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instants philosophie

L'intentionnalité phénoménologique

13 Avril 2011, 18:44pm

Publié par zwardoz

Heidegger sait bien que l’être n’est pas l’Un ; ou que la pensée n’est pas « ce qui est ». Au sens où par exemple, l’être n’est pas les réalités, (et encore moins la réalité, comme si elle était Une, cad un Tout).

Aussi Heidegger se place-t-il hors de la pensée comme raison et vers la pensée comme « inspirée ».

C’est que la pensée de raison est la tentative d’arraisonner le donné, comme si il était un Monde(tout), et de le fixer comme une Idée ; mais la pensée est (qu’elle soit de raison ou non, esthétique par exemple ou perceptive ou personnalisée) l’interface entre l’intentionnalité (qui vadrouille partout ; dans toutes les fonctions disponibles, tous les possibles, tous les rapports peu à peu activement inventés, produits ou donnés comme et selon un corps), entre l’intentionnalité et le donné.

Aussi l’intentionnalité excède-t-elle la raison, mais aussi quasiment la pensée ; (au sens cartésien ; donc imagination, perception, sentiment, idée, volontés, etc). L’intentionnalité n’y est pas ; sinon elle serait dans l’incapacité de démultiplier indéfiniment son être, sa forme en toute fonction possible accessible (et en toute fonction avenir).

L’intentionnalité excède la raison, mais elle n’est pas si absolument inspirée par quoi que ce soit ; l’intentionnalité excède la pensée (le dispositif perception, représentation, imagination, et donc idées et conceptualisation), mais elle n’en est pas pour cela irrationnelle et incontrôlable ; quoique de toute évidence, c’est en cette indépendance, de structure, ontologique, que toute révélation, tout mysticisme, toute liberté aussi prennent leur envol ; c’est en ceci que chacun est à soi-même la dernière référence possible et donc la première.

Or l’intentionnalité qui n’appartient à aucun contenu, est essentiellement vide ; bien que dans les faits, dans la réalité elle soit toujours pré-occupée, investie, envahie, déterminée très particulièrement. Sans doute l’intentionnalité se contrôle en partie, mais il y va de sa structure même, demeurer disponible, de s’échapper de ce contrôle et d’être contrainte comme de vagabonder. Inutile de le déplorer, puisque sans cette incertitude native, l’intentionnel serait dans l’incapacité de virevolter d’une idée à l’autre, d’une perception à une imagination, d’une émotion à un signe, de passer d’un registre à l’autre ; sa capacité est sa faiblesse même, donc sa force.

Ses plus séduisantes réussites, le Un, le Tout, le système, l’objectivité, l’intériorité sont malgré tout ses pièges ; l’intentionnalité n’est rien de tout cela. Le plus problème est qu’elle est-en-plus de toutes ses/ces fonctionnalités ; elle n’existe pas sans représentation, sans imagination, sans perception, sans corps, sans relationnel, sans humanité, etc. Elle parvient en conclusion de tout le donné, et existe afin de s’y ajouter. Autant de fonctions qui la déterminent, mais si elle n’existait en plus et en un autre plan que celui de toute, toute la détermination, elle n’obtiendrait aucune présence (à quoi que ce soit).

Du contrôle intentionnel de la raison philosophique (qui demeure le paradigme de saisie de ce qui est réellement et effectivement vivant intentionnellement) à la dilapidation esthétique au souffle retenu, suspendu, doute cartésien de l’art dans son intégralité et intégrité, mais aussi de cette retenue interne du moi psychologique (qui peut toujours et constamment retrouver le tracé de son devenir un de l’intention  que chacun est), la phénoménologie intentionnelle sait bien que Heidegger dessine effectivement non un au-delà, mais un par-dessus l’intentionnel ; ce vers quoi on pointe du doigt au dessus de soi.

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