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instants philosophie

Incarnation contre désincarnation

28 Juillet 2010, 19:21pm

Publié par zwardoz

Le monde sur lequel le sujet s’invente n’est pas le monde donné, n’est pas le monde connu (qui se référence des objets dans une intention). Il est le monde tel qu’il s’engendre de l’intention et de ses tissages ; et il n’est pas dicible ; il est « ce qui se dit », mais il n’est pas dicible en seconde main.

Il ne sera dicible à nouveau qu’en première main. Si le sujet est pensé psychologiquement, il sera plaqué sur un moi ; non que ce soit impossible, mais c’est dommageable ; que le moi puisse s’y croire au point d’anéantir son sujet dans une psychologie ne vaut que pour la psychanalyse ; qui comprise doit amener le moi à se parler soi comme sujet ; mais en un lieu, nœud, une vivacité spécifique à un-tel. Il est question alors de relever (surmonter, dépasser, amener sur un autre plan) la particularité qui le recouvre. Non qu’il ait à entrer dans l’universel, mais bien qu’il doit se transmuter en universel actif ; cad en sujet réel.

Qu’il y ait un sujet réel, on ne sait pas ; on ne sait où il se situe ; lui-même l’ignore dans la mesure où le démocratique consiste à ne pas savoir où l’on va, mais implique que l’universel soit délégué en et par chacun. Autant la philosophie pouvait prescrire ce qu’il en était de l’universel abstrait, de l’universel comme savoir ayant comme idéal la connaissance (qui furent déléguées aux sciences et aux pratiques normées, de droit ou culturelles), autant il est impossible au savoir (effectivement constitué comme savoir, et non comme connaissances) de déterminer « ce que peut le sujet » en son instauration historique (tout le 20ème).  Qu’il ne soit pas pensable, qu’il ne puisse pas subir une transformation, c’est l’impératif qui lui revient ; c’est l’historicité qu’il est devenu, que chacun est ; en ceci que chacun doit résoudre l’équation.

L’équation que chacun est pour soi-même ; non en ceci qu’il aurait seulement à démêler sa subjectivité, (ses contenus ou encore ses finalités dans le vécu ou ses identités dans le monde), mais en cela qu’il se doit d’être universellement. Non pas en se rabattant dans l’universel (comme lettre morte), mais en existant l’universel. C’est le pari interne qui se joue ; si le sujet existe, et qu’il existe dans un moi (et il faut défendre la constitutionnalité, politique, du moi-même, de son monde, pour que le sujet soit, au moins, possible), il est, le sujet-moi, l’activité même de l’universel en tant que concret (et non plus abstrait).

C’est pour cela qu’il croit pouvoir ou devoir se résoudre « dans le monde ». Le vécu (contingent, absurde, hasardeux, de nécessités et de causalités régulières ou particulières) n’est pas l’intention majeure, mais les dénivelés, parfois incongrus et idiots, de l’incarnation du sujet.

On peut dire ; de l’incarnation, parce que, quoi que l’on en pense, le sujet n’est absolument sans-rien. Il n’est en aucune manière lié par la causalité ; à condition qu’il puisse accrocher l’universel, et c’est de ne pas savoir cela (d’un savoir assuré) qu’il se fourvoie dans des considérations relativistes, qui tendent à le re-définir constamment comme chose, là, ou objet, non plus d’un savoir mais de connaissances objectives, et échappant à l’objectivité il n’en est pas pour cela une subjectivité ; le sujet dans le moi n’a rien à voir avec la subjectivité ; il en est l’inverse.

De même et donc inversement, le moi ne trouvera aucune porte de salut en dehors de l’universalité de son dû (constitutionnellement, en tous les sens du mots) et hors d’une mise en forme effective de son être. Ainsi l’universel doit être entendu de deux orientations ; d’une part une formulation, très connue, résolument abstraite et fondamentale cependant (comment en serait-il autrement ??), et d’autre part en tant qu’actif et incarné ; et cela laisse la porte ouverte à ce qui se tisse effectivement, et hors du ressentiment (à propos de quoi y aurait-il ressentiment ?? ), du nihilisme, du scepticisme, des contempteurs de malheur et du zélateurs du vide et autres être-pour la mort.

Le problème n’est pas que le réel ou le sujet soit négatif ; mais que tout cela soit absolument et intégralement positif, et d’une positivité telle que nous n’en sommes pas à la mesure. Autrement dit le sujet comme Moi se réfugie dans une négation, un repli qui manifesterait ce qui le resterait d’âme ou d’intériorité ou de subjectivité ; il tient à même ses rêves, mais qui ne mènent et ne fonctionnent nulle part en aucune réalité. Et tandis qu’on le balade comme de tels rêves (notre sociétalité produit une quantité considérable de rêves ; sociétalité parce qu’il s’agit d’une production continuelle de socialisation, marchande évidemment, mais pas uniquement), il ne parvient pas à mordre quant à son statut universel ; en tant que moi il n’a aucune légitimité sinon celle de sa subjectivité, vite balayée et emportée ; en tant que sujet il est le fondement de tout renouvellement de ce que l’universel d’abstrait doit devenir concret ; constitutionnellement (dans la déclaration de nos sociétés) et institutionnellement (en ce que les ou des institutions devront prendre le relais de l’universel individuel actif en des matérialisations efficaces universelles).

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