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instants philosophie

Le réel selon Münchhausen

12 Février 2022, 07:49am

Publié par pascal doyelle

De manière tout à fait générale on dira que le « réel » est tel le Baron de Münchhausen qui - dans le film de Terry Gilliam - pour se sortir de l’océan, au péril de sombrer, se tire lui-même hors des flots, par les cheveux et se suspend jusqu’à s’élever.
Le réel c’est pareil.

Il n’y a pas de préalable au réel, parce que le réel est le possible ; le néant existe tout comme l’être (au sens générique, simplement désignateur). Et le néant n’offre aucune résistance à l’être et tous deux sont communément réels. De telle sorte que le Possible règne et est la seule et unique règle. Donc tout est (ce qui ne veut pas dire que tout ce qui est imaginé, est ; une licorne est un mélange, d’un cheval nanti d’une corne frontale). La question de la raison d’être du réel n’a pas lieu; le possible existe et est de fait possible (le possible non existant n’a pas de sens).

Et la question devient ; jusqu’où le possible est-il possible ? C’est en cela que le possible se suspend à lui-même, à sa réal-isation et donc au devenir brut. Au devenir non de quelque chose mais devenir du devenir.

Le curieux est que la question ne peut pas cesser ; sinon le possible cesserait et donc tout cesserait.

Deuxième application du possible ; il doit se réaliser. Il sera donc un rapport. Ce qui est en rapport seul peut devenir ; l’être, au sens strict cette fois et non plus générique, est second (et ensuite secondaire et finalement dispersion et quasi disparition, sans jamais parvenir au néant total, un presque vide indéfini, glacé, noir), et surtout l’être est déterminé et toute détermination cesse à un moment ou l’autre, et est en lui-même limité, limitatif et fixé en telles déterminations données ; elles se produisent et puis se détériorent, et de toute façon ne sont que composées (composées de compositions et sans doute de flux, de variations de mouvements, d’énergie donc).Le rapport, qui est donc ce qui devient, peut indéfiniment (et donc infiniment) se modifier.

Et d’autre part, qu’il y ait devenir signifie, implique que cela qui devient existe non pas tant en soi (ce qui ne veut rien dire puisque tout est devenant) que par soi ; il faut que ce qui existe – se – réalise, qu’il soit tout à fait ce qu’il est et qu’il ne dépend pas d’un aperçu, d’un ordre préalable, d’une essence réelle ou d’une idée idéelle, qui se situeraient on ne sait où ; que chaque chose soit un rapport c’est ce que cela signifie ; elle se lie à elle-même en son activité (et est cette activité, l’abeille est une abeille et son être est son comportement qui n’est pas celui d’un bourdon).

Ontologie (structure active)

Le réel, dont la raison est instantanément son existence (réaliser la Possibilité, de tout) et sa logique (le possible) désigne également son moyen ; le rapport, qui réalise, rend réel ce qu’il agit, un rapport agit, il n’est que cela, et son effet ce sont les choses, les êtres et les consciences (autant que l’on sache et sans préjuger de ce qui peut-être existe hors de notre horizon tel que donné).

De même l’universel, la pensée, les idées, les mathématiques encore plus, sont des rapports ; des universalisations ; leur stabilité même convient à leur statut, leur consistance non pas d’êtres, mais de rapports ; un est le rapport de soi à soi, deux forment un « un » qui est dit « deux » et peut être composé ou décomposé, additionné ou soustrait, etc, jusqu’à peut-être aboutir à une inégalité, mais qui devra être expliquée par une égalité de substitution (qui dépliera l’inégalité et donc la résoudra en l’expliquant, en remplaçant un rapport, absenté, par un rapport supposé et puis sans doute vérifié ou hypothétique).

Le rapport lui-même est la stricte possibilité (le n’importe quoi n’existe pas, dans la subjectivité elle-même le n’importe quoi est toujours soit déterminé et reçu tel quel, soit relève d’une intentionnalisation, consciente ou non, ou inconsciente et liée, mais n’est pas « n’importe quoi »). On ignore ce que comporte l’idée même de rapport. Mais on sent confusément que si tout s’échappe de ce que l’on veut saisir, le mouvement lui existe. Et que donc l’exister, cette activité, est le réel même.

Ce qui entre en rapport ne tient pas à son être, c’est au contraire cet être, quel qu’il soit, qui est né du rapport, puisqu’il n’est, dans sa déterminité même, que les qualités que sont ces rapports (plutôt que tels autres). Que dire alors d’un être, qui n’est pas un être, mais une structure de lien, de relation, de signe ? Qu’il n’existe que dans la forme stricte du rapport pur, sans doute, mais du rapport brut, surtout. La dureté du rapport, de ce qui n’est pas, et n’obtient aucun repère sinon de commencer de positionner ce mouvement lui-même par lui-même ; quelle autre partie du monde, de ce qui ne serait qu’une partie de monde, pourrait-elle le désigner ? Il ne peut que se signifier. Mais cependant comme c’est un rapport, il ne se tient ni de son départ ni de son terme, auquels cas il cesserait, donc il se tient de lui-même ; il est saisi de lui-même et non pas saisissant quoi que ce soit. C’est ce saisissement d’en-haut qui lui vaut. Et sans laquelle orientation il ne peut établir, lancer, supposer aucune stratégie et donc annulerait ainsi tout rapport possible, la cessation même de son exister et son enfoncement dans un donné quelconque. Les ténèbres.

Le rapport est donc par hypothèse la plus grande cohérence possible et, dans la réalité, commandité de fait dans les choses, les êtres, les consciences intentionnelles (et éventuellement d’autres êtres que l’on ignore). Puisque le rapport ne donne rien de consistant, mais le mouvement seul, et engage alors choses, êtres et consciences à tenir ce rapport qu’ils sont.

Si on insiste sur le rapport c’est qu’il formule très spécifiquement ce par quoi on désigne « le réel ». à savoir le formel à l’état pur et comme on a dit le formel brut « qu’un réel il y a » (nécessairement puisque le possible existe tel quel en sa consistance même ; il y a forcément le possible brut, puisque le possible n’est ni l’être ni le néant, et n’a pas à se justifier en quoi que ce soit. Le possible est cela qui occupe tout le champ (du possible).

Et c’est donc également cela même qui devient ; le possible devient veut dire que le possible est de plus en plus grand. Évidemment « de plus en plus grand » ne s’applique pas à l’énergie infinie et brutale du début, aux qualifications localisées et actuelles des vivants et leurs capacités, aux consciences et leur investissement, leur articulation dans un espace-temps de signes, cad de champs intentionnels et donc d’horizons et d’horizon réel unique (la position « qu’un réel il y a ») et qui dépend de « leur propre volonté » (et éventuellement tout ce que l’on ignore de la possibilité structurelle du réel).

Devenir de plus en plus distinct, veut dire un rapport qui se Crée : c’est sa nature même, son essence, sa logique, son fait (qui est un mouvement, Création ; une chose déterminée est créée, un rapport Crée). Pur, brut, et brutal devenir. Donc tout est. Et le caractère formel sur lequel on insiste est que le fait effectif du possible est cela même qui se nomme Présent. On ne sait pas encore sinon approcher mais non pas définir le possible du possible ; par ex ; on ne sait pas ce que dieu, l’être, le christique, le sujet, la révolution, le réel signifient, impliquent, supposent et prédisposent, tout cela est justement ce que l’on expérimente, ou donc ce que l’on éprouve au sens le plus total qui soit ; que l’on songe au christ… ou au moi-même en tant que perdu dans son bricolage d’être imaginé il s’égare et se tord en tous sens, se tord sur lui-même ; le Moebius de Lacan, son tour-ment, si l’on veut,

de même que Descartes faisait re-tour, un nouveau tour sur soi, qui du coup n’est plus le même soi : il fut créé une structure-sujet de ce qu’il intervenait non plus seulement dans ses idées (des réseaux intentionnels qui par les signifiants modulent des signifiés, eux-mêmes liés de signifiants) mais intervient dans la visibilité de son propre champ, et cette introduction, cette intervention produit un rapport/signifiant, capable de signifiés et de signifiants, et ainsi un champ et donc un horizon. Ou si l’on préfère ce positionnement est une tactique dans une stratégie qui introduisant à un réel tel que là (le je, et ce au-devant du monde-étendue) il est possible de déplacer ce réel sur une surface réelle (et la révolution dressera le champ humain des sujets libres, par ex, pareillement chacun devant le réel donné là, l’existence qui existe et est autre).

Soit donc l’exister. Non pas l’être ou ce qui est mais l’exister comme acte, activité, mouvement, devenir, on nomme cela comme on veut et qui existe sous ce qui se nomme le temps (ou l’espace). Le présent est ce qui « contient » tout le reste. Et le présent ne se voit pas. Il est ce en quoi tout se voit. Le présent lui-même est le contenant-mouvement et tout entièrement clair et transparent ; c’est « ce qui se passe » dans le présent continuellement actif qui compte ; jusqu’où donc le présent ou l’exister ou donc jusqu’où le possible peut-il exister ? On ne sait pas et rien ne le sait (et pas même le fils, sauf le père qui seul se tient au bout de tout ce qui fut, est, sera, aurait pu, devrait, a peu être, etc).

Le présent est la forme de tout ce qui est, sera, et de tout ce qui fut. Et insistant sur son caractère absolument formel, veut dire qu’il se dresse instantanément et travaille en et par cet Instant Unique absolument formel qui seul Existe. Et dont précisément ce que l’on nomme «conscience » tient sa structure ; dans la totalité de tout ce qui est, des choses, des êtres (vivants ou équivalant, après tout on ne sait pas jusqu’où les rapports sont capables de s’inventer), dans tout ce qui est donc il y a au moins une sorte d’être qui se-sait ; dont l’être est autre que soi, ce qui veut dire qu’il est un rapport ; et ce rapport est le se-savoir, de toute « conscience ».

Raport, conscience, qui ne se sert pas de « pensées » mais de signes, qui désigne et manifeste son intentionnalisation. Le royaume de signes est immensément plus grand que celui des pensées, et crée l’ensemble des domaines intentionnels, constitués d’indéfiniment de champs intentionnels. Aussi l’activité de conscience outrepasse la philosophie classique, et le conscient et avec Sartre on a compris que la conscience de chacun existe comme et par et selon le corps, ce que poursuivra Lacan en analysant le dehors de la spirale que produit une-conscience dans-un-corps. Une conscience dans un corps ne dessine pas un cercle, mais un cercle ouvert et si le cercle est ouvert en son terme alors il sera ouvert en son origine…

Réfléchissons à cela que la structure « rapport » ne pousse pas seulement l’incertitude du terme, de l’effet, du résultat mais de l’initial, de la source, de la cause, du début. Le rapport est cela même qui permet de re-venir sur le début (ce qui est totalement impossible si il n’existait que l’être, déterminé en lui-même). C’est pour cette raison que si le rapport existe, il est absolument le réel ; il n’y a pas quelque chose qui subirait un rapport : c’est le rapport (dont la nature, la structure est ignorée) qui existe. De même que la règle de ‘ce qui est’ est le possible brut. Nous passons de la nudité du réel pur possible entièrement donné à son devenir et ce devenir est immédiatement et même instantanément lancé comme réel et c’est seulement au-dedans ce réel élancé qu’il travaille, qu’il œuvre, qu’il se crée et se recrée puisqu’en tant que réalité, manifestée, il se Voit.

La visibilité, qu’il y ait donc une réalité (qui est une réalisation de rapports, tous actifs par essence, par nature, par structure), signifie, implique, impose qu’elle se modifie ; le principe même (identique au Possible comme seule règle du réel) est la modification, la transformation.

En quoi la perfection, réelle, consiste non pas en une image figée, mais en la perfectibilité. Et seul un sujet, ce qui veut dire un rapport existant ou si l’on préfère vivant au sens suréminent est capable de devenir. L’existant est donc pour nous, ici, l’antériorité dont le vivant est une attirance. Par attirance on désigne la capacité du passé d’être étiré vers l’à-venir étant entendu que le présent est admis comme dimension autre, antérieure et au-delà du temps.

Ce qui paraît néanmoins absolument logique si l’on tient que la règle (de ce qui est, génériquement parlant) n’est pas l’être (le donné et le passé expliquant le donné) mais le possible brut qui ouvre constamment ce qui se peut. Le temps existe parce que la logique qui imprime les réalités s’impose comme présent qui tient et détient tout ce qui est et œuvre en perfectionnant continuellement, constamment, tout ce qui est, fut, sera et, donc, existe potentiellement. Ce qui compte c’est l’augmentation, l’intensification, la densité, le distinctivité de ce qui est possible et cela ne se peut que si le déterminé (les réalités) sont relatives, et relatives non à une autre sorte de déterminité ( ce qui n’aurait aucun sens) mais à une forme structurelle, qui, elle, n’est pas relative, puisque formelle, mouvement, rapport et donc absolue.

Le relatif dépend de ce qui ne l’est pas, mais ce qui ne l’est pas, relatif, en l’occurrence est pur mouvement et n’est que mouvement (que l’on désigne comme présent, structure-sujet ce qui correspond à l’expérience effective que l’on en a, mais dont on ignore la nature même, bien que si ce réel-mouvement est formel il se donne tel quel, n’étant pas composé, ni composable ; il est entièrement là selon sa nature de perfectibilité). Et cela seul, puisque formel, n’est pas relatif, puisqu’indéterminé et ayant à tout pousser vers la détermination, et de plus en plus capable, ce qui veut dire vers toujours plus de distinction, ayant au principe la distinctivité, ce qui veut les rapports démultipliés, densifiés, intensifiés, distingués.

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