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instants philosophie

Zemmour (son secret)

20 Février 2011, 01:28am

Publié par zwardoz

Zemmour est toujours assuré d’avoir raison. Pourquoi ?

Non qu’il soit d’une intelligence si confondante, ou qu’il détienne la vérité définitive sur quoi que ce soit, mais parce qu’il se place constamment dans la perspective d’un hégélianisme global. Autrement dit dans la perspective d’une raison d’État laïque républicain .... et bien français ; et en partie avec pertinence. L’État français est presque l’incarnation sur terre de la pensée philosophique hégélienne.

Le prix à payer est immédiatement corrélatif ; un État est toujours celui d’un peuple particulier (que Zemmour considère comme plus que particulier ; comme étant l’Etat nait de l’esprit d’un peuple spécifique, élu si l’on veut, inspiré le cas échéant). Aussi croit-il dur comme fer que l’État, français, vient non seulement de la forme étatique parvenue à son essence, presque à son aboutissement historique,(du moins pour le moment), mais aussi de tout l’esprit qui lui donne naissance, qui l’impose dans l’histoire d’un peuple du fait de sa chrétienté, de son 18émisme, euh pardon de son 19émisme (puisque Zemmour privilégie Bonaparte plutôt que le siècle libertin et que l'éclairement des lumières lui sied bien peu), de son patriarcat ou on ne sait quoi encore qu'il puise allégrement dans son propre passé (ça lui fait chaud au coeur).

 

Aussi sous la forme de l’État universel des droits et devoirs, de la constitution, embarque-t-il un passéisme assez déraisonnable ; sa vieille France est celle qu’il légitime en tout de ce qu’elle incarnerait l’universel (en cela il est tout à fait raisonnable au sens fort, et donc ne peut être contredit, dans son idée en tout cas), mais ce faisant, il ne s’en aperçoit pas, mais il traine toutes casseroles possibles qui furent et sont encore les nôtres. Lesquelles casseroles cette fois, n’ont rien à faire avec l’universalité à proprement parler.

On peut donc dire que Zemmour n’est qu’à demi philosophe ou alors qu’il n’a pas bien compris de quoi, philosophiquement, il est question lorsque de l’État on prononce l’essence. Que l’État vienne à s’incarner dans un peuple, via son esprit, ne comporte pas que cet État soit indissociable de cet esprit ; puisqu’il est, quand même, de l’essence de l’universel d’imposer son indépendance bien réelle, bien structurelle ; l’universel en un État dépasse déjà son incarnation.

Par exemple ; on peut tout à fait exiger d’un État qu’il subordonne sa lettre aux droits nouveaux pourvu que ces droits relèvent non pas de l’Etat mais de ce qui existe encore bien en-dessous de sa racine, ou bien au-delà de son possible propre ; qui relèvent ces droits, de la démocratie, qui, elle, est véritablement l’essence même de l’État, qui est, elle, profondément politique ; au sens où Politique définit l’État en tant que relatif à l’universel et non pas uniquement à l’esprit d’un peuple, quel qu’il soit.

L’enfermement dans l’esprit du peuple caractérise à la fois la validité, mais aussi la profonde fausseté ou plus exactement l’erreur de Zemmour. La confusion s’établissant de ce qu’il ne distingue pas la politique politicienne de la politique en son essence (ce qui aboutit au réalisme « zemmourien » ; la disjonction complète de la morale et du politique ; attitude qui est incomplète, inachevée, incompréhensible, absurde), puisqu’il ne distingue pas l’universel réalisé de l’universel en son essence (philosophique et non pas idéologique ; par quoi se limite avec cohérence Zemmour : de philosophe du paf, il redevient idéologue, bien qu'il lutte contre, comme un forcené).

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