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instants philosophie

Le désir et la vérité

13 Août 2013, 20:03pm

Publié par pascal doyelle

On part habituellement du principe que les seules connaissances assurées nous viennent des sciences. Mais d’une part les connaissances des sciences si elles aboutissent à des résultats, se renouvellent, voir se bouleversent régulièrement, et d’autre part à moins de détenir tous les composants de la réalité, on ne voit pas que l’on puisse tenir le système entier de tout ce qui existe d’ici longtemps et à supposer qu’il existe une réalité entière et close (alors que tout montre que les réalités deviennent), et ceci sans aborder qu’il peut être mis en doute qu’il puisse exister un tel système complet et un, et ainsi doute au profit de l’hypothèse d’un ensemble (ouvert) de systèmes divers et séparés ou enchevêtrés que l’on ne puisse pas totaliser ni former en une fois. Les réalités se prolongent vraisemblablement dans l’indéfini.

Si l’on évoque les mathématiques, on s’aperçoit qu’il est une prolifération de systèmes possibles, dont l’arbre se représente plus comme une inventivité indéfinie plutôt que selon une clôture dont on pourrait se tenir. De sorte que les mathématiques sont prises elles-mêmes dans être devenant sans cesse.

De plus toute connaissance connait son cercle rond, mais ne peut en sortir ; on ne peut pas préjuger du tout, en le calquant sur telle partie, on ne peut pas penser la totalité en extrapolant une réalité partielle, délimitée.

D’autre part une science constate ce qui est, tel état de choses, or la réalité est en devenir et on ne peut présager de ce qui sera, d’autant que l’on éprouve d’invincibles difficultés à saisir comment ou pourquoi tel niveau de réalité (l’inerte par ex) s’est déployé en tel autre (le vivant, etc).

Et resterait alors encore à comprendre la raison d’être ou la possibilité qu’il y ait un tel univers, de tels niveaux diversifiés de réalités, qui vraisemblablement ces possibilités n’appartiennent que difficilement à un état de chose constaté. La réalité, l’univers ne sont pas faits pour une pensée, c’est la pensée qui se modèle par la réalité.

Ce qui parait régner c’est l’indéfini de la réalité ou la totalité impossible de totalisations, complexes et surajoutées à chaque fois, ne sorte que la réalité joue de toute apparence son aventure et ne sait pas où elle va ; « ça » devient.

On dira alors qu’il n’y a plus qu’à se confier à une vision ou intuition ou idée préconçue ou imagination, etc.

Mais la réalité est toute autre ; il y eut la philosophie.

Et l’on change de registre.

Sans être objective au sens restreint des sciences, la philosophie n’est pas non plus subjective. Elle déploie non seulement ses finalités, mais sa certitude et celle-ci est plus imposante que de n’importe quelle science. C’est la pauvreté de la compréhension qui croit tenir par les sciences, fussent-elles mathématiques, plus de vérité que celle lancée historiquement par la philosophie.

Ceux qui avancent que de la philosophie on n’apprend rien, font mine d’ignorer que sans les tours et détours de la philosophie ils seraient incapable de juger de quoi que ce soit, (puisque la philosophie a forgé toutes les armes de toutes la argumentations, ayant intégralement développé le pensable, qu’il soit dans les faits, vrai ou faux, il est à chaque fois la possibilité cohérente d’un monde et au travers des divergences situe et continuera de situer « totu monde pensable » quel qu’il soit, de pressentir ou de supposer telle puis telle autre logique des totalités).

Et font mine de ne pas comprendre que de par la philosophie, il y eut non seulement des systématisations qui ouvrirent de nouvelles sciences diverses, qui furent inventées ou imposées (par effet de vérité systèmatique), mais aussi que la philosophie a permis d’élaborer un modèle d’être humain qui puisse supporter, admettre, intentionnaliser les sciences de même que les humanisations, puis les personnalisations.

Mais il y a plus absurde encore ; le déni et l’incapacité de se rendre compte du déjà réalisé, déjà acquis, c’est souvent de juger de cette réalisation en fonction d’une imagination, d’une nostalgie dont ne sait quoi, d’une préconception de la « vérité » qui résoudrait de porter notre être, notre vécu ou notre monde, et ce sans comprendre que « vérité » ça n’est pas cette perfection close, chosifiée, imaginaire ou ce fantasme de complétude.

Que donc la vérité est précisément la séparation, la division en ceci qu’elle est la distinction des choses et des êtres. Ecraser toutes les différences et les divergences en une réunion, une perfection fermée, figée, invraisemblable, non vivante et non devenante.

Pour illustrer on peut dire que l’on ne peut pas éviter d’être-libre, mais que cette liberté n’est pas facteur de division et d’impossibilité mais qu’elle doit d’abord être à elle-même sa propre fin et qu’elle est donc, la liberté, le sens même d’exister (pour un être humain personnalisé en une société humanisée). Et si le libre consiste à se vivre lui-même comme libre, cela comporte (entre autres devenirs bien réels) de propager le libre et rejoint fondamentalement par là l’idéal même de l’universalité ; le partage. Le libre ne désigne donc pas la vague ambition d’on ne sait quoi, ou la fonction qui emprunte telle ou telle immédiateté (besoin, désir, etc), mais en soi de se savoir et de se réfléchir et de s’employer à augmenter le libre en soi comme pour tout autre.

Autrement dit, plus je suis libre, plus je suis libre (ce qui n’est pas négligeable du tout) mais de plus, plus chacun est libre, plus je suis libre moi-même ; en ceci que par là le libre s’oriente de se satisfaire non des immédiats désirs ou intentions, mais fabrique, bricole, conspire, s’arme d’une intentionnalité, d’une stratégie qui l’augmente.

Et si l’on s’anime plus vigoureusement par la philosophie, ça n’est pas de se rabattre (puisque les sciences n’outrepassent pas leur cercle de connaissance) et on ne se tourne pas vers la philosophie par défaut, mais parce que la certitude est réellement et effectivement réalisée. Sauf qu’il ne faut pas se méprendre sur cette certitude ; elle n’est pas vérité rêvée et fantasmatique que l’on peut désirer d’un désir imaginaire.

La philosophie permet donc, au minimum, de comprendre ce que validement on doit comprendre par « vérité » et remettre en question ce désir qui, de fait, ne doit pas être un désir ; qui n’aboutira de toute manière pas à un « objet », fut-il un objet absolu.

Et c’est cela qui détourne ou rend incompréhensible la philosophie ; elle ne laisse pas votre désir tel quel.

Et il faut l’entendre littéralement et non pas seulement théoriquement ; puisqu’il est avéré que la philosophie se mêle de tout puisque concernant notre être même.

Et donc lorsque l’on présente qu’il existe une extase universelle et une extase de dernière conscience, une extase de la première conscience cartésienne, (et ses suites jusqu’à l’extase affirmative nietzschéenne ou la conscience première existentielle), c’est réellement.

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