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instants philosophie

(qu'il en serait absurde qu'il en soit autrement)

27 Janvier 2011, 22:17pm

Publié par zwardoz

Tout ceci, qui précède, pour bien évacuer toute tentative moralisante, mais aussi tout jugement à l'emporte-pièce qui condamne la liberté au nom d’une omniscience qui n’existe pas. Tant que l’on ne connait pas toute la causalité du monde, on ne peut pas décréter la nécessité plutôt que la liberté, et étant dans le choix entre la thèse du libre ou celle de l’impérieuse nécessité, toutes deux indécidables, il vaut mieux se fonder en principe sur le libre, qui n’annule pas les nécessités diverses, mais relatives, plutôt que de foncer dans le nécessitarisme, qui exclut toute liberté, et dont se pose, en tout cas, le poids de décider lequel des discours décidera, en lieu et place, de quelle nécessité on écrasera le libre. Le libre ne nie les nécessités, mais la nécessiteuse pensée annule le libre, et d’une nécessité seul en rend compte tel ou tel discours (scientiste, économiste, idéologique, en tout cas).   

Évacuer également l’option qui abolit toute tentative de compréhension en portant trop haut la vérité, et s’abîmant dans l’exigence d’une vérité absolue, s’en conforte pour nier que « de la vérité » il y a, même relative (en fait, la vérité ne peut être que relative ; elle existe dans et par une intention ; et il est en partie de l’essence de la vérité, entendue réellement cette fois, de déterminer laquelle intention).  Les analytiques placent si haut la Vérité qu’ils n’en découvrent pas l’ombre du début d’une seule ; incroyablement éloignés de la vérité comme décision ontologique. Mais d’où leur vient la telle hauteur d’une si invraisemblable vérité ; comparativement à quoi ?

Absurde tout autant que l’on puisse relativiser le sens très réel qui s’offre dans le devenir historique ; par là se signe presque définitivement la mort historique et pour des siècles, de l’universel en son Idée. Nier Descartes en lui opposant des nécessités toutes neuves, ça n’est pas seulement prendre dangereusement position, fascinée, c’est exhiber son incompréhension. Descartes certes s’impose presque arbitrairement, mais c’est qu’il obtient ainsi la position inébranlable qui est aussi, et surtout en ceci, la fine pointe tout extérieure aux nécessités, ou qui s’y tient en cette extériorité ; il est exemplaire, ce qui signifie qu’il ne se trouve pas dans le monde, comme une table ou un caillou.

Comprendre l’universel comme seulement un corpus clos de vérités, c’est ne rien comprendre et ne rien voir. L’universel est « ce qui se tient dans l’horizon intentionnel ». Il n’est pas figé, mais se réalise de structurer, activement, l’intention, toute intention. Celle du scientifique, du citoyen, de la personnalité individuée du 20ème, de l’esthète créateur ou passionné.  

Or cela signifie que si la vérité philosophique universelle excède telle ou telle vérité, ça ne comporte pas que la vérité inscrite par ce moyen soit déchue dans le faisceau intentionnel ; mais l’inverse ; que l’universalité est le moyen de cette intentionnalité très précise et formée en horizon général, lequel est singulièrement toujours actif.

Pour nourrir cette activité il ne faut rien de moins que la pseudo énergie nietzschéenne ; pseudo au sens où « ça se fait sans raison » ; autrement dit ; c’est à soi-même comme relevant d’une plus grande synthèse encore, sa propre loi.

Les révoltes anti philosophiques ne sont rien d’autre en somme que le redéploiement, autrement, de cette altérité toute puissante de l’intentionnalité telle qu’elle se veut. Et qui trouve dans son vouloir, son effectivité intégrale. Si on la limite à l’universel, tel que classiquement on peut l’entendre, pour la découper, l’intentionnalité est dépassée ; mais elle le fut toujours. Toujours la philosophie se définit non de ce que ceci ou cela, elle énonce, mais de ce qui par-dessous ou au-dessus, elle dessine. Soit d’une part la figure de ce qui est, comme plan, surface de l’être, neutre, vide, formel. Et d’autre part l’intention telle qu’approchée par l’utilisation cartésienne ou kantienne ou hégélienne ou husserlienne ou nietzschéenne du discours ; qui découvre là ses limites, ces limites qui n’en sont pas ; qui détoure la sorte d’être, le sujet, qui porte le discours universel, entre autres.

Entre autres, parce que dès lors, l’intentionnalité n’est plus la formule astreinte à la seule philosophie, mais est aussi ce qui anime l’esthétique, et la science, et la politique, et le relationnel et l’individuel.

Et ce non pas en confondant les genres, une espèce de mélange indistinct, mais en telle position ou telle autre, l’intentionnel vient culbuter et inverser le donné du monde, du connu, du régulé ; il impose la détermination comme intentionnelle. Il ne lit pas seulement ce qui est tel que cela est, il fait-être ce qui est dans la Forme intentionnelle qui est celle de l’être-comme-tel. De même en une personne, l’intentionnel bouleverse toujours, qu’on l’accepte ou non, le donné que l’on est.

Le temps ou l’espace parviendront seulement dans la forme intentionnelle que celle-ci découvrira en l’inventant, parviendront alors en leur essence propre. De même la détermination en général, tout comme l’humain en son essence ne seront aboutis que dans et par l’intentionnalité qui s’en donnera.

Tout ceci suppose cela ; l’intentionnel, certes, ne tient pas « en soi » ; mais qu’il se déduise ou se cause des fonctions du corps ou de l’être social ou du symbolique, n’empêche nullement qu’il y gagne précisément son indépendance ; indépendance ontologique. Il crée le champ de son être, et en donne l’horizon (dit ; en tant que l’être est ; cette formule crée l’horizon lui-même, et n’existe pas ailleurs que dans le faisceau).

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