On sait bien que tenir l’exister comme plus absolument fondamental que l’être, c’est s’engager par un chemin très difficile et très incompréhensible et en même temps évident.
Si l'exister est plus réel (il est même le réel, sous les auspices du possible et du présent et du rapport, de la même structure), alors toute la détermination est seconde. Seconde jusqu’au secondaire. Elle disparait.
Et de fait, la détermination, la réalité, la matérialité disparaissent. Tout ce qui est composé se décompose. On ne voit pas comment il pourrait en aller autrement. Il serait même absurde d’imaginer autrement.
Et donc cela signifie que le réel (si tant est qu’il existe, mais il est, ici, admis effectivement) n’est pas de l’ordre du composé. De la détermination. ce qui revient, autrefois, jadis, à admettre un indéterminé, ou l’infini ou la substance ou comme on voudra la nommer.
Or ici l’indéterminé, dont on ne doute pas, est absolument précisé ; il est là, ici-même et dénommé comme présent. Le présent est la forme du monde, de tout ce qui est ; tout ce qui est, est passé par le présent qui actualise tout le possible.
Ou dit autrement le présent est le bord du monde (dont on doute qu’il puisse exister ailleurs un autre “bord”, du reste toute la réalité est toute la réalité et le bord n’est à strictement parler nulle part ; on tient même, par pure hypothèse, ici, que le monde, l'univers comme on dit, est infini ou indéfini, comme se déployant par exemple, on a même supposé imaginairement que suite au tsimtsoum, le présent puisse correspondre au bord de dieu ; le tsimtsoum comme rétractation de dieu offrant dans son infinité infinie, pour ainsi dire, un “lieu” espace et temps dont il borde de toutes parts).
Bref. Chacun y trouvera ce qu’il entend et cela peut être pris comme une inspiration, une indication, une orientation ; l’articulation doit effectivement s’opèrer, s’avérer quelque part, en un lieu qui n’est pas un lieu mais ce qui précède. Ou donc l’articulation, c’est là où “cela” (le réel) arrive. Et toutes les articulations baisent l’historicité ; c’est la progression au-dedans de l’historicité qui nous éprouve, en-avant.
Ainsi le réel arrive dans et par le corps-ci-devant, par exemple se dit “Jésus” ou se dit “Socrate” ou se dit qui l’on voudra. Puisqu’alors chacun déploiera au-devant de soi sa potentialité, et elle fut innombrable ; il y eut une quantité évidemment faramineuse de sujets.
Ce sont les prophètes (ou l’on voit que l'individu et le peuple ont partie liée) ou les héros grecs et à la fondation du sujet en ce-corps depuis le christique, exemplairement, et au sens où, ensuite, chacun deviendra son exemplarité de plus en plus profuse ; l’articulation se joue dans un-corps, et c’est bien pour cela que le moi, la typologie du moi en est éminemment concerné. Au travers de ses choix et de ses inventions, de son champ de perception et de celui des signifiants, de son unité et de son relationnel, bref de tout l'ensemble ; puisque seul le sujet a-perçoit tout le donné et en offre une transfiguration, ce qui veut dire continuation ; le sujet est ce qui poursuit le réel plus loin et c’est pour cela qu’il se tient, toujours, au Bord du monde, de la réalité, de la perception, du corps, de sa propre existence et qu’il s’y entraine lui-même, se motivant à exister.
Si l’on se demande, en demeurant dans le giron de la “saine raison”, d’accord la vraie signifiance est celle des sujets mais qu’en retire-t-on comme connaissance ?
Et bien précisément l’ensemble de toutes les explorations réelles que furent vraiment les existences des sujets. Certains illustres, et beaucoup inconnus (mais connus des leurs ou d'eux-mêmes ou de dieu ; le sujet est toujours en rapport). Et tout ce matériel de possibilités c’est ce dont regorge l'historicité, y compris le savoir, la connaissance que l’on nomme ici savoir, tel celui des peuples. Les peuples sont précisément les lignes infiniment explorées de leur devenir.
C’est de par cette ampleur que les peuples prennent sens, en tant qu’incarnations.
Et c’est ici qu’il faut bien insister ; la raison, la pensée, la rationalité nous ont habitués à invoquer des principes abstraits (tout à fait validement), mais la substance de la réalisation est, elle, toujours incarnée, incorporée ; elle se tisse de certains corps. Individuels ou selon les peuples.
Si le présent est le bord de tout ce qui est, il est ici même absolument proche, il est même ce qui nous précède, toujours, et le possible, ceint par le présent, attire toute la réalité, ce qui veut dire la réalisation ; la réal-isation est appelée par le possible, par l’à-venir.
C’est évidemment l’inverse de ce qui est présupposé rationnellement, selon la raison classique, idéal sur lequel se base, en réalité, toujours la scientificité (sinon les scientifiques eux-mêmes) ; que la connaissance est l’horizon ultime, l’horizon ininterrogé à partir duquel on comprend exclusivement ; ce qui est faux, on a ici passé son temps à montrer que la réflexivité (le retour-sur) est le seul horizon, doté de et par le sujet, qui donne la saisie, et que, ensuite, le dit sujet (qui est alors constitué comme dernier horizon) est à lui-même le seul (horizon) qui soit auto interprétatif ; dans la mesure, très exacte, où il manifeste, expose, montre et démontre qu’il est le possible–même (le possible-même sous condition de notre actuelle expérimentation, peut-être limitée ; limitée mais non pas inexacte, puisque, réellement, de fait, et effectivement, le sujet se donne vraiment tel quel ; il ne nous dit pas tout, peut-être, mais ce qu’il dit est factuel) ;
Inversement, la rationalité est quand même une drôle de perspective, parce que si tout est causé, c’est en relevance du passé, c’est le passé qui crée du nouveau. De où tire-t-il cet inouï ?
Et au final tout cet inouï est-il destiné à seulement disparaître à jamais ?
Tout ceci n’aurait aucun sens et resterait indigne de toute considération. Un effacement généralisé, et même total, sans aucun souvenir de qui ou de quoi que ce soit. peine perdue. et inintéressant.
Et donc, toute la réalisation s’écrit par le présent sur cette surface étrange du réel et il en résulte toute cette, ces réalités. toute la réalisation.
Dans le fond, l’hypothèse du rapport (que le rapport est l’exacte proportionnalité de toute réalité, toute chose, tout être) comble bien cette stupéfiante infinité de réalisations ; il n’est pas un “être” massif, un, solide, consistant, qui éprouverait une difficulté insurmontable à se démultiplier (la fameuse multiplicité en considération du Un hypothétique), mais le rapport si. Pour le rapport, c’est de fait dans sa capacité que de devenir, d’une part, et de se multiplier, d’autre part.
C’est dans sa nature, la nature (l’essence) de sa structure. Le rapport immédiatement et même instantanément, devient. il fait pour cela.
En vue de ce que l’on supposait que dieu ne crée pas des choses et des êtres, mais des activités, cad des choses et des êtres qui reposent sur leur propre devenir, leur activisme, leurs activismes. « Laissons être et devenir tout cela. Voyons donc ce qui peut exister hors de la perfection (incompréhensible) de monde être et de mes anges, si parfaits, trop parfaits. Voyons ce qu’ils pourront, ces êtres imparfaits et donc libres. Qu’ils puissent surgir de leur liberté même. C’est fait pour cela.
Il confère ainsi à toute la création, sa capacité spécifique ; créer ; le “créer” comme activité et le terme rapport indique strictement le mouvement du possible (et le monde comme mouvement et tout ce qui s’y trouve).
Alors si dieu décide de promouvoir la liberté, ou la capacité de créer (une communauté humaine qui crée le langage et les échanges et la représentation et le sacré/profane, puis la mise en avant de la structure même comme dieu, pensée, sujets et réel, qui outrepassent la seule communauté), c’est qu’il a une idée très valorisante de la création ; elle vaudra de ce qu’elle peut. Et le régime de dieu est non pas, alors, la perfection, mais bien qu’il soit pour le créer-même, l’activité de créer. soit donc la perfectibilité ; ce qui nous jette dans des abîmes d’exposition, puisque l’on ne sait pas jusqu’où le possible se peut (de même que le christique nous montre que l’on doit se donner à jamais, mais jusqu’où ?)
Pareillement, si l'historicité existe, c’est que l’adéquation (des sujets) se cherche et se transforme ; si il existe des dizaines voire des centaines de milliers de sujets (connus, sans parler de tous les autres, inconnus), c’est afin que tous soit donnés au regard de chacun ; qu’il s’effectue une concordance des sujets, ce qui veut dire une concordance, une semblance des possibilités. Puisque raison ou pas, objectivités diverses ou pas, c’est toujours en dernier lieu chacun qui jugera, qui choisira, qui inventera. (rappelons que chaque moi est depuis les années soixante appelé, en singularité propre, à se décider).
Si l’on prend la mesure du démesuré De Gaulle ou de Rimbaud ou de Robespierre ou de Descartes, c’est notre capacité et de “la” capacité elle-même (à exister) dont je deviens la conscience. Toute cette exposition, celle des sujets, formule autant de configurations, d’investissements, d’épreuves, d’exigences.
Et il n’est aucun autre exemple qui soit disponible ; on ne peut pas remplacer les explorations, les devenirs des sujets par quoi que ce soit. Par ces sujets le Bord de la réalité est incarné, éprouvé et tout entièrement perception, affect, intellect ou signifiants ou tout ce que l’on voudra puisque cela qui entretient tout, toutes possibilités) est le sujet tel quel.
L’universel, l’universalisation, la rationalité, la sociologie ou la psychologie épuisent le Bord du monde (ou du vécu ou de la perception ou du corps et de la vie individuée). Les exigences de sujets nous demandent toujours d’être là.