal doyelle

Que la caractéristique du réel soit l’unité et non l’unicité, veut dire que l’unité se tient du rapport, et non de l’unité de la notion de l’être. À partir de l’être il devient immédiatement impossible de définir quoi que ce soit d’autre, et le devenir ou la pluralité ou la multiplicité resteraient incompréhensibles.

Si l’unité est la règle, alors elle prolifère. Et il est ici question de comprendre la nature du réel, serait-ce en tant qu’univers, supposé par ailleurs infini (dès que l’on pense ou pose la détermination, celle-ci est indéfiniment, cad infiniment déterminée, on ne peut pas intellectivement la limiter). Comprendre le réel ; l’être, autrefois, revu et corrigé par l’évidente démultiplication du réel, l’être qui fut resituer par le je, dont l’unité s’introduit dans le champ intentionnel.

Si l’unité du réel n’est pas l’être (qui est une représentation), alors elle est d’une autre nature et d’une nature telle qu’elle supporte qu’il y ait devenir(s) et sans perdre sa qualification d’unité. Si cette unité est rapatriée du monde sous la formulation de telle ou telle détermination, aucune ne parviendra à rendre l’orientation du réel.

On s’aperçoit de fait que la multiplicité, la pluralité et le devenir règnent et qu’il faut en rendre compte comme tels. Il est impossible de les déconsidérer. Si le réel devient, alors le devenir et la multiplicité (des réalités) et la pluralité (des sujets, seraient-ils extraterrestres, après tout on n’en sait rien) comptent. Comptent, cela veut dire que sans cette pluralité de tout de ce qui est, le réel manquerait au réel.

Il est déraisonnable de considérer la réalité comme absurde ou sans raison ou condamnée à la dispersion (ce vers quoi, pourtant, elle est destinée ; puisqu’au fin du fin toute la matière s’effilochera dans un (quasi) néant, sans jamais aboutir à un vide complet). On peut croire que cette explosion totale de tout est un feu d’artifice qui s’abîmera dans le presque rien, mais c’est une croyance comme toute autre. Parce qu’il est fort possible de se demander si il est juste qu’une telle quantité (infinie) d’énergie et puis de matière ait été ou se soit mobilisée pour rien du tout, pour un complet oubli sans personne pour se souvenir de quoi que ce soit ; la 40éme symphonie ou la Sixtine retournant à jamais en poussière, ne signifiant plus rien pour qui que ce soit, puisque plus personne ne sera.

On prend pourtant nécessairement l’hypothèse inverse ; que les réalités sont installées en tant que telles. On a présenté le même principe autrement ; les réalités sont des concrétisations, ou mieux des concrétions ; des mémorisations. Mémorisations des possibilités atteintes, performées si l’on veut, par « la réalité » ; peu à peu (dans une réalité infinie) les éléments (et au début l’énergie qui vient à se solidifier, à se refroidir) s’organisent et seul l’organisé dure, et instaure un univers, puisque l’organisé offre une plateforme suffisante et stable pour ce qui devient.

Il est donc une performativité factuelle de la réalité ; et l’organisé n’est rien que (si l’on peut dire) l’établissement de rapports en unités ; une unité existe non d’un « être » mais d’un ensemble de rapports (qui par ailleurs tiennent et se maintiennent, ce qui implique qu’il existe une énorme quantité de rapports qui existent mais ne tiennent pas). Aussi les réalités sont expatriées, en un sens, d’une masse de pseudo ou de ponctuels rapports qui passent et s’effacent, et sur cette mouvance en grains de sables momentanés ou même instantanés (puisque le temps et l’espace dégringolent au fur et à mesure que l’on descend dans l’épaisseur de la détermination, jamais totalement disparaissant), malgré la faiblesse ou la petitesse des rapports d’en dessous, il se produit des consistances (elles aussi momentanées, puisque grignotées constamment).

Tout est mouvement, mais les mouvements passent.

Mais si tout est mouvement alors le concept de mouvement est cela même et cela seul qui existe.

Et il ne faut pas se tromper ; le mouvement, le dit mouvement n’est pas nécessairement le laps de temps ou la distance entre. On a dit que le mouvement parfait est celui-là que l’on ne voit pas, à savoir le présent. Le présent n’est pas coincé entre le passé et le futur, et n’est pas le temps, mais l’exister ; le fait d’exister. Le fait d’exister contient le temps et l’espace, et il est non visible, et non mesurable (puisque la mesure se fabriquera dans et par le temps ou l’espace, ou le temps spatialisé, peu importe).

L’exister n’est pas l’être, ce qui veut dire qu’il ne forme pas un tout, gigantesque ou rassemblé, un ordre dans le monde, mais un fait, ponctuel, et dans cette ponctualité absolue (formelle, non déterminée, non visible) se forge, et s’organise tout le reste ; l’exister, le réel, est la cause, et les réalités sont les effets.

Ce qui revient à dire que cela seul qui existe, le présent, l’exister, suspend toute réalité dans sa stase, dans son mouvement, et que le sens des réalités, de l’être, est l’exister. Mais on ne sait pas ce que signifie « exister ». on ne connaît pas la nature de ce présent.

Pour tout ceci il faut entrer dans l’analyse du fait, du rapport, de l’exister, de la structure du réel. Déplacer la consistance, la solidité du donné vers la structure du présent est certes hasardeux, mais la structure du présent dissout effectivement toute réalité (tout ce qui est déterminé, fini disait-on jadis, est limité). De tout il ne reste(ra) rien, sauf qu’il y eut mouvement. C’est évidemment par ce point, qu’il faut choisir.

Mais de la réalité on a retiré qu’elle soit effectivement « ce qui est » (puisqu’elle disparaît ou disparaîtra, physiquement mais aussi qu’aucune mémoire n’en est conservé). Ce que l’on nomme réel dorénavant c’est l’exister, le mouvement distributif qui rend possible que quantité de rapports soient réellement réels (et donc consistant selon cette manière).

De sorte que l’unité se révèle (selon le rapport) en tant que distribuée dans la quantité de rapports ; il n’y a plus l’unicité du rapport unique, l’être, mais la multiplicité et la pluralité des rapports, possibles. L’unité est ce qui rend possible qu’il y ait un possible, puisqu’elle est l’unité du mouvement, ou donc d’un rapport. Et dès que l’on engage que le possible existe alors il prend tout. Il n’est pas le possible d’un quelque chose ; il y a un et même des « quelque chose » parce que le possible est cela même qui existe.

L’unité ne dit pas, en elle-même, qu’il y ait un quelque chose, mais l’extrême unicité de tout rapport ; aussi peut-on dire que sans cesse le réel devient au plus extrême de lui-même ; générant quantité de réalités, d’effets.

Que l’unité soit première, incorpore les unicités (et non plus l’unicité de l’être qui récupérait toutes les parties). L’unité est celle du rapport, lequel est constitutivement mouvement (et mouvant, ou donc éternellement mouvant, recherchant non la perfection qui serait un fait monolithique mais la perfectibilité, la délicatesse du plus accéléré et actualisé mouvement). Et ainsi mouvements.

L’idée de rapport, bien qu’elle indique une réalité constamment divisée, fondamentalement divisée (il existe d’abord la division et ensuite des réalités) possède en elle-même l’unité, mais évidemment une unité spécifique.

Non pas une unité d’essence. Parce que l’unité d’essence (outre qu’elle ne s’attribue qu’à dieu ou l’absolu ou la substance, et aux autres par dérivation, participation ; ce qui constitue un problème majeur, l’être récupérant toute réalité et réalisation, et principe, métaphysique, ne fonctionnant pas même avec le dieu juif et chrétien, qui, lui, demande que chacun continue la création et soit, adopté par le christ, co-créateur, ce qui signifie que la dite création n’est pas terminée, ni « parfaite », elle doit être en devenir, et sera encore plus renouvelée)

l’unité d’essence est une unité imaginée ; si on veut analyser cette essence elle est un tissu, organisé, de relations, de signes et de perceptions ; elle ne consiste pas en tant que « pensée » comme si la pensée existait en elle-même (alors qu’elle n’est que dans le champ d’une conscience).

L’unité du rapport suppose de facto qu’il se tienne d’éléments, qui eux-mêmes seront des mouvements. Validant dans son ordre même qu’il y ait réalités, et l’unité s’applique également en l’infinité de la quantité de relations, puisque l’obstacle théorique d’unités consistantes est écarté ; si l’origine de ce qui est, est relationnel, alors le relationnel s’étend partout d’une part et devient en lui-même selon sa propre dimension (de relation, de rapport).

Si le relationnel est la structure, alors il n’a pas de fin, mais il faut dans sa structure même découvrir sa logique et son être spécifique ; qui n’est donc plus un « être » tel que pensé-imaginé, et il faut alors le déplier en tant que relationnel, et supposé que si le relationnel est le réel alors il devient.

Mais ce faisant, ce disant on ignore encore en quoi consiste la structure formelle du réel, sauf que notre être, cad ce que l’on désigne habituellement « la conscience » tout en la confondant, déformant et simplement en la signifiant sans plus rien en savoir, cette conscience donc est, littéralement, le seul être, la seule manière d’être en tant que rapport qui se sait, ou donc qui se signifie lui-même ; soit la « conscience » ; aucun autre être n’a de rapport à soi, et comme ce soi auquel il a rapport, est le rapport lui-même, cad rien, purement formel, il peut, dans ce rapport, faire défiler tout ce qu’il voudra, tout ce qu’il signifiera.

La tenue du rapport consiste non seulement à ne pas se prendre dans ses contenus (à croire que quelque contenu remplace l’origine, quelque effet la cause, ou que l’image ou le moi sont le je, que la communauté est le droit), à ne pas s’identifier à ce qui est signifié, mais avant tout à établir la carte de ce rapport ; par ex le je ou autrui, la liberté et l’égalité, la vérité et la connaissance, l’universel, ou l’intention et le champ de signifiants.

Dieu, la vérité et l’universel (comme principe par-dessus quelque vérité déterminée que ce soit ou comme opératoire réglant les intentionnalisations, les idées), le sujet ou la liberté (hors et existant en elle-même pour quelque identité que ce soit, non en tant qu’identité mais en tant que rapport et reportée instantanément à sa propre structure autre ; si je est la structure (telle qu’expérimentée, à tout le moins, sans préjuger de ce que la structure-sujet est en elle-même, ceci dans l’hypothèse de la dimensionnalité de la structure, en tant qu’elle vaut effectivement en elle-même, et non pas seulement fonction d’un monde, d’un donné, d’un univers, d’une vie vécue, d’un corps vivant hyper individualisé par sa « fonction conscience » ; dans les deux cas la « conscience » est supposée mais dans la dimension elle est le réel, de la réalité)

si je est la structure, le rapport est en nous tout à fait autre que nous-même (quel que soit le nous-même).

Aussi l’unité de ce je est-elle formelle ; le je suffit à me distinguer de tout (et de tout autre je, et réciproquement, tout comme « je » est incommensurablement plus grand que toute idée, image, et même plus étendu que toute vie vécue, sinon il n’y aurait pas de « vie vécue »). Et quant à ma vie vécue justement, je ne suis pas Pierre Dupont qui « a » sa conscience, je suis Pierre Dupont parce que conscience ; dit à l’envers tout dépend de ce que le je fera de ce Pierre Dupont, dont il a hérité, pour ainsi dire, et qu’il tenait des autres consciences étant enfant, ou qu’étant enfant il supposait, structurellement, sans être en mesure, psychique et corporelle, de s’en saisir, d’en être saisi.

De là que pour tout moi-même (Pierre Dupont) il existe un devenir du ‘je’ brut, qui s’impose comme d’ailleurs dans la masse de déterminations du moi (un ailleurs comme la pensée, la révolution, la poésie, etc) ; et extraction soudaine qui permet et autorise à récupérer tous les devenirs de tous les je, qui eurent lieu et forment notre historicité (selon les différentes versions de la structure-sujet ; dieu, la pensée, le sujet, le réel.

Il est fondamental de saisir que la singularité du je passe par cette universalisation. L’universalisation est portée dès l’apposition de signes, de mots par ex ou de toute sorte de langage, elle est intégrée à la fonction intentionnelle elle-même, puisqu’un signe est un rapport et qu’il universalise de fait, il draine la perception ou le percept dans l’énonciation. L’universalisation est la version extérieure du rapport, mais le rapport lui-même n’a d’existence que singulière. Le singulier est la plus grande possibilité, et en vérité le possible pur et brut ou une structure approchante (la plus approchante que l’on connaisse) puisqu’ici ça n’est pas quelque chose ou quelqu’un en particulier qui se signifie mais le rapport lui-même.

C’est bien en cela que tout moi-même est profondément scindé entre d’une part une identité (déterminée) et une structure (dite autrefois universelle), et d’autant plus que Lacan permet de comprendre que la division est originelle ; c’est parce qu’il y a division qu’il y a un moi. Et par ailleurs cette division ne désigne pas d’abord le moi (et son unité imaginaire, qu’il prend parfois pour une division universelle) mais est le je.

Ce qui en ce sens simplifie considérablement, puisque le rapport est déjà instantanément l’unité de son rapport ; et il n’est pas besoin de s’engager dans une définition, déterminée, de l’unicité de cet « être », ce qui embarquerait dans l’indélicatesse d’une détermination (soumise à contradictions, arbitraire, particularisme, etc ; par exemple si l’on dit que notre être est la « volonté » c’est déjà trop, sauf d’entendre « intention » (la volonté n’est déjà pas l’intellect ni l’imagination ou la perception, l’idée en est déjà trop spéciale, et accrocher la volonté à un naturalisme est encore plus trop, pour ainsi dire) ; seul le rapport ouvre et ouvre le réel comme possibilité. Unicité se dit d’un être, unité se dit d’un rapport. Et si c’est d’un rapport (ce je, en quoi on retrouve la monstration de Descartes « ceci est un je ») il gagne à la fois son unité et son unicité (puisque l’on ne peut pas être la conscience d’un autre je, ou donc puisque cette conscience n’existe qu’en tant que rapport, ce qui est sa définition structurelle ; le seul être qui n’est pas un être, mais le rapport à soi comme rapport).

(l’unité - du rapport - est également ce sur quoi se fonde le nombre, et donc les mathématiques ; le nombre est une variation, indéfinie, du un (rapport de la chose à elle-même) et peut être compté).

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