l'amour et l'impensable
ce que l'on désire en amour est donc toujours autre chose que ce sur quoi l'on tombe...
il faut éloigner l'idée psychologique de projection , de relation de deux Mois , l'idée de rapport ; ça prend toujours la caricature de deux unités qui doivent être reliées ; mais
une fois séparées , on ne sait plus comment ça se produit cette unité immédiate telle que désirée en chacun des deux ...
A rebours cette unité ,en elle-même, ne donne rien : elle ne nous dit pas pourquoi cette personne-là et pas une autre ...
mais l'idée que la relation est d'abord formelle signifie que l'on peut se tromper tout en y croyant absolument ... c'est la même proposition qui veut que je me sens immortel , que je suis
éternel ...
L'absence de signes de cette éternité ... il n'y a rien dans le monde qui prouve quoi que ce soit en tant que signes directs (d'autres peuvent admettre des "signes indirects " ) , mais n'empéche
que ... même un agnostique , un non -croyant , se sent bien "hors-temps" ; ça n'est pas que l'on est prêt à y souscrire à cette éternité ... c'est que l'on s'y sent déjà chez soi.
Une évidence ...
et bien c'est une évidence qui frappe, de tomber amoureux ; quelque chose de formellement acquis se met en place ... alors même que l'on en sait rien de ces signes directs , on suppose mais
d'une supposition de tout l'être : ainsi la conscience que l'on en a , méne le corps ...
Ou est-ce l'inverse ? le corps qui méne la conscience que l'on est.
Car on peut dire aussi que sur l'instinct , on bricolerait une image dont on néglige toute réalité ... le désir pousse à y croire. Et la survie animale rendrait insupportable la
conscience de la mort ...
Ainsi l'amour ou l'éternité appartiendraient au régne animal ...
On nous a tant impliqué dans la présentation de l'esprit comme extérieur au monde , que l'animalité est naturellement destinée à la mort , tandis que l'esprit est prédestiné à la continuation ,
la perduration de son être ;
de même l'amour, pour l'esprit ,quel est-il ? Il serait sacrifice , non égoisme , voir altruiste ...
mais on voit bien que les choses composées ne sont aussi claires ...
La relation a deux , instituée , n'est plus aussi classique qu'elle le fût : on n'endosse plus un rôle , mari-femme/enfants ; on a sa personnalité, n'est-ce pas ... qui complique tout :
et l'on glisse , de fait , du sacrifice (bon , oubli de soi , si l'on préfére ) à la naturelle indépendance de chacun ...
D'être coupé de l'animalité survivante et désirante , est-ce l'esprit institué ?
Ou l'institution de l'esprit ?
L'institution de l'esprit est l'esprit tel que présenté à tous ;
on lui demande de s'oublier : individuellement son être est recouvert d'une vie commune , classique , acceptée et de ce qu'il ne va pas mourir (sinon ça serait insupportable)
l'esprit institué est celui qui annule la distance entre soi et l'autre , et pour qui la mort est non-supportable.
Mais en soi , indépendamment des deux exemples , que sont-ils ?
Ce sur quoi l'on tombe , dans la vie vécue , ce que l'on vit en somme , est toujours infiniment éloigné des images instituées ; ça n'a rien à voir ... ça
parle de la même chose mais absolument pas dans le même registre : or on ne se vit que d'un seul ... de n'être pas exprimé , c'est vécu en_desous ... comme en deux dimensions difficilement
communicables
les sentiments , les émotions , les perceptions sont d'un autre monde , au sens où ils dépassent notre possibilité d'expression : comme si la parole était trop institutionalisée
en elle-même... et pas encore instituée : le peut-elle ?
Et combien de fois a-t-on soi-même recouvert l'impensable de mots tout-institués ?
Mais la philosophie , que cherche -t-elle sinon à dépasser le sujet de l'institution par un sujet qui s'institue-soi : qui traverse la parole connue , par son acte même de la
tordre . La tordre vers le bas.
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