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instants philosophie

Le discours d'une part, le sujet d'autre part

17 Mai 2009, 18:30pm

Publié par zward

La finalité philosophique est donc de parvenir à la suspension de tout jugement définitif. Parce qu’il n’est pas de contenu à notre être ; rien ne le comble, ne remplit son vide formel. Pure forme cependant celle-ci peut être décrite ; et même légiférée ; elle s’est avérée si puissante, cette forme, qu’elle constitue le fondement de toute société humaine développée. Forme démocratique qui privilégie la non vérité des contenus au profit de la formalité des libertés. Forme également personnalisée qui interface chacun dans sa rupture propre et non reliée à quoi que ce soit. Formulation culturelle qui démultiplie la prodigalité des signes, signaux et inventorie le potentiel de tout puisque ne tenant à rien, existant comme forme pure.

Il est difficile de ne pas caricaturer ; et il ne faut pas se fier au dogmatisme de présentation des philosophies ; on ne peut pas ajouter à chaque fin de phrase ; « à mon avis », « hypothétiquement ceci et cela », « il se peut que ». Et préciser cela, ça n’est pas confesser qu’en toute philosophie il n’est question que d’une opinion, « je crois que », mais c’est bien affirmer que c’est cette opinion spécifique qui fait loi … et, bien que simple opinion, de telle hypothèse on peut affirmer qu’Il n’y en a pas d’autre possible ; si l’on s’y tient, si l’on tient à ce que l’on dit.

Tout est dans le « tenir à ce que l’on dit » : ce qui est énoncé se tient dans une certaine mise en forme, cohérence, finalement une correspondance. Si on accentue cohérence, on se stabilise dans un discours ; si l’on pousse vers correspondance, on aboutit à la phénoménologie.

Le discours est ce par quoi seul il est possible d’énoncer ; si on sort du discours cohérent, on ne sait plus ce que l’on dit, et ça ne sert à rien. La phénoménologie consiste à décrire ce qui est tel que cela se présente à soi.  La possibilité d’un discours unique, pour tous, fonde l’universalité ; sinon plus personne ne sait plus de quoi l’on parle. La phénoménologie autorise quiconque, chacun, à décrire, sous la forme d’un discours universel, compréhensible, ce qui lui arrive, ce qui lui survient. La phénoménologie est pratiquée d’un sujet ; ce qui augmente considérablement la possibilité d’un discours cohérent. Phénoménologie qui était déjà dans l’obtention du discours par Socrate redistribuant les articulations du langage et de notre attention dans les mots.

La plupart des caricatures s’attaquent au discours ; on en réclame une subjectivité que l’universel écrase, parait-il, sans voir que cette subjectivité clamée n’existe que dans un ordre humain auquel l’universalité a imposé la liberté de chacun ; on n’a accès au discours cohérent qu’en tant que libre ; la cohérence n’existe pas sans compréhension , et chacun  ne peut comprendre que libre ; le discours, universel, pose donc son argumentation comme discutable, sinon le discours n’argumenterait pas (Socrate).

Mais le discours-seul, un, total est dépassé depuis au moins Descartes ; qui inaugure le discours en tant que perçu d’un point de vue ; celui du sujet.

Ainsi de même que le discours rend possible la construction d’un monde humain partagé (parce que l’on comprend ce que l’on dit ; entre nous et quant à la nature, aux objets, aux mesures, aux sciences, etc), pareillement Descartes permet l’horizon d’une construction du sujet. Lequel devient une aventure ; et comporte instantanément la révolte ; il est dans l’essence même du sujet de se révolter. Et donc Nietzsche est parfaitement l’expression véritable de cette révolte et du cheminement d’un sujet en cours de construction. Le tout est que l’on ne sorte pas du discours, de la cohérence ; et Nietzsche ou Heidegger (qui peine comme un malheureux à « énoncer ce qu’il doit énoncer ») ne sortent pas de la cohérence exigée.

Pour le sujet, la cohérence est vitale ; s’il cesse de vouloir (ce que nommément, argumentativement, il veut), il n’est plus. Si il n’est plus le maitre de ce qu’il énonce, le monde s’en empare, les autres le lui volent, les objets l’absorbent, les désirs l’envahissent.

Il est en somme un rond-point qui doit être occupé, territorialement, et si ça n’est pas le sujet qui parle, « on » le parlera. De même que les sciences ne pensent les déterminations, les causalités des sujets, de la biologie à la psychologie, que de ce point de vue qui se veut, à toute force, extérieur. Sinon ça ne serait ni observable, ni a fortiori pensable. Tous nos énoncés se situent, même anti humanistes ou nihilistes, naturalistes ou déterministes, logicistes ou empiristes dans le point de vue du sujet.

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