D’abord pris dans le langage et la Parole, il devait bien à un moment ou un autre que nous ayons à dépasser le langage
d’une part et la Parole d’autre part.
On nomme ce dépassement la « raison ».
Présenté ainsi, la « raison » est supposée exister en tant que structure ; dont les pensées qui suivirent
furent des illustrations, mais aussi donc à la base une structure qui s’appliquât d’autres moyens que de la seule raison, structure qui fut esthétique, politique, corporelle, relationnelle, de
perception, et partout d’explorations.
Le langage en un groupe, soit donc la Parole, régulait la totalité des échanges, et décrivait telle ou telle partie d’un
monde lui-même concentré dans l’expérience limitée de ce groupe, qui se l’exprimait et ordonnait les réalités et les redistribuait dans les échanges.
Mais la raison délivre l’attention, portée dès lors sur le langage, et le déchiquette, le réduit en éléments, et décuple
bientôt les échanges, et cherche le monde unique en-deçà de chaque monde particulier, et au-delà des mondes divers, et s’attaque à l’architecture, qui n’est plus immédiatement consentie, de ce
qui devient le « politique ».
Science, politique, esthétique, éthique s’expatrient de tout monde humain donné, qui s’animait de cette régulation
autonome au lanagae, à la parole aux échanges régulées, et s’instaure partout le règne de la réflexion-sur, de la séparation.
On crée donc non plus une culture, une civilisation, mais une a- civilisation, qui ne tient pas en un territoire donné,
mais fondée sur le dépassement des cultures, des groupes, des colorations immédiates d’un monde donné particulier.
Les figures qui nourrissent ce dépassement de la première humanisation (celle qui tient du langage de tel groupe et en
une Parole qui pense-avec tous et avec tel monde donné), provoquent des capharnaüms en tous genres.
Les religions, ce que nous nommons telles, sont les reprises imaginaires de cette unité première qu’est la communauté de
vie, de monde, d’échanges, de parole. Elles recomposent imaginairement une communauté et comme telles elles se caractérisent selon l’ordre symbolique (qui est autre lui-même que la Parole d’une
tribu vivante et mondaine, qui symbolise dans et autour d’un Texte ce qui était Parole vécue).
Le pouvoir
Le pouvoir d’une tribu est de distribution ; il est, comme toute réalité ordonnée par le langage seul, immergé dans
la Parole vivante d’une communauté d’un monde donné.
Le pouvoir dans les ordres symboliques est hiérarchique ; la parole de toute manière ici est un Texte qui comme tel
appartient à un ou quelques-uns et non plus circule entre tous, n’est plus partagé, ni donc adéquat à un monde donné. Il est Parole au-dessus du monde.
Sa délégation instantanée
Si l’on supprime la hiérarchisation, tandis que la distribution est reléguée depuis longtemps, il faut donc admettre que
« chacun se gouverne » et que malgré cette atomisation il est néanmoins un accord entre tous. Autrement dit le programme de la raison se rétablit en chacun et chacun via sa
raisonnabilité se gouverne et s’entend. Raison marxiste ou communiste mais qui table sur le rouleau compresseur d’une seule pensée valable également partout et qui sait de par elle-même décider
de tout ; elle se dit ou doit se définir come « scientifique ». Mais à l’autre bout raison libérale ; chacune est sa propre loi et chacun doit parvenir à une autonomie,
souvent réalisée caricaturalement, et parfois administrée avec justesse et mesure.
Dans les deux cas, on manque le coche ; il s’agit d’une simplification toute extérieure, et qui ne se saisit pas
même de ce que la raison est (qui remplaçât le langage et la parole, de même qui intégrât les ordres symboliques, des religions, et recomposât tout autant la hiérarchisation du pouvoir).
Il est si visible qu’une grand part des deux siècles qui précédent s’utilisèrent à installer, incruster, établir sur ses
deux pieds la raison en chacun et en tous ; la raison, cette structure tout autre qui renvoie autrement le langage, la parole, le corps, l’humanisation qu’elle reprend en une seconde
réflexion, ne s’impose pas dans la matière des réalités abstraitement. Elle doit y exister.
Parce qu’elle est structure justement (et non pas discours abstrait, métaphysique qui jugule le vrai) et ontologiquement
(touchant l’être-même de chacun, de tous, du langage, de coupes que le langage et les échanges produisent dans la réalité, auxquelles coupes la structure affirme qu’elles doivent être
« vraies et réelles »).
Les « naturalités » et la structure seconde
On peut donc dire que la raison continue son processus général qui consiste à adapter le langage et la parole, la
hiérarchisation et la distribution du sens, le symbolique remédiant et la perception, le corps et les échanges, à adapter toutes ces « naturalités » (puisque processus second ces
grandes largeurs sont donnés, et qu’elle vient en plus) à ce qui est vraiment (et non plus à synthétiser à tout va des groupements humains qui filent leur vérité d’un monde donné
immédiat).
Que donc outre son programme paradigmatique (de définition de l’être de l’homme comme idéal du savoir, de la politique,
de l’esthétique de grande Kulture , de la morale universelle, etc) la raison, structurelle, se continue et se rassemble et se disperse comme éthique, comme culture vivante-au-cœur de toute
réalité humanisée, quotidienne, et comme partage, comme politiquement démocratie réelle (et non pas comme seulement Etat universel), comme libéralisme réfléchi (et non pas comme spontanéité
obsolescente, détériorant qui accapare pour son seul point de vue, déni total d’intelligence). Ce à quoi on assiste et ce à quoi profondément on participe, c’est la poursuite de la raison
intégrale, mais en tant non plus que reçue d’en haut (de l’idéal rigide, de l’universel abstrait, de l’Etat confondant, des corpus tout faits, etc) mais activée d’en bas, du donné, du vécu, du
monde même.
Le non nihilisme et la vision seconde
On ne voit pas en tout cela qu’il y ait un nihilisme en quoi que ce soit. Sinon que le nihilisme fut utilisé ici et là
par des révoltes (qui s’en prenant à la raison, à l’idéalisme, à l’Etat, etc, utilisait ces négations afin de continuer le processus d’intégration de la Structure, de la « raison »). De
même on ne perçoit pas en quoi notre être se définirait comme « néant » ou « rien », sinon de regretter on ne sait quelle identité substantielle, nostalgie des temps de la
Parole (lorsque l’on se réchauffait les uns par les autres dans le langage). Cette présentation de l’être de l’homme comme « vide » ou encore comme contingent, ou comme uniquement
préhensible et compréhensible via les objectivismes (étatisme, scientisme, technologies, économismes égarés, etc).
Puisque ces définitions de l’homme sont des para définitions qui ne tiennent, et ne sont apparues, que par et via la
structure seconde de raison, et, effets, ces para-définitions ne sont pas égales à leur cause générale.
De même on ne définit pas la politique par seulement l’Etat (dont Marx avait bien raison de dire qu’il
représentait des forces, sauf en sa constitutionnalité), mais par la réalisation démocratique ; l’essence, la finalité de l’Etat est la démocratie, d’accéder à et d’accélérer ce processus là
qui est le vrai réel, qui est le processus second, et comme tel intensément réflexif.