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instants philosophie

Le corps et l'oeuvre d'art et d'ailleurs

23 Juin 2013, 13:01pm

Publié par zwardoz

Il est clair qu’alors le corps n’est plus le corps tel que là, synthèse passive qui reçoit et unifie en ses petites finalités (celles d’un moi grosso modo, ou de cette part du moi qui le claque sur le donné, qui croit en sa naturalité, en sa vérité ou liberté immédiate, le moi du libéralisme ou du communisme qui se définit génériquement). Le corps devient par la conscience première ontologique, existentielle en s’engageant dans la possibilité même. 

 

L’illustration et une des réalisations, des « rendre-réel » du corps de conscience est littéralement l’œuvre. L’œuvre, l’esthétique est la formulation la plus proche et la plus précise et la plus concrète qui soit de l’être-corps. C’est en une œuvre que le corps se sait (au moins) et se connait (peut-être parfois au plus haut). 

L’œuvre n’est évidemment de l’ordre de ces objets de consommation qui se digèrent aisément. Ce ne sont pas des objets adaptés aux mois et qui lui renvoie sa facilité. L’œuvre est difficile et sa difficulté tient de fait à sa dimension intensément réflexive ; elle réfléchit et ça n’est donc pas sans réflexion de cette conscience qui l’approche que l’œuvre apparait, nait, se crée, s’invente dans le regard. 

C’est en cela que le corps-même, le corps ontologique (lorsque la conscience est le corps et le corps la conscience), n’est pas du tout la simplicité d’être-là, naturellement et immédiatement, et ne conforte pas qu’il y ait un « moi ». Mais appelle qu’il y ait (en tout moi) un sujet. 

Le moi ne désire au fond que ceci ; absorber sans effort ce qui est. Que cela s’entasse dans le corps mou, que le donné conforte son identité telle qu’acceptée et végétative. Et ceci bien que moi par ailleurs soit aussi lui-même réflexivité et difficulté, mais cela l’autre part veut l’ignorer et se simplifier la vie. Il croit résoudre son équation dans l’étalement et au devant de soi sans se réfléchir ou dans une manière amoindrie de la réflexion. 

 

Mais notre être est toujours (y compris le moi lui-même) réflexif et ardu, retors et complexe. 

L’œuvre est ce qui permet d’envisager une réflexivité ardue et complexe mais telle que donnée « là » comme objet absolu ; l’œuvre contient en elle-même les plus hautes et étendues réflexibilités possibles en tel et tel registre ; l’œuvre de perception ou de langage, de comportement ou d’imagination, etc, porte ce que l’on nommait autrefois l’esprit. Mais l’esprit ramenait l’œuvre à une universalité (que l’œuvre contient effectivement mais pas seulement).

La réalité est que l’œuvre contient des consciences entières ; ouvrir une œuvre est remodeler la totalité (impossible à circonscrire) de notre être-corps en un monde. Elle n’est pas complexe, comme étant possiblement exposable en éléments mais plate et extérieure ; elle contient réellement tout la conscience possible d’un état d’être. Et donc aucune œuvre ne peut être résolue ; si elle contient toute la conscience possible de toutes les consciences prises en tel état d’être, elle est un horizon indéfini qui renvoie le plus loin possible, cad indéfiniment. 

 

Prétendre au relativisme de tout est une absurdité profondément idéologique ; elle consiste à nier que tout moi (puisqu’en notre état nous sommes selon le règne, légitime mais de cela limitatif, d’un moi personnel, comme acquis irrévocable de l’humanisation) soit un sujet. Que donc tout moi a accès aux extases. 

En remplacement de quoi, on lui équivaut des immédiatetés ; au lieu des extases (l'universel, dieu et descartes, puis l'extase ontologique existentielle) on monopolise les désirs, les plaisirs et l’hédonisme, la naturalité apolitique et non existentielle, le donné d’un vécu comme horizon manipulable, la psychologie de bazar et l’économisme aveugle et sans intelligence, et à fond une « destination », une mise en destinée passive, qui accepte unilatéralement l’état des choses et des êtres et du monde en tant qu’absence d’horizon ; le seul horizon est celui d’un monde donné « là » dont le « la » n’est pas réfléchi et de laquelle apparence on peut manipuler comme l’on veut…

Or l’œuvre simule le plus intégralement et profondément possible l’être-là du corps-conscience ; en uen œuvre la conscience se déplace en se percevant. Le corps est une surface et non un état donné ; aussi comme surface le corps s’agite, se meut, navigue, se glisse, son ombre l’inquiète, son image le déroute, ses gestes dansent, son oreille n’en est plus une mais est développements et linéarités compliquée, le corps habite l’architecture ou déplace la statuaire. C’est en tant qu’intensément vivant, agissant et existant que l’œuvre est le corps rendu à sa vraie dimension. 

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