Champ intentionnel et champ pulsionnel
On comprend bien que le champ intentionnel, autrefois tendu par les arches structurelles, s’est dégradé en champ pulsionnel, s’éparpillant en tous les sens du monde et des vies vécues.
Le champ pulsionnel qui s’impose, c’est lorsque le centre du champ de conscience n’est plus articulé vers le haut, mais vers le bas ; soit donc on ne recherche plus que des satisfactions immédiates et auparavant dites humanistes et auparavant encore dites naturelles ; nature, culture et égo, ce sont les trois appuis dans le monde donné là qui aboutissent, qui aboutissent, donc, dans le monde, le vécu ou le relationnel, et dans la représentation en général.
Le structurel, lui, se tend au-delà du donné, de l’immédiateté, et ainsi au-delà de la satisfaction ; dieu, évidemment, la pensée (qui décentre vers l’universellement), mais aussi l’humanisme au sens de révolution (qui implique de se sacrifier ou de prévoir au-delà la société humaine potentielle).
Mais voilà que la société humaine s’est enfin réalisée ; et on s’est donné, tout à fait logiquement, que tout le donné là, naturel, culturel, personnel, était accessible. Ce qui est vrai ; la révolution (liberté anglo-saxonne et puis liberté égalité française, et ce au-dessus de toute identité ; la France est ce pays pour lequel son “être” est cet universel, qui se dit lui-même comme révolution, ce qui signifie “société humaine qui se tient face à elle-même et se décide et s'organise et se coordonne (État pour l’organisation et fraternité ou alors solidarité, pour la coordination) et ceci évidemment par tous et par chacun, puisqu'elle se tient dans la vue de son (auto)organisation, impliquant par là que chacun sache “se tenir”, ce qui à nouveau implique une civilité, une culture, et à vrai dire une civilisation adéquate (qui a pris 15 siècles ou plus ; de là que l’on ait inventé la littérature, etc, ce qui se présente dans le champ d’autrui, de la compréhension d’autrui par chacun et de chacun par lui-même, ce qui, ce soi-même, est autant sinon plus important, et en tous cas confluent.
Étant réalisée, la société humaine des chacuns entend bien réaliser à son tour tout le possible ; toutes les internationalisations humaines seront dès lors effectivement inventées, créées, et puis fabriquées et dans les grandes largeurs ; se déployant de fait comme civilisation universelle, planétaire.
On sait que le pulsionnel n’est pas “animal”, mais de l’ordre du vivant par contre, au sens où le champ intentionnel et spécifiquement le champ des signifiants coupe en deux, de A à Z l’être de l’homme (qui n’est plus un “être” de ce fait) ; coupe absolument de haut en bas, de A à Z, sauf ce reste qui se nomme l'inconscient ou l’ancrage vivant de l’inconscient ; en effet le corps-même ne peut pas être signifié, ou plutôt il est signifié mais son être ne se retrouve pas dans le jeu des signifiants ; il pèse de son propre poids qui est invincible, massif, donné là ; il ne peut pas se transposer dans le langage, cela veut dire qu’il ne peut pas se prêter comme système de signifiants ; un signifiant en effet vaut ce que son emplacement lui confère ; un signifiant se définit comme un ensemble précis et déterminé de signifiants (évidemment il désigne aussi cette chose, mais qu’il transforme en objet, en composition de signifiants, sinon cette chose ne serait pas nommée ; les sciences, par exemple, ont considérablement étendu les ensembles de signifiants, mais également les littératures et les systèmes de représentations et de pensées ; et ce d’autant plus que depuis les grecs et même le judaïsme et ses prophètes, chacun peut augmenter la représentation de son propre système de signifiants, à condition bien sûr d’apprendre le dit système ; ce sont des sorties du langage commun, qui jusqu’alors était seul autorisé.
Et donc l’ancrage du système de signifiants (par lequel nous existons à nos propres yeux, et par lequel nous existons tout court, sinon nous ne serions pas) est le poids “mort” du corps qui “est” et que l’on ne peut plus atteindre, on en est séparé, on n’existe que dans le champ de la désignation, des signifiants. Sauf que cette énergie vivante tire vers le bas, tandis que l’intentionnel se suppose de l’insatisfaction ; c’est par l’insatisfaction que la structure demeure dans le vrai, dans le réel ; c’est par l’irréel que le pulsionnel voudrait que le désir rêvé soit satisfait.
Ce surinvestissement aboutit imaginairement à la fusion et sur son chemin ne fabrique que de la confusion.
Dit autrement, opposé à la fusion du champ pulsionnel, le champ intentionnel crée de la distinction ; ou encore, les signifiants ne sont porteurs que s'ils sont rangés, organisés dans et par telle ou telle cohérence ; sans cohérence, aussi percutants soient-ils, ils tendent à l’effondrement.
On ne peut pas ne pas s’investir dans et par l’effort d’une distinction, d’une distinctivité continue et continuelle ; imagine-t-on que la poésie de Rimbaud soit “n’importe quoi” ? (Pris en exemple étant entendue la difficulté extrême qu’il impose).
Évidemment non. Il est même impossible d’énoncer quoi que ce soit, sans que cet énoncé soit “lié”. La preuve en est que les folies et les délires ou les rêves et les cauchemars sont liés selon et par une ou des logiques inconscientes et non évidentes mais dont on est maintenant assuré (en psychologie, psychiatrie ou psychanalyse). Pour la raison que tout signifiant présuppose une et des systématiques, et qu’il n’existerait pas autrement (autrement que soutenu par et dans des ou les autres signifiants) et ce pour la raison, donc, que le signifiant est un rapport.
La notion de rapport ne comporte pas seulement la “contrainte” ‘(d’une ou des systématiques) mais aussi et surtout la cohérence. C’est qu’il ne s’agit pas de la cohérence relevant d’un seul et unique Ordre ; mais bien à l’inverse de l’effort continuel de quantités de cohérences ; ce que démontre à l’envi l’ensemble de notre historicité ; quantités de cohérences qui pourtant ne remettent pas du tout en question la structure intentionnelle, individuelle ou collective.
Ou donc ça n’est pas la spontanéité toute imaginaire (que ce soit celle du rêve, de la culture facile ou de la révolution angélique ou du moi irréel) qui porte, mais la contrainte d’une cohérence qui implique que l’on est, soi, engagé dans la mise en forme, la, littéralement, réal-isation dans le monde donné là ou selon cette vie vécue (et/ou relationnelle), ou encore selon une véritable intention organisée.
C’est que la fonction, l’opératoire de l’intentionnalité tient sa liberté, qui s’abolit sous l’emprise de l’inconscient (ou plus simplement du mécanisme de l’habituel, ou de l’idéologie ou du matraquage de l’image et des objets) s’articule non seulement des Cohérences, en quantité et donc offrant quantité de possibilités, mais ces cohérences tiennent de leur adéquation au réel, à leurs descriptions de réalités (des sciences aux littératures, tout cela ne parvient à exister et durer que de leur véridicité entendue au sens large, et constitutive ; à savoir l’adéquation aux possibilités selon le monde, l’humain ou l’individualité).
D'une manière générale, toute définition de “l’être humain”, de l’être de l’homme, consiste ou aboutit à remplacer le champ (de division incommensurable) par une idée, une essence, une image, une supposition (la matérialité, l’énergie, l’esprit, etc) ; mais qui évite l’irréductible division, séparation et tente une unité ou une réunification (par ex, l'humanité rêvée, l’humanité après la révolution idéelle ou marxiste, c’est la même chose ; ça n’est pas parce que Marx se prétend scientifique qu’il ne veut pas imposer une “idée prétendue” ; la révolution, la vraie, la réelle, a “imposé” le système des libertés, qui évidemment n’est pas systématique à proprement parler ; elle se confie non à la raison (tout le monde penserait à l’identique), mais au jugement, chacun mène sa vie et sa représentation, rappelons que si le communisme se fonde sur le “besoin”, universel et abstrait, le libéralisme c’est sur le désir, ce qui se voit incroyablement à partir des années 50 du 20ème).
Mais ces signifiants opèrent pourtant sur l’imaginaire et le désir ; ils transforment des pulsions, données, naturelles, en désir halluciné ; le pulsionnel, pour l’homme, est ladite pulsion mais hallucinée et décuplée et imaginée et dès lors qui s’impose en et par chaque division signifiante, signalétique de n’importe quel ceci ou cela ; puisqu’il s’origine dans l’interjection du signifiant dans le champ de perception ; champ de perception interrompu constamment par le champ de signifiants, le champ croisé qui ne résulte balade continuellement l’ancrage, ce qui veut dire la coupure du corps par les signes ;
par quoi ce corps, coupé en deux, espère, attend, désire, rêve de se “recoudre”, réunifier ; et c’est aussi ce dont il cauchemarde ; parce que s'il se réunifiait, il cesserait d’exister et l’on disparaîtrait ; et c’est cela l’horreur ; la Chose ; la Chose tellement désirée ne peut pas réaliser, sinon elle nous dévorerait, et nous cesserions, le champ intentionnel absorbé dans les délires et les folies ; tout disparaît, y compris toute énonciation. C’est le poids du corps, mais aussi les effusions du corps ( vivant et coupé en deux) qui submergent dans les champs qui lui sont de plus le plus proche, à savoir le champ de perception et celui des affects.
La pulsion se supporte toujours (on ne peut pas faire sans l’énergie et celle-ci est celle du corps, laquelle autre ? ) de ce désir hallucinatoire, cette jouissance abominable inaccessible, et de l’ordre du pur fantasmatique ; ou plutôt à l’origine des fantasmes (qui sont des adaptations, la jouissance, elle, est inimaginable, elle se ressent et se ressent comme brutale et purement angoisse, même si elle tente constamment de se faire passer pour, ceci ou cela ; la fondation des pulsions est celle, donc, du corps vivant et invinciblement là; elle forme même système et revient sans cesse comme l’océan dévorateur et emprunte toute espèce de formes diverses (puisqu’elle est en deçà du système de signifiants et de la représentation, qui est son jouet.
Dit autrement le système intentionnel ne tient que si …. il intentionnalise et donc intentionnelle en-dehors du donné, du vécu, etc ; sinon il s'effondre, comme champ, dans le champ pulsionnel qui réattaque constamment la psychologie et envahit celle-ci, la psychologie, par le psychisme (le champ complet ancré dans la jouissance hallucinatoire, comme les fous qui “voient” ou “entendent” l'inconscient, puisque le champ de perception leur est devenu perméable au pulsionnel et son extension infinie ; par ex, le champ intentionnel permet de fixer le défilé des signifiants, qui sinon ne ressemble plus à rien, cad est “tout” et se dégrade en n’importe quoi et même finit par passer, passer dans le corps et l’affect d’angoisse, dans la perception et l’hallucination, la violence et ainsi de suite, et ce très facilement.
Autrui peut aussi bien être effacé par le champ pulsionnel ; puisque le champ n’est plus articulé structurellement par le champ intentionnel, et autrui devient seulement une sorte de pur fantasme, absurde ou menaçant, etc ; les mois ont perfectionné leur capacité de délirer ; en quantité de variations, de pulsionnel dans l'indiscernement qui gagne constamment si l'articulation structurelle s’étiole.
Et au travers des désarticulations, ce qui remonte c’est l'ancrage lui-même, poussé invinciblement par l’énergie du corps, la seule énergie qui soit.
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