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instants philosophie

L'extase indéfinie

26 Juillet 2013, 14:08pm

Publié par pascal doyelle

D’une manière général, il apparait qu’il n’existe réellement que la conscience comme retour-sur, comme rapport, purement formel, et n’ayant en soi rien à voir avec quoi que ce soit, sinon son être de conscience : cette structure, cette forme, qui étant forme est absolument parfaite.

Il faut considérer cet être comme tel, cad comme un. Il se trouve que l’on ne comprend pas ce qu’il « est », son être ne correspond à rien qui soit identifiable selon notre expérience, notre empirie. On se figure donc cet être selon une représentation hasardeuse, mais qui malgré tout parvient à laisser transparaitre la forme même.

Cette représentation n’est pas un objet fixe, un contenu assuré, une détermination mais est un rapport. Puisque la forme fait tout apparaitre sous un rapport. En conséquence les véritables approches et définissabilités figurées de cet être ne sont pas des mots, des images, des identités, et ne se parlent pas tel un mot, mais requiert une phrase. Un ensemble relié de signes qui, ensemble, seul fait figure, exprime la complexité de cet être saisi alors effectivement comme rapport.

Mystique ou théologique ou philosophique, le rapport est de cette manière compliqué à comprendre et ne pas alors s’utiliser dans le donné, le vécu ou le monde. Le rapport étranger qu’est la forme pour elle-même, lorsqu’elle veut se parler, se penser, est inutilisable extérieurement ou intérieurement. Le rapport définit une sorte de lien qui peut se décrire en interne à cette forme elle-même. Ce qui s’éprouve effectivement de la difficulté de la philosophie ou de tout accès à une Œuvre.

L’attitude normale, habituelle est celle d’un moi ; il ne peut pas passer son temps ou son énergie à recomposer, aussi désire-t-il des objets. Il désire des mots, isolés les uns des autres (puisqu’il est la synthèse comme unification, unification purement nominale ; je suis moi, je suis un-tel, son nom-prénom, ce qui encore un mot et non une phrase). Il doit donc gérer ou produire sans remonter dans les conditions de la gestion ou de la production.

La phrase est au contraire une sorte d’argumentation qui définit seulement dans son ensemble ce dont elle parle, ce qu’elle désigne ; et ça n’est pas un objet dans le monde, mais telle architecture ou telle autre qui découpe selon cet argumentaire ce monde.

Le moi croit comprendre que si l’on remonte dans les conditions d’apparitions, on peut poser à peu près n’importe quoi et que de toute manière les mises en conditions se contredisent et n’importe pas quant à la réalité du monde.

Non seulement on ne peut pas dire n’importe quoi, en lançant telle hypothèse sur la réalité ou sur notre être, mais de plus les propositions (philosophiques par ex) ne se contredisent pas (il est une progression absolue et qui valide toutes les attitudes). C’est que l’on n’échappe pas au réel ; sans doute, puisque la conscience est formelle, est-elle douée d’une ampleur plus ou moins importante, mais la conscience qui est toujours emplie de quantité de données, qui est d’abord perceptions, corps, signes, paroles ou langage, d’images de soi et des autres, des choses (données) et des objets (produits), est un mécanisme qui revient sans cesse à l’identique (il n’est aucune différence entre deux consciences ni entre cette conscience et elle-même ; elle est forme pure et simple) et réoriente toujours vers le même (non)sens : le réel.

Toute la réalité est déterminée ; soit selon une causalité d’ensembles (en tel système il est telles latitudes possibles, parfois plus lorsque cela s’invente dans ou pour ce système, système dans un système) soit selon une causalité locale (une détermination cause tel effet limité). De même toute activité de conscience est assujettie à son mécanisme vide, mais comme on se tient alors à l’extrême limite de la réalité, au bord du monde, de tout monde et qu’il n’est rien en deçà, c’est librement que cela s’active et se produit.

C’est donc absolument librement que l’on est, puisque ce à partir de quoi on se fait être est le bord dernier de ce qui est (pour nous évidement, mais on ne peut pas aller contre son être, il n’y a rien d‘autre, et de plus cela signifie que l’on est pour-nous en la racine de ce qui est, là où notre être commence d’être). Ainsi notre être, notre conscience est toujours quasiment à l’extrême de son être.

Et si on se pose la question de comprendre à quoi peut servir de réfléchir (la conscience qui se réfléchit déjà), c’est que l’on ne voit pas qu’elle est formelle et que donc elle peut devenir ; c’est en sa perfection de devenir, formellement, (si l’on tient l’hypothèse que la perfection existante est précisément qu’elle puisse, qu’elle ait la puissance du devenir). Elle est intégralement ce qu’elle est (extrêmement) mais elle n’est pas alors tout ce qu’elle peut être, puisque dans l’indéfinitude (qu’est le réel selon sa logique propre, et non celle que l’on rêve) le devenir est justement ce que l’indéfinitude peut.

Le devenir formel est en lui-même profondément in-sensé ; si l’on n’entend pas la conscience comme étant le « conscient », on ne la programme donc pas ; elle n’est pas, dans le « se-vouloir » formel, de proposer un surplus de contenu (il faudrait « vouloir » ceci ou cela). L’être formel en devenir récupère ce qu’il est déjà ; il se re-forme à nouveau dans l’intensité de la forme même ; penser imposer un vouloir en plus, un contenu tout-fait, est une absurdité ou une illusion ; pris eux-mêmes dans le flux de notre conscience (symptômes ou faire valoir ou prétexte, etc).

Le devenir formel (ce qui est impossible et in-sensé) consiste donc à propulser une mise en forme qui accélère et augmente ou restreint et aiguise la forme de conscience ; le devenir articule ou/et désarticule l’être que l’on est.

De sorte qu’une part de l’activité de réflexion sur ce qui réfléchit déjà, est de reprendre et remonter, reconsidérer, réorienter, désorienter, offrir l’occurrence d’un impensable obtention de conscience qui se prend bien plus antérieurement que tout conscient et contenu ; qui laisse être ce qui n’est pas encore, jamais, potentiellement, advenu, ou déjà et structurellement virtuellement réalisé.

Autrement dit une conscience, (non un conscient ou cette part du conscient qu’est à demi le moi), une conscience est douée de son être réel, de son être virtuel et de son être potentiel. En ceci qu’une conscience n’actualise pas tout le donné ni n’est certaine de ses contenus, (contrairement au conscient), mais donc elle est toujours déjà dans ce qu’elle fut, sera, a été, aurait pu être ou ne pas être, et que son être, son possible formel n’est jamais clos.

On voit donc alors que ce devenir conscience de l’être de conscience offre des exactitudes similaires au devenir de la dernière conscience chrétienne ; on y adhère en cette extase de l’indéfinitude de tout être de conscience ; il n’est pas sur le mode du clos, du refermé, sur le monde de l’identité. Un être de conscience est toujours déjà dans son être virtuel (aurait pu) et potentiel (sera, etc) en ce qu’il peut incessamment se reprendre et continuer son devenir formel (quand bien même les devenirs effectifs, les vécus eux son achevés ; le vécu est en ce sens une part limité de "tout notre être").

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