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instants philosophie

Spéculations risibles, ou pas

24 Octobre 2020, 08:38am

Publié par pascal doyelle

On nomme réflexion la capacité de notre être à revenir sur lui-même. Or ça n’est pas un être mais un rapport et donc il s’agit de la capacité de cet être, qui n’est pas un être, de connaître le rapport qu’il existe.

On a vu les quatre déploiements de ce rapport. Dieu en tant qu’Intention pure (ce qui inaugure la nation, le rassemblement des volontés). La pensée et l’universel grecs, an tant que développement de l’intentionnalisation, des intentionnalités, des idées et des systèmes d’idées. Le christique en tant qu’initiant le processus du sujet, ensuite Descartes et suivants (jusque Lacan). Enfin le réel en tant que tel (par quoi la réalité, toutes les réalités sont prises dans un-seul-mouvement de Présent qui déroule tout ce qui est possible, présent dont on a distingué deux interprétations ; fonctionnelle (le présent est cela qui fait fonctionner le déroulement des réalités) ou dimensionnel (le présent est la dimension éternelle de tout ce qui est) ; dans les deux cas en tant que ce qui est, l’être est pris-dans l’exister (soit fonctionnant, soit kaléidoscopique).

Et l’exister est pur et brut mouvement. Il n’y a que du mouvement d sorte que tout se meut, du moindre iota à l’ensemble de tout ce qui est (et que l’on nomme univers ou multi-univers, peu importe). Et ce mouvement est unique (ce qui existe en tant que rapport se divise en interne et ne peut pas être divisé lui-même n’étant pas composé, le mouvement est un rapport, le rapport est indéterminé (est l’exister ou pour nous ici le présent), et l’indéterminé est ce qui détermine et non pas qui est soi-même déterminé). C’est évidemment ce que l’on a nommé diversement, l’infini, l’éternité, le réel même, dont on ne décide pas du tout ici si il est dimensionnel ou fonctionnel et bien que la logique voudrait qu’il soit à lui-même le rapport de tous les champs possibles.

Champ, parce que la forme de notre être (qui n’est pas un être, qui est une structure qui s’intègre dans la structure du réel, soit le présent ou l’exister, fonctionnel ou dimensionnel, par ex si on croit en dieu, alors on est dans le dimensionnel, si on croit en Sartre ou Descartes on est, au minimum, dans le fonctionnel, etc) la forme de notre être donc est un champ intentionnel couvert par des signes, ce qui veut dire des rapports (intentionnels) qui ouvrent des perceptions ; les perceptions n’apparaissent pas sans les signes (Platon a raison de dire que les idées montrent les réalités). Le monde est sans-signes, excepté que l’on peut considérer, sinon admettre, que les choses elles-mêmes se présentent littéralement en tant que signes les unes pour les autres ; ce qui est déterminé est différencié, par définition.

L’historicité se déroule comme suit ; l’intention pure et qui n’est que telle, dieu, que l’on ne peut assigner à aucune détermination sinon sa volonté qui se tient en dehors de tout ce qui est (qui donc a créé le monde et les êtres). La pensée, universelle, comme développement de l’intentionnalité qui oblige à penser, soi, individuellement mais dont l’individualité n’apparaît pas dans son propre champ (qui est occupé intégralement par l’universelle intentionnalisation, comme processus et ce jusqu’au Un de Plotin). Le christique qui initie l’individuelle Intention ; dieu, cad l’intention, existe ici et non seulement parce qu’il existe en-un-corps (et il est, par ailleurs, le plus petit et le plus méprisé, le un-tout-seul, assumant l’ensemble de tout le malheur et de la relégation, de sorte que en quelque état de souffrance que vous vous trouviez, il est-déjà-là).

S’ensuivent la pensée de dieu par la théologie, mais soudainement l’intention trouve à s’instancier absolument ici même, ici et maintenant, vous indiquant par Descartes que chacun va admettre, intégrer en lui-même la suspension non pas du jugement, de l’idée, de la décision, de l’imagination, de la perception, mais va admettre la suspension de l’intentionnalité par elle-même en l’introduisant dans son propre champ ; ce que l’on nommera (après Descartes ) le sujet.

On a décidé de désigner la structure de base en tant que Réel selon la formule du rapport-sujet ; en ceci que la plus grande perfection n’est pas une identité inerte dont on ne comprend pas du tout ce qu’elle peut signifier, mais parce que la véritable perfection est la capacité de se modifier soi-même et donc le processus du réel comme tel paraît s’engager et s’envisager en tant que modification absolue de la forme même du réel.

Dit autrement il ne cesse de vouloir augmenter non pas ceci ou cela qu’il est (déjà ou en tant que perfection inerte) mais vouloir augmenter sa propre capacité, de se rendre propice à une plus grande, encore plus grande capacité, ce qui veut dire sa plus grande potentialité, possibilité. En quoi, donc, le réel est le possible de la possibilité. Dans le présent il vous viendra, vous est venu, vous vient des signes du passé et du futur, non pas du passé ou du futur du monde mais de la structure, du Bord du monde, du vécu et du relationnel et du corps.

On comprend bien qu’il ne s’agit pas d’augmenter le monde, mais la capacité qui prélude au monde. Ce que signifie, au plus haut, le sens, la signification christique (nous n’avons pas trouver ailleurs une élévation plus exceptionnelle). Ensuite seulement on aboutira, il en résultera des effets dans le monde. L’initiative est toujours dans l’intention ; la liberté existe depuis le début, mais il lui faut en appeler à sa dimension propre pour se manifester dans le monde, et cela se nomme « historicité ».

ou donc ; si le réel, au moins humain, est destiné à la volonté, à la volonté en tant que réfléchie, non pas réfléchie selon la vie, la pensée ou la réalité, mais réfléchie sur sa propre potentialité ; par exemple aimez vous les uns les autres, veut dire étendre la capacité de perception, représentation, le relationnel humain, et aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés, veut dire étendre la conception, la conscience-de-soi au point d’être susceptible de s’ouvrir à une encore-plus grande intuition du Possible… pas de la réalité ou de sa propre vie seulement mais du possible brut ou du possible pur. De même Descartes, Kant ou Sartre ou Lacan ne nous introduisent que secondement aux effets de la structure ; en bouleversant la métaphysique et en créant l’ouverture de l’ontologie réelle, celle du sujet, en projetant les effets de structures sur le monde phénoménal et dans le relationnel universel (pour Kant la révolution française, comme Hegel et Napoléon).

Et ce développement de structure est le réel même qui se motive, qui se dit pour quoi et vers quoi il veut avancer. Ainsi la révolution est fondamentalement la signification et la signature ; tout comme dieu est l’intention initiale du judaïsme.

Fondamentalement donc il est une apriorité absolue, c’est celle qui permet d’augmenter la montée en charge du réel. Dans et selon l’antériorité. C’est l’entrée dans le champ du champ lui-même (lorsque l’on prend conscience que l’on n’habite pas le monde, maya, égyptien, mais qu’il est construit, artificiel, en plus, destiné à (se modifier ; dès qu’apparaît dieu, il confère au monde, créé, une destination).

Depuis 3500 ans (date approximative, depuis le dieu un tout-autre, la raison de ce repère historique est dans la dénomination même ; il est Un et tout-autre, il ne relève, comme dit ci-dessus, d’aucune partie du monde, qu’il tient tout à l’extérieur), depuis 3 500 ans donc la structure est venue ou passée (selon que l’on est croyant ou que l’on comprend) dans l’apparence, dans le champ, amenant à une distorsion du champ lui-même. Et à terme le sujet est la mention la plus précise possible de cette distorsion ; ne pas comprendre que le fondamental est cette distorsion (à avoir que rien dans le monde, le vécu, le relationnel ou le corps ne peut contenir le champ tel quel, que donc il ex-siste, quoi que l’on fasse, pense, imagine, désire, décide, qu’il ex-siste en-plus, désigné comme Bord, de tout) c’est inversement croire qu’il pourrait éventuellement se signifier comme monde, comme événement (ce qui ne se peut alors qu’en un monde, a-t-on bien compris cette ruse ? Nommer « événement » ce qui se déroulera comme magiquement dans le monde donné là… c’est la même rêverie que celle qui consiste à renommer la volonté en Volonté ou l’être en Être) comme événement donc ou comme réalisation, ou comme universalité se tenant toute seule sans support, comme désir et son objet mirifique, comme imagination grandiloquente ou comme simplement vie si parfaitement heureuse, comblée, sensible ou à défaut et bien évidemment hédoniste. Tout cela n’est pas, n’existera jamais, n’a rien à voir ni à faire d’avec la structure même de sujet, de conscience, ni ne se réalisera en quelque partie du monde, du vécu ou du corps que ce soit.

Et donc si effectivement il y eut au fur et à mesure un ou des bienfaits pour l’humanité (comme la loi, la raison, les sciences, le bonheur idée neuve en Europe, ou la vie hyper protégée de quantité d’individus depuis 75 ans) ce furent des effets. Prendre pour seuls réels et pour argent comptant les effets et se réduire à ce que l’on réalise effectivement dans son monde humain parce qu’humanisé, libre parce que libéré, c’est se prendre les pieds dans le tapis, c’est gloser sur un acquis en énormisant, décuplant, ré-imaginant « encore plus de bienfaits » ou une « encore plus grande performance de réalisation ». Mais ça n’est pas du tout se ré-instruire selon la structure de conscience ; la vraie historicité  tient en une phrase « mon royaume n’est pas de ce monde ».

Ce qui ne veut pas dire qu’il faille négliger le monde (qui se réalisera par effets et par surcroît) et ça ne fut jamais de négliger la vie et la réalité (contrairement aux jugements caricaturaux qui jetérent le bébé, jésus, avec l’eau du bain, les églises diverses), mais bien que quoi que l’on fasse on en passera par l’accumulation de charge du réel tel qu’elle est décrite par le christique, Platon, Plotin, Descartes et tous les sujets, l’universel et la pensée, la liberté et la révolution, toutes choses dont, à vrai dire, on n’a pas commencé de penser réellement les conséquences vraiment effectives, prenant bien soin de se lover dans tel ou tel coin, telle ou telle partie du monde, du vécu ou du corps mais niant qu’il puisse s’agir, véritablement, de notre âme ou de quelque structure encore plus fondamentale

Ce à quoi 3 500 ans de signes nous instruisent, introduisant la structure dans le champ lui-même. Causant la distorsion sus-nommée.

De ce point de vue (cad du point de vue de structure, et non selon les préservations et les possibilités que nous offre le monde) inutile donc de rechercher le monde ou selon le monde, le vécu ou le corps. Pareillement les œuvres ne se rendent pas réelles telles quelles dans le monde, mais en instruisant des sujets, qui les perçoivent ou les agissent (éthiques, morales, révolutions). La ressource, la source ne se situe que dans l’intentionnalité et spécifiquement, pour ce qui nous occupe ici, à l’intentionnalité dans sa potentialité, sa possibilité, le virtuel qui se maintient toujours en réserve et hors du monde et du vécu ; cette antériorité que l’on doit admettre et dont on doit être saisi. Et qui, donc, ne requiert pas exclusivement la connaissance (philosophique) mais bien la structure elle-même ; telle l’élévation christique, la liberté de Spartacus, même d’inspiration grecque, la moralité, la générosité, la vraie et libre disposition de soi de manière générale. En cela le structurel relève de l’attention, celle qui occupe et investit chaque personnalité, chaque personnalisation et dont on peut ne pas forcément connaître retrouver l’intuition dans telle ou telle cause ; mais de la libre disposition ou de la sorte prédisposition de soi, peut-être même d’inspiration divine (grecque ou divine ou christique ou selon le libre pur et brut de chacun).

Or donc loin de seulement nous retrouver bien dépourvu quant à cette intuition de soi, de notre propre capacité, de sa réflexion ou réflexion (se réfléchissant dans le miroir, le miroir lui-même se-sait, ce qui n’est pas se connaître), nous disposons de 3500 ans d’exploration. Et chacun peut se considérer comme parfaitement au fait de son possible. Que l’on en continue néanmoins de se comporter selon son moi, banal et pesant et emberlificoté, en appelle à cette possibilité dite absolue de Fait Majeur ; à savoir que l’on sait depuis la révolution que chacun n’avancera pas plus loin sans celle-ci, sans la révolution. Ce qui signifie la coordination de chacun et de tous, l’avancée à vue, la république, la démocratie ou ce que l’on veut dans cette logique.

Ce qui était encore supposé en et par le christique, c’est ce qui sera difficilement, et de manière complexe, réalisé historiquement comme support de chacun par chacun et de tous par tous (liberté et égalité et fraternité). Rappelons que le christique imposait l’égalité de tous (face à lui) mais impliquait clairement que c’est librement que l’on s’y décidait ; il restait à inscrire, écrire, dérouler dans le monde, le vécu, le relationnel et le corps (de chacun… ce qui n’est pas une mince affaire et ce pour quoi il y eut ces mass-médiatisations qui devaient se transformer en mass et micro médiations, ce par quoi chacun est médié en lui-même et aux autres, de façon intégrée, intégratrice), à inscrire l’égalité et la liberté dans non plus seulement le cadre de la société humaine mais dans l’épaisseur des corps… via les « images », au sens large, via les représentations (ce qui s’est décuplé durant les années soixante). Les images devaient «convaincre » les corps, la densité des corps concrets, et ceux-ci être saisi, moralement par ex (si l’on est kantien), et non plus percevoir abstraitement la vérité mais l’incorporer ; tout comme le christ incarnait dieu dans le monde et ce corps.

La raison et la finalité (de la mass et micro médiatisation, en vue qu’elle se modifie en mass et micro médiation de soi à soi-même, via en quelque sorte les autres, autrui, de sorte que chacun partage la même vision) en est celle-ci ; lorsqu’elle demeure abstraite la vérité est difficile et excessivement lente. Lorsqu’elle est incorporée, sa rapidité d’exécution lui rend possible d’avancer bien plus loin et bien plus souplement. De même Rimbaud n’a pas « pensé » son œuvre ; il l’a incorporé (raison pour laquelle il Devait être un adolescent, au corps neutre et disponible absolument) et c’est donc précipité sur la plus concentrée et fulgurante des révélations, des logiques révélatrices. Ou donc ; on ne peut pas décider abstraitement d’être ceci ou cela, il faut en mémoriser le trajet, la possibilité, de sorte que la potentialité surgisse à point nommé. C’est aussi ce que visait Nietzsche ; non pas une décision éthérée ou sans énergie mais la décision à même l’énergie brute et par elle-même. On reviendra sur la caractéristique ; à savoir que l’on ne décide pas selon le conscient mais selon l’intentionnalisation, et que cela implique non pas telle ou telle situation mais un comportement étiré sur toute l’existence, qui ici et là parvient à se dénuder, se livrer, se parfaire ou se rompre et se désorienter, tout n’est pas roseOr cependant sur ce point, toute négation ou décrochage ou effondrement ne peuvent pas entamer la structure (qui n’est pas ‘dans’ le monde ou le vécu), sauf en ce qu’on l’oublie et se délaisse dans l’écroulement, la noyade, l’immersion dans les ténèbres, ou si l’on préfère la dispersion (de l’intentionnalité qui dès lors s’effiloche effroyablement, plus ou moins) ou finalement dans la dépression, la chute de la pression, l’intentionnalité qui s’éteint à la source même, n’éprouve plus même de manque. Le manque du manque (Lacan, si je me souviens).

Il n’est pas étonnant que l’intentionnel succombe à lui-même ; puisqu’il imagine se saisir des objets de désirs ou absorber et devenir ses images ou accaparer, accumuler le regard des autres ; aimez-vous les uns les autres – comme – je vous ai aimés. C’est le ‘comme’ qui compte et l’interrogation ; mais comment nous a-t-il aimés ? Rencontrant somme toute une relation qui élève et non pas nous amoindrisse. On a dit déjà que l’on admettait le christique comme Fait majeur, ou fait supra-historique dont on ignore comment il a pu prendre forme, se formuler il y a 2 000 ans (laissant ouvert qu’il soit fonctionnel ou dimensionnel).

Bref, on verra.

On ne juge pas de ce monde, de cette historicité humaine selon la vue, superficielle toujours, d’un quelconque idéal ; de quelle sorte ? De quel autre monde parlerait-on ? Un schéma ? Une abstraction ? Une image de plus ? La Volonté nietzschéenne ? L’Être de H ? Le monde communiste idéal ? Puisque ce que l’on cherche c’est le creusement qui eut lieu, aura lieu, a lieu ici même. Et comment cette articulation (de l’arc de conscience dans l’arc du présent) peut encore plus se dimensionner. Aucune image ou abstraction ne peut se substituer à l’invincible complexité du réel. Ou de l’historicité.

Or donc tout cela est excessivement important parce que l’on passe littéralement par-dessus Kant, selon l’ambition même qui oriente la pensée depuis Descartes, explorer le sujet tel que là et qui ne se nomme plus « pensée » que par habitude, Kant le dit c’est de réflexivité, de retour sur cet être ici même dont il est question ; qui ne renvoie pas seulement l’autre-monde au-delà (du champ phénoménal donné), mais qui creuse ce monde et ouvre le gouffre de la structure ici-même ; ce que Descartes pointait ; au sens où l’ontologie n’est pas dans la pensée, ni dans la pensée-de-dieu telle que théologique, on a quitté tout cela à partir de Descartes ; et pour ce qui est de la rationalité croit-on que la conscience soit ‘générée’ par la pensée ? Si non alors la structure-sujet est une structure de cohérence, autre et antérieure, qui produit de la pensée, des œuvres, des objectivités, des mondes humains, etc.

Et la question s’est déplacée, dont, par exemple, que la société humaine à partir de la révolution n’est pas du tout la « cité grecque » idéalisée (celle idéelle), mais la société des sujets, problème qui émoustilla Kant tant et plus, sur la base, politique, du citoyen, comme origine du jugement ; lequel n’est pas la pensée, mais au final le sens de la vie, sous-entendu les myriades de significations qu’il faut, faudra lui inventer, ce qui arriva au cours des deux siècles suivants ; et au point que ce ne sera pas seulement la distinction du social et du politique (selon Hegel et la société civile relevant de son dynamisme propre), de la vie privée et de la vie publique (19éme et selon le politique) mais jusqu’au fin fond de la distinction de la réalité humaine et de sa représentation ; la représentation est (devenue) tout, la re/présentation du monde humain, par lui-même, est cela qui occupe tout le 20éme, dont le début d’apogée consiste bien sûr en ces années soixante.

L’ampleur de la re/présentation (de soi par l’espèce humaine sous sa condition la plus réelle, la plus concrète de l’individualité du moi, mais aussi de l’entreprise individuelle, de la satisfaction et presque de la mise en jeu de l jouissance, et du fantastique, de l’irréalité, de la débauche d’irréalisme structurel, cinéma, Bd, science-fiction, fantastique, qui intègrent l’ensemble des arts en une seule trame, du rock et de la pop, de la prolixité créatrice, puisque quantité de mois se lancent dans la re-formulation de la perception et du corps, et mille autres champs nouvellement ouverts) ; c’est le monde humain absolu de la re/présentation de tout. De même que l’agent central soit l’individualité, en tant que producteur et consommateur, celui qui décide de (ou donc qui désire). Tout cela appartient au même monde et le 20éme a produit, inventé, créé un monde (humain et humanisé et personnalisé et re/présenté) à sa mesure, laquelle est totale.

D’autant plus totale, que ses deux fondements (le monde universel grec et le sujet christique selon le corps de chacun) sont archi-universels ; ça ne veut pas dire qu’il s’agisse d’une sorte d’idéal abstrait mais tout l’inverse ; il n’y a rien de plus concret que le monde et la vie de chacun ; ce qui se réalise, historiquement, est la nature même de l’humain et ce sous la condition de la structure de conscience ; de là qu’il faille que tout soit absolument, formellement, individué. Il y a une révélation interne à cette historicité quant à la nature humaine et quant à ses possibilités et réalisations dans le monde, le vécu et le corps, dont tout fut inventé, puisque n’ayant jamais existé auparavant.

Rappel ; il n’y a pas une « nature humaine » mais l’élaboration des possibilités, dont un certain nombre furent, pour le moins, douteux. Aussi est-il requis, appelé une civilisation individualisante et individualisée, qui supporte et se supporte (cad s’aime) comme telle ; non dans ses abstractions seulement mais dans ses imaginaires et ses récits, inscrite, écrite en et par chacun des corps réels doté de signes innombrables et tous finement créés. C’est pour cela que les corps sont dotés d’une autre-surface (celle du christ, de la pensée, de la poétique, littérature, des esthétiques et des perceptions, du droit et de la constitutionnalité des sociétés, etc) ; autre-surface du corps en tant que porte-signes et dont chaque corps est en lui-même, corporellement, la Signature.

Ou si l’on préfère ; l’individualité d’une culture individualisante et non d’une communauté, d’une ethnie, d’une race, ni même d’un arbitraire du choix (ce qui veut dire que l’on peut choisir ce que l’on veut, sauf ce qui nie que l’individu ne soit pas). L’individualité est une structure pas une identité, mais cette structure existe en et par elle-même et existe absolument ; elle n’est absolument pas relativiste ; on peut choisir ou créer ce que l’on veut mais certes pas entrer en contradiction en annulant le champ originel (de même que, instanciant la liberté, on suppose immédiatement ou instantanément l’égalité, et leur mise en œuvre complexe) ; il n’est aucune identité qui puisse recouvrir cette structure. Elle est le rond-point de l’historicité (cad celle qui rend possible tous les possibles ; penser universellement ne veut pas dire que je nie mon individualité, mais bien que je pense lorsque je comprends ce que je dis, personnellement, on ne peut pas penser à ma place ; de même dieu ne s’adresse qu’à chacun un par un ; le christique encore plus, qui meurt pour chacun ; et la liberté que l’on sache on n’est pas libre à la place de quelqu’un d’autre).

Le porte-signes est celui-ci qui seul, dans son individualité, peut envisager de percevoir les significations. De même que le christique est le un tout-seul (vraiment tout-seul). Ou que Montaigne ou Rimbaud se transmette à qui l’entend, pourvu qu’on le veuille… ce qui n’est pas du tout évident et facile.

On dira donc qu’il s’agit de sauver véritablement son âme (ce qui veut dire actualiser la foi très réelle) ou de réaliser véritablement son être, ou « tout le possible possible » et ce avant le terme (étant entendu que lorsque ce sera terminé, ce sera terminé). Le problème étant (à quoi s’utilise toute l’historicité) ; qu’est-ce que le vraiment possible ? Puisque si on abolit l’hypothèse d’un deuxième monde, d’une substance de l’esprit (on ne sait pas du tout ce que l’on pourrait entendre par là), il perdure quand même une différence fondamentale entre notre être et le donné, la réalité. Soit donc, nommée, l’intentionnalité.

Mais, comble du perfectionnement, on a désigné comme « signes » ces étranges orientations qui au cours d’une vie transforment celle-ci en existence ; la perception des signes, venus on ne sait de où, est précisément l’expérience qui probablement est arrivée, s’est imposée à plus d’un. Et on dit bien ; au cours d’une vie … non pas de grands signes universels, mais à l’échelle et au cœur de l’existence la plus concrète de chacun. Au cours de la vie, modifiée en existence, des signes viennent. On suppose, ici, qu’ils viennent d’en-avant. C’est ce que l’on nomme le kaléidoscope. Il existe un champ, constitué de rapports et tout se meut en ces rapports afin que le champ premier se modifie ; cela vaut pour chacun, en tant qu’il s’agit là de l’actualité continuelle de chaque conscience, et cela vaut, peut-être, dimensionnellement, pour le réel ; dans le présent le réel se modifie constamment, il vient en avant de lui-même, raison pour laquelle il existe un présent. On suppose qu’ils viennent d’en-avant, et donc que le temps habituel ou naturel ou donné n’est pas le ‘temps’ réel vertical; le présent (qui déroule toutes les réalités) est l’exister (qui se dresse verticalement en plus de toute l’horizontalité donnée ou immanence).

Redoutable perfectionnement parce qu’il existe un réel afin qu’il soit plus grand que lui-même et est ainsi engagé intégralement (au sens où rien n’y échappe, pas un iota) et en intégrité de structure (requérant la pré/disponibilité) dans sa propre perfectibilité. C’est cette possibilité interne au réel (conçu comme splitté, articulé, ouvert en interne en son pli, sinon de réalité il n’existerait pas) qui réclame fondamentalement notre attention. C’est cela admettre en soi une plus grande possibilité (et non une plus étendue réalisation), une plus grande possibilité qui implique de se re/prendre antérieurement (le pardon dans le christique, la capacité toujours nouvelle de re-venir, avec un trémas puisque le re-venir est le venir lui-même) une plus grande possibilité que chacun recherche.

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Sartre et Lacan

17 Octobre 2020, 08:25am

Publié par pascal doyelle

Soit donc illustrativement.
Nous sommes livrés pieds et poings liés à la jouissance, qui cherche violemment partout à se réaliser.
Pour ne pas y succomber (comme on verra) nous nous distrayons par ces plaisirs, petits et grands.
Parfois telle occurrence de plaisir s’enflamme en passion, qui peut-être se
concrétisera en amour, affectif, Mais dont la puissance s’éteindra probablement.
E
t parfois le désir inclinera calmement en amour-raison
Et enfin quelque fois en amour et adoration au sens religieux de la foi (dieu, christ, pensée, universel ou œuvres, un engagement, une éthique, la révolution, etc).

​​​​​​​Les conditions brutes d’existence.

La jouissance, qui est originelle, n’est pas naturelle. C’est la jouissance hallucinée du corps empli, extatique et les signifiants pourront cadrer et découper cette jouissance, temporaliser, et rendre possible de désirer un objet, réel, dans le monde, parmi les autres, dans la société et le symbolique (l’objet a de Lacan) ; la folie est d’être (dés)intégré par la jouissance (qui ne peut plus être distinguée par les signifiants, la psychose ne sait plus communiquer ni repérer le réel) ou, autre fourvoiement, les signifiants nous contraignent à tourner en rond. Aucun être vivant n’est soumis à la jouissance impérative, toute puissante, délirante, hallucinée. Pour que s’impose la jouissance il faut un champ intentionnel qui non seulement désire ceci ou cela, mais imagine la jouissance surabondante qui comblera au-delà du donné, du naturel et du raisonnable, au-delà de la limite, la jouissance surabondante qui nous emplira, débordera. Aucun animal n’imagine une telle complétude. Tout être vivant est d’abord son unité, laquelle est constamment en danger, peu ou prou ; un être humain est soumis quant à lui à une unité transpercée, traversée, dépouillée d’elle-même. La menace consiste structurellement à prendre le contenu pour la structure et ne plus y introduire de distance ; le fou n’est pas seulement celui qui se prend pour le roi, mais le roi qui se prend pour le roi.

La jouissance imaginée n’apparaît que dans un champ intentionnel. Il ne s’agit pas de jouir naturellement, mais il est question du fantasme d’une jouissance qui comblerait l’articulation, cad le gouffre, qui s’est ouvert sous nos pieds ; et ce gouffre c’est le rapport intentionnalisateur qui crée, ouvre, élabore le champ qui place les choses, dont nous-mêmes, et nos objets de désir dans son champ, et ce par signe, ce qui veut dire par une distance. Et cette distance ne peut pas être comblée, au sens propre et figuré ; il n’y a pas d’objet, de chose, de corps, aucune autre conscience qui puissent emplir le vide du signe ; et donc aucun signe (figuré) ni aucune « substance corporelle » pour ainsi dire (sens propre) n’y suffirait ; il n’y a pas, n’y n’aura pas, il est impossible que l’on obtienne satisfaction.

Ça ne sera pas de l’ordre de la satisfaction. Nous comprenons cela ainsi ; la structure de conscience, larticulation, le rapport ne trouvera pas dans le monde (le vécu, le relationnel, le corps) son « objet » et donc il sera à lui-même sa « résolution ». c’est de sa propre auto-compréhension, pour ainsi dire, qu’il tirera sa possibilité ; cad qu’il continue d’exister plutôt que de s’effondrer dans son absurdité, son non-sens, sa non-satisfaction. Et évidemment outre ce préalable négatif, positivement cela veut dire que l’articulation est, en elle-même, la Puissance, la potentialité, le possible et la Possibilité même. Qu’il y ait articulation (en et par l’a conscience-de) veut dire que le réel est cette articulation (et non quelque quelconque objet ou complétude ou satisfaction, qui n’appartiennent, eux, qu’au monde, au vécu ou au corps).

Rappelons ; on ne considère pas que le réel soit absurde ou dépourvu de sens. On admet parfaitement, par contre, la brutalité, la violence, ontologique et physique, mortelle, si l’on veut au sens propre et figuré aussi, de ce réel. Ou donc ; le réel n’a pas pour finalité notre « satisfaction » (ce qui ne veut pas dire qu’il faille célébrer la brutalité ou les nécessités invivable, mais au contraire facilité notre vie afin que la véritable destination, le sens réel du réel puisse se développer ; à savoir que si le réel est à ce point brutal c’est qu’il suit la logique de la distinction ; si on distingue, on divise, on sépare, on découpe. Si la réalité ne se divisait pas … il n’y aurait pas de réalité. Ce qui se détermine, se détermine. Le système même de « réalité » est la détermination, soit donc la distinction de toute chose, être ; tout est à ce point distinct que l’espace temps se crée, de sorte qu’aucun point ne recouvre un autre.

Brutal, sans doute aucun, mais non pas insensé. C’est au contraire une structure d’une cohérence inouïe en ceci qu’elle rend possible une « réalité », ce qui veut dire ce type absolu de dispersion, de multiplicité, d’unicité partout, en chaque point. Cette cohérence formelle est cela qui est cherché.

Revenons. On a donc supprimé l’esprit et ce depuis Sartre. Et en remplaçant l’esprit par une performance absolument suréminente et multiforme, et peut-être infiniment formelle, nous avons à la fois simplifié et rendu plus incompréhensible le problème. Rappelons que l’on considère ici que le développement depuis (au moins) dieu et ensuite l’universel grec et ensuite encore le christique et le sujet, ce développement s’est effectué en droite ligne ; ni Descartes ni Kant ne présuppose la pensée, la pensée comme substantielle ; la raison, soit donc au mieux le moyen du sujet ou plus extrêmement les images dans le miroir du sujet, n’est pas la pensée. La pensée qui était conçue comme « pensée appartenant à dieu » dans toute la théologie. Pensée divine donc, aussi a-t-on pu reprendre Platon. Rappelons que l’on a sous la dénomination de pensée, idées, système, déployer quantité d’intentionnalisations du monde donné là, de telle sorte que l’on s’est échappé de fait de tout langue et de tout groupe ; si on ne comprend pas ceci ou cela de telle philosophie grecque c’est que c’est grec et non pas universel ; ce qui passe, d’une langue à l’autre, c’est l’universel.

C’est une mythomanie complète que de croire que l’être est une langue. De même mécomprendre Lacan que d’entendre « l’inconscient est structuré comme un langage » par « en tant que langage » ; « comme » un langage veut dire que chacun est instancié par des signifiants et non quelque mystérieuse qualité de la langue ; soit donc chacun use des signifiants et effectivement les signifiants ils sont systématisés (plus ou moins) dans l’usage d’une langue dans un collectif, mais en fait ils sont scindés et séparés et peuvent être réarrangés en tant que dans le corps, de chacun, ils marquent une signification et par métaphore et métonymie glisser et constituer l’inconscient ; un signifiant cache un signifiant qui cache un signifiant qui cache un état du corps, une jouissance, une jouissance imaginée ; ce qui veut dire ; qui n’existe pas, n’a jamais existé, fut halluciné, soupçonnée, désirée, fausse perception mélangée et sur laquelle, coupure (opérée par les signifiants). La vérité est que Lacan prend bien soin de la révélation sartrienne, que l’intentionnalité est un champ et qu’ensuite il s’individualise, et donc présente que le moi (qui est un identité imaginée, pas réelle, mais tenue dans une intentionnalisation, dans une image ou un conscient de soi) est originellement une bordure qui coupe le corps : par quoi le dit corps, vivant, n’est plus vivant mais devient Autre, il est affublé d’un signe et le signe est, pour l’intentionnalité, bien plus réel et puissant que le corps, plus impressionnant que le sentiment du corps, puisqu’un arc de conscience est fait pour cela, pour les signes et non pour le vivant.

Or que l’on existe selon les signes (qui nous découpent) veut dire aussi que ce signe est déjà une sorte de « conscience » ; tout signe n’est que par et pour une conscience ; et donc nous voici chaîné par le signe que nous appartenons à une autre-conscience (qui est tel ou tel autrui ou l’autre-conscience en général ; parce que toute conscience est déjà un rapport et donc est absolument, cad formellement, Le-Rapport ; sitôt que l’on prononce ou avance ou existe dans ‘tel rapport’ on existe selon Le-Rapport ; il n’y en a qu’un. Et donc par, via un signe, «on est perçu ».

Le moi croit qu’il s’agit de ‘sa’ conscience ; la conscience ‘de’ Pierre par ex. En vérité et dans le réel même, Pierre appartient à sa structure de conscience, ce qui ne s’entend que si la conscience en Pierre est plus grande que Pierre et que sa santé existentielle, structurelle revient à non pas croire en lui-même, Pierre (ce moi composé par son vécu, son héritage, génétique ou historique) mais à croire en ce sujet antérieur à Pierre ; à quoi servaient les religions... Les religions, les pensées, mais aussi les œuvres (Rimbaud qui devient ‘Rimbaud’, comme l’a bien vu Nietzsche qui dit, de Nietzsche, qu’il va couper l’histoire en deux … Nietzsche devient le héros, le sujet, de sa propre histoire afin que le sujet ‘Nietzsche’ soit plus grand que le Nietzsche vivant, qui n’était, comme tout le monde, qu’un petit bonhomme de rien du tout).

Lacan procède exactement à l’inverse ; il s’agit pour tout moi de percevoir ce moi du dehors ou d’un dehors sans doute très limité mais suffisant pour que naisse le sujet (de son existence) à partir du moi (de sa vie) ; que celui-ci qui non pas guérisse mais puisse continuer (au lieu de s’enfermer dans son moi névrosé). Que même si il n’est aucun sujet proposé (qu’il soit de religion, de pensée ou de liberté ou d’œuvre, etc), que même alors le moi soit perçu du dehors, d’un dehors qui desserre quelque peu la chaîne des signifiants. C’est pour cela que l’extraction du sujet hors du moi (dans lequel on tourne en rond) se produit in vivo, dans l’acte de psychanalyse ; il faut que le sujet Voit le moi.

Mais en vérité Lacan a compris que le champ de conscience est bien plus grand que telle découpe, Pierre ou Marguerite, la table ou le conscient. Sauf qu’il croit que ça glisse, ce champ, dans l’inconscient, puisqu’alors, hors de la position du pour-soi de Sartre, la conscience est réservée en tant que conscient ; explicite, objectif, ou subjectif mais imaginaire.

Lacan ne croit pas, apparemment (parce qu’il fut très discret sur sa lecture de Sartre … qui n’a pas pu ne pas l’influencer, d’autant que Lacan fréquentait les cours de Kojève et sa version « matérialiste  » de Hegel), en la vision sartrienne du je ; et pour cause si Sartre réintègre le moi dans le champ, le je est et n’est que ce champ ‘objectif’, direct de la conscience, ce pour-soi n’a d’effectivité que d’être justement un je. Un champ de choix, qui du reste trouvera tout naturellement dans le marxisme ou dans la logique pratique de Sartre un dialectique très difficile mais pour ainsi dire un débouché naturel ; c’est par ses effets de champ pris par un je sur lui-même, qui assume cette charge, qui assure et poursuit ses décisions, prises dans la plus grande extension de champ (en somme qui se hausse non tant au niveau de la raison, de la science et de l’objectivité mais de l’histoire humaine, de l’humanisme historique).

Sartre est un guerrier ; son « sujet » est conquérant ; il n’est pas dans la contemplation mais dans l’action. Une œuvre est un engagement tout comme la révolution et idéalement les deux, grande tradition somme toute, et une vie est un engagement, très difficile, très rigoureux, le contraire du moi souffrant de Lacan. Or pourtant il s’agit du même champ ; lorsque Lacan tire vers l’emplissage du champ selon les signifiants, les images, les pulsions du moi, Sartre pousse vers les possibilités aboutissant à des résultats de l’intentionnalité ; qui pour Lacan est divisée en elle-même ; ce qui est vrai, absolument vrai, mais c’est de l’intentionnalité dont il est question, et non d’un « être », et donc cette intentionnalité peut très bien être étendue de son engluement dans le moi vers la possibilité du je, le plus objectivement historique et humaniste possible. Le champ qui n’est pas un être, est élastique. C’est bien pour cela qu’il est d’une compréhension bien plus inclusive de toutes diversités et surtout parce qu’il est d’un maniement, d’une praticité formidable pour toute activité ; une conscience, cette structure, est faite pour cela.

Pour intégrer tout ce qui vient du corps, de la perception, créer des langages, utiliser ceux-ci sur un horizon et s’adapter à n’importe quelle situation, ce qui veut dire aussi inventer de nouvelles situations ; le reconditionnement qu’autorise l’utilisation du signe, la capacité de cibler l’horizon des horizons divers, de ramener ou d’étendre, de concentrer ou de desserrer l’attention est le fait utilitaire de l’arc de conscience. Le monde donné, la nature ou la réalité ont inventé un (non) mécanisme capable d’une hyper adaptabilité qui excède le vivant .

Et donc nous voici face à non pas une essence (dont on ne comprendrait pas du tout comment l’esprit pourrait absorber le monde donné là, en tant que deux ‘essences’ se heurteraient et l’une l’emporterait, par a priori ou préférence personnelle, l’une sur l’autre) mais devant une structure, vide, étant un rapport (capable de quantités de rapports). Or contrairement à l’interprétation de Sartre d’un champ « uniforme » et donc aboutissant à une universalité in fine, on suivrait plutôt l’hypothèse que ce rapport étant un rapport, il est un. Soit donc strictement individué.

Et dès lors est-il impératif de désigner ce rapport singulier comme précisément capable de toutes objectivités, subjectivités, perceptions, activités, communications et langages, sociétés et relationnels, d’être au final une structure-sujet absolument toute puissante et dotée d’une hyper cohérence.

les autres pensées ne comprennent pas que le procédé de conscience est distinct de toute pensée, toute représentation, tout langage ; il n’est que Sartre qui désengage l’arc de conscience de tout contenu. Ce qui veut dire qu’il l’individualise absolument. Individualise en tant que champ, antérieurement à tout moi.

Si la conscience que l’on a de soi est un rapport, alors il est à plusieurs niveaux, plusieurs niveaux réels. Et la conscience de soi n’est ni idéale, ni imaginaire, ou imaginale, ni idéelle et consciente. Elle réclame donc sa propre définition effective.

C’est ce que ciblaient Nietzsche et Heidegger ; une conscience immédiatement donnée là dans le monde, le vécu, le corps. Sauf qu’ils refusaient que ce soit une « conscience » qu’ils prenaient au sens classique si l’on peut dire, hérité de Husserl pour Heidegger ou de la tradition globalement, de conscience équivalente au conscient, voire pire de conscience « morale ».

Or on a vu que le tour de force de Sartre fut d’instancier la conscience dans l’ici même, comme point purement négatif mais réel qui donne à voir le monde ; c’est pour cela qu’il débute par l’imaginaire ; le registre qui semble le plus immédiat, tout comme l’émotion le plus spontané. Et il s’avère donc que tout l’ensemble des émotions et des imaginaires sont construits, artificiels, ce qui ne veut pas dire dépourvus de réalité ou de vérité, mais que celles-ci ne sont pas reliées à un donné naturel mais à un sujet ; le pour-soi, lequel est un champ qui parfois s’inscrit comme subjectif mais peut aussi bien penser les mathématiques ou fabriquer techniquement une turbine ou systématiser une législation de droit.

La création du champ est fondée sur l’arc de conscience qui crée au devant un champ de signes ; ces signes, ces rapports, font de fait et instantanément retour sur l’arc lui-même. De sorte qu’il ne s’agit plus du tout de l’ancien système conscient qui faisait valoir ou qui se suspendait à l’universel ; il s’agit de la structure sujet, celle qui, justement, prend pied dans un corps, une perception, un vivant mais étant formelle, cad vide, elle absorbe tout ce qui lui vient.

On sait bien que si l’on définit la conscience comme étant le conscient, ou donc résidant en un contenu conscient (qui acquerrait la conscience on ne sait comment) ceci s’oppose massivement aux perceptions venues du corps ; et si il s’agissait de choisir entre le corps et l’esprit, on n’en sortait pas et même on basculerait plutôt vers le corps et anéantissant l’esprit. L’esprit considéré et admis comme une chose éthérée peut-être mais déterminée ; entre la détermination éthérée et la détermination donnée et physique quel choix aurions-nous ?

Mais tel n’est pas le cas ; le seul qui ait franchi le pas, c’est Sartre. Pour Husserl l’intentionnalité est certes un processus ou un procédé, une technologie, une structure (qu’il décrit) mais relative à un contenu et un contenu encore et toujours idéel ; pour Sartre non. L’idéel fait partie des réalités qui s’agitent dans le champ du pour-soi. Comme tout le reste, cad littéralement « tout le reste ». Sartre ne va pas au bout ; parce que ce à quoi il se réfère c’est encore la détermination (et qu’il refuse l’esprit, à juste titre ; tout ce que l’on a pu tirer de l’esprit l’a été, et de toute manière depuis Descartes ça n’est plus de l’esprit dont on parle, malgré divers mic-macs, mais de la volonté, de l’intention ; le sujet kantien n’est plus situé réellement dans l’esprit, ni la raison, ni l’entendement, mais dans le sujet moral, selon son Intention précisément, l’esprit hégélien est et n’est que négativité qui ouvre des systèmes et le savoir absolu est la connaissance de ce que l’on a connu et n’est pas en lui-même autre que cette historicité, dialectisée). Etc.

Rappelons. Que l’arc de conscience se produit de la cervelle vers le réel et qu’il n’est pas déterminé ; sous entendu qu’il est toujours déterminé ; il n’existe pas d’arc de conscience qui ne signifie pas, toute conscience est conscience de quelque chose, mais elle passe d’un quelque chose à un autre … puisqu’elle est un rapport, qui requiert l’un et l’autre terme du rapport, mais il ne tient ni dans l’un ni dans l’autre, il va tisser des rapports ou des contenus qui sont eux-mêmes des rapports et l’ensemble de tous les rapports est indéfini, se poursuit indéfiniment comme une série infinie, et signifie dans son unité cette unité vide du flux ; ce qui veut dire que les rapports se rapportent à un seul, le je, qui n’est pas une identité mais ce par quoi le rapport se signifie lui-même en tant que rapport. Or le rapport ne peut pas se signifier ; il n’est que le mouvement lui-même, et donc il lui faut un moi, et ce moi est ce corps. C’est le corps même qui est barré, coupé par le signifiant (ce qui lui cause une douleur d’être infinie, puisque l’on n’est pas, on n’est pas « de l’être » et donc on ne sera jamais satisfait sous la forme d’une complétude, et ce corps vivant, ce vivant est fondamentalement brisé ; il lui faudra retrouver une autre sorte d’unité (celle spirituelle ou divine ou christique ou transcendantale ou existentielle, et donc pas une unité du tout mais l’élaboration de la division, de la possibilité comme telle.

Dieu, la pensée et l’universel, le christique et le sujet, le sujet et la révolution, le réel creusent le gouffre de structure. Non seulement en élaborant la Cause (en distinguant ses possibilités internes en tant que Cause) mais en démultipliant également les effets ; l’approfondissement de la cause en sa structure emplit le temps de possibles en produisant une multitude d’effets sur le monde, le vécu, le relationnel, le corps ; puisque le rapport initial est analysé, il se crée quantité de rapports seconds et puis secondaires.

Ce qui veut dire des rapports de plus en plus précis, détaillés, pointilleux, et à mesure que chacun s’empare du rapport et qu’il commence de le manier en tous les sens, les significations disponibles et puisque chacun sait qu’il existe réellement chacun créera quantité de rapports effectivement réels (de même que quantité de rapports fantasmatiques, irréels, arbitraires, etc) ; de là que non seulement il apparaisse d’innombrables rapports nouveaux, mais qui plus est des rapports réellement effectifs, qui portent à effets, en d’autres effets et encore plus de causes selon le monde, le vécu, le relationnel, le corps et la vie de chacun.

Comprenons que le rapport naturel consiste en l’intégration de la conscience de l’inférieur dans la conscience du supérieur hiérarchique, et que plus loin (ce qui veut dire antérieurement aux empires et aux royautés) l’intégration de toutes les consciences dans la conscience collective, dans la parole, la représentation partagée qui se donne comme monde immédiat. Que toute indépendance de conscience amenée ici et là dans l’historicité est une conquête et une difficulté. Qu’ayant collectivement parlé, représenté et pensé c’est afin d’opérer une activité de synthèse qui permettait à la fois l’ensemble des réponses au monde donné (dans la survie, à tout le moins) et la communauté de compréhension ; il n’existait pas de livres, et encore moins d’ordinateurs qui individualisent, ou inversement que l’individualisation rend possibles et surtout nécessaires, imposant qu’il y ait communication et transmissions individualisées (et non plus collectives).On suppose ici que le collectif est une variation de la structure individuelle, bien que le groupe paraisse évidemment primitivement ; croire que l’arc de conscience soit un effet du langage, de la communauté est, pour nous, illogique.

Puisqu’il est clair que l’on admet comme mystère absolu que le donné, la réalité, la détermination qui se déploie partout comme univers, monde, étendue, que ce donné invente tout à coup un être qui n’est pas déterminé et ruse suprême qui soit justement déterminé afin de surgir indéterminé ; la conscience qui est toujours conscience de quelque chose, au sens où elle se pare impérativement d’au moins un signe, consiste précisément en ce dépassement de tout signe limité par et dans d’autres signes, à la queue leu leu ; ce par quoi Lacan désignait la suite indéfinie des signifiants, laquelle indéfinitude parvenait à s’ancrer justement afin de ne pas tourner folle, et à s’ancrer en et par un corps… Rompant le charme mortel de la jouissance par la ponctitude des points de l’objet a, le petit a, toujours recommencé et renouvelé ; la suite des signifiants tourne éperdument et épuise mentalement ou aussi bien physiologiquement (dans parfois des cas extrêmes).

Comprenons que l’arc de conscience est une articulation et que notre finalité impérative, hors de laquelle nous tournons fous (ou insupportable ou ignobles ou dangereux individuellement ou collectivement), cette finalité impérative est d’instancier, dans cet arc, le réel. Le réel, soit donc en l’occurrence la distance, est la distinction qui existe entre moi et mon objet. Si mon objet n’est pas à distance il l’annihile, il le colle en une identification hallucinante (plus ou moins vigoureuse, rendant la vie plus ou moins impossible) : il déchaîne la confusion de la forme (de conscience) et du contenu (de conscience) ; dont on saisit immédiatement qu’ils doivent se distinguer. C’est pour cela qu’une œuvre, véritable, n’est jamais une facilité (un vrai film n’est pas « hollywoodien », ce qui veut dire que les pires films pourtant bien appréciés sont des hallucinations, des folies, des névroses ambulantes).

Ou donc, pour reprendre, que non pas le sujet apparaisse dans la séance de psychanalyse, mais que ce soit lui qui puisse percevoir et desserrer le moi de sa gangue, qu’il ne soit plus astreint aux contenus. Que le moi via son sujet affleurant (dans la réalité) advienne au réel (et non plus reste noyé dans les réalités, les objets, les désirs figés, ou comme dit Lacan que « ça continue de s’écrire » au lieu le moi demeurait bloqué, coincé dans son moi attaché).

Ce lent travail du moi qui soudain se perçoit, au bout de 3 séances ou trente ans, à partir du point de son sujet, c’est ce qu’impose, de but en blanc, Sartre comme extérieur absolu (l’en-soi, le réel, l’existence, le bloc massif du réel externe) et ce qu’il propose comme un Fait absolument d’une dureté rigoureuse (de la même rigueur que le sujet kantien ou du même réel suspendu selon le doute cartésien) ; ce sont diverses manières d’apprendre non plus le moi que l’on Est, mais le sujet que l’on Existe. De ceci qu’il sera le philosophe du regard de l’autre et que finalement l’altérité absolue de l’en-soi, de la chose massive et l’altérité de la conscience qui vient traumatiser le moi (qui dépend structurellement de ce champ de conscience) relèvent de la Même Altérité. Il décrit toujours à partir du point-autre absolu (le seul absolu qu’il reconnaisse).

Cette jouissance de Lacan (qui est donc non naturelle et n’a rien à voir avec un désir naturaliste, aucun vivant ne nourrit la monstruosité d’un tel Désir, il n’y a que nous) c’est l’engouement du pour-soi sartrien qui se voudrait pour-soi/en-soi (se saisir en conscience et vivant à la fois, ce qui est impossible). « L’enfer c’est les autres » ou « nous sommes au jeu de l’Autre » de Lacan, c’est la coupure que tout signifiant, tout signe opère sur le corps-vivant, physiologiquement pratiquement (et le signifiant nous rend malades et de toute manière souffrants).

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L’arrêt du bras violent et des ténèbres

10 Octobre 2020, 09:13am

Publié par pascal doyelle

On dira donc que lors des tribus nous inventions, jadis, la mise en forme culturelle, du langage, de la représentation, des échanges, des systèmes familiaux, des descriptions du monde donné là,

il s’en est suivi que l’on prit conscience que ces contenus (qui sont énormes et très complexes, ces cultures humaines) n’étaient pas reçus ou donnés tels quels (selon le sacré, le mythe ou la magie) mais que nous produisions les dits contenus, et que donc il fallait se demander, dès lors, pourquoi et comment il nous était possible de créer des mondes.

Mais de cette manière nous fûmes éjectés hors de tout monde, puisque tous se révélaient artificiels au sens de construits. Nous existons de, par cette artificialité, cette construction, et que nous aimerions admettre comme « sacrée ou naturelle ». Sacrée pour les anciens mondes mais tout aussi bien naturelle pour nous, depuis 2 siècles et la révolution de la raison, des lumières, du réalisme humaniste ; la « nature humaine » ou « le désir » ou le besoin. En comparaison pour les grecs le monde était aimable en lui-même et naturel mais empli de sacré.

Or il y eut un changement entre-temps, entre le temps du sacré d’autrefois et le temps du naturalisme, du réalisme de la « nature humaine » ; modification qui introduisit le divin. Intervention du dieu unique tout-autre, de la pensée universelle (toute autre également), du un tout-seul vraiment seul et intentionnel, de la suspension de l’intention personnelle, individuelle cartésienne. Si la conscience est une structure, elle est un rapport, l’intentionnalité est un rapport, aussi peut-on évaluer qu’au fur et à mesure l’articulation (qui passe de dieu à René) se resserrement, le resserrement en augmente, intensifie ou accélère la précision. La précision structurelle.

Le divin est tout à fait différent en lui-même ; en ceci, très simplement, que le sacré de jadis et évidemment le naturalisme moderne se mêlent, se mélangent au monde donné-là. Tandis que le divin tient le monde, le vécu et le relationnel, le corps et la vie de chacun à l’extérieur. Dieu a créé le monde et les êtres ; la pensée, les idées sont autres que les phénomènes, l’apparaître est exporté par l’idée. Le christique vous regarde, oserait-on, vous pointe de la désignation et appelle votre âme à ex-sister. Vous lisez « je pense, je suis » et voilà, c’est fait, vous avez basculé. Le divin ne consiste pas à s’enrouler dans le monde en tant que monde, vécu ou corps,  mais se tient extérieurement au monde et donc manifeste quant à lui-même et quant à lui seul sa propre dimension.

Et dès lors il faudra définir le divin comme tel, en lui-même et en plus du monde, du vécu, du donné, des mondes humains, des relations acquises, des corps. Le divin désigne une unité, une surface, un pointage séparément du monde et autre que quelque partie du monde, du vécu ou du corps.

C’est ce que l’on trouvera pas chez Heidegger. On y retrouve la notion d’un sacré en possibilité, mais non pas qu’il y ait un divin tout à fait autre et en plus qui puisse dominer la réalité. Et c’est cette décision initiale, de se passer du divin, qui le conduit à la fondation « critique », criticiste, de sa position première ; cette « critique », ce refus de l’a priori, de l’idée ou l’universel, de dieu et du christique et cette sorte de mécompréhension tout à fait sidérante de ce que fut toute cette historicité, cette tradition, la nôtre ; que par ailleurs il s’épuisera non pas à comprendre mais à dénier, dynamiter, détruire et réinterpréter, interminablement.

Si tous les mondes sont construits, le sacré se donne l’apparence d’une immédiate magie. Mais la constructibilité des mondes implique qu’il n’existe ainsi pas du tout « d’authenticité » ; la seule authenticité est l’activité de conscience, celle qui découpe, parce qu’elle produit ce qu’elle perçoit. Et, notons-le, elle produit effectivement, elle crée des « choses qui fonctionnent », que ce soit le tgv ou une œuvre ou un système de droit ; ça fonctionne ; ce qui veut dire que, ce faisant, elle perçoit réellement ce qu’elle perçoit ; étant structurelle elle est capable de toute objectivité, subjectivité, hyper objectivité ou nommez cela comme vous voulez et de tout ordre. Lorsque l’activité intentionnelle se lance, elle absorbe tout ce qu’elle peut et il lui est possible de millimètrer chaque attention jusqu’au plus proche du donné, des détails de ce qui paraît dans le monde ou de ce qu’elle peut recréer ou créer ou penser, etc. Il y a pensée, image, imaginaire, perception, sentiment, langages, parce qu’il y a intentionnalité (collage des signes et de signes, de signes et de percepts). Et l’intentionnalité peut et sera incroyablement précise.

Précisons qu’ici on ne refuse absolument rien de ce que tout ce qui a pu précéder, rien de ce qui y prétendait, espérait, attendait ou supposait, on ne refuse absolument aucune des hypothèses qui furent, quelles qu’elles soient, et ce telles qu’elles s’exposent et se signifient elles-mêmes. Platon a raison de saisir les idées en en étant saisi ; les chrétiens de croire en jésus et Descartes de prouver son ex-sistence de sujet.

Et ce puisque l’on ne considère pas du tout que la vérité soit restreinte à ‘un énoncé’ mais que tout énoncé se réfère à une structure qui évidemment ne « passe pas » en quelque proposition que ce soit, mais que toutes les propositions renvoient, de fait et strictement, à celui, ce sujet-structure qui les soumet et l’autre que les entend ; et que chacun est alors mis en position de décider, de décider et de trouver en lui le chemin de Platon, du christ ou de Descartes. Et bien sûr de Heidegger si il le veut (en qui ça se dira autrement mais se dira quand même, on ne peut pas ne pas dire le rapport dont tout, ce que nous sommes, est issu).

C’est important de comprendre que le jugement s’opère de chacun et de chacun seul, puisque de toute manière c’est ce qui arrivera. Seul. Qu’on le comprenne à tel ou tel moment ou occasion de la vie.

Il arrivera qu’au bout du compte, de tout compte, et quels que soient les arguments, que chaque Je juge et prend part selon ce qu’il s’octroie, selon ce qu’il lui est dû ou selon ce qui éternellement lui est destiné (dans le grand système de la fondamentale liberté formelle de tout ce qui ex-siste, soit donc par exemple dieu comme système des libertés tel qu’évoqué par Descartes). De toutes les pensées, systèmes, idées, sacrés ou absolus ou divins, chaque je s’y pourvoira de quelque manière que ce soit. De cela il n’est pas lieu de désespérer, sauf si on oublie. Parce qu’étant rapport il ne se peut pas que chaque je ne se soit pas positionné. C’est impossible.

Il reviendra à chacun, et rien ni personne ne peut se substituer à qui que ce soit. Et comme on l’a dit déjà, même par rapport à moi-même, à mon « moi-même », je suis déjà la décision que j’ai toujours-déjà prise. On explicitera, pour peu qu’on y voit clair, cette règle d’exister, une autre fois. Mais avançons un peu que je ne sais pas encore la décision qui la mienne bien qu’elle soit prise… autant dire que cette décision ne se jouera pas et se jouera, à la fois, durant cette vie, cette existence ; un peu comme le petit bonhomme de Platon ( le mythe d’Er, mais sans la transmigration, ou avec si l’on veut, peu importe, le but étant le kaléidoscpe des possibilités, les possibilités qui se meuvent sans cesse lorsque tourne la roue interne du je, ou du réel, selon le dimensionnel).

La résolution d’une semblable équation impossible (chacun est à soi-même une équation dont il est la résolution éventuelle, potentielle, virtuelle, très réelle et très-exacte, le tout à la fois), la résolution donc est celle-ci que la dite décision c’est celle que l’on met en jeu, pose sur la table depuis de début et jusqu’à la fin. Autrement dit ; la « vie » est un seul trait, un seul trajet nourri de cent mille tracés. Chacun est à la fois le trajet et les tracés du trajet, mais évidemment on ne perçoit, et encore pas très clairement, que les tracés. Or cependant on croit, ici, que l’on sait la ligne elle-même de tous les tracés formant un unique trajet ; ce qui revient à dire une Intention d’Exister. L’Intention d’Exister est la potentielle ou virtuelle ou effective ou réelle décision-résolution (comme Lacan désignait « l’insondable décision d’être », ce qui est curieux pour un anti-philosophe claironné et un psychanalyste de l’inconscient ; Lacan n’était pas sot, mais en son temps il avait traduit Heidegger, et Descartes et Hegel sont cités à profusion).

Quelque part la décision fut prise/sera prise qui alimente toute la ligne d’existence. Notamment non pas de ce que la vie ou les autres ou autrui en particulier ou nous-même ont fait de nous, mais de ce que nous-même, le je fera de ce que l’on a fait de nous, de ce bricolage informe, du monde im-monde (Lacan). La dernière décision, l’orientation ou la désorientation, la possibilité ou la dérive, légère ou brusque, subtile ou lourde et pesante, revient de toute façon toujours au je. Parce qu’il est là, parce qu’il y est, parce qu’il existe et que rien nulle part ni quiconque ne peut lui retirer qu’il existe.

C’est comme si chacun était déjà au bout, tout au bout, à la limite au-delà de laquelle il n’est plus rien du tout, qui puisse s’ajouter ou se retirer, et qu’il faille alors se décider ; chaque je est le terme ultime et se perçoit déjà du bout de l’existence, en a-temporalité extra/ordinaire ; on est déjà possédé, dépossédé de la décision que l’on prendra, a prise. Chaque je est au Bord du monde, du donné, du vécu et du corps et de sa propre temporalité ; ce que l’on nommait l’âme autrefois, lors même que l’on ignorait de quoi il s’agissait en vérité et structure (peu importe parce que si la forme, qui est un rapport, se donne, c’est entièrement) et la décision déjà prise ou qui sera, s’instanciera en structure et en vérité.

Vu la difficulté invraisemblable du problème, il n’est pas étonnant que le christ ne juge pas. Nous serons, dans cette logique, ce logos christique, jugés par nous-même. Il se contente de tendre la main. Et que vous la preniez ou non dépendra d’un espoir soudain peut-être, ou une grâce, toute du dieu-le-père, mais aussi de l’accumulation des tracés, de tous les petits tracés, non en ce que tellement ces actes pencheront d’un côté ou de l’autre, mais de qu’ils auront créé en vous l’orientation, la tendance, la tentation, l’intention accessible ou inaccessible à la possibilité divine, d’accepter ou non la main tendue. Le vrai méchant refusera la main et actera tous les petits tracés mauvais … par amour de lui-même.

Ceci en vue de croire ou non (cela regarde chacun) mais de marquer la grande complexité intentionnelle en laquelle on s’engage de fait en existant. Et que ces circonvolutions du possible et de la destinée, pourtant, furent envisagées par le christique ou par les grecs (Platon). Comment véritablement juger un rapport ? Et si on se demande pourquoi une telle complexité c’est que la notion même de rapport ne tient ni dans le terme de départ ou final, mais dans le rapport lui-même. Invisible.

Bref.

Heidegger. Et le sacré. Et toutes les manières diverses, parfois sombrement païennes, et de ces retours des hérésies et des a-humanismes, de la sorcellerie et de la magie, des paganismes. Si le sacré est dans, comme monde alors il est magique … soit donc soumis à une anti-volonté, une anti-intention. Heidegger croyait que le sens, de ce qui est, naissait dans les choses et les êtres donnés là, et non pas des hauteurs idéelles ou abstraites ou universelles ou encore moins de la structure des sujets. Ou donc ; le sens, de l’être, est déjà là dans le monde et ouvrir les yeux (abandonner les abstractions, les extériorités, les suréminences ontologiques des temps passés, dieu, Platon ou Descartes), détruire les concepts et les représentations traditionnelles permettait de percevoir ou de s’investir dans le monde donné là tel quel. Et il considérait que la réalité concrète de cette proposition se constituait du peuple, du langage, du destin, de la destination d’une historicité spécifique (à savoir l’Allemagne).

On a pu croire ou comprendre, un temps, et peut-être lui-même s’est-il intuitionné tel, que le concret qu’il recherchait par-dessous les abstractions et l’a priorité (de l’universel et de dieu, de la raison et du sujet), que le concret se découvrait du vivant de chacun dans sa propre vie (dans l’angoisse ou l’être-vers-pour-la-mort) ; mais cela n’y suffisait pas ; une vie individuelle particulière ne peut seule porter le poids de l’être (elle n’est qu’une pauvre petite chose, puisque le sujet n’existe pas pour H ; il est une synthèse abstraite, imposée du dehors). N’est à proprement parler que la possibilité de l’Être comme destin, du sens de l’être tel qu’il peut être levé (et non élevé par le divin) par un peuple dans un langage et dans sa propre vision du monde, aimantée par le sens du sacré. On ne sait pas du tout ce que cela signifie.

Alors a contrario, il avait l’esprit contradicteur, il en croit que c’est le temps, le déroulement du temps, mais au lieu d’affirmer et de bien placer qu’il s’agit effectivement du temps Entier, du temps Entièrement, il loge cela dans le futur. La possibilité de retrouver une authenticité. D’une part on a dit qu’il n’existait aucune « authenticité » et d’autre part ‘retrouver’ jette tous les autres dans un empire d’ignorance. Ils se sont tous trompés, mais ne vous en faites pas, je vais vous dénouer le cheminement. Bon … Pourquoi pas.

Alors il y a Heidegger qui, contre l’éternité, voit que le temps mène l’affaire mais en proie à ses a priori hérétiques ou enfin athées et se prenant, aussi, pour le grand prophète (d’une nouvelle époque de l’Etre), il envisage seulement le futur comme unique dimension du temps réel. Comme on me l’a rappelé dernièrement, le futur est seulement une des trois ex-stases du temps (passé, présent, futur).

Mais Heidegger ne se déploie pas selon le sujet ; il se développe par et pour l’histoire ; on a cru qu’il amenait à la vie concrète de chacun, une analytique existentiale ; existentiale pas existentielle (c’est nous qui au début du 20éme l’avons compris comme ‘existentiel’) ; mais il n’a juste qu’analyser le da-sein comme un pauvre être empli d’affects, douloureux ; pour lui la détermination n’aboutit pas à la vie de chacun ; c’est la manière que l’on a eu de percevoir Heidegger ; comme si il décrivait le sujet humaniste individualiste, face à sa mort par ex ou dans l’angoisse, mais non ; c’est la condition générique, angoissante qui absorbe toute individualité et qui signifie que la vie individuelle n’est rien et que seule compte le sens de l’Être.

On va dire ce qu’il en est vraiment, à notre idée évidemment. Heidegger a voulu remplacer dieu, Platon et les idées abstraites, le sujet et la liberté. Il n’existe que les étants, et le rassemblement étrange des étant dans le sens de l’être. Et non pas les constructions abstraites des étants, en particulier le Gros-étant que serait dieu.

La tradition traditionnelle (..) a cru qu’il existait un Grand-étant (dieu), des idées abstraites platoniciennes, des sujets cartésiens ou autres, mais ce sont des constructions. Tandis que l’Être des étants celui-là que perçoit, apparemment, Heidegger, mène vers le Sens de l’être ; seul effectivement concret ; le reste ce sont des constructions qui oubliaient le concret, le monde de la vie, l’orientation de la « vision du monde », qui relève du peuple et d’un langage et d’une mystérieuse destination supra-proto-méta historique, c’est un peu confus, bref la finalité qu’il y accorde ; puisque, on le rappelle, encore une fois, Heidegger ne pense et ne voit que l’historicité, il sacrifie tout, et sacrifierait évidemment tout sujet, à cette fin.

Ce que Nietzsche entendait à la hauteur de l’individualité, à savoir que la Vie individuelle seule concrète (ou la volonté comme autre) s’opposait à toutes les élaborations (du ressentiment, de la négation du vivant), Heidegger veut l’établir non plus selon l’individualité, par quoi Nietzsche se sauvait en quelque sorte (puisqu’il restait accessible à chacun, quand bien même s’agissait-il d’une élite, une élite esthète) mais pour Heidegger ce sera selon l’histoire, sous la caractérisation d’un peuple (de même que le peuple juif était élu, puisqu’il faut le dire ; après ceci on ne s’étonnera plus de rien).

Ce sens de l’historicité lui est venu, parait-il, de ses études et de sa considération du christianisme premier ; que Paul et Augustin avaient inventé ou vu le temps de la Fin, avec jésus et l’eschatologie christique, le rassemblement du temps, le rassemblement qui attirait l’ensemble du temps mais aussi des destinations individuelles. Et de même qu’il déniait dieu, tout abstrait en sa considération, de même il annihilait le christique. Dans la mesure où le présupposé de la vie concrète conduit toute sa pensée, il n’y a plus de distinction, de différenciation structurelle ; il n’y a plus d‘autre (dieu), plus de monde donné (raison ou science), plus de sujet (et plus de vie individuelle sinon chétive), et ce qui a pu paraître comme tout à fait profond (le retour au concret lui-même, de même que Husserl mais inversement de celui-ci, pour ainsi dire) peut se résumer à cette différenciation non plus des architectures (dieu, la raison, le sujet, etc) mais différenciations du donné tel que « là ». Ce qui a donné lieu à de considérables et intéressantes constructions sur la « multiplicité » comme telle, soit dit en passant, ou sur la différance, etc. Il paraissait libérer l’immédiateté et on a pu le lire en gardant comme présupposé de sauvegarde que cela s’adressait à l’individualité (occidentale individualiste et humaniste) alors que non.

Le problème qui en résulte est que l’on a tout, parvenu à ce point, mélangé, et que l’on a cru révolutionner la tradition, la nôtre, celle du dieu unique à Descartes (et suivants) en passant par Platon, mais en vérité on n’aboutit à la supposition d’un sacré qui n’est plus divin. Traduit ; qui n’a plus d’externe point de séparation (on imagine dans la confusion une immédiateté authentique et sacrée, ou multiple en soi, Badiou a eu bien du mal avec ça).

Mais, répétons-le, je peux me tromper, je ne vais pas le préciser à chaque fois et de toute manière chaque sujet dépend de sa propre décision. Rappelons que, ici, ça n’est pas du tout un relativisme… puisque le réel est le système des libertés, des sujets… c’est - en vérité - que vous jugerez, que vous avez déjà jugé, que vous jugerait de ce que vous déciderez formellement parlant. Il me semble donc que la mécompréhension de Heidegger fut toujours de croire qu’il parlait par, pour les sujets (interprétation humaniste ou individualiste) alors qu’il ne visait que le Sens de l’Être et selon l’historicité, soit donc la négation de tout sujet, de toute raison, de tout divin à proprement parler. Et qu’il s’agit réellement d’un monde, d’une vision ‘païenne’ de ce qui est, d’un sens supposé sacré et donc indistinct, alors même a contrario que l’on interprétait qu’il ouvrait sur la multiplicité des immédiatetés, lors même qu’il ne prétendrait qu’au seul peuple et langage aussi grand ou plus grand que les grecs : le peuple allemand.

Posons, en contradiction, les bases, les plus strictes et impératives en elles-mêmes.

On admet ici également que l’universel, la raison et l’humanisme sont pris-dans une fonction ou une dimension plus étendues ; mais si on abandonne, lâche l’universel, on retombera toujours dans le donné et dans le donné il n’y a que des données, en pagaille. Vous pouvez ensuite alimenter ce donné par un fantasme, une vision du monde, un Sens supposé (que l’on désigne comme imaginaire, de même que celui de Nietzsche), mais ce Sens sera du recousu.

On ne reconnaît ici que la déchirure et rien d’autre ; dieu, la pensée, le christique, le sujet, la révolution ou le réel sont La Déchirure elle-même. Et rien ne pourra, dans ce monde ou cette vie, recoudre la déchirure, il faut en être saisi comme tel, et chacun, comme dit, en sera, en a été, en est saisi.

Sinon on n’éprouve tout simplement pas la suréminence de ce qui existe… Mais entre dieu, la pensée, le sujet ou le réel, et donc les œuvres au sens large, éthiques, esthétiques, poétiques, politiques, on a le choix, ne serait-ce que le tomber-amoureux du moi ! Et donc chacun, chaque sujet va éprouver cette déchirure du réel brut … Et comme il était dit ; dieu ne nous impose jamais plus que nous ne pouvons supporter. Dit autrement il faut en revenir à cette destination qui vous viendra, vous est venue, vous vient actuellement ; le système pur et brut des libertés, des sujets.

Qu’il y ait un système-des-libertés est intensément contradictoire, de notre point de vue, du monde, du vécu ou du corps et du réalisme habituel. Descartes, on le répète, définit l’homme comme volonté, qui est admise comme sceau de dieu en nous ; ce qui est tétanisant.

On ne peut pas ne pas supposer l’infini, parce que sinon nous serions cela que nous sommes (et donc abominés en enfer ou emplis à jamais de déterminations, attendant la dispersion, la dissolution des compositions). Simplifié, puisque notre être n’est pas un être mais un rapport, il ne peut pas déchoir dans tel ou tel rapport déterminé, pas même dans le regard-d’autrui… Le christique ne dit pas d’aimer les uns les autres comme ça, pour rien ; mais pour lui, d’une part, et comme élévation d’autre part, pas comme soumission. Le christique est très clair quant à l’égalité (dans se Vue) mais très étrange dans la liberté (qui revient de fait à chaque un, et comment en serait-il autrement ? Sinon ça ne serait pas du tout la liberté du Je).

Le problème est celui-ci ; comme il est impossible de ne pas supposer l’infini (quelque représentation que l’on s’en donne et la question est alors ; laquelle représentation et non plus si l’infini existe), alors si on nie l’infini on le retrouvera plus tard, plus loin et surtout, cette fois (puisqu’il est nié) sous couverture. Sous une formulation qui ne dira pas son nom … qui se camouflera ; et qui, se dissimulant, remplacera le principe de la vérité par telle ou telle vérité ; rappelons que la philosophie n’affirme pas des vérités mais tient celle-ci sous le manteau du principe général « de vérité », de sorte qu’il existe effectivement quantité de systèmes. Tandis que nommer l’infini comme tel cela implique que l’on en prenne la mesure, qu’on l’assure et qu’on l’assume et que l’on en applique la mesure.

Dit autrement il y a bien une ou des nations mais pas de « peuple », la notion « peuple » si elle n’est pas politique, relatif à des sujets qui forment, eux, une nation (de volontés distinctes) est une race, une ethnie, une religion, une culture et un rituel, une vision-du-monde ou ce que l’on voudra, mais pas une nation. La détermination précéderait alors l’existence, or c’est l’inverse qui est vrai, qui est structurel ; ce que l’on fera, actuellement, de ce que l’on, le monde, les autres ont fait de nous (en l’occurrence d’être citoyen). Ou encore ; il existe et n’existe que des sujets, qui ensuite forment des regroupements, mais toute communauté qui s’imposerait aux sujets abandonnerait la liberté et donc redescendrait dans la complexité possible, la complexité des rapports possibles.

Je reprends ; la question n’est pas ‘l’infini ou pas l’infini’. L’infini existe et il est impératif que l’infini soit admis et dit comme tel. Mais la question est : comment est-il compris, assujetti dés lors à sa désignation explicite d’infini et comportant ces exigences en propre. Et ce que l’on fait de cet infini, compte tenu desdites exigences et de ses rigueurs impératives.

Pour le dire j’ai bien l’impression que Heidegger ou Nietzsche cherchent à toute force d’échapper à l’infini, afin de faire ce qui leur chante … comme des transgressifs qui prennent leur rébellion pour forcément « vraie » ou « plus vraie » ; la tradition se trompant forcément (ce qui est bien sûr absurde ; notre historicité est toujours et absolument réelle, il n’y a aucun en-dehors du réel, sinon le structurel qui est l’antériorité, de même que dieu est dieu pour sa création, à cette fin, afin qu’il, le divin, soit plus-parfait, ou plus exactement que sa perfection se double, se triple, se quadruple, la grande liberté absolue d’assumation, certes, mais aussi d’attirance).

Si l’infini est, alors il existe. On a vu que l’on considérait ici que l’infini, seul réellement infini, c’est celui qui est perfectible, et donc qui est sujet ; seul un sujet ne tient pas de l’être (il n’y a pas de sens de l’être, mais un sujet, une coupure existant comme telle), un sujet est un rapport, un mouvement, une structure. La constante du mouvement est impérative ; un mouvement qui tomberait en « repos », ça n’a aucun sens. C’est que concevoir l’être comme une grosse chose inerte est un substitut de satisfaction imaginée, une complétude, et pas du tout une vie. La perfectibilité est la perfection suprême. Or on a constaté que tout est excessivement mouvant ; il n’est aucun point fixe où que ce soit. Donc la transcendance est absolument présente partout et en tout ; il se tient de la transcendance qu’elle produise toutes les immanences, certes, mais surtout la transcendance crée des réels transcendants, des sujets. Et conséquence tout à fait précise quant à Heidegger, aucune immanence n’est accessible, hormis via une transcendance. Il n’est donc pas d’immédiateté, de vie concrète, qui restera toujours imaginée et donc terrifiante puisque n’admettant pas les coupures que sont dieu, la raison, le sujet, la révolution ou le réel. De même que le communisme pensait, littéralement pensait universellement, que le peuple s’identifiait au Parti ou que l’humain n’admettait que des besoins et non des désirs libéraux.

Si l’on suit seulement l’immédiateté on nourrit ce que l’on pourrait désigner comme synthèse hâtive. On suit la violence et les ténèbres du monde. Ces ténèbres que le paganisme, le sens du sacré croit découvrir dans sa vision, contrairement au divin qui est hors du monde et celui sans lequel tout choie dans les ténèbres (les tribus d’autrefois éprouvaient le sacré, elles ne le prévoyaient pas comme « sens de l’histoire », il n’existait pas d’histoire, mais un récit gigantesque) ; le divin (de dieu, de la pensée ou du sujet) ne tient qu’à cela, au regard, à l’intention qui attire par le devant, l’en-avant de l’exister, et intervient toujours (toujours) comme coupure, déchirure, arrêt du bras violent.

C’est en cela que dieu, la pensée ou raison, l’universel, le christique ou le sujet paraissent nous priver de nous-même et brisent notre égocentrisme, le cercle que l’on imagine former ; on ne peut pas former un tout de soi avec soi-même (nietzschéennement ) ni en tant que « peuple » (heideggerriennement).

C’est pour cela soit dit en passant que dieu a élu son peuple, il en voulait une nation… laquelle ne tient bien sûr pas en un territoire nécessairement. Soit donc une nation destinée aux nations. De même que tout français est partagé entre son individualisme libre universel (chacun est sujet) et son universalisme humaniste (tous, quel que soit le peuple, sont sujets ; les français croient que tous sont français, cad universels sujets et ceci puisque la liberté est liée à l’égalité ; à l’égalité christique on ajoute la liberté, la liberté étrange).

La vie concrète est seulement en elle-même et non pas supervisée par une structure (de conscience), une architecture (de médiations, dieu, l’universel), une ontologie de la déchirure, de la division, de la distinction, de la différence structurelle et non pas des différenciations indéfinies du monde, du donné, du vécu, du corps.

Depuis le tout début (de tout) l’humain semble hanté par, dit-on, le retour à l’unité, la réconciliation, la complétude. Or c’est l’inverse qui est vrai ; sous couvert d’exhibition de dieu, de la pensée, du un, du corps du christ, du sujet, de l’État, etc, c’est une active et hyper active division et séparation qui eut lieu. Mais une division qui manifestait l’étrange subsumation hégélienne ; que ce qui est ajoute conserve ce qui précédait. Et la raison est que précisément il ne s’agit pas du tout d’ajouter un contenu aux contenus ou un contenu qui se substituerait au rapport, mais d’ajouter, dans le rapport, un nouveau rapport, qui évidemment conserve le précédent en tant que rapport. La pensée ajoute à dieu qu’il pense (qu’il crée des rapports dans son rapport à lui). Et on voit par ceci qu’il n’existe pas trente mille variations (ce ne sont pas cent contenus qui produisent cent autres contenus). Et on a vu que les grands Rapports signifient réellement des réels ; l’intention non pas de dieu (en adoration figée) mais en tant que dieu est Intention, la pensée comme production d’idées, d’intentionnalisations, le christique comme rapport en ce corps réel, le sujet comme rapport à soi, et donc forcément ici même (sinon il serait où ?) mais si le rapport à soi est « ici » c’est qu’il est possible de décrire le réel tel que là (et le sujet dans ses possibilités) et donc d’agir.

Dit autrement le rapport qui préserve le rapport est un réel, et non un rapport abstrait ; une structure effectivement réelle en sa nature dont on a reconnu seulement deux instanciations ; l’exister et la conscience, l’arc du présent et l’arc de conscience, enchâssée dans cet arc du présent.

En bref la question n’est pas de nier cette division généralisée (et qui est allée s’accélérant d’abord depuis la méditerranée, il y a 3000 ans, dieu, et depuis Descartes et la révolution, par ex) mais de comprendre qu’elle est tout et qu’elle est cela même qu’il faut prendre en charge et non pas la nier ou prétendre la résoudre de quelque manière que ce soit ; on ne la résoudra pas, pas ici ; il faut par contre l’élaborer, élaborer la déchirure, la tisser et non la coudre, tout en sachant que l’on ne pourra pas l’abolir. Le communisme, Heidegger, le nazisme, la raison molle, le désir du libéralisme et sa vie heureuse et pleine, satisfaite, croient éteindre le feu.

Et c’est ce que dit le christique ; « je ne suis pas venu apporter la paix, mais le glaive » Matt 10:34. D’approfondir la division afin qu’elle devienne le réel et sa mesure, et il s’agit évidemment d’une divisibilité de significations (le glaive est la parole), d’une ré-intentionnalisation généralisée de tout ce qui est (puisque le christique crée nos âmes dans l’actualité de son regard et qu’il est celui par lequel tout a été créé, le Verbe, la parole, cad les significations qui distinguent les choses, les êtres, etc), et un surcroît d’intentionnalités puisque cette fois ça ne naît plus d’en haut, de dieu, de césar, mais de et par chaque arc de conscience, le un tout-seul (crucifié ou René ou Rimbaud ou qui l’on veut) devenu central, le centre même du réel.

Supprimer les articulations (qui déchirent la réalité et continuer d’étoffer, de tisser cette déchirure en tant que telle et non pour la rapiécer d’une pseudo unité) et croire en une immédiateté (un peuple, un langage qui seraient le Sens de l’Être), c’est la distinction entre le divin et le sacré. Il n’y a plus de sacré depuis le christique, sauf votre « âme » c’est-à-dire votre vraie intention, la décision qui est ‘vous-même’ et que vous ne connaissez qu’à peine, et le seul sacré réel est parti hors du monde, laissant un vide de sacré, et s’élevant dès lors, paradoxalement en apparence, s’élevant en divin pur et ne reste que votre Intention. Les ténèbres du monde (ce en quoi tout sombre enfoui dans les déterminations, et enfouis dans la dictature des autres, d’autrui, soumis à l’approbation généralisée ou la désapprobation généralisée des réseaux, par ex, le pouce bleu) se referme toujours et constamment, sauf de tenir dans et par et peut-être pour l’articulation.

Dans et par l’articulation cela indique la structure fonctionnelle (la réalité fonctionne selon le réel et en tant que structurelle et non comme simple monde donné là, peuple, langage, désir libéral ou besoin communiste, satisfaction et complétude). Le réel fonctionnel.

Pour l’articulation indique que la structure est dimensionnelle (par ex le christique croit que le réel existe hors et séparément et qu’il est la possibilité même et non pas seulement ce qui place fonctionnellement le monde, le vécu et le corps en jeu dans la réalité). Le réel dimensionnel.

Ce qui se répercute dans la critique que Heidegger et Nietzsche portent envers la tradition c’est qu’ils comprennent la pensée, le un, dieu ou le sujet comme constructions de l’esprit et comme des constructions abstraites. Or il ne s’agit pas du tout d’idées mais de positions, de positions sur et par la structure ; aussi ne prennent-ils jamais au sérieux ce qui fut architecturé par d’autres et emplissent de doute toute l’historicité, cherchant chaque fois de récupérer celle-ci sous les auspices d’une révélation, venue d’outre-espace.

Ou plutôt ils feignent de comprendre dieu ou le un ou le sujet comme abstraits, parce que ce qu’ils présupposent une unité ; l’unité de la volonté (qui ne peut plus être « la mienne » sinon elle se révélerait scindée, qui est donc la Grande Volonté Autre) ou l’unité d’un peuple et d’un langage, dans l’unité imaginaire du Sens de l’Être. Il est quand même très clair que l’on ne peut pas du tout saisir ce que par « concret » qui viendrait de lui-même » on peut entendre … sinon une supposée unité imaginaire.

Ou encore ; c’est la différence entre lire Platon ou les évangiles de l’extérieur, et attendant de les réduire (si l’on s’estime suffisamment pour se croire en mesure de juger Platon ou jésus)
et les lire en s’y investissant. En percevant cela même qu’ils montrent et ils ne montrent pas des choses ou ces choses inertes que seraient les idées ou une morale (chrétienne) mais ils montrent des sujets,

ou si l’on préfère des intentions ou des rapports. Et des rapports énormes. À ce point énormes que l’on en trouvera d’autres, sans doute aucun, mais tous seconds, dérivés, voire arbitraires. Il n’y a pas des idées mais une structure et il y a une structure et non pas trente-six ; c’est la-Même qui ex-siste depuis dieu jusque Lacan. Existe-t-il diverses manières d’avoir-conscience-de ? Non. Il n’existe qu’une seule structure de conscience, ce qui veut dire en et par chaque sujet, puisque « conscience » désigne un rapport, et peut-être, donc, le rapport-même ou une des formes du rapport-même, dont on ne sait aucun autre que celui-ci que nous sommes, on n’expérimente que la conscience/de - soi ; et cette dernière précision signifie le ‘pour’ l’articulation ; le dimensionnel.

Ce que l’on peut intégrer par contre dans notre tradition tout à fait réelle (et qui eut historiquement un nombre incalculable de réalisations, puisque se tenant dans la Cause des effets, la structure des rapports) c’est qu’il faut partir et demeurer dans l’articulation distincte, dans la déchirure elle-même et que cette scission qui permet de prendre distance, autorise que soient posés les médiations et les œuvres et les historicités dans leur pluralité même ; d’une structure-en-rapport il n’y aura jamais une seule approche mais elle en causera quantité, et historiquement il y en eu quantité ; il faut adapter et distinguer la surface vers laquelle, en nous, elle est adressée ; la nation selon dieu, le monde selon l’universel, le corps selon le christique, le sujet selon Descartes, la liberté et l’égalité selon la révolution, l’attention selon Sartre et la jouissance selon Lacan, la perception, élaborée, selon les esthétiques, en bref toute notre historicité - de plus désormais planétaire, au sens où par exemple toute nation devrait être en mesure d’élaborer sa formulation, ou encore que tout moi est déjà appelé à manifester son sujet … ce à quoi sert internet, essentiellement et si on interroge sa finalité réelle mondiale, au-delà des pouvoirs et des intérêts toujours contraignants ; c’est comme tout, ça n’est pas ce que cela est qui compte, mais ce que l’on en fait. De même pour le moi de chaque sujet. Et pour introduire ce mouvement interne, une articulation est requise, une articulation, une scission.

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La cathédrale engloutie

3 Octobre 2020, 08:52am

Publié par pascal doyelle

Les stratégies d’existence

Il n’y a pas de connaissance de l’être, puisque l’être est pris dans un plus grand que lui ; l’exister. C’est pour cela que nous sommes livrés au présent, le présent crée tout ce qu’il y a à créer.

Ce qu’il faut admettre c’est que sous prétexte de penser l’être, on a agité le mouvement ; on a accéléré le présent, le présent de notre attention, de notre intention, de notre intentionnalité ; les grecs ont pu vouloir, décider, percevoir, penser bien plus loin (leur dieux étaient déjà humanisés et réclamaient une logique des affects, de l’imagination, des motivations, les plus amples et les plus singulières mais aussi les plus inconscientes et les plus quotidiennes, communes). Or il fallait un autre dieu pour déployer encore-plus de précision, de délicatesse, de subtilité, qui ne soit plus assujettis à l’universel, mais au plus singulièrement individué ; le christique. Dès lors il était possible d’avancer plus loin encore dans l’invention de soi, de soi et non plus seulement, si l’on peut dire, de l’homme en général.

Or donc il y eut le Sujet. Celui qui est dans l’obligation d’examiner ses propres intentions, son intention en propre. Et il est arrivé ceci que distinguant le sujet, il a pu reprendre la totalité de toutes les réalisations grecques. L’universel, qui paraissait l’horizon, fut absorbé et extrapolé par le sujet christique.

Ainsi les sujets entrèrent en devenir. En devenir constant. Intégrant ensuite l’accélération cartésienne (Descartes ne crée pas cette accélération ; il en rend compte, et ce faisant il accélère l’accélération, jusqu’à ce que chacun soit désigné nommément comme sujet ; la révolution. C’est une histoire très française, comme on voit). Comme le christique lance le sujet dans l’historicité, la puissance, la potentialité du réel s’instancie en chacun et permettra donc une démultiplication des possibilités et une extension radicale de l’étendue des occurrences ; chacun étant en mesure d’étendre ce qui, par exemple, pour les grecs relevait de l’universel ; soit donc une mise en complexité bien plus conséquente. Ça n’est pas seulement que les centres d’intentionnalité se multiplient (chacun) mais c’est la nature même de ce qui est vu qui, de ce fait, change. De même que suite à la révolution il y eut des champs entiers de réalités, personnelles, réelles, objectives et subjectives qui soit s’ouvrirent soit purent s’étendre.

Et donc le sujet est lancé dans l’historicité. Il y a historicité et sujet, parce que sinon le temps reviendrait au groupe et le groupe tourne en rond. Il se parle à lui-même, couvre le monde donné là de signes et apprend ces signes par cœur et assure la communication (entre les membres) et la transmission (entre les générations). Si chacun est sujet la réalité ne se régulera plus selon le groupe seulement mais en et par l’investissement de chacun. On aboutira, tôt ou tard, à la révolution, celle qui s’est au final déployé (selon diverses variantes plus ou moins adéquates, cela va sans dire) sur toute la planète ; l’État et l’individualité.

Suite aux tentatives anglo-saxonnes fondés sur la liberté de chacun (tous les sujet sont égaux mais au début initialement, Shakespeare par exemple ou le non-sens anglais manifestent cette liberté sans régulation externe),

la variante la plus certaine étant celle française qui a tenté de lier les deux principes ; égalité (du christique) et liberté (de chacun) ; ce qui veut dire la continuité de l’égalité non seulement native mais dispensée le long de la vie. Là où la moralité de chacun est essentielle (anglosaxon) l’État est le rempart et la sûreté (française). Il en est d’autres qui suppriment quasiment la liberté… et prétendent conserver l’égalité, mais qui n’a plus de sens lorsque le sujet est supprimé.

Philosophiquement le sujet s’impose à partir de Descartes. On essaie bien auparavant d’aménager la pensée et dieu, par la théologie qui simule (et pousse à la perfection) la pensée de dieu en tant que celle-ci est, pour les temps d’alors, grecque. Mais on ne peut pas assujettir le sujet.

Et si le sujet est cela même qui existe (et le reste ce sont des effets), alors depuis quand même le 17éme la philosophie s’est effectivement remise en question, de fond en comble (bien qu’apparemment certains continuent de l’ignorer) et a commencé d’articuler le sujet et le réel. On aboutit donc immédiatement avec Descartes au sujet posé là sur le Bord du monde ; Kant, Hegel, Husserl, Sartre, Lacan (et des tas d’autres) exploreront cette structure très-étrange du sujet en tant, donc, qu’il est, lui, le sujet, la pierre angulaire de tout le reste

Inutile de croire le couvrir de significations diverses et variées qui l’absorberaient.

Tout signe ne fait sens que par et pour un sujet, parce que tout sujet est le rapport de base qui autorise qu’il y ait quantités de rapports seconds et secondaires, voire très secondaires ; en vérité on peut tout signifier, et de plus croire que ce qui est signifié, cela qui est désigné par le mot non seulement existe (selon le mouvement) mais qu’il « est », solidement arrimé, installé comme une chose consistante.

La consistance, la solidité des choses ne se rencontre pas seulement en philosophie mais c’est le fameux et très habituel aussi « objet de désir » ; et nos vies depuis l’événement de la facilité généralisée, en sont pleines, de ces objets qui sont supposés condenser toute la substance et désirables en eux-mêmes (alors que leur valeur est rêvée par notre désir et depuis l’industrie produits industriellement).

Et donc il court, le sujet, depuis le 17éme, et comme il est, le sujet, la structure de base, fondamentale, unique à chaque fois, c’est unique en tant qu’universel, ou plutôt universel parce qu’unique… ce qui revient à une formule très simple ; le sujet est un rapport. Il n’est pas Le rapport, sous-entendu universel, par lequel chacun serait subsumé sous l’universel, mais il est en tant qu’unicité la formulation même du réel, de cela qui existe.

Et donc on peut désigner Descartes comme proposant la vraie ontologie ; qui n’est plus la science de l’être en tant qu’être, mais bien le réel en tant que sujet ; ou comme disait Hegel par Descartes la pensée devient sujet, mais il l’entendait comme l’universel en acte, et ne parvenait à définir le dit sujet que comme négativité, ce dont on a eu du mal à se tirer, malgré Kierkegaard ou Nietzsche, mais enfin Sartre sort la tête de l’eau, du bouillon, et, enfin, situe le sujet, la conscience comme individualité, encore est-ce incomplet parce que sa conscience comme pour-soi n’est plus même un moi ; le moi étant pour Sartre dans le champ (comme n’importe quel objet, ce dont se souviendra Lacan, qui en sa manière poursuit la même logique ; sauf que le champ lacanien sera celui de l’inconscient et plus celui du pour-soi).

C’est que les deux français Sartre et Lacan ne supposant pas du tout de remplir le sujet par une nébulosité à l’allemande (les allemands veulent à tout prix nommer nommément le sujet, il faut qu’il soit quelque chose, quelque chose d’absolu ; un français ne se pose pas du tout la question ; le sujet est là tel quel, point, bien trop fringuant pour s’abaisser à une ressemblance avec quoi que ce soit (nous trouvons de manière générale que nous sommes très bien comme cela et qu’il n’est pas du tout nécessaire de tendre un miroir qui nous renvoie une quelconque image et une image qui restera toujours très quelconque en comparaison de notre beauté naturelle) ; ou ce qui revient au même, pour les français le pouvoir est vide, une place neutre, formelle, et donc perçue par chacun ; rien n’intervient dans votre conscience pour la dériver on ne sait où ; il n’y a pas de race, d’identité, d’image, de rêverie ; la france est une nation politique, votre identité est politique, il n’y a pas d’« ethnie » mais seulement votre consentement, cad votre volonté, votre décision et rien qui précède cette décision.

Bref

le christique lance le sujet (qu’il soit une auto annonciation, structurelle, ou une révélation venue d’en Haut, et alors de très, très haut… au point, déjà dit, que l’on ne comprend pas encore déjà pour le moment de « quoi » il s’agit, ce que cela nous demande, nous indique, nous montre). Et la philosophie s’en empare bien plus tard, lorsque la théologie est parvenue tout au bout de sa course folle d’arrimer la pensée de dieu. La poursuite du sujet paraît d‘abord comme une mise sous conditions ; typiquement celle kantienne mais la Méthode de Descartes précautionne de la même manière, sauf que c’est une apparence, cette propédeutique. En vérité elle dit tout ; elle place le sujet face-au. Face à la pensée (Descartes), face au monde (Kant), face au temps (Hegel).

Le retournement sera effectué par Sartre qui établit, et analyse, la conscience là où elle se trouve ; dans l’individualité.

Elle n’est plus inscrite comme pensée, comme champ intentionnel husserlien (à la recherche d’une typologie objective), n’est plus assignée à un « sens pré-existant » comme Heidegger, ou symbolisée par une « force » (la vie bergsonienne ou la volonté nietzschéenne), aussi via Sartre avance-t-on extrêmement rapidement et tout à fait dans le détail des intentionnalités effectives (chose donnée là, imaginaire, temporalité du projet, autrui, relationnels et ensuite dynamique de groupe, historicité, etc) et tout cela sans tomber dans la « prophétie », de type heideggerien et plus généralement allemand qui sous couvert de décrire l’acte de conscience glisse vers sa symbolisation puis son adsorption par quelque ‘grande entité’ maraboutée ; de même que Fichte et Schelling s’empressaient de remplir le sujet d’un « esprit absolu », sans être en mesure d’entrer dans le détail hégélien ; remarquons que Hegel accepte et adhère à tout ce qui, avant lui, fut énoncé, et le considère comme tout à fait exact et réel (en leur moment, leur rôle, leur vérité propre).

Nous sommes non seulement entrés dans l’intention originelle (dieu, qui manifeste le vide formel du réel de l’intention absolue, qui se présente comme antérieure à tout monde, les ayant créé et dieu comme seul exclusivement divin, rien d’autre n’y atteint, amenant donc à resserrer toute compréhension, analyse de ce qui est « intentionnel », plutôt que de l’instiguer dans le soleil, le léopard ou le fleuve, ou a contrario dans une notion abstraite d’absolu dont on ne peut qu’ignorer la nature ; ici admettant dieu et son intention même si elle nous est difficile elle est une intention qui en appelle, nommément de fait et par nature, par structure, en appelle à la nôtre, en tant qu’intention),

dans la mise en forme intentionnalisatrice des idées, qui distinguent et permettent seules de distinguer quantités de réalités (comme Platon le prétend ; sans les idées qui perçoivent, on ne perçoit rien, sinon des masses indistinctes, cad n’apparaissant pas), et ainsi dans et par l’universel.

Mais ça n’est pas l’universel qui compte ; c’est la réflexivité, cad le retour du champ intentionnel sur lui-même, la compréhension que non nous ne sommes pas pris dans tel contenu mais que nous les produisons et que donc il s’agira désormais de créer volontairement et de comprendre ce que cet accès, excès de volonté, d’intention veut dire, là où il conduit, ce que l’on peut en attendre.

On restait cependant fixé sur le contenu qui s’anime là si évidemment sous nos yeux ; il faut un effort conséquent pour remonter dans la critique, dans le criticisme (kantien), dans la suspension de conscience. Or de même que l’accès christique de l’intention non plus de dieu mais en et par chacun, chaque conscience (en un corps donc) a pu reprendre la totalité de l’universel grec (et gnostique et plotinien, hellénistique, de philosophie et de droit romain etc), pareillement isoler et analyser le sujet c’est également reprendre dieu, l’intention de chacun christique, l’universel grec et l’organisation étatique et le droit romains ; ce que l’on a détouré et que l’on pu placer dans le champ intentionnel, a permis de récupérer et accumuler les autres possibilités structurelles (dieu, l’universel, le christique, l’État et le droit et les éthiques et les esthétiques, etc).

La question se posant alors ; soit, l’intentionnalité absorbe les autres possibilités (qu’elle voudrait administrer comme domaines distincts) mais qui mesure l’intentionnalité ?

Ça n’est plus dieu, parce que quand bien même en admet-on l’existence, depuis Descartes on ne peut se se reposer sur ce qui a lieu ici et maintenant (le sujet se pré-suppose en tant qu’organisé par et pour lui-même, si il doit céder une part à dieu il se manque, il lui manque une capacité de se comprendre, qui est réservé à dieu seul, la tendance naturelle sera évidemment de réintégrer et de comprendre le sujet en sa structure réelle et effective ici et maintenant, à sinon clore mais baliser son champ complet).

Ce ne sont plus les suppositions tel l’esprit hégélien, depuis Kierkegaard on a bien compris que l’acte de conscience ‘subjective ‘ est plus grand ou autre que l’énoncé ; la raison de manière générale est devenue tout à fait abstraite, puisque tenue au-devant d’un sujet (lequel reste plus ou moins « vivant » et dans le rationalisme réaliste devient un simple regard abstrait vide sans possibilité).

On aboutit ainsi à un sujet originel, diversement décrit puisque son « être » n’étant pas composé on ne peut absolument pas parvenir à une caractérisation déterminée, ni encore moins circonscrire la totalité de ses réalités, aucune ne l’puisant lui et l’ensemble ne correspondant pas à l’unité formelle, qui est absolue possibilité ; c’est une forme pure et brute ; c’est un rapport dont on ne peut pas circonscrire la réalité n’étant pas lui-même « de la réalité ».

Non seulement plus aucun groupe (et représentation du groupe) ne vient s’interposer, mais qui plus est nous sommes sans contenu préalable qui viendrait temporiser notre conscience et le réel. De sorte qu’effectivement ce qui vient rompre ce qui se sait désormais comme pur et simple rapport, le couper et le court-circuiter c’est le réel. Le fait brut de l’existence telle que « là ».

Tant qu’il se situe autour du groupe, du contenu ou de la représentation, le rapport peut croire former un cercle et une unité d’avec lui-même, mais dieu, l’universel, le christique, le sujet, la révolution tout aussi bien, nous apprennent que le dit cercle est plutôt spiralé et qu’il ouvre incessamment des possibilités, et enfin si le rapport dans tous les cas peut bien au mieux vivre dans une heureuse totalité aimable ou dans une tribu adéquate, et au moins supposer qu’il formera un, par contre lorsqu’il n’est plus que rapport à (soi) alors il se heurte à cette évidence monstrueuse que le réel est Autre. Que le réel n’obéit pas du tout en sa nature même, ontologique, au cercle de ce rapport. Le rapport ne peut que se heurter au réel tel que là et si totalement autre.

De même que dieu, l’universel imposaient une autre loi et ordonnaient l’intention à un autre registre. Il est ainsi deux mouvements contradictoires ; d’une part le reflux sur et autour du contenu de l’intentionnalité, quel que soit ce contenu. D’autre part le déploiement de cette intentionnalité en tant que destinée vers l’altérité ; soit celle de dieu, de l’universel, du sujet ou du réel et dans ces quatre cas il s’agit pour l’intentionnalité de s’agrandir ou s’élever.

Livrée à elle-même l’intentionnalité tombe dans la conformité et la redite ; elle veut se ressembler, organiser son monde de représentation et reposer sur et dans cette organisation, tout comme le moi espère s’identifier à son image, ou vivre, réaliser, sentir la réalisation de son image de lui-même. Mais la structure, l’arc de conscience a pour point de repère le réel ; ce qui veut dire l’horizon et non pas ceci ou cela qui occupe l’horizon ; de même que l’architecture intentionnelle ne peut pas se passer de stratégie, sous peine de s’alourdir dans les contenus et sombrer dans la réalité sans plus tenir le réel et le possible, d’exclusivement se fondre, se coudre dans le donné, le corps, la satisfaction imaginée, la complétude refermée, de même que le moi rêve de se confondre avec son corps, son bienfait, sa plénitude et sa vie imaginée.

Mais le tour de force des grandes stratégies n’est pas de promettre cette complétude (contrairement aux critiques envers leur prétendu illusionnisme), n’est pas de rêver ce corps, mais de s’en servir peut-être, mais fondamentalement veut agrandir l’intention ; d’abord maintenir puis élever la possibilité ; dieu, le christique, l’universel, le sujet, le réel montrent en quel sens l’altérité pure et brute du réel est une apesanteur qui tourne le visage non vers le réalisé et la réalisation, le monde et le donné, le vécu et le corps, en quoi ils finiront par s’enrouler sur ces contenus (pouvoirs, richesses, extension du royaume, exploitation et violence)

mais vers et par la Possibilité,

(l’exploitation et la violence ramènent la possibilité aux possibles du monde, qui s’enclosent dans les nécessités)

Possibilité donc stratégique qui anime et qui meut la structure et non le structuré,

et bien évidemment la plus grande Possibilité, puisqu’ils sont les opérateurs de stratégie ; de stratégie que l’on ne peut pas visualiser dans le monde, le vécu et le corps, mais qui seules, ces stratégies, instancient le réel dans la réalité (et permettent de se tenir au-dessus du donné, d’organiser les consciences, les intentionnalités, de réinstancier le rapport en plus de n’importe quels rapports), ce sans quoi, sans lequel rapport unique et exécutif l’ensemble se déliterait et se perdrait dans ses contenus.

Que l’on comprenne que les royaumes et les empires disparaîtront, l’esprit ou ce que l’on a nommé autrefois comme tel, non. L’esprit est ce par quoi l’intentionnel s’est avancé comme siècles, et par qui il existe une historicité ; ‘esprit’ était un porte-nom ; l’intentionnel est tout à fait différent de « l’esprit » tel qu’habituel, mais l’intentionnel en constitue la nature même, la structure qui élaborait, prévoyait « l’esprit » présenté comme tel ; en tant que les signes permettent une rapidité, un mouvement, que les royaumes de ce monde, empêtrés dans leur densité, ne pouvaient atteindre.

Or seul l’esprit, ou l’intentionnalité, était en mesure d’ouvrir non pas la série mais les séries de rapports qui rendaient le monde, le donné, la matérialité, les réalités concrètes et les vécus, et le relationnel humain accessibles ; sans une liberté, une libération du rapport en lui-même aucune des possibilités n’auraient pu naître.

Contrairement à ce qui se lit ici et là, surtout par nos temps éperdus, nous n’avons pas promu la liberté parce qu’ayant découvert le pétrole, mais bien que nous avons découvert l’utilité du pétrole parce qu’ayant envisagé la liberté. Il faut un ensemble extrêmement compact et concerté et organisé de rapports pour que la liberté, l’intention, la pensée prennent corps d’une part et soient suffisamment partagés par un nombre suffisant de sujets ; potentiels ou effectifs, mais à ce niveau-là les sujets sont déjà toujours potentiels, dans la potentialité elle-même, attendant de rouler les rapports possibles et d’accrocher la réalité, le relationnel, le vécu, la perception.

Puisque le rapport comme structure logique, si l’on veut (il est en vérité et en fait une structure ontologique) s’instancie dans et en tant qu’historicité, alors les sujets apparaissent et donc tous les rapports des signes et des perceptions surgissent, se gérèrent, s’engendrent (de même que l’esthétique ritualisée peut se déployer en et par elle-même en esthétiques de plus en plus différentes).

La menace intérieure est que la prolifération des rapports enferment dans le monde, le donné, le vécu et le corps. Or ça ne fut jamais en tant qu’issus du monde et de l’immédiat que les sujets sont apparus ; les sujets naissent toujours par le haut. C’est seulement par révolte ou par tentation ou par erreur et faute intentionnelle qu’ils croient soudainement découvrir dans le monde et l’immédiat un « concret » que leur origine structurelle déconsidérait, apparemment. Si un sujet naissait du monde et de l’immédiat, il ne parviendrait plus à sortir du rapport envahi (de déterminations). Si il croit retrouver une immédiateté, une naturalité, une spontanéité ce sera une imagination, seconde à tout le moins, secondaire souvent ; il ne va pas renouer avec une immédiateté mais au contraire s’enrouler dans l’énervement de la structure en tant qu’elle croit illusoirement se lier à la supposée réalité du donné ; ce qui veut dire un fantasme, un substitut (imaginé) à une immédiateté (irréelle qui se fait passer pour concrète).

Dit autrement notre être, qui n’est pas un être, est une structure, ce qui signifie un rapport et n’est jamais immédiat. Il naît d’en haut, ou du Bord du monde, mais aussi du Bord du vécu et du Bord du corps ; de l’horizon et puis ensuite redescend et hiérarchise ses objets, subjectifs ou objectifs, perceptions ou signes, langages ou récits, esthétiques ou fantasmes. On ne peut organiser le monde, le donné, le vécu ou le corps que si on élabore le Bord. Nous sommes impérativement et structurellement splittés, divisés et la division est cela même qui doit être examiné, analysée, et tout autant décidée, voulue, intentionnalisée ; de là qu’il faille supporter l’insatisfaction puisque qu’il n’y aura pas de réunion de ce qui est désuni (sans cette désunion interne il n’y aurait aucune structure, aucun rapport et s’effaceraient tous les rapports seconds et secondaires ; le sens du réel est la division, le réel comme Pli ; rappelons que l’on admet ici qu’il y a « réalité » parce que le Pli est cela seul qui existe, dans le Pli surviennent les réalités comme pliures).

Si on stationne dans la satisfaction (qui n’est jamais qu’espérée ou imaginée), alors sinon on se contentera de désirer des tas d’objets, sympathiques peut-être mais s’effondrant ou s’étiolant ou disparaissant constamment ; c’est pour cela que Nietzsche (celui qui expose, manifeste, met en exergue absolu l’auto affirmation du sujet qui ne se tiendrait que de soi) que Nietzsche donc affirme que c’est en venant de la Cause même, attaché au plus près de la Cause (la Volonté) que l’on produira de nombreux ou d’exemplaires effets ; il n’y a pas d’œuvre afin de manifester des effets, mais pour Nietzsche il y a véritablement effets parce que venus du plus proche possible de la Cause telle qu’en elle-même, se produisant ‘pour rien’ par suprêmes effets de Cause, et non pour un but particulier, par pure affirmation et non pour ceci ou cela enfermé dans les effets d’effets.

De nombreux mois se tiendront encore et toujours dans le mirage des objets et de leurs désirs, dans les effets d’effets continuels (ils ne savent plus si ils existent de leurs désirs ou selon et dans la dépendance des objets) ; le capitalisme (qui n’apparaît pas pour rien) est l’acharnement envers l’objet, ce qui veut dire les contenus des rapports et non dans le rapport-même (qui se dresse extérieurement à tout) cet enroulement produit ou consommé (qui produit des mois industriellement, dès lors) ; ceci est l’envahissement de toute l’intentionnalité par ses contenus, ses vécus et ses corps, tenus pour concrets et donc réels, ce qui est fantasmatique, et c’est conséquemment l’abandon de la structure suréminente (telle qu’explorée en, pour et par elle-même) qui efface l’horizon (et anéantit les possibilités réelles tenues sous cet horizon de rapports). Cette structure envahie, engorgée par des contenus aveugles sans conscience, est la cathédrale engloutie.

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Le mouvement rapide de l'exister

26 Septembre 2020, 08:09am

Publié par pascal doyelle

Ce que l’on nomme « présent » est non pas le présent coincé entre le passé et le futur, mais le présent matriciel, la structure d’engendrement, l’agissement qui poursuit les mondes et les actualise. Ainsi tout point, tout ici et tout maintenant, est le point unique qui agit ; il n’est en vérité qu’un seul Instant qui contient tous les autres (ils sont tous formels et la forme n’a pas de composition). Tout instant est l’agissement lui-même ; c’est dans cette dimension (qu’elle soit fonctionnelle ou dimensionnelle en propre) que l’on est introduit.

On a déjà atteint la Possibilité, plusieurs fois.
Dieu, l’être/l’universel, le christique/le sujet, le réel formulent les accès vers la structure.
Soit la structure fonctionnelle (le réel est un Pli)
Soit la structure dimensionnelle (le pli est le Réel).
Au choix.

Pareillement on a vu que nous ne sommes pas, nous ex-sistons. Nous existons veut dire que notre être est une structure, un rapport, une forme splittée et donc on ne pourra jamais en aucune manière nous unifier ; la division est la loi, le principe, la possibilité même. Tout attente selon l’être est une imagination, une re/présentation qui fige le regard, et empêche de se concevoir comme mouvement et de comprendre que si il n’existe pas d’être compact, de consistance, de solidité, par contre il faut entrer dans la vitesse du mouvement.
Lui seul est réel, lui seul existe.
Si on n’admet pas le mouvement, on continue d’imaginer dieu, l’universel, le sujet ou le réel comme des 'choses fixes'.

Or pourtant depuis le début dieu est pur mouvement, Platon ne conçoit que les idées dynamiques qui rendent perceptibles les réalités et le Bien comme perfection agissante des idées elles-mêmes, le sujet est un dispositif et non un être (de Descartes à Sartre en passant par Kant et Hegel) ; si l’on conçoit toutes ces possibilités du dedans d’elles-mêmes, on saisit immédiatement qu’elles se meuvent, mais si on les observe du dehors, extérieurement, on croit que Platon nous entretient des idées comme de choses fixes.

Mais donc que le réel existe en mouvement est su depuis le début, mais exprimé autrement et qui requérait autrefois l’activité du croyant, du penseur, de la foi, du sujet cartésien, etc, mais non pas perçu extérieurement. Or notre statut de « moi » nous éjecte hors de toutes les mises en forme structurelles qui eurent lieu ; le moi fait office de filtre, repoussant qu'il ne soit pas là et niant toute suréminence, cloué sur le sol, déversé dans la seule vie mortelle, le moi qui nous abandonne au monde sans aucun recours ; livré à cette seule vie, ce vécu, destiné à la disparition, finale celle de la mort, mais également la constante disparition de tous nos objets intentionnels qui s’effilochent dans le monde, le vécu, l’image, le flux, le relationnel, et ça n’est pas sans raison que l’ensemble de tous nos micro-mouvements se sont démultipliés indéfiniment, consommateurs de tout le n'importe quoi ; c’était leur destination effective ; se perdre. Le moi, sa typologie, nous abandonne sans possibilité de structure, usant sa liberté à de pauvres fins immédiates. Ce dont il ne se rendra compte qu’à la fin (et il s’en rendra vraiment le compte sonnant, il s’en est déjà rendu le compte et est déjà la décision, cette décision qu’il existe ; ce qui existe en tant que rapport n’est pas selon le temps ... Ou si l'on veut il existe une a-temporalité, fonctionnelle ou dimensionnelle).

Il n’existe que la structure pour nous extraire du donné tel qu’il se déroule comme dissolution ; tout ce qui aboutit au monde, au donné, au vécu ou au corps tombe indéfiniment dans la réalité. Seule la structure de début existe. Et seule une structure peut élaborer une stratégie, sous peine de mener quantité de tactiques mais peinent au ras du sol. Il s’agit donc de saisir le mouvement au vol. Le réel est uniquement et exclusivement un commencement, l’indéfini commencement qui re-vient (le renouvellement christique, la possibilité toujours universelle de la pensée, la décision existentielle du sujet). C’est ce que l’on tente constamment, selon le désir ou les désirs divers et tentatives qui reprennent sans cesse, puisque ça ne peut pas aboutir à un résultat réel, donc cela se recycle continuellement.

Le problème est que notre être est un rapport et donc pas un être du tout, et on a dit et ajouté que si il est un rapport c’est que le réel est tout entièrement lui-même un rapport ; un mouvement qui s’adresse, qui est adressé, en destination d’une Possibilité. On a désigné le présent, l'ici et maintenant, tout ici et maintenant (chacun existe dans l'ici et maintenant actuel, il n'y a personne qui existe nulle part ou dans un présent autre ou un autre présent ; le présent est la limite interne de toute réalité) . Et puisque ce mouvement engendre tout, toutes les réalités, il peut ou doit être dit hyper-objectif. Ce qui se doit autrement qu'à notre être ; la conscience-de n’est pas « subjective » (ce qui à ce niveau ne veut rien dire) mais est une structure hyper-cohérente (qui tient dans sa vue tout subjectif, tout objectif, toute perception, toute absorption des données venues du corps vivant, du monde, c'est un rapport "poreux", perméable, un rapport étant de fait ouvert, et formel et non déterminé en lui-même ; que la réalité, la nature a inventé ou qui fut créé, par dieu, ou qui s'engendre dans la réalité parce que le réel est formel puis déterminé, mais dans tous les cas ; une suréminence).

Cette hyper-cohérence c’est cela qui se voit lorsque l’on veut penser ou adresse notre propre intention à dieu, vers l’être (ou le bien ou le un de Plotin ou l’Être de Heidegger ou l’existence), le sujet ou le réel ; c’est cela qui se voit parce que ça ripe. Ça ripe parce que l’on aboutit non pas à un « être », à une consistance, une solidité mais un mouvement ; dieu, l’être/le bien/le un, le sujet ou le réel sont des mouvements. Ils doivent être pensés, perçus, intentionnalisés comme tels. Or on ne peut pas sauf à se modifier soi-même ; un mouvement on ne le saisit pas… on en est saisi.

Le philosophe est décentré par l’universel, le corps exposé par le regard christique, le moi perdu-retrouvé par le sujet cartésien (ou kantien, hégélien, husserlien, sartrien, ou nietzschéen, heideggerien, sur leur mode propre). On se perd à être-saisi, mais on se glisse alors dans le mouvement même, on ne sait comment, ou du moins (parce que l’on n’y habite pas, dans le mouvement, il nous éjecte instantanément ; il est le Bord qui tient au-devant toute réalisation) dont on peut obtenir de près ou de loin une intuition, une vision, une illumination, une révélation, une sur-évidence absolue, un mouvement rapide de l’œil par ces structures, lorsqu’elles nous agissent.

De là qu’il y ait révélations soudaines, et peut-être dans votre vie elle-même cela vous fut-il communiqué, on ne sait comment, par où ou pour « quoi » ; comme c’est un rapport, une forme, elle ne prend que diverses apparences du monde, du vécu (et du relationnel) ou du corps et si la structure s’y manifeste ça n’est pas ceci ou cela qui s’expose mais la forme qui se communique, qui se transmute ; dieu, la révolution, une œuvre ou une décision, ça se transmet. Étant la forme même antérieure à toute réalité (et toute réalisation, réal-isation, humaine ou individuelle) elle se saisit de toute et n’importe quelle manifestation du monde ou du vécu ou du corps.

L’intuition de cette forme est agissement. Agissement ou activisme ; le réel est entièrement activité et de là nous supposons (et c’est une hypothèse, une thèse) qu’il est, fut, et sera activité ; un kaléidoscope gigantesque (puisque, quand même, il occupe tout ce qui est, il dépose là tout l’être, dans toutes les régions de réalité (quant bien même y aurait-il plusieurs univers ou plusieurs sorte d’univers ou équivalent) et dans tous les domaines, connus ou non connus, qu’on suppose infinis en nombre, a priori, pour les raisons du néant infini, par état, et donc du réel infini conjointement à ce néant ; tout le néant est occupé par toutes les formulations de la même forme, du même réel). Kaléidoscope dont on suppose ou admet ou imagine, si l’on veut, qu’il se meut. Toujours, constamment et continuellement. Il n’est qu’agissement et devient et donc, puisque la Perfection est la continuité même du Possible brut (néant/être - être comme déterminé/exister - arc du présent/arc de conscience) on peut dire qu’il y a possibilité afin que la perfection se perfectionne (on a vu que la perfection est le perfectionnement, sinon c’est un 'être' inerte, mort, non existant, vide, rien).
Cela seul qui est en capacité de se perfectionner, c’est le dispositif-sujet (dont ce que nous nommons « sujet » n’est que la pâle ébauche déjà tellement difficile comme telle à entreprendre).

Et donc il vous est, peut-être, arrivé de saisir, ou donc d’être saisi par l’être, le réel, le sujet, dieu, l’universel, la révolution (et son caractère universel et/ou individué), par une œuvre et une poétique ou une esthétique, un éblouissement, une révélation absolument existentielle, durant et au beau milieu de votre vie (au début, au milieu ou à la fin, puisque ‘il s’agit d’un aperçu soudainement structurel qui est hors-temporalité, on Voit selon la Vision, puisque aussi bien on a dit que la réalité est elle-même manifestation et champ de perception, dont notre sujet à nous, notre structure de conscience est une certaine pliure dans le Pli gigantesque du réel brut).

La finalité est ainsi, a priori, le perfectionnement ; le perfectionnement du Pli lui-même et pour chacun le perfectionnement de la conscience-de qu’il a, qu’il en a, qu’il ex-siste ; il l’a, donc il ne l’est pas ; il l’existe comme autre ; « avoir » obtient ici le caractère de distance, le ce-par-quoi, un tremplin, un sauf de l’ange.

Reprenons ; si le mouvement existe (et est donc cela seul qui existe vraiment), nous ne sommes pas. L’être est relatif ; relatif au mouvement ; le mouvement est l’absolu (on ne saisit à vrai dire rien du monde, du vécu ou du corps, on fait-semblant ou on imagine que l'on saisira ; il n'y a, à vrai dire, pas d'autre choix que d’excéder le choix lui-même, se con-fier, admettre que le plus-grand .... est plus-grand). Notre conscience, qui est intentionnelle, s’installe dans le présent et suit le mouvement ; elle est mouvement parce que l’intentionnalité est un rapport mais aussi parce que le mouvement harnache un signe et une perception (ou plus sûrement un signe et un signe) ; le mouvement de conscience est un raccourci temporel. On relie un signe et cette perception mais ils ne sont pas attachés « au même instant » ; il faut deux instants pour que l’un bascule dans l’autre ; une conscience-de est un arc au-dessus de deux moments de temps ; on se souvient du premier tel qu’il est cité dans le second.

Ça n’est pas une opération magique, c’est simplement que l’arc, la conscience est un rapport ; et ça n’est pas le signe (ou le langage) qui détient ce que l’on perçoit, c’est seulement grâce à cet outil que l’on perçoit, distinctement, telle perception ; ça va vers le donné ; c’est pour cela qu’en vérité la psychanalyse pourra toujours ramener une idée, une image, un idéal à une disposition du corps ; c’est toujours un morceau de corps… le moi est toujours un fétu de paille sur l’océan de l’inconscient, la science ou l’objectivité sont, pour l’inconscient, des symptômes ; le moi quoi qu’il pense sera toujours un prétexte de ou pour. Rappelons que si le moi est toujours une partie de corps, l’arc de conscience, et le sujet, part toujours d’en haut ou de l’horizon ; il est déjà détaché et autre. Ce que l'universel, dieu, le christique, le sujet, le sujet révolutionnaire, l'e créateur, l'artiste, le poète, l'exigence éthique, créent c'est en-plus ; ils 'ajoutent. En plus du moi (qui lui, bricolé, gargouille dans son coin, son coinçage). La sortie est en-haut (lorsque l'on se quitte et est saisi).

Ce que l’on veut dire c’est que le décalage est extrêmement fragile et subtil et millimétrique ; pour illustrer on dira que 98 % de ce que l’on est, est déterminé mais que ce sont les 2 % qui comptent, puisque ce qui va déroger à la réalité est ce qui va bouleverser la réalité ; sinon le monde ou la vie roulent selon l’habitude.

Pour la psychanalyse on en tirera la leçon qu’il n’existe qu’une seule surface, mais elle est placée au-devant ; à la surface du corps (en tant que corps donc) ; ce qui permet au système intentionnel d’absorber toute information, perception, émotion, etc, telles qu’elles surviennent, même celles que le conscient (cad la part définie, explicite consciemment) ne contrôle ou ne remarque pas ( cad celles qu’il n’intègre pas dans une computation consciente). On se souvient que l’arc de conscience n’est pas le système conscient ; l’arc de conscience est le mécanisme qui lance toute la perception et use de signes, mais ces signes ne sont pas nécessairement « du conscient » ; sinon on passerait notre temps à réfléchir tout ce que l’on ressent ou perçoit ; on perçoit toujours beaucoup plus que ce que l’on retient. et ce dans le donné, le vécu. Mais de plus on intuitionne encore plus selon le haut, le possible, la possibilité, le sujet ; il y a une sur-conscience potentielle, qui retient toujours son virtuel à part, une puissance qui cherche l'acte, l'activité, l'activisme (or le moi ou le corps souffrent déjà de cet arc sur-puissant qui les déchaussent).

Aussi la performance en propre de l’arc de conscience qui consiste à se tenir en avant (la cervelle lance l’arc vers le monde et celui-ci revient, chargé de quantité de données, dont quelques unes re-marquées, signifiées ou en moins grande part signifiées-consciemment),

sa performance donc est de se supposer en cet en-avant ; il signifie (cad désigne, du doigt si l’on veut, du doigt structurel) l’horizon parce que non qu’il perçoit cet horizon seulement, mais bien qu’il se perçoit à partir de cet horizon (qui doit être au minimum affecté d’un signe ; le grand horizon étant dieu, l’universel, le sujet ou le réel, et leurs dérives diverses, faisant office de). La performance de l’arc de conscience est de positionner le sujet (qu’il soit dieu, l’universel, le sujet proprement dit ou le réel) ; de positionner le rapport. et il est sans cesse écrabouillé par l'Autre, l'altérité de structure.  Mais ayant en vue ce rapport, noté tel quel, il peut ensuite commencer d’ordonner, d’organiser, de hiérarchiser, de penser, d’imaginer, tous les rapports potentiels en deçà de l’horizon, du un, du point, du réel, de sa liberté, etc. Ce qui ne s'opère pas dans le calme et la sérénité, le bonheur et la stabilité ; c'est littéralement l'in-satisfaction, l'impossibilité, la grande possibilité écrasante (entre l'écrabouillement et l'écrasant, il faut choisir).

On dira comment intriquer la surface du corps (psychanalytique) et l’arc de conscience ? Mais c’est qu’il ne s’agit pas du tout de penser monolithiquement ; il n’y a aucun « moi » ou « conscient » qui existent en eux-mêmes, froidement, extérieurement ; il n’y a qu’un seul champ intentionnel mais comme il est formel (cad non déterminé) il intègre, absorbe, admet, comporte quantité de toutes sortes d’informations, de champs (un champ qui ne crée pas des champs n'en est pas un).

Si le moi peut se tourner vers la psychanalyse, et si effectivement il « résoudra » (ou à tout le moins aplanira les difficultés de sa personnalité) il est clair que par ailleurs (par ailleurs donc) à l’opposé le dit champ de conscience va poursuivre, en suivant son propre fil, la difficile direction de son intentionnalité ; le point au-devant, celui qui pose l’horizon, celui qui suppose un rapport qui lance le processus de mise en chantier de tous les rapports accessibles (tandis que le moi tourne en rond entre son conscient et ses signifiants attachés). Il est des rapports qui collent à même le corps (inscrits comme signifiants sur et par le corps, dans l’horizon de ce que suppose, imagine le corps, à savoir la jouissance impossible et qui tourmente le moi) et il est des rapports conscients explicitement exprimés, plus ou moins (qui chosifient) et il est des rapports potentiels (qui sont accessibles à tout arc de conscience, pour peu qu’il le décide) et qui conduisent à dieu, l’universel, le sujet (la liberté), le réel, les oeuvres, l'éthique.

Le point supposé structurellement (comme dieu, l’universel, le sujet ou le réel) ne s’utilise pas à nier le corps et sa surface, mais afin d’attirer ce corps afin qu’il continue de créer la surface, la surface nouvelle. C’est un mensonge, une illusion, une hérésie, une faute que de croire que ce corps est là tel que donné ; il n’y a rien de donné en l’espèce humaine ; elle est déjà toujours autre et si on stationne et stoppe le mouvement à croire que l’on est seulement ce que l’on est (sous l’injonction d’une science, d’une idéologie, d’une théorie, d’une image, des objets, qui effectivement sont déjà-morts) alors on fige le mouvement et le mouvement de toute manière continuera ; de même que Nietzsche refuse le christique mais que fait-il sinon offrir une nouvelle version christique ? (il est des faits structurels majeurs d'on ne sait où).

On veut dire que la forme structurelle il n’y en a pas trente-six, mais une seule, et son bienfait, et probablement son sens, sa signification, est précisément qu’elle soit une forme et va donc engendrer une quantité infinie de sujets (Badiou est bien en peine de définir ce que par « sujet » il entend puisqu’il ne peut pas du tout franchir la barre, pour lui, de l’universel ; tel "une vérité est sujet", c'est incompréhensible) ;

ici les sujets sont des sujets, des rapports, et des rapports en tant qu’ils existent « en personne » ; il ne s’agit pas de tenir là au-devant un rapport (de ceci avec cela) mais de discerner que chaque arc de conscience est ce qui est nommé « rapport » (et qu’ensuite il y a des rapports tenus extérieurement, à bout de bras pour ainsi dire, par, parce que et pour le sujet) ;

Dans ce corps, ce vivant, se crée ou fut créé un arc hors de la cervelle vers le donné tel que là … Inauguralement selon notre hsitoricité en tout cas, le corps du christ, par lequel chacun obtient d’être ce chaqu’un qui instancie le sujet (on entre dans notre propre champ en tant que je, certes premièrement sous le regard qui embraie notre regard, puis s'instanciant cartésiennement un par un, c'est pour cela que le christique élève l'égalité et puis ensuite René la liberté) ; il est cela même qui initie que chaque corps soit exposé en et par un arc. Aussi s’incarne-t-il dans le plus faible qui malgré sa souffrance, sa mort, son abandon, son exposition est et demeure une individualité, qui échappe à tout ordre ; en quelque abandon que vous retrouviez, il sera déjà là (c'est la signification).

La forme sujet est dite en un corps et il faut prendre absolument au pied de la lettre qu’elle fut initialement christique ; parce que nous nous tenons d’un corps, d’un être vivant déterminé vivant, et nous allons, de toute manière, fauter, ce qui, si l’on préfère, veut dire que nous allons nous tromper, nous égarer, nous perdre de vue, tomber de Charybde en Scylla, on sera, quoi que l’on veuille, dans l’erreur, la déroute, le n’importe quoi ; c’est ce que signifie en première propédeutique, le christique.

Propédeutiques et instructions quant au déploiement, par lui-même, du ressort intentionnel tel qu’il nous rend accessible la Possibilité (du sujet) mais aussi tel qu’il nous livre au monde donné là (et ce en dehors de l’ancien garde-fou que constituaient les sociétés humaines groupales, hiérarchisées, catégorisées ; rappelons que le christique signifie que chacun existe en et par lui-même selon son propre corps et qu’il est impossible dès lors de vous définir extérieurement, ni homme ni femme, ni riche ni pauvre, ni esclave ni libre, etc). Dans les nouveaux rapports (dieu, l’universel, le christique) peuvent se concrétiser de nouveaux rapports. Lorsque donc on prend conscience de cette conscience qui permet, justement, de produire des contenus (et non plus qui croit en son monde, maya ou égyptien), alors cet arc de conscience doit s’instruire, s’instrumentaliser lui-même, nommer son rapport et ainsi le laisser entrer dans de nouvelles relations, tisser un autre réel visible (comme structure opérative qui crée des contenus, des idées, des signes, des récits, des images, etc, de manière ouverte et non plus ritualisée ; l’esthétique, l’éthique et d’autres registres prennent leur liberté, et se constituent en tant que domaines à part entière).

 

Et le deuxième principe structurel est qu’il ne faut jamais céder sur son Intention… Elle ne se réalise pas, jamais, ne se retrouvera jamais vraiment en quelque partie ou part du monde, du vécu, du relationnel ou du corps, mais il ne faut jamais faiblir sur sa volonté, et donc plus exactement tenir, parier sur la souplesse infinie de cette volonté, renommée autrement « intention ». Intention parce que la dite volonté étendue qui courre le long d’une vie ne peut pas se ramener à une volonté ponctuelle, une motion consciente mais sur le sens que l’on va vouloir, que l’on a voulu, que l’on veut en transformant cette vie en existence.

Ce qui est tout à fait nettement le projet, le projet sartrien, qu’il y ait en et par chacun un projet, une possibilité, la possibilité de résolution de ce qui se désigne comme « existence » et qui devient alors pour chacun, problématiquement, ce qu’il ne faut pas quitter, abandonner et dont on aura à rendre compte…

De même que le christique ne nous jugera pas, mais que nous nous jugerons nous-même (le Huit-clos de Sartre, l’enfer c’est les autres mais en vérité que pense-t-on de soi ?). Nous-même face à nous-même sera, est constamment le jugement qui nous suit : tandis que le christique, lui prévient qu’il par-donnera, et c’est la troisième occurrence de la propédeutique généralisée du christique ; le péché (l’erreur), la foi (l’intention) et le pardon (le renouvellement continuel du possible).

Et le renouvellement et non plus la loi, juive, qui, forcément, vous condamne, puisque de toute manière dans les faits tout le monde échouera, mais que l’intention qui est la vôtre est justement cela qui est en question ; et qui, si l’on n’est pas croyant, peut s’entendre comme ; avez-vous poursuivi vraiment votre intention jusqu’au bout de sa capacité ?

Tous ceux qui prétendent que l’on n’est pas égaré, que l’on doit suivre sa nature ou que l’on est à tout jamais pur et innocent (que l’on ne sera pas jugé) se trompent et surtout trompent leur monde. Effectivement on en sera pas jugé … (c’est le christique même qui l’indique) mais on sera son propre juge et c’est encore plus difficile (ce que nient les grandes âmes illusionnées), encore plus extrême.

On n’échappe pas à la division ; il est inutile de croire en une sainteté, cad une perfection achevée pour ainsi dire, puisque le problème du réel n’est pas la perfection mais le perfectionnement ; la perfectibilité. Aussi le réel est-il déjà toujours articulé, autre, pli, et c’est dans et par le pli, la division qu’il y a des choses et des êtres (des réalités et des univers, des déterminations qui glissent constamment dans l’indistinction, sans jamais qu’il y ait « indistinction » totale, néant, puisque le néant n’est « rien du tout » et ne peut pas apparaître ; le néant est ce ‘en quoi’ il y des déterminations, des différenciations de champs, champs relatifs à une perception généralisée). Le christique ne cache rien, il nous en révèle même tellement que nous ne le comprenons toujours pas. On ne sait pas pourquoi notre arc dresse soudain l'infini cartésien. Ou pourquoi l'exigence sartrienne ou lacanienne créent le gouffre sous nos pieds et si Sartre est déjà auprès de nous, existentiellement (dépassant l'analytique de heidegger) Lacan avance encore plus dans le détail même du psychique. Mais nier la division et l’altérité ce serait encore plus s’enfoncer dans l’illusion et encore plus se mentir, encore moins créer de réelles intentionnalités, suréminentes au monde et au vécu ; illusion produisant quantité d’intentionnalités mondaines, immédiates, non-techniques.
De là que les philosophies, réelles, paraissent abstraites et à vrai dire « techniques » ; c’est parce que le réel est une technologie. On n’y échappera absolument pas.
Or il s’agit bien, cependant, de se rendre compte que si ça ne se rencontrera pas dans le monde, le vécu ou selon le corps, c’est qu’il ne s’agit pas du tout de la perfection mais du perfectionnement de la perfection, de l’agissement qui soutient et qui, plus encore, qui origine la structure (dieu et l’intentionnel unique), l’augmente (les grecs et l’universel qui couvre et révèle le monde), l’intensifie (le christique et le corps, le sujet et l’accélération du sujet cartésien et depuis la révolution) et la rend effectivement concrètement réelle ; depuis la révolution et ce basculement du possible abstrait à la réalisation en et par chaque un.

Formule qui, soit dit en passant, s’est étendue au monde entier. Partout il est établi (au moins idéalement ou idéellement) que tout peuple est constitué d’individus-sujets dans un État.

Le communisme a pu l’entendre comme universalité horizontale seule (l’homme générique et ses besoins, contre l’individualité et ses désirs), mais il n’était pas capable de supporter suffisamment de complexité du fait de son limitatif principe. On a déjà remarqué que l’individualité mourra et disparaîtra suite aux déchaînements de ses désirs (qui envahissent toute la réalité et mettent à bas la diversité et l’équilibre naturel), et ce pour la raison qu’il y aura succombé, à ces désirs, tout et n’importe quoi sans règle et sans organisation, sans colonne structurelle qui puisse le rendre capable d’ordonner l’intentionnalisation (puissance absolue capable de tout détruire, la nature, le corps, autrui, votre propre vie).

Rappelons que le christique est cela-même qui lance l’égalité de tous dans l’historicité mais qu’il faudra Descartes pour que cette égalité s’impose originellement comme liberté de chacun, ontologiquement comprise (et non pas admise par l’immédiateté) ; on peut bien reprendre toute la pensée grecque, hellénistique lorsque l’on se fonde sur la participation unanime de tous dans le regard du christ ; l’universel grec trouve là toute son extension. Mais sitôt qu’il s’agit de l’individuel sujet et de la liberté brute, c’est une autre histoire… Il faut dépasser l’universel et montrer une encore plus grande structure ; celle du je. Et ainsi au final comprendre le je comme la seule véritable cohérence. L’intention est passée du dieu unique au christique, du christique à chaque intentionnalité, individuellement manifeste et exprimée, afin qu’elle remonte dans son propre champ et aboutisse à son champ adéquat du réel brut (l’existentialisme qui en découvre l’affect absolu et formel ; l’existence existe).

Il faut attendre Nietzsche ou même plutôt Sartre (et Lacan en tant que l’individuel ne peut pas se contrôler extérieurement, le sujet est son inconscient qui n’appartient à rien ni… à personne). Parce que Nietzsche, Sartre et Lacan ont au moins ceci de commun que leur sujet ne se tient pas de lui-même (auquel cas il serait seulement le jouet de sa détermination, partie de parties diverses) mais se tient d’un Autre ; la volonté, le pour-soi (conscience comme champ intentionnel neutre) et inconscient.

De même, c’est entendu, que l’on se tenait de dieu, de la pensée, du christique, de l’infini, du transcendantal, de l’esprit (hégélien), etc. On se tenait de tout cela et non pas de "soi", de l'immédiateté.

Si notre être est un rapport, alors il est Le Rapport. Le rapport désigne quantité d'objets, dans des relations, mais il les traverse et si on ne se dirige pas vers le rapport même alors on traversera vainement toutes choses, toutes réalités. Ce qui est « rapport » absorbe toutes les autres différenciations ; le rapport, il ne peut en exister qu’un seul. Celui sur lequel on ne peut mettre la main dessus, puisqu’il dispose la totalité des réalités et que ne sont que les réalités ou ne sont que les mois, sauf l’exister des réalités et le sujet des mois ; qui sont invisibles et cela par quoi il est du visible, qui sont les regards par qui existent des champs de perception.

Que les réalités soient elles-mêmes en et par un rapport veut dire que l’on ne peut pas les saisir comme choses, solidités (il n’y a pas d’atomes, mais des mouvements, il n’y a pas de moi sauf dans le champ qui produit le moi). Ou donc que chacun soit son rapport et ce en tant que rapport ; chacun appartient à son rapport lequel n’appartient à rien. C’est en ceci que la liberté existe.

Et si la liberté existe alors elle se produit. Elle se produit et existe dans l’activité même de sa production, ce qui signifie dans le maintenant. Le maintenant est cela qui attire le surgissement de la liberté et qui, alors, se tient elle-même visible. La liberté suppose qu’elle se tienne elle-même dans son champ, non en tant que mot mais en tant que signe, et bien qu’elle ne se réalise jamais telle quelle, mais qu’elle soit cause de quantité d’effets qui relèveront à leur tour d’autres libertés, d’autres sujets.

Pour cela si la vérité se partage, la liberté se propage (et ne se partage pas, donc chacun est seul, tout comme chacun était seul face à celui-qui-est-tout-seul, le christ, ou tel que Descartes convoque chacun dans la singularité du cogito ; il se re-produira en chacun, un par un ; sitôt lu, sitôt su est le Fait cartésien).

Ce qui indique que la compréhension de la liberté ne peut pas s’effectuer sans comprendre ce que « rapport » implique ; et donc ceci que c’est le réel entièrement qui est appelé par et dans sa propre structure ; à savoir qu’il est articulation tout entièrement et que tout est suspendu au rapport de la perfectibilité indéfinie. Et que l'entièreté du réel se joue en chaque point du réel, chaque présent cause la cause. Chacun cause la Cause. 

Indéfini signifiant qu’il ne peut pas, le mouvement, être figé par le caractère d’infini ; qui ne le dresserait que verticalement, tandis que l’indéfiniment veut dire qu’il est en sa propre disposition et qu’il est bien au-delà de tous les infinis, qu’il devient horizontalement et c’est pour cela qu’existe une réalité (autrement dit le caractère infini n’explique rien du tout et est même impensable, irréel, non réalisable).

C’est ce que l’on disait ; l’infini est très commun. Le néant est infini, l’être au sens générique est infini. Puis (dans l’être générique) la détermination, la réalité est infinie, et l’exister de cette détermination, le réel de ces réalités est infini ; il ne s’agit pas de rejoindre l’infini (cad la perfection) mais de perfectionner l’in-fini en tant que le réel est plus grand que lui-même (ce qui serait impossible si il était parfait, et donc « parfait » n’obtient aucun sens du tout).

Or donc si il était parfait il appartiendrait à sa propre ‘nature’ (qui serait un ‘ceci’), mais étant indéfini il revient à sa décision, et est donc un sujet (seul capable de signifier ce que par perfectibilité on peut comprendre), ou plus exactement au dispositif-sujet dont on ignore le réel, n’en éprouvant que le début du commencement des possibilités,

et ce bien que, étant formel, l’entièreté de sa disposition nous soit déjà communiquée, telle quelle (par dieu, le christique, l’universel, Descartes, la révolution, etc) puisqu’une forme ne se compose ni ne se divise ; c’est seulement que la face du miroir est invinciblement difficile à décoder, notre regard ne percevant pas la potentialité de ce qui lui est envoyé. On ne connaît que selon la détermination, or le regard que nous jette le miroir n’est pas de la détermination, et impossiblement traduit il nous octroie la possibilité de suréminence sur les déterminations ; on perçoit dès lors à partir du signifiant qui produit tous les signifiés, sous condition de ce signifiant ; sans lui aucun signifié (dont le langage n’est qu’un des effets de cette opérativité de structure ; dit autrement l’intentionnalité est toujours plus-grande que ce qui est déterminé dans l’intention et il y a toujours un signe affecté au signifiant, sinon ça ne s’enclenche pas, et cela vaut pour tout ‘moi’ ; le signifiant est cela même, la ligne qui partage et ce partage crée qu’il y ait un ‘moi’ qui ne peut donc pas revenir dessus).

Hypothétiquement

C’est à cette fin que le présent est le kaléidoscope, celui qui est devenu, qui devient et qui deviendra. L’arc du présent et l’arc de conscience de plus en plus élaborés entraînant continuellement les réalités et les corps dans le champ de perception (le champ de perception, de présentation, se double du champ de représentation, se triple du champ d’expression) ; élaboration des arcs réels selon la tension et leur mouvement de plus en plus déliés, subtils.

Si on admet que le réel est formel (le présent en acte d’exister pur et brut)
alors tout monde, tout vécu sont réformés selon le Bord
et le Bord permet de ré-informer constamment les réalités.
Le Bord est le champ qui tient tout cela dans sa vue
et se transforme au fur et à mesure de ses perceptions.

Le champ et les perceptions sont un seul flux, mais distincts ; ils sont en mouvement (un flux) et c’est pour cette raison qu’il existe un présent, comme structure d’engendrement, continuel.

Dieu, l’universel, le sujet ou le réel sont cela même qui est toujours en jeu, intégralement en jeu, intégralement perfectible ; tout ce qui existe formellement (et au moins l’arc de conscience, à supposer qu'il y ait d'autres formes, non imaginables ) est mouvement dans le mouvement.

Ce sont, grosso modo, les raisons qui orientent, à tort ou en vérité, vers le réel comme dimensionnel et pas seulement fonctionnel.

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Antérieurement au moi

19 Septembre 2020, 07:18am

Publié par pascal doyelle

Le moi, le ‘moi-même’ ne se visualise que dans l’immédiateté et l’immédiateté de ses propres considérations, et de sa considération en propre et de croire qu’il est tout étalement donné là avec le monde. Sa vie est tout entièrement cela même qu’il doit réaliser.

Mai cette immédiateté est en elle-même déjà une médiateté (que le moi prend comme donnée, puisque cela lui facilite la vie, et qu’il peut re-combiner par-dessus sans se prendre la tête ; par ailleurs et cela est essentiel, il n’est pas nécessaire de savoir ce qu’il fait pour être libre ; on invente naturellement, selon cette médiateté constante de base ; aussi une très forte contrainte du groupe, du groupe très ancien, qui a régulé notre vie humaine durant des millénaires, une telle contrainte était nécessaire, sans laquelle chacun s’en irait gambader dans tous les sens, or la culture, la communication et la transmission, très précise, constituait le trésor de ces tribus).

Donc.

Sa vie est tout entièrement cela même qu’il doit réaliser. Ce poids repose sur ses épaules et l’étouffe quasi-complètement, parce que c’est une lourdeur irréaliste ; on ne peut pas « se réaliser » ; c’est ce qui ne se réalisera jamais qui nous intéresse et on avance même que c’est cette partie-là, irréalisable, qui rend possible qu’il y ait une telle réalisation, que l’on ait une-vie et que notre condition réelle dépendra de la compréhension que l’on a de l’ir-réalisation ; quelque réel n’arrivera pas, pas via le monde, le vécu, le relationnel ou le corps ; ça n’est pas là que ça existe.

Le moi suit parfaitement dès lors l’appréciation habituelle de la science et de la raison, du réalisme qui concentre tout ici et maintenant (de même que Descartes situe ici même l’origine de la pensée, et pas ailleurs ni en elle-même, le moi est tel le sujet mais rendu abstrait et mortellement évidé, qui ne se voit plus dans ce qu’il voit, de même qu’il croit en son objet de désir, comme si l’objet était la véritable raison du désir) ; principe réaliste qui veut que le donné seul explique le donné (et qu’alors selon le passé ou l’essence enfermée des choses et des êtres) ; principe qui pèse de tout son poids. Pareillement le moi, dont la possibilité s’acquiert après la révolution, lorsque chacun peut, enfin, se permettre d’être à lui-même son propre jugement (échappant à l’église, l’ordre social, mais non pas au capitalisme déchaîné, règne des objets produits et donc produisant les désirs, effets d’effets) le moi est tout entier accaparé par sa réalisation ; il va tout mettre en œuvre afin que devienne réel tout le possible ; de là qu’il y eut d’innombrables inventions, technologies, entreprises individuelles, récits de roman puis cinématographiques, et d’innombrables sortes de mois, d’innombrables vécus, tout s’étant démultiplié, et la révolution en décentralisation le régime de décisions possibles, rendues donc individuellement et non plus selon les traditions ou selon les ordres sociaux habituels, la révolution consiste précisément en cette décentralisation qui augmente considérablement la complexité, qui requiert elles-mêmes d’être gérée ou créée.

Or alors que le moi est empli de quantités faramineuses, ce sont autant de contenus dont il ne sait plus quel est le mouvement. Mais il n’est pourtant pas objet parmi les objets, il est la Chose innommable, et le cœur noir des objets. Le regard qui ne se voit plus.

Et même il finit par croire que ce sont ces contenus qui le composent et qu’il est, lui-même, rien, sinon le mouvement imprimé par les choses, ses objets de désir, ces désirs eux-mêmes, ces « pulsions ». Aussi lorsque manquent les objets, tout désir s’éteint, dans la singulière dépression (qui est le manque du manque, l’absence de désir mais aussi l’impossibilité de créer quelque intentionnalité que ce soit, le vide, et donc l’angoisse pure et brute, la révélation que « voilà ça n’est que ça, c’est rien, rien du tout », en quoi on reconnaîtra Céline et l’horreur de la vie, ou la psychanalyse ou Sartre ou Kafka, qui ne sait même plus pourquoi existerait une Loi, tant la dérision s’est étendue à tout et partout, n’existant plus que des contenus sans mouvement réel).

Ceci en partant du principe général que le donné explique le donné et que l’on est la proie de pulsions ou l’effet de toutes ces causes (passées ou immédiates), le moi comme effet synthétique vague, et tel qu’il se désigne ; un bricolage et souvent un bricolage tordu. Alors que le moi se tient du sujet lequel est en-avant et n’est ni passé, ni immédiat.

Qui ne sait plus quel est le mouvement et plus même si il y en a un, de mouvement. Tout accaparé qu’il est de tous ces contenus (qu’il a démultiplié et que la révolution a continué d’ouvrir pour lui, comme des paquet-cadeaux, des noëls continuels), il adore le monde et ses objets comme une toute unanime réalisation de soi-même, de ce que l’on est, et désespère que le monde et la vie le trahissent. Ce qui viendra. Et il vaut mieux, au fond, qu’il comprenne, plutôt que de durer, de durer dans les efforts « pour y croire », à sa vie, puisque cela devient de plus en plus pénible et dépourvu de sens : autant passer à autre chose.

Qu’il y ait un au-delà (réel ou de signification) à sa-vie, le moi n’y croit pas. Pénétré de toutes ces réalités si denses et concrètes ; que pourrait-il exister d’autre ?

Précisément c’est l’existence qui existe, le mouvement. Et tout le reste est, est composé, et destiné à la décomposition de ce qui est composé ; comment croire que le composé puisse « durer à jamais » ? Mais si le composé ne dure pas, qu’est-ce qui tient, ne serait-ce que tout au long du temps d’une vie ? Sans parler de la possible dimension infinie.

Or donc, contrairement à ce qui vient tout naturellement au moi, rien dans le monde, la réalité, n’est « donné ». Pas plus dans le vécu, dans le relationnel ou le corps. Parce que tout est Articulé. Ce qui veut dire difficile.

Non pas difficile seulement à réaliser, mais difficile à saisir ; il faut de distordre antérieurement, avant le moi pour non pas saisir mais être saisi ; la défaite du moi qui, mine de rien en se livrant aux objets, croit cependant se contrôler, cet empire du moi, que Sartre sait détrôner, n’est réellement défait que de s’abaisser ; humilité christique, oubli de soi philosophique, décentrement de l’universel, immense soulèvement révolutionnaire, infinies possibilités poétiques, esthétiques, hors de tout moi, parce que la structure est avant, pendant et au-delà du moi.

Et c’est difficile depuis le début ; depuis les juifs et les prophètes, depuis les grecs et les philosophes, depuis le christ et la renaissance, la révolution et puis les révolutions, tout est difficile. Parce que c’est articulé et qu’il faut trouver le joint de l’articulation.

On prend donc tout au sérieux et admet qu’il s’agit là (dieu, l’universel, le sujet, le réel) des explorations de cette structure qui rend-possible. Qui rend-possible qu’il y ait un champ intentionnel et que l’on puisse percevoir un monde, une chose, ce corps ; qu’on puisse les percevoir veut dire qu’on les perçoit mais surtout que l’on sait qu’on les perçoit ; autrement dit qu’ils sont à chaque fois affectés d’un horizon. Affectés, ce qui veut dire effectués.

Et c’est difficile parce que tout cela (qui nous apparaît tel quel) est en vérité construit et qu’il faut s’efforcer à élaborer ; ce que, ensuite, on prendra comme donné, tel que l’objet de désir est élaboré que l’on désirera pourtant, apparemment, pour-lui-même ; de sorte que lorsque cesse cette pseudo-évidence de l’objet, alors tout désir est rendu impossible, inutile, sans raison. Pourquoi ? Parce que notre être n’est pas un être (et donc n’a pas affaire aux choses ni aux objets) mais un rapport.

De là que l’on ne sera pas du tout soi-même de ceci ou cela issu du monde, du vécu, du passé, de l’adn, mais d’un soudain accès venu d’ailleurs, d’un point de vision externe (en somme une révélation, née de ce qui se peut, du possible brut, et peut-être de la Possibilité dimensionnelle elle-même, on y reviendra plus tard).

Or il ne va évidemment pas s’agrandir en s’énormisant, en s'appesantissant sur ce qui constitue son être donné, à savoir son désir, qui du reste n’existe pas en soi, comme unité, mais comme multiple bigarré, de désirs qui dévorent le monde, les autres, autrui, les objets et les choses, la perception et le corps lui-même (qu’ils consument, et parfois non pas au figuré mais au propre). Le désir est un signe idéalisé, la réalité ce sont ces myriades de désirs qui ne cessent de coller aux perceptions.

Tout cela ce sont des contenus auxquels on imagine un mouvement mais qui sont en fait créés du mouvement antérieur (ils sont des effets qui ne rejoindront jamais la cause ; les objets nous reviennent et nous causent, la cause réelle, à partir d'elle-même, avance vers).

Une œuvre vous indique-t-elle le monde ? Non elle indique votre regard. C’est votre regard, le sujet en vous, qu’elle modifie. Et elle ne le modifiera que par et selon vous-même ; vous devrez vous y efforcer, ça ne viendra pas tout seul ; si vous croyez avoir compris, c’est que vous n’avez pas compris (ou que telle œuvre n’en est pas une, mais un déchet, par ex un déchet industriellement produit et formaté à cette fin ; vous satisfaire… où a-t-on vu qu’une œuvre satisfaisait ?? Elle entraîne, comme un embrayage utilisé et inusable, parce qu’il est, cet enchaînement interne, articulé dans le regard même afin qu’il devienne, et qu’il devienne autre, et non pas le-même).

Donc agrandir le moi en ceci qu’il est une origine absolument, cad formellement, structurelle du moi. Le moi, tout moi, tout moi-même, dépend de son sujet ; bien que ce sujet ne soit pas, ne soit pas du monde, du vécu, du relationnel ou du corps.

En ce que tout est suspendu à ce qui arrive ; tout est suspendu au présent et le présent existe-en-avant. Il y a un présent parce qu’il y a un en-avant ; jusqu’où s’avance cet en-avant ? C’est le problème final.

Mais le but second est de dépasser cette gangue minimaliste que l’on nomme le « moi » et qui fut instruit dans l’histoire depuis 250 ans, 250 ans seulement, ce que l’on pourrait nommer la démocratisation, tout court (il n’y a plus que les élites qui peuvent se permettre de perfectionner leur culture, leur goût, leur psychologie, leurs tourments de riches, leur grande âme, mais tout cela peut se démocratiser, ce qui, notons-le ne sera effectivement que durant les années soixante… la personnalisation accélérée) ; ou si l’on préfère Montaigne qui initie (entre autres créateurs et poètes et penseurs) l’individualisme, attend, dans les faits même, que se réalise, se rend réel cette individualité et celle-ci parvient à la reconnaissance dans le monde humain, dans les mondes humains, par la révolution qui accorde à chacun qu’il ait sa propre vie, qu’il soit individuellement suspendu à son propre jugement de par soi, en quoi consiste la liberté. Non pas donc à seulement « penser » sur le mode système cohérent, mais juger et donc cela signifie : décider, inventer, créer).

Dépasser le moi ça n’est nullement le perdre dans une confusion quelconque ; toute réunion, union mystagogique, illusion de « complétude » supprimerait le réel, à savoir que chacun étant désormais ordonné selon sa propre unité, celle-ci ne peut pas s’abîmer dans le vague, étant entendu que chacun est ainsi libre afin de propager encore-plus-loin la distinction, la division, la clarté, la transparence envers soi (non pas du tout la transparence par autrui ou les autres ou l’universel ou l’universelle raison ou la dictature (qui se tient extérieurement à soi, les dictatures modernes furent des théories d’intégrale extériorité), mais la transparence de soi à soi-même, sans quoi l’acquis, l’acquisition, historique, de la liberté qui veut augmenter l’ensemble de toutes les distinctions, de toutes les intentions (chacune devenue libre et donc s’ajoutant à toutes les autres), sans quoi donc cet acquis de complexité s’annulerait, ce qui serait plutôt stupide.

Reprenons ; la dite transparence ne s’assigne pas à ceci ou cela (manière de dictature, qui imposerait un point extérieur) mais désigne le tout de l’existence… n’est-ce pas cela même par quoi qu’inaugure, s’initie l’historicité depuis le christique ? Que dit Descartes sinon d’isoler le point externe du sein de tout monde, perception et vécu ? Que nous raconte Sartre (ou Lacan, à sa manière) sinon de sup-poser l’engagement de soi, la pure décision inaccessible mais absolument impérative (à la manière kantienne) ? L’engagement qu’évidemment Sartre ne restreint pas au politique, mais recherche du dedans de Flaubert ou de Baudelaire ou de tel héros de roman ou la sienne propre, de vie…

Dit autrement et pour comprendre la portée de la transparence dont tout sujet sait ou commence d’apprendre à extraire la lumière ; c’est celle initiée par le christique, qui ne concerne que vous, en tant que vous-même, et le regard de dieu … autant dire que ça échappe absolument, cad structurellement, au monde, au vécu, aux organisations humaines, aux autres (voir la lutte intérieure-extérieure de Sartre vis-à-vis d’autrui), et finalement ce regard qui est, en vous, autre que vous-même par lequel vous supposez un Rapport en vous qui est plus grand et autre que vous ; et bien c’est là que vous existez. Nulle part ailleurs. Le reste ce sont des contenus (de conscience), et non la structure-conscience elle-même.

Non le but, la finalité de dépassement du moi n’est pas du tout de le noyer. Mais de montrer comme il est lui-même, le moi, architecturé du dedans à partir de non pas son corps, son psychologique, son héritage psychique, son acculturation, mais architecturé selon une structure réelle, effective, efficace, absolument formelle, et pourtant la plus immédiate qui soit ; ce qui veut dire instantanée. La structure qui existe au-dedans du moi est instantanée. Elle prend pied dans l’actualité du réel (aussi est-elle, est-il, le moi, totalement éberlué d’y découvrir, dans l’actualité, soudainement, son désir… ça apparaît, comme ça, par magie, il est créé instantanément et lui vient de face, mais c’est une structure, ce qui veut dire un rapport, et si notre être est un rapport, alors il est un mouvement, et pas un être). L’œuvre ne vous indique pas vous-même, elle oriente vers le rapport dans lequel et par lequel vous existez.

Que l’on suppose si l’on veut un Grand Rapport, tel un immense mécanisme, ressort, possibilité, et que nous y accédions soudainement (puisqu’étant un rapport, il vient tout entièrement, comme l’idée de l’être ou dieu ou le sujet, il est atteint formellement, hors contenus, qui en découleront ensuite, de son éblouissement, et cela vaut également au cours d’une vie qui bascule soudain en existence)

ou qu’il nous soit révélé (par dieu par ex, par le divin, par l'autre dimension),

de toute manière on supposera toujours un Rapport, le rapport de tous ces petits rapports qui fourmillent. Le tomber amoureux du moi appartient à ce genre de rapport premier dont en découle d’autres (et qui sont imaginées à partir du premier).

C’est parce que la structure existe, que nous existons ; il existe toujours un Grand Rapport puisque nous tissons constamment de petits rapports et que le « moi » est lui-même un signe (pris dans la chaîne des signifiants dirait Lacan, sauf que tout signifiant va-vers le monde, l’horizon externe, et non pas tourne en rond dans l’inconscient, c’est pour cela que le-réel est pour Lacan « ce qui ne vient jamais en nous » et par lequel objet petit a nous lançons constamment des ponts vers le donné, qu’il soit au moins représenté par un signe et un affect et une image, etc).

Bref nous sommes toujours dans un grand rapport ; puisque le rapport qu’est une activité de conscience se présuppose structurellement ; au sens où ce qui vaut ça n’est pas « ce qui » est ciblé par et dans un rapport, mais le rapport lui-même.

Ou donc le grand rapport (le rapport ‘en soi’) se suppose toujours transcendantalement ou supérieurement ou antérieurement ; c’est immuablement logique, selon la nature même, l’essence spéciale et spécifique de la structure (qui n’est donc ni une nature ni une essence). Si l’on comprend et admet que le rapport est le mouvement même, alors le rapport s’emplit de toutes les choses et de tous les êtres, en les distinguant et non en les unifiant ou réunifiant ; ce qu’il veut c’est la distinctivité de tout, puis la distinction toujours plus réelle ; le réel plus grand que lui-même. Il est ainsi demandé que nous puissions accéder au plus grand rapport (quel que soit le nom qu’on lui prête ; de dieu au réel en passant par l’universel ou le sujet).

Si le présent est le réel, alors le présent se dresse comme une structure sans cesse agissante. Ceci est la description minimaliste, formelle au deux sens du mot ; d’une part elle est formelle comme réel dans son schéma le plus résumé, et d’autre part elle est formelle en ce que le présent est lui-même une charpente purement vide, éthérée, non déterminée et que personne jamais n’a pu mettre la main sur le présent, le mesurer ou le calculer ou le segmenter de quelque manière que ce soit ; on ne le signifie qu’en le montrant ; le montrant mentalement, parce que toutes les choses, tous les corps, tous les gestes sont, eux, dans le présent, il est antérieur à tout ce qui paraît.

Le moi, lui, se conçoit, se représente et se représente dans l’imaginaire ; il se-sait (et cela est relatif à sa structure, il se signifie, il ne se « connaît » pas, il lui suffit largement de se montrer, mentalement, du doigt pour se-savoir) mais se sachant il s’imagine ; et il croit que ce contenu, qu’il imagine, est « lui-même ». Il se représente en ceci qu’il croit en son être tel qu’imaginé (raison pour laquelle il ne cesse de désirer, de s’imager, d’imager tout court, afin de manifester, concrétiser, croit-il, le réel, mais il n’est rien de réel en cela ; en s’imaginant (en imaginant l’objet de son/ses désirs) le moi construit l’investissement de structure, mais c’est la structure (de conscience) qui crée cet investissement et imagine la solidité, la consistance, l’épaisseur. Succombant à son contenu de conscience il oublie la forme et privilégie le contenu qui lui apparaît si évidemment au-devant (des yeux, il oublie le regard au profit du regardé, du bien visible, du Bien visible, alors qu’il n’existe, lui, le je, qu’en tant que regard.

On dira que si le regard est à ce point formel, il vaut mieux effectivement ne se focaliser que sur le contenu. Sauf que l’on a montré que l’on est parvenu à démultiplier les réalités parce que fut dépliée la forme-même et rien que la forme. C’est ce sur quoi parie la morale par exemple ; on n’obtient rien de plus, voire même moins, en se conduisant moralement (on ne participe pas à la violence, l’exploitation des autres), mais on parie sur une bien plus grand organisation qui à terme sera profitable pour tous, pour chacun et pour l’ensemble ; en ceci que chacun reposant d’abord sur soi-même sera en mesure d’élever la réalité humaine, plus reliée à elle-même parce que plus dépliée pour chacun ; chacun devenant chaque un. On fait le bien pour le bien, au sens qu’il s’agit d’agrandir sa propre capacité, et que cette potentialité ne doit pas tenir à l’immédiateté ou donc on n’agrandit sa possibilité que si on abandonne son seul intérêt ; étant entendu que l’augmentation du cercle doit contenir votre cercle individuel, parce qu’alors il est individué. C’est bien cela qu’il faut saisir ; le cercle du moi, agrandi, est devenu ou devient le cercle du sujet ; et loin de réduire ou annuler ou effacer le premier, le second, du sujet, est encore-plus individué au sens précis où, l’individué est la grande capacité.

Parce qu’il isole et cible la structure réellement agissante ; celle qui produit un champ de perceptions intentionnalisées (par lequel champ les perceptions sont distinguées encore-plus via les signes, leur mise en œuvre intentionnelle (dieu), universelle (grecque), individuée (christique et sujet), réelle (depuis la révolution, laquelle est agissement ou activisme dans tous les coins du monde humain, humanisé d’abord puis personnalisé).

Ou, autrement dit, le sujet est plus cohérent que tout ; il est plus cohérent que tout non pas selon le monde ou la détermination ou le vécu, mais en délimitant (dieu) l’intention pure, augmentant les intentionnalisations (les grecs et l’universel des idées), intensifiant (le christique et le sujet, cartésien, tenant de sa vie en son Existence) et réal-isant (depuis la révolution) ce petit ressort de rien du tout qu’est l’intentionnalité.

L’intentionnalité est ce petit mécanisme qui crée un champ intentionnel, de perception accolant perception et signe, qui lui rend possible de redimensionner  ; de redimensionner ce qu’il a reçu du monde, de l’atome, de l’adn ; tout est embarqué par et dans le champ intentionnel qui n’est pas composé et déterminé mais formel et donc absorbe toute perception ; on peut être déterminé à 95 %, mais les 5 % qui restent créent du neuf, et c’est la nouveauté ou le renouvellement, christique par ex, ou révolutionnaire, ou donc individué et séparé du rythme collectif, qui comptent, parce qu’ils modifient tout.

On use de ce mécanisme comme s’il allait de soi ; mais en vérité c’est lui qui rend possible que vous ayez un corps sans être ce corps et cela vaut pour tout le reste ; vous vous tenez dans un rapport et vous existez, à vos propres yeux, par ce rapport ; il y a un monde parce que vous êtes autre que le monde, etc. Ce rapport est ainsi Autre et ce instantanément (puisqu’il institue autrement le temps ; dans le rapport le temps passe différemment).

La question est donc à partir de quoi, de où et comment il se produit qu’il y ait apparition pour vous (l’animal est-dans son milieu, il n’a pas de monde, puisque pas de signe pour signifier et isoler et s’isoler selon le « monde » comme horizon).

Cela veut dire qu’il est un point (à partir duquel on perçoit) qui n’est ni imagination, ni pensée, ni affect, ni corps, ni perception mais qui met en scène tout cela (et tout le reste) et cette scène est nommée « champ intentionnel » (depuis Husserl mais en fait depuis Hegel et Kant et même Descartes dans la mesure où il nous fait assister à l’introduction de la-dite scène nouvelle en philosophie, qui coupe l’historicité ; le dispositif je pense, je suis, est la base même de la mise en scène qui permet de faire défiler, de construire au-devant de soi, en sa propre vue (en comprenant que l’on sait, et non plus que la pensée se connaît en nous) et de construire n’importe quel contenu selon la nouvelle formule de cette même scène, déployée par Kant, Hegel, etc).

Il est donc venu que le moi a en sa capacité de récupérer le Bord à partir duquel il perçoit, à partir duquel il existe de la perception, en tant que celle-ci sait qu’elle perçoit… Et donc se redistribue selon le sens, l’orientation, l’orientation presque « physique ».

Acquérant son sujet le moi se voit non plus selon une disposition subjective mais admis dans le cercle du formel lui-même ; celui qui demeure absolument, cad formellement, toujours à distance et semblablement lorsque l’on pense selon la raison ou l’universel, notre conscience passe de l’immédiat au plus grand rapport. Le grand rapport à l’être, dieu, le christique, le sujet ou le réel sont infinis (structurellement, selon le fonctionnel ou selon, peut-être, le dimensionnel).

Il n’y a aucune raison de croire que dans le monde, le vécu ou selon le corps se réalisera quelque chose de plus, puisque ce rapport n’est pas de l’ordre du monde ou du vécu ; et il faut reconnaître que nous n’en sommes qu’au tout début de l’appréciation de ce qui, au-delà du donné, du réalisé, s’impose comme transparence ; la conscience sartrienne, l’esprit hégélien, le sujet cartésien, l’universel, l’intention divine (et générale) ou christique (et individuée) ne sont que les prémices de la forme qu’est le réel.

Le moi apparaît dans un tel champ (qui est unique, il n’y a pas tente-six manière d’avoir-conscience-de, mais une seule, chaque fois singulière puisque c’est un rapport)

et ce non en pure perte mais afin qu’il, le rapport, se sache de son indivise individualité, comme il sied au rapport lui-même, toujours plus et qu’il parvienne à positionner son cercle par rapport au Grand Cercle qui l’entoure, qui entoure tout ce qui est selon le Bord si proche du présent pur et brut, tellement brut.

Qu’il soit fonctionnel (le réel est tel, est plus grand que lui-même et existe en tant que plié, le réel est un Pli, à l’intérieur duquel, cet intérieur qui est tout externe donc, existent les réalités)

ou qu’il soit dimensionnel (le réel est plié et existe en lui-même, et c’est le pli qui existe, la structure signifie, indique, oriente vers un Réel),

et remonter le moi tout au long et courir jusqu’au sujet, au rapport, jusqu’à l’articulation qui rend possible qu’il y ait un moi, une perception (subjectivités et objectivités, perceptions et expressions)

c’est entrer dans la forge même.

La clef est la porte et la porte est la clef, mais en tant qu’il est un rapport ce caractère retors demeure parfaitement logique.

Le moi se tenait bien en retrait en supposant ses objets … mais entrer dans le rapport c’est évidemment modifier la substance même (qui se transmute en mouvement pur).

Dit autrement ; de ce que le réel est un rapport (et non un être, sinon imaginairement, de même que tout « objet » de désir), on ne peut rien saisir (toute « chose » est prise dans le mouvement, le présent par exemple), rien saisir sauf d’ex-sister selon le rapport et d’entrer dans sa confection. Lorsque l’objet manque ou se dégrade (ce qui, selon le monde, est habituel) alors se manifeste le rapport lui-même, qui positionnait tous les points de réel. Le grand rapport effarant. Celui-là même qui suscite, fonctionnellement ou dimensionnellement, tout ce qui relève de l’être ou de cette mitoyenneté qu’est l’imagination de l’être, inconsistante malgré ce qu’elle prétend.

Un jour il faudra avancer dans la prédisposition, de chacun, quant à l’obtention du paradigme du pur réel. Ainsi selon la logique christique (sur le mode ; "je vous ai choisi depuis l'origine du monde", affirmant par cela le non-temps de tout ce qui est) : et explorer cet infini aperçu, tel qu’il se confie à notre soin, à notre attention, puisque nous ne nous sommes jamais avancés si loin dans la Possibilité. On ne sait de où cela nous est venu.

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Absolue généralité quant à la destination du réel

12 Septembre 2020, 07:32am

Publié par pascal doyelle

On dira donc que la philosophie n’est pas une doctrine (ou un ensemble de doctrines) mais est la discipline qui explore et cartographie « cela » qui est arrivé à l’humain autour de la méditerranée. Il lui est arrivé « cela » qui consiste que l’on s’est aperçu que l’on ne recevait pas un monde donné et parlé et partagé (entre soi dans tel ou tel groupe, les mayas par ex) mais que l’on produisait ces mondes, comme mondes culturels, séparément les uns des autres (quels que soient les ponts entre ces mondes, dit particuliers, qui ont chacun, quand même, inventé le langage, la représentation, les échanges, les systèmes familiaux, etc, et donc ce que l’on nomme une « mise en forme culturelle », toujours extrêmement complexe).

Mais autour de la méditerranée on s’aperçoit que c’est nous, nous autres, qui produisons tous ces mondes et donc la question se posent ; si nous ne somme spas tel ou tel monde, alors qui est-ce qui crée ces représentations et tous ces systèmes humains culturels ?

Les juifs répondent ; dieu. Les grecs ; la raison. Le christique ; chacun.

Ou donc l’intention absolue et formelle, l’intentionnalisation à propos du monde donné là (unique), l’intention en un corps individuel, christique, puis singulière, cartésienne. Aboutissant à la révolution et la forme unique de l’État en tant que Nation.

Il s’est ainsi élaboré une autre structuration de l’humain, désignée ici comme non plus mise en forme culturelle (il y en eut quantité), mais acculturation généralisée. Et tandis que la mise en forme culturelle pouvait prendre mille représentations et perceptions du monde (représentation et perception s’équivalaient), l’acculturation est unique, universelle, et absolument formelle. Elle tient non pas aux contenus seulement mais d’abord à la structure, celle qui produit « des » contenus. Le dieu unique, la pensée universelle, le sujet singulier. Et évidemment le réel absolument là.

On aimerait croire que notre acculturation est une civilisation parmi les autres et que toutes sont interchangeables, mais c’est faux. Non pas parce qu’elle serait « plus vraie » (elle est plus vraie), mais parce qu’elle est tenue dans et par le réel et non plus par les apparences changeantes des réalités. On a mis au jour la structure même, qu’on le veuille ou non, qu’on l’accepte ou non ; il n’y a pas trente-six manière de saisir l’intention (le dieu un tout-autre forcément unique puisqu’il existe formellement), l’intentionnalisation (le système grec des intentionnalisations, ou donc des idées), ou l’intentionnalité (instanciée en et par chaque corps individuel).

Lorsque dieu, la pensée ou le christique annoncent que c’est déjà-arrivé, c’est vrai. Si c’était un contenu de plus qui s’avançait sur la scène (de la présentation, de la représentation), mais non, c’est le réel même.

C’est la réalité toute entière qui a glissé, vers le versant beaucoup plus formel qu’est le réel. Aussi une technologie, mentale, bien plus ardue et fondée non pas sur l’apparaître mais sur l’effort est venue au jour ; ni dieu, ni la pensée, ni le sujet ne sont évidents, ils doivent être articulés puisqu’ils manifestent (dans le monde d’immédiatetés) la médiateté instantanée qu’est le réel. Ou donc ; le réel est un pli, une articulation et tout est déplié dans et par ce pli. Dont on n’acquiert le réel que de cibler le pli lui-même ; dieu, la pensée, le sujet, le réel.

Et donc puisque sortis de tout monde particulier, atterrissant dans ce-monde-ci (il n’y en a qu’un) de par ce sujet-là (il n’existe qu’une seule forme de structure de conscience, pourquoi voudriez-vous qu’il y en ait plusieurs??), la philosophie est la discipline qui se dispose à examiner la dite articulation, telle que donnée pour nous, l’intentionnalisation, que l’on nomme dieu, la pensée, le sujet ou enfin le réel. Dieu crée ainsi la nation, celle des juifs d’abord (et ensuite toutes les autres selon leurs décisions propres ; la nation est une intention, et le soulignera-t-on jamais assez, une libération, il est celui-qui-libère, qui libère de l’oppression mais aussi du monde, de tout monde, les ayant tous créés). La pensée déploie la totalité des intentionnalisations, des idées à propos du monde donné là.

Mais pour penser le sujet, de ce qui se nomme penser, le penser réellement, il faut une bien plus énorme réflexivité et engager donc à partir du christique jusque Descartes (la théologie reprend toute la réflexivité grecque dans sa réflexivité, en tant que pensée-de-dieu), mais aussi au-delà de Descartes jusque Lacan ; analyser de plus en plus précisément le mécanisme unique et formel et donc très difficile à délimiter ; l’acte de conscience.

Ou donc ; penser le sujet ne consiste pas du tout à seulement (si l’on peut dire) exposer les raisons et les argumentations et les idées, les systèmes, mais doit s’opérer un effort interne à l’acte même d’être « soi ». Ce que réclamait déjà de se décentrer pour l’universel grec. On a cru de cela que la philosophie ne se déployait qu’en argumentant ; mais on argumente afin de perfectionner les intentionnalisations… Une idée n’est rien que le perfectionnement de la perception ; et si la philosophie déplie la conscience morale, elle provoque le dépliement de la conscience de soi du sujet. Et on a continué malgré toutes les prévenances, de postuler la philosophie comme « rationalité » ; mais qu’elle soit rationalisation, oui, mais justement en intégrant celle-ci à la continuité de l’activité de conscience, valant en tout et partout, puisque partout nous baladons la conscience que l’on en a (de tout).

Et les prévenances, Descartes, Kant, Hegel, Husserl, Sartre, Lacan (Nietzsche et Heidegger, en tant qu’imaginations onto-métaphysiques, le premier en extrapolant l’auto - affirmation, qui était déjà cartésienne, et le second en magnifiant l’être contre les étant (et contre le gros-étant que fut dieu), l’être vide contre les étants déterminés) exposent suffisamment que l’expérimentation philosophique en tient pas en un quelconque discours mais laisse à chacun d’explorer le réel de son acte, de son activité, de ses activités (extrêmement diversifiées puisque couvrant tous les domaines, toutes les régions de conscience, de liberté, de perceptions et d’inventions, de créations et de décisions).

Extraire l’acte absolu, ce qui veut dire formel, ne comporte pas du tout une moindre cohérence, puisque le sujet, le dispositif sujet, qui affirme que la conscience est « cela qui a rapport à soi en tant que rapport », on a reconnu qu’il s’agissait de cela seul, le sujet, qui soit susceptible de porter réellement la finalité de ce qui existe ; se perfectionner. Un être pourrait-il devenir ? Non. Et un existant parfait que serait-il si précisément il lui était impossible de devenir encore-plus ? Rien.

Il serait seulement inerte. Amorphe.

En fait, dans le fait de le concevoir, comme inerte, selon l’être tel qu’il a pu être caricaturé (et tel qu’il se concevait vraiment ; l’être, le bien, la pensée de la pensée, le un ne sont nullement statiques … c’était bien la difficulté ontologique, relativement à la connaissance de l’être en tant qu’être, que de ne pas parvenir à circonscrire l’être), dans la conception de l’être à partir du sujet, rendu lui-même abstrait, l’être se prête comme un gros-objet ; le sujet, rendu abstrait, contemplait bêtement l’être fixé, chosifié, énorme et mou, ou sphérique et solide, mangeable en quelque sorte.

Sauf que de même que cet être ainsi détériorée, était conçu par un sujet lui-même dégradé… Le sujet, celui qui-se-pense, n’est nullement abstrait. On a même reconnu qu’il est le plus-vivant (en terme christique) ou le plus existant ; ici, l’existant surélevant absolument ce corps seulement vivant, quittant l’immédiateté vers la pure et increvable médiateté et révélant, le christ, le cartésien, le kantien, l’hégélienne, que « ça se meut » ou kantiennement que « c’est divisé », ajoutons que c’est divisé parce que le réel est la division ; elle n’est pas quelque action qui advient à un déjà-là, c’est qu’il existe d’abord la division, ou donc l’articulation et qu’ensuite cela engendre les réalités, les choses, les êtres, les vies, les corps, et que donc le christique, cartésien, kantien et oh combien lacanien révèlent que d’abord Existe la Distinction.

La plus cruelle des conséquences, ontologique, relative à la structure de l’arc de conscience, consiste en ceci que se positionnant comme sujet abstrait (la version ras des pâquerettes du sujet cartésien qui, lui, savait bien qu’il ex-sistait), la plus grande cruauté donc c’est qu’alors au lieu de se saisir comme ex-sistant, le sujet rendu abstrait se regarde comme une chose Ce qui est une perversion du sujet, son absence délibérée (ou idiote), comme si « personne » ne regardait et que les choses apparaissaient telles quelles, qu’il y ait donc une réalité sans sujet ; le sujet abstrait, la réduction du sujet cartésien à rien (à un simple regard vide) est un sans-sujet, l’objet abstrait de la science (qui confond par ailleurs son discours et la réalité, ce qui est fou, littéralement, qui ne s’aperçoit même pas que ces objets sont sans cesse reconstitués, en contredisant les théories précédentes ou en surajoutant une plus grande échelle sur celle présentée, comme Einstein par rapport à Newton, qui en bouleverse tout le sens).

C’est comme si on en concevait pas que la vision que propose le sujet c’est celle qu’il provoque… il la provoque à exister. La structure sujet est en cette capacité de créer le chemin, le projet, la création ; il est fait pour cela. Image de dieu veut dire qu’il Crée : quoi d’autre ? Ne pas concevoir cela c’est limiter les productions du sujet aux représentations du moi, à ses velléités, à ses désirs, à ses images, au subjectif, qui bientôt avalera lui-même les objectivités, parce que les objectivités ça ne tient pas durablement dans le flux subjectif comme le pointe Lacan les scientifiques deviennent fous parce qu’ils le sont depuis le début ; un discours objectif est, en l’occurrence, juste un symptôme pour le psychique (ou dans le même genre ; rêvant, soudainement je me réveille, et donc réveillé je suis vraiment endormi parce que dans le rêve c’est le réel que j’ai rencontré et que j’ai fui dans le réveil ; l’objectivité est de cet ordre-là de sommeil du réel, pour le subjectif qui est, alors, seul réel, cad capable d’envisager l’horreur, la jouissance impossible, celle qui est imaginée ou qui nous Voit et qui est insupportable, qui amènerait la cessation de tout, la dévoration de tout).

Or le dit sujet horrible, c’est celui-là que le moi, se prenant pour un sujet abstrait, vide, sans rien, non cartésien (non kantien, non hégélien, etc), celui que le moi suscite, en lui-même ; l’horreur de l’objectivation, la chosification, la réification, le serveur qui se prend pour un serveur, et qui peu à peu dans toute l’amplitude de son intentionnalité sera dépossédé de sa vigueur intentionnelle. L’inverse absolu du sujet horrible, c’est dieu, la pensée, le christique, le sujet cartésien, etc ; celui qui assume et surtout assure l’altérité. Qui sait qu’il n’est pas « lui-même » ; qu’il se tient d’un autre, d’un autre horizon. Mais le moi, lui, croit qu’il est… et ne peut qu’imaginer cet être (en lequel il investit tout son corps vivant et énormise cet « être »), l’imaginer parce qu’il n’existera jamais ; il n’aura pour maigre pitance que des petits bouts de moi ; des objets de désirs, et pour nous des tas, des tonnes de désirs, consommables ; ce qui est une détresse absolue, terrible, un enfer sur terre (lors même que vous disposons de tout pour être sinon satisfaits du moins rassurés, or non on s’est employé à imposer l’incertitude, dont le chômage n’est qu’un des aspects ; il existe une décrépitude mentale structurelle tout à fait profonde et en un sens irrémédiable on nous a ou la vie nous a habitués à désirer, comme seule loi réaliste, traitant tout le reste d’illusions ou de fables ; seule loi réaliste alors même qu’elle joue du fantasme, afin de provoquer l’allumage de ce désir, qui évidemment n’y suffira pas, qui se doublera, triplera, indéfiniment, puisque sa destination est la dispersion indéfinie de ce qui est déterminé.

Le moi est finalement d’une tristesse confondante et fondamentale ; il est le regard abstrait du sujet (qui n’est pas et n’est pas même considéré et méprisé en tant que dieu, la pensée (et l’universel), le sujet et le réel sont niés), regard abstrait vers une « chose » inerte et déterminé, qu’il ne peut jamais réunir et qui se vit toujours sur le mode imaginaire (qu’il doit relancer et recycler constamment). Que le moi est, c’est évident (il est la synthèse, forcément bricolé, de son passé, héritage, adn, tout ce que l’on voudra). Mais qu’il se croit la seule et dernière et unilatérale et exclusive limite ou possibilité, non. C’est bien pour cela que l’expérience existentielle (le non-sens massif du monde), dieu ou la foi christique, l’universel ou la révolution, le sujet ou l’intentionnalité propre du je, tout cela soudainement intervient comme des ruptures, des libérations, des illuminations ; ils ouvrent la possibilité que la synthèse (passive, du moi) ne soit pas subie, telle que là, mais active et voulue. Nietzsche est bien sur pour nous comme une telle (re) naissance, adaptée à notre situation (au lieu de Platon, du christ, de Descartes, etc).

Au risque que l’auto-affirmation annule et oublie les autres possibilités structurelles (dieu, le sujet, l’universel, le réel, raison pour laquelle on interprète Nietzsche et Heidegger comme « imaginaires ») ; puisque l’on a vu que le sujet, depuis Descartes, tend à récupérer, étant infiniment proche du structurel

(qui est son ‘je’ lequel n’est pas un « moi », et encore moins subjectif, mais dispositif et infiniment cohérent, ce que Descartes dit, littéralement, il le voit instantanément, le je étant le rapport, celui qui n’apparaît jamais et ne peut pas être dit mais signifié d’un je à lui-même ou d’un je à l’autre je, raison pour laquelle Descartes montre, de fait, le dit ‘je’ dont il sait tout à fait bien qu’il sera dupliqué, puisque chacun y reconnaîtra la possibilité même),

à récupérer donc ce qui appartenait à l’intention divine et à l’intentionnalisation universelle ; le sujet est une structure bien plus universelle que l’universalité qui est un procédé, qui est une opération, l’universalisation intentionnelle, ou ce qui deviendra le jugement qu’opère chaque liberté, d’une extension bien plus grande que l’idée ou le concept, que ce soit version Kant ou version, réalisée, de la révolution, qui confie à chacun « sa raison », non pas son corpus tout fait systématique, mais son propre jugement, estimant que la liberté est une cohérence bien plus grande et bien plus performante que la lourde raison toujours seconde.

Ce recul du sujet comme abstrait qui dépose là son représentant (qui prendra toujours beaucoup d’objets comme simulant et stimulant son être-imaginaire, tellement peu sensé qu’il l’éjectera toujours comme « ob-jet », version soft d’une folie, dans lesquelles folies extrapolées il devient et révèle sa folie procédurale ; qu’en fait il n’y est pas, dans son ob-jet, puisqu’il vient de le projeter … et que lui-même n’est pas, mais ex-siste ; tout cela est dit et redit depuis que l’on explore la structure du sujet, depuis Descartes … que dit Kant ? Que le réel est nouménal, il n’est pas « là » dans la phénoménalité, cad n’est pas dans le monde, mais alors où ?) ; et c’est placer sa structure dans une chose ; à croire par exemple que l’IA pense ou pensera, sera « consciente d’elle-même », lorsque la connaissance réduite à l’idée, vague, très vague, d’informations, « contient » la conscience Mais avoir conscience-de n’est pas un process limité, c’est une intention qui renvoie tout de suite vers l’horizon et qui se perçoit à partir de cet horizon (qu’il soit le monde, dieu, le sujet, le réel, la révolution, autrui dans le tomber-amoureux) et vient tout entièrement comme une énorme articulation (et non un petit bout de connaissance ou d’informations, à quoi tendent de réduire les cognitivismes divers).

Or donc.

C’est par le mouvement qu’il existe une réalité. Les réalités (aussi innombrables soient-elles) ne sont que dans le mouvement du réel, qui, lui, existe. L’être est, mais pris dans le mouvement. Et au lieu de demeurer sidérer par le mouvement continuel, il faut comprendre que nous habitons, nous, le mouvement. Et qu’il s’agit de saisir ledit mouvement en sa structure ; or on ne peut pas saisir un mouvement mais en être saisi. Conjointement ce dessaisissement est la plus grande activité possible. Ce qui signifie que l’on n’est pas appeler en tant que l’on est mais en tant que l’on veut. Or il faut, donc, vouloir, sans vouloir. Parce que sinon nous glissons dans l’être, le non mouvement ; remarquons que le non mouvement est une pure station mentale, celle que nous imaginons que nous stabilisons par et dans notre mouvement (qui s’imagine alors être solidement fixé).

On ne peut pas se concevoir comme mouvement pur et brut ; ce dont on use habituellement ce sont des signes, des images, des états émotionnels, des affects donc, pesant selon le corps, etc.

Il existe en nous quantité de mémorisations ; non seulement humaines mais encore plus relevant du vivant (sans lequel nous n’existerions pas). Il se trouve, donc, que s’ajoutant au vivant (et à sa mémorisation par l’adn) l’humain crée au-devant un champ de perception qui n’apparaît que via les signes (les langages). Ce champ a pour utilité d’agir et de réagir au donné-là tel qu’il se présente, dans l’actualité (de l’urgence ou de la communication du groupe, de la tribu) ; il y eut donc deux cycles ; d’abord créer les mises en forme culturelles (qui inventent la culture humaine, au sein d’un groupe préservant la communication mais aussi la transmission de cette communication, qui elle-même parle le monde, le donné là, et dont le groupe assure la véridicité, de sorte que ces mises en forme culturelles ne peuvent pas se mélanger, se traduire l’une dans l’autre ; il faut être maya pour comprendre, cad percevoir, le monde maya, qui est un ensemble, presque une totalité).

Mais ensuite, acculturation généralisée, nous nous apercevons que nous créons les contenus (qui ne forment donc plus un monde donné-là et partagé dans l’entre soi du groupe). Les mondes culturels étaient déjà d’immenses articulations, l’acculturation y ajoute (et remplace) une articulation circonscrite et ponctuée ; par l’intention, l’énonciation ou l’individuation, resserrant à chaque fois le cercle autour de « cela qui produit », de l’acte de production (de quelque contenu que ce soit) ; c’est l’activité philosophique que d’isoler le module des modules, le ressort qui rend possible tous les autres ressorts seconds et secondaires.

On a vu que le dit dispositif est celui de l’arc de conscience planté dans l’arc du présent (qui l’oblige, une fois activé comme tel, à renouveler constamment l’intentionnalité qui ne se confie plus aux contenus (un monde partagé et cyclique et transmis selon le groupe) et doit prendre conscience du productivisme de cette activité de conscience.

Dieu, la pensée, le christique, le sujet, le réel ne font pas partie du monde, du groupe ou de l’immédiat, mais imposent des distances ; dieu est le un tout-autre, l’intention pure antérieure à tout monde ; la pensée désigne le monde tel que « là » (l’être) qui l’oblige et nous oblige à entrer en rapport selon une intentionnalisation systématique, afin que tous les rapports soient explicites et qu’ils soient tous lisibles explicitement, ce qui veut dire distinctement (une idée, une intentionnalité qui n’est pas distincte n’existe pas, de là que l’être est et que le non-être n’est pas) ; le christique introduit au sujet-en-un-corps (la petite intention qui est nôtre et dure de la naissance à la mort mais qui se perçoit par-delà la mort, puisque sinon nous n’existerions pas pour nous-même) ; le sujet qui resserre l’attention sur l’origine de cette intention, et signifie nommément qu’elle existe ici même, ici et maintenant (et ce non pas contre dieu mais en signe de dieu, la volonté humaine est le sceau de dieu en l’homme, et est admissible comme antérieure à la pensée) ; de là qu’il faille commencer de penser cette « volonté » dans son étrangeté et décrire la structure de ce « sujet » (Kant, Hegel, Husserl, Kierkegaard si l’on veut, Nietzsche et Heidegger, Sartre et Lacan pour entrer dans l’analytique brute du dit sujet).

De sorte que finalement il s’agit, littéralement, de s’introduire dans la systématique de la volonté ; non pas la volonté du conscient, de la raison et de la certitude de soi (ou de quoi que ce soit par ailleurs), mais d’introduire à la pré-disponibilité qu’est la volonté en tant qu’intentionnalité. Ce qui se veut par l’intentionnalité n’est pas ce qui se désigne comme volonté consciente ; le conscient use de la définition stricte et tombe dans l’objectivité (c’est son but, bien sur, il veut définir des objets afin de resserrer l’action, la fabrication, la production, la manipulation de tel objet), et ce faisant il ne peut plus remonter dans l’intention et atteindre l’originel.

Rappelons que l’on ne peut pas atteindre l’originel (il est de structure, qui est toujours présupposée à tout contenu, tout signe, toute image), puisque la réalité ce sont les réalités qui sont prises dans le mouvement, et il y a mouvement parce qu’il est, précisément, l’enjeu fondamental et que ce en quoi on avance c’est dans la description du mouvement ; depuis le début dieu, la pensée, le sujet et le réel sont des mouvements ; on ne les attrape pas, ils nous saisissent. Et ce contrairement au fantasme du sujet abstrait qui croit dans le discours et que le réel se termine, aboutit au discours, alors que tout montre et démontre, de par cette expérience absolue réalisée et réelle qui dure depuis le début (soit 3000 à 4000 ans, autant que l’on sache) et qui expérimente notre être comme articulation et décrit, analyse, déplie, plie et replie en tous sens cette articulation dont on a obtenu dix mille résultats, sinon que les deux derniers siècles ont cru à ce point en eux-mêmes, qu’ils décidèrent d’en faire table rase. Réduisant d’autant leur capacité intentionnelle, leur attention structurelle, et alors même que par ailleurs la philosophie ne lâchant toujours pas le morceau (parce qu’elle est la discipline qui analyse l’articulation) continuait de creuser à même le Pli.

Ce que l’on avance, à savoir que depuis le début on ne fait rien d’autre que d’expérimenter et très exactement, très précisément et dans le détail et même la prolixité structurelle, engendrant quantité d’intentionnalisations en tous sens qui deviennent disponibles à chaque fois que le positionnement du réel (selon dieu, la pensée, ou l’État romain par ex, le christique ou le sujet, ou la révolution, les esthétiques rendues possibles ou les instanciations psychiques que l’on nomme des « mois », cette hyper-super-humanisation jusque dans le moindre détail de nos vies), que le positionnement du réel donc se meut, alors tout est constamment bouleversé ; puisqu’aucun monde clos particulier, global ne retient plus les cavalcades de l’intentionnalité qui possède son propre rythme, lequel est la puissance-même, et se dit, s’annonce telle depuis le début. Depuis le début dieu, la pensée, le sujet ou le réel sont la puissance, ou, autre versant, la potentialité même.

Ce qui veut dire que creuser notre être c’est découvrir, à la fin, qu’il ne s’agit pas d’un être et que dieu n’est pas un être ni l’être, et comprendre que l’être ne signifie pas en soi, sinon comme objet imaginé, et que donc dieu, si l’on veut, est beaucoup, beaucoup plus que l’être, il est ce que l’on nomme dispositif-sujet ; en sachant bien qu’il ne s’agit là que d’une approximation d’un Fait absolument monumental et tellement étrange, qu’il soit fonctionnel ou dimensionnel, qu’il soit une structure ou dieu, au choix (ou hors de tout choix).

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Fonction ou Dimension du réel

5 Septembre 2020, 08:28am

Publié par pascal doyelle

Il faudra cesser d’admettre comme réels le monde, le vécu et le corps.

Non pas que le monde, le vécu et le corps soient non réels, mais bien qu’il existe une gradation et que l’on perçoit le monde, le vécu et le corps d’un point bien plus réel que ces effets seconds. Seconds mais non pas secondaires.

Si l’on ne voit pas l’enfilade de la cause qui existe aux réalités qui sont, alors on sera tenté de supposer dans la réalité une deuxième réalité, ce qui ne se peut.

De même on se convainc facilement que l’on n’a pas la vie, le monde ou le corps qu’il se devait …

c’est que l’on cherche dans le donné, le vécu ou la satisfaction ce qui ne s’y trouve pas.

Cela revient à la position nietzschéenne, qui assume et assure l’auto-affirmation de soi du sujet brut (c’est sa fonction, son rôle dans l’histoire) ; si on agit poussé par des effets, l’action tournera en rond dans le monde, le même monde habituel, le monde des forces secondes ou pire secondaires. Si on se tient selon la cause, alors les effets naîtront par surcroît, se déversant immédiatement, voire instantanément, de la véritable source. Mais cette source n’étant pas du monde (mais dans la cause du monde, et donc de tout monde, étant auto-affirmation sa vérité n’appartient à aucun donné repérable, puisque tout repère s’effectue par le monde, el vécu ou le corps assujetti, aliéné, aliène n’étant pas selon la cause, hors monde), cette source donc, cette cause ne peut pas être « moi » ; c’est donc « la volonté » qui se veut et non pas ce moi, dont on voit bien trop évidemment qu’il est du monde, effets d’effets qui se prennent pour des causes.

C’est ainsi de la-volonté, toujours Autre, qu’il faut se tenir. On échappe de cette manière aux filets serrés des causes qui sont elles-mêmes effets d’effets.

C’est très difficile ; il faut être né pour cela. Dit-il.

Or donc c’est la même circulation qui nous vient du christique ; on en peut pas être libre dans le monde et selon le monde, or il n’existe qu’un seul point qui soit hors. Le regard du christique lui-même, qui comme on sait, existe non usuellement après la mort (et donc après tout ce qui se rencontrera dans le monde, le vécu ou selon le corps), mais qui existait bien avant le monde, puisque c’est par lui que tout a été fait (il est l’image de dieu, inconnaissable, mais l’image agissante selon la volonté du père, donc de la cause de la cause ; la supériorité hyper objective du père et du fils tracassait très fort Nietzsche, on le sait aussi).

La structure est très étrange.

Si ma liberté était relative au moi-même, je en serais jamais libre. Puisque le moi est composé et que la liberté ne peut aps dépendre. Il faut donc, effectivement, que la liberté soit autre.

Ou ce que l’on dit ; que la structure (de conscience, d’intentionnalité) n’appartienne à aucune partie de monde, de vécu ou du corps. Ce qui se vérifie comme champ intentionnel qui vaut en tant que tel (et non des contenus qu’il agite ici et là). Qu’alors, donc, le moi est un bricolage. Que le sujet est un dispositif-sujet, extrêmement puissant et d’une efficace formelle (non dépendant des contenus, et ainsi non dépendant des mois). Or portant il est certain qu’aucun sujet tout en étant parfaitement identique à tout autre sujet, ne peut pas et ne se confondra jamais avec quelque autre sujet que ce soit ; il n’existe à chaque fois que des sujets, un par un. Donc le réel, de notre existence, duplique le caractère absolument formel de « sujet ».

c’est bien pour cela que l’on peut traduire des langues ; parce que la structure de conscience est partout et unanimement la même et parce que ce sera sur le fond du toujours même unique monde, celui qui est-là, au devant. Si c’était des contenus on ne comprendrait rien.

De considérer comme acquise une certaine forme de soi. Parce que si c’est ce que l’on nous martèle, que nous sommes déjà « nous-même » et qu’il suffira bien de le devenir (ce qui est très bizarre),

il est clair cependant que durant tous ces siècles le réel-même tout le monde savait bien qu’il n’était pas là, pas dans le monde, le vécu ou le corps. Qu’il était, le réel, quelque regard planant on ne sait où. Et que seulement alors, bien saisi par ce regard, transi, de ce que le réel nous manquait on pouvait envisager de devenir. Et ce vers le haut.

Parce que sinon, si on est déjà-ici, tout entier, nous sommes tombés vers le bas. Et quoi qu’il en manquait une partie, celle que remplirait « une vie », si on est tout entier là, ça ne suffira pas, puisque l’on est bien certain que l’on ne réalisera pas ce que l’on veut mais plutôt ce qui se présentera, ce qui se rencontrera, au hasard, au petit bonheur, ou pas et dont on se trémoussera et prétendant qu’il s’agit, oui, bel et bien de notre destin. Qui peut croire en cela ?

On se proposera donc de rendre accessible tout cela qui se tient en réserve et jamais jusqu’alors n’est pas parvenu jusqu’à nous, jusqu’à ce moi que l’on est. Et c’est le propos même que de rechercher bien au-delà ou bien en avant, de remonter dans la Possibilité.

Dieu, la pensée et l’universel, le christique et le sujet, et évidemment la révolution et le réel c’est ce qu’ils dimensionnaient. Ils le dimensionnaient, ils en prenaient ou permettaient d’en prendre la mesure. Si l’on nous retire nos instruments, comment percevrions-nous ?

Or on a défini cela comme un manque, si souvent, un vide, un tourment absurde. Il est dit, ici, que si c’est un vide, effectivement, c’est parce que c’est formel. Et que donc rien du tout du monde, mais aussi du vécu ou du corps ne remplira cette forme pure et brute.

Il faut tenir bon sur ce terme de forme « brute ». Elle n’est absolument pas dégrossie, violente, difficile, incertaine mais statistique (la « vie » doit apparaître à un moment ou à un autre, ici ou là-bas, parce que dans toutes les choses immobiles ou mues par cause, il faut que naissent des êtres contenant leur principe de mouvement, et donc percevant leur milieu et parmi ces vivants quelques uns qui soient non pas relation au donné là, au milieu, mais rapport à (soi), se percevant donc à partir de l’horizon).

On envisagera, un jour, ce que la même dite forme brute peut bien signifiée lorsqu’elle s’engage en sa dimension propre et de brute se métamorphose en subtile… Nul doute pour nous que cette expérimentation de la subtilité de ce qui est tout brut et mal fait et mal dégrossi (le péché si l’on veut, le fini, le manque, la négativité hégélienne, le noumène kantien si l’on veut bien, le pour-soi néantisateur, ça c’est très fort, le réel lacanien, ce par quoi on peut faire-avec l’intraitable), cette expérimentation nous arrive lors et durant cette vie, et que c’est par là, par ce sens là, dans cette orientation, cette direction, physique, physiologique, que cette vie se transforme, se modifie en Existence.

On dit en ce sens que le christique, depuis le christique (que l’on y croit ou non n’a aucune importance, aucune objective en tout cas), le christique est l’Existant ; ce que de lui-même il signifiait comme « seul Vivant ». « Je suis le chemin, la vérité et la vie », comme on se souvient. Si l’on n’est pas croyant, cette logique pose quand même une telle problématique, pour le coup fondatrice. On en mesure pas du tout l’importance totalement débordante de cette phrase ; ça vient de la lune, de mars, de où vous voulez, mais pas d’ici bas. Du Bord du monde, peut-être, mais pas du monde. Du point de perception par lequel, pour nous, paraissent le monde, le vécu, l’objet du désir ou le corps, mais pas de nous-même.

On a dit, cent fois, que puisque nous percevons (et que pour nous existent le corps ou cet objet ou cette chose ou cet horizon) c’est que nous ne sommes pas ; une pierre ne perçoit pas comme un vivant, mais un existant ne perçoit pas non plus comme un Existant. On a dit que ça n’est pas que nous percevons l’horizon (tandis que le vivant, le chien vivent dans leur milieu), mais que nous nous percevons à partir de l’horizon. Ce qui est tout à fait différent, totalement autre. Le chien ne sait pas qu’il va mourir. Nous le savons, non spécialement de la mort, mais de tout ; nous sommes en-dehors de nous. Et c’est sur la toile de cinéma que cela projette que nous percevons habituellement, comme « sans le savoir ». Puisqu’il faut bien gérer le commun, l’habituel, le vécu, et construire ou plutôt bricoler le moi que l’on est (de bric et de broc).

Or donc il y eut, également et en plus de la tenue simplement immédiate, du moi, une aperception-autre qui nous percevait. La philosophie, qui décentre chacun dans et par l’universel (sinon vous ne pensez pas, pas du tout). Le christique qui décale intégralement le croyant dans et par son regard (c’est pour cela qu’il demande que l’on ait la foi ; si l’on n’y croit pas on ne voit pas, on se positionne par l’intention par-dessus, par-delà toutes les intentions et de ce point-autre, celui qui ne meurt pas, puisqu’il n’est pas concerné par la mort, aussi dit-il qu’il est le premier et le seul vivant, puisque recelant la capacité du point absolument en-dehors). Il est évident que si il existe un point-autre au-delà et en plus de toute vie (et de tout monde), il aura le dernier mot ; n’en déplaise à qui que ce soit, c’est structurellement le dit point à partir duquel on se perçoit et non parce qu’un type, le Jésus, l’aurait inventé, imaginé, mais parce que c’est la structure même du réel, par lequel, pour nous, quelques réalités nous apparaissent ; sinon nous demeurions le nez dedans, le nez dans la vie, le vivant, nous n’aurions pas un corps (puisqu’il n’entrerait pas dans le champ de perception et que ce champ n’existerait pas).

Reprenons ; il y a un champ (dans lequel les réalités, signifiées, entrent) parce qu’il y a un champ intentionnel qui permet d’accoler (pour faire simple) des perceptions et des signes ; ce qui veut dire aussi qu’il est possible de percevoir au travers des signes plus de perceptions … c’est même pour cela qu’il est un langage ; afin que ce langage soit dépassé et que les intentions parviennent jusqu’au monde, au donné, aux événements, aux dialogues, aux autres, etc ; le langage n’est pas du tout le bout du bout, aussi construisons nous des ensembles de signes, esthétiques par ex, parce que c’est le champ qui compte et non pas les signes qui ouvrent et contiendraient les champs d’expressions ou de perception ; en bref l’activité d’intention est plus grande que ces moyens, sinon on ne voit pas bien à quoi tout cela servirait, si pour créer un ensemble systémique nous nous se retrouverions piégés au dedans.

D’autant que l’on a pu, historiquement, déployer quantité de nouveaux champs, précisément en prônant la liberté ; si nous sommes libres c’est afin de construire des ensembles (et singulièrement non plus organisés par un groupe mais individuellement). La question demeurant la seule ; de où percevons-nous ou pensons-nous ou décidons-nous ou voulons-nous pour augmenter si considérablement la quantité et la qualité des champs de perceptions ?

L’hypothèse est que ça vient d’ailleurs. Parce que si c’était dans le monde, le vécu ou le corps, ça ne décollerait pas.

On dira : mais pourquoi avoir attendu si longtemps avant de déployer ces quantités de champs ?

Mais il faut bien comprendre que c’est ce que nous faisions depuis, on en sait, 100 000, 300 000 ans ; on a créé des mondes humains, dits de mise en forme culturelle (maya, égyptiens, aborigène, et tout ce que l’on ignore), sauf que la régulation de ces mondes là se fondait sur le groupe (il fallait à tout prix communiquer, transmettre et ne pas perdre la densité du monde ainsi formulé, sous peine de disparition).

Et qu’il est arrivait que l’on compris au moins ceci que l’on recevait pas le monde (tel ou tel, qui croyait en ce qu’il percevait et dont le groupe formait la véridicité constante), mais que l’on produisait les contenus de conscience et cette conscience de la production de contenus (et non plus seulement d’approbation au contenu perçu et partagé) prit le nom de dieu, de la pensée, du christique ou du sujet.

Et cette montée en gradation fut si puissante que, oui, effectivement, on peut se demander si ça ne nous fut pas révélé ou si l’on préfère ; on en fut saisi.

Mais c’est ce qui s’opérait depuis des lustres, sous la formulation de mondes (tous séparés) ; sitôt cependant que l’on prit conscience que nous produisions ces contenus, ce fut selon l’Intention (de dieu), la présence du monde (grec), l’effectivité du corps individuel (christique), l’intention du sujet tel que là (« je pense donc je suis », dont ça n’est pas tellement qu’il « pense » qui compte, mais bien plutôt qu’il « existe », se montre à lui-même, se sait comme origine de sa construction, et non plus seulement qu’il serait pensé par la pensée, grecque ou théologique).

Et donc nous voici admis en seconde année.

Passer du « je crois au monde tel que maya ou égyptien »

à « je sais que je dispose des contenus de conscience »

et je dois alors prévoir d’en créer de nouveaux (puisqu’ils sont désormais remplaçables) est une prouesse et qu’ainsi nous basculons de l’autre côté. Il y a de cela 3500 ans (pour dieu, on ne sait pas trop non plus), 2500 ans pour les grecs, 2000 pour l’individualité conscient de soi soi comme individualité (pour le christique), etc.

ce sont les explorations de cet autre côté qui constituent notre historicité ; dieu (l’intention), la pensée (l’universel de l’intentionnalisation), le christique (la forcément individuelle intention que l’on ex-siste, en tant que non seulement vivant mais existant), le sujet (cartésien ou révolutionnaire, qui dit « je » ici et maintenant et face à dieu si l’on veut, mais le je de toute manière impose sa logique à lui, et dorénavant se démultiplieront les je(s).

or prendre conscience que l’on est conscience et que l’on produit des contenus, ça ne va pas tout seul. Il faut redoubler d’effort. On ne peut pas identifier comme un objet ou une chose ou une inertie cela même qui est le champ dans lequel apparaissent les objets ou les choses. Il faut recourir à un plan, pour ainsi dire.

La dite planification, dieu, la pensée, le sujet, le réel, sont diablement ardus. On n’a pas de repères.

Aussi dit-on que « ça vient de la lune », on ne sait de « où ». Ou alors, comme on veut, qu’il s’agit de révélation ; la pensée était divine pour les grecs. Puisque l’on passe alors d’un régime immédiat (même si les mondes humains étaient extraordinairement complexes) à une médiatisation très-difficile.

Autant dire que l’on admet dieu, l’universel, l’autre-corps, le sujet, la révolution, et toutes les articulations qui tentèrent d’approcher la structure antérieure, celle qui rend possible « des contenus » mais n’est pas elle-même un contenu (sinon elle s’y noierait et n’existerait pas, il y a des contenus parce qu’il y a une distance). Et on admet, à la fois avec critique mais aussi absolument, dieu, la pensée et l’universel, le sujet et la révolution, etc.

Et on ne dit pas ; voici un système qui va remplacer tous les autres (quelle absurdité) mais il y eut plusieurs systèmes qui exprimèrent, en leur mode, ou même époques, le même-centre non visible.

Il n’est pas plus visible ici qu’ailleurs. Ça pointe juste le Même Point.

(on a vu par ailleurs pourquoi c’est un point et qu’il est non la-perfection mais le-perfectionnement, dont évidement nous n’avons commencer le début de l’aperçu). 

La différence est celle-ci ; la forme de la réalité, des réalités n’est pas déterminée. Et donc ça ne relève pas du monde, du donné, du vécu ou du corps ; ça vient du Bord. Le monde n’a pas de bord, soit il est infini soit il est sphérique, mais dans les deux cas le bord du monde est le Présent. Ce qui veut dire ici et maintenant et partout, en chaque point ici et maintenant. La structure du présent est probablement la plus étrange qui soit.

De même l’activité de conscience paraît seconde voire secondaire par rapport aux contenus, qui seuls valent ; et notamment ces contenus rigoureux, de philosophie ou de science (ou d’objectivisme pour les fanatiques). En se focalisant sur les contenus on ne dérive pas l’attention dans cet autre circuit qui consiste à désengager l’acte de conscience afin de l’établir selon le grand plan tout-à-fait autre. Le grand plan tout-à-fait autre est celui de dieu, de la pensée (universelle qui décentre le moi), du christique (qui extrait le corps), du sujet (qui impose à lui-même une soudaine autre perception par laquelle « il se perçoit » et notamment en l’occurrence se perçoit sur ce que Descartes à désigné comme étendue, ce qui n’est que le début de la désignation du « là » comme réel, d’abord comme monde, puis comme nouménal, puis comme réalité, puis comme existence brute, puis comme réel tel quel) et évidemment la brusquerie existentielle qui vous abandonne là au milieu ou au bout du monde (selon Sartre ou Céline).

Ce grand plan signifie qu’il devra organiser (et premièrement créer) une stratégie digne de ce nom ; une stratégie et non plus de ces petites tactiques limitées qui ne changent rien au moi, qui le laissent tel quel, comme moi et de l’expulsent pas, qui ne l’instituent pas comme sujet.

Il apparaît donc que « sujet » est bel et bien une telle dénomination ; une structure extrêmement puissante (qui contient aussi bien toutes les nuances, potentielles, du subjectif, lequel est formidablement charpenté, que les objectivités, par durcissements et resserrements du conscient et précisions et universalisations) et supposément la structure absolue, cad formelle.

Dont on a vu qu’elle représentait, pour nous, dans notre expérience autant que l’on y atteigne, la logique fondamentale ; celle non pas de la perfection de l’être (dont on ne voit pas du tout à vrai dire ce qu’elle peut bien comporter) mais le perfectionnement continuel et continué ; seule une structure-sujet peut supporter d’être absolu mouvement (et seul un mouvement peut exister, il n’y a aucunement un « être » possible ou envisageable, ce serait une contradiction dans les termes).

Mouvement, ce qu’est le présent. Le présent en tant qu’il est non pas le temps, mais l’exister. En ceci que l’exister contient toutes les sortes d’êtres possibles, connus ou non. La « substance » des réalités ne peut pas être elle-même une réalité, sinon elle serait « dedans ». ce que l’on nommait autrefois le fini, qui est simplement la détermination ; une chose déterminée est finie et la détermination contient à elle-même sa propre fin, disparition ; elle n’est utilisée qu’à cela. Et on sait depuis le début que la finalité ne peut pas consister en ce monde. Il n’y a pas peut-être pas de finalité en dehors du monde, mais en ce cas tout est destiné à la disparition, totale. D’aucuns peuvent trouver cela raisonnable.

On n’adoptera pas non plus une position de repli, dans le genre : « si la vie n’a pas de sens, alors autant ceci ou cela ». Parce que l’on ne considère pas que le fait d’exister, le fait de l’Existence comme tel soit une malédiction… Si nous n’existions pas, rien du tout ne serait pour nous, pour qui ou quoi que ce soit. Et admettant la quasi infinité (ou l’infinité effective) de tout cet univers, on se dit que l’énergie mobilisée est à ce point titanesque (si l’on peut dire étant entendu qu’elle est peut-être in-finie) que ça ne peut pas seulement exister là pour rien ; quel sens, logique, effectivité, réalité cela aurait-il ? Ce serait comme le comble du ridicule, saugrenu, débile. Pourquoi tant et tant d’énergie, puis de matière (de l’énergie refroidie en somme rend possible des « masses » que l’on nomme matière, compositions plus ou moins stables, sur lesquelles ça peut construire, durer, ce qui est organisé, dure, dans le temps que cela crée dans le même mouvement)

et donc toute cette débauche n’aboutissant à rien du tout,

sinon la disparition, l’effacement totale de tout dans la nuit noire ?

Il faut être un peu sérieux quand même. Et ne pas se laisser aller aux lamentations.

La dureté du réel, la brutalité des réalités, la violence font partie de « ce qui est », cad de la séparation nécessaire et implacable ; il faut que les réalités soient distinctes. Sinon ne parviendrait à l’existence des « individus », ce qui veut dire des rapports à (soi).

On a vu que ce sont des rapports à (soi) parce que sitot que l’on a un rapport, le rapport passe au-devant ; si il se perd en tant que rapport, il disparaît et ne possède plus aucune utilité, évidemment. Donc il existe un rapport qui rend possible des rapports ; ce qui veut dire des signes ; les langages sont des signes, en système, sinon non mémorisables et offrant alors une certaine résistance, c’est le but, mais non pas au point d’annihiler le rapport initial ; aucun contenu n’est supérieur au rapport premier et donc le rapport premier n’est pas un signe, il utilise le signe (et le crée, de par, dira-ton le champ intentionnel, qu’est un rapport, qui s’ouvre alors) et l’utilise en ciblant au-delà de sa limite, de signe ; en bref vers l’horizon et l’horizon ça n’est pas ce que l’on voit, mais ce à partir de quoi l’on perçoit ; notre corps, qui est « à » nous, s’aperçoit du dehors, ne serait-ce que du regard ‘autrui, de la communauté, mais donc d’abord à partir de soi-même, à partir du rapport, tout à fait autre pour lui-même ; c’est bien la spécificité du rapport que d’être d’abord lui-même et comme en ce cas on ne peut pas dire qu’il « est » (puisqu’au-delà des déterminations, les faisant défiler devant lui), mais qu’il Ex-siste.

Cette distance, interne, qui comme tout structure interne n’est pas « intérieure » mais produit, crée un externe, est ce à quoi nous sommes livrés ; la structure sujet (qui est le rapport initial) nous y sommes « condamnés », puisque c’est par là, par ce moyen que nous apparaissons à nous-même (et donc que tout apparaît à nous), hors de laquelle nous serions seulement un vivant ; nous percevrions les réalités comme un milieu à partir de l’aperception donné là, celle du corps que nous serions (sans distance). Donc la distance nous crée et on ne peut, ensuite, que

soit faire semblant qu’elle n’existe pas (et croire, en l’imaginant, que nous sommes, ceci ou cela , c’est l’imagination qui confère substantialité à ce que l’on croit être, il n’y a d’être, au sens de stable et consistant, qu’imaginairement)

soit élaborer cette distance même tant que telle, en tant que distance ; dieu, l’universel, le christique (selon le corps), le sujet, le réel sont à distance et maintiennent cette distance ; ce sont les opérateurs de structure qui nous voient à partir de l’horizon. Nous percevant de cette hauteur il nous est possible de manœuvrer une stratégie. Qui ne soit pas seulement les jouets du monde, les jouets des intérêts immédiats, de tous ces intérêts ou désirs ou imaginations qui tomberont, disparaîtront avec le monde (selon sa destination propre, qui est de s’effacer).

Soit on considère cela comme structure fonctionnelle (la réalité est incluse dans une forme, le réel). Et on obtient a minima une petite stratégie minimale. Les réalités apparaissent dans et par une articulation ; il n’y a pas des réalités puis une articulation mais une articulation, transcendante, qui produit des réalités.

Soit on admet qu’il s’agit d’une structure dimensionnelle ; la structure existe en et par elle-même et cela seul existe (tout le reste est, selon l’être et la détermination). Et alors une grande stratégie est possible, accessible et nous ouvre à la structure du réel comme tel (si tant est donc que ce réel existe en lui-même et non seulement comme transcendant par rapport aux immanences, mais en tant que la transcendance est cela même dont tout est fait, agit, créé, produit, décidé ou engendré, comme on veut selon sa croyance ou par ailleurs son engagement structurel, sur lequel on reviendra).

Fonctionnellement : cela permet de ramener quelque système que ce soit à une seule fonction, de conscience, d’intentionnalité, laquelle conscience est indérivable ; de même que l’on ne peut pas dériver l’exister (puisqu’antérieurement à l’exister il n’y a rien, ou autrefois l’être, si on le supprime on ne peut plus penser). La conscience est indérivable parce qu’elle signifie que cet être est en rapport avec lui-même ; il est ce rapport, ce qui revient à dire qu’il n’est pas, il ex-siste. À la différence d’une pierre qui est cela qu’elle est, ou d’un vivant qui est un rapport (puisque qu’il est autre que son milieu, sa peau le sépare du reste, et il se meut, de fait) mais n’est pas le rapport du rapport ; c’est seulement parce que le rapport est rapport à soi comme rapport que cela se nomme « conscience ». Cette non/identité, cette identité formelle, pour cela les contenus défilent dans l’arc de conscience, qui les rend possibles ; « conscience » se dit de cet être qui est son rapport et non pas le rapport d’un ceci à lui-même ; aussi le dit rapport de conscience est instantanément universel. Ou si l’on préfère, accoler un signe et une perception c’est entrer de fait dans l’universalisation ; le langage est en lui-même universalisation opératoire. Dans une réalité en laquelle toute chose et tout être est le rapport qu’il est (et donc n’est pas un rapport à soi, mais est en rapport avec les atomes ou les autres vivants), il y a au moins un être qui est le rapport qu’il ex-siste.

Mais sitôt que le rapport-à-lui-même se crée il est tout le rapport ; puisqu’il n’est plus acheminé par une détermination mais par son activité. Et il se rend capable immédiatement de tout. La forme, la structure de conscience (qui est la forme du rapport en tant que tel, du rapport en soi qui est absolument formel) est instantanément tout ce qu’il y a lieu en tant que rapport (de même que dieu, la pensée, le sujet ou le réel viennent tout en une fois, qu’il faut ensuite déplier formellement, ce qui est très difficile ; l’égalité et la liberté par ex déplient la liberté du sujet, qui ne se mesure que via autrui).

Le rapport à-soi n’est donc pas le rapport que jean-pierre tient avec lui-même ; le « lui-même » (soit jean pierre) n’existe que dans et par le rapport de la conscience qu’il ex-siste (je en suis pas ce que je suis, ni ce que les autres ou le monde ou le passé ont fait de moi mais ce que je fait de tout cela, ce que je fais actuellement, ici même, ici et maintenant, dans l’ici et maintenant toujours actuel ; on n’existe pas, jamais, en dehors du présent …)

C’est à cette fonction ou à cette dimension du je, de l’arc de conscience, de la forme du rapport que l’on se réfère. Et c’est ce rapport qui constitue le Bord du monde, du vécu (et du relationnel) ou du corps, ce à partir de quoi on (se) perçoit.  

Comme disait Kant l’unité transcendantale est constitutive de toute pensée (représentation, perception, corporéité, etc), parce que toute pensée est un tissu de rapports (comme tout langage, donné ou second comme les maths) et qu’il y a un-rapport qui initie tous les autres (ou alors il faudrait imaginer, visualiser que telle pensée existe en elle-même, on ne sait où).

Ne pas comprendre que le rapport est originel (bien qu’il soit né bien après) c’est laissé à du représenté la structure d’un être, mais d’être il n’y en a pas, sauf dans le mouvement ; il y a le mouvement (le présent en l’occurrence) et dans le mouvement des choses ; qui sont inconsistantes puisque seul le mouvement existe, de même qu’il y a du consistant (le chat) construit sur de l’inconsistant (le chat de Schrödinger est inconsistant mais au niveau de Schrödinger il n’y a pas de chat … mais des mouvements, des agitations, pas de consistance du tout ; que la semi consistance des choses et des vivants soit fondée sur l’inconsistance des agitations est fascinant ; les réalités sont des constructions, pas des « réalités »).

La dimension

La dimension rend accessible que non seulement le mouvement soit origine de tout ce qui est (comme réalités, dont on sait bien qu’elles n’offrent pas une consistance suffisante et valant en elle-même)

mais que de plus nous existons dans et par ce mouvement, et que nous y habitons. Que nous y existons, sans y être. L’être est seulement le moyen de l’exister. Et il n’existe pas d’unité « substantielle », qui ne sera que rêvée, idéalisée, imaginée ; l’être est une vision de l’articulation mais nullement sa résolution, en quelque sens que ce soit et du reste on serait bien en peine de définir (selon une détermination) quelle pourrait être cette unité ; il n’est aucune synthèse ou être synthétique qui rassemblerait la diversité et la multiplicité ou donc la détermination ; il faudrait imaginer, imaginer, une super – détermination, mais les réalités sont étalées par le réel, le présent, la distanciation des choses dans un « là » in-différent, et les motions de conscience ne réunissent une unité que localement ou ponctuellement et non pas substantiellement, selon une identité.

Par contre il est une telle unité mais selon le sens, la signification, selon cette activité, cet activisme (qui nous pousse par exemple dans notre monde humain spécial à désirer constamment afin de relancer la dite unité mouvementée, qui doit brasser quantité de données, d’informations, d’image,s d’objets, mais jamais toute cette masse ne parvient à une unité, elle se fixe juste sur tel ou tel objet à tel moment, ce qui occasionne une fragmentation intentionnelle considérable et en elle-même mortifère ; elle tue l’unité, cette fois intentionnalisatrice, rendant impossible une quelconque stratégie ; ni l’humanisme, ni la classe sociale, ni même souvent le moi n’y survivent ; la dispersion intentionnelle c’est cela même qui nous juge et jugement dont les effets s’incrustent ici et maintenant ; aussi faut-il rassembler les structurels, et percevoir l’historicité elle-même, avant que tout ne disparaisse).

Dieu, la pensée (l’universel, en tant qu’universalisation du rapport qui se reconnaît comme tel et non plus seulement comme langage mythique, qui se connaît comme activité et non comme monde donné), le sujet (qui se sait comme relevant de son intention propre et non plus seulement de l’intention de dieu, qui précisément signifiait cela même, que l’on soit intentionnel) et le réel, enfin, rendent possible l’utilisation, par elle-même, de l’intentionnalité, qui autrement sera utilisée par le monde, le vécu ou le corps, et qui, inversement, par là, détient le levier de son organisation et bien encore avant de son invention, de sa création structurelle ; dieu, la pensée, le sujet et le réel se créent comme structurels, inimaginables selon le monde, de là qu’ils soient décrochages par rapport au donné ; et structurel qui ensuite sera re-déterminé, à chaque fois, selon un représenté, un monde humain, telle la nation, ou un humanisme, et à terme des sujets citoyens, et dans le monde humanisé, depuis la révolution, sera re /déterminé selon tel ou tel moi-même ; il est clair que ces manifestations ne sont possibles, à chaque fois, que du structurel acquis. À chaque fois il engendre des mondes, des vécus, des relationnels, des corps nouveaux (le moi invente un corps sur lequel il entraîne des signes).

Somme toute, quel que soit ce que l’on vit, ce qui compte ce sera ce que l’on en fait. Ce qui paraît tout à fait abstrait, mais n’oublions pas que nous sommes et nous ne sommes, nous n’apparaissons à nous-même, il n’y a un « nous-même » qu’en tant que rapport. Et donc nous sommes déjà l’universel d’une part (cad dieu, l’intention unique ou la pensée, l’intentionnalisation universalisante) et d’autre part le singulier sujet (qui est ainsi bien plus vaste, conséquent, concret et structuré que l’universel) et qu’ainsi en chaque détail nous sommes propulsés au plus haut, à partir du plus haut ; dès que l’on porte attention à ceci ou cela, on est immédiatement reconduit à l’ensemble, à l’unité, à élévation ; parce que l’on y existe déjà, puisque c’est à partir de là que tout le reste apparaît.

On est instantanément en vérité supposé, supporté à partir de dieu, de l’universel, du sujet ou du réel (au choix mais en vérité on assume ici les quatre possibilités) ; de sorte que l’on ne peut commencer d’interroger sans supposer le terme absolu, puisque nous sommes un rapport c’est la structure de rapport qui s’instancie immédiatement (et permet d’additionner ou de soustraire tous les autres rapports).

Et ceci puisque tout ce-qui-est vient d’en-avant, du devant : raison pour laquelle il existe un présent, que tout l’être n’est rien sinon pris-dans l’exister pur et brut.

On voudrait stopper la possibilité, mais sitôt que l’on veut saisir quelque réalité ou une imaginaire identité, nous sommes ramenés au réel unique-en-mouvement, au Un qui devient et qui devient de plus en plus immensément, au terme absolu, au sujet, ou comme vous l’entendez (ce sont des mots sur une seule et même structure, fonctionnelle ou dimensionnelle, mais des mots qui sont également des approches de la source d’en-avant). Emportés dans le mouvement.

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Le sentiment réel de l'exister

29 Août 2020, 08:17am

Publié par pascal doyelle

« Le silence des espaces infinis effraie », oui certes, l'univers est gigantesque, et peut-être infini (on ne perçoit pas au-delà de l'horizon accessible, rien ne dit qu'il ne se continue par indéfiniment, ni donc qu'il y en ait d'autres, comme des bulles immenses). Et par ailleurs même infini, il n'est apparemment pas "éternel" ... ce qui change beaucoup. Et nous nous sommes laissés impressionnés par cette réalité sans ordre, sans destination, imposante, s'imposant comme dernière réalité effective, nous clouant sur place, sidérés. Il ne peut rien être d'autre puisque tout est ici.

Et tout le monde, chacun est parfaitement délaissé, abandonné, sans aucun recours et tout paraît glisser imperturbablement dans la dispersion d'une réalité, d'un univers indifférent, froid, qui traînera longtemps sa lente dissolution.

Mais toutes ces réalités déterminées ne sont que finies, limitées, par définition destinées à la dissolution ; ce qui est déterminé est fini et donc disparaît sitôt apparu et ce, au final, sans qu'aucune mémoire n'en demeure.

Face à la réalité massive et énormissime on ne pouvait opposer que l'esprit, soit donc une bien faible détermination, d'une autre sorte sans doute, peut-être, mais déterminée et ainsi promise à la même clôture terminale. Les quelques « idées », en ce cas, que l'on est capable d'agiter, plus ou moins et avec plus ou moins de cohérence, paraissent disproportionnées et ridicules face à ces immensités de déterminations de galaxies, d'étoiles, milliards de milliards. Il devenait incompréhensible de considérer l'esprit comme déterminations, et comme tel noyé dans l’immensité de toutes les déterminations ; il était impossible de définir en quoi pouvait bien consister notre conscience si celle-ci n'était que le faire-valoir, la fonction d'une pensée ou d'une identité personnelle, composé de certaines déterminations, laissée, abandonnée, cette identité, à tout le reste, massif et écrasant.

Mais si cette distinction existe, si nous nous tenons à distance et percevons toutes réalités d'un certain point (et c'est un fait), et donc parce qu'à distance les choses apparaissent et non plus comme paquets de perceptions mais objets, cette opération très étrange de distance augure de distinctions nouvelles, en plus, s'ajoutant ; nous sommes à distance et nous ne réquisitionnons pas l'adn pour lire les réalités ; démultipliant la possibilité de percevoir, distinction donc de chaque arc de conscience, qui ne consiste pas en une détermination, mais ouvre et rend possible quantité de réorganisations mais tout autant sinon plus de champs de perceptions créés.

Champs de perceptions créé de tel ou tel groupe, communauté humaine ou champs de perceptions en capacité individuée et de ce fait ouvrant à la pluralité mais également abordant les réalités même, le réel tel que donné là (l'intention de dieu, la pensée universelle, le regard christique qui vous engendre, le sujet qui se tient face à face, l’œuvre tel un kaléidoscope qui ajoute).

 

Et l'on a signifié cette distance comme rapport. Dès que l'on entre dans ce rapport on ne peut plus en sortir ; puisqu'il est cela même qui ouvre à tout, à tous les regroupements que désigne ce rapport ; c'est parce qu'il est rapport qu'il perçoit quantités de rapports, qui ne sont plus des datas donnés, ce que perçoivent les vivants, mais des tissages et des renouvellements.

Sitôt que l'on y entre c'est que l'on se tient en ce rapport lui-même, tel quel, en tant que rapport, et sans que jamais aucun des contenus de ce rapport ne soit en mesure de remonter dans le rapport lui-même ; le rapport étant formel est, avant tout et après tout, le point absolu, absolument formel, de la réalité et donc il est signifié, signé comme étant le Réel lui-même.

Hegel nous dit que l'universel est le lieu de l'universel, point ; un cercle qui s'augmente en connaissant les étapes de son historicité mais un cercle vide (sinon de dire que « l'esprit est l'esprit » et c'est tout) ; et toutes les idées sont le déroulement temporel de l'universel, lequel est unique et formel ; qui n'a aucun autre contenu que ces contenus-là déroulés historiquement ; pour son moment Hegel conclut, sans insister, qu'il est le point nodal, celui qui rassemble, mais ne résume pas, puisque ce sont les distinctions parcourues qui sont la connaissance.

« Avec Descartes l'esprit devient sujet » (Hegel) ; le se-savoir (de Descartes, purement formel) est devenu connaissance ; on n'insistera jamais sur ceci que Hegel nous sèche, littéralement, il supprime toute connaissance possible, puisque toute connaissance métaphysique est assumée par lui.

Hegel conclut, et ce sans insister ; parce qu'il ne peut pas, peut plus redescendre de la hauteur de vue, à savoir que la connaissance est identique au se-savoir … Que la pensée est égale à la conscience de la pensée. Qu'il n'a pas dépassé Descartes ; qui le premier origine la pensée à un sujet, ou donc en l’occurrence à la volonté, qui seule est identique à dieu et non pas tel ou tel contenu, au point que même les plus élaborées idées pourraient se dessiner autrement si dieu le voulait. Que personne ne peut dépasser Descartes ou le christ ou dieu ou Plotin parce que l'on aboutit au bout, au bout du bout ; c'est de là que l'on Voit, cad que se crée un champ (de se-savoir) intentionnel. Le Un plotinien absorbe et renvoie à toutes les réalités. Le christique vous donnera de percevoir qu'elle fut la véritable Intention de votre vie.

Hegel peut tout re-prendre parce qu'il perçoit dans le formel tous les contenus et les articulations d'une forme (de conscience) qui cible des idées et des systèmes d'idées dans la vue, la finalité de l'être, de l'être universel tel que pensé (phénoménologiquement).

Ou donc, l’universel est dans le sujet. Le sujet est plus-grand que l'universel.

Et cependant Hegel ne peut pas « penser la pensée », ses développements oui mais la structure en laquelle se produit la pensée, non. C'était pourtant ce que ciblait Descartes ; le sujet originel antérieur et dont il fut si ému.

Pour commencer d'avancer dans la structure, celle qui est antérieure à la pensée, il faut remonter dans la forme ; ce que saura initier Husserl  et ce que Sartre durcira, puisque visiblement on ne peut pas même déduire des vérités à partir de l'idéalisme phénoménologique (qui évidemment par contre permet d'inventorier quantité de « domaines », démultipliant la capacité phénoménologique). Et Sartre durcira la dite structure qu'il nommera conscience de soi, ou pour-soi.

Mais cependant il lui est, à Sartre, impossible de penser ce pour-soi ; qu'il op-pose, comme dirait Hegel, à l'en-soi, l'un et l'autre demeurant aussi mystérieux ou bizarres ou étranges et produisant, manifestant l’étrangeté de l'affect absurde, de ce qui fut la déréliction ou l'angoisse.

Mais pour penser le pour-soi, derechef, il faut l'intégrer dans un plan plus vaste, de même que Sartre tente d'intégrer ceux qui le précèdent en réduisant au seul pour-soi (qui annule tout le reste) ; et cette intégration ne pourra tenir que si elle parvient à placer, déplacer le sujet/pour-soi sur son propre plan, à savoir le réel, l'exister pur et brut ; cela même au seuil de quoi nous amenait Sartre ; la bizarrerie, ou l'étrangeté. Ce plan rend possible de percevoir la structure « là où elle est » et là où elle est, elle ex-siste, dixit Sartre,

Or donc nous ne sommes en aucun cas et aucune manière un « esprit », qui consisterait. Et qui consisterait ainsi en choses composées (idées et systèmes, représentations et langages ou ce genre de déterminations), elles-mêmes nécessairement pauvres et promises à la disparition, à l’effacement. Mais composés qui sont générés par et dans un champ, unique et exclusif d'intentionnalisations. Précisons ; à chaque fois unique et exclusif … ce commence de donner une idée du processus « sujet », qui rend possible cette infinie pluralité de structure.

Sauf donc que l'on a admis que la réalité, les réalités ne disposent pas d'une unité forte qui les centraliserait toutes, toutes ces quantités de déterminations étalées, les réalités donc sont elles-mêmes prises dans un mouvement, le présent, qui les déroulent et que ce présent on a dit qu'il n’était autre que l'exister. Ce disant la forme des réalités (l'exister) est l'unité elle-même des réalités ; soit donc non pas une « autre réalité » (dont on ne voit pas ce qu'elle signifierait, ni ce qu'elle viendrait y faire), mais une structure, laquelle se déroule comme et en tant que présent.

On se tient donc toujours à distance de soi, même si l'on désire spontanément être en tant que « soi-même ». Cela ne veut pas dire que le moi-même n'existe pas, mais que son être est déposé dans le mouvement ; on n'existe en fait, dans le fait même d'exister, en tant que regard, intention, intentionnalité ou comme aime le croire le moi, en tant que désir. Mais tout ce qui se tient dans la vue du regard est construit ; on a un corps, et vivant, et l'esprit ou la raison sont des solidifications de telle partie du champ. De même que le moi s'imagine être un-tel et découpe dans la masse perçue la surface de son apparition, et s'assure constamment de son identité (ou de l’identité de ses objets, par lesquels il « croit » en sa propre vie, et que l'on nous conditionne afin de changer continuellement d'objets, qui sont ainsi des procédures d'identité, n'est vraiment pas une bonne orientation de l'existence).

Or donc pourtant nous ne sommes pas, nous existons, en mouvement, et nulle part n'existe l'être ou cette fiction imaginée de « soi ». Ce qui sera tenu de nous-même ne consistera pas du tout en quelque « quelque chose » que ce soit. Mais dans le signe. Le signe est l'ensemble des signes par lesquels nous avons pu orienter notre vie, ou sa transformation en existence ; or tout moi, du fait qu'il naît dans et par un champ intentionnel, est une telle existence et recèle, quelque part, son propre mouvement, ses propres signes dont la consistance n'est nulle part ailleurs qu'en son intention ; celui par lequel ce je est né ; durant peut-être une fulgurance, expérience, évidence, cruauté, désir émotionnel, oublié ou remarqué, marqué doublement, triplement, quadruplement, cette expérience bien à soi que l'on Existe, tel l'évidence de l'ensoïté sartrienne de « la chose ».

Lors d'un laps de temps infiniment court (puisqu'il s'agit d'un rapport) l'arc de conscience est sorti vers le là-du-réel et est revenu, engendrant le je.

Le je naît du contact de l'arc avec le réel tel que là. Une expérience durant ce laps a résolument marqué, signifié ce corps qui s'est perçu soudainement du dehors. Ainsi a pu cesser la centralisation biologique que tout corps vivant, doué de vie, possède de par lui-même et selon lequel centre, laquelle pesanteur un vivant perçoit le monde. Cette fois le vivant est défait et il se perçoit de l'autre côté, du côté de l'horizon ; il a cessé d'être lui-même. Il est devenu le regard du dehors, la forme de rapport qui voit le rapport, et non plus se satisfait de seulement tenir telle chose dans la main. Cette relativisation de tout, cela même qui se dessine par Sartre lorsque le regard d'autrui décentre mon propre regard, que la conscience d'autrui devient la mienne et que je me vois par ces yeux là (honte ou admiration peu importe, mais la honte m'enferme si l’admiration étend ma propre intention, faussement souvent, de sorte que c'est encore un piège, personne n'étant « admirable » à ce point, ni aimable du reste). Et cet autre régime rompu de présentation de la réalité c'est ce que tente de récupérer constamment le moi en ajoutant sans cesse son intention à tout ce que le monde, les autres, les idéologies, les images lui imposent du dehors.

Or il ne s'agit donc pas seulement de ce fait humain d'un regard venu d'ailleurs qui perturbe ou abolit ma propre intention (comme de me prêter une volonté, un désir honteux que je n'ai pas peut-être mais dont l’interprétation d'autrui s'impose violemment à moi)

mais de la structure même de cet être qui est un rapport

et donc structurellement autre que « soi » ; et pour cause il n'a pas de « soi » ; son soi est second puisque sa forme est de structure et vide qui rend possible que dans ce champ se construise un « moi », une identité composée de signes et de perceptions qui se constituent d'un point-autre ce qu'il désigne et en l’occurrence non seulement mais aussi et surtout d'affects, d'émotions, d'investissements. Il est clair que l'on n'est jamais convaincu de rien (intellectuellement) si n'y président pas des affects …

Sans les affects les idées ne sont rien ; parce que ce qui est en jeu, et dans le je, ça n'est pas le système, théorique et sa division en petites parties que l'on nomme les idées,

mais l'activité au monde, dans le vécu et selon le corps et selon ce retour sans cesse battant du regard, de l'intention qui re-vient constamment du donné, du monde, du vécu, d'autrui, du corps, du désir et de l'objet. Et cela qui re-vient sans cesse et se-voit est un arc de cercle, et non une petite partie d'idée ou un petit jugement mais l'aperception de « soi », de cet affect qu'est le « moi-même ». Dont on ne sait si il est globale ou singulier, particulier ou extérieur, intérieur ou eschatologique (tout peut être imaginé).

C'est pour cela que le christique sera si aisément rejeté ; c'est parce qu'il impose une vision externe du corps, de l'affect et établit la vérité (de structure), si haute qu'elle semble tout à fait hors de la réalité, hors des investissements donnés, vivants, humains, psychologiques, désirables, etc. Ou qu'il fut si unanimement accepté, parce qu'il prit en charge la capacité du point-autre, par lequel « on est perçu » et que tout se déroule selon ce point tout à fait externe ; qui peut dire qui Voit ? Puisque l'on perçoit effectivement l’objet mais où est le regard ? Est-ce moi ou mon passé qui perçoit ? Est-ce moi qui désire ou « désire-t-on » à ma place ? Est-ce que j'ai décidé ou cela s'est-il décidé on en sait de où, de qui ? Comprenons que ça n'est pas seulement le bien que je veux et le mal que je fais (Sain Paul), c'est si général que se pose la question ; qui perçoit ?

Sartre remarque que lorsque l'on s'évanouit, c'est afin de fuit imaginairement ou émotionnellement la situation... On prédispose la perception elle-même. Certes Saint Paul dresse la structure sur une planification morale de soi (puisqu'il s'agissait à l'époque de créer des sujets, prenant l'habitude de leur propre volonté, de leur individuel promesse), mais ce qu'il lance est bien autrement étendu et approfondi ; qui perçoit et quoi et comment ? On écrira des romans innombrables et quantités d'esthétiques afin de commencer-de-prévoir ce qui peut être attendu d'une vie, transformant alors toutes les vies données-là, en Existences.

La vérité est ainsi que la structure n'aboutit pas à la satisfaction … alors qu'évidemment l'activité humaine est, elle, encore et toujours harnaché à la supposée plénitude ; ce dont a contrario la société moderne aurait du nous écarter, de ces nécessités, sauf que selon le manifeste-du-Désir, accepté unanimement, la même règle de la « satisfaction » s'est déployée, selon un autre niveau d'enjeux certes, mais un niveau encore et toujours organisé par la satisfaction, d'autant plus libidineux, pour ainsi dire, que débarrassé des nécessités, qui limitées les désirs, l’imagination put s'emparer de toutes les possibilités, publicitaires en quelque sorte ; de sorte que tout moi au lieu de se désincarner (c’eût été un peu beaucoup et peu réaliste) ou plus réellement d'élever son incarnation, c'est enferré dans la dite facilité ; imaginer sa vie, son moi-même. Laquelle vie, étant non pas animale ou seulement vivante mais prise dans le pli de structure, devient in-finie, ce qui veut dire indéfinie, vague, grouillante, dévorante, obsessionnelle, fantasmatique, imaginale ; comme si l'unité que l'on attend pouvait se découvrir et s’éprouver dans le monde, le vécu ou selon le corps et qu'elle soit un état comblé et de plénitude selon le monde, jouissante selon le corps ; ce qui bien sûr totalement impossible (et ne possède pas même le début du sens, mais nous sommes en état d’imagination rêvée).

Il ne s'agit pas de vouloir la désincarnation comme telle, mais de saisir que si l'incarnation équivalait à une « incorporation » et qui paraît nous libérer en tel ou tel désir,

dans les faits cette libération va borner notre horizon ; en ce qu'elle imprime une logique dont les rouages, les mécanismes reviennent au corps et non un point par lequel « un corps apparaît ». Et l'intentionnalité sera pliée par le poids, la pesanteur de la satisfaction attendue.

La vérité est cruelle. On pourra bien certainement réaliser ceci et cela, dans le monde, et, depuis la révolution, dans son propre vécu individuel (qui rend possible que chacun des mois soit possiblement représenté en tant que « lui-même », et non plus appartenant d'abord à un ordre, le tiers-état par ex ou l'homme soumis à l'église, etc).

Mais on ne trouvera pas dans le monde donné la structure initiale. Jamais.

Lorsque le christique énonce que le monde est enténébré, il l'est fondamentalement. Ce mouvement « naturel » (dont on a vu qu'il ne l'était en rien, naturel, mais investit d'une puissance qui se prend comme immédiateté du monde, du vécu ou du corps, alors qu'il ne trouvera sa mesure et donc sa liberté que de s'adresser au-delà, par l'horizon et non pas de quelque chose qui se rencontre sous l'horizon),

ce mouvement a-structurel (qui se nie lui-même en tant que structure, bien qu'il emprunte celle-ci pour s'énormiser et nous faire croire en ces ténèbres, et mouvement qui se présente comme bienfaisant selon le monde)

est une prison extérieure qui absorbe tout l’investissement de structure de conscience ; et l'investissement en conscience, en structure n'est pas en quantité d'effort infini.

On ne peut pas côtoyer des chefs d’œuvres (en quelque domaine que ce soit) quotidiennement et continuellement se tenir en un degré si élevé, parce que l'effort et la réception requiert énormément d'attention et que celle-ci s'use rapidement, demande un entraînement, une éducation, une pratique, une sensibilité, laquelle ne doit pas rechercher d'abord la satisfaction... ça n'est pas de satisfaction dont il est question alors, mais de la soif des distinctions poussées au plus loin, d'une seule virgule ou d'un affect poétique si subtil.

Ça n'est pas même un report, à l'infini, de la satisfaction (une plus grande satisfaction promise en échange d'une satisfaction immédiate). C'est un affect spécifique et un affect prioritaire. Ce que Descartes aimait dénommer sa liberté.

Et c'est cet affect que les œuvres sont chargés de propager ; on n’atteint pas une œuvre sans l'effort requis... (il faut se débarrasser des œuvres selon-et-pour le moi, les produits finalisés afin d'être consommer, sans que le moi ait à s'y efforcer, sans qu'il soit impliqué dans sa propre modification ; le moi, cad la ligne structurelle, psychanalytique, qui a généré le moi n'y sera pas déviée, bifurquée, et le moi ronronnera, il ne demande que cela, répéter son cycle de signes, son endormissement).

Cet affect est pour sa part cela même qui est recherché ; instancier qu'il naisse, qu'il occupe le regard, qu'il remonte comme Intention, qu'il s'élabore en intentionnalités, qu'il surprenne la surface du corps, en tant qu'autre-surface, celle qui supporte les signes (en ceci le christique est la règle même de l'autre corps, cad de toute possibilité, et chacun historiquement le sait, croyant ou non ; le fait majeur structurel est l’historicité même, cad notre naissance en actualité pure et brute, la mort christique est la brutalité même, non par hasard) ; la surface venu d'on ne sait où qui perçoit les œuvres, celle que les œuvres suscitent (la raison d'être des œuvres est de structurer l’attention, l'intention, le regard, la surface du corps, en tant qu'elle échappe à la nécessité de la satisfaction). C'est cette affection, ce que l'on reçoit, qui s'impose via le christique, la pensée, dieu, le sujet, l'historicité, les œuvres (en tous les sens, des éthiques aux esthétiques).

Or il est très difficile de concevoir, ou d'envisager cet affect. Parce que l'on considère, hypothèse qui se donne pour « donnée », que l'affect relève de la « nature humaine » ; qu'il est ressenti, ou non. Mais on a vu que tout ce que nous sommes, naît de et par le champ intentionnel.

Et que si de manière générale on croit que le monde est donné tel quel, là, en vérité on a vu également que le Pli est antérieur ; qu'en vérité donc le véritable affect est précisément celui-là, splitté, déjà splitté, déjà divisé, parce que c'est la scission qui crée ; cet affect, que l'on ne ressent pas dans le monde, le vécu ou le corps donné, est celui que l'on acquiert en plus, en plus dans l'actualité, l’actualisation, la décision intentionnalisatrice, l'inévidence des œuvres, le récit qui soudainement ne ressemble plus, l'image qui est beaucoup plus qu'image, celle-là que l'on doit incorporer envers et contre la pesanteur immédiate, en dehors de la satisfaction immédiate, c'est la non-immédiateté, la médiateté, dirait Hegel, qui est le vrai, et, disons donc, qui est le réel.

Et c'est toujours de ce point de vue là que l'on perçoit, que l'on a toujours perçu. Nous sommes déjà dans le Pli, déjà acquis par la structure transcendante. La structure ne consiste pas, n'a jamais consisté à nier le monde, le donné, le vécu ou le corps mais en l'élévation. De même que l’œuvre élève le regard ou l'esthétique au sens propre. Et donc élève le regard non en proposant seulement le reflet, plus ou moins exact ou plus ou moins embelli du donné, mais en le re-Créant. Il faut comprendre que le Créé et donc le Créer est cela même que l'on opère, constamment. On ajoute, au monde, au vécu, au corps, à soi, à tout champ de perceptions ou d'expressions. Le moindre moi se produit lui-même (lors même qu'il se compose, de bric et de broc, comme tout le monde, comme bricolage, de là que nous n'y sommes pas bien à l'aise, ni avec le sien propre ni avec celui d'autrui). Ce qui paraît, a priori, le plus difficile, créer, est cela même qui a lieu. Ceci est le véritable affect.

Ou donc la plus aisée immédiateté pour le moi est déjà un effort. C'est pour cela qu'il souffre. La règle consiste à ne pas reproduire le même et cela ne vient pas sans l'effort, la distinction et la distinction requiert l'effort. Le tomber-amoureux du moi, sa grande expérience à lui, est un tel effort, dont on connaît qu'il n'est pas si agréable, il se doute, le pauvre. L’orientation de l'effort est ce qui se pré-programme non pas dans la « décision consciente » mais dans la conviction intentionnelle qui prédispose les intentionnalités, celles qui viendront. L’œuvre ne dit pas ceci ou cela doit être, mais prévient de ce qui sera perçu, tôt ou tard, un jour, demain ou dans un an, se gardant selon la réserve qui viendra, la possibilité de la perception (et non la satisfaction qui tombe dans la consommation, l'absorption, la digestion si aisée, si facile, si immédiate).

C'est cette distance interne qui préside à tout l'externe. En fait on ne perçoit vraiment que dans le pli interne qui est tout sauf intérieur (dont s'affublerait alors le moi) ; il s'agit de l'interne de cet externe tout entièrement donné au dehors ; c'est pour cela que l’œuvre n'est possible que dans l’extériorité, ce qui veut dire l'externe, de la perception, et que la philosophie décentre l'attention, et que le christique ou dieu ou l'historicité et la révolution anéantissent l'absorption, celle qui déglutit vers le bas du corps inerte, le corps de décomposition, celui qui tombe dans la dispersion indéfinie du monde, mais aussi du vécu et du corps, dans la digestion du moi, celui qui cherche la satisfaction et que cela soit bien consistant, et qui n'est qu'imaginaire. Le sujet et la structure sont l'inverse de l'imaginaire, du fantasmatique, de l'image que le moi suscite pour désirer « des objets », il s'y efforce, il se force et il épuise le monde et parfois son propre corps (en ceci qu'il n'est pas seulement vivant) afin de remplir la forme qui est-vide, puisqu'elle existe formellement.

L'indéterminé est le réel et c'est sa photographie, forcément au risque de la fixité, qui est tirée ; on lui tire le portrait.

Et le moi, quant à lui, est très tendre, très piteux, très perdu, se délaisse dans la facilité, il saisit ce qu'il peut, au hasard du bricolage qu'il voudrait ennoblir à toute force, tout lui prouve sans cesse qu'il est si peu, si rien, dévoré par ses objets.

Et le je, à l'inverse, veut durement et ne faiblira pas.

 

Ce qui ne se peut pas. Une telle dureté est impossible. Sauf que c'est elle qui Existe.

Le reste est, tout le reste appartient à l'être, mais l'être est cela même qui se dissout, se désintègre, s'atomise, se refroidit et meurt longuement dans la dissolution.

L'exister est ce qui s'utilise afin de remonter, d'élever, par-dessus, et du point de vue qui proposait justement la dispersion, la multiplicité, afin que le créé revienne encore plus à l'acte de Créer, celui qui reconduit et qui remet en jeu, mais d'une puissance plus distincte encore que celle qui fut ; le renouvellement est non pas la perfection, non pas la distinction qui offrit toute cette multiplicité, mais le renouvellement est le sans-cesse-perfectionnement, et qui reviendra en tant que tel, la distinction qui distinguera encore.

Si elle est la structure même du réel, comment pourrait-elle cesser ? Le Pli ne s'arrêtera jamais. Il n'est pas ce qui arrive à quelque chose qui serait en soi et autre, il est ce en quoi arrive les quelques choses, essentiellement mues.

Les figurations que l'on se fait sont prises dans la configuration qui se dresse, l'intégrale transcendante dont les figurations, choses et esprits, sont les tangentes relatives. Ne sentez-vous pas comme il est possible de mouvoir les tangentes de votre vie ?

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Le je interne

22 Août 2020, 10:57am

Publié par pascal doyelle

Puisque l'on a reconnu, admis que la réalité était finalement dépourvue de consistance (elle tend irrémédiablement vers la dispersion, ce qui veut dire, pour nous, êtres humains, qu'il se peut que ce soit là toute le réel effectif, et que donc toute intention se perd totalement dans l'absence de mémorisation ; quoi que vous fassiez, vos œuvres (au sens large, y compris votre propre vie), vos systèmes, vos communautés ou vos civilisations, tout cela s'effacera et disparaîtra totalement sans qu'aucune trace ne reste, puisque tous les « lieux » seront anéantis par le temps et dévorés par l'espace, qu'ils s'étendent dans la glaciation de tout ou qu'ils brûlent dans quelque déflagration terminale. Cette absence de mémoire que quoi que ce soit, ce néant qui rattrape par l'arrière la réalité s'opposant à l'attirance qui s'impose jusqu'au plus antérieur, à savoir le présent qui pré-existe à tous les déroulements de réalités dans leurs différenciations (il existe des différenciations puisqu'il existe une ou des réalités) ; le présent, cette activisme absolu (cad formel et « intouchable », singulièrement autre que tout monde déterminé, forme pure et brute, très brute) prélude à tout ; il est antérieurement et tire vers l'avant ; c'est l'avant ou l'en-avant qui existe …

donc un rien, si l'on veut (que l'on a pu nommer néant parfois, Heidegger, Sartre, Hegel comme négativité agissante en tant que « conscience » dont on ne sait pas très bien ce qu'il désigne par là, sinon comme faire valoir de « la pensée », comme si c’était la pensée qui était et non pas l'arc de conscience qui ex-siste et fait surgir, fait apparaître toutes réalités, signifiées chacune pour nous et pour le moins).

Ce rien, cette forme du présent, totalement non mesurable, non repérable, est tel ce présent qui n'a lieu nulle part, puisqu'il est le lieu avant les lieux du monde, du vécu ou du moi. Cette forme est cela en quoi on existe, on se meut, la vague qui déroule toutes les réalités, univers, mondes ou existences.

Comme de juste cette logique du déroulement (du possible, de la Possibilité) a construit une de ses ressemblances ; dont on présuppose qu'elles sont en nombre infini, ou donc nous connaissons l'arc de conscience mais ignorons tout des autres possibilités structurelles (dieu, l'universel, le sujet étaient in/imaginables) ; et du moins en est-on conduit à cet a priori, puisque l'on ignorait que « dieu » ou « la pensée » ou « le sujet » pouvaient exister avant de les rencontrer ; on ne peut pas -imaginer- une structure, ça ne se perçoit pas ni ne s'imagine ; une de ses ressemblances tient en cet arc de conscience qui est, lui-même, tout entièrement mouvement ; seul ce qui est pur et brut mouvement, un rapport, peut exister, puisque le réel est structurellement formel.

Cela, ce mouvement, gigantesque on est d'accord, qui courre depuis 3000 ans, dessine le plan vertical pur ; à savoir la structure du présent. Celle-là même qui ne se perd plus dans tels ou tels contenus mais qui étant venue au-devant, sur la scène (en refluant les mondes-contenus au profit de l'intentionnalisation qui est à l'origine, la cause des contenus) et qui se dresse, donc, dans l'antériorité à toute représentation ; il est, après tous, logique, normal, compréhensible que cessant de produire ceci ou cela, la structure apparaissant elle-même sans son propre champ (puisqu'étant un rapport et non un « être » elle se signifie, se rapporte à elle-même ; dieu, l'être ou le bien ou le un, le christique-corps ou le sujet acte cartésien, etc, qui désignent des formes et non des « êtres »), cette structure donc commence de se repérer et ensuite de cartographier son propre plan, son organisation, l'organisation du mouvement qu'elle non pas « est » mais existe.

C'est pour cela que les grecs ne se tiennent, en vérité, pas dans l'être, mais le montre (en pensant le démontrer, par ailleurs) et donc le perçoit de l’extérieur. De même Descartes ne se rive pas au « sujet » mais le montre et donc n'y « est » déjà plus ; et se pose constamment la question, d’accord, certes, mais alors « où » sommes-nous ? De où percevons-nous ?

C'est évidemment à cette question que l'on tente ici de répondre.

On a nommé cela le Bord du monde, du vécu (et du relationnel) et du corps (et du moi).

Pareillement dieu est le Bord, ce qui veut dire l'intention-même (celle formelle qui permet de saisir quelque réel de ce mouvement pur et brut, qui est, de fait et techniquement si l'on peut dire, éternellement mouvement, puisque sinon, cessant de se mouvoir, il disparaît, et si l'on préfère n'aurait jamais existé ; un « réel » ça n'est que de et par le mouvement, de là que l'on considère, bien entendu, qu'il est une compréhension fonctionnelle du réel, sans préjuger de son ontologie absolue, mais aussi que l'on maximalement porté à admettre ce fonctionnel comme dimensionnel ; le réel, le mouvement « se meut », est pur et brut mouvement, et il existe tel quel dimensionnellement, en soi si l'on reprend une vieille formulation).

Le biais qui nous a induit en erreur est grec ; on a cru que l'on tenait, dans nos mains, physiquement pour ainsi dire, le réel en décrivant (et comprenant) les réalités dans les filets de la-pensée, comme une chose, une détermination ; mais en fait, en Fait Monumental d'historicité pure, le christique et Descartes (et finalement tous les autres qui se tiennent en ce niveau) manifestent le réel comme en plus, autre et antérieur à toute réalité. Et donc le christique autorise de reprendre l'intégralité de la pensée grecque, ou Descartes d'originer la-pensée (scolastique, etc, en l’occurrence) dans la structure du sujet, qui dès lors n'est plus, n'a jamais été subjective mais structurellement (fonctionnellement) ou ontologique (dimensionnellement).

Nous avons donc depuis longtemps, très longtemps dépassé la représentation, mythique, de la-pensée, de la-raison, et nous nous situons dans la perspective de la structure de sujet, de la structure en forme de sujet, que l'on rapporte, elle-même, à un mystérieux dispositif-sujet général, en tant que seul, reconnaissons-nous ici, un tel sujet est capable d'admettre, de supporter et de produire un perfectionnement (déniant à la « perfection en soi » qu'elle puisse être en quelque manière que ce soit, si le réel est il se meut, et si il se meut il ne cesse pas, n'a jamais cessé et ne cessera jamais de se-mouvoir »).

Si on considère le caractère dimensionnel de la structure, cela nous envoie extrêmement loin, ou donc, autant que cela nous est accessible, vers le pur et absolument divin, comme intention originelle qui tient toute la réalité dans sa visée (en somme les réalités sont des champs de perceptions du divin extrêmement divin, et il y a des distinctions, des différenciations ou donc des déterminations (soit des réalités, des choses, des êtres) dans la mesure où le divin les perçoit, de là que l’ensemble de tout ce qui est, qu'il se trouve une ou plusieurs ou des tas de réalités, d’univers, -apparaît- littéralement, pour un sujet-qui-perçoit).

Remarquons bien que l'on admet également que la réalité n'est pas du tout en elle-même consistante (tout ce qui « est », qui relève de l'être, disparaît, se destine à la disparition, à la dispersion des données, seul ce qui est rapport à soi (comme rapport) existe ; un rapport n'est pas « déterminé », sinon le rapport se perdrait dans toute détermination, or tel n'est pas le cas ; même si je change en trente ans, le -je - est le Même) ; elle se compose et se décompose (ce que l'on nommait autrefois le fini, ou le multiple) et au final disparaît. Cela seul qui existe est le mouvement. Lui seul sur-être, pour ainsi dire. Donc la consistance du réel est le mouvement lui-même ; ce qui se dit plus illustrativement qu'il n'existe qu'un Pli et que tout le reste ce sont des pliures du Pli.

La difficulté de la philosophie est donc non plus d'élaborer un système (on en a produit des quantités) mais de saisir le mouvement comme tel, et surtout en tant que mouvement, de ne pas le dénaturer en objectivité (qu'elle soit philosophique ou rationnelle ou scientifique ou scientiste ou idéologique ou idéomaniaque).

Pareillement la pensée grecque nous égare en croyant saisir objectivement la réalité (composée de choses et de choses liées qui plus est) objet par objet ; de sorte que le sujet se transforme en regard tout à fait abstrait et pour le dire la question du dit sujet n'est pas même posée ; il est faire valoir de ce discours qui définit des objets et qui produit un système de notions ; il est convaincu de se placer au niveau du contenu organisé ; ça n'est plus le groupe qui ordonne la réalité, qui constitue le centre ou le rempart de la véridicité (la vérité comme principe n'est pas isolé comme tel, la véridicité du groupe est ce-monde-là tel qu'il est perçu, ordonné, se présente 'naturellement et sacré' en lui-même, donc le sacré n'est pas remis en cause, et on ne sacrifie pas Socrate, puisqu’il n'y a pas de Socrate) ; la production des vérités doit être reproduite par chacun en tant qu'il pense.

Avec le christique on passe sur un autre plan, c'est vous-même, votre vécu et votre corps qui doivent s'élever et s’analyser et se décider, c'est vous-même et donc tout ce qui se présente dans ce champ qui est « vous », qui entre dans le champ d'investigation, puis d'expression, puisque si vous êtes en charge, intégralement et non plus seulement par la raison, vous pouvez créer et d'autant plus créer que vous n'êtes plus assignés non plus à la perfection grecque du Beau, il s'agira plus et toujours plus d'expression (de ce que l'on voit, de ce que le Je, le sujet voit du monde donné là) ; utilisant le champ d'expression dans le champ de perception, et démultipliant donc les champs d’expression (autant de champs que de sujets, d’individus qui se sont haussés au niveau du sujet comme dispositif).

Dit autrement

Le Pli (la forme, l'exister) génère des pliures (les réalités, les univers). Le Pli n'est pas ce qui arrive à « quelque chose » ; toutes choses sont dans, par et peut-être pour le Pli (distinction fonctionnelle ou dimensionnelle).

Donc qu'il y ait d'une part le néant (qui n'oppose rien à quoi que ce soit) et d'autre part l'être (au sens générique).

Que le néant soit équivalent à l'être veut dire que c'est le possible qui règle 'ce qui est '.

L'être générique qui est apparemment un « quelque chose », un quelque chose de déterminé.

On considère habituellement que le fait d'exister est simplement un résultat et n'est pas même interrogé comme tel ; on cherche la raison d'être de l'être, pourquoi y-a-t-il quelque chose plutôt que rien (on a vu qu'il y a « rien » et « quelque chose » à la fois et que donc cette question ne se pose pas comme telle, en opposant l'un et l'autre, l'être et le néant, qu'ils existent également et que le Possible est la loi, le principe ; tout ce qui est possible, est. Une licorne n'est pas, autant que l'on sache, mais elle est juste une imagination, composée à partir d'un cheval doté d'une corne, etc, ça n'est pas ce possible imaginaire là dont on parle).

Inversement donc ici le fait d'exister est absolu (et non pas à peine évoqué ou sous-entendu mais admis à l’inverse comme fondamental) ; il y a quelque chose dans l'activité, absolue, de l'exister ; soit donc pour nous du présent (qui seul existe).

Et donc.

Dans l'être générique il convient de distinguer le quelque chose qui est et le fait d'exister ; l'être est, tout entièrement, pris-dans l'exister.

De sorte que n'importe quelle chose est emportée dans et par le mouvement (et peut-être -pour- le mouvement).

L'exister est cela dont nous saisissons le réel ; ou plutôt nous en sommes saisis ; notre être n'est pas un être (déterminé) mais un mouvement, l'arc de conscience, rapport qui tisse des rapports (qui colle des perceptions aux signes, des signes aux signes, et se situe de cette sorte immédiatement dans l'universalisation, si on lance un rapport entre deux entités, déterminées, c'est le rapport qui compte ; ainsi le un est le rapport, vide, que tel objet entretient avec lui-même, on peut donc le calculer, si il y a addition ou soustraction, etc).

Comme précédemment ; il existe un Pli et dans ce Pli des pliures ; l'exister, indéterminé, est intégralement acquis avec les déterminations ; les immanences sont, réellement, mais prises dans la transcendance, la transcendance est au début, au milieu et à la fin ; il n'est qu'un seul plan unique (ou si l'on veut un seul Instant qui « voit » tous les déroulements, toutes les manifestations, toutes les différenciations, toutes les réalisations, tous les univers et les formes, éventuellement, diverses des univers ou de quelque réalité que ce soit).

Cela signifie qu'effectivement aucune chose n'est consistante et a fortiori il n'existe aucune « chose géante » qui contiendrait toutes les choses ; il n'y a pas un Étant supérieur qui ramasserait tous les étants, du reste une super-détermination de déterminations est ne absurdité ; si unité il y a (de toutes les déterminations) ça ne peut pas être une détermination ; dire « la raison » ou « l'esprit » qui contiendraient en réduction les réalités, rend « esprit » et « raison » comme cheveux sur la soupe, incompréhensibles, à moins de borner, fasciné, son regard à ces représentations. Et donc tout est relatif au mouvement mais le mouvement lui ne l'est pas, relatif. Il est le réel même. On verra une autre fois les conséquences du Fait monumental unique. Quant à la pliure étrange du temps.

 

On abandonne donc l'être (mais cela date d'au moins Descartes qui ne pense plus en terme de « pensée », en récupérant son acte le sujet récupère sa pensée propre du monde donné là et ne cherche plus « la pensée pré-organisatrice de dieu », platonicienne ou aristotélicienne qui se réglait sur la notion, l'idée, tandis que Descartes passe au calculable, relevant par ailleurs le sujet dans son unité, comme volonté libre et non plus « intellect », initiant ainsi Kant, Hegel, Husserl, Sartre).

Le centre se déplace impérativement ici même, attendant son ici et maintenant (puisque le présent est le réel agissant, le mouvement qui se meut et qui meut toutes les réalités). Et on abandonne l'idée d'un « sujet substantiel » ; tout ce que nous sommes se tient d'un dispositif qui crée un champ intentionnel (ce qui l'autorise de reprendre la totalité des influx, des datas que le vivant perçoit en tant que vivant, puisqu’il ne s'agit plus d'un « esprit » consistant qui posséderait son unité massive et dont on ne sait pas quoi faire en vérité, mais d'une structure, vide et formelle, intentionnalisatrice, un rapport, strictement rapport, qui crée des rapports, dont sont tirés l'esprit, la raison, les esthétiques, les œuvres, les sociétés humaines etc ; le dispositif sujet est donc amplement capable des plus étendues cohérences, et incohérences, orientations et désorientations : son caractère indéterminé le fit passer sous les radars, nous concentrant sur le manifeste, le conscient (l'arc de conscience n'est pas le conscient, le champ intentionnel n'est pas la « volonté » ; conséquence importante : ces réalisations ne tiennent que si elles sont intentionnalisées, ce qui veut dire investies, investies par toute la médiation et la vigueur du corps vivant ; il n'y a rien d'abstrait dans cet investissement intentionnel.

C'est par là, par ce moyen, par ce chemin, qu'il faut comprendre que si l'intellect ou le conscient ou la « volonté » (roide) demeurent abstraits, par contre l'intentionnalisation est forcément et immédiatement ce-corps.

Ce qui se produit dans l’historicité comme l’individualité libre et égale, apte à son propre jugment (qui réclame une mise en forme culturelle, en tant qu'acculturation, et acculturation du jugement qui est bien plus étendu que celui de raison ; chacun est à soi-même et devant les autres l'assurance d’une part et assumation d'autre part de son jugement, de sa capacité de décision mais aussi de coordination, d’organisation, ce qui ne se rend possible que via autrui).

Puisque l'intentionnalité produit un champ intentionnel de perception qui, structurellement, fait-retour vers « soi-même » et dans la réelle mesure où c'est ce retour qui crée ce « soi-même » … il n'y a pas un soi-même puis « ça fait retour », mais un retour-vers (soi) qui rend possible et actuel ce « soi » (ce à quoi ne dérogent ni Sartre ni Lacan) et « soi » qui n'est donc plus du tout une identité première, mais une identité seconde ; le moi, le soi est produit secondement et se tient dans la vue du champ intentionnel.

Et cela signifie que le « soi » est pris dans un champ et une unité bien plus grande que le « moi ». Et que cette structure est celle dénommée « sujet » ou plus exactement dispositif sujet. Qui tient, détient dieu, l'universel et la pensée, le christique et le sujet, le réel et l'autre-corps (celui qui perçoit les signes et non pas seulement les reçoit en sa satisfaction donnée) ; ou donc, puisque c'est un rapport, celui qui non pas saisit mais est saisi de dieu, de la pensée, du sujet ou du réel (et dont le corps est forcément Autre, marqué du sceau de l'Autre, qui n'est évidemment pas autrui, auquel cas il s'agirait d'une image dans le miroir et non du miroir lui-même).

C'est ce champ qui est tenu par et dans une intention, dont toute l'étendue est donc significative ; le je du moi se signifie dans cet acte, cette activité, cet activisme de l'intention (ce qui revient au christique) et de l'intentionnalité (depuis Descartes).

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