Champ pulsionnel, champ intentionnel
Emergence et effondrement
Si nous étions à peu près équilibrés, le champ pulsionnel ne viendrait pas mordre et détruire le champ intentionnel ; mais sans cesse les pulsions reviennent et ne s’épuisent jamais, puisque rien ne se fait sans l'énergie du vivant. Rappelons que le champ pulsionnel, à proprement parler, n’existe pas à l’état naturel ; il est déjà ce corps vivant, cette vie, investie et montée en épingle par le champ des signifiants, cad à vrai dire du champ intentionnel ; le champ pulsionnel n’est pas “l’instinct” mais le fantasmatique et la jouissance, ou si l’on préfère l’instinct naturel coupé, découpé, réarrangé par l'imaginaire ou plus exactement le champ intentionnel des signifiants (puisque les signifiants n’existent que par l’intentionnalité, et que l’arc de conscience est invariable, il s'impose comme l'extase s’impose de fait ; comme le réel s’impose ; il est en soi et par structure évident, évident en ceci qu’il assume le Possible et que le possible ne peut pas être impossible ;
et donc le jouir halluciné qui promet bien plus qu’il ne peut donner, vient meubler l’activité intentionnelle, qui sinon s’ennuie, s’angoisse, et active ce qui précisément n’existe qu’activement ; en tant que l’intention (la conscience) est une tension qui rapporte toujours ceci et cela ; et qui cependant activité intentionnelle qui nous laissera toujours insatisfait
et de toute manière l’énergie, toute indifférente mais tenace, reviendra constamment, comme les morts-vivants ou les vampires (à moins que ce corps meurt, que la vie, la tension, s’affaisse).
Et donc pour contrebalancer l’immédiateté que recèle la jouissance, hallucinée, qui glisse vers la non temporalité, l'inarticulation, puisqu’en définitive ce devrait se terminer dans le jouir du corps, de la vie qui se contente, supposément, et tout l'ensemble du mouvement s’enclôt dans le corps donné là.
Ou donc dans l’infinité d’images du corps, de soi, des objets de désirs, telle que la folie règne depuis 60 ans ; déchainement donc du champ pulsionnel par en dessous du champ des signifiants, du champ intentionnel et peu à peu grignotage de l’intentionnalité découpée et effilochée.
Or donc l’intentionnalité est un arc ; soit une organisation et même une méta organisation, qui doit statuer non seulement sur le monde, les déterminations, la vie vécu, le relationnel, mais également sur l’ontologie, soit ; la mise en forme du réel.
Non seulement de la position dite “un réel il y a” (et sous entendu il est Autre et réclame une attention, uen intention absolument spécifique), mais de la définition du réel comme étant le Possible même.
Et dont on voit bien qu’il n’est pas du tout assujetti à l'imagination mais à la cohérence ; étant rapport. Le possible est le rapport, inarrêtable comme tel ; et que l’on peut seulement et uniquement mettre en forme. Aussi le rapport ou le possible est immédiatement imposé par et selon dieu, la pensée et l'universel, le sujet christique et cartésien, la révolution et l’Etat et la société civile ; soit donc des formulations absolument rigoureuses et qui promeuvent et propagent la rigueur et l'exigence.
Si le rapport se ramollit, il se détériore. Ou dit autrement il ne fait plus civilisation.
Il s’engage dans une civilisation amoindrie. Une civilisation suffisante se produit d’une régularité (qui maintient une répétition la plus rigoureuse possible, trésor du langage commun, qui ne doit pas se perdre) ou d’un dynamisme ; d’un dynamisme si il s’enclenche d’une structure ayant acquis son autonomie ; d’une structure qui est à elle-même son propre mouvement et qui ne dépend pas exclusivement de la communauté.
Et de même que pour penser il faut penser (... ce qui signifie activement penser, on ne peut pas apprendre par cœur), et de même que l’on ne peut pas faire semblant d’avoir foi en christ, d’être le je qui pense donc qui existe, de réaliser historiquement la révolution, pareillement le sujet, l’arc ne peut pas ne pas se situer ontologiquement et donc s’exprimer, se manifester ; il faut qu’il entre, que son indépendance entre dans son propre champ ; certes on est libre depuis le début (depuis que peu à peu le “sur-naturel” a saisi qu’il existait en plus du donné là), mais de le dire de telle ou telle manière approchante (comme vacuité nirvanique, comme mana ou comme dieu unique un tout-autre, ou comme sujet christique ou cartésien ou comme liberté et égalité)de le dire accélère et permet une efficace bien réelle et même au fur et à mesure de plus en plus réelle ; et ce jusqu’à que la barre, la limite, le Bord finisse par se déplacer au plus près de la plus réelle réalité, à savoir lorsque le sujet (le citoyen en l’occurrence) finit par se positionner comme “moi”, et qu’alors il atteint à la limite du corps du vivant, à la limite de la vie pulsionnelle,
avec laquelle il aura à faire. Désormais.
Dit autrement, l’arc de conscience, qui est un champ intentionnel, doit se tenir jusqu’à parvenir à passer outre le champ pulsionnel (soit donc la modification d’un corps vivant au contact du découpage par les signifiants, de telle sorte que ce vivant j'hallucine en état de jouissance totale, ce que ne subit aucun animal à proprement parler ou tout au moins pas au point de constituer son unité même).
et c’est bien de cette unité dont il est question ; on a vu qu’il était illusoire de tomber dans l’angélisme et supposer que l’on puisse se convertir réellement au plus haut point d’élévation, hors de la satisfaction, puisque tout arc de conscience, champ intentionnel tire son énergie du corps vivant ; jamais on ne se séparera de cette unité du vivant agissant ; mais la question est de néanmoins positionner une réserve, une précaution, une ouverture, une capacité qui au minimum ne se démet pas, ne s’affaisse pas et continue de maintenir une possibilité Autre ;
ce qui veut dire une possibilité de rapports ordonnés hors et par une non immédiateté, une non satisfaction, une non hallucination ; ou si l’on préfère (et puisque le “désir” est cette sorte de définition minimale par laquelle on a cru pouvoir caractériser notre être tel que donné, naturel, spontané même, immédiat et selon telle ou telle idéologie, libérale en l’occurrence, tout comme “besoin” dans le communisme) que malgré que tout veuille nous convaincre de la nature, de l’essence, de l'identité donnée là de notre être supposé, on sache, inversement, que non nous n’appartenons finalement au monde, pas même à ce corps, et pas plus à cette vie vécue.
En bref de préserver que nous soyons Autre (de fait si nous n’étions pas autre (que nous-même) rien n'apparaîtrait à nos yeux ; et pas même la perception, entendue humainement, n’existerait ; tout le champ de perception est tenu et donc retenu parce que signifié).
c’est pour cela que continue de s'imaginer que par exemple nous méritons mieux que la vie vécue, que la “société” (ce personnage à part entière, alors que cette société c’est précisément nous-mêmes), ou cette réalité telle que connue quelque chose cloche ou ne tourne pas rond.
c’est dans ce décalage que l’on propose de placer le seul horizon réel ; puisque le champ intentionnel c’est précisément ce dispositif qui s'utilise à modifier le donné là, à le prendre et reprendre, à le transformer, au sein d’un collectif (une communauté telle qu’elles se réalisèrent autrefois) ou via ces incroyables dispositions civilisationnelles qui se permettent de déplacer la réalité de plus en plus vers et par chacun (de plus en plus “sujet”).
De fait il ne s’agit pas simplement de chacun tel quel, mais de chacun puisque coordonné dans son ensemble structurel historique ; c’est pour cela qu’existe l’historicité ; chacun sait (ou le devrait) s’originer, par ex dans la révolution du 18ème ou les années soixante ou dans la cité ou ensuite par la nation ou selon la révolution communiste passée ou éventuelle ; ce “décor” historique n’est nullement un décor ; il s'agit tout aussi bien de la rationalité, empiriste par ex, ou du christianisme ou du “nouveau monde américain” ou de l’empire anglais,
c’est seulement le “moi” qui croit exister sans rien et tient son historicité pour un décor ; il croit être le personnage principal du film ou de la série, le reste compte pour rien. Le moi est désespérément seul.
Et ayant abandonné tout effet de référencement (méta historique ou historique) le moi est pourtant l'emplacement, le lieu de la distinction et du désarroi fondamentaux ; à savoir ; cède-t-on à ses désirs, ou pas ?
Qu’un moi puisse envisager de ne pas céder , à son/ses désirs (puisqu’une fois la porte ouverte c’est une addiction) est une hérésie ; ce serait, pour lui, se précipiter dans la non existence, et de fait par “dépression” c’est exactement ce en quoi il tombe ; il supprime non pas tel ou tel espoir ou désir, dans le champ, mais l’entièreté du champ lui-même. annulant tout manque (et donc sans plus aucune pression), et disparaissent l’attention, l’intention, parce que la tension du vivant, littéralement, est supprimée. Le vide de tout manque abolit le champ intentionnel (la dépression est le manque du manque).
Le champ intentionnel se tient du désir de l’objet.
Reste alors à chacun de bien élire, discerner, décider son choix, sa destination, son destin, sa possibilité, et surtout de sorte à ne pas oublier son origine d’historicité (c’est pour cela par ex louable ou non que la “révolution” a pu s’installer comme horizon pour des millions de personnes ou la “nation” ou la “libération”, chacun côtoyant ses abîmes respectifs).
il s’agissait donc, tout en maintenant évidemment le pulsionnel, seule source d’énergie intérieure, de créer des arcs, des architectures qui puissent s’élaborer et surtout au moins demeurer viables et donc émergentes, hors du marécage toujours invasif du champ par en-dessous pulsionnel qui rabat sans cesse, avec la constance du vivant, vers l'immédiat ; le corps cherchant la même matérialité, densité, épaisseur de satisfaction, sa semblance. tandis que de l’architecture intentionnelle, on n’en trouve nul aspect dans le monde, ni le vécu ; et qui ne tient que d’une foi singulière ; dieu, la pensée, les sujets, l'humanisme, la nation, la poésie, la révolution, bref toute élévation
et une foi qui risque fort, au demeurant, de s’éclater contre le mur du moi ; soit donc la proximité insigne du champ pulsionnel,
Champ pulsionnel que le moi affronte seul, puisqu’il s’est séparé de tout le reste ; de dieu, de l’universel, des sujets, et même de la révolution et de l’humanisation, et même séparé de la personnalisation (qui est une haute valeur ajoutée) et dès lors dévorée, cette personne humanisée, par la jouissance hallucinée entourée de ses images-objets, en ce monde prétendument humain qui la livre au déchiquetage selon les objets, les signifiants, les images et ensuite à la déchèterie ; en bref à la crétinerie.
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