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instants philosophie

Structures de l’impossible

10 Juillet 2021, 08:54am

Publié par pascal doyelle

On a vu que Rimbaud tient la position fondamentale ; l’affirmation vide du je et ce en tant qu’il renouvelle le monde mais aussi la vie, la vie de tous mais aussi de chacun. Et ce bien consciemment.

C’est dit explicitement et le plus difficile est d’accorder confiance et donc son attention-même à ce qui est Dit. C’est dit explicitement et on ne le voit pas. Pareillement on ne voit pas ce que dit le christ, ou Descartes ou Robespierre. Etc.

Et Rimbaud, de son ambition, de l’ampleur de son ambition, en fut déçu, considérablement, parce que ça n’a renouvelé ni le monde, ni la vie, ou alors seulement par contrecoup et sous la remarque qu’en plus l’apport de la vérité (de structure) a démultiplié le monde et la vie au plus bas, au plus bas niveau ; bref ça retombe.

Qui fait l’ange fait la bête, je ne veux pas ce que je fais et je fais ce que je ne veux pas (St Paul mais c’était également partagé dès la méditerranée, dans les éthiques diverses).

Le principe Rimbaud est bizarre.

Il fut annoncé il y a deux mille ans que « ça n’est pas ici-bas ». Alors à quoi bon, pourquoi croire dénicher dans le monde donné et la vie vécue ce qui annoncialement n’est pas de l’ordre, de la nature du monde ou du vécu. Ce qui détermine la pensée ou la réalité, ne peut pas être de même nature que la pensée ou la réalité ; ou alors il faut postuler quant à la pensée que celle-ci existe « en elle-même ». en ce que l’acte, l’activité de conscience serait incluse dans « la pensée ». ce qui n’a pas de sens. Ce que l’on désigne comme « pensée » est en fait et en réalité et en vérité une activité de conscience-de. Et donc la structure « conscience-de » passe devant, devient la scène sur laquelle la pensée mais aussi tout le reste, se déroule. Imagination, sentiment et identité de soi, le moi, et initialement la perception (n’apparaissent que les datas signifiés dans et par un champ intentionnel).

Ce qui existe (de son exister même) n’est pas dans le monde. Il est autour ou hors ou en plus ou sera au-delà du monde.

Le principe que le réel est non pas ceci ou cela, mais dieu, l’être, le un, le sujet, la révolution décuplent les rapports possibles (qui ne sont plus liés par un rapport déterminé).

Ce qui veut dire que l’on doit en user afin de perfectionner le monde (et la vie) mais non pas qu’il faille désirer retrouver dans le monde le Un qui est autour du monde. Le Un qui entoure la vie, la vie vécue (mais également la vie tout court, le vivant ; ce qui est déterminé n’étant en aucune manière séparé, ou abandonné, de l’indéterminé ; la détermination se déploie dans la transcendance ; ou dit autrement re/Créera le monde et la vie).

 

- soit l’absolu ne se réalisera pas, jamais, dans le monde (mais peut-être au-delà ou plus exactement dans le renouvellement de tout ce qui est ; dans non pas « l’autre monde » mais ce même monde et cette même vie en tant que surdimensionnés ; la création étant renouvelée ; ce que le christique annonce explicitement, même si l’on ne comprend rien du tout ; le christ par qui, précédemment en tant que verbe est celui par qui tout fut créé, par le Père)

- soit l’absolu ne s’y réalisera pas selon l’apparence, l’apparaître, la densité ou la concrétisation du monde ou de la vie. Sous-entendu il y a en plus du monde, de la vie vécue, une autre dimension qui doit être, sera, est, a toujours été précisée, définie, délimitée selon une orientation, une signification élaborée, une indication signalétique ; orientation au sens de la boussole ; dit autrement dans la réalité ou la vie vécue il existe un angle de perception, qui doit être signalisé par des signes, afin de diriger la perception et qu’entre dans le champ les positions du réel, du possible et de l’impossible, de la structure même de l’impossible (cela même que cartographie, littéralement, Rimbaud, et ce au travers de deux grands paramètres, très calculés, l’enfer et l’illumination) ; celui qu’il faut trouver et qui n’existe que de venir à jour en l’arc de conscience ; c’est celui caché dans les textes de Rimbaud, mais évidemment entre autres, entre dix mille autres, cent mille autres prises de signes (esthétiques par ex).

Ou les deux. La reCréation et l’angle de signification.

Ça n’existe cet angle nulle part ailleurs qu’en cet arc.

Nb ; Rimbaud est excessivement conscient de ce qu’il fait… véritablement calculateur. C’est même cette acuité, cette lucidité qui est la-plus-stupéfiante. Il dit explicitement ce qu’il a fait, ce qu’il écrit, ce qu’il en juge. Toute l’exposition en est remplie, d’annotations qui deviennent le texte même, le récit ; ces annotations sont l’objet, gigantesque, du récit, des deux récits ; celui du passé et celui du futur, de l’avenir ; de l’origine mythologique et de la finalité et l’avenir cosmogonique du monde et du je ; les deux réglages se retrouvant spécifiquement à la fois en enfer et en l’illumination, en lecture croisée.

Et si on s’étonne du mélange insensé, il faut se rappeler qu’il s’agit d’exposer un je tout entier ; non pas un moi, mais un je (il est infiniment éloigné du lyrisme, ça n’est pas du tout ce genre de mesquinerie qui l’intéresse).

 

Cet angle est généré par un arc de conscience (non pas « par la subjectivité » d’un arc de conscience puisque l’on a vu que l’arc est antérieur à la subjectivité, objectivité et que l’on a nommé cette antériorité comme structure, ou champ, intentionnel) ; et on n’y atteint que dans et par l’actualité, ce que l’on a désigné comme conversion (le tomber amoureux, au plus simple, la foi ou la révolution ou le sujet, ou la pensée universelle, etc).

De même ce ne sont pas les signes qui commanditent l’arc de conscience (même si les signes, les langages, les textes mémorisent évidemment les activités, les liaisons), mais l’arc de conscience, qui, dans l’actualité (d’un inattendu, d’un danger, d’une intuition, d’une possibilité) décide, entraperçoit, calcule, signifie en bref un ajout qui inter-vient dans le langage, le texte, la représentation (et au minimum de telle sorte qu’un moi, quel qu’il soit, est toujours en-plus de l’humanisation en cours autour de lui, que ce soit vers l’immédiateté, la subjectivité (et la subjectivité absolue lacanienne, celle du sujet-inconscient, qui trame-à-part), ou dans l’autre sens du Rapport de tous les rapports ou de l’organisation des rapports entre eux (un système) ou du basculement des signes vis-à-vis du réel ou de la réalité).

L’actualisation veut donc dire la plus entière possible actualisation de « ce qui est » ou donc ici de ce qui Ex-siste.

C’est la carte de cette dimension qui est donc abordée.

 

Rimbaud déçu, de même que la société civile post révolutionnaire va envahir le cadre universel général, individuel et remplir l’universel, la liberté, l’égalité d’intérêts du monde et de chacun; Robespierre ou Saint-Just rêvaient d’un « homme nouveau ». Même déception au final. Tout cela revient au christique, qui nous explique, factuellement si l’on peut dire, la destination du structurel, de l’arc de conscience et sa portée, son rayon d’action, d’activité dans le monde ; Rimbaud désespère, mais le christ sait ; l’esprit est plus grand que la réalité ; le réel est immanquable, il n’y a que ceux qui se croient en enfer qui y sont (Rimbaud « je me crois en enfer, donc j’y suis », en une formule cartésienne ironique sans doute ; mais aucun énoncé de Rimbaud n’est doté d’un seul sens ; raisonné dérèglement de tous les sens, doit s’entendre également « de toutes les significations », il est très clair que c’est écrit selon cette logique de l’excès en quoi un signe attrape beaucoup d’autres, puisque la signification, réelle, n’est pas le signifié, qui serait fixé, mais le signifiant, qui courre partout.

Et Rimbaud s’en aperçoit parce qu’il veut ici même l’actualisation, en invoquant le réel pur, brut dans le malheur, et le pur réel dans l’idéel, « l’inouï ». Ce qui signifie le possible absolu, cad l’impossible.

Et après tout le christique est archétypiquement le sujet originel, le un tout-seul, qui soulève le monde, les autres, la réalité, tout. Et qui fut « déçu » lui aussi, sauf qu’évidemment il le savait, ou en tous cas son Père.

On ne s’étonne pas suffisamment qu’une telle initialisation, christique, de tout ce qui fut civilisationnel se soit imposé totalement et dans tous les sens. Que cette initialisation soit une révélation (si l’on croit), ou une invention pure, absolue, ce qui veut dire formelle.

Le je est forcément formel puisqu’il est un rapport, celui qui lance tous les autres ; et qui a lancé auparavant les autres mondes humains, particuliers. Mais cette fois comme c’est la structure elle-même qui se montre, alors cette structure, comme vraiment réelle (et non pas comme une idée entre autres idées), ne peut se présenter dans le champ de vision que telle quelle. Mais étant indéterminée elle ne trouve qu’au fur et à mesure les signifiants dont elle est le signifié, signifié qui de par sa nature non déterminée, offre quantité de variations et qui étant indéterminé seul peut progresser (la seule direction de choses déterminées étant la disparition, la décomposition).

L’étonnement a en vue la récupération de toutes les variations de position qui permirent d’identifier un parcours à propos du réel ; sur la surface du réel le je se déplace et pointe ses positions, stratégiques (les tactiques se réservant aux jeux indéfiniment diversifiés qui fourmillent selon les intérêts du monde, de la satisfaction plus ou moins immédiate ; ainsi dieu, la pensée, le sujet et le réel sont des configurations, étendues à toutes les intentions et toutes les intentionnalisations, et ne sont pas de l’ordre de la satisfaction, c’est bien pour cela que durant deux siècles se sont armées des tas de théories envers et contre dieu, l’universel, le sujet et bien sur le réel, l’humanisation et l’individualisation glissant dans le fantasmatique, le non régulé, la pullulation des signifiants, ou des désirs, et passant d’une idée de soi à une image de moi-même).

La déception du christ ou de Rimbaud, ou de chacun, n’est pas une raison de renoncer à l’Intention. L’intention, qui part du Bord du monde, de la vie vécue, du corps, est « en réserve ». Elle existe sous sa propre influence. L’intention ne s’adresse pas au monde, ça n’est pas le monde ou la vie que cela renouvelle.

Et là de deux choses l’une ; soit on considère que la réalité crée le présent et que dans cette matrice d’actualisation (en quoi consiste le présent) les réalités adviennent et puis un jour tout s’étiolera et disparaîtra et comme n’ayant jamais existé. Personne ne sera là pour se souvenir de quoi que ce soit. Le néant est la finalité de tout, même si c’est par le présent que les réalités (naturelles) et puis les réalisations (humaines en l’occurrence) adviennent.

Soit à l’inverse on considère que la vérité de la réalité est le mouvement et alors on accorde à celui-ci la qualification de réel ; ce qui est réel, ontologiquement, c’est le présent. Le présent n’est plus seulement la matrice résultante et fait passif général, mais est la capacité œuvrante et active ou hyper active. Et en ce cas il est continuel. Il ne cesse pas.

Son hyper activité n’est évidemment pas de l’ordre du monde, de la détermination, de la réalité ; pourquoi ce monde se doublerait-il d’un autre monde ?

Inversement il y a une réalité parce qu’il y a un mouvement ; la réalité, la détermination, dépend du mouvement. Si mouvement il y a et si seul il existe il est structuré. Les deux seules indications dont nous disposons sont le présent et l’arc de conscience. On ignore la potentialité du mouvement ; dont on a reconnu qu’il s’agissait non de la perfection mais de la perfectibilité ; seul ce qui perfectible est parfait, reposant donc, entre autres, sur la liberté de soi-même qui offre seul d’avancer plus loin (le parfait est inerte, mort, figé et donc forcément déterminé, composé ; seul le mouvement devient infiniment. De toute manière dès que le présent existe ou dont on constate l’existence, il est tout, il est l’essence même, la structure telle quelle, et le reste effets.

Soit donc il se perd dans l’extinction de sa vibration, soit il est ce qui dure.

Et dès lors il s’agit de pénétrer dans ce mouvement tel qu’il existe. Et on prétend ici que c’est ce que l’on a toujours tenté, approché ce mouvement en tant que rapport ; de toute façon il n’est aucune autre manière de penser, de se représenter, de se figurer quoi que ce soit ; le contenu de conscience, une pensée, n’est admise comme fixée que dans l’imagination ; dans le fait on la pense.

La pensée croit l’objectiver ; mais on sait qu’elle aboutit à l’un ou l’autre infini, qui ne peut être ramené à un donné déterminé.

Il faut donc avancer dans l’indicible, l’in-énonçable ; dans le non énonçable nous existons, ça nous est très commun et même consubstantiel ; on voudrait qu’il se marque, s’incruste dans telle chose, tel objet, telle idée ou système. Ou un nom, un nom propre ; Descartes ou Nietzsche, qui l’on veut. Ça s’incarne, et on est content. En vérité on projette sa conscience son intentionnalité, et on est couvert en quelque manière. Ce qui veut dire que l’on peut être la conscience que l’on est, puisque s’étant dédouané. Où est-ce ? C’est là-bas. Ça existe en « ça » (quel que soit le ça). On est tranquille. Lors même que Descartes ou Nietzsche ou le christique ne vous débarrassent pas du poids, du fardeau, de la difficulté. En vérité il faut souffrir comme Rimbaud, se suspendre par les cheveux comme Descartes ou mourir fou comme Nietzsche. Au choix (et il s’offre beaucoup de choix ; a-t-on le choix ? Est-ce que l’on n’a pas déjà choisi sa croix, comme on dit ? On pense que ça n’est pas une croix, un fardeau, mais en vérité, si.

Le névrosé heureux croit qu’il ne souffre pas ; il a passé un pacte, avec un objet (ou une série, etc), et en fait un pacte avec lui-même ; on n’en est pas aux « salauds » sartriens ; il ne faut pas exagérer mais c’est que Sartre est dans le monde, et l’histoire et donc la politique, comme un forcené ; il s’agit bien plutôt de psychologie ou de psychique en l’occurrence la psychanalyse est le psychique, en ceci que le réel y est le corps, et non une représentation, ou si l’on veut le signe du corps qui peut bien se signifier mais comme un signe vide, qui ne pénètre pas le corps), de la position existentielle individuelle, face à la souffrance, séparation, manque, mort, etc ; ni dans la mauvaise foi, sartrienne également. C’est plus complexe qu’un manque dans la conscience, c’est un point de retrait qui seul permet de prendre conscience (de tout le reste, mais qui lui-même s’échappe ; et si il se nomme et désigne c’est faussement, c’est une représentation).

On ne peut pas re-prendre la conscience que l’on a (eu) ; elle est dans le passé et inatteignable ; mais on peut interférer et cette interférence est effarante, et on ignore parça passe ; ça passe justement de ce que cette conscience interférée est différée et vient du futur, de l’avenir, au sens de sa future réalisation éventuelle, mais aussi et surtout au sens de Possibilité. Rimbaud ne fait que cela ; tenter de manifester la conscience possible, de Rimbaud et de tout le monde, et donc le possible du monde, du réel, le devenir réel de tout.

C’est pour cela que c’est très compliqué. Le texte est illisible, parce qu’il dit tout. Et il dit également le temps ; il intègre le temps (l’histoire et la vie vécue d’Arthur et le temps mental et le temps littéraire, évidemment, poétique, toute la poésie). Il a pour but de provoquer votre conscience. La vôtre. Il l’appelle.

Mais qu’est-ce que le christique ? Sinon le baptême de chacun (que l’on croit ou non, c’est un fait historique absolu). On continue de rejouer le même circuit, parce que c’est ce circuit par lequel l’arc de conscience apparaît (dans le champ de sa propre représentation à lui-même).

Croit-on vraiment alors qu’il s’agit du même monde mais autrement, de la même vie mais autrement ? Si la structure, cad le mouvement, du présent ou de l’arc de conscience (qui n’est pas fichu de se matérialiser, de se concrétiser, de se représenter dans un « objet », une théorie ou une identité) est le réel, et la réalité les effets, jusqu’où poursuivre cette distinction ? Comment désigner la différence du réel et de la réalité.

Heidegger qui n’admet pas le sujet, se livre, pieds et poings liés, à l’Être, mais n’ayant pas intégré dans son calcul le dit sujet, il ne peut que mécomprendre l’Être ainsi désigné ; il sera écrasant ; alors qu’il est, le réel, tout de subtilité infinitésimale, par chacun sujet cela se Voit, cela se Sait (du se-savoir cartésien), qui passe outre l’universel métaphysique, et donc Heidegger c’est juste de la métaphysique qu’il va tenter de réinstaller, une contre-métaphysique mais qui de cela s’ignore ou prétend s’ignorer comme métaphysique ; or « il y eut » veut dire qu’il ne pouvait en être autrement et que chaque époque était déjà au Bord au Bout d’elle-même ; lorsque le sujet trouve sa position, il est au Bout de la réalité, cad dans le réel, qui est le possible brut ; ou donc la plus grande distinction possible à ce moment-là. Le sujet est effectivement le plus grand réel, le plus grand possible possible.

Ce qui ne veut pas dire que le possible s’y limite. De sa nature même le possible ne se limite pas, mais il ne peut pas se passer des réalités ; déterminations et indétermination (qui est unique et exclusive, puisqu’indéterminée, tandis que les déterminations sont forcément indéfiniment multiples, puisque déterminées ; on affirmerait plutôt l’infinité de la détermination, puisque ça n’est plus cette « quantité » qu’est « l’infini » qui nous occupe mais des natures, des réels, des structures ; on peut dire que le présent est infini, puisqu’il est un mouvement, ou que l’arc de conscience est infini, puisqu’il est un rapport ; et le réel en général est l’infinité des infinis, ce que l’on nomme le possible brut, le réel est plus grand que lui-même ; c’est le tour de force du réel ; créer le moyen d’être plus grand, ce qui revient à sa logique même de Possible, le réel est le Possible ; tout le Possible est réel, mais alors le Possible est toujours possible, il ne cesse pas).

Soit vous ciblez le mouvement (et on n’y tient pas debout), soit vous vous absorbez dans ce qui est mû. Une chose. Ou plus précisément une détermination ; une image, un signifiant dont on imagine que le signifié est « solidement » un objet de désir, de volonté, de projet ou tout ce que l’on voudra, un truc, un machin qui vaut en soi ; c’est du reste ainsi que l’image Sartre ; un en soi brut. Massif. Le pour-soi essayant sans cesse de croire en un mélange réussi d’en soi et de pour soi (dieu, ce qui n’a pas de sens ; dieu n’obtient la qualité d’en soi que dans le discours théorique philosophique, et encore ; dans la religion dieu est l’anti-tout, celui qui échappe, à tout monde ou tout intérêt, puisqu’il est le grand et unique intérêt).

Sartre se limite à restructurer le je comme sujet

(universel, objectivant un ‘champ du sujet’, l’activité de conscience étant donné telle quelle, et éventuellement fourbissant un « moi »),

sujet qui incline vers l’universel et non pas l’individu ‘je’ ontologique (qui exige une dimension pour qu’on en rende compte) de là qu’il abonde Marx et l’historicité et le monde).

Il ne voit pas, évidemment, que le réel même est articulé (et non pas « en-soi », ce qui ne signifie rien du tout, c’est une imagination et non une analyse ; l’ensoïté de la réalité étant un mouvement… ou des mouvements dans l’unité, formelle, d’un mouvement gigantesque, constitutionnel, ontologique donc ; la réalité est déjà un regard, un champ d’exposition qui se perçoit et donc le regard, le nôtre, est encore autrement autre chose ; la position du regard et non le regard seul, position qui doit se paramétrée, cela même qui nous occupe) ;

et ainsi que l’arc de conscience est pris-dans l’arc du présent brut, de cette actualité et actualisation que Rimbaud attend et exige, tapant du pied. Attendant que le réel s’actualise enfin, mais c’est déjà le cas. Comment pourrait-il en être autrement ? On ne le voit tout simplement pas.

Et le recevant on ne le comprend pas, ne le perçoit pas ; on ne voit pas cela qu’il dit, ce dont il indique les signes, les signifiants. Puisque ce faisant il a bel et bien dressé la carte entière de son je. Incorporant, incarnant chacune de ses variations (et décrivant d’une logique heurtée, passant de l’un à l’autre, comme si c’était lui tout entièrement à chaque fois, déplaçant ses je comme pièces d’échec).

 

La dernière déclaration d’une Saison (Adieu) est un monument de certitude ; l’ensemble du piège paraît déjoué et le je acquiert une existence. Il n’est pas question de ramener ce déclaratif absolu, presque cette performativité, d’un côté ou de l’autre, puisque vraisemblablement Rimbaud cesse toute dépendance.

L'automne, déjà ! - Mais pourquoi regretter un éternel soleil, si nous sommes engagés à la découverte de la clarté divine, - loin des gens qui meurent sur les saisons.
L'automne. Notre barque élevée dans les brumes immobiles tourne vers le port de la misèrela cité énorme au ciel taché de feu et de boue. Ah ! les haillons pourris, le pain trempé de pluie, l'ivresse, les mille amours qui m'ont crucifié ! Elle ne finira donc point cette goule reine de millions d'âmes et de corps morts et qui seront jugés ! Je me revois la peau rongée par la boue et la peste, des vers plein les cheveux et les aisselles et encore de plus gros vers dans le coeur, étendu parmi des inconnus sans âge, sans sentiment... J'aurais pu y mourir... L'affreuse évocation ! J'exècre la misère.
Et
 je redoute l'hiver parce que c'est la saison du comfort !
- Quelquefois 
je vois au ciel des plages sans fin couvertes de blanches nations en joie. Un grand vaisseau d'or, au-dessus de moi, agite ses pavillons multicolores sous les brises du matin. J'ai créé toutes les fêtes, tous les triomphes, tous les drames. J'ai essayé d'inventer de nouvelles fleurs, de nouveaux astres, de nouvelles chairs, de nouvelles langues. J'ai cru acquérir des pouvoirs surnaturels. Eh bien ! je dois enterrer mon imagination et mes souvenirs ! Une belle gloire d'artiste et de conteur emportée !
Moi! moi qui me suis dit 
mage ou ange, dispensé de toute morale, je suis rendu au sol, avec un devoir à chercher, et la réalité rugueuse à étreindre! Paysan !
Suis-je trompé ? la charité serait-elle soeur de la mort, pour moi ?
Enfin, 
je demanderai pardon pour m'être nourri de mensonge. Et allons.
Mais pas une main amie ! et où puiser le secours ?

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Oui l'heure nouvelle est au moins très-sévère.
Car je puis dire que la victoire m'est acquise: les grincements de dents, les sifflements de feu, les soupirs empestés se modèrent. Tous les souvenirs immondes s'effacent. Mes derniers regrets détalent, - des jalousies pour les mendiants, les brigands, les amis de la mort, les arriérés de toutes sortes. - Damnés, si je me vengeais !
Il faut être absolument moderne.
Point de cantiques : tenir le pas gagné.
 Dure nuit ! le sang séché fume sur ma face, et je n'ai rien derrière moi, que cet horrible arbrisseau !... Le combat spirituel est aussi brutal que la bataille d'hommes ; mais la vision de la justice est le plaisir de Dieu seul.
Cependant c'est la veille. Recevons tous les influx de vigueur et de tendresse réelle. Et à l'aurore, armés d'une ardente patience, nous entrerons aux splendides villes.
Que parlais-je de main amie! Un bel avantage, c'est que
 je puis rire des vieilles amours mensongères, et frapper de honte ces couples menteurs, - j'ai vu l'enfer des femmes là-bas ; - et il me sera loisible de posséder la vérité dans une âme et un corps.

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