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instants philosophie

Signifié / Signifiant

24 Avril 2021, 08:15am

Publié par pascal doyelle

Couper l’immanence par la transcendance

Nous n’avons pas à choisir, en un sens.

Soit on s’abîme dans le monde donné là, et donc la dispersion indéfinie qui pointera à la fin des temps et l’absence de mémoire de tout ; comme si rien, jamais, n’avait existé. L’univers, on le sait, se destine à la mort ou la noirceur toujours plus s’éloignant, dans la nuit, le vide et le froid indescriptible. C’est la destination même de tout ce qui est déterminé, cad limité par son essence.

Soit on admet une vie en plus. Une autre vie. Ou un autre plan.

Quelle que soit la manière d’y approcher. C’est ce qui relève alors de ce qui n’est pas déterminé, de la forme qui entoure toutes les déterminations, en l’occurrence le présent, qui constitue pour nous le Bord de tout ce qui est.

Et ce choix est au fond absolument fondamental ; il ne mesure pas seulement votre envie d’exister (accepter qu’il y ait une fin, terminale, et donc engouffrant totalement toutes les réalisations, individuelles, collectives, humaines, personnelles) mais il rend compte de votre ressenti du temps.

Le laps de temps (naissance-mort) vous convient-il ?

Pour le reprendre de Kant ; votre unité réclame un développement infini, qui ne vous sera pas accordé dans et par ce monde. Et si l’on pousse plus loin, le temps linéaire, celui qui passe uniformément, vous parait-il logique, normal, acceptable, sensé, consistant en lui-même ?

Cette aperception du temps vous gêne-t-il ou non aux entournures ?

Le développement infini de Kant ne porte pas tant selon la durée de votre être, mais sur l’ampleur ou la valeur de cet être. Reste encore à juger de cette valeur, de cette ampleur, ce qui ne peut se résoudre que si l’on dénote le nouménal et en quoi il consiste réellement ; il ne peut pas exister séparément dans un « autre lieu ». Comment peut-on poursuivre la possibilité d’exister au-delà des limites qui semblent, en vérité, tout à fait arbitraires de ce que l’on nomme « une vie » ? Ou un monde donné ?

Donc il s’agit d’exister plus loin, au-delà, plus haut que sa propre vie.

Puisque nous ne sommes pas, nous existons, et participons de ce mouvement ; exister c’est se mouvoir ; la question étant celle de la nature de ce mouvement et de ce qu’il signifie, de ce qu’il porte, rend possible, et on sait qu’il est instantanément, absolument structurellement lié au Possible lui-même, raison pour laquelle on doit désigner la perfectibilité absolue et formelle plutôt que la perfection, que l’on ne comprend pas du tout.

 

La liberté est l’utilité de la capacité dans tous les mondes possibles. On a vu que la capacité est l’idée, principe, formule, formulation que le réel est l’actualisation et donc, ou parce que, le présent est la génération de tous les mondes.

Dit autrement et à notre usage, selon notre possibilité de compréhension ; il y a eu, il y a et il y aura des offres instantanées de possibles directement ouvertes au cours d’une existence.

Ou encore ; il est à peu près sensé et évident que la signification d’une vie, d’une existence ne peut pas se résumer, synthétiser ou décidé à tel ou tel moment déterminé ; c’est l’ensemble et l’orientation générale et pour mieux dire ontologique qui compte, qui pèse, qui instancie dans sa durée et dans sa capacité brute.

Que se tienne du discours métaphysique (de la pensée) ou de la réflexivité ontologique (du sujet) on se situe sur le Bord et du Bord on voudrait inscrire dans la réalité, le donné perçu, la vie vécue ou la perception actuelle ce même Bord. Soit donc redistribuer la transcendance dans l’immanence ; en modifiant l’activité de conscience, ou de pensée, et en remplaçant les facilités par des difficultés.

La difficulté en question est fondamentalement une traversée ; il n’y aura rien qui puisse ressembler au monde, ni donc à la vie vécue ou au corps, pas même au moi, au moi-même de chacun (comme synthèse, comme bricolage « de ce qui nous est arrivé ou échu »).

La véritable pensée (et c’est ce qui arrive toujours) se situe sur le Bord ; le Un plotinien ou le Bien platonicien (qui pré-organise les idées, qui est principe d’un ordre en plus), etc. Pour le sujet le Bord est de fait installé (ça bute constamment sur un non-dit, ou plutôt un in-dicible, qui est le point qui perçoit).

Donc ça viendra d’ailleurs, d’ailleurs, en plus et tout à fait autre que tout. C’est la règle réelle, effectivement réelle qui doit, devra, aurait du, pourrait toujours/déjà s’appliquer et s’imposer dans le monde, dans l’humanisation, et ainsi pour nous dans la personnalisation (depuis la révolution nommément mais bien sûr dans toutes les précédences, divines par exemple, ou spirituelles ou mystiques ou révélées).

Cette règle, impérative, que l’on aborde si difficilement, qui nous passe par-dessus la tête à vrai dire, que l’on comprend pas, qui est autre que cette vie, autre que ce corps et ses pulsions, autre que le monde d’intérêt et d’intéressement des sociétés humaines, nous fut révélée ou s’est dévoilée ou fut créée de but en blanc, d’un point externe absolu, puisque la Règle est absolue.

Aussi doit-on sans hésitation comprendre que l’on ne sait pas par où cela passe, et ce que cela signifie ; et que donc il existe mille et un chemins, cheminements qui aboutissent au chas de l’aiguille.

Puisque l’accès de la possibilité pure est exiguë. C’est le Bord qui restera au bout de toutes les réalités (données, naturelles) et de toutes les réalisations (humaines, personnelles).

Il paraît impossible de synthétiser la résolution probable de notre être qui n’est pas un être mais une existence dans l’exister ; au sens où le Bord du monde (du vécu, du relationnel, du corps, de la perception, du moi, etc) n’est pas du monde. Mais du Bord lui-même.

Il faut concevoir que l’on peine singulièrement au travers des philosophies mais aussi des religions, ou des esthétiques ou poétiques, mais également au cœur des règles politiques, pour amener dans le monde, et l’historicité de ce fait, pour y ramener les instructions du Bord du monde.

Ramener les instructions c’est couper l’immanence par les plans du transcendant ou de la transcendance (comme on veut cela n’importe pas, que l’on croit ou non en dieu ou le divin ou le suent ou la structure brute et pure du réel). C’est donc ces coupures que l’on recherche depuis le début, depuis, pour nous (dans notre cycle de civilisation, que l’on initie par le dieu un tout-autre du judaïsme) ; non seulement de les introduire dans le monde, la vie vécue et le moi, mais d’abord ne serait-ce que sinon les définir du moins les délimiter.

Rien de ces instructions n’est évident…

Mais ayant annulé le sacré (des groupes humains soudés par leur monde-parlé-ritualisé), instauré le divin (séparé du monde, de la vie donnée, de la perception) mais ayant abandonné le divin ne demeure que le plan d’immanence, totalement plat, et puisque tout est visible, plus rien n’est discernable.

ce qui veut dire que chacun (ou de même les groupes humains) fonctionne selon une synthèse réalisée, plutôt bâtarde ou incertaine et sans organisationnel véritable et sans certitude interne (celle-là même que tend à ouvrir la certitude cartésienne ou pour le groupe la révolution, qui s’effectue au su et au vu de tous et de chacun), et que l’instruction formelle (qui permet de passer à une civilisation, une acculturation plus grande) est pour le collectif ou l’individuel presque inaccessible. Nous n’en possédons à peine que quelques bribes. Soit donc des signes. Et non les phrases, ni les phases complètes.

Puisque le réel est de structure, il est le temps lui-même et donc comporte, porte en lui son devenir ; la perfectibilité est la finalité formelle absolue. Et non la perfection qui ne s’appliquerait qu’aux choses, dont on voit bien qu’elles sont im-parfaites, prises dans des aléas, ce sont des approximations, l’adn est une approximation ; la « perfection » n’a pas de concrétisation constatable, ni dans le donné, ni dans l’esprit (sinon comme imaginée).

Le désintéressement , qui semble à la fondation de toute morale, consiste en un pari sur l’avenir, le possible, la capacité ; il étend un rayon d’activité plus grand, tandis que l’intéressement un plus petit, qui semblera bien plus éclatant et triomphant sur le moment ; mais l’immédiateté est un piège du temps, et donc le désintéressement conduit à l’intemporalité. Synthétiquement parlant.

Or ceci ne requiert pas tant l’intelligence, l’intellect que la conscience morale ou éthique (la morale valant généralement dans le monde, autrui, etc, et l’éthique le quant-à-soi-même selon ce que l’on estime se devoir à soi-même). Abandonner son égoïsme pour nourrir la possibilité d’autres sujets, c’est parier sur une méta-organisation, dont les conditions d’élévation ne sont pas du tout évidentes, y compris concernant l’ouverture pour chacun de se libérer de finalités immédiates.

On sait à peu près nettement ce que l’intérêt immédiat peut nous rapporter, mais on ignore ce que le délaissement de cette facilité octroiera à l’avenir, à la seconde condition que tout autrui ou un maximum accepte de plier devant ce grand calcul du désintéressement.

Qu’il s’agisse de purifier l’activité intentionnelle, c’est évident, mais ce qui ne l’est pas ce serait de croire qu’il suffirait de remplacer notre ego par l’angélisme ; ce qui n’est plus du tout le propos depuis le christique. L’église peut-être (c’est une institution) mais le christique non. Le structurel, cad l’intentionnel libéré, s’ajoute au donné, au vécu, au vivant ; on ne voit pas comment il en serait autrement. À moins de supprimer la réalité, ce qui n’a aucun sens, ou alors d’attendre le Royaume ici et maintenant, ce qui est absurde.

Et donc il est question seulement, si l’on peut dire, d’ajouter une dimension au donné, à la réalité ; et la dite dimension n’étant plus de l’ordre de la raison monolithique (ou de n’importe quel ordre surplombant) ne s’impose pas à la réalité mais la splitte. Splitter la réalité donnée vécue veut dire la démultiplier. Non seulement démultiplier le donné déjà là, mais tout autant les capacités de la réalité ; soit donc la réalisation.

Or il est apparu que nous n’accédons pas immédiatement aux choses, sauf de les agiter, pour ainsi dire, et déjà les modifier ; donc en produisant un champ dans lequel les choses sont prises et déjà transformées, dès la perception ; de sorte que dès le début nous sommes jetés dans la liberté, qui consiste à, premièrement, arranger les choses, l’apparaître des choses, en leur conférant des significations, celle du groupe, de tel ou tel groupe ; puis la communauté se rendant complexe il devient possible que chacun obtienne sa perception, étant entendu alors que malgré cette complexité il existe un lien, un rapport général et accepté par chacun ou une majorité, lien qui, il faut absolument en prendre conscience, s’impose en et par chacun et ce dans son appréhension, son aperception de lui-même.

Il y eut dès l’origine qui se fond dans le vivant lui-même au début, puisque n’existe un horizon que si au préalable il existe un vivant en son milieu (qui n’est pas un horizon donc), un autre-plan dès que l’intentionnalisation s’est imposée ; qu’elle soit générée par une cervelle est évident, qu’elle ne soit pas relative à cet organe l’est tout autant sinon plus ; puisque le champ intentionnel étant un rapport (et le rapport de tous les rapports qui suivront) il s’implique lui-même (sinon il n’en serait pas un, de rapport).

Il vint un temps lorsqu’apparut explicitement cette auto-désignation du champ par lui-même, et ce pour chacun.

C’est pour cela qu’il prit, ce lien, explicitement le nom de contrat, par exemple ou de nation ou de volonté générale.

Le mal, la dégradation, la bassesse, la noirceur consiste à diviser selon la détermination (et donc l’immédiateté) et le bien d’organiser la division selon la structure, selon la distinction ; et on ne peut pas supposer, imaginer une plus grande détermination à venir et nier la distinction actuelle. À diviser les uns des autres mais aussi à se scinder soi-même ; non qu’il faille vouloir être bon (le conscient en général manque son but, il reste extérieur et ne pénètre pas dans la réalité, son angle d’introduction dans la réalité est limité) mais plutôt mener, porter une intention la plus générale possible afin qu’elle s’immisce jusque dans la perception même, ou l’émotion, afin que le mal ou la corruption (de la perception) soient ignorés.

Comme la révolution démultiplie les centres de décision (ce qui permet que chacun ait une vie à soi, un projet, une entreprise, etc), de suite la dégradation s’étend, à tout.

Subjectivement la dégradation n’est évidemment pas de se laisser déterminé (comme une chose qui se décomposerait) mais prend une forme active (nous existons dans et par le champ intentionnel de signes que nous produisons) ; aussi la noirceur est-elle une inversion de l’intentionnalité qui veut à toute force concrétiser dans le monde avec rage ce qui justement ne peut se matérialiser. Et ainsi il fallut halluciner les vies, via les mass et puis micro médiatisations, du roman à internet en passant par le cinéma et la télévision, quotidiennement réinvestissant les corps et leurs extensions ; la « réalité » est devenue pour nous, la représentation de la réalité, ayant entièrement tout recouvert, recouvert nos yeux, physiquement.

Les sociétés humaines sont dès lors fondées non sur une détermination au hasard (l’hérédité entre autres) mais sur le principe de soi, semblable à tout autre ‘soi’. Et par cela accède à la véritable raison ; non pas tel un corpus descendu on ne sait de où, mais en ceci que le véritable universel c’est le sujet ; il n’existe aucune autre forme universelle plus évidente que celle de la conscience de soi.

On a vu que la liberté consiste en la production d’un champ intentionnel, qui transforme le donné en signes, lequel champ est au début celui du groupe humain (qui s’auto organise collectivement et perçoit son monde), puis devient le champ de chacun ; ce qui se nomme acculturation généralisée (au sens à la fois privatif, il n’y a plus de monde commun, et de mise en forme de structure, chacun obtient d’être à lui-même la fameuse reconnaissance de chacun par chacun et de chacun par tous, ce qui veut dire constitutionnellement et institutionnellement, mais aussi relationnellement et subjectivement).

Hors cette division totale par et en chaque sujet, il n’y a rien ; il n’y a rien au-dessus. Ni dedans. Sauf que par là chacun obtient sa propre vie (qui n’appartient à aucune caste, aucun rôle, ni à aucune raison ou quelque corpus que ce soit ; et la structure tient, elle tient toute seule et de par soi, elle devrait seulement continuer la révolution et avancer).

La structure s’impose d’elle-même et devient la mesure de tout le reste. Et les individualités assurent cette continuelle performance (de prendre sur soi), bien que dès lors il est impossible de nouer l’ensemble des volontés en une finalité ; tout part dans tous les sens. Aucune règle ne guide l’ensemble des volontés (qui s’entendent pour s’assurer les unes les autres mais « en l’état », et non comme une planification, cad une pensée, une explicitation de la forme du monde humain ; le libéralisme est juste, de ce point de vue, un laisser-aller de tout n’importe comment).

Et le monde, l’intéressement ne l’entend pas ainsi et veut revenir dans la structure, détruire sa légitimité et introduire quantité de petites hiérarchisations, et ce jusqu’aux énormes hiérarchies, pyramides libérales, baronnies dans le royaume des sujets libres.

De même ; le système de mass puis micro médiatisation (en ce cas internet) est fondamentalement de redistribution (de l’information en général), mais cristallisé au fur et à mesure en quelques forteresses.

Ce qui fut mis en jeu et placé dans l’historicité c’est la puissance de la structure, qui renvoie chaque conscience à elle-même, à elle seule et sur cette unité fondamentale recrée la possibilité ; il est clair que ça ne réussit pas sans une mise en forme culturelle spécifique ; on ne peut pas, on ne peut pas imposer la liberté et encore moins la liberté et l’égalité, comme équation encore plus complexe ; en ceci que la liberté, et l’égalité, devront être perçues en et par chacun, chaqu’un ; et ce dans son corps même ; sans l’unité perçue, et donc éprouvée, ressentie, émotionnelle, psychologique, psychique, sans donc ce corps intégré il est impossible que la structure, politique, fondée sur la morale mais aussi l’éthique (plus profonde) de chacun, tienne.

Et donc il y a, un peu partout, quantité de variations de cette structure politique généralisée depuis le 18éme. Selon les différents atermoiements de structure individualiste/universelle, plus ou moins, et attachée, de même plus ou moins, à un passé culturel toujours asynchrone, si l’on peut dire. De même que le communisme eut pour effet (quelles que furent ses intentions) d’étendre à divers peuples qui n’étaient pas adéquats au système de structure liberté-égalité.

La synchronicité de chaque conscience est évidemment une composition de possibilités ; suffisamment individuelles, suffisamment arc-boutées à la communauté ; la communauté dite politique (et qui donc crée la politique seule réelle), qui exclut une communauté de croyance ou d’ethnie ou de race ; l’exclusivité politique crée la possibilité même.

Ainsi chacun est propulsé sur le devant de la scène et est en lui-même acteur ; acteur de sa propre vie. C’est une humanisation d’ampleur généralisée et formulant la base historique du réel humain. Envers et contre les réactions diverses qui voulurent réimposer leur essences particulières, la révolution crée le Cadre formel sans lequel rien (aussi inspirant cela puisse être en lui-même) ne vaut. Rien ne vaut qui ne serait pas décidé librement ou universellement. Tout ce qui nie la liberté ou l’égalité retourne en arrière. Toute identité, serait-elle celle du moi, enferme et annule le cadre structurel (collectif et individuel, cadre qui sépare tout en connaissance de cause et en l’occurrence en reconnaissance des uns et des autres et donc tout aussi bien reconnaissance de soi-même comme autre que soi).

La formule « soi autre que soi » stipule parfaitement la distance qui règne en tout et partout ; la distance, la division et l’équidistance si l’on veut. Le principe est simple ; si l’on se prend pour soi, on tombe dans l’erreur. Le moi névrosé ou psychotique, obsession ou perversion, peu importe il s’agit d’une abolition de la distance, d’une tentative pour un moi d’être ; ceci ou cela, comme si ou comme cela, sous le regard ou dans la chose, le corps ou l’objet de désir, etc, bref une imagination et non une structure soustractive, qui seule permet qu’il y ait un corps, un objet, autrui, le langage, l’intellect, etc ; dit autrement le moi nie alors le réel … qui autorise justement qu’existe un moi … ce qui n’est pas du tout bon signe ; cette auto-suppression est une sorte d’impossibilité d’admettre que l’on existe, au profit d’un fétiche, en un sens quelconque (en comparaison du sujet en jeu) mais dans les faits du vécu lui-même toujours profondément significatifs, en raison et en place dans le bricolage qu’est en vérité un moi, qui attend son sujet ontologiquement parlant mais qui dans la densité du vécu ne sait pas quoi faire de son corps, de sa vie, d’autrui, du regard, et tous ces paramètres.

Cette impossibilité de se-voir est, on l’a vu, on l’a dit, non seulement le caractère proprement invivable pour un vivant d’être-perçu ; un vivant perçoit et se tient au centre de son milieu ; il n’est pas projeté sur le fond de l’horizon, n’est pas perçu du dehors, il n’a pas de « dehors » ; nous existons spécifiquement en ceci que nous ne percevons pas seulement qu’un horizon il y a (et qui au final consiste en ce « réel » comme autre, autrement dit l’infini, l’indéfini des signifiants et l’infini du signifiant) mais nous nous percevons, nous-même, à partir de l’horizon ; ce qui est infiniment douloureux pour le vivant que nous sommes selon la détermination effectivement corporelle.

Aussi cette douleur est également doublée d’une angoisse ; si je suis hors-de-moi, c’est pour quoi ? Que faut-il non seulement faire mais décider ? Comment orienter cette perspective infinie ? Par où cela regarde-t-il mon existence possible ?

Vient alors que les vibrations du monde, du relationnel, du vécu propre à chacun emplissent la structure ; le monde est, pour un moi, indéfiniment développé dans tous les sens ; nous avons abandonné la formule commune unifiée (tel groupe, tel monde et chaque monde humain séparé de tout autre) mais une avalanche de possibles s’est déversée sous nos yeux, rendant chacun à sa propre vie et ses envies (chacun dispersé isolément sur toute la planète). Cette immense production de soi, de « moi-même », de couleurs et de formes, de signes et de paroles, que furent les quelques derniers siècles. La disparition des mondes humains est aussi la possibilité ouverte pour chacun séparément.

Rappelons que la régulation aurait dû se produire qui rendent les mois susceptibles de leur sujet, chacun son sujet régulant la production indéfinie de signifiants, qui enferme dans le tourment de « n’être pas qui l’on croit être » ; puisque le sujet, lui, n’est pas, mais existe et tente de situer le signifiant même, cad … le sujet et son élévation, plutôt que son extension indéfinie dans le monde ; le sujet ne se tue pas à la tâche de faire-semblant d’être (le moi est, pris dans ce cercle, littéralement perdu ou fou ou auto-centré, produisant et prévu dans un pseudo-monde hallucinatoire, en partie tout au moins ; celui de Debord, Baudrillard, Matrix ou Ph K Dick).

Dit autrement ; un sujet n’a aucun rapport avec quoi que soit qui soit du monde (ni du vécu, du relationnel ou du corps ou de ces objets). Il n’y a pas de signifié sous les signifiants ; les signifiants renvoient seulement au signifiant même, cad au seul rapport qui-existe et qui étant vide, cad formel, rend possible d’agiter les signifiants dans tous les sens. Le signifié (l’objet magique du désir) n’est pas. Nulle part. Il n’existe que le signifiant qui doit, à lui-même, devenir sa propre règle. Et comme s’initie notre ère, le christ est parti ; il n’est plus là, il est hors-monde, de même que le sujet est nouménal ou suspendu à jamais dans le cogito, etc.

Les philosophies se doivent de supposer le cadre vide formel comme seul consistant ; d’une consistance spéciale à l’évidence. Dont la nature est précisément la question-même ; qu’est-ce que la non-consistance du cadre formel de la réalité ?

C’est ainsi l’ensemble des positions absolument formelles qui furent identifiées, comme dieu, la pensée - l’universalisation, le sujet et le réel (en lequel on obtient non seulement que « l’existence existe », mais aussi les diverses versions du monde, du donné comme étant-le-réel ; matière, énergie, vitalisme, économisme, inconscient, sciences, mathématiques, etc, recherchant des causalités « sérieuses »).

L’angle de coupure de la réalité par la structure

soit donc dieu et la nation, la réunion des intentions autour de l’intention unique,

l’universel de l’intention qui se découvre comme créant des systèmes d’intentionnalisations, dénommées idées,

le christique et le regard externe qui crée votre âme, l’actualisation de l’unité de votre vie (transformée en existence) d’un point autre, en dehors du segment naissance-mort,

le sujet (qui dé-couvre son intention ici même telle qu’elle se suppose elle-même, et sa continuité kantienne, unité des unités),

la propagation des sujets par la révolution, de même que le christique par sa formule à ce point instantanée concerne chacun des corps en son existence, dans un monde humain (de diverses versions) qui n’a jamais connu un tel accès.

cet angle de coupure, qui instancie le transcendant au beau milieu de l’immanence de sorte que le divin vient interrompre la réalité (dite par exemple créée, ce qui signifie ramenée à la détermination) et permet de démultiplier les aptitudes et donc le donné, le vécu et la perception (ou donc le monde, le sujet et les signes),

est également ce qui rend le temps hors de lui-même ; au sens où définitivement (si l’on peut dire puisqu’il s’agit de l’inverse) si notre moi est déterminé, le je retient, lui, indéfiniment ou infiniment son souffle ; suspendu ; et il existe à l’inverse en cela qu’il doit toujours-déjà décider de son Intention.

De sorte que cette intention se retrouve tout au long d’une vie vécue et s’oriente ou tente de s’orienter au fur et à mesure, certes, mais surtout en nouant ou dénouant sa capacité ; si notre être n’est pas un être mais un rapport, c’est la raison pour laquelle Kant renvoie au-delà le nouage de notre existence. Le dit rapport ne peut s’acquérir (selon sa structure d’actualisation) qu’en expérimentant et décidant de son intentionnalisation ; et cette acquisition n’est accessible que par et dans cette actualité ; c’est dans la distance de sa mise en acte que toute conscience (qui est déjà toujours un rapport) rend réelle la possible structure, la structure du possible, le possible du réel en tant qu’il est articulation qui se décide non seulement pour lui-même (son existence est déjà obtenue) mais décide pour l’agrandissement, l’augmentation, l’intensification de la possibilité.

Ce qui paraît si peu raisonnable et si peu logique (puisque cela n’obéit pas à un principe d’objet, d’objectivité ou de vécu) que le moi s’emplit constamment d’une identité qu’il voudrait stable ou assurée. Or la structure intentionnelle s’y oppose ; l’objet de désir (qui semble concrétiser le signifié) est seulement l’indication, ou donc un signifiant.

C’est ainsi que pour chacun il est possible d’user de nouveaux signes, afin de marquer sa propre réalité, son vécu, son désir, etc, inflation des signifiants durant vingt siècles ; tout peut faire office de signifiant, l’arc de conscience crée des signes à la pelle. Le monde donné, objectivement, et la vie subjective seront totalement asséchés. Y compris assignés à la vérité, du sujet, ou à l’objectivité ou aux esthétiques, poétiques, dans tous les domaines.

Aussi la production libérale, industrielle de signifiants nous impose (et nous ne demandons pas mieux) de recycler en nous, constamment des codes de signifiants, de les incorporer par le dévoiement d’images, laissant supposer un « vrai et réel » signifié, désirable ou à portée de main, dense et consistant par lui-même, qui n’existe pas, nulle part. Pas plus selon l’être a priori massif.

Inversement cette orientation impossible fut dès le début confiée à ce qui n’est pas dans le monde ; dieu (celui qui relève des intentions et celui qui élève les intentions, le christique) ; la vérité, universelle qui repousse constamment la limite du penser ; la liberté du sujet qui non pas comme simple moyen d’autres fins mais comme la finalité, unique, qui ouvre à quantité d’autres à condition que la première finalité soit maintenue (la liberté ne peut pas, ne doit pas s’effacer dans ses contenus). Dieu, vérité, sujet faisant office de miroirs, renvoyant chacun à lui-même, et non aux images ou confectionnant des images ou des idées telles qu’elles réindiquent le signifiant.

Toutes positions qui prennent le regard (et vous le rende, comme le christ qui s’en va du monde et de la vie), et que le moi ne supporte plus ; qu’un regard extérieur, et qu’un regard d’autant plus externe, cad sur-objectif, plus grand que la subjectivité, qui s’est instanciée libre, regard donc qui imposerait au moi une telle structure autre ; un moi est à lui-même, idéalement, son propre regard, mais « idéalement » … ce qui veut dire pas du tout, parce qu’il est, le moi, un bricolage.

Cette impossibilité (de représentation) étant le reproche le plus commun envers ces réels que l’on voudrait saisir dans la réalité (sous le mode d’objets), alors que l’on doit en être saisi ; et imaginant les penser (en objet de discours ou en imagination donc) on laisse de fait le sujet dans le non-dit et l’extériorité, éperdu, ce qui annule la rationalité de telles théories.

Tout cela pour saisir que le structurel ne se plie nullement à quelques résultats ou effets, mais se tient seul et par lui-même, bien et parce qu’impossible (si il était possible il serait du monde et s’effacerait en telle ou telle version humanisée du donné, de la perception, de la représentation, etc). Ensuite surviennent les effets ; ceux de la révolution furent par exemple innombrables, et que dire du recentrement qu’amène le christique par chaque corps délimité. On a pu croire que des effets, sélectionnés (des forces ou des pulsions, des technologies ou la génétique, etc) expliqueraient la structure, puisque l’on interprétait la pensée, le sujet, etc, comme s’il s’agissait de parties du monde introduites par d’autres parties du monde, mais la structure n’est pas selon le monde ou la détermination.

Tout surgissement de la structure dans l’historicité crée l’historicité comme telle. Elle est ce par quoi le structurel (débarrassé de toute formule passagère selon le monde) se sait selon le temps ; le signifiant étant ce qui enjambe le laps de temps s’instanciant dans et par sa temporalisation. On relie deux signes, deux perceptions, deux contenus et le signe est le rapport, ce qui crée le court-circuit d’une élaboration non selon le temps mais selon l’actualisation du temps (qu’il existe une dimension en plus qui ne passe pas ; le présent).

Selon le possible, et au fur et à mesure selon la Possibilité (mais c’est déjà le cas de dieu, de la pensée, du christique ou du sujet ; selon les signes adhérant non plus aux parties de monde (le sacré délimitant en dedans) mais vers la structure (le divin)). Puisque le temps existe afin que la Possibilité s’étende et se définisse et elle ne le peut qu’étant libre ; la réalité est l’image dans le miroir ; le miroir (le sujet) n’apparaît pas dans l’image mais c’est par cette image qu’il existe un sujet. L’image parvient à modifier le miroir, et il n’existe pas d’images sans miroir.

Élaborer la temporalité propre n’est que le début (déjà bien ardu, le moi étant un bricolage, une synthèse hâtive lors du vécu). Outre cette temporalité, l’a-temporalité du je, qui se perçoit au-delà du segment naissance-mort, est originellement, initialement la structure même de l’âme. Ou si l’on préfère de tout récit de soi (y compris roman et poétique et musique, etc, qui ne sont, n’existent qu’ne tant que signes, évidemment).

Ceci indiquant vers le haut, la verticalité et la capacité qui existe au-devant. L’en-avant est la raison du déploiement du réel. Et donc l’en-avant est en-haut. C’est la règle du signifiant qui est la véritable création depuis le début et non les remplissages. Ou donc la vue (ou la vision) que l’on obtient de sa ligne de présent(s) tout au long d’une existence.

De sorte que Lacan pouvait bien se gausser des tentatives (du moi ou du conscient ou de la philosophie, des idéologies ou des « révolutionnaires » de 68) pour absorber, manger, incorporer le « signifié » ; pour lui la science, la raison ou la philosophie, la belle âme ou l’idéal n’échappent pas et ne se présentent que comme signifiants du moi lui-même (qui s’imagine atteindre le signifié et croit s’en sortir de cette façon alors qu’il se consacre aux signifiants, et ainsi au regard autre, tout discours relevant d’une autre conscience, bien que prétendant manifester le signifié même ; Lacan laisse chacun seul face aux chaînes mais ouvre néanmoins en une mystérieuse libération, quoi que sujette à caution même psychanalytiquement).

Les choses ne sont qu’ici et là, en vérité seule existe la dynamique, le mouvement du réel ; en tant que plis du Pli unique ; le moi et les mondes humains s’emberlificotant dans les plis pris dans les plis ; le monde-parole de la tribu relève de la même logique que le moi-égocentré, mirage de ses images, recyclant ou courant d’effets en effets et non remontant vers le Pli lui-même, qui n’est pas du monde, ni du vécu ou du corps.

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Désignation de l’éternité

17 Avril 2021, 08:32am

Publié par pascal doyelle

« Qui a un corps possédant un très grand nombre d'aptitudes,

la plus grande partie de son âme est éternelle. »

5-39 Ethique.Spinoza.

Par aptitudes, pour un être humain, il faut entendre de capacités, d’élévation des actes de conscience, des intentionnalités travaillées, ouvragées, et donc chacune de ces parties ne sont plus des parties (juxtaposées bêtement) mais organisées et accrochées aux réalités (capables de les modifier, comme le menuisier connaît le bois et l’élaboration d’un chef-d’œuvre, au sens artisanal tout aussi bien ; une conscience qui existe travaille sa propre vie vécue, quoi qu’elle fasse, et autant chercher à l’éprouver au mieux, mais on ignore comment).

Et donc voici une âme qui a construit ses capacités et plus elle s’y adonne, plus la capacité même augmente en elle.

Dit autrement ; un être humain possède un corps tout entièrement mélangé déjà d’intellections (même d’un minimum, il n’y a pas d’être humain dépourvu de signes ou de langages), et ces intellections doivent être étendues dans leur définition ; aussi parle-t-on d’intentionnalités (qui parcourent notre être, notre réalité mouvante, dynamique, en tous les domaines ; nous lions des signes partout et autant qu’il nous est possible et non pas seulement par l’abstraction et l’intellectualité ; cette extension de l’intellect à toute intention est proprement nommée intellectivité, faculté de perce-Voir, de tisser des signes, en lignes, en phrases, en compostions, en tactiques, en stratégies).

S’il ne s’agissait que d’abstractions, d’idées, cela n’aurait pas grand sens, ou plutôt un sens si restreint et si peu modulable, d’une rigidité que notre souplesse originelle trouverait ridicule. Nous existons en une multitude de capacités, d’aptitudes.

Quant à l’éternité (dont on ne commencera pas le début du commencement d’une compréhension ici, évidemment). On verra que l’on se conçoit (dans le vocabulaire classique ou « se perçoit » dans un champ intentionnel) d’un point tout à fait hors de ce qui est perçu.

On résumera par ceci : c’est de ce point-là, qui n’est pas, nulle part, que l’on Existe.

Donc, second raccourci, la « substance » est activisme. Elle Ex-siste. Ce qui veut dire qu’elle est plus grande que l’être, et que l’être est relatif à l’Ex-sister. Dieu est absolument mouvement et tout arc de conscience est d’un tel mouvement. Or donc même les choses et les êtres, les mondes et les univers ne tiennent que d’un Mouvement.

De même que notre essence n’est pas une essence, la réalité est le réel ; un mouvement. Ce qui existe c’est le mouvement, et un mouvement transforme et se transforme. Sortir la « substance » hors de l’imagination qui conduit à un « Être parfait », dont l’idée même de perfection n’offre aucune prise ; elle est, cette idée, imaginée et non pas pensée ; cela seul qui existe parfaitement est le mouvement, comme tel incomplet et perfection qu’il faut saisir comme perfectibilité.

Ce qui réintroduit toute la liberté, tout le sujet, toute l’humanisation et la personnalisation, bref tout.

On se trouve ici face au même problème qu’avec Descartes ; la « pensée » pour Descartes n’est pas la pensée comme discours consistant mais comme percevant, et ce bien qu’il n’aille pas jusqu’au bout puisque l’on ne peut amener l’activité réelle telle qu’elle se déploie qu’à partir de la phénoménologie ; la conscience est une activité intentionnelle, qui consiste à coller des signes et des perceptions (et des signes avec des signes).

C’est bien pour cela qu’il faut restructurer ce que par « notre être » et « le sommet de notre être » il faut comprendre.

D’une manière tout à fait générale il fallut étendre le rayon d’action de l’attention et d’introduire dans la pensée l’analytique de notre activité spécifique ; laquelle ne consiste donc pas en la pensée.

 

On nomme éternité l’a-temporalité qui précède le temps (ou l’espace qui se déploie en son sein). 

Le représentant de l’éternité dans le monde, le connu, le perçu, est le présent ; le présent n’est pas dans le temps, le temps est l’effet du présent a-temporel. Le présent n’est pas le laps du temps, mais cela qui a généré tout ce qui est ; soit donc l’exister (qui contient tout l’être, lequel est assigné au mouvement comme structure) ;

Rappelons que dieu impose l’initialisation (de l’intention, forcément unique puisque de structure de rapport, et le rapport, en lui-même, est unique)

de la pensée comme universalisation des intentionnalisation possibles (des idées et systèmes d’idées et selon la société et le droit), et augmentation de l’intentionnalité

du christique comme intensification de l’intention en et par chacun pris un par un dans le regard exclusif du un tout-seul

de l’instanciation, cartésienne (mais évidemment réalisée en quantité de sujets, qui se découvrent tels)

de la concrétisation depuis la révolution qui rend effectivement chacun à lui-même selon l’humanisation d’abord (universelle) puis selon la personnalisation (individuelle), de sorte que le rapport se réduise, se ramasse, se condense, se concentre, se précise partout et pour tous, au sens de pour-chaque-un.

Les trois derniers siècles s’imposent donc comme matérialisation. Non au sens de matérialisme mais de matérialisation des intentions ; tout est réalisé (de ce que l’on veut, projette, imagine, compose, idéalistement).

 

Ceci pour remonter antérieurement au monothéisme, qui sépare les mondes clos, holistiques, cycliques, particuliers, immédiats qui précédaient le monde unique, ouvert, divisé, historique, linéaire, universel et de médiatisation(s).

évidemment les mondes précédents n’étaient pas immédiats ou particuliers ou ceci-cela, puisqu’en eux-mêmes complexes, tendus par leur parole partagée et articulés déjà (rien de ce qui est humanisé n’est immédiat). Mais il faut les distinguer ce qui les a suivi ; et notamment la différence entre le sacré (qui se mêle du monde, de la perception, langage, de la communauté, de la nature, qui en se présente pas comme telle « nature », etc) et le divin, qui d’une manière ou d’une autre existe en dehors.

Cet en-dehors fait toute la distinction ; si le sacré est une partie du monde alors on commence par décrire la réalité selon telle ou telle détermination. Mais selon le divin on ne présuppose rien ; dieu, la pensée (l’être, le bien, la pensée de la pensée, le un, ou donc l’universel comme procédure), le sujet, ou le réel ne sont rien, ne sont pas de l’ordre de la détermination, du monde, du donné ou du vécu (le christique l’annonce explicitement, prolégomènes absolu du sujet, absolu signifiant formel).

Ayant distingué le divin (séparé du monde, du donné, du groupe, du vécu, du corps de chacun), on en vient forcément à translater la séparation ; à aménager dans l’immanence la coupe du transcendant. C’est à quoi on va s’occuper ; du christique à Lacan, via la(les) révolution(s), qui concerneront tout le monde, chacun et la planète entière ; de même que les esthétiques, éthiques, poétiques, etc, augmentaient au fur et à mesure leur action sur les sujets.

Ne pas avoir conscience de la distance qu’intègre le divin, c’est retomber dans le monde ou ses parties ou dans les contenus de conscience, qui viennent prendre la place, et occuper l’activité elle-même, qui, dès lors, ne se vise plus elle-même, mais investit des prétextes.

Mais le divin n’est pas d’un tel rigorisme qu’il ignorerait le monde… ni la vie, ni le corps ; il est en sa possibilité d’être toutes les capacités ; et cela se montre par le christique, mais aussi de tout sujet et de la pensée bien comprise (hors de quoi elle ne s’imposerait que telle une forteresse froide et indifférente, et non selon la vivacité multi-tâche de l’intentionnalité, du champ intentionnel comme animation sur-développée de la réalité perçue ; les esthétiques prolongent toute réalité possible par ex ; et dépression ou désespoir, exubérance ou prolixité s’animent du feu de tout bois ; ni le malheur ni le bonheur mais la traversée assumée et assurée ; puisque depuis Descartes on ne peut plus douter par telle ou telle raison, toutes abstraites, ni telle ou telle cause, d’où qu’elle vienne ; où l’on commence de s’apercevoir qu’il n’y aura pas à choisir, puisque la certitude s’implique du mouvement du devenir brut).

Par ailleurs il ne convient pas non plus de « faire comme si » Descartes (qui ramène la pensée à la volition, cad l’intention), Kant (qui mène totalement le criticisme et une refonte de la philosophie consciente de soi comme projet, dans une phénoménalité délimité et un hors-champ qui est ou sera précisément l’intentionnalisation) et Hegel (qui éjecte la pensée tout intégralement hors d’elle-même, achevée) comme si donc ces monumentales architectures de l’intentionnalité n’existaient pas et d’en revenir à une définition étale de l’être (quel que soit cet « être », serait-il bien révolté et rebelle, afin de réintroduire une philosophie non critique, une philosophie spontanée, de type Schopenhauer par ex, ou Nietzsche ou Heidegger). Non, c’est en intégrant le criticisme et la conscience de soi de la conscience comme conscience que l’on doit s’engager.

Il est clair que l’intention de dieu, le sujet christique ou celui de la révolution, la pensée ou la science, mais aussi les éthiques et les esthétiques, innombrables, réinventent, recréent constamment l’activité de conscience intentionnelle ; dit autrement c’est d’une acculturation généralisée dont il fut, dont il est question, afin que s’organise les faisceaux de conscience parvenant à se positionner ; passer des mondes particuliers au monde universel et formel, cad structurel (le (sujet) est la forme la plus universelle possible, cad le rapport-à), en lequel domine l’activité de conscience et non pas les contenus de consciences, règne de l’indétermination afin que chacun soit à lui-même Un, et que par ailleurs au fondement le Un soit antérieur à tout ce qui déterminé ; s’offre ainsi un plein champ de possibilités, le champ même de ce qui existe, de ce qui ne reçoit pas passivement son monde (même si toujours l’humanisation fut active, la structure n’étant pas avancée, le contenu prenait le pas et se recyclait sans cesse, par communication et par transmission, la survie du groupe constituant sa continuité).

 

Croire définir la réalité selon la pensée ou un contenu spécial (relavant de tel ou tel système ou théorie privilégiés), selon une idéologie ou selon une religion ankylosée, dogmatique, canonique (qui se ramène au final à un groupe particulier) est peine perdue. Tous les contenus, de pensée, furent écrasés par la résolution hégélienne ; nous sommes alors complètement sortis de toute métaphysique (qui n’est plus alors seulement tenue à distance cartésienne, ou limitée kantiennement mais toute exposée, et explosée). Et donc de toute définition de la réalité, raison pour laquelle il faut en passer au réel (que l’on a pu supposer selon le monde ; vitalisme et forces, économisme, théorie de l’information, diverses et variées, mais qui sont des substituts à la position formelle du réel brut).

On ne vise pas à exposer un discours qui étalerait au-devant l’objectivité de la réalité ; laissant inchangé le regard, l’intention ou la conscience que l’on en a ; mais à élaborer la conscience la plus précise possible dans son acte, de sorte à transporter dans et par la lecture, toute la structure accessible (réservant qu’il y en aura d’autres potentiels) et afin que cette structure de conscience soit modifiée, qu’elle soit transformée dans sa structure ontologique elle-même et qu’elle intègre sa position ; qu’elle comprenne sur-intellectivement sa position ontologique et qu’elle puisse accéder d’elle-même à sa capacité ; à savoir qu’elle se-sait et qu’elle a pu, dû se choisir, s ‘orienter elle-même depuis le début (de son existence) et que c’est cette orientation du regard qui se continue tout au long de cette existence ; pour cela cette vie, vécue, se relance constamment en existence, ce qui veut dire en disposant d’un regard suréminent ; qui originellement et historiquement est tel celui du christique, qui perçoit par-delà le segment naissance-mort ; le christ actualise cette possibilité, qui se dévoile comme capacité ; il est possible de (se) percevoir d’un point-autre.

Remarquons ; qui se-sait, non pas qu’il se connaît ; on a distingué le se-savoir et la connaissance (passer du discours de l’être à la réflexivité de cette structure qui s’intègre elle-même dans son propre champ c’est sup-poser le se-savoir plus étendu et réel que n’importe quelle connaissance.

Par sur-intellectivement c’est précisément cela qui est désigné ; que l’on a effectué toute l’intellectivité qui se puisse (St Thomas, Spinoza, Leibniz, Hegel, etc) et qu’il restait … l’essentiel ; qui consiste donc à modifier le sujet lui-même, par lui-même, et que les modifications de contenus n’atteignaient pas.

La question est, depuis toujours ; comment introduire le plan de transcendance dans et par l’immanence. On remarquera que le christique s’y emploie singulièrement, mais également toute la philosophie qu’elle soit métaphysique ou ontologique (depuis Descartes).

Modification ontologique donc qui était en vue depuis le christique, et qui remonte depuis Descartes jusque Lacan ; Lacan ayant affaire aux mois, cad au je pris dans un moi ; la mise en place de toutes les médiatisations (depuis 2 siècles, accélérées aux années soixante, présentes et en jeu depuis le christique qui met en scène le regard que le christique ou que l’on se confère), les médiatisations, nos technologies de la communication, de la représentation décuplée, avaient pour finalité d’exposer intégralement le moi, le vécu, le relationnel, l’organisationnel (lequel reste dominé par l’équivalent universel qu’est l’argent et ne parvient pas à dépasser l’économie) afin qu’il se redéploie en coordination des sujets (lesquels donc restent dans les limbes, inaccomplis, virtuels, sauf ici et là, ponctuellement).

L’intellectivité, l’intellectif c’est le dépassement de la pensée par la description cartographique du je, de l’intention, de l’intentionnalité, du sujet, de la structure et de l’articulation et la raison de l’articulation du réel, soit donc le présent. Le sujet est absolument, totalement, impérativement instancié afin que dans l’actualisation il devienne. Le sujet étant un rapport ne peut s’atteindre que dans l’actualité brute. L’ici même maintenant. L’intellectivité est donc l’ensemble des descriptions que l’on a obtenu, depuis Descartes, du passage de l’être (comme idée contenue dans la conscience) vers le dedans de la surface du présent. Le présent est la limite, tout est au-devant, sauf le présent lui-même et sa structure, que le je doit remonter face à lui en étendant la conscience qu’il a de son activité (Descartes, Kant, Hegel, Husserl, Sartre, Lacan).

Ce dedans n’étant pas un contenu caché (ou super-contenu) il est exposable, descriptible, analysable. L’attention observe son activité de même que la pensée constatait ses déploiements possibles, et ce expérimentalement (il n’y a pas de différence d’attention entre la pensée qui s’expérimente et le je qui dénote ses déplacements).

En ramenant au-devant l’activité brute, le je est soudainement projeté sur le Bord ; il atteint instantanément ce qu’il a toujours su (dieu, l’être - le bien - la pensée antérieure à la pensée - le un, le sujet et le réel – l’existence - le présent). Le Bord et donc l’a-temporalité. Le « ce qui n’est pas dans le temps » puisque relevant de l’exister (et le je accédant à son Ex-sistence, ou existence pour faire simple ; une existence n’est pas une vie, bien que le christique nommait cette existence nouvelle comme étant « le Vivant »).

 

La finalité est que la conscience que l’on a-de (quoi que ce soit) soit modifiée ; via divers moyens ; la foi selon dieu ou le christique, la conversion par la pensée (c’est une conversion), la révolution (qui ne va pas sans une transformation mentale intense, ou imposée, selon le communisme universel et non pas individué) ou plus généralement l’élévation, soit donc l’acculturation généralisée de 2000 ans, qui a construit pierre à pierre, phrase par phrase, signe par signe, la conscience-de-soi, formule dans laquelle on ne connaît ni la conscience, ni le ‘soi’.

On s’empresse au contraire de remplir l’arc de conscience par des contenus et bien évidemment par un contenu supposé privilégié ; le contenu des contenus ; le signifié de tous les signifiants qui rendrait contrôlable tous les signifiants et signifié qui finalement, tôt ou tard, fige tous les signifiants, la lettre. Pour cela la poésie, ou la littérature, libèrent les signifiants eux-mêmes, produisent, créent des signifiés nouveaux en jouant des signifiants (et raison pour laquelle en psychanalyse les signifiants passent outre les coinçages divers et variés). Il apparaît que les esthétiques ouvrent grand l’espace de la possibilité et du temps ; il s’agit véritablement de circonvolutions extra-ordinaires et qui certes s’appuient sur des sujets (acquis, historiquement selon la pensée ou le christique ou l’acculturation ou la politique) mais qui développent non seulement les signes de tel ou tel œuvre ou telles perceptions dénommées, mais la capacité intrinsèque, interne du sujet, provoque cette disposition mais attire et élance celle-ci comme pré/disposition, antérieurement modifiant la capacité perceptive elle-même.

Les esthétiques, effectivement comme tout système de signes (système de signes élaboré, ce système, individuellement et non plus collectivement comme durant des millénaires précédents) cherchent à instancié une anté-perception, une aperception antérieure qui rende à chaque arc de conscience la capacité de conscience, ce qui veut dire d’exploration du monde donné, du vécu, du corps, de la perceptivité elle-même (l’art moderne et contemporain accentue formidablement cette performativité, travaillant de voir mais surtout de comment voir) mais aussi exploration des réalisations, des possibilités dans le monde même ; on n’a pas reçu le tomber-amoureux d’une sorte de disposition naturelle mais d’une prédisposition qui se précipite dans sa cristallisation même et découvre ses effets et s’enroule dans ses causes.

Nous ne sommes plus dans le monde donné (dont il suffirait d’appliquer les cadres et l’ordre éternel) mais dans le monde ouvert par le devant des capacités dont on produit les cadres et l’ordre possible ; on a bien vu qu’il existe quantité de révolutions possibles et que quelques réalisations ont résisté, et toutes les autres se sont affaissés.

Il n’est pas dit que l’on ne se soit pas égaré. Nombre de fois il y eut une prise de conscience des égarements et absurdités, dans tous les domaines ; les vies individuelles et les sciences, les théories et les idéologies ; quantité d’erreurs et de divagations. Par principe de sélection nous effaçons les erreurs, afin de, selon la nécessité de signification, valider les choix et les inventions actuelles (qui sont peut-être elles-mêmes encore des égarements).

C’est pour cela que l’on a pu extraire néanmoins non plus des choix mais des principes externes de réel ; ceux qui garantissent telle ou telle tradition et la tradition occidentale n’en est pas moins à soi seule une telle tradition communiquée et transmise ; aussi est-il fondamental d’en amener en consciences les délibérations, d’en repérer et cartographier l’historicité.

Évidemment cela implique une conception ontologique. Mais qui se doit de respecter les systèmes antérieurs et poursuivre le devenir lui-même ; dieu, l’être, le sujet ou le réel en constituent les étapes originelles et initiatrices. Il faut partir du principe de cohérence ; on a bien sur déliré à d’innombrables occasions tout au long de l’historicité mais l’historicité a retenu les positions ontologiques maximales ; celles qui se situent sur le Bord du monde (du vécu, du relationnel, du corps, de la perceptions, du donné). Ce qui a marqué ontologiquement fut mémorisé et instancié ontologiquement ; ce sont les positions à partir desquels les effets (le monde humain, telle humanisation, telle acculturation à telle époque, telle relationnel, tel individualité psychique, telle esthétique, telle poétique, etc) sont possibles.

Nier ces marquages du réel, un par un, c’est abolir toute cohérence au temps, et donc se livrer à un quelconque présent relatif. Or tout l’intérêt est justement que le présent ne soit pas relatif et nous autres jetés au hasard, mais qu’il soit la structure du réel.

Ou donc ; non seulement le présent génère les réalités, les univers, les mondes, les choses et les êtres, ce que l’on voudra, mais le présent, son Actualisation est la finalité de tout ce qui est. Soit donc tout ce qui « est » est relatif à l’absolument réalisé, réal-isé ; la fine pointe du présent ayant à se charger de la toujours plus grande possibilité.

Aussi faut-il (pour illustrer et comprendre le principe) rechercher, chacun, à actualiser la plus grande capacité (dont les signes, les lignes de signes nous sont donnés par dieu, la pensée, le christique, le sujet, la révolution, les esthétiques, etc) ; laquelle « grande capacité » n’est évidemment pas l’accumulation de parties de monde (ce que l’on nommerait les intérêts du monde, l’intéressement réducteur du monde immédiat, et qui subjectivement se désignerait comme bassesses diverses et variées).

Nous n’avons pas encore décidé d’admettre, le présent étant la finalité même, que si donc il existait une Actualisation absolue comme structure effectivement et effectuellement/actuellement réelle, alors tout le reste, les univers, les mondes, et les vies en l’occurrence, sont relatifs ; ce qui veut dire modifiables, modulables ; les choses, la matérialité, les apparaîtres seront changés sous la poussée structurelle de l’actualisation. L’actualisation est ce qui régule l’ensemble de la manifestation (en somme et pour être clair, les variations de l’univers ; il y aurait donc plusieurs versions de l’univers, qui s’auto-effaceraient au fur et à mesure de l’actualisation ; on imagine plusieurs univers dans différentes états).

La liberté détient cette capacité de modifier les mondes. Dit autrement ; c’est l’utilité maximale qui doit être accordée à la liberté (sinon elle serait relative, ce qui ne convient guère).

Ceci ayant comme fondement ontologique, donc, que la forme, le mouvement, l’actualisation est le réel et le seul réel (la cause mobile dont le reste se détermine comme effets ; le Pli des pliures). L’actualisation est la colonne du réel ; elle ne cesse jamais. Quoi qu’il en soit de sa nature, de son « être », il est à peu près certain qu’elle ne consiste pas, ne consistera, ne consiste aucunement depuis toujours-déjà, en même manière que la matérialité (ou ce que l’on nomme tel) ; il ne sert à rien de la vouloir préciser selon le monde, le donné perçu ou signifié, le corps ; c’est à partir d’elle, cette structure de l‘actualisation, que le reste est ; elle existe, l’univers est. Et l’être est friable, dispensé selon la dispersion continuelle (et indéfinie).

On verra comment factualiser le Pli lui-même, du moins de manière approchante ; puisqu’il modifie les déterminations (les univers), il ne consiste pas en déterminations. Mais en signes bruts et purs.

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Agonie du moi psychique

10 Avril 2021, 09:05am

Publié par pascal doyelle

Il s’agissait donc au cours de l’historicité de créer de tels champs qui soient suffisamment non pas organisés comme monde, humanités, relationnels et échanges, pensées et systèmes, mais en tant que l’on puisse retourner en chacun le regard intentionnel effectivement réel. Dieu, la pensée, le christique et le sujet, le sujet et la révolution, le moi et le réel sont des unités vides qui ne signifient rien puisque c’est à partir d’eux que l’on signifiera tout le reste, tout ce qui occupera ce que ensuite on va nommer l’historicité.

Aussi lorsque le cercle de la structure en vient à se réunir autour du minimum réel, à savoir le je, parvient-on à la plus grande complexité possible ; comme chacun est libre il peut méta et infra organiser tous les champs de conscience possibles (ni le groupe, le langage ou le roi ou un ordre antécédent ne le limitent).

Ce qui est impératif c’est de cesser de se focaliser sur tel ou tel domaine (les sciences par ex ou les esthétiques ou les médias, le roman ou internet, etc), mais de se situer dans le positionnement. Le positionnement ontologique.

On nomme positionnement ontologique le point d’avancement dans la teneur du réel.

Lorsque l’on s’extrait de tout monde, on découvre dieu ; à savoir l’intention (qui n’est rien qu’intentionnelle) qui expulse hors de soi tout monde humain ordonné, et qui instancie l’ensemble comme nation. Laquelle suit la Loi, et le règlement des intentionnalités de chacun.

Intention absolu qui vient s’inscrire en tant que chacun selon son corps que n’unifie plus une nation mais une communauté en esprit du christique, bien plus précise, et qui attendra encore Descartes, Kant, Hegel, Husserl, Sartre et Lacan pour délimiter encore et toujours plus précisément sa possibilité ; qu’est-ce que cela fait que chacun soit à lui-même son Intention (et non plus selon seulement l’intention absolue de dieu qui chapeautait toute la réalité et toute la réalisation humaine) ?

Évidemment ça ne se restreint pas à la « pensée » et à la philosophie, puisque toute esthétique, poétique, éthique, politique imposent à chacun de s’instituer juge et partie (avec les responsabilités afférentes) et donc de juguler, maîtriser, organiser, poursuivre et inventer ou créer son, sa propre internationalisation et ce jusque dans les plus spéciales, particulières, spécifiques réalisations ; la révolution contient en elle-même que chacun soit juge et partie de sa liberté, de son jugement, décision, projet, et démultiplie conséquemment dans toute la société l’initiative de soi, des autres, des relations, mais aussi des industries ou des échanges ; ça n’est plus un seul (le roi, par ex ou ue caste) qui dirige mais chacun selon son rayon d’activité, lequel n’existait pas en cette indépendance auparavant. Pareillement lorsque la puissance accumulée sera telle que chacun sera en capacité de choisir, d’inventer son mode de vie, sa vie individuelle, sa psychologie, ses relations humaines, et l’ensemble de toutes les représentations de soi et des autres possibles ; ce qui se désigne comme « années soixante » (qui débute après guerre évidemment).

Le point le plus atteint d’avancement ontologique est de laisser dès lors chacun existant de son point ultime et singulièrement incompréhensible ; le moi n’est déjà plus la « personne humaine » mais la concrétisation de cet idéal ; le moi est désigné comme psychique, et c’est absolument parlant celui décrit par Lacan, qui décortique ces identités psychiques qu’il a sous les yeux, sur le divan. Le moi in vivo (qui ne se déplace pas a priori vers dieu, la pensée, l’universel ou la révolution mais vit sa vie aussi immédiatement qu’il lui est possible, et qui n’y parvient pas ou difficilement). En un sens depuis les années soixante, c’est encore pire ; les mois sont totalement perdus qui n’ont plus même un « ordre » (imaginé ou réel) contre lequel se révolter. Ils sont en un mot intégralement livrés à la noirceur ou si l’on préfère l’aveuglement obscur ; le regard ne sait plus quoi regarder.

Il y eut donc la mise en place interne à la structure de conscience permettant la méta-organisation des intentions (et des intentionnalisations, puisque la possibilité de conscience débute dès l’instauration du champ intentionnel) ; l’universel, l’État, l’homme et les droits, la science, le progrès, etc.

Et comme on ne peut pas contraindre l’arc de conscience (sans défaire sa performance elle-même, de même que l’on ne peut pas s’élever sans élever tous les autres sujets) il fallait que cette méta soit plus encore une infra-organisation de l’intention. Les esthétiques et les poétiques, les romans et le cinéma, les séries et internet formulent la perception de plus en plus détaillée de chacun et permettent de percevoir beaucoup plus de réalités (dans le monde), de réalisations (humaines en tous sens), et de psychismes (d’incrustations individuelles dans le vécu, le relationnel, le psychologique, la vie vécue, etc) ; plus de signes, plus de perceptions, plus de décisions ou de possibilités, pour chacun. C’est l’infra, le cercle s’étendant de la mise en forme intentionnalisatrice de la réalité et de la vie.

Ce qui, comme on l’a dit, fait souffrir énormément les corps qui sont des vivants et non pas des « consciences » ; la conscience est comme une articulation étrangère dans le vivant qui n’y comprend rien du tout. Une déchirure. De haut en bas. Insituable pour le vivant. Qui doit donc comme in-située, se penser elle-même.

On a vu également que le devenir de l’humanisation, (qui se fondait sur l’universel, et une définition de l’homme en général, suivit par l’homme communiste selon les besoins, et donc générique, et de l‘homme selon les désirs, libéral, et donc toujours plus particularisé), s’est déployé en personnalisation, de plus en plus précise ; ce qui ne se peut que si chacun est en mesure de se représenter, pas seulement en idées ou images mais en tant que signes matériels de réalisation ; ou donc par consommation et ainsi production de cette consommation distinctive (outre donc les outils quotidiens facilitateurs de la vie, en gros la machine à laver et autres).

On a produit un monde complet, humain et personnalisé à l’extrême, collectif et méta, individué et infra. Un monde total est surgi de terre, comme un champignon, en deux cents ans.

Depuis les années soixante la surconsommation est le facteur distinctif qui oriente chacun dans et par la recherche de son « moi », de son « moi-même » comme poursuite indéfinie de ‘soi’. En collant des signifiants partout, on espère saisir le signifié, mais le signifié n’est pas (l’être n’est pas sinon dans le Pli du signifiant) ; n’est possible que la théorie du signifiant pur et brut, que l’on nomme « arc de conscience », cad rapport. Il est clair, malgré tous les défauts du monde, que cette immense acculturation de tout et de tous, et de chacun, un par un, est l’advenir d’un monde humanisé et personnalisé absolument total, complet, hyper développé, dans tous les sens de réalités créées et de représentations.

Bref le monde humanisé le plus universel et le plus individualisé possible (s’étendant de fait sous diverses variantes à toute la planète).

L’autre lecture impliquant simplement le corps ; les sociétés humaines se sont à ce point développées et ont gagné en puissance qu’au lieu de s’ordonner à partir de l’ensemble (la tribu, le royaume, etc) chacun est organisé à partir de son corps, lequel, forcément, consomme, et donc cette démultiplication de moyens produit la fin du monde probable et sans doute rapidement. Chaque corps est une usine thermique qui crame des calories, à tire-larigot.

Il n’est donc pas, pour revenir, de faible importance ontologique qu’il existe des « mois ».

C’est tout le sens de toute l’historicité ; à savoir qu’une complexité telle était impossible sans l’auto-organisation de ces unités de base que constituent les personnes psychiques, celle qui à la fois intègre l’intentionnel et le corps, le corps vivant et l’intentionnalité de champ ; dit autrement le corps pris dans un champ afin qu’il soit porté plus loin.

Il s’agissait de rendre le dit corps vivant au plus loin de la capacité de conscience, de la capacité de rapport. Ce corps vivant éprouve une difficulté effroyable de se percevoir du dehors, puisque l’arc de conscience ne consiste pas à percevoir l’horizon seulement (un vivant ne perçoit déjà pas lui-même cet horizon mais se vit dans son milieu) mais à se percevoir à partir de cet horizon. Dès que l’on existe comme rapport on bifurque tout, tout est bifurcation, puisque seule demeure l’articulation.

De là qu’il soit impératif de comprendre ce que « rapport » signifie et jusqu’où cela nous emporte ; et cela nous emporte jusqu’à la limite de toute limite puisque si l’on est rapport on est absolument rapport (on ne peut plus être quoi que ce soit d’autre). Le moi lacanien, la photographie et la cartographie la plus proche de notre « être » déniche l’articulation telle qu’elle se place et tente de se déplacer en un corps vivant parlant.

En quoi l’arc de conscience ne tient pas du langage mais use du langage et par lui sépare et coupe les choses mais aussi son être propre (qui n’est plus un être), mais qui ne parvient pas et poursuit sans cesse la réparation de cette scission (par un excès d’image, d’imagination, de signe, d’affect hyperbolique) au lieu d’approfondir que véritablement la scission est irrémédiable et ne peut pas se résoudre (ou aboutir à une satisfaction) dans le monde.

L’opposition Sartre Lacan n’est pas accidentelle ; elle signifie l’arc lui-même. Il s’agit d’une seule plage dynamique qui avance du plus loin (le pour soi/en soi) au plus près (la ligne de séparation en notre corps, qui le rend fou ou toujours autre).

Si l’articulation (cad la coupure) est en elle-même et par elle seule la porte de sortie de son mirage (de ses mirages), alors la pensée n’est pas ; on ne peut pas se contempler (ni même contempler dieu) parce que lors même dieu existerait il serait lui-même le plus grand rapport, la plus grande distinction ; créant donc de par lui-même qu’il y ait une réalité de différenciation (cad une réalité, tout court) et des êtres n’étant pas des êtres mais eux-mêmes des mouvements, cad des possibilités.

On dira donc que dieu, si il est, ne cesse pas ; le rapport dont la pensée est une des possibilités ; puisque la pensée est la mise en intentionnalités idéelles, comme les esthétiques portent les signes, selon leur domaine, et élèvent le regard à partir du point qui montre, expose, élabore, crée des champs de perceptions supplémentaires et obligent chacun à s’y élever, éthiques et politiques imposent une plus grande aperception, saisie de l’ensemble, et donc fondamentalement d’autrui, le tout du mouvement s’imposant, potentiellement puisque cela dépendra des ententes entre les sujets, de leur mise au clair (ce qui s’est nommé idéologies, marxisme, sociologie, etc) en attente donc de coordination entre chacun.

Et non de l’étouffement de tous les discours et déconstructions par et dans un mode de vie massif, unilatéral, empli d’irréflexion instituée en principe, en cause maximale de production des images mentales de soi, d’autrui, de la vie en elle-même, et finalement une réinterprétation très immédiate de ce que par déconstruction et compréhension historique il faut, il fallait entendre (l’annulation de la dénonciation marxiste, par ex, s’est poursuivie par une extension à toutes les critiques de dénonciation, de sorte que la coordination entre tous devint impossible, parce que rendue incompréhensible ; il y eut un défaut de compréhension, d’intellection, de propension sur la réalité, et s’est imposé comme vision aveugle et abandonnée à l’immédiateté, vécue ; la vie donnée des mois absorbant tout le potentiel, ce que Nietzsche appelait le dernier homme, ou le nihilisme, l’absence de vision, l’absorption de la vision dans l’imagination bas de gamme). Aussi faut-il admettre que la capacité se fondait à penser l’aliénation et qu’elle fut un échec non pas du communisme par exemple (ce qui est évident) mais de la compréhension, de l’intellection et la mise au jour, l’exposition des contraintes qui dès lors continuèrent de pousser les mois au plus bas d’eux-mêmes. L’élévation, en un mot, n’a pas eu pas lieu.

L’intellection qui devait repartir de sa consistance propre, à savoir historique (que jamais depuis le début elle n’a été prise en défaut et que dieu, la pensée, le sujet s’instanciaient comme étant le réel comme mouvement brut) s’est contredite et niée elle-même (ce que ne voulait pas Hegel par exemple qui tentait d’assumer l’historicité au plus haut, au plus loin). L’historicité fut abolie au profit d’une immédiateté générale du monde donné là (celui-là même que toute cette industrie au sens large a finalement créé), spatialisation du réel, négation du temps, abolition de l’altérité ; il n’est que « du monde » assujetti à la volonté abstraite d’un sujet abstrait, un monde dépourvu d’épaisseur et un sujet non existant, qui « est » comme on imagine que « sont » les choses ; des choses inertes, mortes.

Aussi n’est-ce pas du tout une hyperbole de dénommer l’agonie du moi-même ; puisque celui-ci recherche désespérément ce qu’il ne sait plus qualifier (la perte, due au nihilisme généralisé, faute de croyance, de foi, de conversion, y compris pour la pensée et le représentant dans l’historicité de l’universel ; la révolution, la modification de l’humain par et pour lui-même). Cette absence de fond historique est celle d’une perspective, d’un horizon qui rendrait accessible « ce que l’on vit » ; vision aveugle qui nous immerge dans l’obscurité, ce qui veut dire d’une intentionnalité qui ne peut se confier qu’aux contenus et non pas à une intention au sens propre, à une signification, une orientation, un devenir ; monde spatialisé stagnant recyclé en boucle ; et livré aux contenus (de conscience et non libéré dans la structure de cette conscience) il ne peut construire aucune stratégie et encore moins la partager entre tous (ce qui n’est pas même représenté, exprimé, ne peut pas se manifester dans le monde commun, dans la communauté du monde, ce qui se nommait pourtant depuis le début communauté « en esprit »).

Mais quant à son auto considération, le moi, cette entité peinant à élaborer une synthèse sensée de ‘qui il est’ ; y compris selon son genre, sa sexuation, autant que s’interrogeant continuellement sur ses désirs, de toute sorte, sur ses projets et sa réussite de winner ou de loser, ou de substitut selon la win ou la lose, puisque tout est échangeable équivalemment, sur son image et ses fétiches, ses substituts d’image, ses signes extérieurs d’identité, sur ses représentations mentales de soi,d ‘autrui de la vie, de là cette dévoration obsessionnelle des cinés, séries, et autrefois romans, feuilletons) ; ce moi-même donc faiblit un peu dans toutes ses caractéristiques et s’absorbe de plus en plus dans une noirceur, dépression, et surtout un aveuglement ; étant dans l’incapacité de visualiser son à-venir, il repousse toute vision, tout regard, toute perception ; pour s’enclore dans des constructions imaginales, qui la plupart du temps font office de non-religion, ou d’anti-révolution (ce qui signifie une absence de pensée de l’histoire ou donc une absence de projet, et ainsi on consomme, ce que l’on trouve là sous son nez, comme des imbéciles) et anéantissent la possibilité de surplomb, de perception d’ensemble, d’inclusion des réalités leur préférant des images, et d’acceptation du réel, s’enfonçant au-dedans des rêves dont la puissance industrieuse et technologique lui offre qu’ils soient soutenus et concrétisés ; ce qui ne s’est jamais vu.

Cette représentation de soi substitutive (qui revient initialement à l’équivalence absolue de l’argent, tout est échangeable) annule le réel ; qui, lui, n’est pas remplaçable. En somme même virevoltant tout une longueur de vie durant, il ne s’y proposera que des décisions fondamentales.

Et c’est ici qu’il faut revenir au principe méta-psychique qui préside à toute notre historicité ; que voulez-vous vraiment ?

Quelle est votre Intention ? Étant entendu que précisément puisque c’est celle-ci qui est en question, en tant que cause de tous les effets d’une vie humaine personnalisée (et non plus encastrée dans des castes ou des rôles ou un communautarisme), cette cause est in-finie ; on ne sait pas vraiment ce que l’on veut, on ne peut pas en statuer, juger comme si il s’agissait d’une chose ou un acte dans le monde ; c’est une intention (qui même désagréable ou nocive ou destructrice ne peut pas être jugée ; elle se jugera elle-même, elle découvrira sa vraie raison ; pourquoi a-t-on voulu ceci ? )

D’un certain point de vue tout moi (du 19éme, 20éme ou 21éme) dispose de tous les éléments de compréhension, d’information, d’instruction de soi pour mettre à jour le plus précisément possible les motivations intentionnelles et/ou parvenir à les ré-orienter (au cas où) ; personne jamais ne fut à ce point « au courant » de ses propres décisions… sinon les « moi-même ».

ça n’est pas pour rien si furent déployées toutes les théories et idéologies et sciences et philosophies et toute espèce d’aperçus depuis 3 siècles, de mise en demeure, de responsabilisation. Mais cela commençait par dieu ; que nous veut-il ? se demandent les juifs.

Ce que fuit, déteste, hait n’importe quel moi habituel (cad tous) ; il préfère se croire innocent ou même victime.

Ça n’est pas pour rien si l’initialisation de notre historicité débute par justement par une victime innocente ; ce que personne n’est excepté. La culpabilité n’est pas un jugement (prononcé par dieu, celui de la loi) mais est la condition même de notre capacité de décision, ou donc d’intentionnalisation. Tout est amené afin que l’on puisse décider non pas sur tel ou tel acte (idéalité d’autrefois du moi conscient et fier de l’être, de la raison assurée) mais sur la longueur d’une existence (qui prend en compte la souplesse et la labilité de l’intentionnalité) ;

qu’est-ce que votre véritable intention ? veut dire quelle est l’intention qui a guidé, plus ou moins et sous quantité de formules, toute votre vie ? La substantielle structure de votre intention étrange, autre, supplémentaire, inattendue, encore cachée, celle que vous ne dites pas, que vous existez (puisque votre être n’est pas, alors ce mouvement que vous existez vous échappe de fait, bien que vous le connaissiez néanmoins… d’une certaine manière ).

La logique interne, et externe de par le fait, qui a organisé les intentionnalités, les champs intentionnels, l’enchâssement des champs et des intentions les uns dans les autres, orientant et désorientant et réorientant comme ceci ou comme cela.

Logique interne mais aussi externe parce qu’il s’agira de vos réelles actions, activités ; c’est pour cela que le christique ne veut pas seulement que vous « pensiez » au bien, mais que vous le réalisiez, dans les actes et tout autant dans votre intention. Et lors même que vous ne vous définissez pas selon le bien, tel ou tel, mais que vous agissez ou simplement vivez de telle sorte que les rapports (entre les êtres, ou vis-à-vis des choses éventuellement) que ces rapports s’augmentent, se perfectionnent, se précisent (on ne peut amener la précision, le détail que dans la véridicité ; la fausseté dérègle la réalité et a fortiori le réel, et les sujets).

Qu’est-ce que vous voyez réellement ? Il faut appliquer ici la légalité du lapsus ; on ne voulait pas le dire (le vivre) mais c’est ce que l’on a dit (vécu). On le savait sans le connaître.

C’est bien ce champ gigantesque du non-dit mais dit ou vécu quand même, qu’il faut que chacun, pour lui-même au minimum, explore, cartographie.

Dont on ne propose ici que le côté universel ; selon les grandes possibilités (oubliées, niées, écrasées, ridiculisées, etc) que l’on nomme dieu, l’universel et la pensée, le christique et le sujet, le sujet et la révolution ; se situant donc à un bout du spectre (l’autre bout est tenu par Lacan, pour sa part propre en tous cas, le moi vécu vivant, qui s’anime de la jouissance même de la vie).

Ou dit encore autrement ; de quelle manière avez-vous appréhendé votre existence ? Selon quel principe d’intention ? Et ceci interroge bien sur jusqu’aux champs de perceptions, puisque l’on choisit, en somme, « ce que l’on voit », étant entendu que ce choix de perception donnera telle ou telle décisionnalité courant tout au long. La décisionnalité intentionnelle se prend au plus originellement possible (et non basée sur une décision consciente explicite nette consistante et valant en elle-même seulement) ; c’est le champ intentionnel (individuel) qu’ouvre le christique et qui se cherche ensuite, mais se recherchant il commence d’explorer tous les champs et toutes les motivations et toutes les expressions ; il remue intégralement toute la perception, l’intention, la décision, l’organisation et la coordination des champs, tenant à la base le monde donné là et la vie vécue de chacun.

 

Et bien qu’il n’y paraisse pas, c’est effectivement cette orchestration intégralement menée que déploie le moi depuis la personnalisation de l’humanisation ; il n’y a d’humanisation en vérité et réalité qu’intérieure au champ individué, individué au maximum ; l’individuée structure est bien plus grande et cohérente que l’universel ; aussi est-ce structurellement, cad à la racine, que l’intentionnalité s’instancie, raison pour laquelle « ça débute » par le christique. De sorte que la vérité de l’humanisation coïncide d’avec tous ces moi-mêmes dans tous les sens (on sent bien que tout autre proposition d’organisation réduirait drastiquement la possibilité de chacun, ce qui implique également que chacun puisse se perdre dans l’irréalité, l’irréalisme, posé en théorisation stricte de la folie, individuelle, des mois, de chacun, sa perte considérable de tout soi, ce qui veut dire de tout Je ; le sujet étant, en vérité ontologique, au fondement en-avant de chacun des mois).

Et enfin dit autrement l’individuation prolonge le plus loin possible la méta-organisation intentionnalisatrice, mais tout autant sinon plus approfondissant l’infra-organisation intentionnelle ; celle que délivre Sartre puis Lacan, exemplairement, mais également celle qui s’expose, se manifeste se représente dans l’immense mass et micro médiatisation et médiation depuis 3 siècles au moins, et accélérée depuis les années soixante, et évidemment par ailleurs depuis le début de l’initialisation de cette ère, chrétienne. Effondrement du moi, de même qu’il y eut déroutes des idéologies (des mises en forme potentielles du monde humain, le libéralisme lui-même tournant régulièrement à la foire et au bazar).

Tout moi-même rassemble les extrémités du spectre du réel. De même que le sujet vient nouer soudainement en une fois dieu, l’universel, la pensée, le christique, puisque le rapport selon la liberté actualise ici même, de même le moi est bien la structure qui concrétise et rend le rapport non plus seulement à la pensée ou aux esthétiques (idéaux élevés) mais l’inscrit dans et par la perception d’un corps subjectif, élevé. Raison pour laquelle ce déluge de mass et micro médiatisations ; non pas seulement tous les objets (sciences et technologies et industries) produisant la complétude concrète du monde humain et individuel, mais aussi profusion des images (au sens large) de soi, afin que l’humanisation et la personnalisation se propage en tous et partout.

Rappelons que dieu impose l’initialisation (de l’intention, forcément unique puisque de structure de rapport et le rapport, en lui-même est unique)

de la pensée comme universalisation des intentionnalisation possibles (des idées et systèmes d’idées et selon la société et le droit), et augmentation de l’intentionnalité

du christique comme intensification de l’intention en et par chacun pris un par un dans le regard exclusif du un tout-seul

de l’instanciation, cartésienne (mais évidemment réalisée en quantité de sujets, qui se découvrent tels)

de la concrétisation depuis la révolution qui rend effectivement chacun à lui-même selon l’humanisation d’abord (universelle) puis selon la personnalisation (individuelle), de sorte que le rapport se réduise, se ramasse, se condense, se concentre, se précise partout et pour tous, au sens de pour-chaque-un.

Les trois derniers siècles s’imposent donc comme matérialisation. Non au sens de matérialisme mais de matérialisation des intentions ; tout est réalisé (de ce que l’on veut, projette, imagine, compose). Aussi toute cette matérialisation est profondément idéaliste, et l’humain comme le moi se rêvent totalement, au point qu’il n’y aura plus de reste ; cet idéalisme c’est également la porte que le moi (qui rêve sa vie) se prend en pleine tête et dont l’échec structurel le déboîte littéralement, le déprime du dedans (ce qui ne veut pas dire que rien ne réussisse, loin de là, ou qu’il faudrait retourner aux nécessités et à la rareté, mais que même en cas de sécurisation globale de l’existence, avérée pour plus ou moins une grande partie de la population dans nombre de pays, la structure nous indique que « ça n’est pas ça » ce que je veux vraiment).

Et qu’alors chacun entre dans la manifestation de « soi-même » de l’humanité, nous ne sommes déjà plus cela qui se manifeste et se donne comme objets et images ; ce qui se manifeste, ce qui est vécu et perçu s’éloigne déjà hors de nous et n’est plus notre projet ni désir ni imaginaire. Nous voici donc sans rien. Nous nous sommes expulsés de nos propres rêves, de notre idéal, de nos idéaux, en les réalisant.

 

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Où est le transcendant ?

3 Avril 2021, 09:20am

Publié par pascal doyelle

C’est qu’il s’agit, donc, de réorganiser sa pensée, sa vie mentale. De ne pas subir ce dont on a hérité, ce que l’on a rencontré, ce que l’on a pensé ou cru penser.

Mais ça n’est pas que l’on puisse penser dans l’erreur, mais plutôt que la « pensée », la représentation et aussi bien l’image-idée de soi, sont incomplètes. Nous sommes déjà quantité de rapports, de signes, de perceptions, la question est d’obtenir le plus rapport possible. Celui qui n’est pas déjà mais qui sera. Qui se tient dans la suspension du – sera –

Or cette complétude le moi en rêve mais selon la détermination et en fonction d’un critère immédiat ; la satisfaction et à terme la satisfaction du corps (puisque lui seul jouit). Mais puisque nous ne sommes pas notre corps, cette jouissance demeurera toujours pour nous rêvée, imaginée que l’on n’atteindra jamais.

La conscience de soi se heurte évidemment de plein fouet à la réalité telle que donnée là, comme monde, vécu, relationnel, corps, puisque son être de conscience n’est pas un être, déterminé, mais une structure, en tant que rapport lequel n’est rien que le signifiant de lui-même sans qu’aucun signifié ne le constitue ; il est donc, ce rapport, sans consistance, et c’est cette non consistance (qui n’est pas une inconsistance, cad un « néant » comme on a l’habitude de le signifier) dont il faut élaborer la théorie.

L’arc de conscience est un rapport que le réel absolument coupe de haut en bas (aussi le plus ‘bas’, psychanalytique, est-il fondamentalement concerné) ; rupture qui implique le dépassement de la conscience par elle-même s’efforçant de combler le gouffre, la contradiction, le vide ouvert. Mais tout dépendra alors de comment on réorganisera cette opposition ; si l’on cherchera dans le monde ou la vie une unification ou si on saisira que dans l’opposition même elle vient, cette opposition, à prendre sens. S’il y a un sens du non-sens.

Nous n’avons pas caché que l’univers, la réalité sont d’une brutalité très évidente et d’une violence ontologique totale ; l’arc de conscience paraît autre et complètement à contre-courant de la réalité comme elle va.

Rien dans le monde, mais aussi selon la vie et en ce corps ne vient emplir cette transcendance, ce dépassement, cette capacité.

Alors se crée pour certains une justification jugée abstraite, illusoire, seconde voire secondaire d’un état de fait inexplicable (nous avons conscience de nous-même parce que le cerveau… point, c’est ainsi).

Et pour les autres il s’agit d’une élaboration du hiatus comme sens, signification, intention, et enfin comme intentionnalité (qui sont distincts ; on a découvert le champ intentionnel bien après l’Intention absolue divine) et selon diverses capacités puisées à même cette conscience définie, approchée, caractérisée comme rapport ; le champ intentionnel crée des champs, cad des rapports. Des champs de signes, qui n’ont d’autre réel, substance, consistance, que l’intentionnalité même ; à telle ou telle perception est accolé un signe ; le signe organise évidemment la perception mais c’est le champ qui, malgré les contraintes inhérentes à tel système de langage, juge de son efficacité ; si tel ensemble de signes ne correspond pas (à la réalité) alors on modifiera cet ensemble.

Du moins c’est une modification, une correction qui sera possible lorsqu’ayant acquis la compréhension que tout contenu est par nous produit (et non pas inséré dans un système mythologique, qui privilégie la communication, chacun demeurant parfaitement centré sur l’énonciation, à la lettre, et la transmission, afin que rien ne se perde du langage, du trésor qui décrit le monde et ce sur quoi tout fonctionne).

Pour que la diversification des énoncés soit possible il faut que le sujet se tienne dans la réserve ; un endroit réservé qui ne sera pas atteint lui-même par les modifications, en tout cas pas sans qu’il le veuille et donc on place cette sécurisation en dieu, le christique, la pensée (grecque et théologique), le sujet et puis le citoyen et toutes ces ramifications (le héros de roman, le poète, la propriété, etc).

Ça n’est pas n’importe quoi ; il y a une intention (dieu) antérieure à tout monde, tout contenu, et un christ avant toute vie vécue et dans le vécu même de cette vie, et un sujet a priori libre et dont la liberté est, comme telle, intouchable et invariable. Etc.

Sorti du groupe humain (qui lui fixait un rôle, une tâche, un circuit) l’individu s’aperçoit qu’il dispose d’un réel absolument fabuleux parce qu’excessif. Ce qui est le-réel est un extrémisme, une activisme ; il n’y a pas de réalité, de réel sans cet extrémisme (ce serait quoi ? Un ordre, un donné fixé, figé, immuable, prédéfini ?)

Dénudé face au monde donné là (le « là » du monde étant signifié par l’être), l’individu, dans une réalité historique suffisamment sécurisée (autour de la méditerranée) et absorbant quantité d’influences (de l’Afrique jusqu’à l’orient, grecs, Rome, juifs, tous les royaumes et les empires se succédant), l’individu crée deux paramètres, rassemblés sous l’appellation du divin ; dieu, l’intention une toute-autre et la pensée universelle. Mais plus précisément cette variation du divin, de l’intention, telle qu’elle s’instruit dans un corps ; soit donc la version exacte de dieu en tant que christique.

Tout ceci oblige chacun à organiser. À organiser sa perception. De là qu’il faille également perfectionner les esthétiques ou les récits ou les politiques ou l’individualité, telle qu’obtenue par le christique. De manière générale il est dès lors très difficile de faire monter le niveau général et celui individuel, et pourtant l’ensemble ne peut s’organiser qu’en se métaorganisant ; ce qui signifie que si chaque je est en mesure de discerner l’ensemble et participer de son propre chef à l’organisation.

De fait le christique imprimera que chacun en se référant à un seul (et au un tout-seul, celui qui meurt seul et abandonné, outre diverses tortures et trahisons) peut à moindre frais se percevoir de haut en bas et de gauche à droite comme unique et perçu, regardé, transformé en son corps même ; investissement du corps, valant en soi et pour lui-même (et non sous condition d’héroïsme grec, de demi divinité, de penseur philosophique, acquérant son être par la pensée alors qu’ici on existe en soi-même comme in-fini, pris dans le nouveau rapport du christique, du christique qui re-nouvelle tout, qui renouvelle l’alliance et re-créera ou même déjà ici et maintenant de sa propre temporalité, re-créera le monde). Investissement en soi-même qui portera toute l’attention à ses motifs, ses images, ses motivations, ses intentions ; que voulez-vous vraiment ?

À quoi devez-vous vous mesurer, quelle est la règle qui paramètre l’attention ?

Bien comprendre que l’absolu s’est incarné en un corps individuel et une vie individuelle ; dieu, la transcendance (celle qui est initialement s’imposait comme Intention avant tout ce qui est, absolument, formellement antérieure et autre) peut exister ici même. Et ce faisant transporte évidemment le monde ; ce qui veut dire que rien dans le monde ne s’oppose à son Intention, évidemment ; il n’y a pas du tout de dualisme, d’altérité étrangère ; l’intention n’est pas même un Ordre dans le monde donné là, dans le fini et la matérialité ; l’intention traverse instantanément tout ce qui est et tout ce vécu de chacun et des mondes humains ; reste à savoir où et comment avance, et avance en lui-même cet investissement (puisque devenant en et par lui-même et sans représentation, précédentes, dans l’antiquité ; il se crée, se transforme).

Se transforme en emportant l’immanence (serait-ce l’ordre du monde, le cosmos grec) dans la transcendance.

De même que la pensée, grecque, l’universelle, l’universalisation intentionnelle prend chacun par la main et lui autorise de dessiner les réalités non vues, seules accessibles par la pensée, par la distinction des idées (ce qui veut dire des intentionnalisations à propos du donné là, le monde unique sous l’ensemble des mondes humains représentés, et à propos du « là » lui-même, de l’être de tout monde, et de ce monde tel quel offert au regard de chacun exporté hors de tout groupe et de tout langage de quelque groupe, ayant donc à créer son langage et ses idées propres). Ainsi l’attention de chacun est-elle déportée dans un lieu étrange qui les contient tous, tous les autres lieux. Les idées (et tout autant les systèmes d’idées, qui augmentent considérablement la capacité en tant que systèmes) sont des intentionnalisations, des rapports extraits et pensés (et donc epnsés actuellement par quelqu’un).

Tout ceci, le christique comme la pensée, aboutisse chacun à actualiser absolument ; on ne peut pas faire semblant de penser ni de croire au ressuscité ; dans les deux cas il s’agit d’une conversion dont l’effet est créateur d’un possible nouveau, autre, décuplé, en rupture et qui n’expulse pas du monde ou de la réalité et encore moins de la vie de chacun, puisqu’à vrai dire c’est à partir de là que chacun obtient une existence (qui n’obéit plus à l’antiquité, et commence la nouvelle historicité et ce en élaborant les articulations de conscience, qui se composent immédiatement des effets dans le monde, neuf, donné là, grec, et en chaque vie vécue, transformée en existence pour et par elle-même, bien que ce « par soi-même » soit pour le moment pris en charge par le un tout-seul.

C’est ce qui est arrivé. On ne semble pas s’en rendre compte (de même que l’on croit que la métaphysique, l’idéalisme, l’ontologie, le sujet, la révolution ne furent pas actés, or ils le furent) parce que l’on s’est ingénié à mésinterpréter (les signes de la structure, dieu, l’universel, le sujet et le réel) en les inclinant vers le bas, le monde, la saisie immédiate du moi, des intérêts.

Si l’on veut, le Royaume est réellement déjà commencé, mais on fait semblant de le nier afin de n’avoir pas à le continuer, et afin que les parties du monde remontent et reviennent étouffer le peu qui est déjà acté. Cette fonction d’évitement (de sortie de l’historicité, dans une temporalité spatialisée et gelée, qui laissent libre champ aux intérêts, et aux empires) permet l’immersion de la structure dans l’étouffoir du monde, de l’immédiateté et de la (pseudo) satisfaction (le moi recherchant éperdument la « plénitude » irréelle, la réussite ou l’achèvement de « soi », son projet, son entreprise, ou sa domination dans le regard des autres, bienvenu Hegel et la reconnaissance des uns par les autres, pareillement la rivalité à propos d’un objet, désiré par tous).

Si nous reconnaissions que le christique, l’universel, le sujet ou le réel sont effectivement et réellement instanciés dans ce monde, la vérité serait inévitable.

Or nous ne sommes plus dans un monde immédiat dans lequel, par évidence de fait, le groupe est l’ensemble de tout ; le groupe, le monde et la parole partagés font office de vérité, de véridicité.

Tout fut donc exporté hors du monde commun, de la communauté de monde, et tout fut délimité à-part ; la vérité, la loi, la liberté, la matérialité, l’ensemble de toutes les catégories du monde, du relationnel, du vécu et du je ; cette séparation de tout et de tous devant être rétablie en seconde évaluation ; et donc en se concrétisant comme communauté mais « en esprit ».

L’enjeu le plus spécifique étant de se concrétiser à la fois comme individu et comme société ; ce que l’on nomme la coordination. Il est clair que l’individualité ou la surindividualité a pour effet global la complexité.

L’augmentation de la capacité (par exemple du fait de la révolution qui libère quantité de centres de décision, qui n’appartient plus à une seule classe, qui du reste tendait à ne rien décider du tout, puisque ce serait remettre en question ses statuts de classe, de caste, ses intérêts et ses habitudes) rend absolument nécessaire qu’il se crée une humanisation ; qui n’existait pas auparavant et n’attendait pas, on ne sait où, de se réaliser ; elle s’invente, dans tous les sens au fur et à mesure de son extension, spatiale, temporelle, organisationnelle (le décuplement de la monnaie par ex, qui décentralise et la libération des échanges, ce que l’on a nommé mercantilisme ou libéralisme ou capitalisme, alors qu’autrefois les échanges, comme tout, étaient réglés par rituel et enchâssés dans une parole commune organisationnelle).

Que chacun ait à s’ordonner, revient à élaborer l’intentionnel.

Or il ne s’agit nullement d’un donné déterminable ou en-soi ; mais d’un pour-soi et la structure s’impose donc comme fondamentalement vivante (dirait le christique en son temps) ou existante (selon le rapport que cette structure ex-siste). Dit autrement on ne contraint pas une liberté, sinon on n’en obtient pas la qualification supposée. On ne peut pas tricher avec les libertés, les sujets ; soit on les admet tels quels soit on leur passe dessus.

De la société irréelle

Parce que l’arc de conscience doit fonctionner comme réel et non pas se satisfaire de l’irréalité ; irréalité qui croit au devenir indéfini de son désir, de ses désirs, l’irréalité devrait être au service de la réalité et non pas s’enfermer dans son absurdité ; qui consiste à désirer et attendre la satisfaction, laquelle n’a de sens effectif que celui du corps, qui n’y peut mais, qui subit cette domination fantasmatique ; un corps animal ne peut pas gérer le fantasme issu du mélange de la structure de conscience intentionnelle et de son corps physiologique ; ce qui ne produit qu’une imaginaire satisfaction qui ne deviendra jamais réelle ; l’intentionnalité rendue folle, irréelle, son propre poison, détruit le corps du vivant, l’abolit dans l’opium de sa rêverie insane).

Il apparaît suivant cela, que la révolution, qui aurait dû se continuer, et que l’intérêt de survie général (concernant littéralement l’espèce humaine ainsi que le règne intégral de ce cycle du vivant que nous connaissons, qui est le nôtre, les éléphants ou les moustiques) sont retirés de la circulation ; et que donc, ce faisant nous tournons en rond.

On a créé, effectivement et bien réellement, un monde complet ; de l’automobile à la télévision, des biotechnologies à internet ; et ce monde est parvenu à son achèvement complet, mais sans avenir ; puisqu’il revenait à lui-même de s’emparer de sa fondation (la révolution et le Royaume, liberté-égalité-fraternité) et à planifier son devenir ; son statut de vivant démultiplié par le champ intentionnel de la structure de conscience.

Or la structure de conscience devait évidemment assurer la survie et le développement de ce corps doté d’une conscience, mais non pas se prendre les pieds dans le tapis déroulé. Elle se devait de se régler elle-même. Et de créer son propre devenir (une ultra-temporalité, une éternité qui contient le temps, le temps qui contient l’espace, l’espace les choses et les êtres).

Or cela n’aboutit pas à une tautologie ontologique ; le je n’est pas destiné au je ; mais à l’accomplissement de sa structure, cad du rapport.

Si le je ne se tient pas d’un rapport, et donc du plus grand rapport possible, il se détériore ; pour modifier sa vie mentale, son identité, sa représentation de soi, on ne trouvera jamais rien qui soit déjà réalisé ou représenté, mais précisément cela qui n’est pas (dans le monde, le vécu, le relationnel ou le corps), mais qui se crée dans et par le champ intentionnel, lequel est actuel.

Le champ intentionnel est actuel.

C’est cela qui vous arrive, à un moment ou un autre, ou cela qui vous est arrivé, dont vous ne vous souvenez pas nécessairement, une accroche, un signifiant, une expérience, une révélation (même psychologique et immédiate), une vision (un regard qui vous revient sur la dureté, l’étrangeté, le merveilleux, le béatitifique ou l’illumination du réel, tel que soudainement là).

Dit autrement ; au cours d’une vie, la lumière ou l’éblouissement ou l’horreur ou la désorientation vous vienne.

Le moi est un bricolage, fabrique plus ou moins intentionnellement, d’une intention cachée ou recouverte par le passé ou l’oubli ou le refus, mais d’une intention qui « s’est produite » sans que l’on y soit, bien que, quand même, ça ne se peut pas se réaliser, se rendre réel, sans nous-même… (nous ne sommes pas responsables mais coupables et bien que cette culpabilité doit évidemment être interrogée et comprise selon sa structure propre, ce qui est loin d’être clair) ; ce qui veut dire que c’est justement ce choix, cette insondable décision d’être (Lacan) qui sera (de choisir la névrose, la perversion ou la psychose ou la dépression ou le suicide ou l’obsession, et leurs variantes), cette décision donc doit être reprise, en conscience, plus tard, et ce tout au long de la vie, ce qui revient à dire que l’on interroge notre propre existence depuis un point au-delà ; ni plus ni moins, que l’on croit ou non à un ‘au-delà’, c’est de bord que l’on perçoit, et c’est même peut-être justement ce point que l’on constitue, peu à peu, que l’on travaille, que l’on œuvre depuis le début, depuis la naissance et dont, ce point tout au Bout et au Bord, est la re-naissance elle-même (de la même naissance ou d’une autre, chacun choisit).

Et ce bricolage votre arc de conscience tente de nouer absolument ce qui autrement resterait jeté là selon le monde, l’héritage, le passé, le subi, la passivité, les hasards, divisé en lui-même sans qu’une synthèse le rende vivable, et même peut-être viable (les désordres du moi décousu sont innombrables et il en invente des quantités, puisque « ça n’est pas ça »); il voudrait, en bref, que cela ait un sens (ce qui est très difficile à analyser ; vers quoi se tourne le sens désiré ? Ça fait sens avec quoi ? Compte-tenu que le je, lui, la structure de conscience n’est nulle part dans le monde ; comment pourrait-elle faire sens, sinon d’jouter précisément une dimension née ici même et maintenant dans l’actuelle nouvelle qui se crée ; ça ne sera donc pas l’amour, l’idéal de soi, autrui et la confiance, l’avenir désirable, la société souhaitable ; comprenant bien que ces idéalités sont prises dans un égo très unilatéral, voire égocentrique ou égoïste.

Au contraire toutes ces idéalités n’ont quelque chance qu’en tant qu’effets d’un arc (ce qu’avance nommément le christique, qui prend le sujet à partir de la toute hauteur possible) et non pas d’elles-mêmes combler cet arc ; ce dont le moi se gargarise, se glorifie et ce afin, par ruse illusionnée, de s’emplir de monde, en évitant le je tel qu’il ex-siste, qu’il ne peut atteindre qu’au-dehors de son être. Une esthétique ou une pensée ou le christique ou une mystique sont un regard externe formel et donc absolu ; le regard qui n’apparaît jamais dans le monde mais au Bout. Raison pour laquelle dieu et le christique, la pensée et l’universel, le sujet et la révolution se tiennent à l’extrémité ; ils sont les horizons de structure absolus, ce qui veut dire formel, exposant le réel comme rapport(s). De tous ceux-la, le christique est celui qui triche le moins… On ne sait pas de « où » il vient. Initial il est aussi le plus lointain sur l’échelle de la possibilité.

L’intention de synthèse (le moi) qui rassemble le divers, pourra peut-être se satisfaire (si elle demeure dans une mesure et une raisonnabilité, et une forme de sagesse. Mais si votre intention augmente en intensité, en démesure, en capacité et, peut-être, en dureté d’elle-même, alors vous ne trouverez pas dans la vie vécue, le relationnel ou la réalité le poids, la pesanteur suffisante qui puisse régler cette démesure. Le moi adorerait s’alourdir d’un tel poids rendu immédiatement.

On a dit, déjà, que si un réel existe alors il est un extrémisme, un activisme. Qui se donne, s’offre en quelques points d’instruction qui sont des points d’intrusion du réel dans la réalité, des angles soudains. À partir desquels on recommence de percevoir. Et donc c’est bel et bien une telle ampleur, dite infinie, qui est réclamée. Mais sous condition. Sous condition que cette démesure effarante (qu’un réel, qu’une réalité il y a) soit à elle-même sa propre mesure… et qu’elle soit effectivement cette mesure, qu’elle se règle elle-même en tant que démesure ; sans se perdre comme telle et capable d’élever sa possibilité, puisque c’est ce qui est en jeu. Une démesure redoublée, étant entendu que le sens (in-sensé) du réel est la modification de sa possibilité, initiale, par elle-même ; le terme re-vient sur l’enjeu originel, le réel est suspendu et reprend sa capacité (la perfectibilité étant plus effectivement réelle que la perfection incompréhensible).

Que l’on s’en rende compte ou pas, dieu, la pensée, le christique, le sujet ou la révolution ou l’existence de chacun s’imposent tels quels en tant que démesures.

En tant qu’exigences.

À la question « où est le transcendant », il faut donc dire qu’il se situe au bout de tout moment de temps (à savoir en tant que présent : le présent est le Bord de toute la réalité), étant entendu que tout ce qui est déterminé est seulement apparaissant puis disparaissant, et que seul demeure et existe la forme en lequel sont les déterminations ; le présent donc comme suspension de potentialité (dont on a dit qu’il re-venait depuis toujours sur lui-même, sur ce qui apparaît et ce afin de modifier ses propres conditions initiales ; tout est absolument un Commencement continué) et l’arc de conscience comme mémoire instantanée de tout (mémoire qui re-vient et ré-écrit son existence) dont l’acquisition consiste à ne-plus-rien-connaitre, de sorte que la suspension intervient dans le monde, le vécu ou l’humanisation (quelle qu’elle soit), sous la formulation de dieu, de la pensée, du sujet ou du réel ; en ces quelques formulations de l’exister pur et brut toute l’intentionnalité se déverse d’en haut (à partir du Bord de la réalité ou de tout au Bout du temps, tel le christique, situant justement le sens du transcendant ; en avant, dans un en-avant déjà-là) et intégralement, étant formel et non pas composé (ça vient tout d’un coup et totalement, mais on ne sait pas le lire selon le monde) ; la forme pour advenir, ne s’effectue pas comme la réalité, la représentation ou la perception, mais comme signes.

La structure (du réel) s’acquiert donc sous et par cette intervention qui s’impose en et par une actualisation ; puisque la structure du réel se tient de la colonne du présent, laquelle constitue la Dimension, celle qui re-vient sur le dedans, à l’intérieur du Bord, étant entendu que l’unité de la réalité est ce Bord lequel et laquelle unité consiste en un cercle externe (et non en un centre unifiant).

Contrairement aux rêves de gloire du moi selon le monde (en diverses variations), le plus grand rapport est le plus petit ; laissez venir à moi les petits enfants. Ceci s’explique de ce que tout rapport énormisé par tel ou tel contenu (ou représentation de soi ou de l’objet, énorme, de son désir), tout rapport selon le monde ou le moi fait obstacle à l’articulation la plus instantanée ; la dilatation du temps (pour y loger les choses ou les corps) n’est pas restriction du temps selon le présent (dont il ne reste que le rien formidable de la forme brute et pure).

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