Impact du réel
Le réel, dont la logique est d’être plus grand que lui-même, excède en tous sens. Bien au-delà de nous et de tout ce qui se trouve dans le monde. Il faut imaginer une infinie perspective possible de la structure.
Quant à la positivité extrême, elle est si extrême qu’insoutenable. Et il nous fallait donc une aide ; dieu, l’universel, le sujet, le réel. Il faut partir du principe, étrange, que le réel n’est nullement acquis et qu’il doit sur lui-même constamment ajouter. L’ajout n’est pas en plus du réel, il est le réel lui-même ; il n’y a pas de réel sans le mouvement. Le réel n’existe que de s’ajouter à lui-même.
Rappelons ; il n’y a pas un commencement et puis une fin, mais un commencement sans cesse renouvelé. La possibilité de la possibilité. Il faut que la possibilité, la structure, s’acquiert toujours plus elle-même afin de s’acquérir encore plus loin. Cela seul a pour nom l’infini.
Et entrant de cette façon dans la pure et brute, voire brutale, positivité, on prendra de plein fouet la structure du réel. À savoir qu’elle est une exigence structurelle. Il faudra comprendre, également, que cette exigence n’est pas une accumulation selon le monde, le vécu ou le corps, mais une élévation selon l’intention, ou l’intentionnalité. Cela pour plus tard.
Et cependant constamment du monde, de l’immédiateté, des intérêts, des désirs, des mélanges, de la détermination en somme remontent les vagues constamment et envahissent et prennent toute la conscience ; et usent de mille et un détours afin de nous convaincre de leur seule réalité. Mais on a vu que toutes les réalités (dont aucune ne forme une unité) sont prises dans le réel. De sorte que s’identifier (à quoi que ce soit) ce serait abandonner la proie pour l’ombre et bien que l’ombre, en l’occurrence, paraisse la plus colorée qui soit, la plus diverse et de mille tonalités. Or il n’est pas question non plus de délaisser le monde, le vécu ou le corps, mais de comprendre que ça ne prend effets que d’une cause de plus en plus haute et que supprimer l’aperception stratégique laisse encore un peu de colorations au monde, quelque temps, mais tout virera dans la grisaille puis la noirceur de l’âme.
Le mal serait ainsi de stationner, de se fixer, de se figer, de ne plus croire que le mouvement seul existe. Et il n’est de mouvement que selon une tension, et dans cette tension se créent les mondes, les existences, les perceptions. Si on abandonne le mouvement, le monde et la vie se maintiennent un temps mais faussement...
Si tension il y a, il est inutile d’imaginer y échapper. Elle sera toujours présente (et antérieure à tout, puisque le réel est le mouvement qui engage et emporte et élève les réalités, qui n’ont d’unité que mouvementée). Donc il s’agit d’y manœuvrer, d’y naviguer, et non de l’éviter.
Nous naissons dans le champ de conscience entre dans sa propre résonance (étant entendu que déjà enfant nous étions pris-dans et par un champ-autre de conscience ; nous n’avons jamais été immédiats mais toujours médiats) et qui s’accélère soudain. Soit cette médiateté est subie (ce qui est le lot de chacun, indubitablement), soit elle est reprise, recalculée, ré-intégrée, au fur et à mesure ; ce que l’on nommait la grâce ou l’illumination ou la révélation ou la révolution, ou la poésie, ou donc le point-autre de la position de structure ; celle qui se sait à partir d’un bord, qui ainsi pluriellement révélé est le Bord, formel et donc unique, de tout ce qui est ; c’est pour cela que l’on est convoqué, que l’on se convoque, que « ça vient », plus ou moins, du tomber-amoureux du moi à la haute voltige de la mystique.
Nous débutons, venons à exister, non pas du passé ou d’une identité mais de l’actualité du réel ; dans le présent s’est ouvert un champ (à l’adolescence exemplairement mais en réalité à tout moment éventuel) qui renvoie soudainement la capacité d’exister ; il se peut que l’on passe à côté, que l’on dénie, que l’on ignore, que l’on oublie, que l’on se perde également, se désoriente de l’orientation nouvelle, qu’elle nous éjecte hors du commun, ou de nous-même ou du corps, qu’elle nous enferme dans l’immensité de sa possibilité, et nous affuble ou nous défigure. Que soudainement se révèle l’articulation (qu’il n’y ait aucun être qui précède cet exister) est tout autant un gouffre abyssal ; c’est en ceci que le regard que l’on intègre sur le regard lui-même, l’auto-consomption, si l’on peut dire, la péri-possibilité, l’antériorité ou l’admission de soi est absolument fondamentale. La consomption dit bien, paradoxalement, ce qui se révèle ; dans quelle mesure sera-t-on capable d’admettre la capacité elle-même ? Et puisque cette ouverture n’a aucun terme, et ouvre sur la capacité de la possibilité, elle dévore ou élève.
« Et les ténèbres l’ignoreront, ne l’ont pas connu » parce que n’étant pas de l’ordre du monde, du vécu, du relationnel ou du corps, la réalité ne comprend pas le structurel, qui est formellement hors de sa perception.
La consomption est tout autant l’assomption, dans la mesure même et la mesure seule où la liberté est en sa mesure de s’instancier. On peut s’y perdre. Et ça n’est pas du tout une imagination théorique mais l’ouverture, le vertige de la capacité ; comme ce joueur qui totalement se dévoue à la possibilité de jouer, dont il attend non pas une somme mais le signe de son gain. Comme le tomber-amoureux du moi, sa plus haute ambivalence à lui, ou comme la destinée mystique que l’on s’incorpore en une fois, poésie si vous l’êtes, engagé si cela vous prend, addict à quoi que ce soit si ça se trouve. L’articulation, la découverte de la capacité (d’exister) est sans scrupules … c’est en somme le jugement que vous portez tout au long. Elle est déjà articulée, mais rien n’empêche que vous puissiez la réorienter, la parfaire ou la dérouter. L’articulation ouverte comme une blessure est un réel absolument opérationnel, une coupure qui crée littéralement et effectivement la possibilité sous nos pas, puisque ce sera à partir de cette scission que nous avons, aurons, pourrons exister ; mais non pas qui puisse être supportée nécessairement et si évidemment par ce corps vivant, par autrui, par le monde, par la vie en général.
Si vous avez compris, c’est que vous n’avez pas compris. Rimbaud lui-même ne sait plus ce qu’il a Vu. Les ténèbres ou la détermination, emplissent déjà toujours tout le champ, sauf le champ lui-même ; c’est sur le Bord que l’on s’accroche, parce que c’est sur le bord que nous sommes accrochés. Et on saisit alors spécifiquement ce que « foi » veut dire ; rien dans le monde ou la vie sinon selon le Bord du monde ou de la vie. La Possibilité doit toujours et constamment se ressaisir, sous la forme bien plus difficile d’en être saisi.
Ce qui postule une éthique fondamentale, comme on verra un jour. Celle du n’être-pas (ce qui est très christique, mais tout est christique, et comprendre ou commencer de comprendre ce qui est l’origine même de toute notre réalisation humaine depuis 2000 ans n’est pas une mince affaire).
La consomption (du vivant) ou l’assomption de la possibilité interviennent dans la réalité en tant que le réel, la structure antérieure à tout, se manifeste dans le champ qu’elle produit, mais la réalité, la détermination supporte à peine la capacité infinie ; et évidemment toute introduction du réel dans la réalité entraîne des modifications considérables. Du bris des mondes humains collectifs, communautaires, par l’instanciation dans le temps (dieu), l’espace (l’universel grec), la vie (le christique) jusqu’à l’interruption de chaque vie dans une des révélations (y compris strictement individuelles, chacun se révélant dans son expérimentation suréminente) en passant par la reformulation de toute société humaine. Il est de fait douloureux et dangereux de s’animer de et dans la structure ; ce qui dévore les prophètes, le christ ou Socrate ou la révolution.
On effleure strictement et structurellement parlant la puissance même. Puisque c’est tout entièrement la potentialité. Invoquer le potentiel n’est pas sans effets, puisqu’il y a des effets (une réalité en général, des réalités en nombre indéfini) en raison du possible brut, qui se redélimite au fur et à mesure. La « réalité » n’est pas seulement un être là, cet être (de déterminations) est reconfiguré constamment. L’autre perspective (tout aussi valable) est que la « réalité » est un feu de paille qui brûle quelque temps et puis disparaît, totalement.
Dit autrement ; soit le temps est la structure de tout ce qui est, soit le temps est contenu dans un plus grand que le temps. On y reviendra une autre fois.
Mais en effet dès que l’on entre dans le rapport ( ou donc qu’il vient dans son propre champ et par des signes, la pensée, le christique, la poésie, etc) on entre dans le non-fini ; on ne peut plus mesurer ou définir, et il est impératif de jouer selon la nouvelle règle, celle des signes détachés, déliés, conservant seulement leur propre foi ; leur intention ; et en admettant en soi-même les balises héritées des autres explorateurs arpentant le Bord ; c’est pour cela que l’on doit accepter comme argent comptant les autres-textes, les œuvres (au sens strict et large, les éthiques sont par ex de telles œuvres) ; tout ce qui relève de la cohérence suffisante est reconnu comme valide. On ne peut plus définir ou mesurer mais à condition de mesurer et de définir ; la forme (des contenus, cohérents) est « ce qui reste » ayant en sa possession au maximum son art en propre (et la palette est large, poésie ou engagement, attention ou intention, perception ou décision, etc) ; ou dit autrement ce qui est en plus ; la position même du sujet ou de l’horizon ou l’intention, manifeste et ouverte, de nommer le Bord (à partir duquel se présentent les contenus, les réalités, les perceptions).
Dans tous les cas il s’agit d’obtenir la position, qui se décline de différentes variantes. Puisque cette position qui équivaut à l’horizon intentionnel ; l’intentionnalité crée cet horizon et rend possible les choses et les êtres tels que nommés ; par quoi, pour nous, apparaissent le corps, le monde, autrui, les perceptions distinguées, et donc la position, universelle, qu’un réel il y a, « là ». Ainsi la position Rimbaud (ou Nietzsche ou Kant) n’existe et n’est accessible que de réinstancier ce point-autre, en nous-même, en chacun (c’est inimitable et de fait strictement individué).
Ce qui sous-entend que quelque chose, quelque Réel passe d’une activité de conscience à l’autre. Même si l’on ne comprend pas, en fait on comprend instantanément. Jadis si je me souviens bien. Voilà, c’est fini, on va parler de ce qui a eu lieu, terminé, clos. Et encore n’en ai-je qu’un souvenir imprécis, j’y étais mais si dans le moment j’ai pu comprendre, je ne comprends déjà plus.
Et on retrouve cela où on ne l’attendrait pas ; Rimbaud se nomme ; parce qu’avec lui l’écriture re-commence ; elle re-commence en ce que l’on n’y est pas contemplateur d’une esthétique de la forme, mais bien que le fond lui-même est la forme ; d’une part le récit de sa propre destinée (qui devait s’interrompre pour qu’il puisse toute-la-dire, toute entière, en une fois ; le reste étant laissé au monde, à la vie, et ne concernant plus que l’individu Arthur) et d’autre part, en même temps, l’historicité de tout, des gaulois aux cités futures (qui sont les nôtres depuis les années soixante et que l’on parviendra plus à perfectionner dorénavant).
Nietzsche dit ; je vais couper l’histoire en deux. Et plus rigoureusement il faut nommer dans le texte ou la représentation ou l’esthétique ou la religion la source, l’origine. Le christique s’annonce, comme tel (je suis du père). Descartes s’annonce. Ce qui se dit, avançant, c’est à condition d’être re-pris par la suite ; ce sont les sujets assemblés qui approuvent, qui ne peuvent pas ne pas en passer par Kant ou par le christ ou par Plotin. Puisqu’il n’existe qu’une seule structure (une seule forme de conscience) il suffit qu’elle soit activée (quelle que soit son activation).
Notre personnalisation, nos personnalités sont potentiellement activées par une pluralité d’éveils, selon ce monde humanisé installé depuis les années soixante ou depuis le 19éme ou depuis la révolution, etc. Plus on sera en mesure de récupérer l’ensemble de toutes les étapes historiques, plus il s’agira d’agrandir sa propre conscience de « soi » et lequel « soi » variera selon ; l’existentialisme peut originellement orchestré votre conscience mais aussi le cinéma ou une lutte de revendication (le féminisme, etc). Il existe de multiples entrées à l’articulation de conscience, puisque nous sommes dorénavant instancié comme « moi », à proximité même de l’arc de conscience (rendu individuellement et on tient ici que l’indivualisation est le sens même de l’humanisation, de l’universel, du christique, de la pensée, de dieu, et évidemment du réel comme tel, puisque l’arc de conscience (de soi) est le rapport dans le présent comme rapport formel).
Et on admet, ici, qu’autour de la méditerranée il y eut une aperception à la fois soudaine (le christique) et globale (dieu unique, pensée et universel, empire romain) qui ne pouvait plus se retrouver dans une représentation (partagée d’un groupe) mais dans une configuration de l’activité de conscience (ce qui veut dire dans la perspective de la prise de conscience que « tous ces contenus sont produits », que les mondes humains sont inventés, recherchant dès lors les Conditions de production de tout contenu, suffisamment concentrés).
Cette brisure (celle de se rendre compte que nous produisions des contenus) cela signifie absolument ceci ; il y a une activité qui échappe à la manifestation (tout ce qui est monstré là au-devant, choses et êtres, pensées et représentations, perceptions et identité) et c’est cette activité qui se fait-voir via des signes étranges ; et nous indique que si nous en remontons pas ces signes vers leur origine, on ne parviendra de toute manière pas à quelque satisfaction que ce soit via les contenus.
C’est la même supposition qui voudra, à partir du 19éme, découvrir les causes, en supposant que clarifiant la réalité, on pourra subvenir à nous-même : ce qui est vrai concernant les nécessités (et les supports de la vie), mais établissant des systèmes, des théories qui cessèrent de répondre aux « grandes questions » ; rejetées dans les limbes ou les illusions ou les pseudo-problèmes, mais en vérité on ne peut cesser d’interroger l’intentionnalité comme telle, et ce qui ne peut s’effectuer qu’à son niveau, lequel est celui originel ; sans intentionnalité pas de champs, pas de ce que nous nommons perceptions.
Aussi la rationalité, la raisonnabilité qui croient évacuer l’angoisse et l’existentiel et l’intentionnel ne font que recouvrir d’un voile pudique, d’un silence, d’une absence de questionnement, d’une incapacité prônée et finalement profondément déceptive (« il n’y a plus de stratégies » nous imposent-ils, seulement des bricolages du donné, alors que tout montre à quel degré le donné, le monde donné est suspendu de toute part au Présent comme articulation seule réelle, ce qui veut dire formel et donc absolu) ; le criticisme dont ils font preuve ne pose plus du tout les questions de structure. Et laissent les mois à l’abandon ; non seulement on dénie les anciennes stratégies (qui ne sont déréalisées que caricaturalement par comparaison à un réalisme naturaliste rationaliste empirisme ou ce genre de logiques) mais de plus on ne déploie aucune compréhension adéquate (au moins potentiellement) ; excepté, comme d’habitude, en philosophie.
Et encore non sans grand détour, en abandonnant la potentialité métaphysique et ontologique, pour proposer une version « acceptable » de la structure ; repeinte selon la scientificité, Marx ou Freud, le naturalisme, du désir, des forces, le réalisme, de la conscience déjetée, déprimée, désespérée, abandonnée ; on sacrifie l’ontologique à la réalité « supposée », jusqu’à parfois se confondre avec la science ou le scientisme, ou encore la poésie ; mais le se-savoir de la liberté est bien évidemment mille fois plus certain que les connaissances ou les supputations. Or ce qu’il faut retenir ce ne sont pas du tout les spéculations comme on a l’air de le croire, mais les réalisations. Dieu, l’universel, le sujet et le réel sont immédiatement opérationnels ; ils sont objectivement (ou sur-objectivement sur l’on veut) ce par quoi l’humain s’est déployé, en dehors des mondes collectifs, communautaires ; lesquels se lovaient dans tel ou tel contenu (qui figurait et représentait leur monde, toutes leurs perceptions, partagées, ou leurs images de réalité. On remarquera que l’on parlerait alors difficilement de « pensées » (au sens où nous l’entendons évidemment), puisque pour ‘penser’ il fait être séparé, exister séparément.
C’est ainsi tout l’enjeu de la séparation, de la division. Celle qui non pas s’installe dans le moi, dans chacun des mois qui sont issus de la révolution, celle du citoyen, mais qui crée chacun de ces mois, chacune de ces personnalisations, dont c’est quand même une tâche bien rude que de se produire comme identité de « soi ».
Ainsi la révolution finalement répartit autrement le pouvoir en abolissant la royauté et la hiérarchie de noblesse, et libérant de la sorte les volontés, les projets, les capacités ; c’est le monde humain global et particulier et singulier qui cherchait à s’agrandir, à augmenter l’ensemble de ses cercles intentionnels et la révolution fut de la sorte la méthode de répartition du pouvoir (de décision, d’imagination, de perception, ou développement des esthétiques), et de redistribution afin que fonctionne la répartition, qui n’est pas la dotation d’un statut ontologique seulement mais d’une fonction opérationnelle ; il fallait que cette accélération du possible se traduise immédiatement en réalisations concrètes (ce qui avait déjà débuté bien avant et dans d’autres pays, mais ici la pratique se théorise et donc cherche à se perfectionner puisque c’est explicitement que de telles opérations sont énoncées et qu’elles parviennent à une série de systématiques, qui remplacent tout ordre précédent).
La liberté d’affirmation de soi
De même il fallait un pays qui plus qu’aucun autre perfectionnait depuis longtemps le retentissement intérieur ; soit la littérature, la poésie, les arts, les esthétiques, et donc concomitamment le point de vue dit « subjectif », seul capable d’organiser le donné (puisqu’il n’est pas ou plus tenu par le collectif, mais au contraire va démultiplier la représentation jusqu’alors commune et cette fois individuée ; le texte, les signes, les formes et les mélodies de l’artiste prendront le relais du texte divin, du Livre, et même les existences de chacun se sentiront investies … comme le fut celle du christ. Et ceci nous amène donc à la reconnaissance ; la reconnaissance est l’acquisition relationnelle absolue (elle est formelle donc) ; qui installe une communauté en esprit, ce qui signifie qu’elle préserve l’individualité ; il n’y a d’esprit, à proprement parler, que celui qui se communique et présuppose l’individualité ; originellement et historiquement elle ressort de l’unité christique qui demande à chacun, à son exemple, de poursuivre son individualisation ; transformer sa vie en Existence ; ce qui revient à adopter un point-après-la-mort qui délimite le segment naissance-mort et autorise une organisation, cad une intention, qui puisse porter, supporter et sup-porter cette vie sans perdre le fil ; la porte est dite « très étroite » on le sait.
On sait dès l’abord que l’affirmation de soi est mortelle, pour l’individu ; on le crucifie. Ce qui doit se lire et se comprendre réellement et tel quel. Notre ère, notre temps, notre acculturation civilisationnelle débute par cet avertissement ; celui-là qui est mort, sa mort rend témoignage de la vérité. Ce qui est porter l’organisation intentionnelle au point le plus précis et le plus strict.
Donc dénivelant la reconnaissance christique on aboutit à la reconnaissance des uns et des autres ; chacun joue sa partie tout en admettant le jeu d’autrui et se posent, bien sûr, toutes les questions sartriennes de la capacité d’intégrer (ou de désintégrer ) le regard de chacun ; et c’est réellement le regard ; la manière, fondamentale, absolument fondamentale, selon laquelle chacun se regarde lui-même et s’autorise son individualité (sans se démettre face aux autres, sans annuler non seulement son projet éventuel, mais sa vision, la résolution qu’il est en tant que vivant qui se transforme en existant, de là les luttes et libérations diverses et variées de revendication ou d’acquisition ou d’actualisation du pouvoir de chacun sur sa propre existence, sa vie devenue existante ; Lacan reprenant finalement en affirmant que « l’inconscient est la politique ») et ayant dans l’idée et le principe que tous accueillent très réellement toute individualité, à condition qu’elle soit pour elle-même dans le statut de la vérité ; ce qui eut lieu. On ne s’en étonne pas mais l’artiste, le créateur, l’inventeur, et il y en eut des milliers, des dizaines de milliers. Tout ou le maximum fut actualisé ; il ne s’agit jamais que de montrer comme ce qui fut a été effectivement réalisé.
On saisit alors que ça ne se peut pas sans une concertation préalable d’acculturation de tous et de chacun ; c’est tout un système kaléidoscopique qui se place et se déplace au long des siècles (que l‘on songe à la nation juive, ou aux problèmes de la nation musulmane). Un kaléidoscope ça se meut. Et il n’est pas alors question de « révolutionner » abstraitement (comme si la pensée ou donc l’imagination pouvait s’imposer par-dessus la réalité, le corps, l’individualité) mais la révolution est ce qui surgit d’une nation.
Ce que l’on voit peut-être encore plus dans la logique anglo-saxonne ; mais qui, elle, ne doit gérer ‘que’ la liberté et non pas l’équation liberté-égalité, ce qui à la fois complique mais simplifie l’humanisation et la personnalisation ; complique on comprend bien, mais simplifie parce que dès lors il s’effectue dans l’esprit de chacun une clarté, très évidente, raison pour laquelle, infiniment profonde, ces esprits forment une nation et non un empilement industrialiste, mercantile et financier, et donc militaire (et encore moins une immédiateté héréditaire ou une théocratie) ; rappelons qu’un empire qui ne s’étend plus, s’effondre. Tandis qu’une nation doit se construire du dedans (seule une décentralisation supprime le principe propre d’une nation). Une nation, un ensemble coordonné et concerté, n’est pas un empilement de compétences ou de techniques et encore moins d’intérêts. Il s’agit d’ingénierie structurelle fondamentalement historique qui travaille et œuvre une société humaine, humaniste (universelle) et personnalisée (individuelle), et cela ne s’effectue pas sans la compréhension de chacun et de tous (qui sont deux parts distinctes).
Une ingénierie non abstraite ; celle du sujet, éprouvée par le sujet lui-même (qui seul peut percevoir le possible, et encore difficilement, mais nulle part ailleurs le possible n’est accessible) ; le christique nommerait ce sujet le-Vivant, ou donc ici l’Existant. Le principe est simple ; l’individualité ne cède pas, tout en se sachant identique à toute autre. Puisqu’il y va de sa réjouissance qu’il puisse exister une extase se propageant, semblable à la lumière, entre tous et chacun, et ce dans l’activité même de l’individualité, de la distinctivité absolue, ce qui veut dire formel, et formel en tant qu’élaborant des contenus, une historicité, des nations, des personnes, et non pas abstrait.
Une nation selon le principe de la liberté-égalité, de la justice (et donc sainte) puisqu’il est impossible que la société humaine s’organise et se coordonne si elle consiste en libertés laissées à elles-mêmes courant un peu partout dans tous les sens, dépourvues de tout esprit, de toute pensée ( et dont la pensée n’est du reste qu’un découpage de cheveux en quatre, une dispersion toute pareille). Une société sous la liberté veut dire que chacun peut comprendre les autres, et s’y attache tout particulièrement. Si ils ne se comprennent plus c’est que l’esprit, la pensée s’étiolent et que se déconstruisent les intentionnalités (jusque dans la vie de chacun des mois).
C’est pour cela que l’égalité de tous fut d’abord découverte (selon le un tout-seul, christique, qui tient chacun sous son regard, sous son intention, suscitant l’intention de chacun en tant que chacun, de même que Paul ou Augustin inventent l’individualité, et les confessions transmutant une vie en Existence) l’égalité identique de tous et ensuite la liberté du sujet exhibée, par Descartes (qui est bien évidemment extrêmement mesurée, réglée).
On peut bien séparer l’esprit et le monde (ou la vie), et remplir l’esprit de tel ceci ou cela, mais la structure intentionnelle, elle, est immédiatement déterminée à foison ; et instantanément structurellement brute ; l’immédiatement et l’instantanément sont les deux modes, l’immédiatement étant pris-dans l’instantanément et la pensée faisant office de formulation distincte. Les systèmes et les pensées se réalisent plus ou moins, mais les faits structurels majeurs sont l’historicité.
En plus d’assumer sa liberté d’affirmation, il faut réguler, et régler, son intentionnalité en ceci qu’elle doit présenter à chacun sa capacité d’absorption de la douleur et de l’angoisse et montrer la promesse (qui est unanimement la Même depuis le dieu un-tout-autre ; un monde humain juste, ce qui veut dire saint) ; les empires (en l’occurrence US, ou tout empire quel qu’il soit) utilisèrent le surplus de ressources afin d’assurer leur domination sur d’autres territoires et d’autres peuples ; la fonction « libéralisme hiérarchique » (qui accumule au sommet) est une fonction impériale ; l’impérialisme (selon Marx) est la logique de tout empire (de quelque époque que ce soit ; le cinéma est théorisé comme un soft power, etc). L’empire est une accumulation hiérarchique, vers le haut de la pyramide, qui aboutit à l’impérialisme total. Si vous redistribuez votre ressource en direction de votre peuple, vous supprimez d’autant la surpuissance matérielle et rendez impossible l’extension d’un empire.
Absorber la douleur et l’angoisse (soit donc la présentation du projet cartésien, alléger la vie des hommes et soigner les corps, les passions de l’âme, dont la troisième substance, corps-esprit, est précisément celle qui viendra et remplacera et le corps et l’esprit ; la troisième est la seule et l’unique et elle n’est pas ‘substance’, soit donc non la volonté ou la pensée ou le corps mais l’intentionnalité comme champ actuel) absorber la douleur et l’angoisse est en soi un projet total intérieur à une nation ; non celui d’un empire. La vérité est que l’empire, la pyramide de l’empire, sa hiérarchie mentale est d’une violence psychique (au moins) effroyable.
De même la psychanalyse affronte explicitement la souffrance ; de plus loin que la psychologie. C’est bien pour cela que Lacan, en France, reprend Freud, augmenté de Sartre. Lacan qui va chercher la souffrance et rien que la souffrance, la «difficulté » si l’on veut ou le trouble relationnel ou le mal-être existentiel, ce que l’on veut, mais en réalité la douleur elle-même. Celle qui n’est pas découpée mais qui coupe tout l’être (puisqu’antérieure à l’être, à la détermination ; il n’existe de ‘moi’ que dans un champ et ce champ est « ni-subjectif/ni objectif », mais les deux et autre que les deux, ce qui est toute la question).
Dans toute cette entreprise il s’agit de manœuvrer afin de ne plus se laisser confondre, emmêler, enfermer dans l’intentionnalité dite irréelle qui mélange réalité et intentionnalité (et nous fait prendre des vessies pour des lanternes, ou des réclames publicitaires pour la vie, way of life, way of lie, ou prendre l’image pour la réalité, Debord, remplacer le monde et la vie par le spectacle d’une hiérarchie, ce qui se produit par le regard d’autrui) ; et le creusement (qui atteint, antérieurement à elle-même, toute conscience de - soi – puisqu’il n’est de soi que par cette coupure interne) est explicitement divulgué par Lacan ; qu’il y a un corps vivant qui insupporte la coupure qui éjecte ce corps hors de lui-même, qui n’est dès lors plus vivant, ou animal, et coudrait combler cet écart absolu par quelque figuration (représentative, publicitaire, imaginale), sans en passer par une configuration (intellective, réflexive, intentionnelle). On retrouvera donc Ph K Dick en tant qu’il se sait, pourtant vivant, dans une irréalité généralisée, qu’il nomme comme tel ; l’empire (« qui n’a jamais pris fin ») et qui ici et là se métamorphose en absorption de notre esprit dans et par l’esprit d’autrui, autrui néfaste, sinistre.
La configuration est beaucoup plus imposante que la figuration (qui est un bricolage comme le moi par rapport au sujet qui a su, ou pu, accrocher les champs stratégiques ; un champ stratégique définit ses finalités (et les transforme), un champ tactique soumet le champ lui-même à des finalités immédiates, lourdes et dégradées, voire bas de gamme).
L’esprit, réel, est la résistance ferme et décidée au contenu (personne ni rien n’occupe le centre, le pouvoir, l’État existe en lui-même, comme Constitution ; la liberté est plus grande que la vie, l’intention plus grande que le vécu) et résistance lucide envers autrui ; puisqu’une règle prédispose le regard d’autrui non comme concurrence des libertés mais comme égalité. La seule liberté incline évidemment à la hiérarchie. Elle doit être en elle-même instruite. C’est une liberté tout à fait spéciale et unique, une égalisation des intentionnalités, et donc ce que longtemps on a nommé l’esprit, une configuration.
L’autre face, opposée à l’irréalité de toute figuration, est qu’il s’agit d’un champ non seulement historique (Hegel, champ qui transcende tous les contenus rassemblés en deux phénoménologies) intentionnel (ce que l’on sait depuis Husserl) mais aussi un champ de conscience singulière (Descartes – Sartre - Lacan) et enfin un champ dont la singularité n’est pas « subjective » (ce qui n’aurait aucun sens puisqu’elle assume tous les domaines ; les œuvres n’existent pas en elles-mêmes, y compris les mathématiques, qui sont des logiques du rapport) non pas subjective mais sur-objective ; si ce champ est sur-objectif, alors il est le réel.
C’est donc le rapport qui se révèle à lui-même, et le problème de cette révélation est qu’il s’agit d’un rapport… et donc non immédiatement saisissable et ne rentrant en aucune immédiateté ; ce qui est bien son but structurel ; qu’un tel rapport soit en mesure de modifier son origine afin de modifier sa finalité (sinon tout est pris dans la causalité). C’est toute la problématique : sinon la ‘réalité’ serait seulement « ce qui court à sa dispersion », limitée au temps. Donc il y a autre chose que le temps.
C’est la logique qui emplit la totalité de tout ce qui est, fut, sera. Il y a un monde non afin qu’il grandisse (il finira indéfiniment dans la dispersion, regardons-le comme un feu d’artifice qui s’éteint au final dans la nuit, mais un feu toujours déployé, suspendu et toujours mouvant en interne) mais afin que s’augmente et s’intensifie la structure antérieure (le regard du spectateur, le regard se modifiera en fonction de ce qui est Vu) ; et que le commencement ne cesse pas de commencer. On en déduira donc qu’il n’y a pas de « fin » puisque le temps n’est pas la référence du réel. Ou plutôt, le temps est, mais pris dans un plus-grand.
Il y a autre chose que le temps, mais sait-on ce que c’est ?
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