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instants philosophie

L’unique et le trop-plein

11 Juin 2022, 08:42am

Publié par pascal doyelle

Reprenons. Reprenons quoi ? Que le réel, à strictement parler, est la forme du « rapport », consiste en un mouvement et donc ne consiste pas.

Ce qui met à bas l’idéal ou le fantasme de l’Hontologie (Lacan, pour qui l’être n’est une idée qu’illusoirement, en fait c’est un mélange d’imaginaire et d’idée, l’imaginaire l’emportant et nous laissant croire que l’on saisira l’en-soïté de l’être tout en demeurant un pour-soi, et oui Sartre et Lacan s’entendent, l’un par l’autre, parfois, comme larrons en foire).

On n’ose plus dès lors sup/poser, poser en avant de tout, quoi que ce soit qui serait métaphysique ou ontologique, sans admettre que telle ou telle réalité montée en épingle est tout aussi bien idéelle ; ce qui signifierait l’âme ou le sujet ou le je (ou dieu, ou la vérité universelle) n’aboutiraient à rien

(remarquons ; à rien sauf à ce monde humanisé et puis ensuite personnalisé, empli de sciences et de technologies mais aussi d’État ordonné et de société civile fourmillante de tout ce qui peut s’imaginer ; n’oublions pas que nous avons, au moins, au minimum, réalisé, rendu effectivement concret l’ensemble de toutes nos intentions possibles… bref un monde totalement humain, qui ne vit que pour lui-même et prêt à effondrer le monde naturel du dessous, par manque de mesure et de compréhension de son origine de structure et non de la prétendue « naturalité » de son « désir », mécompréhension qui lui fait prendre ses vessies pour des lanternes)

mais cette impossibilité d’installer une antériorité méta-ontologique, laisse impensable, non représentable, et donc laisse inorganisée l’activité de conscience valant en et par elle-même ; laquelle activité est finalement localisée et limitée en et par le moi, le moi-même est l’unité subjective qui seule conserve la « conscience » ; tout le reste est seulement déposée dans le monde donné en tant que contenus (de là que l’on prenne les discours sur les réalités, scientifiques ou non, pour ces réalités mêmes, alors qu’en fait seuls les arcs de conscience ont accès au donné tel que perçu).

Par quoi, donc, ce naturalisme du moi et ce réalisme de l’objectivité déterminée (l’objet désiré est une réalité, croit-on, alors qu’il tire sa force du fantasme, proche de la jouissance horrible et anéantissante, convertie en plaisirs, valorisés sociétalement ou psychologiquement) ce naturalisme et ce réalisme donc reviennent à croire aux contenus et à ne jamais réfléchir sur la structure qui invente ces contenus. Tout comme les mondes immédiats précédents déterminaient le divin (avant qu’il devienne comme formel et se désigne lui-même, inaugurant le signifiant pur et un et donc tous les signifiants possibles et toutes les organisations nouvelles, ce qu’ignorent les mondes immédiats), le monde (avant l’universel qui sait qu’il pense), le sujet (avant qu’il soit pour-lui-même, cette forme ‘vide’), le réel (avant qu’il soit une position, abstraite au sens de structurelle).

On s’étonnera ensuite de l’état déplorable des mois. Ils sont totalement dépecés par les contenus extérieurs (discours scientifiques ou technologies, auparavant idéologiques rendus à un seul, le libéralisme, mais aussi objets et images industriellement produites et qui plus est objets et images individualisées au maximum), alors que tous ces contenus n’existent que de et par l’arc de conscience, lequel, évidemment, n’est souscrit nulle part et de quelque manière que ce soit (et même sont répudiés les langages plein de signifiants formels qui l’organisèrent, jadis ou en quelques recoins isolés). Les anciennes pensées, représentations sont répudiées, moquées, rabaissées, annulées.

De sorte que chaque moi, ce qui veut dire chaque arc de conscience (soit donc ce mini système purement formel) est littéralement absenté de lui-même, sans représentation ordonnée, et dans l’incapacité de se représenter, d’introduire sa propre activité dans son propre champ ; et empruntant donc diverses extériorités qui déjà le tirent hors de lui-même, lui coupent l’herbe sous le pied, annulent toute organisation (méta organisation, puisque visualiser ou planifier l’arc de conscience, l’opérateur de tous les contenus, ne s’effectue pas à un autre niveau, sinon celui du méta, qu’on le nomme dieu, la pensée, le sujet, le réel, la révolution, la poésie pour les poètes, etc, c’est pour cela qu’un œuvre n’est jamais, jamais immédiate et que jamais une conscience ne lit, ne perçoit, décide, ordonne les réalités toute uniment, mais engage un long total unique et non fini processus, de par le total unique et infini procédé qu’est l’arc de conscience).

Ne nous étonnons pas que tout moi soit découpé, splitté, explosé, démultiplié à tout-va ; on lui fait croire qu’il n’est que subjectif et que la véritable richesse est localisée dans les choses, les images, les objets produits, les systèmes, les discours des sciences, et lui retire des mains toute pensée.

Le monde humanisé, puis personnalisé, est tout d’un bloc et fait barrage, à la récupération par chacun de toute son historicité ; son principe est le moi humain et l’économie l’idéologie du corps (par quoi on troque le fantasme contre des objets, via l’universel de l’argent). Là seul est le réel enjeu. L’annulation de toute conscience happée dans la multiplicité des images ; plus aucun arc de conscience n’a de dimension, le moi ne dispose plus de son je,

Léconomie ou biologie, ce sont des discours ; et (tout aussi bien que l’hontologie, d’après Lacan, qui néanmoins savait bien que Descartes ou le christique ça ne s’entend pas de la même oreille) ces discours donc succombent à l’imaginaire ou cèdent à l’annulation, très hypothétique, de l’angoisse, par quoi la science ou la technologie/philie aboutiront à décupler l’angoisse, jusqu’à devenir fou.

Même logique s’agissant de la négation métaphysique ou ontologique qui annulerait la « tradition », ce qui veut dire l’historicité ; il est impossible alors de penser au même niveau. Puisque ce qui s’est réalisé et imposé dans l’historicité n’y fut pas amené par hasard. C’est justement cette déréliction, cette interprétation objectiviste ou perspectiviste qui jette toute réalisation vers l’arbitraire et au final n’obtient qu’une seule compréhension « objective », ce qui veut dire morte ou entraînant la mort. Seul débouché du perspectivisme ou de l’objectivité ; la domination ou la puissance brutale. Ceci ou cela furent fut tenu pour vrai parce que imposé et imposant la violence (de tel ou tel groupe). Enrégimentement des sciences dans les États et la guerre, déploiement partout de la pharmacopée, extension de la psychologie aux dérèglements de ces automates, tels que sont supposés les « moi-même ».

La négation de toute métaphysique ou ontologie, cest que l’on se limite à copier la scientificité, et que l’on abandonne la philosophie ; on voudrait, par quelque aberration du jugement, imiter le caractère concret et donc, par préjugé admis comme vrai parce qu’étant réalités, on voudrait que la vérité se ramène à quelque partie du monde.

Le principe est, ici, que rien ne doit ni ne peut être abandonné, aucune croyance, aucune pensée, aucune possibilité historique ; on ne peut pas renier l’historicité ou la tradition puisque celle-ci se déplace vers le haut à l’exact degré de compréhension, de toute compréhension possible et on admettra que l’on a, ici donc, seulement tenté de réintroduire tout ce qui fut, comme pensée, comme réflexivité,

et ce afin que chacun puisse se sortir de son moi, et s’instancier comme je.

(chacun en fera ce qu’il voudra, évidemment ; ce qui est arrivé à l’espèce humaine c’est que sortant de tout monde particulier, qui parlait, partageait, échangeait dans son monde donné à lui, holistique,cyclique, s’est imposée de fait et sans retour la structure de conscience (la structure qui jusqu’alors produisait des contenus, des image-mondes, structure qui dès lors passe sur le devant et donc se nomme dieu, l’universel, le sujet, le réel)

Soit donc de tenir l’arc (de conscience) le plus tendu possible et ayant la capacité d’intégrer le devenir, le temps, la transmission, la possibilité même.

Et ce en lui-même, et donc par lui-même, puisque la croyance en dieu, la foi en christ, la conversion à l’universel, l’accession au sujet ou l’engouement révolutionnaire ne s’accomplissent que dans et par l’actualité de leurs décisions respectives voici des structures qui n’existent pas sans nous, sans votre je et quelle que soit votre option.

L’indifférence objectiviste ou le laisser être du perspectivisme n’existent pas (et elles dissimulent donc une domination ou l’impuissance, celle d’organiser le donné, l’immédiateté, par quoi on resterait coincé dans son moment, son épocalité, incapable de relire la trame historique). Dans le réel nous sommes absolument dans la décision de ce qu’il en est de notre existence. C’est lorsque l’importance de cette décisionnalité de l’existence ne s’offre plus comme l’horizon non seulement ultime (qui ne serait convoqué qu’aux extrêmes) mais unique (il est cela seul dont il faut instruire l’intention, l’intentionnalité) que l’on s’effondre, que l’on décline, que l’on s’éclipse, que l’on a commencé de s’effacer, et que l’on tend vers le bas indéfiniment ; en vérité l’arc de conscience a abandonné son exigence, il ne se soumet plus à l’ampleur de l’existence et se confond avec la vie vécue et tous ses objets et ses images.

Inversement l’existence est le stade interne de la vie vécue lorsque celle-ci accepte plus grand que soi.

C’est en ceci qu’Arthur devient Rimbaud. Et sans évidemment viser une semblable accession (que le sieur Arthur n’a pas pu tenir à bout de bras très longuement, de fait) de même chaque moi est atteint d’un je.

Cette admission selon l’autre côté de la réalité, en ce sens-là, renie le moi. Mais c’est un autre problème ; pour le moment le moi est tenu en esclave, mais par où ?

Ce moi dont on sait qu’il dépend, qu’il le sache ou non, du regard, du regard de l’autre. Non pas tant du regard d’autrui mais de l’Autre ; et du signifiant en tant qu’il imprime en chacun une contrainte invincible (puisque c’est au prix de cette contrainte que l’on accroche plus ou moins à la réalité, et non pas que l’on décroche et entre en psychose, pris en otage par le signifiant sans lequel il ne récupérerait pas une, relative, unité) ; le poids de cette contrainte incluant également angoisse et difficultés et impossibilités d’être « soi » (au sens du moi-même, d’apprécier la vie, etc).

C’est donc d’un même pas, d’un même mouvement que Sartre et Lacan entendent échapper au regard, au regard de l’autre (l’autre au dehors, Sartre, ou au-dedans, Lacan) ; et ce non pas afin de fuir dans l’arbitraire, le n’importe quoi, la subjectivité, la facilité (c’est le moins que l’on puisse ; Sartre est extrêmement exigeant, Lacan pas moins), mais afin de réintroduire, en somme et si l’on est honnête, le regard de dieu, du christique, du sujet, de la vérité universelle ou de la révolution (cad de la traduction dans la réalité humaine organisationnelle que ce ne soit pas seulement la domination, l’argent ou la violence qui gouvernent, mais la règle d’humanisation et de personnalisation).

C’est que l’activité de conscience est cette mini structure à la base de tout le reste ; humanisation ou personnalisation et donc tout. Tout dépend de ce dont vous entendrez prendre véritablement conscience ; qu’est-ce qui tout au long de la vie vous importera au point de créer un programme de prise de conscience qui vous gouvernera, orientera, focalisera ?

Il ne se présentera pas comme tel ce programme ; vous le nommerez comme poésie si vous êtes Rimbaud, ou révolution ou éthique ou tomber-amoureux selon le moi, comme ça lui prend, ou peut-être vous convertirez-vous ; peu importe mais « il vous arrivera quelque réel » ; et tout ceci la plupart du temps générant une « passion », un effet affectif, un affect inadéquat (puisque le corps, le corps de ce vivant ne comprend pas du tout ce qui lui arrive ; il ne sait pas du tout ce que pensée, liberté, conscience ou poésie veulent dire et encore moins qu’il subisse un regard-autre, qui, pour lui, en tant que vivant implique un danger imminent, terrifiant).

Aussi est-il devenu, au début et puis milieu du 20éme (lorsque les mois sont livrés aux regards et sous le regard eux-mêmes du cinéma ou de la Tv ou d’internet, ou des objets industriels tout aussi bien) devenu impératif de repérer et cartographier les tours et détours extériorisant ou les circonvolutions au-dedans du regard.

Qui regarde ? Par Où ? On ne sait pas, on ne sait jamais. On ne peut pas définir l’orientation du regard parce que c’est une intentionnalité et qu’une intentionnalité est un rapport, lequel comporte au moins deux bouts (et donc trois ou quatre ou dix, on ne sait pas, on ne sait plus, on ne sait plus qui regarde).

À quoi s’emploient Sartre et Lacan qui à tout le moins, de par leur humanisme et leur personnalisme, si l’on veut, échappent au moins aux faux discours, aux faire-semblants, aux fétiches et … aux idoles… dont on ne dira pas que le vrai dieu unique nous a prévenus, jadis, y insistant radicalement. On n’agitera pas le monde, ou la vie, ou la Volonté, non. C’est le regard-autre qui nous voit. On ne trouvera pas une idéalisation de la Volonté ou de l’Être chez Sartre et Lacan, pas plus pour Descartes (pour un français, le pouvoir-au-centre n’appartient à personne, pas besoin d’y installer, à l’allemande, un obscur-absolu ou une Grèce-rêvée, puisque ce pays, la France, se sait, à tort ou à raison, choisissez, le pays de cocagne tel quel ; cette « juste estime de soi » est le cœur fondamental, l’affect nouveau et la décision mûrement réfléchie, par plusieurs siècles, depuis les gallo-romains, au moins ; par quoi de développer, déployer l’estime juste de soi ne va pas sans considération d’autrui ; sinon à quoi bon créer une littérature, une poésie, un classicisme, un État politique, une vie bonne et heureuse ? Beaucoup de paysans étaient déjà quasiment libres avant la révolution).

Remarque : il est vrai que l’on ne peut pas identifier l’en-soïté et que le pour-soi ne peut pas être défini ; de là qu’il faille n’admettre que l’indétermination ; c’est précisément ce qui nous intéresse ici. L’indétermination paraît condamner et ridiculiser le je (dieu, la pensée, le sujet et le réel). Dans un humanité de mécréants ça n’est pas étonnant, mais les méchants sont livrés au monde ; le je non.

Que donc l’indétermination est désignable comme rapport et comme mouvement (ce qui veut dire comme possible qui se réalise).

Auxquels rapport et mouvement on ne peut échapper ; même de désigner effectivement le mouvement ou le rapport on est pris dedans sans que l’on puisse s’en dépêtrer ; on a dit que « l’on en est saisi ». Dieu, la pensée, le sujet ou le réel nous prennent. Et ce de A à Z, du haut en bas, des pieds à la tête. Ou selon la psychanalyse ; en tant que le signifiant coupe intégralement le corps vivant et qu’il n’est ni humanité ni personnalisation ni moi ni inconscient avant cette coupure et que les morceaux qui en ressortent ne combleront jamais la coupure et que bizarrement ce que l’on désire ; soit donc la jouissance hallucinée, qui est bannie, par une organisation suffisante du moi, qui re-connait l’’autre-regard (ce que le fou ne sait pas intégrer) bannie mais récupérée par de petits désirs un peu partout durant la vie, mais jouissance folle qui alimente quand même les fantasmes sur les objets, dont originellement le petit « a ») ; repris en sens inverse l’autre-regard permet de mettre à distance, puisque l’on se-voit d’un autre point, et on peut intégrer de la diversité (alors que le fou revient constamment dans la coupure horrible qu’il a déliré ou qui le délire) ;

la jouissance donc rappellera invariablement l’horreur de la division ; que l’introduction du signifiant sur un corps vivant tue celui-ci.

Que donc, pour peu que l’on ait eu la chance de s’en sortir et de fabriquer un moi qui se tienne plus ou moins (et bien que tous soient bricolés sur la division, la séparation horrible) il faudra en somme et si l’on peut dire, prendre le train en marche et ne plus vouloir revenir à un état de complétude (qui n’a jamais était éprouvé, puisque le moi est né après la coupure du signifiant, cet état est juste imaginé, et ce lourdement, affectivement hallucinée) ; et prendre le train en marche c’est prendre sur soi plus loin que soi.

Étant entendu que précisément il existe un présent afin que quelque Réel se produise en et par ce présent. Choses, êtres naturels ou décision, intention, champs intentionnels, corps vivant ou moi ou en ce moi, le je. De fait le je ne se produit qu’au présent ; il est un rapport, qui fait re-tour vers lui-même, non pour affirmer le même, mais pour refaire un tour ; un re-tour. Par quoi lors même qu’il se re-signifie lui-même, ça n’est jamais le même ; c’est le mouvement, la structure qui est la même, le même, pas les contenus, qui sont toujours autres, déterminés autrement ; l’identité ne consiste qu’en ce vide formel, sans rien, nu, et c’est lui, ce vide, qui doit se poursuivre, devenir en tant que formel (dieu, la pensée, le sujet, le réel sont formellement, et seule la forme devient, et toute chose déterminé tombe, succombe, se disperse ; peut-on vraiment se confier, confier son existence à cela qui seulement « est » ?

Reste donc au final que chacun a affaire au regard-autre. Il ne s’agit donc nullement d’une simple disposition psychologique, mais cela engage la libre disposition de la conscience (cette structure focalisatrice, qui pointe le faisceau même, d’attention, qui rend possible tout le reste, ou non) qui est la vôtre et par laquelle vous accédez, ou pas ou plus ou moins (mais jamais intégralement, cela reste le privilège de dieu seul, en somme) vous accédez à la possibilité de votre existence.

De là qu’il y ait une historicité (et non pas un programme de développement personnel …) de l’arc de conscience, puisque ces séquences internes de la structure de conscience furent gagnées, obtenues par des explorations investies ou des créations ou des révélations. Tout arc de conscience est arc-bouté à l’architecture même de l’historicité.

Si l’on s’tonne qu’il puisse s’impliquer une prédisposition dénommée antérieurement à toute existence, il faut bien saisir que dieu, la pensée, le christique, le sujet ou donc la révolution s’utilisaient à cette fin et en tant qu’un tel moyen. Ça ne nommait tel ou tel mais enfin tout compte fait cela revenait à orienter la surface du miroir. Il devenait possible de décider, de planifier au minimum, d’ordonner, d’organiser mais surtout préalablement à tout cela de signifier qu’effectivement il revenait à chacun de penser, de croire, de décider, de vouloir, d’assembler ou de désassembler des champs de perceptions,d’expression, de décision, d’organisation.

Dit autrement il dépend de chacun d’orienter son regard ; en le récupérant de tout regard autre, mais en assumant que cette récupération soit une loi, une règle … ou une Passion, christique ou cartésienne ou poétique ou révolutionnaire, ou ce que l’on voudra, puisqu’il faudra l’inventer ou la créer, et ça ne peut s’effectuer sans en administrer absolument, cad formellement, ce que l’on nomme l’attention ; les prophètes voulaient en imposer la Vision, les créateurs, les artistes, les romanciers et les poètes entendent capturer votre regard (aussi leurs œuvres sont-elles non-évidentes).

Répétons cette idée initiale, initiatique, toute bête que le dieu unique est unique. Incomparable et donc permettant à tous et chacun d’introduire dans le champ de son intentionnalité, de son intention en propre cette unicité. Si vous saisissez, vous en serez saisi. Le rapport unique éjecte tous les autres. On ne peut rien opposer à l’idée du rapport unique. On ne peut pas, peut plus représenter cette unicité selon quelque partie du monde, du donné, de la vie vécue. Il est donc le-regard relancé par dessus tous les autres (le règne, le royaume contre les dominations, jusques et y compris remplaçant, se substituant au signifiant). Il n’existe qu’une seule affirmation unique, aucune autre. C’est comme ça, ça ne peut être qu’ainsi.

Que signifie un dieu unique auquel rien dans le monde et la vie vécue ne ressemble ?

On suit la piste ici du Rapport de tous les rapports. Et donc, comme il existe formellement, le rapport unique initial (de la forme même il n’en est qu’une, puisque incomposable et incomparable). C’est inscrit dès le début. Et donc pleinement, puisqu’indivisible : comme le présent ou l’arc de conscience. Dès que ça vient, ça vient et ça vient tout entier.

Que l’on y croit ou non, c’est ainsi que cela se dit, s’est dit. Et ça ne peut se dire qu’une fois, évidemment, alors même que ce même rapport se redira, christiquement, comme point tout à fait autre, hors du monde (comme le père) mais aussi hors de la vie vécue et ainsi par-delà la mort, ce qui veut dire le temps (comme fils, en tant que chacun, chaque un, l’unicité étant au principe, formel, de chaque conscience).

De même il n’y aura qu’un seul Descartes (une fois que le sujet (se) dit, c’est pour tous et une fois pour toutes, et il y aura quantité de variations). Et il n’y aura qu’une seule forme de révolution (et beaucoup de variantes, préalables ou postérieures, celle qui lie liberté et égalité, et donc fraternité, éventuellement).

Dans tous les cas, il est question de (se) restituer le regard, afin de n’être plus commandité de l’extérieur selon le monde (et donc impliquant une révolution, effectivement ou littéralement) ou, pareillement, selon sa propre vie, ce qui est excessivement important ; non seulement afin d’être libre, mais afin, ce que signifie la « liberté », afin d’être apte à fabriquer, inventer, créer des rapports, des rapports à partir de soi (de savoir véritablement ce que l’on veut ; les juifs se demandent ce que dieu leur veut, son Intention, le christique vous demande de discerner votre véritable intention, étant entendu que nos innombrables erreurs et égarements nous seront pardonnés).

Or pourtant la société humanisée et personnalisée vous pousse à désirer… quitte à produire industriellement vos désirs, via ces objets, lesquels sont accédés via des images, images qui utilisent (et usent, au sens figuré) votre fantasme (lequel conduit à tout objet, dont l’objet initial, inconnu pour chacun, dit objet petit « a »). Elle trafique, traficote votre fantasme (Debord).

Et donc que désire-t-on ? Qu’on le veuille ou non une société humaine va interférer dans votre désir ; elle va vous proposer ou vous imposer un régime spécifique du désir ; par offre et demande, au fond, et pour résumer ou illustrer (et ça n’est pas sans rapport au libéralisme économique, qui est l’idéologie, massive, du corps, du corps vivant). Au sens où grosso modo ne vous seront proposés ou accessibles (selon la classe sociale par ex) que les objets disponibles, lesquels sont réglés (par un organisationnel de la dite société, et réglés au niveau même de leur production ; on ne désire que le réalisé, chacun devenant la source même de son « propre désir » qu’à partir du moment, historique, de la personnalisation, le romantisme par ex qui cherche éperdument son objet, qu’il voudrait à la fois infiniment personnel et infiniment universel. Le désir étant facilité par le libéralisme (libéralisme-désir, communisme-besoin universel), et entraînant les mois dans leur désordre personnalisé, mais également se réalisant.

Relevons que tout l’enjeu est pour chacun de trouver son véritable objet (qui n’est pas forcément proposé sociétalement ou alors beaucoup trop imposé n’importe comment) ; et que même, si l’on sort du naturalisme, mais si on sort du naturalisme seulement, cet objet n’est pas un objet et donc ce qui est appelé n’est pas un moi. Dieu, la pensée et l’universel, le sujet et la révolution (cad la justice, ou la sainteté, c’est presque le même), ou le réel (cad la cause douée d’effets innombrables) conduisent au je, et non pas au moi.

Et alors c’est ainsi le moi qui est un piège ; non qu’il soit mauvais mais de ce que, de fait, il sera limité. Cette limitation sociétale étant en elle-même justifiée ; il faut, il est impératif que vous vous soumettiez au joug, sinon vous êtes prisonnier d’un fantasme in-objectivable, et sans cette contrainte pas de moi, pas de moi-même, pas d’unité qui tiendrait du regard autre, qui seul vous tire de votre hallucination ; que l’on ait tenté depuis les années soixante au moins, de privilégier le « désir » individuel est tout à fait admissible, mais également profondément dangereux ; annuler le joug, c’est annuler la réalité et se laisser débordé par son hallucination Mais l’intégration de la contrainte extérieure ne signifie pas que le moi soit la fin de tout et que nous soyons livrés au monde.

Ce qui peut décoincer le moi en psychanalyse, c’est précisément qu’il se « voit » tout à coup à partir d’un regard externe, figuré par le psychanalyste (qui lui permet de relativiser le signifiant qui le verrouillait ; ce qui est une formule plus large que la fameuse phrase de Freud « là où c’était, doit advenir du moi » ; un signifiant remplaçant en ce cas le signifiant, ce qui revient à dire qu’il déplace l’horizon ; l’horizon verrouillé est pris-dans un plus grand horizon, qui libère ou desserre).

Or donc passant du moi au je, cela revient à confier sa vie à l’illimité. À condition de ne pas y succomber (retour de la jouissance effroyable, de l’illusion maximum et peut-être folle, au sens propre). Et comment ne pas y succomber ? De confier cet illimité ; à dieu, à l’universel, au sujet (estime juste de soi), au réel (tout à fait Autre). Il faut que le degré de l’arc de conscience se tienne de plus grand que lui-même ; puisqu’il s’agira d’un rapport de rapports, et non d’une détermination quelconque, de sorte que le je maintienne le formel, cad le stratégique. Si on ne possède pas d’unité du regard en et par lui-même (selon un plus grand que soi, dieu, la pensée, le sujet, le réel) on ne peut mener aucune stratégie (intentionnelle), mais seulement de pauvres petites tactiques du moi-même bien circonstancié.

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