L'arc de conscience
Notre être n’est nullement la pensée ou la connaissance ou l’esprit ou ce que l’on voudra, mais consiste en cet arc de conscience. Aussi esthétiques ou littératures, politiques ou éthiques, religions ou humanisations et personnalisations, excèdent de toute part ce que les grecs pensèrent réduirent à la pensée seule. Ce mouvement que l’on recherche depuis Descartes, Kant ou Hegel.
Que l’on peut très bien considérer comme purement matériel, puisqu’il sort, cet arc, de la cervelle, vers le monde donné là, qu’il surprend comme « là » (être ou existence) et dont on a tiré non pas seulement l’existence (d’un monde particulier de choses et d’êtres déterminés, saisis par cette conscience, néantisante, ce à quoi aboutit Sartre) mais l’exister ; à savoir que le présent, purement formel, mais néanmoins absolument existant, est même -le plus existant- puisqu’il est, ce présent, l’exister-même tel qu’il déroule l’intégralité de tout ce qui fut, est, sera.
On ajoute cependant que si le présent est la forme de tout ce qui est, ce présent recèle une infinité de perspectives, et on l’a d’abord caractérisé comme et par le principe du Possible ; qui n’est pas le possible de tel ceci ou tel cela, mais le Possible en tant que tel, ou donc, pour éclairer cette notion autre que toutes les autres, le possible du Possible.
Ou si l’on préfère ; le possible, comme principe, réalise, rend réel un possible toujours plus grand, étendu, profond, interne et externe, et dont on admet absolument parlant que cet arc de conscience, qui est à lui-même l’image et le miroir, et n’ayant ni début ni terme, reste suspendu dans et par la Possibilité même. Dieu, la pensée universelle, le sujet ou le réel permettent de constamment reprendre la réalité (déterminée) à zéro, à partir du réel, depuis le rien du possible brut. Ou du possible pur.
C’est ce qui empêchera de confondre l’image dans le miroir (quelque définition de notre que ce soit, y compris la « pensée ») et le miroir lui-même ; les véritables repères dans l’historicité imposent une position, telle ou telle position ; dieu, l’universel, le sujet et le réel). Ces quatre-là constituent le Bord de toute conception possible ; ce qui veut dire qu’ils se situent, littéralement, juste au-dehors de toute pensée, représentation, imagination, affect, contenu de conscience ; et se remarquent de ceci qu’ils renvoient à, vers, par et pour l’arc de conscience ; ce qui veut dire chacun.
Chaqu’un. Mais en tant que tout « soi » renvoie avec plus grand que lui-même ; dieu est hors du monde (et de toute composition dans ce monde) ; la pensée assigne la vérité comme principe et ne s’emprunte d’aucune vérité définie en particulier ; le sujet est inaccessible, inaccédé ; le réel est bien entendu posé « là ». tout indique le dehors. Si le sujet était seulement un moi, ce serait seulement un contenu déterminé et non ce rapport à (soi) dans lequel rapport le « soi » est le rapport lui-même, tel qu’il se signifie (et ne s’atteint pas mais se suppose) ; le « je » ; en ce sens il n’existe pas de « moi », mais il existe un sujet (qui se tient sur et par le Bord, en l’occurrence du corps) ; et il n’est aucun ‘sujet’ puisque le sujet n’est pas de l’ordre du monde, du donné, et qu’il naît dans l’instant de sa « conscience de soi » (durant l’adolescence par ex, mais par exclusivement).
Or pourtant chacun sait signifier ces quatre positions, inaccessibles. C’est qu’il ne s’agit pas de connaissance ou de concept, ni du monde ou de l’imaginaire, mais de signifiants purs et durs. Elles relèvent du signifiant même ; et donc du langage, de tout langage ; l’arc de conscience est originellement le signifiant, premier, celui qui ne peut pas être signifié, qui est, donc, signifiant pur et simple, et ainsi substituable, au sens où existeront tous les autres signifiants (y compris les sons ou les couleurs ou les formes utilisés en esthétique, y compris les signes que peut s’infliger ou qui supportent le moi, bref tout signe, en ce que tout signe est un rapport).
On peut croire par ex que l’on imagine dieu à partir du langage ; mais de où sort le langage ? On a vu que l’animal, le vivant sent bien qu’il est au centre de son monde (cad son milieu) mais que l’arc de conscience non pas perçoit l’horizon, mais se perçoit à partir de l’horizon ; ce qui veut dire à partir du réel formel. Il existe des signes qui sont des signifiants dans un langage ordonné parce que cette cervelle créeun arc intentionnel de conscience (qui est dans la nécessité de se situer lui-même dans sa propre non programmation, puisqu’il s’agit d’une mémoire hyper immédiate, ce qui veut dire actuelle).
Ce qui veut dire, aussi, que chacun se saisit d’un point-autre (celui du psychanalyste situé derrière le divan ou d’autrui ou de soi comme autre-que-soi ; on n’est pas celui que l’on est, puisque l’on « n’est » pas, mais signifie à partir du bord).
Celui-là même que désigne Descartes, Kant, Hegel, Husserl, Sartre (et Lacan dans sa magistrale inversion de Sartre, et de la pensée, en tant que tout est imaginaire, y compris le concept).
Descartes reste tout à fait général, voire indifférent quant à la définition de la « pensée » ; « ce qui pense, imagine, ressent, perçoit, etc » bref tous les domaines intentionnels rendus possibles par l’intentionnalité ; Kant renvoie au « sujet », transcendantal, et Hegel à ce même sujet mais en tant que négativité mais capable de toute la phénoménologie qui a lieu et fut réalisée, au travers de l’historicité, et enfin Husserl parvient à caractériser notre être comme « intentionnel » et bien qu’il lui assigne « les idées » et pour finalité le savoir, et enfin Sartre décroche l’arc de conscience de toutes les facultés ou de tous les domaines, et impose cette structure comme « néantisation » face à l’en-soi de l’être tel que donné là, massif, opaque, morne, gluant, etc. Comme néantisation , ce qui veut dire, basculons, rapport et rapport (forcément) sans contenu ; puisque si le rapport consistait en tel ou tel contenu, serait-il électif ou superfétatoire, ce ne serait pas un rapport et nous resterions coincés dans telle ou telle identité ou idée ou langage, etc ; or tel n’est pas le cas.
Dire par exemple « que nous sommes le langage» c’est déjà ne plus l’être.
Ce que l’on signifie, même abstraitement ou ébauché, c’est déjà ne plus l’être ; on le fait entrer dans la représentation et ainsi dans une modulation éventuelle.
Pareillement le christique nous prévient ; ce ne sera pas le corps naturel et pas le monde qu’il faut saisir, puisqu’alors ils se saisissent de nous, mais « un plus grand rapport ». Ce que le christianisme nomme « amour », qui veut dire ; le plus grand rapport (ou pour Descartes le plus généreux ou le plus révolutionnaire, qui aurait dû rester une exigence et non la constatation mensongère d’un état donné figé, gelé, couvrant une mascarade de plus en plus envahissante et perdant totalement le sens de l’universel, pour se plonger dans le subjectivisme sans fond, sans mesure, sans limites prétendument). Sartre ou Lacan, ou Kant ou Rousseau, et évidemment toute la philosophie, consistent à s’assigner de plus grands rapports et de les montrer tels qu’effectifs dans le monde, la vie vécue, la perception, la réalité, la réalisation humaine ou personnelle ; l’arc que l’on a tiré du bord du monde, du Bord de tout ce qui est, nous pousse invinciblement à désigner le réel. Mais cette fois il doit être assumé, assumé et assuré par ce qui se désigne comme « je » ou plus généralement comme structure-sujet ; dont on a vu que si le principe du réel est le possible, alors seule une structure sujet, cad un rapport, existe à la fois en avant et antérieurement ; seul un sujet, un rapport est à la fois alpha et oméga. Ou donc ; si le réel est le possible et donc le rapport, alors il s’enjoint de s’agrandir dans sa possibilité même ; c’est le sens, la signification de toute religion, de toute pensée (universelle), de tout sujet, et du réel même.
(il est clair, mais il faudra le préciser, que cette plus grande possibilité ne s’entend pas selon l’étendue, l’espace ou ce que l’on désigne comme temps ; temps habituel entouré et mesuré par une spatialisation ; ni par ex selon la « richesse », mais selon justement ce que cherchent à désigner religions, pensées, sujets et réel ; le christique, tourné vers autrui ; le sujet, de Descartes à Sartre, tourné vers sa véritable intention : Lacan « ne pas céder sur son désir » ; la pensée, ne pas croire que notre idée est « subjective » ; la révolution, l’humanisation est partagée, et non le libre cours des libertés, anglo-saxonnes, qui ne sont que rivalité).
De deux choses l’une ; si le réel est effectivement formel, alors le présent est l’interrogation maximale et hors limite, puisque le présent est la limite, le bord de tout ce qui est ; et soit le bord fonctionne comme ressort de tout ce qui est, soit il indique tel quel la dimension du formel, ce qui correspond absolument au Possible comme principe de tout, et si le principe est le possible alors le possible est non-fini, se déroule bien au-delà de la détermination, on verra dans quel sens, signification, signifiance, signe.
Dans les deux cas, le je, ce rapport si étrange, est le point de bascule. Puisque nous ne sommes jamais là où nous (nous) percevons, mais à partir du point qui, lui, n’apparaît pas. Ce qui nous introduit immédiatement (et même instantanément, et antérieurement à nous-même) à la structure étrange du « rapport ».
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