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instants philosophie

Le temps

16 Juillet 2022, 08:58am

Publié par pascal doyelle

La nature stricte de notre être, qui n’est pas un être mais un rapport, consiste toute entière en son étrangeté. Par laquelle n’étant ni ceci ni cela, ce rapport se porte de lui-même sans rien omettre du monde, de la réalité ni donc de la vie vécue ou du corps.

Du corps dont on a dit qu’il se présentait pour nous telle l’autre-surface du corps, celle qui est écrite, et donc déjà re-Créé. Puisque nous sommes nés de la coupure du signifiant sur ce corps vivant, inexistant antérieurement à cette séparation, et dont le secret est pour toujours localisé dans le signifiant, et donc la capacité de parler, de signifier ; de découper la perception et donc de créer la surface du corps tel que perçu à partir du signifiant, à partir des rapports, des signes.

Le christique intervient (que l’on y croit ou non n’a évidemment aucune importance) comme le signifiant qui les signifie tous ; le plus surprenant étant que c’est littéralement ce qui est dit Philippiens 2 9/11

C’est pourquoi aussi Dieu l’a souverainement élevé,

et lui a donné aussi le nom qui est au-dessus de tout nomination

afin qu’au nom de Jésus tout genou fléchisse dans les cieux, sur la terre et sous la terre et que toute langue confesse Jésus Christ est Seigneur, à la gloire de Dieu le Père.

Il vous baptise, recrée votre nom puisque c’est non dans l’être passé, de qui vous êtes déjà, mais dans l’actualité de la foi déclarative, comme de se convertir à l’universelle pensée, qui vous décentre de votre subjectivité, ou de la révolution qui vous porte vers l’historicité possible (et non l’état donné de la société humaine).

Mais qu’est-ce d’autre que Descartes et la voie du cogito ? Chacun qui le lit le devient. Sinon une naissance ou un re-commencement et donc un Commencement tout court ? Qu’est-ce que « je est un autre » de Rimbaud ? Ça n’a pas de conséquences, d’effets ? Ou l’existence de la Nausée, le « ça existe » qui est monstrueusement existant ?

Évidemment si l’on entreprend une psychanalyse il se peut (c’est selon) que l’opération décloisonne les signifiants secondaires, le premier étant impossiblement accessible, inaccessible si l’on préfère ; la libération, toute relative donc et éventuelle de plus, n’est pas sans effets pour la personne concernée. Mais la logique implique que l’opérateur psychique (ayant accès au corps et au conscient et à l’inconscient, le psychologique se limitant,t théoriquement, au conscient et au corps, béhaviorisme par ex), l’opérateur psychique est l’activité signifiante.

Laquelle à défaut d’être, légèrement, corrigée, peut, doit, sera d’une manière ou d’une autre reprise dans une planification beaucoup plus large ; de dieu à la révolution ou au réel brut, au je instantané (qui largue, en gros, son passé, au sens où il se tient cette fois en-avant). Et qui le sera d’autant plus, agrandie, qu’elle sera assumée consciemment, et bien plus encore ‘en conscience’ ; soit donc non pas dans la certitude monolithique, mais dans la pure mise en tension (par quelque bout qu’on s’y prenne ; la poésie, l’esthétique, la pensée ou la politique, ou le tomber-amoureux du moi par ex minimum). Et ainsi le se-vouloir (nietzschéen exemplairement, c ‘était son but) doit s’entraîner lui-même ; rappelons être saisi et non pas saisir (être saisi dans un Grand Rapport, plutôt qu’empli par de petits rapports relatifs à mon arbitraire).

Par exemple psychanalytiquement donc le désir coincé qui ligote le moi, passant au désir un peu desserré, qui permet que le moi s’ouvre à un renouvellement « du désir », jusqu’alors figé, et qui soudainement peut suivre d’autres signifiants, d’autres possibilités, même minimalement. Ce qui veut dire que la structure de cette conscience accède à une latitude intentionnelle, un déplacement jusqu’ici grippé ou perdu pour lui-même ; en somme c’est admettre un « soi-même » doué de possibilités vers, dans le monde effectif, le corps, autrui évidemment, etc.

Ça n’est pas notre propos ; on veut exposer ou à tout le moins délimiter schématiquement toute la palette du possible de l’intentionnalité ; du corps-coupé jusqu’à dieu (ou l’universel ou le sujet ou le réel). L’exposition, la description de la séparation n’annule pas du tout la séparation, c’est dans la séparation, la coupure que l’on existe et que l’on existera constamment, puisque c’est par là qu’il est « une conscience de soi ». Qu’il y ait conscience-de veut dire que l’on n’est pas ; que l’on existe. Si il est un Royaume il intégrera la séparation ; une réalisation qui n’admettrait pas que vous soyez le rapport que vous êtes est absurde ; supprimer les rapports est absurde, et rabaisse la Possibilité même à moins que rien. À une auto négation.

La triste époque veut bien croire à la coupure du signifiant (à la castration comme on dit, bizarrement) mais non pas que ces brillantes avenues parcourues par cent mille déjà au long des siècles nombreux, existent vraiment. On tient ici que les longues lignes du possible existent de fait.

Dès lors il est impératif de distinguer être et exister (on a vu ; l’être est second, pris dans le mouvement premier de l’exister, et le Bord de l’être, du monde, de la réalité est le présent, l’exister, l’acte tel que là).

Dans l’exister l’acte de décision, subjectif, est infini. Que l’on doit donc relever au-delà de la subjectivité et au-delà de l’objectivité ; c’est cette ontologie de la décision que crée Descartes ; de la décision non pas seulement relevant du couple volonté-conscient, mais de la volonté qui attend sa qualification précise ; l’intentionnalité (laquelle prend « toute une vie », transmuée en Existence).

Si la capacité «subjective » est infinie, c’est que l’arc de conscience ne l’est pas « subjectif » mais qu’il est inscrit, écrit historiquement (et donc en chacun, du fait que notre substance est le ‘temps’ lui-même) écrit structurellement comme plus-grand.

Que le christique, en personne, soit venu, devenu et survécu au fini, c’est cela que ça signifie. Qu’il existe un temps plus grand (dit eschatologique dans le christianisme, ou le judaïsme du reste, pour l’islam, je ne sais pas ; quoi que si il dépend de moi que dieu soit ou ne soit pas ...) le fini non seulement ne s’oppose pas au divin, mais le divin non pas recréera le monde et la vie, mais a commencé de le recréé. Ce qui est foudroyant, que l’on y croit ou non, parce que cela indique le sens, l’orientation, la direction que doivent prendre les esprits, les intentions, les consciences. Et bien que l’on ne comprenne pas vraiment réellement ce qu’il a signifié.

Ce qui veut dire que l’on ne peut plus représenter le réel, le donné, la réalité objectivement (et bien sûr pas subjectivement) mais - structurellement - et on prend l’hypothèse qu’il s’agissait, cette structuralité, de la forme de rationalisation depuis le début de la philosophie ; dit autrement la philosophie développe une réflexivité qui n’intègre pas l’exactitude qui sera celle des sciences, mais ça n’est pas son propos. Depuis le début est lancée la possibilité de décrire absolument, cad formellement, ce qui est en jeu et plus loin ce qui est l’enjeu ; depuis le début on se tient au plus près de la Possibilité (cad de l’ontologie même, de la structure du réel) et on ne peut pas faire autrement parce que c’est « là » que l’on existe (dans la coupure absolue, formelle) ; on est, évidemment, immédiatement et même instantanément (avant le temps) le rapport que l’on existe.

C’est à ce point que s’impose en plus de l’intentionnalisation, la donation ; mais on ignore en quoi et pour « quoi ». étant entendu qu’il s’agit du sens, de la direction même du réel, de « tout ce qui est », éternellement, ou donc a-temporellement (puisque le rapport n’est « nulle part » et en « aucun temps »).

C’est bien pour cela que dès lors objectivité (philosophique), objectivités (sciences) et subjectivité sont, seront dès lors exposées ; là au-devant, puisque l’on se tient encore plus en retrait (le retrait n’est plus dieu ou l’être, mais le je comme bizarrerie, structure hyper-objective).

Et lorsque la philosophie exerce la réflexivité adéquate elle suit au plus près le déploiement de la structure de conscience, de la structure de séparation ; elle ne peut pas faire autrement puisque c’est cela même qui non seulement l’inquiète, l’interroge, mais qui l’initie et qu’elle poursuit le plus loin possible à chaque fois ; l’un prenant appui sur le précédent et effectuant le diagramme de la structure (intention-dieu, réseau intentionnel-idées, intention-existence (naissance-mort et au-delà, pour ainsi dire), sujet intentionnel qui est lui-même son propre rapport énoncé et qui ne s’efface plus en un grand autre, ayant donc à assumer lui-même cette réalité et donc produire, et créer, ses propres rapports).

Et enfin le réel en cette double entrée ; la réalité est toute là (toutes les objectivités) et le moi concrétise l’humanisation (toutes les subjectivités) ; tout est réalisé. Les sciences, technologies, économie, société civile, État, droit, mais aussi toutes vies sont réalisées, concrètement.

Dans la mesure où le structurel a atterri sur le sol même de la réalité et ce par le réel de son activité instantanée, cartésienne, qui place le sujet en face de lui-même (ouvrant qu’il soit cause de ses effets, ou ce qui revient au même ; qu’il n’existe pas seulement dieu qui soit activité mais qu’une part nous en revient et que, même, c’est à cette part que, jadis, le christique nous engageait),

alors le monde (des objectivités) et la vie vécue (des subjectivités) furent lancés.

Or donc Descartes navigue entre la vérité (qui contraint de fait la liberté, mais c’est, pour Descartes, tout à fait légitime) et la liberté tout court (qui reste au fondement). Le bizarre est qu’il tient la volonté pour le sceau de dieu en nous, semblable au créateur, et explicitement qualifiée d’infinie. On peut vouloir infiniment (ce qui ne veut pas dire qu’elle puisse tout et n’importe quoi). Et donc dieu crée les vérités éternelles ; elles dépendent de sa liberté, qui, pour lui, est absolue.

Le rapport est si bizarrement pensable dans son concept qu’il relève à la fois de l’intentionnalité et de la donation ; l’intentionnalité est tout à fait technique, la donation … dépend de ce que l’on suppose.

En bonne philosophie la donation se doit l’adéquation au but de la philosophie ; la connaissance. D’un objet connu, et connaissable. C’est précisément ce qui ne fonctionne plus depuis Descartes et bien qu’il ait tendu tout naturellement à suivre une systématicité métaphysique (la « pensée » alors même que la « pensée » déborde de tous les sens ;

« Je suis une chose qui pense, c’est-à-dire qui doute, qui affirme, qui nie, qui connaît peu de choses, qui en ignore beaucoup, qui aime, qui hait, qui veut, qui ne veut pas, qui imagine aussi, et qui sent . (aime et hait ont été ajoutés par la traducteur (du latin en français) mais avec l’accord de Descartes)

L’ensemble signifiant que le je-qui-pense assume la totalité des capacités, et donc l’ensemble des possibilités ou effets.

Et l’instanciation en nous de ces capacités trouvera son intentionnalité unifiée selon des finalités tout à fait extravagantes et tout à fait surhumaines … ou divines ; la foi, la conversion, l’attention, l’illumination, la réalisation soit donc la passion.

Pourquoi la passion ? Parce que l’on ne peut pas saisir le rapport que l’on est, que l’on existe, on en est saisi.

À condition évidemment d’élever son intentionnalité, son arc de conscience suffisamment.

C’est pour cela que constamment il est question de morale, d’éthique, d’intégrité, de liberté, et derechef de passion en ce qu’il faut en être investi.

La foi en dieu, la conversion selon l’universel, la passion individuelle de la liberté, l’illumination esthétique, poétique, etc, la réalisation qui exigera de toute manière la précision, et finalement l’attention au moindre signe. Puisqu’aussi bien de manière générale l’époque dite moderne consiste justement à énormiser la capacité attentionnelle, réclamée par les sciences, technologies, systèmes économiques hyper spécialisés, mais aussi personnalisation exigeant de chacun soit constamment sur la brèche, multi-tâches, hyper sollicité, décuplement des communications ou des images, etc. Et cette inflation générale de l’attention est absolument et formellement le déploiement de l’intentionnalité puisque depuis la révolution (en quelque pays que ce soit, elle est mondiale et puis ensuite mondialisée) chacun est renvoyé à lui-même en tant que centre de sa propre attention et attention qui sous cette autre dénomination de « désir » est appelée par toutes les productions, industrielles ou imaginaires ou culturelles (on a bien vite dépassé la satisfaction des besoins par l’appel d’air du désir en et par chacun).

Donc la révolution nous a convertis de fait et même si cette opération historique pris quand même un bon siècle et demi, jusqu’aux années soixante qui imposent un monde humanisé et personnalisé complet, créant à même sa propre acculturation, quasi immédiatement mondialisée (en concurrence d’avec le communisme qui était lui aussi une mondialisation intégrale, technologique, industrielle, collective en l’occurrence, basée sur les besoins et non les désirs mais qui permit d’étaler l’occidentalisation à quantité de pays, pour lesquels le libéralisme n’était pas rapidement accessible).

On pourrait ainsi relire l’historicité comme acquisition progressive et parfois accélérée de l’attention, de la capacité d’attention qui parvenait alors à se localiser, se temporaliser, se délimiter, se concentrer, de diffuser, etc, au fur et à mesure de façon plus précise et de plus en plus objective et subjective ; le droit est tout autant une acquisition que les sciences, que la poésie,etc, et tout autant efficace (selon les finalités propres) et tout l’ensemble jouant dans le même sens ; une plus grande précision de l’intention qui se distingue toujours plus exactement et se distingue en et par elle-même ; puisque l’intentionnalité doit se vouloir elle-même et déployer ses propres tactiques et stratégies et ce explicitement (il faut qu’elle sache, nomme, désigne, signifie ce « vouloir » qu’elle a, ces intentionnalités qu’elle existe, qui ne peuvent être développées que distribuées dans chaque nouveau domaine de réalisation).

L’intention est ainsi ce qui est décuplé depuis que plus aucun monde humain n’est organisé à partir de lui-même dans son apparition-partage-parole-échange particulier et que dieu, l’universel (grec ou l’État romain), le sujet et le réel (cad la réalisation effective, de la révolution initialement) et qu’il s’est agi d’organiser l’intentionnalisation globale, collective, individuelle, culturelle, etc.

Cette intentionnalité ne pouvait pas ne pas se penser, se réfléchir, se signifier, s’imaginer, se repérer dans le monde, la vie vécue (et relationnelle), le corps ou donc la personnalisation ; le rapport à soi. Toutes réalisations qui pour un être vivant, un corps vivant, demeurait passablement perturbant, voire terrorisant ; un corps vivant, un vivant ne peut pas se regarder lui-même ou être vu sans entrer en panique, en sidération ; il fallait donc que ce regard, cette intentionnalité (qui n’était plus reliée dans et par un groupe humain mais jeté dans le monde donné là, dans la réalité du monde, grec, ou la désunité d’une vie individuelle (christique), se comprenne elle-même, non plus comme vie (partagée par ex) mais comme existence (séparée, dieu séparant les juifs en tant que nation élue, ce qui est dit tel quel, ou le christique qui est livré au monde et à la mort, ou le sujet qui se-voit cartésiennement ou la révolution qui nous met en demeure de nous réaliser (comme libertés et dans l’égalité et en tant que monde humanisé, etc).

C’est donc l’intentionnalisation qui se charge soudainement d’elle-même (enfin sur 2 ou 3 millénaires et diversement en différents peuples, état du monde, époques) et doit se penser ou plus généralement se représenter afin de s’orchestrer ; étant intentionnelle elle doit se-vouloir, se-penser, se-signifier, esthétiquement poétiquement éthiquement, etc.

Ce qui revient à dire que nous ne sommes pas un être mais un rapport. Et par quoi on peut doublement le penser, le réfléchir ; en tant qu’intentionnalité donc et en tant que donation.

Le rapport est très étrange en lui-même ; sans doute aucun il permet de circonscrire précisément et de manière organisée (un contenu de conscience) mais également il se reçoit en tant que … divin et séparé, vérité et distinctions, liberté et réalisation.

Ce qui se poursuit depuis le début, depuis que ça n’est plus le groupe, le groupe humain qui a inventé le langage évidemment, c’est l’ensemble des stratégies, de haut vol donc, qui permettent de guider l’ampleur à la fois systématique et aventureuse de l’activité intentionnelle ; dont la philosophie (métaphysique) n’est qu’un sous-ensemble, de sorte qu’il était inévitable qu’au moins un ouvre la technique de réflexivité (qui s’attachait jusqu’alors à la tenue d’un « discours », d’objectivité) et nous permette de discerner la structure de conscience comme déployant tous les domaines ; l’esthétique, la poétique, la politique, l’éthique, les œuvres au sens large et habituel, ne cherchent pas à installer une universalité, mais à influer, insuffler des sujets.

Si notre être est un rapport, il est des réalisations qui exigent en et par elles-mêmes des je ; l’attente est précipitée au-dedans des « objets » créés. C’est bien en ceci qu’il est nécessaire pour chacun, pour chaque je, d’accéder, d’upgrader le rapport qu’il est ; ce qui brise que ce rapport soit un avec lui-même, mais bien qu’il se réfère toujours à plus grand que lui (dieu l’intention, la pensée la vérité, le sujet la liberté (qui est non/être), la liberté l’égalité (la révolution, l’égalité venant mesurer du dedans la liberté qui sinon s’entraîne au fond du gouffre de l’arbitraire, tandis que l’égalité la soumet à une règle de partage, et donc à une complexité exigée plus grande, en des rapports qui tiennent compte des rapports d’autrui, un rapport qui intègre le rapport qu’est autrui dans l’énonciation, l’image, l’œuvre, la relation humaine ou sociale, bref l’acculturation en général).

Qu’en est-il de la donation ? De ce qui eut lieu depuis toujours, ou depuis le début ; du sens de la possibilité ; à quoi on a commencé, à peine, d’avancer que le sens de la possibilité est la possibilité elle-même ; ou si l’on préfère que dans le rapport il est en jeu l’élévation des rapports. Soit de la distinction, horizontale (selon l’horizon, le bord du monde) mais aussi verticale (selon le Bord du monde et de la vie, et de la vie vécue, selon le « temps » et son activité ici même et maintenant, qui produit des rapports distincts dans l’actualité, l’actualisme même, en tant que Présent qui Commence, qui commence-toujours ; le possible cad le temps est cela qui commence continuellement, parce qu’il n’est pas d’autre possibilité que celle du temps).

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