Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
instants philosophie

Naissances du Possible

11 Décembre 2021, 09:25am

Publié par pascal doyelle

Le but premier est d’éclairer la structure qui nous anime, via même des perspectives que l’on pourrait juger hétérogènes.

(puisque notre être n'est pas une idée mais une structure, intentionnelle)

Et le but moyen de voir un peu plus clair dans l’histoire de la philosophie, et de l’historicité.

La finalité dernière est de comprendre le sens de tout ce qui est (on en est loin).

Alors habituellement on bute sur des qualificatifs ; tel l’infini ou l’éternité ou l’absolu ou le un ou le Bien ou l’Être, etc. On ne sait pas du tout ce que cela signifie.

L’infini, « ce qui n’a pas de bornes », est une sorte de vide, d’idée vide. Et nous voilà dans la problématique hégélienne ; l’être ou le néant, c’est pareil. Ça devait l’agacer très fort, puisque Kant définissait des tas de réalités, mais supposait un nouménal. L’écrin transcendantal et au dedans on ne sait pas, on ne sait rien. Et Kant, cependant, parvenait à mettre en lumière toutes les procédures et tous les repères, antérieurs au nouménal et au point de compte non plus sur une définition de l’être (ou de dieu, ce qui est encore plus illusoire dans l’ambition ou la vanité) mais sur précisément l’ensemble des descriptions procédurales du transcendantal ; voulant, de par sa structure fine justement, comme preuve d’un fait organisé absolu et donnant le sens, la signification de la structure de « la pensée » qui n’est plus la-pensée, métaphysique, mais l’ontologie, la présence ordonnée ici même, dans le monde, la vie ou le donné, telle qu’elle s’expose si l’on y réfléchit. Si l’on amène l’attention non plus aux finalités habituelles, métaphysiques (en se laissant mener par le bout du nez de suivre les contenus des idées ou des notions en enfilade, jusqu’à dieu, au monde-idée ou au moi), mais conduit cette attention à s’observer elle-même et supposer de cet « être » spécial qu’il est spécifique et indique par l’orientation de son regard, de son intention, de son jugement, de son activité vers « où » tout cet ensemble de structures avance.

Aussi Kant veut-il relancer la philosophie non plus sur la notion mais sur la réflexion ; la réflexivité sur cet être, spécial, et cela veut dire qu’un discours nouveau est requis et Kant en opère immédiatement le déroulement. Et ça fonctionne tellement que Hegel appliquera le déploiement de l’ici même, de cet être spécial, sur toute l’historicité ; offrant une telle quantité de perspectives que l’on n’a pas fait mieux depuis. Les deux phénoménologies (de la conscience et du savoir absolu).

Ce qui veut dire que l’on ne se contente plus des notions indéfinies (l’infini, l’éternité, le un ou dieu, interprété théologiquement) mais que l’on va vouloir désigner ici même cela-qui-agit. Kant et Hegel ne procèdent pas autrement ; il s’agit de montrer l’agissement de ce qui est, là où cela existe.

De même que Descartes ne signifie pas une abstraction mais un dispositif ; cet être qui use de la pensée et qui n’est pas la pensée. Une « chose qui pense » doit s’entendre comme « il y a un - réel - qui pense », qui se représente, qui signifie. Et la pensée subit une redéfinition, que Descartes ne mène pas jusqu’au bout.

Et pour une bonne raison c’est que l’on touche là au réel même ; non plus à dieu, le un ou la pensée en soi, mais à ce qui se passe ici même, dans l’agissement ; ce que Kant essaie de calibrer et Hegel de décrire dans son activité même ; et si cet agissement est le réel-même, alors il serait plutôt surprenant que l’on en vienne à bout en une fois. Aussi de Descartes à Lacan cette structure active est-elle multiplement décrite, abordée par tous les chemins, et y compris par Nietzsche et Heidegger ; la Volonté ou l’ouverture de l’Être. Dont il s’agissait de décrire l’altérité de la structure ; la volonté comme Volonté, autre, surhumain ; ou son hyper objectivité métaphysique ; l’Être nous plie à sa capacité, sa grande capacité non humaine, voire inhumaine…

et effectivement la structure opérante, ce dispositif en nous, c’est ce qui nous produit, littéralement ; le moi est un moyen, l’humanisation est un moyen, notre subjectivation est, en un sens, générée par le grand processus réel qui dispose notre détermination afin de s’imposer. Ainsi le moi supporte peu ou à peine de devoir subir la liberté ou l’égalité ; si il suivait l’unité immédiate du corps, il ne chercherait que sa plus concrète satisfaction ; c’est seulement si il « fait comprendre » au corps, au vivant, au dynamisme du vivant qu’il existe un déploiement plus grand qu’à partir de là la liberté ou l’égalité, la pensée ou l’esthétique, etc, prennent place dans la perception.

Créer une image extensive de notre être, vivant, est évidemment l’enjeu bien effectif. De là qu’il faille d’une part que s’impose l’humanisation et d’autre part la personnalisation en cette humanisation (soit les deux derniers siècles, préparés diversement). Nietzsche et Heidegger voulurent relever d’une sur-image assez baroque, respectivement, puisqu’ils pressentaient l’absolue altérité de la structure, du dispositif de cet être spécial.

Qui ne se confond pas avec le monde, le donné, ou même sa propre vie, mais s’en distingue.

Il fallut donc que Sartre et Lacan s’interposent et analysent cet être en tant que spécifique et notamment spécifique en tant qu’intégralement et en toute intégrité formellement distinct du donné (l’en-soi) et du corps (inconscient).

Cela sous-entend que l’on ne pouvait pas demeurer dans la dépendance théorique de la pensée ; ce que Descartes, Kant et Hegel, malgré tout, conservaient. Puisqu’il est extrêmement difficile de se passer de l’universel tel qu’exprimé, exposé, si l’on veut comprendre quelque chose à quoi que ce soit.

Ça n’est donc pas d’annuler l’universel qui devrait être pris en compte mais de découvrir l’universel adéquat au réel ; cad à cet être spécial qui, entre autre, pense, et d’une manière générale signifie ; il signifie via ses mondes humains ou via ses esthétiques ou ses éthiques, qui organisent des champs de perceptions.

Il n’est aucune autre possibilité, pour maintenir l’universel d’un bout et tenir le réel de l’autre bout, que de supposer l’exister. L’exister, jadis invoqué par St-Thomas (en gros le fait du « là », qui relève de dieu et de dieu seul et que la pensée, humaine universelle, ne peut pas aborder).

D’une part l’exister, et d’autre part le possible.

On tient ici que le nœud absolu et formel est celui de l’exister et du possible, comme formellement le seul absolu pensable. Il y a un exister, cad pour nous un présent, parce que le Possible règne. Peut-on dire du possible qu’il « règne » ? Évidemment non.

Si le possible est c’est afin que les rapports (des choses, des êtres et des sujets) s’autonomisent d’eux-mêmes ; on n’imagine plus, de cela, qu’il y ait une réalité réglée sur un Ordre mais que l’ordre est dans et par les réalités ; si les choses ou les êtres sont complexes c’est qu’elles et qu’ils sont les rapports (complexes) qu’ils sont, qu’ils existent.

Et imagine-t-on une « réalité » qui ne soit pas complexe ? Non.

Donc la réalité repose sur sa propre densité, laquelle est désignée comme rapports. Il est ainsi impossible de la penser autrement que selon la possibilité qui s’actualise (dans les rapports qui doivent absolument s’effectuer eux-mêmes et d’eux-mêmes).

Mais alors le fait structurel absolu est l’actualisation. C’est cela qui devient. Non pas ce qui est actualisé mais la possibilité, absolument et formellement conservée comme telle (activité).

Ce disant, que l’exister et le possible formulent le réel, on comprend bien que l’on ne répond pas au problème, on le pose.

Et il faut voir, entendre la pensée (depuis toujours et depuis « la pensée » et « dieu ») comme la manière d’approcher le problème, de le formuler en tant que problème.totu au long l’attention s’est portée et déportée vers le problème, soit donc l’articulation que dans le réel il y en a au moins un qui perçoit le réel. Et donc ne l’est pas.

Mais si cet être spécial ne l’est pas, l’événement est considérable. Parce qu’il implique que le réel supporte cet être spécial. Une telle spécialité ne peut pas, ne pourra pas s’effacer dans un être inerte et sans conscience. Il faudra que le réel soit au moins égal à cet être dans sa spécialité même et qu’il y soit entraîné. Il ne serait pas conséquent du tout que la spécialité du réel soit inférieure à la spécialité de cet être spécial, il serait même plutôt préférable qu’il, le réel, lui soit supérieur ; qu’il soit une plus grande articulation (que cette spécialité en nous).

 

Et évidemment on a vu que la spécialité est celle de la caractéristique de « sujet » en tant que la structure-sujet, en forme de sujet est seule parfaite, au sens où parfait signifie « perfectible ». ou donc il ne convient pas que si dieu, l’absolu, l’esprit ou le réel sont qu’ils soient seulement ce qu’ils sont. Mais bien qu’ils soient sujets, susceptible de devenir, de modifier leur être, de sorte qu’il devient impossible de définir le réel comme un être déterminé (et qu’une hyper-méga détermination, supposée et surtout imaginée, puisque l’on n’y comprend déjà plus rien, que cette hyper-méga est dépourvue de signification). Ce qui est parfait c’est ce qui est peut se modifier soi et qui, même, existe afin de se modifier, d’œuvrer, de travailler à cette redéfinition continuelle de soi. Donc une structure-sujet.

La métaphysique (qui veut constituer le réel en tant qu’être, objet d’un discours qui en analyse la notion, l’idée) ne peut pas atteindre le réel, donné là, or pourtant c’est le réel, donné là, qui entre dans la philosophie. On a vu qu’elle ne disposait pas de la notion adéquate ; à savoir l’exister. Mais que l’exister s’introduit dans la philosophie via le sujet, qui, lui, existe « là » bel et bien ; le sujet, acté, pris en compte dans un discours qui le constate (Descartes), le décrit (Kant et Hegel), l’analyse (Sartre et Lacan).

Ce qui se démontre par ceci c’est que le réel ne change que d’être articulé au sujet, et à sa logique. Puis la logique doit venir surajouter au sujet ; si le sujet est le seul effectivement réel, alors le réel est en, par et pour le sujet ? Non pas. C’est le sujet qui actualise, pour sa propre part, le mouvement effectivement réel ; soit donc l’arc de conscience existe dans l’arc du présent et le présent est l’articulation qui déroule absolument, formellement tout ce qui fut, est, sera.

L’ajout est qu’alors l’exister, le mouvement est cela seul qui existe (le reste est). L’être est conservé mais rétrogradé et pour le dire retardé, littéralement, dans la nasse, la suspension du présent. Dont on ignore la nature, la structure, mais qui paraît s’imposer comme dimension en lui-même. Et ce dont il est question. À savoir que si le réel est sujet, alors le présent est son agent, son agent tel qu’il nous est, en tous cas, donné, offert. Dit autrement le présent est peut-être feuilleté. Le présent est cela même qui travaille la réalité afin que le réel, le mouvement, augmente constamment sa capacité.

Que l’on puisse avancer, de fait purement gratuitement ou presque, que le présent est l’agent de la structure-sujet, paraît, à juste raison, supposer que le présent est seulement une stase, une suspension (celle qui nous est accessible) d’une encore-plus-grande expansion, d’un encore-plus-grand présent, d’une dimension intégralement suspendue à cela même dont on a reconnu la logique, à savoir que Possible.

On a dit déjà que le réel est plus grand que lui-même (et c’est sa raison d’être, il y a une réalité afin qu’elle soit plus grande, qu’elle existe en et par l’infinité de tous les rapports qui l’actent et l’actualisent et un rapport ne vaut pas hors de lui-même, mais n’existe que de se tenir comme rapport, qui inscrit le devenir dans son pur, et brut, voire brutal, devenir ; il n’y a pas de rapport sans devenir, et visiblement la réalité est totalement livrée au devenir, elle s’en constitue).

Mais on doit dire aussi que le Possible est donc infiniment possible.

Rappelons ; le but n’est pas de prétendre l’infiniment possible réel, ou le possible infiniment réel. Ça c’est une chose. Mais de comprendre à quel degré le réel peut s’élever en considération de sa seule capacité constatée ici même.

Et on constate que, visiblement, tout est livré au présent.

Et on en cherche la raison sans présupposer autre chose qui dépasserait le rayon d’action, d’activité, d’agissement, de devenir du présent. On admet ainsi que le présent est infiniment actif.

Et par infiniment on n’entend pas une activité ineffable, mais la réalité et le réel de ce qui se déroule.

De même que ça n’est pas le nouménal qui devient (le nouménal ne devient pas) mais « la pensée, rendue par Descartes, enfin sujet » (Hegel).

Ou le corps coupé, par son milieu, du signifiant (Lacan), en ce que nous n’existons que par et donc dans cette coupure.

L’intérêt de ce genre de spéculation vient de ce qu’alors notre être, qui est la marque la plus fervente ou manifeste du devenir, s’analyse toujours plus précisément. Et plus il s’analyse, plus il devient. Ce qui se remarque absolument depuis l’historicité, depuis que sur la scène du réel s’est ou fut introduit la question de notre conscience qui n’est en elle-même aucun de ses contenus, c’est la prolixité, profusion de tous les contenus, épuisés en un quart de tour, puisque, dès lors, on sait que l’on n’est pas ce que l’on est. Que donc, pour nous à tout le moins, le réel est autre.

Comme il serait un peu bizarre que seul notre être soit autre (soit selon une autre-logique que celle de l’être qui est ce qu’il est), il convient donc de supposer que toute la réalité admet le même devenir ; elle devient-autre ; et il y a une réalité parce que devenant autre. C’est la définition même de « la réalité » et donc, ici, du « réel » (comme forme de cette réalité).

Ce qui ne contredit pas du tout (pour les croyants) que dieu soit l’acteur, le sujet justement ; puisqu’il est prévu, à terme (si l’on peut dire), que tout ce qui est sera re-Créé, qui tient non selon l’être mais de l’exister pur, soit l’intention-sujet qu’est dieu. Quel sens accorder à cette re-création ? Étant entendu, pour ceux qui l’ignorent, que la dite re-création a déjà, très catholiquement commencée, depuis la résurrection ; celui qui ressuscite est celui par qui tout, originellement, fut créé et donc il a-déjà lancé la re-création (ou plutôt il a obéi au Père, qui seul décide, puisqu’il est l’Intention qui ne se voit pas, dans l’être, mais existe ; la sainteté, qui est unique, il n’y en a pas d’autre, consiste à admettre totalement la volonté, l’intention du Père).

 

Dit autrement l’infini, cad ce qui qualifie l’être ou dieu (dans la métaphysique depuis chrétienne, et dont on ne sait pas ce qu’il signifie) et la pensée (chez les grecs, sauf que ça décroche avec le Un de Plotin, dont « on ne sait pas ce que c’est », sinon, donc, le rapport en soi ; l’intentionnalité c’est à cette fin que l’on comprenne que la pensée est signes dans un champ intentionnel, lequel de cela s’étend et étend la réflexivité sur ce déploiement, comme la politique ou les esthétiques, l’humanisation ou la personnalisation) c’est absolument parlant l’actualité, l’actualité du possible et donc le possible comme actualité ; l’actualité qui est ce que l’on constate ici même comme activité et exclusive et unique activité, cette actualité n’épuise pas le possible … cela veut dire que le possible est ce qui utilise l’actualité, le présent ; sinon le possible se terminerait dans une détermination, or on n’a pas retenu cela du tout ; ça n’est pas un quelque chose qui devient selon le possible, c’est le possible qui crée de la détermination. Et c’est pour cela que l’on précisait « absolument parlant » ; c’est qu’il faut décider, est-ce la détermination qui est le réel (cad les choses, les êtres, le monde, etc) ou est-ce le présent, le formel (qui ne se voit pas) qui est le réel ?

 

La forme du réel, soit le présent, totalement non visible (non déterminé) est ici admis comme le-plus-réel, cad le possible pur, et brut. Cette position valide, pour le moins, l’étrange situation du je qui s’adresse, adresse sa capacité, son attention, son intention et son intentionnalité à « on ne sait quoi ni comment ». Bien que l’on ait progressé radicalement depuis Descartes qui tourne l’attention non plus sur la notion, l’idée, mais sur le dispositif ici même (Kant, Hegel, Husserl, Sartre et Lacan et Nietzsche et Heidegger de leur côté, la Volonté plus grande que la volonté et l’Être plus grand que l’être, soit donc l’intentionnalité et l’exister Volonté et Être signifient littéralement l’intentionnalité et l’exister, soit donc l’indéterminée ontologie, ou de l’ontologie de l’indétermination, non, forcément, non visible, puisque c’est celle du Possible brut).

On considère donc l’étrangeté, brute, de notre situation ; que sommes-nous vraiment ? Quel est notre « être » ? Pourquoi, et comment, livre-t-il tout ce qui est, tout ce qui lui tombe sous la main, et tout cela même qu’il fait, qu’il fabrique au défilement infini de l’indétermination de sa structure ? Il est en notre être une brutalité inexprimable du fait.

On reviendra sur ce qui constitue cet être spécial, que l’on dit spécifique (cad ontologique et non pas seulement spécial dans le monde déterminé) ; et singulièrement sur son feuilletage.

Une « conscience » n’est pas une identité (elle serait déterminée comme ci ou comme ça), puisque son « être » est structurel et manifeste, concrétise une relativisation du déterminé dans l’intentionnalité qui certes sait un côté, un bout du rapport, mais lui manque toujours l’autre bout, l’autre côté. Qu’il soit a priori ou a posteriori.Il est une suspension de la réalité dans et par l’intentionnalisation qui est un rapport (tout mot, tout signe, toute phrase, etc, sont des rapports).

 

Si l’on ne saisit pas, c’est peut-être que l’on croit qu’il est une causalité. Que le réel cause les réalités, que la conscience cause les contenus. Que dieu existe avant le monde. Que voulez-vous que fasse dieu avant le monde ? Il faut concevoir que tout vient ensemble en une fois. Et que c’est cette fois-là qui se travaille et se retravaille dans un temps interpolé, cad un présent feuilleté.

De deux choses l’une : soit cette interpolation est réelle, effective, ce qui veut dire en clair que cela occupe un « présent » en soi-même, à part, autre. Soit c’est seulement une manière de définir ou approcher la capacité intentionnelle elle-même. Et donc en ce cas de montrer que le rapport, notre être qui n’est pas un être, s’établit de toujours plusieurs plans à la fois.

Est-ce étonnant ? Se soutient-on de « qui » l’on était il y a dix ans ? Ou trente ans ? Cette rétrocession se conçoit-elle sans prévision ? Est-ce que l’on ne « voit » pas qui l’on sera ? Agissons-nous, décidons-nous, imaginons-nous sans le futur ? Notre conscience occupe toute la longueur, réalisée ou non, et se « conçoit » d’une idée-image-comportement etc, comme l’on voudra, en fait de toutes ses potentialités, de toutes ses facultés, y compris la perception.

On ne sait pas délimiter cette idée-image (ou image-idée, peu importe puisqu’il n’y a plus concurrence de la pensée, de l’esprit ni même du conscient depuis la conscience du je (Descartes et Kant), la phénoménologie (Hegel et Husserl) ou l’inconscient (Freud, Marx ou Lacan). Tout ceux-là revenant à ceci, que dans une activité de conscience qui non pas crée intégralement tout ce qui lui vient mais organise ou commence d’organiser dans des champs (qui ne sont pas seulement pensés, raisonnés ou conscients) toutes les données.

Et ce faisant elle se positionne. Le champ intentionnel oriente son attention. Au lieu, par ex, de se confier au groupe (qui fait office de véridicité, de conformation des vérités) il faudra que chacun devienne à lui-même une centralisation capable de se gérer (à tout le moins, ou de projeter et entreprendre, à tous les sens), et donc qu’il ait sur lui-même un autre-regard (la raison ou le christ ou la science ou l’idéologie, libérale ou communiste, ou la mass médiatisation, etc) ; et donc le « je » est une capacité non pas de ‘soi’ (de cette identité qui tiendrait par elle-même) mais de l’externalité du regard, de l’intention ; il est cette capacité (objective ou subjective, c’est selon) de se-voir du dehors. Et ainsi ; de quel « dehors » ?

Le « je » n’est pas une identité mais un dispositif et un dispositif au point de créer, de rendre possible une Constitution organisée de la société humaine et de mener quantité de discours, d’idéologies, de représentations, d’esthétiques, etc. Il est la structure-même du réel humain.

Comme on est passé de la résolution de la réalité par le groupe, à la considération de la réalité telle que « là » (que ce soit le monde, universel, unique, grec ou les je chrétiens, individués, puis égaux et puis libres, le christ, Descartes, il faut que le sujet s’auto-acquiert et non qu’il soit seulement instauré par le regard divin) ont requis des paramètres plus précis et intégrés (dans la conscience de chacun, que ce soit comme théologie ou philosophie ou révolution citoyenne, ou roman, cinéma ou télévision, qui renvoient à chacun une image de soi, et ça n’est pas du tout négligeable, évidemment).

Et la structure nettement exprimée, de ces positions, est effectivement suivie par la philosophie (de la métaphysique à l’ontologie de Sartre ou Lacan) qui décrit point par point le déplacement du sujet sur le plan du réel donné là. Par exemple on tient ici que Descartes instancie le je christique mais rendu au monde donné là, et que la révolution (liberté, égalité, fraternité) est la manifestation devenue de l’accès christique (tout cela est évident). Si cette structure était livrée aux « idées », on en trouvera et on en trouve quantité de divergentes, voire hallucinées, ou trop immédiates, mais la structure, étant formellement un réel consistant (et même de la consistance du mouvement, seul réel) agit et réagit en tant que selon sa structure, laquelle est indéterminée parce que le possible est la Possibilité.

Aussi l’intégrité (l’éthique du je qui s’éprend de la structure brute) intervient-elle ; tel je voudra rendre compte le plus explicitement possible de sa situation, de la position possible de … la Possibilité, se remarquant de son indéterminité puisque c’est de la forme indéterminée du réel (qui entoure les réalités selon le Bord, en l’occurrence le présent, comme Bord toujours-là du monde) et c’est pour cela qu’elle sera retenue, historiquement, marquant une rupture à la source même de ce qui devient, immanquable, irrémédiable, s’instanciant comme repère de structure, et sans doute née tout à coup d’un-tel ou de tel autre, mais surtout d’un Fait majeur d’historicité, à l’origine étrange, dieu, ou Moïse, Jésus, Socrate, éthiques divines donc, puisque c’est le structurel qui inter-vient et qui suspend le temps, il est antérieur au temps, et donc à tout ; ou la pensée, la révolution, surgissements du possible brut.

Et rien ne peut épuiser le réel, puisqu’il s’agit du possible brut, lequel se caractérise ou se définit (fonctionnel ou dimensionnel) comme re-tour sur lui-même, nouveau tour, renouvellement ; le rapport est cela seul qui peut re-venir sur ses débuts à partir de ses achèvements.

Commenter cet article