Le rapport seul existe
Que le je soit infiniment lui-même. Soit donc le feuilletage du je. Ce qui est une chose, que l’on verra. Mais aussi ça interroge sur la nature du je. Le moi est, dans le champ intentionnel, un objet, construit (ici, bricolé), dixit Sartre. Si le je est un champ intentionnel (que Sartre présente ou suppose universel), on précisera bien plutôt que c’est un rapport ; tout ce qui entre dans et par le champ intentionnel, s’installe dans un rapport.
Il n’y a pas un je supposé parce que l’on veut à tout prix instaurer un sujet. On admet un je supposé, un (en tant que rapport) parce qu’un champ intentionnel est fait, constitué, de A à Z de rapports. De signes. Et donc de tous les rapports il s’en tient un seul. Puisque, à tout le moins, ce tissage de rapports se place lui-même dans ce tissage ; il se place dans ce tissage afin de se déplacer et il se déplacer (de rapport en rapports) afin d’organiser le tissage, particulier, généralisé, singulier, perspectif, représentatif, intellectif (sciences, philosophie, idéologies, religions, etc). Imaginer un champ intentionnel qui n’utilise pas son propre repérage est une absurdité ; parce qu’il existe en tant que rapports, et un rapport se sait. Si il ne se sait pas, il n’existe pas. C’est le signe (qui n’est pas une connaissance) qu’il s’envoie qui le crée et ce absolument en une actualité, cad un présent. Il n’y aurait pas de représentations (ni de signes) ni de pensée, ni d’organisations et tout cela ne serait tout simplement pas viable (ni n’apparaîtrait, et n’existerait pas). Ceux qui nient la liberté nient que le je se sait (ce qui ne veut pas dire qu’il se connaît ; il suffit de se désigner pour se savoir, cad se produire sur la scène et donc se placer et se déplacer et modifier tout le tissage, de porche en proche ou en une fois, dire « je » par ex modifie tout).
Ceux qui nient la liberté, prennent la pensée, par ex, pour une « information », ce qui ne veut rien dire du tout. Même pour une pierre ou un vivant, ça n’est pas de « l’information » (qui est juste une sorte de repère idéologique vague, de même que le « désir » est un des fétiches pseudo naturaliste, ou réaliste, qui représente dans un moment idéologique, la liberté de chacun). Dire « une information » c’est croire qu’elle substitue par elle-même (c’est une vue de l’esprit tout à fait idéaliste, comme beaucoup sinon toutes les substitution depuis 2 siècles). Ainsi on imagine que le robot est « intelligent ». aucun sens (c’est un ensemble de règles, pas une conscience, pas un rapport . Remarque seul ce qui est en soi-même rapport est capable de rapports. Et le seul rapport, comme on a vu et verra, est unique ; c’est de non pas percevoir l’horizon mais de se percevoir à partir de l’horizon, de l’en-dehors, du « là » du réel, du réel de la réalité, à partir donc de l’autre-point. Et si on perçoit à partir du point-autre, on perçoit à partir de l’autre-point ; le rapport étant non une qualité, une détermination, lorsqu’il est saisi (ou lorsque l’on en est saisi) on saisit l’autre-point absolu, cad formel. Dans le rapport qu’est toute conscience, le formel est absolu.
Le feuilletage puisqu’il s’agit, comme d’habitude, de réintroduire de la bizarrerie ou de l’étrangeté ou de l’énigme ou du mystère, mystique, ontologique, dans la vision que l’on a (de la réalité ou de sa vie vécue ou donc du réel tel quel). Parce que rien n’est évident du tout. Le présent par exemple, qu’il y ait « un présent » est une étrangeté absolue. Que l’on dise « je » est une incompréhension absolument totale. On ne sait pas ce que cela signifie. Ça n’impose pas que ça n’existe pas (il faut cesser de croire que la forme objective de l’universel, soit tout l’universel ; le je est bien plus grand que l’universel formulé). Le je n’est pas : il existe. Aussi est-ce cet exister qui est présupposer, partout (dieu,l’être, le là, le un, le bien, le qui-était-là/qui-n’est-plus-là/qui-est-quand-même-là (le christ), le sujet ou la révolution, etc).
Ce qui paraît contradictoire ; à savoir que si c’est un je, il est un. Mais on a vu, maintes et maintes fois, que le je est intentionnel, cad constitue des rapports. Croit-on que le je ne mémorise que les déterminations du monde ou la détermination, hypothétiquement une, de son moi ? Ce serait bien plutôt les positions que, lui, il occupe ; en tant que : qu’est-ce qui est sujet ?
On retrouve ce problème avec Badiou qui caractérise le sujet par l’universel ; il n’y a de sujet qu’universel. Mais l’universel en soi non seulement n’existe pas, mais il n’est pas ; il n’y a d »être que dans le mouvement de l’arc de conscience ou l’arc du présent ; ce ne sera donc pas sous la formulation objective (de la métaphysique de la vérité universelle d’un discours) mais sous celle de la position qui définit à la fois le début et le terme d’un rapport.
… c’est pour cela que c’est une formulation toujours très étrange. La forme « le rapport » suppose toujours un autre. Un autre sujet. Et comme dit Descartes un sujet plus grand. Pour lui, dieu ; ou plus exactement la refonte très spéciale cartésienne de dieu.
La formule de l’autre bout du rapport en tant que sujet est évidemment née et poursuivie en dehors de la philosophie, ou alors sous des notions empruntées ; comme l’infini ou l’immutabilité, etc. Ce qui est peu compréhensible dans la mesure où le dieu chrétien est trine, et donc Saint-Esprit en tant que communauté de tout le divin, y compris du peuple de dieu, l’église. Il y a un choc sinon contradiction entre le dieu vivant et le dieu théologique ; qui doit relever de l’universel, lequel définit un objet, un gros objet peut-être mais un objet. Or on a vu que c’est le sujet qui est réel (Hegel l’avoue si « Descartes installe la pensée, enfin, en tant que sujet », donc n’est pas de la pensée, et c’est « l’esprit », une incertitude qui tente de se clore sur l’universel savoir de soi comme savoir).
Mais donc si l’universel ne circonscrit pas le sujet, alors il est ce corps. C’est parce qu’il est retour à partir du Bord (du monde ou du corps ou de la vie vécue, cad par dessus la mort) qu’il y a un sujet et tout cela est réel et réalité ; mais alors qu’est-ce que le corps ou la vie vécue ? Ce qui revient à ; de où se perçoit-on ?
On comprend l’importance cruciale pour un moi, un moi-même, une personnalisation ; qui croit qu’il sait de où il se perçoit.
Que l’on soit cette conscience, cad ce faisceau intentionnel, veut dire également que l’on est ce champ intentionnel. Or les signes servent à stocker les mémoires. Et si les mémoires absorbent et organisent les déterminations, il s’agit également des positions de l’arc de conscience (et même il n’existe pas de mémoires qui tiennent durablement hors de la position d’un je). Puisqu’il n’existe d’esprit, d’intellect, de mémoire que situés par un je dans un horizon, et l’horizon premier est celui-là du monde réel donné là. Lequel est unique, non remplaçable.il se trouve que ce je déploie dans son champ intentionnel un autre horizon, ou donc un point de fuite, un point de perspective (parfois mal assuré, lacunaire, et qui évidemment ne couvre pas la totalité des déterminations qu’il éprouve au cours de sa vie, de son expérience).
Qu’il soit un rapport veut dire qu’une partie est cachée. Dans la mémorisation (des structures feuilletées) la conscience se dissimule. Il faut saisir que le conscient est un mouvement double ; on prend conscience de V sur l’horizon X. Pour rendre conscient l’horizon X il doit devenir Y sur un autre horizon X. Il est un horizon inamovible, sauf qu’il s’agit de la pure position X du monde donné « là ». Donc Z, le dernier horizon.
Le Z est absolument toujours là. Et c’est bien l’horizon à partir duquel on se perçoit (et donc perçoit toute la perception). Un animal, un vivant est au centre de son milieu. Une conscience, cad ce rapport à soi du rapport lui-même, non pas perçoit l’horizon comme tel mais se perçoit à partir de l’horizon. Et c’est le sens de la coupure psychique qui sépare un corps, vivant, de son centre (la fameuse castration psychanalytique, la coupure du signe, du signifiant, il n’est aucun moi sans cette division absolue, cad formelle, et chacun reste quelque part et plus ou moins prisonnier dans la non-coupure, qui est la confusion, la fusion). Mais si coupure il y a, alors ce corps se perçoit du dehors, dans l’horizon du monde (ou du Bord de son corps, ce qui est un non sens pour un vivant, mais justement c’est devenu un existant et non plus un vivant).
Mais cet horizon du monde est un « là » (l’être ou le point absolu, dieu, ou le regard premier, le christique ou le sujet qui se-sait, ce qui ne veut pas dire qu’il se « connaît », il se positionne, se-sait là). Et ce « là » est la position du réel. Purement formel. Mais ce sans quoi rien n’apparaîtrait puisque c’est par là qu’il y a distinctions, signifiants.Le moi se tient de quelques signes dans le champ intentionnel et suppose imaginairement la consistance de son « être » (qui comme tout être est un assemblage, un agrégat, ou le moi tel un bricolage, que l’on doit sans cesse recoudre, par des objets, accédés, ce qui veut dire construits, ou rêvés, intentionnalisés, par des désirs). L’être n’est stabilisé nulle part ; il est seulement pris dans un mouvement et déposé là momentanément ou dans un dynamisme psychologique ou psychique, comme pour les désirs du moi.
Comme on ne sait pas ce qui est toujours supposé dans le rapport, dans la conscience-de ceci ou cela, le fond échappe constamment, parce que le fond c’est le « là », l’horizon ou l’intentionnel, qui sont vides, sont de pures positions, formels. On n’a jamais de réponses sinon la dernière ; dieu, l’être, l’universel, le sujet, le réel. Il n’y en a pas d’autre, qui soit dernière, sauf des réponses secondes, des substituts. Il n’y a pas de désirs par ex ; ce sont des fétiches, des semblants, des imaginations ou des images ; qui se donnent pourtant comme « réelles » puisqu’on les voit… mais ce ne sont que des perceptions, hallucinées, prises dans le mouvement qu’est l’intentionnalité ; la densité de l’objet désiré lui est prêtée, il ne consiste pas en lui-même, et notre être, qui n’en est pas un, ne désire rien, il veut le réel.
Or la structure intentionnelle unifie, certes, il y a un je, mais avant tout décentralise et ce totalement ; elle est d’abord un processus de décentralisation qui va capter les réalités, perçues. Originellement c’est un champ perceptif, celui du vivant, d’un vivant comme tous les vivants (qui se déplace dans son milieu, étant au centre, pour se repérer ; il ne subit pas des chocs, comme les pierres, et ne pousse pas comme les plantes ; il a des pattes et une peau pour le détacher, séparer du donné) et il reçoit donc les informations du dehors (puisque lui est un avec lui-même). Et l’arc de conscience (qui s’ajoute au vivant) intègre tout ce qu’il peut (question de survie) et ce en créant un champ intentionnel, et susceptible d’être communiqué au groupe et transmis entre générations. Donc une mise en forme culturelle du champ commun (qui se dépliera ou développera en champs individués, par la raison ou par le christique, les esthétiques, les romans, le cinéma, etc).
Mais l’unité des tous les champs, quelle est-telle ? Celui de la volonté du sujet (qu’il soit un groupe, ou des individus). Si ce champ non content d’absorber des informations (en les codant, en somme) ne se prend pas lui-même par la main pour vouloir une unité des champs, cette unité est tout à fait faible ; puisqu’elle n’entre pas dans son propre champ et donc ne se développe pas, ne s’affirme pas et se perd de vue, littéralement.
Par quoi on en revient à désigner la structure comme un dispositif, lequel doit, pour admettre qu’il peut et doit, pour augmenter son rayon (la pensée) ou intensifier (dieu, le christique, le sujet) ou accélérer (cartésiennement) ou partager et propager (la révolution, entre autres), qu’il doit se dénicher non une unité mais une décision. Une âme. « L’insondable décision d’être ». Lacan. Puisque cette décision s’avance jusqu’au moi-même, le moi-même, la personnalisation étant la plus concrète, et la plus dense (densité), expression de l’arc de conscience.
Ce qui était déjà prévu par le christique … puisque la raison, l’universel, la pensée, vous récupèrent et ajoutent un étage à votre être, une presque conversion, une décentralisation (vous n’êtes plus le centre), mais cette caractérisation de la pensée consciente n’est pas la conscience que vous existez.
Et dès que le christique s’impose comme véritable révolution, elle est totale ; elle engendre une civilisation (ou la possibilité une civilisation, totale, qui s’empruntera par ailleurs de tout ce qui existe, Rome de fait). Et le moyen de relativiser cette conscience existante, c’est le regard du grand sujet (le christ, qui de plus donne comme infranchissable logique autrui en tant qu’autrui, soit donc l’égalité sous le regard de l’unique, du un tout-seul) ; la relativiser puisque c’est dans cette distance qu’elle décolle d’elle-même, que ses déterminations basculent dans un rapport, en lequel et par lequel seul elle existe, à son propre regard.
Bien que le vivant en nous se sente comme le centre, l’arc de conscience est toujours et structurellement autre ; c’est cette altérité qui est distance, qui est amadouée ; de sorte qu’au lieu de subir elle soit utilisée (point de vue de l’efficacité), ou alors qu’elle soit précisément notre existence réelle, la seule qui vaille, et ayant à déployer son propre ressort, organisation, finalité, intention.
Étant un rapport cette finalité ne peut pas lui venir du dehors. Ou plutôt si mais à condition que telle orientation soit reprise et admise en et par soi, à condition donc d’avoir un « soi ». lequel n’est pas une identité, mais une capacité. L’éthique de ce dont elle est l’éthique ; l’éthique de la possibilité. Une éthique qui supprimerait la possibilité est de fait un égarement, et le moi reste dans son bricolage.
Cette éthique est celle non pas qui va réaliser un idéal (il s’y croirait, ce qui ne se peut pour un rapport, et demeurerait dominé par l’imaginé) mais qui présentera toujours la capacité (celle de n’être pas, Sartre, ou celle de Heidegger en plus symbolique).
C’est pour cela que la psychanalyse joue des surfaces, des parcours ; il y a un trou, au moins, dans le parcours de la conscience du moi (qui veut, désire, imagine faire-un, sous un regard), alors que le regard est un vide (Sartre) ou plus précisément et plus réellement formel. Il y a une exigence absolue et invincible dans la conscience qui est en tant que rapport. Dont un des bouts manque. Et ainsi qu’il y ait torsion, torsion ouverte ; on ne sait pas où elle va. On ne sait pas ce que l’on perçoit ni qui nous perçoit ou ce qui nous perçoit lorsque l’on désire ou pense, etc ; non que l’on ignore ceci qui se présente (sous nos yeux) mais on n’en connaît pas le fin mot…
Et pour un être dont le réel est un rapport, ne pas saisir le fin mot, le dernier mot, est un non sens, jeté dans le résidu, rejeté hors de l’être, sans cesse dénié dans l’im-monde. Un rien du tout, ou si l’on veut non un être mais un bricolage, mal foutu, qui rate, tout, tout le temps.
Ça n’est pas seulement une impossibilité logique, que l’un des bouts du rapport manque, parce que ce qui manque est évidement le bout essentiel, et le plus horrible tourment. Résoudre ou réduire cette souffrance, est une partie de l’enjeu (outre de savoir comment utiliser ce qui nous utilise, dans ce tour et re-tour lui-même, ce re-re-tour indéfini, puisqu’il est tel et revient, re-vient comme si de rien, il ne re-vient pas seulement, ayant déjà eu lieu mille fois, il Vient à chaque fois, nu et sans rien, sans fond, horizon brut, et pur). Amadouer la souffrance et donc organiser la capacité.
Lacan part du moi, tout à fait commun, qui se rencontre partout et selon chacun. Et ce moi imagier être, mais si il existe il n’est pas. Et il ne comprend plus du tout qu’il puisse « exister » ; pour lui, qui se réalise dans une société humanisée et en cours de personnalisation généralisée, démocratisée pour ainsi dire, les années soixante, il doit nécessairement être, être cette vie vécue et tellement heureuse. Tout se réalise quasiment complètement mais la complétude n’a pas de sens, au niveau de la signification structurelle (par ailleurs dû à la puissance intentionnelle dégagée, libre d’une part et régulée, par une égalité, quantité d’intentions, d’entreprises, de projets, de libérations, se réalisent, se rendent réelles) ; signification inaccessible structurelle qui ne vient, elle, que du réel (ou de dieu, de l’universel, du sujet, de la liberté-égalité, de la révolution toujours à continuer, renouveler, et non de la liberté seule, etc).
De la position-autre qui est insituable et ce à partir de quoi, de qui, de où tout le reste est situé, envisagé. Même autrui n’est envisagé, par le je, que via, selon, par et dans le (grand) détour de dieu, de l’universel, de la liberté-égalité, du réel. Un je ne peut pas ne pas instancier la verticalité, brute. Et à partir de cette unité, décisionnelle et non acquise et encore moins donnée, autrui est envisageable (sinon il est un esclave, mental, peut-être cool plus ou moins mais au final qui, étant déjà positionné dans le là du donné, s’impose et de manière terrifiante ; c’est le propre des mass et micro-médiatisations, le cinéma, la télé ou interne).
Par là on voit que c’est du corps dont il est question ; à savoir que l’arc de conscience existe, il est tendu (au travers de tout, puisqu’il pointe l’horizon Z dernier, le « là », formel, dieu ou le réel ou le je), qu’il absorbe quantité de perceptions (du donné, du vivant, du corps biologique), des informations de la réalité humaine (de son temps propre, lequel est depuis le christique soumis à l’eschatologie de la fin de temps, cad ce court-circuit gigantesque qui projette toute l’historicité sur le dernier champ intentionnel, du Jugement, qui est très compliqué, puisque ça n’est pas la Loi juive de dieu qui condamne), mais tout cela n’obtient pas le bilan conclusif ; le bilan conclusif est l’actualité du rapport ; une conscience est un rapport et n’existe qu’actuellement et ainsi garde toujours le pas dernier. Le rapport est structurellement vivant, ou si l’on veut existant (puisque le vivant est préservé pour le corps vivant).
L’arc de conscience, dont on a pu se gausser, nier la position sartrienne par ex, décide « en fin de compte » ; lui-même Sartre a contrevenu à sa position initiale (le pour-soi antérieur) en présupposant le marxisme. Puisqu’il ne se voyait pas réaffirmer toute la tradition … ou ce qu’il considérait comme tel. Or il n’y a pas le choix ; si la conscience brute existe alors elle réaffirme tout. Toute sa lignée. Dieu, pensée, christique, le sujet, la révolution originelle (la seule en fait, puisque les autres adapteront en imposant, l’égalité par ex sans la liberté, ou la liberté sans l’égalité, et diverses variations, parfois autoritaires ou dictatoriales donc ; il faut un peuple et une historicité spécifiques).
L’arc de conscience en tant que conclusif, celui qui, au final, prend la main, dans l’actualité de la décision, n’est pas un énoncé conscient de raison, philosophique, théologique, rationnelle ou de rationalité ou idéologique ; c’est pour cela que la finalité eschatologique christique (qui n’est pas là pour faire joli ; pourquoi aurions-nous inventé un tel règne terminal ? De où cela sortirait-il?) est la question même du sens, de la signification, de la structure du rapport que chacun est, que chacun existe.
De ce que Sartre se crut dans la nécessité, tout à fait théoriquement compréhensible, de revenir au marxiste (cad en fait à la densité d’un monde aliéné réel et d’une historicité ayant à se rendre réelle concrètement, ce qui en un sens est le comble de l’idéalisme mais peu importe ; nous ne sommes pas matérialistes depuis le 18éme, nous croyons rendre réelles nos intentions, c’est de la matérialisation d’idées ou d’images, non du matérialisme, et c’est cette réalisation, manquée, forcément, qui nous déchire et brise également les mois, dont la vie vécue n’est pas l’image de la vie vécue). Il voyait bien que l’arc de conscience se destinait au réel, mais à moins de nommer un Grand Réel, il lui fallut designer la réalité donnée (aliénée) ou réalisable (historiciste).
En vérité il n’y avait pas d’autres possibilités que de dresser la carte du réel tel quel, vide, formel, indéterminé, structurel (tous comme Nietzsche et Heidegger signifiaient la Volonté (la conscience comme n’étant pas le conscient) et l’Être (le présent, le réel comme contenant les réalités, l’Être distinct des étants).
Si le corps, l’image-idée du corps du moi, est fondamental (de ceci que la mass médiatisation en soit emplie, les objets, industriels, eux-mêmes sont des extensions) par contre pour le je c’est la décision ; le rapport actif nu, sans rien, qui se livre et libère (de toutes les chaînes). Et la plus ou moins grande capacité de son activité (un moi va réduire le champ de l’activité, puisqu’il se compute, se voit, se représente selon des déterminations, l’image pub par exemple, la mode, le flux de l’information recomposant sans cesse ces limites, à volonté, selon la volonté des autres qui commanditent l’information, l’in-formation, l’injection continuelle depuis les années soixante ; auparavant il s’agissait d’institutions pour ainsi dire, mais depuis lors l’in-formation directe s’est déversée et continuellement).
Il est clair qu’il faut alors élaborer les ouvertures dans cette capacité ; à savoir les débats tout au long des siècles de christianisme, de l’idéalisme ou des réalistes modernes ; on ne sait pas ce que
veut la structure de conscience. De même les multi-expériences démocratiques en France à propos de l’énigme de la Révolution ; quelle doit-elle être ?
Lorsque le moi s’inquiète, et même à vrai dire s’angoisse de son être, de sa réalité, de la réalité elle-même (celle-ci glissant continuellement, cad indéfiniment, comme un tourment, dans le fantasmatique irréel), lorsqu’il ne sait plus quel est l’objet de son désir, il lui est appris qu’il n’a pas, en fait, de désir. C’est une construction que ce moi qui se bricole et suppose, cad imagine, sa synthèse (qu’il place ici et là dans des objets, pensant recoudre la déchirure, sans laquelle pourtant il ne serait pas apparu, ne serait pas né) tandis que son être de structure (qui n’est pas un être et ne correspond à rien dans le monde ou la vie vécue) est formel ; il construit mais secondement, la structure existe en et par elle-même, sauf qu’elle est indéterminée (et conserve jalousement cette indétermination, refusant originellement ou actuellement ou éternellement ou structurellement quelque chaîne que ce soit ; puisque ce qui existe indéterminé ne peut pas, ne peut pas, succomber au donné, au monde, au vécu, ni même à ses propres fabrications, largage ou systèmes humaines ou relationnels etc).
Sauf qu’elle est indéterminée (puisque rapport, ou signes) et surtout qu’elle se produit dans l’actualité. Un je doit s’actualiser, l’universel doit être pensé, le réel doit être positionné, et dieu doit être crû ; dans le christianisme il s’agit d’avoir confiance dans la confiance, puisque cela seul crée la possibilité, l’entrée dans le grand rapport, celui qui prédispose de tous les autres, laquelle prédispose non pas notre « être » mais l’intention qui ne naît qu’actuellement ; dit autrement le divin doit se-décider, sinon il ne vient pas à l’exister ; ça n’est pas l’être qui mesure le réel mais l’exister, ce qui veut dire le créé, la structure créée, et qui se poursuit par ce dont le christique est la proposition; le renouvellement, puisque l’on y pardonne l’intention, qui échappe à la condamnation de la Loi, nous découvrant toujours coupables.
Hors l’actualisation pas de je, pas de dieu, pas d’universel et pas de réel (c’est la marque même de la psychanalyse, de sa révélation ; si on n’accepte pas le joug (du réel) on n’accède pas). On n’est pas, nous ne sommes pas, l’être lui-même n’est pas, il est pris dans l’exister, n’existe que le mouvement (cad l’exister, comme structure). On ne peut pas remplacer le vide de la structure par un de ses contenus. Et évidemment on a désigné ce vide dès le début (de la sortie de mondes particuliers qui se vivaient dans tel monde partagé au sein d’un groupe), lorsque l’on a compris que l’on produisait les contenus et que donc « quelque réel » (en terme de non-contenu) fabriquait ceux-ci et donc relevait d’un traitement spécifique (à cette formalité).
Le moi se bricole (et il ne cesse pas, il s’arrange à ne pas trop s’en vouloir ou aux autres, quitte à réduire la déception continuelle par la psychanalyse ou tout autre moyen, comme la psychologie, cad non la, relative, mise à jour psychanalytique, mais le renforcement du moi), mais le je se réserve.
Le je est toujours en-dehors, ce qui veut dire suspendu, suspendu dans le temps, ou plus exactement hors temps, puisque le présent, qui est l’exister, n’est pas le temps mais autre ou antérieur au temps, et puisque le Bord, du présent, entoure toutes les réalités (à quelque moment que ce soit) ; il n’est (peut-être) pas dans l’éternité ou l’absolu, mais dans… l’actualité ; dans l’actualité en tant que possibilité non pas tant pure que brute. On n’atteint jamais aucune pureté (idéale) sinon au sens de purement brute. Ce qui veut dire nue. Le je est absolument, formellement, structurellement virtuel et ne peut pas ne pas l’être (puisqu’il ne se concrétise en aucun contenu ou aucune détermination).
Ontologie actualiste
Aussi doit-il penser cette antériorité hors temps (étant entendu qu’il s’agit, à tout le moins, du présent, ou donc de l’exister). La structure interne du je est externe (ça n’est pas compliqué, c’est un rapport donc il est externe, à tout, y compris externe à lui-même), mais cet externe s’impose donc comme interne (dans et par rapport au monde donné là et à sa propre vie vécue) ; c’est la ruse créée par le réel ; non pas une « intériorité » (qui ne saurait obtenir de consistance) mais une surface encore plus externe qui donc se produit comme interne, offrant une surface en plus (le champ intentionnel) qui rend possible que dans la détermination et usant de la détermination se crée un champ de possibilité.
Or ce champ de possibilité est celui du rapport en tant que tel ; la conscience n’est pas celle de ceci ou cela, mais conscience de (soi) dans lequel rapport le « soi » est le rapport lui-même (sa possibilité) et non telle identité (toujours quelconque et déterminée). Et ainsi le rapport, qu’est une conscience, est son propre rapport, et comme c’est un rapport il n’est jamais (jamais) tautologique, mais distinctement découplé (de là qu’elle soit toujours conscience de quelque chose, mais n’est jamais aucune des choses dites).
Que l’ontologie (cad celle du réel) soit actualiste, veut dire que pour devenir réel le rapport soit ex-sister, se produire lui-même comme rapport(ce qui est logique, en quoi il s’agit d’une logique d’acte), s’intégré dans son propre champ. De même qu’il est passé de la conscience du groupe à la conscience de l’intention pure (dieu), du « là » du monde grec (l’être), du je qui se tient du christ, du je qui se tient de lui-même (Descartes, liberté) et de la constitution du réel humain comme Constitution précisément.
Ce qui est réel c’est non pas le donné (la détermination) mais ce qui devient ; puisque seule la structure sujet est capable de réaliser le possible ; le sujet se permettant de re-venir sur son état antérieur, étant constitué non de ce-dont-on-part ou de ce-à-quoi-on-arrive mais étant constituée du mouvement même. Il n’y a aucune autre possibilité ; impossibilité d’imaginer et encore moins de penser une Détermination ou une super-détermination qui s’assurerait dans la seule réalité.
Si le réel est la réalité (déterminée) qui tombe dans la dispersion néantique, alors tout est livré aux ténèbres. Feu follet dont personne ne se souviendra, puisqu’il n’existera plus personne du tout.
Le mouvement est dieu, l’universel, le sujet ou le réel
(et outre donc que l’on ignore toute la dimension du mouvement-même,
n’opérant que de ce dont on éprouve l’expérience, de ce qui apparaît dans le champ intentionnel, lorsqu’il est instancié structurellement, selon les points indéterminés).
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