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instants philosophie

Sartre et l'être-libre réel

24 Juillet 2013, 15:49pm

Publié par pascal doyelle

Depuis que l’on a inventé qu’il y ait une réflexivité possible, que nous ne sommes pas condamnés à l’immédiateté ou la restriction d’une seule expérience individuelle, et que la réflexivité d’une part ouvre le monde via l’universalisation (que nous avons tellement intégré que nous nous permettons de nous révolter contre, mais c’est dans l’assurance que l’universalité est, qu’elle est par exemple un statut constitutionnel en un Etat ou un sujet acculturé reconnu ou donc un moi-même pour tous les autres moi-mêmes, et pourtant il n’est pas dit que cela soit sauvegardé), et d’autre part qu’elle offre en chaque conscience la reprise instantanée de soi et la survie par-donatrice de la conscience vis-à-vis d’elle-même (de ses consciences prises dans le vécu) et des autres (l’humain existe comme consciences séparées mais réunies en esprit, ce que l’on nomme à ce jour la « communication », qui en est une figure),
donc depuis que la réflexivité s’est inventée (ce qui est réflexif nait de rien et sans raison ; elle est le retour-sur (n’importe quel donné), elle engendre.


La dernière figure de la réflexivité est le moi ; par le moi l’humanisation qui s’est créée par et dans l’universalisation, se continue et se continue en chacun comme personnalisation ; il est impossible d’imaginer un devenir progressif de l’humanisation sans un surcroît de personnalisation (encore qu’il faille définir quelle sorte de personnalisation, d’une part mais aussi il est fort possible qu’étant donné les difficultés de survie qui se profilent, il s’impose un retour de l’universalisation écrasante et qui soumette chacun aux statistiques de survie, afin de réguler la débauche de personnalisations effrénées et probablement aberrantes, folles, délirantes).
Le moi non seulement oublie totalement qu’il est universalisation, (il est libre et supprime tout autre rapport, comme un être-libre se le doit à lui-même), mais il oublie aussi la dernière conscience possible qui lui remettait la conscience à zéro tout en la maintenant (pardonner n’est pas oublier), en par-donnant, et donc se supporte lui-même seul.

Le moi et ses oublis
De sorte que la réunion des consciences le creuse par son manque (et s’y substitue la débauche de mass médiatisation ou de partiellement pseudo-résolution, résolution fantasmée) et que ne se par-donnant plus il s’enfonce ; l’effondrement est invincible, parce qu’il est structurel. Si un être-libre tient tout-seul, par définition, par contre il ne devient que par l’universel ou les extases, et si l’être-libre est première conscience (cartésienne) et conscience première (existentielle), il n’admet d’exister que de Savoir cet être, et non pas de se croire un autre, une identité, un contenu.
Si notre être est de conscience, il n’est pas ceci ou cela. Il n’est pas un moi dans son identité. Son identité est toujours constamment une figure ; autrement dit un moi contient structurellement un être bien plus étendu et autre que cette identité.

L'activité de sujet quotidienne
Le sujet, ce que l’on nomme tel pour représenter l’être de conscience dans le discours, n’existe que dans son activité ; « ce qui est » est « ce qui est dans le présent ». Or le moi se perd en se sidérant en ses objets, en son image, en une idée basse de soi ; c’est littéralement ce que traque Sartre. Pour ce faire il hypostasie la « conscience » en authentique ou engagée, en une formulation schématique d’activisme, qui est vraie mais limitée ; si il fallait attendre de « s’engager » pour exister, on n’en finirait pas. Il est antérieurement une autre résolution de la conscience qui n’est pas de s’engager mais de se Savoir. S’engager est localisé, se Savoir est un ensemble ou l’ensemble lui-même et requiert non seulement l’engagement volontaire, partiel et donc faussé en quelque sorte, mais requiert l’attention-à, ce qui signifie une angoisse et une exigence à la mesure de cette angoisse.
Il est très juste « qu’il y va de notre être », mais non pas au sens où Sartre l’entend, restreignant l’être à des propres partielles et exceptionnelles. Parce qu’en définitive si notre-être n’existait qu’engagé, (et Sartre tente par tous les moyens à sa disposition d’élargir cet « engagement ») nos possibilités seraient somme toute limitées ; cet engagement sartrien simule en gros un état de guerre permanente… Or c’est non dans l’excès d’une finalement violence qu’il faut jouer, mais dans l’organisationnel même des sociétés, autrement dit au quotidien.
Parce que ce qui s’organise au quotidien est seul réel ; les excès violents crèvent les bulles, si l’on veut, mais n’aboutissent pas à une réorganisation du donné ; sinon dans les larmes et l’absurdité d’un autoritarisme. Réorganiser le donné vécu sociétal au contraire réclame une rigueur et une continuité. Autrement dit une intellectivité : laquelle ne se décrète pas, ni ne se pense idéologiquement ; elle nait, s’engendre collectivement et collectivement non comme regroupement abstrait (de révolutionnaires autoritaires), mais comme multiplicité démocratique ; c’est cela qui avance, le reste effondre l’organisationnel.
Et donc l’engagement des consciences se libérant est un travail de longue portée. Et l’on voit malgré tout que l’ensemble sartrien est tout à fait juste mais marqué par son présupposé et en définitive par l’idée qu’il élabore de la « conscience », par quoi cette idée manque la rigueur de son objet (ce qui est son but : sa finalité sartrienne, il ne s’est pas trompé, ni égaré, mais relève d’une hypothèse limitative poursuivit bien que jusqu’à ses limites exactes).


L’angoisse et l’exigence qu’est la conscience (elle est libre, est donc sa propre idée de soi, travaille et œuvre en et par cette idée, laquelle n’est évidement pas une « idée notionnelle », puisque le libre surgit après l’universel, le libre est l’universel en tant que réellement « là »), impose à chaque moi, bien qu’il soit noyé dans les définitions de corps-langage, de psychologies, de mass médiatisations, de renvoi à des fins naturalistes (communistes ou libérales), de reprendre à son compte ses deux extases (universel et christianisme), et d’en inventer d’autres. Ce que mine de rien il n’a cessé de réaliser, de rendre réel, aux cours du 20éme. C’est la re-découverte qu’effectivement durant 100 ans, il s’est passé quantité de libérations et de réalisations, d’inventions. (Que la démocratie, fut-elle libérale, n’est pas vaine ni sans d’absolues réalisations).
L’angoisse et l’exigence sont un seul et même impératif ; mais impératif non extérieur ; impératif en ce que toute conscience est déjà intégralement à la limite de soi, de fait, et par structure (le réel n’est jamais « à demi »). Toute personnalisation par exemple est cette inventivité. Toute personne est le reprise sensée ou/et insensée de son vécu, de ses consciences et est déjà en mesure de se relier aux autres. Le sens, la finalité collective (démocratique et non d’un bloc monolithique du « collectif » invraisemblable) est déjà en continuité ; et il est clair qu’alors il ne s’agit pas d’engagement, mais d’intelligence ; la démocratie ou l’être collectif-démocratique est sa propre intelligence (ou son idiotie).

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