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instants philosophie

L'émoi cartésien

25 Août 2011, 20:17pm

Publié par zwardoz

Il faut rendre à Descartes sa lucidité définitive ; quels que soient ses errements tous logiques qui suivirent (concernant le monde dans sa physique). Mais Descartes ne crée pas le sujet : il le dé-couvre. Le sujet reviendra selon mille explorations de l’être qu’il est dans le monde comme il est.

Et par quoi l’on voit que l’on ne désigne plus l’Etre, mais l’être ici même, le monde comme « là ». Lequel monde n’est plus pensé selon des essences (reconstruites à partir des immédiatetés perçues ou agrégées de par elles-mêmes comme idées déductibles, quelle que soit la dialectique qui les déduise), mais est disposé au devant de nous pour les calculs.

Les idées de Descartes ne sont pas des « idées », mais des évidences ; une évidence ça n’est pas de l’abstrait, mais de l’expérience faite de « ce qui est » en tant que j’en témoigne. La pensée du « sujet » (que nous nommons tel rétrospectivement), l’idée de dieu, autrement dit l’infini, l’étendue ; se pressent dans la vision que j’en ai. Et je n’obtiens cette vision que là ici même.

Il est donc une redécouverte de dieu lui-même que Descartes sort du carcan scolastique, de la théologie, de surtout essentiellement du discours total et un. Si l’on traduit dieu par l’infinie perfection » en moi, ça dessine non pas une « vérité » mais la structure apparemment de mon être ; et d’autant plus que ça ne se résout pas à une magie ou au sacré, mais cela isole l’infini en tant que volonté. Ce qui veut dire ; forme pure, et vide.

Or il y a plus ample encore ; la pensée n’y est plus de ce fait l’entendement, l’esprit, mais l’incertitude notoire mais assurée de l’union du corps et de l’esprit. Ça forme une unité que l’on ignore ; ça laisse la question entière, et non réduite, déposée là, comme un donné inconnu.

Ainsi Descartes tente de demeurer au plus près de « ce qui lui vient », tout nanti de tous les discours clos qui le précèdent, et voit, en confrontation, comme « cela est », et comme cela existe autrement que selon le système d’idées communément proposé (malgré les variations d’un tel système en lui-même). Ce qui est suivi, ça n’est pas un système de déduction ; mais un surgissement de l’être même en tant que l’être (du monde, l’être de tout ce qui est là, l’être du corps, l’être de l’étendue) affleure et bien sur tout spécifiquement dans le « moi-même » non plus métaphysique (c’était un agent tout à fait générique ; l’homme) mais ontologique (chacun est cet affleurement, pourtant universel).

L’incroyable agencement incompréhensible du « moi-même » est tel qu’on ne sait pas du tout ce que c’est que la « pensée » qui pense et expérimente, connait l’étendue ou les mathématiques ou ressent ceci et cela. C’est un dispositif complet, dont on ne perçoit pas la complétude dans son unité, mais posé-là.

On ne saurait en aucune manière nier les contradictions cartésiennes ; on les approuverait plutôt en ce que pure description (tentée) du réel, de l’être-là qu’est notre être, ne se réfugiant pas dans la déduction ou reconstruction idéelle, enfin cette masse dressée hors des flots de réalité est résolument constatée telle quelle (autant qu’il le peut évidemment). De même on ne peut pas admettre toutes les synthèses cartésiennes affirmées ; il fallait bien qu’il en pensât quelque chose, qu’il tente de les résoudre et que l’on ait à examiner, contredire, modifier ou révolutionner les solutions elles-mêmes.

Il s’agit toujours de lire de façon croisée, transversale la philosophie ; elle ne « dit absolument pas la vérité » comme un contenu, cad comme une connaissance, mais est un savoir (plus ou moins précis ou vague) qui indique, oriente, décrit en partie, et parfois crée de fait un être.

Auquel cas, cette description devient vraie et réelle… Ce qui est le plus étonnant. Descartes (comme tous les autres en réalité), ne découvre pas seulement un réel, (qui reviendra constamment comme « un réel » presque inépuisable, que les discours n’effacent pas), il le crée.

Aussi lorsque par la « pensée qui se sait », il se trouve si bien placé que l’intention s’enflamme, il n’a pas tort ; et ce que l’on en retient, outre l’affleurement d’un réel, hors des idées ordonnées des anciens systèmes, et affleurement qui donne dans le monde et est vécu,  c’est que précisément ce réel affleurant est créé. La pensée qui se sait, ne se sait pas seulement, elle s’existe. C’est bien cela qui l’émeut.

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