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instants philosophie

Notre être (qui n'est pas)

13 Août 2022, 09:20am

Publié par pascal doyelle

 

Le devenir formel du je. Le je peut explorer ses possibilités comme d’une bibliothèque.

Rappel ; on ne juge ici pas de dieu, de la pensée et de l’universel, du christique et du sujet, du sujet et de la révolution, du réel brut ou formel ; on constate et admet tout à la fois ou un par un, au choix. Mais on calcule (si l’on peut dire) des effets que ceux-là influent, insufflent en nous. Espérant par ce mouvement de réflexivité récupérer intégralement toutes les possibilités.

Tout ceci ne vise qu’à nous donner les moyens de récupérer les possibilités et de cesser de croire (c’est une croyance) que par le moi, la personnalisation, nous serions limités.

Comme d’une bibliothèque sauf qu’à chaque occurrence le je doit s’investir, tout entièrement, lui-même. Et il n’y a pas moyen de tricher, puisque les niveaux de telle possibilité ne peuvent être atteints, qu’en interne de l’arc de conscience en personne, ce qui veut dire en tant que je existant plus qu’un moi, un moi-même ; si par exemple on ne saisit pas à quel point il faut être décentré pour admette l’universel, une partie de nous-même encore cernée par la centralisation précédente ou habituelle freinera cette universalisation. Ou de même on peut faire semblant de basculer, de se transformer en chrétien ou en révolutionnaire, mais alors il s’agit d’une trahison ; l’horizon, chrétien ou révolutionnaire, du sujet ou du réel ne s’ouvre pas vraiment. Imagine-t-on Roquentin dilettante de l’exister brut ?

On ne peut pas remplacer la conviction, la motivation, la décision, et en bref l’intention par l’application d’une réglementation toute extérieure ; et il est une éthique de l’arc de conscience, sur laquelle on reviendra, irremplaçable, investie, presque brutale et en tous les cas intègre ; puisque la substance même de la décision, de l’intention est précisément qu’elle soit un rapport, un rapport qui se tient de lui-même. Tout prêt de supporter le regard de dieu, laissant tout le reste. Ou donc ; on ne peut pas accéder à dieu, la pensée, le christique, le sujet, la révolution sans que l’effort de s’y astreindre ne soit bel et bien effectivement décisif. Ainsi on peut révolutionner, par la liberté, mais la vraie révolution est celle de la liberté-égalité. Une création peut se trouve fort sympathique, mais c’est celle qui va, ira chercher l’autre arc de conscience et au plus loin possible de cet arc de conscience qui vaudra. Si une partie suffisante du peuple n’y incline pas, la révolution ne se lancera pas.

Ceci implique de considérer Montaigne tel qu’en lui-même (dixit … certaines indications ne s’effectuent pas au hasard ou pour rien ; installer la conscience d’autrui, son faisceau intentionnel dans votre arc de conscience est en soi une finalité absolue, qui outre les connaissances ou l’expérience, transforme votre propre conscience, intentionnalité), ou Nietzsche, etc ; sans plaquer une interprétation qui étoufferait l’un ou l’autre. Or pourtant on ne peut pas ne pas interpréter ; la question est ainsi de produire un système ,interprétatif qui puisse manifester l’originalité effective, d’une manière ou d’une autre ; on considère par ex que Hegel éclaire magistralement, lors même que l’on n’adhère pas strictement à la base de sa compréhension.

Or donc peu importe que l’on n’admette pas ceci ou cela d’interprétatif, pourvu que le système de compréhension soit en lui-même explicitement signifié ; à quoi sert, au fond, la philosophie ; de ne pas cacher, dissimuler la base de son intellection, que cette base soit explicitement exposée et que l’on en puisse juger.

Et donc quelque système que l’on adopte, il ne sera pas du tout complet (ce qui ne veut pas dire que ce qu’il dit puisse négliger la rationalité, l’universalité au sens d’universalisation (un procédé ou un processus mais non pas un résultat) ; si il n’est pas complet c’est parce que le seul réel, le seul être réel qui existe, est cet arc de conscience, lequel ouvre à ses objets qui ne sont pas « ses » objets et qui ne sont pas des objets .. mais la suite de cet arc lui-même ; on veut évidemment introduire aux embranchements, aux possibilités de cet arc, lequel est cela seul qui fut découvert (sous l’égide de dieu, de la pensée universelle, du sujet et du réel).

Ou donc un rapport (qui seul existe) n’est pas substituable. Il est quel il est. Mais étant formel seul il peut devenir (sans s’éteindre dans telle détermination, donc il est de l’ordre du signifiant, qui est un rapport).

Et donc la transparence de l’arc de conscience est ce qui s’approfondit ; ou dit autrement ce dont on ne possède jamais la profondeur ; il ne s’agit pas du tout, ici, de croire ou de faire accroire qu’il y ait un terme, une clôture de l’arc de conscience, ce qui veut dire une fermeture du je. Pas seulement de l’universel infini par quoi on figurait la conscience-de, mais en tant que surgit un point qui est tenu dans une vision qui rassemble tout le corps, le monde, le donné, le vécu, la perception ; selon les caractéristiques de telle ou telle œuvre, et non pas tout cela à la fois, bien que fondamentalement un arc de conscience tendra à livrer tout intégralement tout ce qu’il peut, cherchant à identifier son vouloir à son pouvoir exister, son devoir-être à son pouvoir-être, la signification, le sens et le possible.

L’infini du je est évidemment coïncidant avec l’infini de la pensée ; mais on a vu que la seule explication, explicitation de l’infini est le cercle absolu, cad formel, du sujet, du sujet en tant que rapport et en tant que le rapport est cette, par exemple, volonté infinie que repère Descartes et qu’il ne peut plus situer en dieu seulement (comme la pensée métaphysique pour qui l’infini était une notion) ; l’infini n’est plus une notion, ni même un concept comme Hegel, mais est signifié comme cet-être ici-même et maintenant, soit donc l’exister du je, le je comme arc non-fini, signifie et dont le signifiant ne contient pas de signifié. Il y a un infini (au moins) ici même ; ce qui revient à l’inscription définitivement christique (il n’y a pas que le dieu un tout-autre, il existe le christique et ensuite le saint-esprit, la communauté des croyants, pris un par un par ailleurs ; ce qui, on l’admettra, développe considérablement ce réel qu’est dieu).

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Méfions-nous cependant, puisque si ce je est un rapport il n’est pas le rapport qu’il est, puisque justement le rapport se tient toujours en dehors de lui-même ; il existe et n’est pas (l’être est second, situé au-dedans du mouvement, qu’est l’exister). De même que la pensée n’est pas ce que l’on élabore par soi-même mais assujettie à la vérité (qu’elle soit adéquation à la cohérence interne de la pensée ou adéquation à la réalité extérieure), et que la révolution est avant tout justice (en plus d’être liberté).

Pourquoi, sinon de ceci que le rapport se tient d’un plus grand ; ce qui contient en tant que tel le temps, le devenir ; le réel crée (qu’il soit dieu, la pensée, le sujet ou le réel) ; il y a un présent afin que quelque Réel se produise (lequel n’existe qu’en tant que rapport, sinon il dépendrait d’un autre, on ne sait comment, cela n’ayant pas, plus de sens ; et si il dépend de lui-même alors il n’est une sorte de Un tautologique mais un Un articulé, ou donc qui-se-voit et existe autre que soi, ce qui revient à dire qu’il n’existe pas de « soi » mais un devenir brut ou un soi qui se perçoit ; ou donc que la première cohérence ne puisse devenir qu’en une plus grande cohérence. Sinon il n’y aurait pas de créé. Mais seulement du réel moindre. Ou donc parce que le possible ne deviendra qu’assuré d’une acquisition, ce qui veut dire d’une cohérence antérieure qui seule offre une base suffisante pour la plus grande cohérence qui viendra, qui ne cesse de venir.

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De même que les grecs accèdent à la pensée à partir d’un point autre (le « là » du monde, cad l’être, qui ne peut pas être pensé, puisqu’aucun horizon ne peut le réduire). Et que les chrétiens accèdent à leurs propres vies (et la vie partagée) à partir d’un point qui est partout, nulle part dans le monde ni la vie (le christ est parti-revenu-encore là).

Descartes peut approcher son propre être, qui n’est pas un être, c’est parce qu’il est (devenu) ce moi. Ce qui signifie que le moi n’est nullement négligeable, puisqu’au contraire à ce moi-même que nous sommes doit correspondre, adviendra, ou il sera possible d’accéder à un je.

Rappelons ; le je est re/présenté par Descartes et le moi est désigné par Pascal (le moi de monsieur Descartes, qui nomme le je de Descartes en tant que moi, et le ‘moi’ est à ce moment introduit dans l’historicité, dans l’histoire humaine ; ce qui ne veut pas dire que les gens n’avaient pas de « moi » mais que celui-ci n’accédait pas à une représentation, culturelle, d’acculturation, et que donc n’obtenant aucun miroir et sans images les mois ne s’inscrivaient pas dans et par un devenir.

Aussi le christique est-il crucial en ceci qu’il inaugure, initie la possibilité du réel d’un je et ce, christiquement, sous couvert du regard divin ; il ne se pouvait pas moins que ce soit le divin, puisque c’est le possible pur qui se lance. Soit donc ce qui n’est pas dans le monde de l’être (la détermination, celle qui est aussi bien les datas, ou les réalités données, en l’occurrence celles qui se donnent dans la perception ou le là du donné, les choses, les êtres, mais aussi les couleurs ou les atomes, etc) et qui relève du possible pur.

De même Descartes ne crée pas le sujet, il dit qu’il existe ; et ce faisant il le crée d’une certaine manière ou d’une manière certaine, mais de toute éternité, depuis toujours il devait y en avoir au moins un qui exprime le je. Le je devait s’imposer comme étant son propre centre ; afin que de cette centralisation il puisse déployer quantité de possibilités qui, autrement (sans ce positionnement), n’étaient pas en mesure de paraître, et le dit positionnement ne devait s’effectuer que par lui-même ; ou donc chacun devient le centre de lui-même, non par égocentrisme (bien que ce sera effectivement le risque pour tout « moi »), mais afin justement que cet être s’élève universellement et non pas universellement abstraitement, mais universellement selon la structure-sujet qu’est réellement l’universel, qu’est réellement le réel et la cause effectivement universelle ; à savoir qu’il s’agisse d’une structure-je, d’une structure-sujet ; seul ce qui s’existe comme rapport peut créer ou ne cesserait-ce que comprendre des rapports (ces rapports que sont les idées ou les nombres ou les signes ou les œuvres, ou les mises en forme culturelle).

Voici donc que le je, qui paraît si fragile et de peu de consistance, s’avère la forme non seulement majeure mais absolue ; sous la forme du se-savoir, par lequel tous les signifiants sont susceptibles de devenir ou même d’être créés (puisque le je, cad l’arc de conscience, est le rapport originaire, et sait-on jamais, originel, dieu). Ce qui encore une fois ne préjuge pas de la capacité totale de la dite structure mais seulement de la perception, compréhension que nous possédons, que nous avons expérimentée, que nous connaissons (et étant entendu que ce qui existe ontologiquement ne peut pas être imaginé, dieu, la pensée et l’universel, le sujet et le réel ne sont positionnés qu’une fois apparus, qu’une fois interposés dans le donné, la représentation, et une fois apparues ces positions s’imposent comme ce à partir de quoi tout sera compréhensible).

Aussi le je ou la liberté va condenser tout le divin et tout l’universel sur ses (frêles) épaules. Le je, libre, s’affectionne de la clarté et de la présence, puisque c’est ce en quoi il consiste ; et par clarté et présence il faut comprendre capacité de Créer (il n’est pas nécessairement une clarté du passé mais d’une vision de l’à-venir, et non pas d’une consistance solide mais d’une propension seule à la mesure du rapport).

Il fallait que Descartes produise lui-même le cogito, sinon ça n’aurait aucun sens, et aucun effet, ce serait même non imaginable, qu’il y ait un cogito sans un je ; or pourtant lorsque l’on dit que la conscience est la pensée (au sens non cartésien, au sens de Hegel par ex) on fait-comme-si la pensée contenait nativement « de la conscience » et la conscience dérivée de ce surréel «la-pensée », ce qui est absurde (ou théologiquement qu’il s’agisse de la pensée de dieu, à la fois de manière ambiguë de dieu et sur dieu, mais René dit bien que dieu n’est pas de cette sorte de « pensée », d’abord de « volonté ») ; par Descartes la pensée ne pense pas, mais un dispositif (qu’il ne nomme pas lui-même « sujet », que l’on désignera tel par la suite) qui pense, qui perçoit, qui aime, qui imagine, qui sent, ce qui est renvoyer le problème par-dessus l’histoire.

Il fallait que Sartre soit athée, déclaré, pour percevoir le réel même, l’existence (l’en-soi). Il fallait que Lacan ait lu Sartre pour le-réel soit cet autre-point du sujet-inconscient, le point-horrible, l’irruption de la rupture dans et par la gigantesque angoisse. Et il fallait que Sartre donc soit un « moi », sans même plus dieu, plus d’humanisation, pas même une idéologie, communiste par ex (qui sera tentée plus tard pour recoudre le champ intentionnel et l’historicité), et qu’il soit cette conscience-atome, isolée ; désocialisé pour le dire.

Le je pour qu’il soit et devienne (et donc qu’il soit tout court, parce que l’on n’est pas sans devenir, tout être est un devenir assumé, ou alors une névrose ou un coinçage quelconque), il faut qu’il se tienne d’une décision et qu’alors l’historicité (qu’elle soit d’une part) et d’autre part que cette décision devienne le rapport actif qu’elle sera. Qu’elle sera. Ça lui vient. C’est comme ça. On ne sait de où, puisqu’il s’agit du rapport lui-même qui est-déjà en rapport (forcément) et en sait déjà beaucoup plus sur, de, par lui-même.

Si il pense, il doit savoir qu’il pense. Si il croit (qu’il existe un autre-point hors du monde ou hors de la vie vécue) il faut qu’il décide de sa foi (il ne naît pas dans un milieu déjà imposé, contraint). Si il se soulève ce sera pour un monde meilleur et encore plus assumé. Etc.

Il faut, pour cela, qu’il se cible lui-même. Qu’il soit nommé, désigné, signifié. La-pensée, le christ, le sujet (Descartes ou Nietzsche ou Lacan, etc), la révolution ouvrent des rangées entières de possibilités, comme autant d’œuvres (au sens large, non seulement comme œuvres au sens habituel, mais œuvres, éthiques, d’engagement, de perception esthétique ou non, de poétique ou de manière générale qui explore les Signes, sous quelques formulations que ce soit).

Remarquons et comprenons bien ; lorsque le christique apparaît (et indépendamment d’y croire ou non), il est ou devient le Signe d’une quantité pharamineuse de vies possibles, d’existences, ce qui veut dire d’individus humains qui, dès lors (dès lors), sont susceptibles de se déployer personnellement ; évidemment à ce moment-là sous le Regard du un tout-seul, unique, mais regard qui ainsi pourra être récupéré par et pour chacun et pour tous (à la fois) ; ou si l’on préfère chacun sera capable de se le réapproprier en propre. D’obtenir une vie qui soit une existence. Au lieu d’être assigné par tel ordre sociétal, humain, tel organisationnel (comme l’empire romain ou tel et tel royaume, chacun figé dans son statut généralisé) il existe au moins Un Regard qui crée la possibilité initiale de toutes les autres possibilités (qui n’existeront que d’être voulues, entendues, créées par les existences elles-mêmes ; ce qui viendra après n’existerait pas sans l’intention reprise de chacun, reprise sur l’énergie de chacun mais également de la situation de chacun dans le donné du monde et dans le là du donné, ayant pour horizon le monde effectivement, soumis aux distances et au temps, et enfin surtout réactualisant en chacun la séparation, sans laquelle nous serions ceci ou cela mais nous n’en aurions pas, n’en récupérions pas la conscience ; et quelle est donc alors la distance qui produit pour tous et chacun la présence et la représentation et comment présenter cette actualité qui nous sépare ?

Pareillement le cartésien ou ce que le cartésien révèle, manifeste, commence d’organiser, d’instituer (et bientôt d’institutionnaliser, ce que promouvra la révolution) ; à savoir non que chacun soit « raison » (même telle l’hégélienne), mais que chacun soit son propre jugement, sa liberté en activité. Il existe, se propage, surgit quantité de versions de l’acquisition du je par lui-même, et ce multipliant partout les je de séparation (jusqu’à l’atomisation que l’on sait, et lors même que les fameuses années soixante aient concrétisé d’une part la division indéfinie, et d’autre part tenté une vague humanisation universelle, ayant échouée. Toute la puissance, la potentialité ayant été recapturée par l’industrieuse universalisation (des objets et de l’argent, qui sont en eux-mêmes de l’universalisation extérieure, puis en images et mass et micro médiatisation qui se cherchaient comme mass et micro médiation, ce qui veut dire coordination de tous et de chacun et non pas rivalité et hiérarchisation de tous et de chacun, chacun livré à la suractivité fantasmatique de l'être inexistant de l'image, à quoi aurait dû s’opposer, évidemment, la fraternité de notre formulation historique absolue).

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