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instants philosophie

L'être-libre comme réel devenir, pure positivité

25 Juillet 2012, 09:01am

Publié par zwardoz

Il est évident faux de croire que l'on est si immédiatement soi-même strictement ou nettement défini : mais cela ne tient pas à notre manque ou défaut d'être qui alimenterait un désir répugnant qui comblerait notre néant. 

 

Ce serait plutôt l'inverse. 

C’est notre être qui est en lui-même et par lui-même à demi existant ; et ceci parce qu'il ne doit pas, ne peut pas se compléter, ni se figer. 

Et un nombre considérable d'informations glisse et se disperse ; il n'existe pas de fonction incarcérant qui puisse opérer un tri strict et net.

Aussi perçoit-on sans percevoir nommément, imagine-t-on sans se remémorer, et rien n'est assigné définitivement puisque si l’on vise une unité fixe, un objet, et que l’on comprend cette unité comme stable, en réalité elle n’est atteinte que dans l’arrêt momentané ou la négligence des autres intentionnalités, variant indéfiniment tout alentour.

 

La variation ou la potentialité

L’intentionnalité est essentiellement variable et c’est seulement en seconde appréhension, dans un discours sur l’intention, qu’elle se fige. Elle se fige dans une objectivité de science ou une objectité philosophique, mais tout autant lorsqu’elle est rapporté vers autrui.

Et comme la forme entoure le contenu, jamais aucun contenu n’est séparé de l’ensemble potentiel intentionnel qui le constitue ; la fixation est toujours une redite. Autrement dit la première intentionnalité ne peut être saisie ; elle est.

 

Le point extérieur impérieux

Cependant la redite est étonnante ; elle n’est pas uniquement que j’ai appuyé de dire nommément ceci ou cela. Il est dans la performance abyssale de la forme de prendre la place de. Purement vide, elle peut penser, ou parler ou signifier à rebours d’elle-même ; tel signe est tout autant ce que l’autre énonce que ce que l’on parle soi-même. L’intentionnalité prend naturellement de dire de par soi ou d’être dite d’une extériorité, d’un autre regard. Ceci étant le piège majeur qui occupe notre être, mais aussi sa condition même ; c’est parce qu’il adopte un point extérieur et qu’il est parlé, qu’il peut éventuellement se dire en personne lui-même. Ça n’est pas un accident ou une nécessité ; c’est son être-même.

 

L’emprisonnement très commun de la personnalisation

Ce qui reprend l’intentionnalité première est toujours second. Une identité est une telle reprise, et qui plus est, comme l’on parle non seulement vers et pour, mais en et par l’autre (afin que toute message soit compréhensible), cette identité est toujours déjà prise dans la compréhension de l’autre (de même que l’on énonce ce que l’on croit que l’autre entend, ce qui n’est pas vraiment très exactement ce que l’autre entendra réellement).

De sorte que si l’on peut vouloir parler autrement que l’autre, ça ne sera jamais « spontanément » mais en recomposant intégralement le plus possible de l’énonciation, de la communication, et en utilisant, usant, épuisant, toute communication, et donc encerclant toute l’identité (autant qu’il se peut). De là que la formulation explicitement une est ou tend réellement vers une acculturation universelle ; on admire, adopte les Grands Sujets, ceux qui manient l’universalité objective, ceux qui passent outre le communicationnel (voir le relationnel, mais c’est quasiment inclus), ceux qui clôturent une série complète d’objectivités, culturelles, voir d’objectités (de formulation non objectives mais par exemple littéraires ou philosophiques ou symboliques des religions). Une saison en enfer ou les illuminations de Rimbaud, qui ferme littéralement la totalité des signes en quelques pages.

 

La variation vivante

Les intentionnalités en elles-mêmes ne se limitent pas au formulé, au langage, aux signes ; elles naissent dans et par la perception, l’imagination, la physiologie, les signes eux-mêmes (qui pourtant son a priori supposés n’être que compréhensibles, cad formulant consciemment) sont perçus.

De toute rencontre (avec une chose, un objet, autrui, un texte, une sensation) on ne retire que le formulable ; et toute conscience si elle n’est pas prisonnière du formulé accompagnateur de son identité, est enchainée dans le formulé. Le formulé non par opposition à l’informulé, mais par rapport aux variations, aux variations intentionnelles.

Loin de délivrer un contenu clair ou tendu vers la clarté, ou suspendu à cet idéalisme du contenu, l’intentionnalité est immergée intégralement dans la variabilité.

Lier l’intentionnalité à l’identité c’est inversé totalement le procédé qu’est l’intentionnalité.

 

Les vagues intentionnelles

Or il est impossible de lâcher prise ; de laisser être la variabilité intentionnelle, puisqu’une intentionnalité ne tient que fixée en un but, une série de signes, un objet, une chose, autrui. C’est autour et à partir de la fixation qu’adviennent (préalablement ou subséquemment) les variations ; jamais en l’absence de toute finalité.

Le jeu consiste donc à tenir le plus fermement possible la finalité intentionnelle, tout en laissant être et se soulever les vagues potentielles qui s’y adjoignent. De pourvoir par ruse aux dévoiements et dérives intentionnelles en ceci ; la vérité n’est pas le jeu rigidifié de tel contenu, mais les variations plurielles qui l’entourent. Par quoi notre être se récupère tout en sacrifiant à la fixité ; et ce qu’il récupère ça n’est plus son croyant-être mais sa structure agissante elle-même.

 

Nietzsche

C’est bien ce qui définit au plus près l’engeance nietzschéenne ; la puissance n’est nullement de tenir serrée une finalité, mais d’ouvrir l’océan en se dépouillant de toute carcasse, mais de maintenir durement l’étalement potentiel. Ça ne se fait pas sans se vouloir, mais ça ne se veut pas comme une fixation, un objet, un désir. Ça ne succombe pas à l’objet, ça ruse en interne. Non pas en interne de l’identité, du moi, mais en interne de la structure en elle-même.

 

De la liberté qui se parle-même

Or tant que l’on se limitera la personnalité à cette réflexion intérieure (intérieure d’une personnalisation), c’est l’identité qui continuera de fixer la vivacité ; l’identité sera le noyau de toute intentionnalité, au lieu que la nature même de la structure (interne, l’internalité se dit de la forme et non plus de l’identité) n’est plus constituée autour et par l’identité. Il n’est plus de centre puisque l’opérateur est la formalité structurelle elle-même.

Laquelle n’existant pas entre dans les mille ruses internes (et jouant des intériorités donc). 

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