Le dépassement de la philosophie par elle-même
La philosophie s’est déroutée de sa logique initiale, celle de la pensée, dite grecque, et s’est déroutée pour se réorienter selon deux perspectives ; d’une part le sujet et d’autre part tout le reste (le monde, les sciences, l’intuition, romantique ou ésotérique, l’historicité et le marxisme ou le vitalisme et l'inconscient, etc)
Dans la première perspective, Descartes, Kant, Hegel, Husserl et suivants et enfin Sartre.
Dans la seconde, Spinoza et Leibniz, Marx, Freud, Nietzsche, Heidegger, et autres.
à cheval sur tout le monde, Lacan et Sartre, soit les deux plus fidèles, exactes, précises analyses de “notre être” tel que “là”, dans l’existence (de ceci leur attention la plus exhaustive possible sur la position même du sujet et du moi, Sartre et Lacan respectivement).
On a vu que l’on peut, doit lire Lacan a contrario de Sartre (Sartre n’a probablement pas étudié Lacan, ou alors pour installer sa “psychanalyse”, et qui ressemble plutôt à une inconscience de et dans l’historicité, à voir son Flaubert, Baudelaire, Mallarmé, etc). Sartre analyse toute l'extériorité à partir de cette structure de conscience, Lacan toute son intériorité ; et dans les deux de manière exceptionnellement sèche et hyper objective ; l’histoire et le monde donné “là” (l’existence massive de l'en soi), le regard d’autrui et le matérialisme, l’analytique des vies vécues et des découpages de l’identité du moi (son horizon individuel étant rabattu sur l’historicité).
On insiste sur les deux derniers ; Sartre et Lacan ; parce qu’ils occupent la dernière logique de compréhension. On suppose en effet que tout paraît en temps et en heure, et que toute invention, création ne s’impose jamais par hasard (ne serait-ce que parce que toute conscience, toute liberté peut suffisamment se rendre intelligente pour répondre au défi du réel, aux composantes de l’époque, aux contradictions de son historicité, etc).
La logique plaque tournante qui s’opère sur et par Descartes comme au minimum signe des temps) sera définie comme suit ; la philosophie est une réflexivité qui s’est d’abord constituée autour de son moyen, l’universalisation, puis a tourné son regard, son attention sur les réalités et/ou les réels de son inscription dans le “là” du donné (par exemple, le réel du sujet ou la réalité de son historicité, Hegel ou Marx, et ainsi de suite).
Remarquons d'abord que l'universalisation n’est jamais battue en brèche ; même Nietzsche ne peut pas ne pas utiliser l’universalisation, ce qui veut dire une certaine cohérence et même plutôt une cohérence certaine. parce que sinon toute élaboration deviendrait incompréhensible et illisible, et du reste ne tiendrait pas la distance.
Ensuite le sujet est central puisque ce qui est actif, ce qui est agissant c’est le champ intentionnel, de la représentation, et que lorsqu'il se nomme, le sujet devient “encore plus agissant” ; il sait qu’il pense, il est l’agissant de la pensée qui est effet, et qu’alors il va restructurer toutes les finalités. Lorsque l’on considérait que l’horizon effectif était “la pensée”, les finalités étaient élues par cette représentation d’elle-même.
Et il existe un champ intentionnel dans la mesure où le sujet, ce qui veut dire le rapport, se prête à lui-même sa substituabilité ; il y a ainsi des signifiants parce que le rapport n’est, lui-même, en aucun des signifiants mais en tous ; et non pas seulement en tous réalisés déjà, mais en tout signifiant possible (ce qu’il apprend à reconnaître en sortant des mondes humains, dans lesquels signifiant et signifié, langage et monde et communauté sont un ; tandis qu’ensuite d'abord le dieu un tout-autre est hors du monde, la pensée est décentrement du monde et les deux sujets, christique et cartésien, reportés vers leur forme pure, de même que par la révolution la société humaine n’est plus la “communauté holistique”. De là que, acquérant son autonomie, les sujets, le sujet actualise quantité de langages et non plus seulement le langage commun partagé du monde/communauté/parole (etc) ; naissent esthétiques, théories, pensées, éthiques, sciences, et au final personne singulière humaine, individuelle.
Beaucoup en restent à cette idée programmatique de la philosophie comme pensée, et considèrent que Descartes, Kant, etc, décrivent l'épiphénoménale conscience, une structure tout à fait seconde ou propédeutique ou, pire, simple faire-valoir de la pensée ou de la raison. Ce faisant le concept du réel comme possible (et donc création du possible) nous devient inaccessible ; la réalité serait, plus ou moins et par on ne sait quel biais, ni pour quelle raison, que l’application d’un ordre ou d’une première réalité, et de même la conscience seulement une conformité ou difformité de cet ordre, moral ou spirituel. Cette réalité, copie de l’ordre éternel ou atemporel, néglige une logique fondamentale ; celle de la création ; qu’elle soit issue de dieu, du divin, ou qu’elle soit le principe même d’une “réalité” qui devient de par son activité et qu’aucun ordre ne précède (et on a dit que le principe est identique dans la création issue de dieu, ou équivalent ; le divin délègue sa capacité (créer) au monde et aux êtres, qui déploient leur réalité par leur propre activité ; il est une “réalité” de par cette proto et autoactivité si l'on veut ; ils sont, monde et êtres, constitués de et par cette activité en propre ; une abeille se définit par son cercle d’agissement, qui n’est pas celui du bourdon.
Et ainsi depuis 3 siècles (au moins) nous sommes entrés dans l’analyse de cet être spécifique qui se crée du rapport, formel (et vide mais formel et qui de ce fait n’est pas “rien”, mais est “le mouvement-même”) ; qui ne peut se tenir des ensembles réalistes (relatifs au monde, à l'historicité, aux réalités, qui sont des ensembles de déterminations qui ne peuvent contenir le sujet, et pas qu’ils, ces ensembles (aussi performants et révélateurs soient-ils, en leur ordre) ne tiendront au niveau d'explicitation requis ; l’arc du sujet est tendu sur l’actualité du réel, et même, comme on a vu, sur l’actualité qu’est le réel, puisqu’il est identique au temps, et plus qu'au temps à cette cinquième dimension du présent (ou donc on ne peut comprendre qu’à partir et avec l’exister et non seulement avec les parties de l’être).
Et ainsi Sartre ou Lacan se situent absolument “là où cela se passe”. Au cœur de l’élaboration réelle ; soit versant de l’extériorité (Sartre) soit de l’intériorité (Lacan). Et il n’est pas besoin d’une théorie de la connaissance ou de métaphysique, puisque tout ce qui précédait , fut activé par l’activisme du pour-soi ou le re-pli du moi dans l’océan de cette ensoïté étrange qu’est le sujet inconscient ; aussi l’un et l’autre en jugent-ils du pas de leur porte puisque l’on est arrivé, alors, dans le mouvement originel, original et un et tout-autre ; ils jugent de toute la philosophie.
Exception de ceci. Que la finalité n’est pas d’instruire la seule unité du sujet (par son avers ou son envers) ; mais qu’effectivement cette unité absolument certaine du sujet est formelle, ce qui signifie que l’on ne peut pas en voir le bout, la totalité ; rappelons que si le réel ou le sujet existent comme rapport, ils sont, alors, rapport des rapports, rapport (unique) de tous les rapports en nombre indéfini ou infini.
De sorte que les créations de ce sujet ne peuvent pas être tenues pour négligeables ; c’est ce que l’on entend réintroduire en s’informant de la création, par le sujet, de Cohérences. Les cohérences se lisent comme telles ; Rimbaud ou Hegel ou Frege ou Mozart ne copient évidemment pas la réalité ; ils la continuent, ils explorent la, les possibilités de réalité ; sans qui, sans lesquelles explorations, certes existerait ce monde, mais il manquerait de toutes les possibilités exploratoires.
Or on a vu qu’il existe “une réalité” afin que l’inouï existe. (Ou que le réel soit plus grand que lui-même, sinon il n’aurait pas lieu d’exister). La réalité est un devenir, puisqu’elle est activités, activismes, et se tient toujours sur le bord le plus extrême et le plus précis du présent pur, et brut, de par le présent, le réel se tient de et dans la cinquième dimension, en tant que le présent ouvre déjà ici sur le Royaume, qui signifie le renouvellement, le re-Commencement du possible ou, si l’on préfère, le re-Commencement de tout le possible accumulé. Qui, de fait, ne pouvait se réaliser autrement que dans une “réalité”.
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