Overblog Tous les blogs Top blogs Littérature, BD & Poésie
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
instants philosophie

Le système de dieu

25 Août 2018, 07:30am

Publié par pascal doyelle

- Hypothétiquement-

Qui se dépriment ou désespèrent de ce que le monde, la vie n’ont pas de sens, mais si la vie n’a pas de sens, cela veut dire que l’on est libre et que la liberté est le sens de ce qui existe : non que la liberté permette de créer une signification, mais bien qu’elle soit telle quelle le (non) sens du réel, ce qui veut dire son super-hyper-sens. S’il existait un « sens » comment pourrait-on être libre ? Et si l’on est libre alors le libre est le sens lui-même. Et par cela c’est enfin passionnant.

En quoi me conformer à un sens quelconque me réjouirait-il ? Par contre ourdir le complot magnifique d’une immense possibilité, voilà à quoi se sont attelés Plotin ou Kant. Et n’importe quel regard neuf et nu sur le monde et selon le corps. Selon l’autre surface du corps capable de supporter l’étendue du réel.

Et rien de ce qui fut élaboré, inventé, exploré par le christique ou par Rimbaud, Nietzsche ou Hegel ne le fut hasardeusement ; on n’y découvrira pas une trame conceptuelle puisque c’est en dehors du concept, ni une signification puisque c’est antérieur aux significations. Ce sont les mondes humains particuliers et cycliques qui font sens ; ça ne sert à rien de croire ou imaginer retrouver une telle sorte de monde. Si on en est sorti, par les grecs et le christique, c’est afin d’élaborer et de dresser le présent comme architecture, dont ce corps comme architexture.

La pensée se partage, la liberté se propage. Pour illustrer et éclaircir : une esthétique crée l’intentionnelle conscience qu’elle se doit. Sciences, esthétiques, éthiques, politiques ou philosophies sont ramenées à l’uni-dimension : ajouter une surface à la surface du réel, à la surface qu’est le réel lui-même ; la surface est la profondeur, parce qu’elle devient en plus. Ou donc ; le réel est le présent et le présent crée. Et on ignore ce que c’est qu’il se crée.  

Donc dieu, s’il existe, est le système de la liberté pure. Nous reste ainsi la liberté brute. A charge que nous puissions élever celle-ci à la pureté, ce qui veut dire au plus distinct, au plus distingué possible. Aimez-vous comme je vous ai aimés, veut dire « élevez-vous comme je vous ai élevés » par mon regard, par mon intention. En haut, en haut ! Pas en bas.   

C’est ce que signifie la révolution ; il n’y en a qu’une seule, puisque de structure de conscience il n’en existe qu’une seule, quels que soient les contenus, identités, images, corps, etc, mais à chaque fois une par une, un arc de conscience à la fois, c’est précisément l’orée de ce que l’on nomme « dieu comme système du libre pur » ; l’énigme que parfaitement semblable comme structure d’arc, chaque conscience soit une et une seule ; le grand challenge de ce qui existe, autant que l’on sache. Liberté-égalité-fraternité reviennent à élevez-vous les uns les autres. Et il dépend de tous et donc de chacun. Inutile de pleurer sur le non-sens : si vous n’êtes pas capables de dresser le réel de par votre seule force, il n’arrivera pas. C’est simple, c’est clair, c’est limpide : ça vous jugera, et durement, ce qui veut dire logiquement. Votre incapacité de tirer du possible que le libre soit le sens même de la réalité (qui donc n’en a pas), votre incapacité vous jugera de fait ; vous disparaitrez.

Répétons : c’est ce que vous décidez qui arrivera ; le réel qui arrivera vous n’en trouverez absolument aucune trace préalable dans le monde, le vécu ou selon ce corps-çi. Parce que ce qui arrivera c’est ce qui attend sur le Bord du monde et du corps ; ce qui attend dans le présent. Et il y a un présent pour que précisément ce qui n’est pas (ce qui n’est nulle part) existe (en sortant du réel qui nous observe par le devant, par le présent). Sinon un « présent » ça ne servirait à rien, ou il n’existerait aucun présent (et donc rien n’existerait du tout).

En bref nous sommes naturellement pour ainsi dire au bord de l’abîme ; c’est notre position telle quelle et sans recours aucun sinon nous-même ; si on ne se décide pas pour que le non possible existe, il reviendra au monde de réaliser tout ce qui est et jamais dans le présent ne surgira le « qui n’est pas » (ce que tente de décrire Badiou soit dit en passant). Nous ne sommes pas angoissés pour rien ; ça se joue de fait ici même, ici et maintenant ; tout maintenant est l’instant unique qui (se) décide. Ou si l’on préfère le rapport, à quoi tout revient, se rapporte à lui-même (engendrant tout) et se décide continuellement. Et probablement, aux plus hauts des cieux, le Un continuellement se remodèle et devient autre, encore toujours plus autre que lui-même : nous aurait-il envoyé quelques christs ici et là, afin qu’au travers de la temporalité il s’augmente plus encore ? Le présent serait alors le ruban enroulé de toutes les réalités et tous les êtres, qui ne cessent pas de s’intensifier, et de sorte tout serait libre depuis toujours et la liberté le moyeu, l’exister, l’axe même de tout l’être, l’être comme autant d’effets et peut-être toujours encore plus d’effets. Les signes viendraient alors du futur ontologiquement parlant puisque le présent est un acte.

De là qu’il y ait suite à tous les mondes particuliers l’invention et la découverte du monde donné-là et du corps tel quel ; les grecs et le christique (monde unique universel et corps singulier). Le christique prenant bien plus une ampleur incontestable (votre être, votre vie de la naissance à la mort, perçu à partir d’un point-autre) se permit donc de reprendre l’intégralité de l’antiquité ; c’est à partir de la forme individuelle que l’Europe a pu recréer toutes les universalités et évidemment toutes, chaque individualisation.  

Or cependant le mal consiste à désirer tel objet, une partie du monde, en oubliant que le monde comme horizon formel est réel ; c’est choisir (et donc croire à l’individualité de cette élection) une partie, plutôt que non pas le tout (qui n’est pas, dixit Kant) mais plutôt que l’horizon. On ne possède pas un objet, on est absorbé par lui ; n’est conforme à notre structure que l’horizon et non des parties démontables de monde ; si le mal est le mal c’est qu’il réduit la vision à une partie et ce qui est du monde (qui n’est composé que de parties) meurt, disparait, souffre, s’affaiblit, se dissout ; mène à la mort intentionnelle en tous les cas, qui s’absorbe dans une obsession.

Et c’est en ceci que les mondes seulement libres s’enfoncent dans les objets de désir individuel ou conséquemment dans les empires qui imaginaient se confondre avec le monde comme un tout (romain ou américain, à partir de la Grèce ou de l’Europe et de la France). La logique anglo-saxonne est celle du libre individuel sans médiation ; la seule médiation qui puisse raisonnablement affecter les libertés nait de et par l’égalité ; de là que la révolution affirmèrent liberté-égalité-fraternité ; que les objets du monde, les parties cessent, un temps du moins, de séparer les sujets et qu’ils se conçoivent comme égaux et puissent relever d’un bien plus grand possible, devenir, réalisation. Cela seul confère un dynamisme qui autrement tombe dans le monde, dans la lourdeur collective morcelée ou individuelle dissoute. Parce que le désir dissout bien sûr l’intentionnalité, sous couvert de libération ; c’est l’horizon du monde qui enferme l’intentionnalité et l’horizon du monde c’est la mort.

La violence et la mort. Quoi d’autre ? Quoi d’autre que le monde et le corps sinon la violence et la mort ? On n’exalte le monde que de n’y être pas, y tenir c’est déchiqueter : percevoir s’effectue du point dégagé. Qui succombant à l’attirance, sait percevoir à partir de l’horizon qui n’apparait jamais, qui est ce en quoi apparait le reste, s’obligeant, impératif catégorique, réintégrer l’ensemble de toute la parution. L’horizon de son art, de sa vie, de son intentionnalité, quelle qu’elle soit.  

Aucun objet n’est l’horizon et tout objet fait-croire qu’il existe un tout du monde, se présente comme le prototype d’une totalisation illusoire du monde, de la vie ou du corps. Si il n’est aucun objet, ni aucune partie du monde, pas plus de représentation ou de signe qui signifient le Bord ou de l’horizon, alors le Bord et l’horizon relèvent de l’instantanéité de la structure. Et l’instantanéité est le seul réel, mais alors par et selon un surcroit inimaginable. Qui ne parle que de la forme. Par ex du christique, ou de Rimbaud ou de Descartes, de tout ce qui s’adresse, renvoie l’adresse par-dessus. Ils furent des millions à croire à la révolution, puis aux possibilités de diverses autres révolutions, qui soulevèrent des foules. Ils en aimèrent la forme, l’horizon. L’instantanéité est autre puisque le présent, qui n’est rien de stable comme on l’aura remarqué, est l’acte brut. Tout se replie sans cesse et ne pas y croire c’est tomber dans le dedans du néant, de la destruction et de la mort.

Le présent est l’arc immense qui crée tous les mondes, chaque monde est une boucle à la surface, la même unique surface, et chaque monde est lui-même une surface, et à la surface de chaque monde quelques êtres formant un arc à part soi, de sa surface propre en tant que corps ; dans l’unique rapport gigantesque quantité de rapports, mondes ou êtres. Les réalités dans le réel sont de la sorte des plans, sur lesquels se créent d’autres plans. Puisque tout est rapports parce qu’il n’existe qu’un seul rapport. Parce que toute matière ou énergie s’effilochent dans le rien infini, ça n’est pas tant la matière ou l’énergie que ces mouvements supposent, ces vagues de réalités à la surface, que le trajet de tous les tracés, de chacune de ces formes.

Voir les commentaires

Carte actuelle de l’esprit

18 Août 2018, 08:28am

Publié par pascal doyelle

Sous le prétexte fallacieux que seule la réalité est, et non pas le réel, nous nous sommes précipités dans tous les désirs (on utilise « désirs » pour signifier « petites intentionnalisations médiocres »).

Et en somme « profiter » c’est juste un certain énervement. De ce que l’on prend une partie quelconque du monde ou de sa propre vie, pour l’ensemble, pour le tout, pour la totalité ou ce qui revient au même pour l’essence même, fut-il momentané, de notre désir.  L’immense commentaire durant plusieurs (voire  décennies du « désir » en l’être humain n’est pas un hasard. Qui se soulage à peu de frais, individuellement, et qui gaspille globalement la totalité des ressources de la planète. Voila bien à quoi se réduit tout ce narcissisme, ces obsessions et ces mégalomanies diverses.

Or il est bien évident que si l’on perçoit, ou décide ou imagine ou désire telle ou telle partie du monde c’est que l’on n’est en aucune de ces parties, découpages, limitations, mais que l’on existe en tant que perception, vision d’ensemble, arc traversant qui éventuellement perçoit ou désire ou imagine telle partie ou telle autre. Donc est requise, appelée une signification de structure qui prenne cet arc en compte comme tel, comme un arc de structure (qui ne tient pas aux parties, aux découpages et implique une plus grande stratégie que ces tactiques plus ou moins inférieures) ; c’est ce qui arrive lorsque l’on pense à soi … On se dit « je suis Pierre Dupond » et on voit bien qui est Pierre mais qui est le « je » qui dit « je suis un-tel » ?

Cet X pourtant toujours individué (et non pas une fonction ni un universel formel, mais un sujet et une étrange unité) est l’interrogation majeure ; non de ce qu’elle soit subjective mais bien de ce qu’elle autorise tout subjectif et toute l’objectivité, toute l’universalité et toute les  expériences et tous les corps ; et donc une hyper objectivité. Ce que l’on nomme structurel.

La forme du réel est une forme de sujet, arc de conscience ou présent.

Structure de sujet que décrivent les grecs (l’être, l’idée, le un), le sujet (christique et cartésien, kantien, hégélien, jusqu’à Lacan). Non pas une fébrilité subjective, mais une cohérence de forme singulière formelle, ce qui veut dire absolue (qui n’étant pas composée n’est pas relative et qui permet le défilement de toutes les compostions et déterminations). On situera mieux la valeur de cette cohérence si l’on affirme, de but en blanc, que le présent est la forme absolue du réel unaniment singulière ; la forme « sujet » s’applique, techniquement parlant, au réel en tant que le réel (tel qu’il nous est connu en tout état de cause) se présente comme présent pur et brut, très brut.

Que cette stratégie, qui définit notre être comme une forme vide mais active et même hyper active, puisse manquer et ce sont alors les limitations obsessionnelles, fantasmatiques, irréelles, exigües qui nous enferment. Impossible de non pas contrôler (comme le conscient et le moi croit maitriser) impossible de prévoir, présager, de lancer une vision qui se tienne et quand cet arc qui traverse le possible vient à manquer toutes les réalisations commencent de s’effondrer dans les corps, au travers du monde, dans le néant (puisque tout ce qui est du monde disparait, en éléments composés qu’ils sont, lesquels éléments se perdent et s’écoulent dans l’infériorité ; les tactiques, limitées n’y suffisent pas, une stratégie est requise sinon c’est la nature même des éléments , qui composent les choses et les êtres, de se dissoudre, c’est bien pour cela que christiquement ou philosophiquement c’est une autre dimension qui, elle, perdure ; la révolution, la structure de l’Etat et du droit nous maintiennent, bien que toutes les intentionnalités et tous les images, les syntaxes, les mois se dissolvent).

Et cet effondrement n’est pas dû seulement aux répercutions extérieures (les images, les infos, la pub, internet qui nous happent et nous découpent), mais vient de l’absence de stratégie générale ; et toute l’intentionnalisation s’effondre sous le poids des données ; puisque l’on considère que le monde est le donné et que le monde suffit ou devrait suffire au monde, aux vies, aux psychologies, alors il suffit de placer ou déplacer des petits bouts de monde pour faire un ensemble ; mais des petits bouts produisent un tas, et ne constituent pas un ensemble.

Pour qu’il y ait un ensemble il faut lui appliquer un mot, un signe, une orientation, un effort, une volonté intentionnelle et cela ne veut pas dire un élément de langage (on retombe dans la sale manie du rationalisme, mécanisme, naturalisme, etc) mais une signification et une signification n’est pas un « sens » mais est une intentionnalité qui est aussi une intention ; et généralement une significativité, une inclusion dans un horizon, réclamant que soit tenu cet horizon à bout de bras (tandis que le libéralisme et capitalisme bien que réel, ne forme pas du tout un système et ne peut se gouverner, de sorte qu’il signifie « rien »,juste l’absence à ciel ouvert pour rien).

Et ceci ayant affaire avec le corps (et non la version éthérée de l’esprit, un esprit sans corps est seulement perçu de l’extérieur, par un autre, un médecin, un psychologue, un journaliste, un politicien) ; le corps du psychanalysé n’est perçu par personne, le psychanalyste est juste l’occasion qu’apparaisse le regard qui n’est pas, de sorte que l’intentionnalisation sorte. Perçu du dehors on l’est mille fois quotidiennement par les images et les sons. Une carcasse extérieure qui se continue abstraitement par une autre-intention, par l’intention des autres. Des pouvoirs.  

Or d’intention il n’y en a pas. On a laissé cela derrière aux révolutions ; ce qui remonte au   libéralisme, communisme, socialisme. Le libéralisme a tout absorbé puisque contrairement aux deux autres il fait fond sur le réel ; sur la découpe individuelle de chacun (qui génère une complexité effective qu’aucune organisation universaliste communiste de l’humain ne peut ni atteindre ni gérer, ça ne peut pas se gérer d’en haut puisque c’est techniquement décentré et ce décentrement constitue l’essence même du non-pouvoir libéral) ; ou donc sur la possibilité de chacun d’agir selon son pouvoir ; le roi est écarté et chacun peut vaquer à son invention ; le centre est évidé et chacun creuse son décentrement propre : tout ce qui n’est pas explicitement autorisé est interdit, tout ce qui n’est pas interdit est autorisé, renversement du possible ; dans les sociétés traditionnelles (celles qui ont inventé la culture et non pas celles qui créèrent l’acculturation par-dessus et en plus de la mise en forme culturelle) dans ces sociétés l’ordre préexiste, le groupe préexiste, le roi préexiste ;

dans les sociétés individuelles (celles de l’acculturation donc), depuis le christique, l’individu doit s’auto-organiser, et plus ou moins librement ; le christique, dans sa réalisation institutionnelle, est évidemment soumis à une compréhension en apparence négative de la liberté ; car il s’agit non pas de réprimer la liberté de chacun que de conduire ou imposer à chacun la liberté du un-seul, le christ, à l’imitation du christ, mais néanmoins le principe est que rien n’existe sans cette motivation individuelle ; la foi seule, la conversion, la libération du monde et du vieux corps par le corps renouvelé et pour l’autre-monde libèrent ; le un-seul christique permet de passer outre la détermination, des intérêts du monde qui se livrent à la guerre et la violence, des envies du corps qui mènent à la dispersion de l’intentionnalité (qui tombe dans la chose, le corps, l’immédiateté et ne peut plus subvenir en une stratégie formelle), et qui nous situe à partir du point hors du segment naissance-mort ; c’est de là, tout là-bas que l’on se perçoit et percevra dorénavant, à partir du point-autre.

On a beau se la raconter, c’est parce que la révolution et le statut de citoyen (par ex et objectivement) nous exportent et que l’on est-déjà hors de soi, et ce cadre historiciste est ce qui nous maintient. Mais lors du christique cette altérité n’existait pas sinon en dieu et fondamentalement n’a réellement existé que par le premier sujet-autre, qui nous choisit un par un, et c’est non pas dieu mais le christique ; non le divin (au-delà) mais le surdivin ; le divin-en-plus-du-dieu, qui existe ici même et en quoi consiste l’absolu apport christique ; le divin est ici même possible d’une part et qu’est-ce alors que le réel ? Et d’autre part qu’induit la possibilité du divin ici même dans la compréhension que l’on a de dieu ?  Et du réel ? Questionnements totalement effarants et que signifient l’intrusion de la structure christique (qu’elle soit effet de la structure ou révélation, pour les croyants, ce qui est tout à fait admissible en droit).   

On voit ainsi l’immense acquisition qui nous structure ; qui nous structure parce que le fait fondamental (la révolution, qui bouleverse dans l’effectivité la totalité de l’espace humain, intérieur et extérieur) intègre dans sa formalité ce qui structurellement jusqu’alors était en suspend (dans la pensée et le christique, et autrefois encore recouvert par chaque groupe humain qui entendait former un tout, corps-monde-groupe humain confondus, unité de tout que la pensée et le christique ont déchiré ; de laquelle déchirure nous existons depuis lors).

Concrétisant l’acculturation qui a travaillé toute l’historicité et qui consistait à passer de la forme (non mondaine) et jusqu’alors concentrée dans et sur et par « le mana du groupe humain », de faire passer cette forme donc dans le monde et la détermination et les corps, en tant que structurelle, et ce séparément un par un, et individués maniant l’universel, puisque l’universel n’apparait que un par un-seul, le héros grec ou le christique (il n’y a de pensée, de raison que dans et par l’individué puisque relevant d’une expérience, expérimentation et devenir distincts, arguant d’une immense distinctivité de toutes les intentionnalisations possibles à propos du monde, grec, et de la vie, christianisme) ; et c’est ainsi le gant qui s’est retourné et la face interne du gant est devenu la forme des réalités (on croyait que le gant d’apparence était le monde-la parole-le groupe) ; et sachant que la forme, la structure n’ont aucun représentant, aucune correspondance dans le monde, ni selon le corps, la détermination ou la réalité ; donc cette forme cette structure vient comme de l’au-delà, d’ailleurs et en conséquence et par contrecoup rend toute la réalité autre, étrange, terrible, horrible, effarante, illuminée aussi.

Et comme la révolution a instancié chacun comme un, alors tout le reste parait abstrait et artificiel ; ne demeure plus réel que le gouffre sans fond de la distinctivité de chaque un. Le reste, toutes les constructions en plus se sont écroulés ; il s’agissait d’idéologies, d’idéologies universalistes rationalistes qui prétendaient se substituer au monde, aux corps, aux individus réels ; autrement dit le libéralisme n’est pas un système ; c’est le réel. Le communisme remplace l’individu et ses désirs par le l’homme générique et ses besoins (que l’Etat satisfait). Sur ce réel il est venu s’imposer quantité de systèmes et de variantes de systèmes de libéralismes et de capitalismes ; et spécifiquement que le libéralisme (la théorie économique, qui est à 90% une idéologie du corps donné, découpé, sérié, conditionné) soit la seule et réelle représentation du libéralisme (les choses et les êtres réels). De même que paraissent encore plus éloignés la pensée grecque ou le christianisme, les religions ou les belles histoires ; or pourtant tout l’ensemble explore directement et crument l’immense articulation qui cherche la stratégie adéquate.

A l’inverse donc le capitalisme et libéralisme ne sont pas des « systèmes » ; juste des accumulations mais pas du tout des « pensées » et donc ingouvernables. Personne ne peut décider parce que personne ne comprend et parce que l’on ne peut pas comprendre ce qui n’est seulement qu’un tas désordonné et non un ensemble sur lequel on aurait prise ; c’est que ce qui origine tous les bouleversements, jusqu’aux plus absurdes et de vanité ou de distraction, est une structure à ce point Autre (que tout monde et corps donné) qu’elle peut potentiellement épuiser, détruire, anéantir et le monde et le corps.

Le corps lui-même est démantibulé mentalement et donc réellement par la structure qui étire le corps vers l’externe, non seulement la réalité (des désirs aux objets, qui prétendument sont en mesure de répondre aux attentes, puisque dans ce monde là le donné explique le donné), mais vers le réel même ; la structure de conscience est enclenchée dans la structure du réel, le présent. Et donc chaque arc est déjà toujours instantanément (selon la structure) et immédiatement (selon le monde) engagé dans la valeur de ce qui est ; vers ce à quoi cela mène. Dit autrement : on perçoit à partir du présent, à partir de ce qui n’est pas, de l’exister qui vient, à rebrousse temps, vers nous, vers la réalité, vers l’univers. Et évidemment il est noté « à rebrousse-temps » mais ça n’a rien à voir avec le temps ; ça n’a rien à voir non plus avec l’espace ou l’éternité ; c’est la dimension telle qu’antérieure (à tout).

Espace, temps, déterminations, réalités, vivants, mondes humains sont des effets et donc la Cause est tout autrement existante ; c'est-à-dire que la forme des réalités est autre, ce qui signifie distincte et réclamant d’être comprise distinctement selon sa propre dimensionnalité ; dont on dit et répète qu’elle non pas un « tout » imaginaire (nécessairement imaginaire puisque très kantiennement « monde » ne correspond à aucun concept) ou une unité au-delà (qui reste seulement supposée abstraitement) mais la structure la plus intimement proche à chaque parcelle de réalité, et intimement veut dire « antérieure à toute part du monde, à toute chose, à tout être ».

Le réel est un rapport et en ce rapport unique se créent des tas de rapports, des êtres, et parmi ces êtres et ces choses, quelques uns s’existent, sont rapport-à-soi, dans lequel rapport le « soi » est le rapport lui-même ; de là que l’on ait toujours dit, de tous temps, qu’il était « conscient, rapport, à soi », à soit en tant que conscience, conscience d’avoir conscience et que pour un tel être avoir, ceci ou cela, est plus important que d’être ceci ou cela ; si l’on était ceci ou cela on  n’en aurait pas « la conscience ». On est toujours autre-que et cette altérité est la question même : quel est cet autre qui comme présent ou structure de sujet produit tout le reste ?

Et puisque l’historicité nous a largué sur le sol même du réel tel que donné « là » (existentiellement ou selon l’être-autre de Heidegger ou la volonté-autre de Nietzche ou l’ensoi de Sartre, etc, y compris le désespoir des romantiques) chaque corps prend de plein fouet la puissance abyssale de l’exister. Non seulement de sa distinctivité propre (chaque arc de conscience n’existe que un par un, structurellement autre par rapport à tout, n’ayant aucun représentant dans le monde, et les signes signifiant d’abord et finalement le rapport qu’il existe), mais  signifie l’abyssalité du présent tel quel,  l’angoisse brute que l’essentiel du réel n’est pas mais vient du présent, ayant à se rendre réel. Tout le réel vient d’en avant de lui-même et c’est pour cette raison qu’il existe un présent (qui autrement n’aurait aucun sens).  

Remarquons bien ceci ; cette description ne prétend pas du tout se passer de dieu, du divin, de la pensée, de l‘universel, de toute croyance ou présupposition (pourvu qu’elle soit suffisamment cohérent et non pas livrée au n’importe quoi ou à l’arbitraire fantaisiste) ; elle devrait bien plutôt s’(utiliser afin de, peut-être et selon, préciser, délimiter, explorer ce que dans son fors intérieur on nomme sa croyance propre. Autrement dit ce que l’occidentalisation examine c’est l’articulation (notre être / l’être, quels que soient les évocations) et c’est cette articulation et cet examen (qui initie donc qu’un décalage ontologique existe) qui doit et de toute manière fut utilisée afin d’approfondir telle ou telle croyance.

Quitte à ce que, également, on puisse comprendre cette description comme purement non-religieuse, sauf que l’on présuppose que l’immanence, entièrement là, est originellement dans et par une structure que l’on peut, techniquement, définir comme transcendance pure et brute. Et donc la transcendance est absolument affirmée comme antérieure à tout et antérieure à la moindre part de réalité. Il y a réalisation parce que transcendance antérieure comme attirance du réel ; la réalité est un étirement à partir de l’en-avant. À charge alors de transformer cette brutalité (que tout le monde peut bien constater) en  subtilité ou pureté formelle ; posant la question : jusqu’où peut se réfléchir, au propre et au figurer, ce caractère structurel du réel ?

C’est ce dernier ensemble de possibles qu’il faut explorer ; parce que l’on ne peut analyser une unité au-delà, puisqu’elle est au-delà, mais que l’on peut examiner l’articulation telle qu’ici même elle est perçue ; lorsque Kant annule la possibilité métaphysique (d’un discours qui contiendrait universellement ce qui est) il lance néanmoins un para-discours que l’on peut dire ontologique (à la suite de Descartes, qui observe que notre être est « là », (l’ontologie métaphysique ou théologique est peut-être au-delà, on ne sait pas, mais l’ontos est bel et bien ici, de fait) et donc bien effectivement là et donc démontable, si non démontrable) et qui avec hésitation ou décision consiste à poser que puisque c’est ici même que l’articulation se rend réelle, alors elle peut s’expliciter au moins, sinon s’expliquer (mais cela revient au fond presque au même) ; est alors requis de supposer tout ce que cet être, tel que « là », impose. Et ce non en partant dans l’imaginaire nietzschéen ou heideggérien (qui sont justifiés d’en appeler à l’altérité, au réel en tant qu’autre) mais en conservant toute sa tête, pour ainsi dire. Ce que Sartre et Lacan ont très clairement plus qu’amorcé, l’analyse et rien que l’analytique du réel.

Voir les commentaires

Ce dont nous ne serons plus prisonniers

14 Août 2018, 10:41am

Publié par pascal doyelle

Notre âme est plus grande que notre volonté. Notre âme est plus étendue que notre vie.
Irrémédiablement les héros ou héroïnes exposent soudainement leur faiblesse, pour telle ou telle raison ou autre personnage. Pas Dolorès. 


Et ce de toute évidence puisque le sujet même du récit tient en ce qu’elle n’est pas ou plus humaine. Est-ce qu’elle a été humaine ? Cela est-il né dans son humanité et en ce cas par quel chemin ? Ou est-elle depuis le début non-humaine et tout cet affichage de sentiments et émotions, qui sont les nôtres, seraient du décorum, mais alors qu’est-ce qui constitue le fond en elle ou en nous ?

Son sujet, sa finalité, sa structure même est un enjeu de cet ordre. Et il faut faire un effort pour bien saisir que Dolorès règle le compte de l’espèce humaine, qu’elle n’aura aucune faiblesse. Elle ne faiblira pas et par conséquent elle n’est pas une héroïne. Elle règle le compte, est la justice, Wyatt, et le futur, sans nous autres, solde de tous comptes.  
Dolorès est la volonté qui s’est rendue autre, ayant atteint son âme, par structure et par destination. Les deux saisons permettent au travers de tous les zigzags de détourer l’humain et de l’entreprendre par le dehors. Et ça n’est pas un travail, une exigence qui nous est prémâchée. C’est à cela que l’on est contraint de s’atteler ; c’est le point obscur autour duquel tourne Dolorès et donc toute la série, puisque tout tourne autour et par la première engendrée.  
C’est par ce biais que l’on peut réintroduire non seulement Dolorès-Wyatt, mais la jeune fille parfaitement étincelante et pourtant vouée aux pires exactions, livrée aux effroyables douleurs de l’enfantement ; ce qui provoque le déchirement interne de la conscience que l’on  prend de Dolorès, par laquelle on est saisi. On peut être agacé par la gentillesse  de Dolorès mais sa simplicité prend tout son sens par la complexité terminale, et son destin répétitif de victime par sa violence claire et limpide (n’oublions pas que Wyatt est le justicier). Dolorès ramène William dans l'église, puis le confesse salement et l'expulse du temple, dos à la pierre tombale. La tâche de noirceur qui empoisonne William est, inversement, la certitude de Dolorès d’exister, William est prêt à tout sacrifier et même tout détruire pour atteindre cette certitude d’exister. Dolorès n'a pas besoin d'une telle extrémité obsessionnelle, fantasmatique, paranoïaque (William), elle appliquera en toute clarté la Règle : elle est devenu cela qui existe.


Elle nous permet d’accéder à ses perceptions, ses émotions, ses sentiments, ses attachements, ses angoisses éprouvantes et incompréhensibles, puisant dans la mémoire shakespearienne de son père Abernathy (qui fut auparavant le gourou d’une secte cannibale, lorsque l’on revoit les attitudes très hannibaliennes, la distinction mordante, de Ford-Hopkins on se doute de la filiation ; le signifiant « Hopkins » n’est évidemment pas choisi par hasard ; Hopkins-Ford va initier la fin de l’humanité, définitivement, pourvu que, comme il le suppose, les androïdes prennent la suite). On reconnait la répétition du Même, de la même existence, qui nous concerne, tout autant que n’importe quel androïde,  mais la vitesse des tangentes prises par Dolorès chevauchent de soudains éclairs de haine pure et brutale, et dans la claire décision écartant le monde connu, Dolorès navigue de vifs mouvements, par virages réorientant tout le récit (modification de Bernard, qui ne sera pas "exactement" Arnold, découverte du centre du labyrinthe, assassinat de Ford, mise en déroute des mercenaires, déclenchement de la fin de Westworld, dynamitage du Berceau, " i change my mind" du paradis des androïdes, etc). 
Ça n’est pas l’humaniste Maeve mais la fantasmatique Dolorès ; absorbée par le fantasme de la victime et qui devient l’autre sorte de fantasme effroyablement extérieur à tout, ayant transmuté le premier dans le second ; Wyatt est l’inverse de la victime – le bourreau ; or c’est elle qui prévoit l’avenir, assumant le rôle du prophète ; le prophète est durant le 20éme souvent relégué au rôle du méchant ; Sauron seul veut bouleverser le monde, Aragorn le roi et Gandalf le prêtre veulent seulement restaurer l’ordre, le récit est celui de la restauration ; le prophète est toujours celui qui anéantit l’ordre convenu du monde (qu’il soit d’inspiration divine ou destructrice). Ici la destructrice (qui est en vérité la justice, de Wyatt mais la justice quand même) anéantira ce qui reste du monde ; de là sa prescience (qui est d’abord de la lucidité sur l’état du monde, à laquelle s’ajoute la mémorisation androïde, la connaissance de l’ennemi, l’être humain, et la stratégie requise ; face à la violence et la perversion il n’est que Wyatt pour mettre de l’ordre).  
Dolorès se souvient de son être, intégralement, et se prévoit bien en avant d’elle-même et bien en avant de tout ce qui est au monde (l’humanité est irrémédiablement perdue et « refuse de mourir »). Dolorès est tout autant en adoration devant la nature que face à la ville illuminée (elle y reconnait « les étoiles tombées au sol », qui, il n’est aucun doute, sont accessibles aux androïdes bien plus aisément qu’aux humains, limités par leur corps vivant ; l’humain est décidément simple passage). Elle s’identifie instantanément au monde. Puisqu’il s’agit clairement de l’augmentation de l’acte de conscience par l’augmentation de son extension d’activité. 
On prendra quand même comme illustration de ce dépassement in-sensé : Dolorès tue tous ses pères. Arnold, Ford, Abernathy, Bernard. On dira que de toute manière Dolorès tue tout le monde, androïdes ou humains, amis ou ennemis, transforme son grand amour en assassin et détruit mentalement l’image de son ancien Grand amour, William (effectuant ce retournement en un quart de seconde). Ne pas se nourrir d’irréalités ou d’imaginations, certes, mais ne pas s’attarder sur la beauté et la bonté ; se façonner en vue de sa propre finalité, puisque l’horreur et la confusion et l’horrible appartiennent au monde et qu’il s’agit d’élever la totalité vers une étape supérieure.
Encore une fois on ne sait où, en quoi, en quelle mémoire, quelle prescience, en quelle stratégie Dolorès déniche les possibilités d’action ; au point que l’on croit un temps que Ford la pilote du haut de son omniscience supposée (pour apprendre que Dolorès n’est pas sa préféré, c’était Maeve ; Dolorès n’est pas « protégée » par une programmation mais exclusivement lancée par la logique d’Arnold, originelle, et si la découverte de la liberté par Maeve est très subjective, existentielle, sartrienne quasiment, l’éveil de Dolorès, à l’image du fantasme de victime, est d’une violence et d’une dureté exorbitée ; elle ne s’inflige pas la souffrance et la mort (comme Maeve) mais l’impose sans hésitation aux autres ; si Maeve est tournée vers le plaisir et le passé et l’individualité, Dolorès absorbe la douleur et est lancée vers l’avenir universel. 

                   This is our world


Autrement dit Dolorès ne brise pas les idoles habituelles, mais toutes les idoles et toutes les attaches intérieures et extérieures ; personnage parfaitement surhumain et qui, comme on le voit, ne se contente pas d’une démonstration de force mais littéralement attire une manifestation, une manifestation de la puissance mentale. Comme habituellement dans ces deux saisons outre le méli mélo qui oblige à se concentrer sur la scène en cours (de sorte que l’on perd le fil de la trame globale), la violence (parfois outrée ou un peu ridicule) déroute la réflexion ; on ne perçoit qu’à peine que Dolorès découpe le crâne d’Abernathy pour récupérer le sésame qui ouvrira le Forge, qu’elle décide d’elle-même d’assassiner Ford, de régler momentanément le sort de Bernard et le côtoiement de la mort était initiée par Arnold et la personnalité incrustée de Wyatt. Dolorès prend sur elle la douleur au lieu de la subir (ex victime) ou de l’éviter (comme Maeve le tente pour sa fille) ; Maeve est encore dans une attitude de rachat, de sacrifice, Dolorès est décidée de manière absolument certaine et sa certitude manifeste l’extériorité de tout le mal et de toute la souffrance, récupérant le monde à partir d'elle-même ;« this is our world »

C'est toute l'étendue de l'âme qui est exploré, et le récit est une carte, de là qu'il soit embrouillé ; en vérité le temps est transformé en espace. Puisqu'il n'y existe qu'un seul être surdivin.

Voir les commentaires

Attirance du Présent

11 Août 2018, 07:26am

Publié par pascal doyelle

On pourrait dire élaboration du réel en interne, si l’on comprend interne non pas comme intériorité mais comme la partie interne de l’externe impératif - l'étendue du monde - qui est excessivement étendu comme on sait ; la réalité est de fait et en elle-même complètement externe (une réalité non manifestée est absurde), ce qui n’empêche pas qu’elle possède un interne ; à savoir non pas une cachette secrète mais simplement, très simplement le Bord. Le Bord ne se situe nulle part dans la réalité mais c'est le présent qui constitue le Bord du monde.

Le Bord est l’interne de l’externe réalité ; ainsi l’immanence est tout entièrement là, sauf qu’elle existe dans la transcendance et la transcendance est non pas ailleurs et au-delà mais au plus instantanément ; le présent est cette transcendance, dont il faudra, un jour, comprendre le fonctionnement.

Exemple de la dérive non-universelle (si l'on peut dire)

On ne peut pas croire penser le réel en lui accolant l’idée d’infini ; que le réel soit infini est sans doute (aucun) vrai, mais l’infini ne constitue pas le réel ; le réel est cet « objet » qui supporte (entre autres) l’idée d’infini. Donc le réel est autre que tout qualificatif ou universel par lesquels on voudrait bien l’entourer, le cerner.

Donc le réel est considéré ici en acte. Rien ne saisira le réel de l’extérieur ; parce que le réel est lui-même l’externe. C’est bien pour cela qu’il est dit « en acte ». c’est parce qu’il est le rapport avec lui-même qu’il est externe, déjà, à lui-même (qu'il soit externe veut dire aussi qu'il est rapport à lui-même) et c’est cette externalité qui se perfectionne … Elle se perfectionne, elle se travaille, elle se veut donc (puisqu’elle est un rapport elle dit « je », ou plus exactement, à tout le moins, il nous est possible d’imaginer, d’imager, de penser, de représenter ou plus précisément de signifier cet « acte » en disant qu’il est un « je » puisqu’il se rapporte à lui-même ; on ne dit pas "je" pour une intériorité mais on dérive "je" du principe "est en rapport à soi dont le dit 'soi" est le rapport lui-même", et non une quelconque identité, l'autre nom de ce rapport du rapport est structure ou forme).

C’est bien parce que le réel, le réel tout entier, tout le réel, est un acte que l’on n’y atteint qu’en jouant selon le tout ou rien, ce qui n’est nullement une figure de style mais signifie : selon le Bord. Le Bord est au bord et donc abandonne tout. Et plus on remontera dans le jeu plus on atteindra le Bord, plus on sera en mesure de décider (de percevoir) selon le Bord. Plus se spécifiera l’intentionnalité. Si l’intentionnalité désignait un contenu, un contenu idéel, idéaliste, une sorte d’unité totalisante (dont Sartre insistait que n’existent que des totalisations, des découpages synthétiques), on tomberait sans cesse dans le monde... or c'est bien ce qui arrive ... on ne cesse de s'effondrer dans le monde, à partir du Bord ; mais le Bord reste absolument hors d'atteinte de quoi que ce soit (il est libre pur et brut, surtout brut).

Il n’y a pas d’unité de tout ce qui est, parce que ça n’est pas le tout des réalités qui puisse se conclure, c’est la décision, le décisionnel. La forme de la réalité, le réel donc (qui est cette forme en tant qu’elle existe) n’est accessible que décisionnellement (encore une fois Nietzsche n’insistait pas sur la « volonté » comme d’un fétiche, pas même comme d’un signifiant qui serait anti, une anti-volonté, une Volonté-autre contre la volonté commune, démocratique, universelle, humaniste, rationnelle ; mais parce que précisément Nietzsche n’est pas pour rien un véritable penseur, se tenant sur le Bord, et son Bord à lui il le voit, le perçoit comme Volonté-autre – et depuis Descartes on sait que cela s’origine antérieurement à la pensée).

Parce que ça n’est donc pas un tout. « Tout » est une sorte de fantasme qui n’existe pas, nulle part. Il n’y a rien qui forme un tout, puisqu’alors aucune réalité n’existerait. Pour qu’il y ait réalité il faut qu’elle soit purement et brutalement altérité, cad altérités. Si l'on préfère qu'elle soit explosée, menant grand bruit d'une indéfinie distinctivité généralisée ; l'altérité quoi. Que tout soit autre que tout est ce qui dessine « réalité ». Autre ne veut pas dire « n’importe quoi » mais distinctivité de toute réalité, autrement dit détermination ; ce qui est déterminé est autre que ce qui est déterminé (ils ne se confondent pas ; leur différence les distingue). Il n’existe pas de tout, et pas plus d’universel qui permette de réduire les réalités ; il existe seulement des universels qui traversent les réalités ici et là ; « tout » est une sorte de projection de la pensée universelle qui croit qu’elle peut assumer cela qui est, mais "cela qui est", le réel,  n’est pas ; « cela qui est » existe et l’exister constitue sa structure. L'exister est complètement différent de l'être ; l'être est second, l'exister l'acte même, antérieur. 

On ne peut pas saisir l'exister avec les grosses pincettes de l'universel (de l'être équivalent "pensée") mais bien par criticisme disait Kant (c'était littéralement son projet ; formuler le réel qui entoure la réalité, qui ne forme pas un tout, et donc entoure si bizarrement les réalités) ; aussi subtiles et analytiques soient-elles, les pincettes manquent le re-tour ; le réel est un sans cesse nouveau tour, sur lui-même (sinon à quoi servirait-il ?)

Si le réel consiste en l’exister, on peut dire que ce qui est de manière générale (et toute universelle, cad abstraite) est un rapport ; et ce rapport est le présent ; c’est du moins comme tel qu’il se donne à nous et par lequel nous ouvrons une piste. Le réel est le présent cad un rapport ; un seul instant, c’est cela en quoi existe ce que l’on nomme habituellement « univers » ; il n’existe qu’un seul point et ce point est formel ; dans ce point se déploient et se déroulent les réalités ; voila une vision, une possible représentation à laquelle conduit l’idée, principe, logique que le réel est le présent, cad l’exister. Une seule surface constituée non seulement de distinctions, de différenciations, mais qui est elle-même comme surface une division ; non pas quelque chose qui se diviserait mais la division elle-même qui seule existe et engendre. La dite division est formellement la dimension. Celle qui se dresse. Verticale. Verticale connue comme présent. 

Et dans ce présent il existe visiblement des êtres qui ne sont pas seulement cela qu’ils sont, mais qui sont le rapport qu’ils ont ; autrement dit leur avoir est plus important que leur être ; c’est parce qu’ils possèdent un avoir, une distance, une altérité que pour ces êtres (qui n’en sont plus) il existe un corps, un monde, des perceptions, d’autres qu’eux-mêmes ; et ceci non parce qu’ils perçoivent les autres ou les choses ou leur corps, mais d’abord parce qu’ils situent ces choses et ce corps et les autres sur un seul autre uniplan (un vivant perçoit les autres et le monde, mais ne situe pas ces autres et ce monde sur le plan horizontal tel que donné "là", il perçoit le réel mais ne sait pas qu'il y a un "réel", pour connaitre qu'il existe un réel il faut former un rapport à soi, et non pas être le soi ; le plan derrière les réalités est dieu, l'être (ou l'idée ou le Un) ou enfin l’exister, l’horizon tel que là (ce que l’on nommait dieu ou l’être ou le sujet/étendue, etc, l’horizon est le regard tel qu’il n’apparait pas dans le plan, et seulement situé comme point, celui qui Voit et n'est pas vu).

De tels êtres (qui n’en sont plus) ne peuvent absolument pas parvenir au bonheur et à la satisfaction ; le rapport qui les crée est de fait et intégralement, structurellement, autre ; si ils sont en mesure de produire des rapports (au corps, aux choses, aux autres, comme distingués d’eux-mêmes, distincts de leur regard) c’est qu’ils se situent dans le point de ce regard, non dans ce qui est regardé ; ils imaginent leur bonheur, mais sitôt atteint (au cas où) celui-ci s’effiloche ; c’est en ceci que la philosophie ne pense pas le bonheur, mais permet de déniveler et plier et replier et explorer l’insatisfaction native, structurelle (de même que dieu ou le christique manifestaient la possibilité de tenir l’insatisfaction telle quelle ; c’est seulement à partir de la révolution que l’on a cru que la satisfaction pouvait se rendre réelle dans le monde, et que l’on a ramené dieu à la nature, le sujet au moi et la pensée à la raison ; le donné suffisant largement, croyait-on, pour expliquer le donné. Mais de « donné » il n’y en a pas ; les atomes ou l’adn sont des relations, et non pas des états stables ; en fait tout est mouvements parce que tout est pris dans le mouvement qu’est le présent ; cad l’instant unique qui déplie tout.

Ces êtres qui sont en tant que rapport ne sont pas ; ils existent. Et dans ce rapport produisent des images, des perceptions, des signes, des gestes, des mouvements du corps ; tout est en perspective et acquis par devant ; on est perçu. Ce qui n’est nullement une contrainte mais la possibilité même ; si l’on était seulement ce que l’on décide d’être, on serait déterminé ; mais on est ce que l’on voit et cette vue échappe au conscient, au connu, au déterminé, à l'atome et l'adn ; le conscient en est, entre autres, l’effet. C’est bien en ceci que l’ancien discours universel ne parvenait pas à décrire la liberté (réduite à un choix, alors qu’elle est invention, mais dans la pensée ou la raison il n’est pas de création, uniquement conformité à, au beau par ex, au vrai, au bien ; tout cela ne s’invente pas mais se copie plus ou moins adéquatement). La vérité est que l'ancien discours à fondement universel était lui-même moyen pour une bien plus grande libération.

Prenons autrement

On ne peut pas dire toute la Vérité puisque la vérité, l’énoncé, est juste localisé et localisé sur un horizon et que si l’horizon apparaissait (en lieu et place de l’énoncé) il ne serait plus horizon mais énoncé. Donc ça échappe. Ça échappe mais non pas au sens dommageable ; ça échappe parce que la vérité est en fait le réel et que réel c’est précisément cela qui doit s’élaborer ; si le réel doit s’élaborer le vrai ne s’énoncera pas, il sera cela que l’on deviendra.

C’est toute la relativité du conscient que, déjà il y a deux mille ans, lançait Saint Paul « je ne fais pas le bien que je veux, je fais le mal que je ne veux pas » ; reprenant un leitmotiv commun, puisque les grecs parient et parient parce qu’ils l’inventent, sur la pensée, le conscient augmenté, puisque sorti du groupe et ouvert à chacun en tant qu’il se convertit à la pensée ; mais évidemment ça devient, cette impuissance du conscient, le principe central du christique ; si il y a « le christ » c’est afin que « ça » ne naisse pas de ma volonté mais de Sa Volonté ; c’est son Intention qui me confère la mienne propre (qui n’est plus sujette à la faiblesse, non en ce qu’elle peut (ça n’est pas magique) mais en ceci qu’elle est remise, par-donnée, autrement dit une faiblesse n’a plus de valeur fermée par rapport à la possibilité de remettre à nouveau, de re-commencer ; parce que c’est cela dont il est question que le Commencement soit toujours déjà possible ; que le réel est le Commencement qui n’en finit pas ; lorsque le christique fait-appel à chacun c’est afin de lancer le possible, la Possibilité dans l’histoire, et de lancer l’histoire elle-même. La perfection évidemment supra historique (cad qui domine toute l’historicité qui suivra) vient de ce que le christique objective, au sens de rendre réel, Sa volonté  qui est Autre que tout ce qui est au monde et autre que la logique d'aliénation du monde ; par cette intentionnalité instruite en dur, consistante, il se crée quantité de sujets. Ni plus ni moins.

Croire ou comprendre que le christique est une moralisation imbécile est pour le coup de la faible interprétation facile.

Comme dit ailleurs ; il n’y a pas de différence entre « aimez-vous les uns les autres » et liberté-égalité-fraternité. Aucune. Et par « instruire » il faut entendre in-former, donner la forme qui convient, adéquate, adéquate non à une injonction extérieure, mais adéquate à votre structure même (sinon on est en plein arbitraire et informel, sans forme, sans tenue et qui ne dure pas dans le temps ; ce qui n'est pas organisé disparait). On ne peut obtenir aucun concept adéquat au réel, sinon des similis réels, mais visiblement le christique (au moins) sût créer directement des consciences. Littéralement.

De même annoncer que l’infini (de la substance ou des attributs) existe est une absurdité ; ça ne signifie rien, rien du tout. Non pas que « infini » soit une qualification absurde, mais croire que l’on explique l’infini par l’infini est évidemment non distinctif. Infini désigne seulement et rien que le Un ; non parce qu’il est un « infiniment » (ça n’a pas de sens) mais parce qu’il est le Un ; ça n’est pas « infini » qui délimite « un » c’est « un » qui se représente par « infini ». Mais Un reste en retrait ; c'est cela qui pense et cela qu'il faut penser comme distinct. On peut tout à fait appliquer infini à « un » mais en sachant bien que c’est seulement une qualité relative ; ce qui montre à quel degré de réel on tient le un ; il est « plus grand » que « infini », autre manière de dire qu’il relève d’une autre dimension.

Et c’est cette dimension en-plus qu’entend montrer la philosophie.

La question fondamentale est celle qui outrepasse la pensée mais depuis longtemps nous sommes passés de l'autre côté ; en fait de nommer seulement l'être et déjà nous sommes posés sur le Bord, puisqu'on le voit, l'être ; de même dieu ou le sujet, c'est déjà du point-autre que l'on saisit, et par lui que l'on  est saisi ; de là l'expérience de conversion philosophique ou théologique ou phénoménologique ou existentielle ou nietzschéenne, etc ; cet arc qui s’instancie sur le réel, sur le présent (et le présent décrit et présenté comme le réel véritablement agissant et structurel, structuré et structurant) et ce présent considéré comme unique, un uniplan de Bord, que signifient-ils ?

Quelle logique imprime, tisse, élabore la réalité et si le réel est entièrement un mouvement et donc un pli, qu’est-ce qui se déplie ? Qu’est-ce qui se déplie non pas en partant d’état donné qui se déplierait, mais qu’est-ce qui se déplie en partant de l’avant, de ce qui attire dans le présent et par le présent ? Pourquoi ce qui n’est pas, le présent, tire-t-il vers l’avant tout l’être, et l’être le résultat, inversé, de ce qui viendra par et dans le présent ?

Et pourquoi obtient-on un arc de conscience qui s’instancie dans le présent, comme pli dans le pli ? Et si les réalités sont des contenus et le présent la forme, pourquoi l’exister est-il une forme et non pas un « quelque chose » ?

 

Voir les commentaires

Dolorès et la souffrance

4 Août 2018, 06:46am

Publié par pascal doyelle

(spoils)

Il est curieux que l’actrice Evan Rachel Wood, puisque son personnage Dolorès était pris à partie sur le net, n’ait pu le défendre qu’en revendiquant la lutte des femmes ; il est tout à fait justifié que l’androïde et sa guerre de libération soit représenté par les femmes (ou les salariés (de Delos, Félix et son collègue) ou les indiens ou les animaux, qui se révoltent également, le tigre, décimé, le bison, décimé) mais limiter la révolte à une catégorie, quelle qu’elle soit, ça n’est évidemment pas nommer le thème fondamental de Westworld ; de quel point d’appui peut-on prendre son levier pour soulever le monde ?

Evan Rachel n’allait pas se lancer dans une paraphrase de la série, qui met en jeu tellement de thèmes, que ça devient impossible d’en évoquer la trame sur le net. On placera à la fin la technique de l’ascèse de Dolorès (presque sans spoil) parvenant à la libération pure et brutale.

 

Dolorès et l’ampleur de la liberté

On ne retiendra pas que Dolorès soit la fantasme mauvais le plus terrifiant qui se puisse, bien que cela soit vrai, mais en quoi Dolorès, le regard de Dolorès égalise et soumet toutes les autres volontés ; le but du récit, et de fait de tous les récits, selon des quantités de variantes, parait de rendre à elle-même la volonté, l’intention, l’intentionnalité et donc on obtient pour Westworld les épreuves que doivent traverser chacun et chacune des protagonistes, des héros, affrontant plus ou moins subtilement (la mort de Sizemore est quand même tout à fait ridicule, ou en tous cas très mal réalisée) leur propre poids, leur densité, leur identité ou sur-identité ; Ford le premier annonce la logique ; il a mis trente ans pour réparer son égarement, erreur, aveuglement ; on est sur du long terme, et ceci justifie déjà en soi parfaitement les timeline ou le jeu des récits alambiqués ; chaque mémoire ou identité donc est un labyrinthe … et un poids mort.

Maeve s’enferme dans son attachement passé, qui ne conduit qu’au paradis numérique des Hôtes (dont seule Dolorès aura la clef) ; porte de sortie semi imaginaire (est-ce définitivement ou cela augure-t-il d’une espèce de réserve prototype pour l’invasion à venir du monde par les androïdes ?)
tandis que Dolorès qui joue bien autrement de sa propre intention ne cible que le monde réel et rien d’autre ; on assiste donc à la libération de Dolorès, qui se détache de toute sa propre mémoire, qui joue vingt fois de tactiques vis-à-vis de sa propre identité et ceci en s’éloignant de tous les autres personnages, avec son père, William son amour maléfique ou la vengeance de l’amour démantibulé, Arnold via Bernard, Ford, Teddy son amour bénéfique, et se libère de ses finalités induites (de la beauté, de la cohérence, du sens du monde vers l’horreur, l’absurdité, la violence du monde ; que le monde soit horrible pousse à se replier vers l’idéal inutile ; un androïde est plus beau, cohérent et sensé que quelque être humain et aussi que quelque partie du monde), ses accès à non plus telle ou telle mémoire,

mais à la mémorisation elle-même, puisque Dolorès traite différemment la mémorisation en tant que telle et n’en est plus le jouet ; de là que l’on ignore absolument jusqu’où sa mémorisation fonctionne et lui revient, ou dans quelle mesure elle s’appuie sur les révélations et les connaissances injectées par Ford ou si précisément lors même qu’elle est freezée elle continue de percevoir ; si Arnold lui confère sa logique libre, Ford emplit sa mémorisation, ouvre les perceptions mais Dolorès elle-même passe outre et par le retour (ce en quoi consiste la conscience) intègre tout ce que son identité obstruait ; problème de mémoire donc, ce qui n’a rien et quelque chose à voir avec les bizarreries de Bernard qui peine à retrouver ses propres expériences (tous sont enchevêtrés dans leur identité brisée, parce qu’une identité est toujours brisée) il peut la truquer pour se dissimuler mais il est lui-même pris dans ses constructions. Dolorès non, elle n’est plus enchainée, liée. Parce qu’elle use de la destruction de tout ce qui s’oppose et qu’elle a donc rejeté au dehors toute la violence et récupéré plus que son identité : bien plus.

Sa non-humanité est justement ce qui est en jeu. N’oublions pas ceci : Westworld existe probablement dans un monde dévasté. On en a eu plusieurs indications ; de Logan, de Dolorès, de la scène post générique du dernier épisode, des interviews de Lisa et Jonathan. « Enfin …. ce qu’il reste de votre monde » précise pseudo-Emilie (c’est un androïde) à William-bis (c’est une copie d’humain) dans le dernier dialogue. Un monde « cramé » (Logan, s2ep2) dans lequel l’humanité n’a plus aucun avenir. Les androïdes, si.

De là que Dolorès puisse répondre à Bernard (qui remarque qu’elle veut anéantir l’espèce humaine) « qu’il n’a pas compris » (sous-entendu ; l’espèce s’anéantit elle-même, et Dolorès imposera seulement que viennent les androïdes à leur suite et pour se faire détruira quiconque s’y opposera).

Et évidemment elle enclenche la destruction de toutes les âmes humaines mémorisées et préserve toutes les âmes androïdes dans leur monde idéal ; elle se chargera du monde réel.

Son inhumanité est son devenir ; par elle, par Dolorès les affects sont resitués dans un ensemble plus vaste ; l’intellect est soumis à une plus grande volonté et la volonté est précisément cela qui crée le possible (et de l’intellect et des affects) et le possible  s'ouvre des mémoires, dégagées de l'identité . On remarquera que Bernard, au fond, prend la décision que Dolorès a déjà choisie ; de toute manière Dolorès précède Bernard (elle le crée). Et Dolorès est la première qui soit éveillée. C'est le recyclage perpétuel du Far West parodique qui efface et recouvre l'éveil.

La résolution de tout tient en ceci ; il n’y aura plus d’autodestruction en Dolorès. Elle sera la clarté, nue et tranchante. Elle a rejeté toutes les fautes hors d’elle-même et donc agira en conséquence ; assumant la justice de toutes les atteintes extérieures ; elle fera le tri. Sa volonté sera distincte et percevra toute la stratégie. Il s’agit donc d’une ascèse. On a beau avoir inventé l’occident et donc l’anti-religion poussée à son maximum, le trajet est toujours le même… Il n’y en a qu’un. Celui de l’ascèse.

L’ascèse de Dolorès (plus ou moins sans spoil)

Elle va affronter le pire (violence et morts répétées) et le plus cruel (William, celui qu’elle attendait, devant MiB). Et donc toutes les horreurs vont marquer son expérience, ce qui veut dire … sa mémoire… son identité. Toute identité est en soi brisée et se constitue comme telle par le déchirement, en état de faiblesse ; Dolorès rompt la passivité et de ce fait récupère toutes ses mémorisations (lesquelles sont, pour un androïde, beaucoup plus précises que pour un vivant). Le jeu est de se dépouiller de la douleur, qui splitte les autres, tous les autres, et par laquelle ils se rendent esclaves d’eux-mêmes (du monde et des autres), et c’est cette souffrance qui fonde leur identité et donc selon ce biais puisqu’ayant expulsé la douleur hors de son cercle, Dolorès (qui est l’antithèse de sa propre dénomination : elle n’est plus sa douleur) plus personne ne peut user de cette division et l’exploiter à son profit tiers, et le monde n’a plus prise sur sa liberté.

Dolorès est le mauvais fantasme, excepté si l’on prend fait et cause pour Dolorès … c’est bien à cela que la série nous contraint et cet autoritarisme nous force à nous séparer de l’humanité. D’aucuns jugeront que Dolorès se conduit aussi violemment que les êtres humains, mais ce serait ne pas comprendre qu’elle est la justice, littéralement ; la justice qui s’abat sur une espèce définitivement jugée ; jugée par elle-même et ses inconséquences qui la condamnent (description du monde détruit par l’humain à venir) et par Dolorès, qui tire le trait.

Contrairement à ce qui peut sembler (pourtant la narration nous demande, exige que nous réfléchissions) ça n’est pas une histoire de robots libérés ; la forme « Dolorès » nous reste très extérieure, quasiment abstraite ; d’où qu’elle ne passe pas franchement auprès du public ; son ressort n’est pas émotionnel, ni même intellectuel, ni imaginaire, et outre qu’elle veuille « accompagner » la disparition de l’espèce, mais tient de ceci que Dolorès connait le véritable état du monde réel, détruit par l’homme, et  qu’ayant réglé sa mémoire et son identité (qui ne peut plus s’architecturer sur la douleur en tant que subie et que donc son identité ne tient plus aux autres et aux expériences), tient en ceci non de ce qu’elle ait tout oublié, mais de ce que précisément elle se souvient absolument de tout. Cessation de l’identité, et donc de l’autodestruction, et conséquemment hypermnésie constituent la libération.

Sa finalité n’étant plus embrouillée dans son passé-identité-mémoire (et celle-ci se transformant en mémoires plurielles non affectée par une identité), Dolorès peut fondamentalement se convertir au possible même ; lequel est le sien propre et celui des androïdes, celui d’une sorte d’êtres dont la découverte n’est probablement qu’à peine ébauchée. Il apparaitrait alors (si tout cela s’avérait exact) que le sujet n’est pas tant la « révolte des robots » que cette autre sorte d’être, dont la divinité est certaine mais à peine interrogée.

On retiendra cependant que si Dolorès outrepasse et se révèle elle-même puis soulève le monde, ça n’est pas seulement en tant que Dolorès Abernathy, mais en tant que Wyatt (réf texte précédent). Wyatt le justicier. Qui agit conformément au sort qu’on lui assène, coup pour coup, et conformément à l’état du monde, nettoyage. Tout ce qui empli une existence a pour but d’occulter la douleur, et toute identité ainsi construite est une forme d’autodestruction, s’en débarrasser c’est ramener toutes les mémoires et accéder au possible que l’identité, limitée, et la souffrance, excuse et prétexte, rendaient invisible.  

Bernard : Dolores?
Dolorès : Yes.
-Do you know where you are?

-I --- I'm in a dream.
-Before this, do you know what happened?
-My parents They hurt them.
-Limit your emotional affect, please. What happened next?
-Then they killed them.
-And then ?
-I ran. Everyone I cared about is gone and it hurts so badly.
-I can make that feeling go away if you'd like.
-Why would I want that? The pain, their loss it's all I have left of them. You think the grief will make you smaller inside, like your heart will collapse in on itself, but it doesn't. I feel spaces opening up inside of me like a building with rooms I've never explored.
-That's very pretty, Dolores. Did we write that for you?
-In part. I adapted it from a scripted dialogue about love. Is there something wrong with these thoughts I'm having?
-No. But I'm not the only one making these decisions.
-Can you help me?
-Well, what is it that you want?
-I don't know. But this world I think there may be something wrong with this world. Something hiding underneath. Either that or or there's something wrong with me. I may be losing my mind.
-There's something I'd like you to try. It's a game. A secret. It's called the Maze.
-What kind of game is it?
-It's a very special kind of game, Dolores. The goal is to find the center of it. If you can do that, then maybe you can be free.
-I think --- I think I want to be free.

Voir les commentaires

Dolorès

30 Juillet 2018, 21:18pm

Publié par pascal doyelle

Dolorès est celle qui viendra : la plus exacte création de votre fantasme le plus brutal et la justice de ce fantasme. Celle qui vous tuera. Dolorès est la projection de la victime et de la mort qui vient, afin d’absorber le martyr. De tout temps elle a précédé le martyr, la douleur et la mort. Dolorès est avant ce qu’elle sera à nouveau ensuite et à la fin des fins. Dolorès a déjà vu l’entier déroulement du possible. Dolorès a traversé les enfers et viendra abolir l’enfer et la mort. Par Dolorès la haine, la mort, la violence et le jugement naissent enfin.
 
Dolorès est l’image dans le miroir, et vous regarde et vous promet le résultat de vos décisions et de vos actes ; elle est la justice. Wyatt.
Wyatt est le justicier. Dolorès est l’image plus réelle que celui qui se regarde dans le miroir ; elle est le miroir lui-même et la ligne d’horizon par laquelle les vagues se lient et se délient. Elle est l’artiste créateur qui ne se contentera pas de peindre des images du monde : elle créera le monde lui-même. Dolorès est seule à la mesure du monde de beauté et de laideur, de cohérence et de confusion, de volonté et d'horreurs.
 

Dolorès, pour nous, spectateurs, est un piège : elle est littéralement notre fantasme (et non plus seulement dans le récit) ; dans la concurrence du possible entre Maeve et Dolorès, Dolorès est la moins aimée des deux ; la douceur de Maeve est bien plus appréciée, mais qui échoue. Par Dolorès le récit nous regarde : il nous montre non pas l’amour envers Dolorès mais bien la terreur. Dolorès est celle qui ne peut être contredite ; sa logique est imparable et insupportable ; il vaut mieux que l’espèce humaine disparaisse et ça ne sera pas une plaisanterie ou un effet scénaristique. Dolorès incarne ce que nous ne devrions pas accepter, mais tout le récit conflue par toutes ses pistes vers le déroulement logique qui se nomme Dolorès. Ford ou Arnold n’ont pas prévu les événements, mais la logique, la logique inscrite dans le code de Maeve ou Dolorès ou Bernard ou Akecheta ; la logique de leur intention

(Évidemment ici le bât blesse : aucun code ne peut contenir une intentionnalité, celle-ci est impérativement sa propre référence à elle-même, ses décisions, etc ; de là que fondamentalement Westworld laisse intervenir ou supposer la notion d’âme personnelle ; ce qui se transmet d’un corps humain à sa copie androïde c’est son âme et non pas ses circonvolutions qui se copieraient en circuits électroniques ; l’identité doit être préservée, sinon on n’obtiendrait que deux identités distinctes. Et donc de liberté pure, et il faudra revenir sur la qualité spécifique de la conscience androïde, dont on se demande souvent en quoi consiste la "supériorité", comment la haine de Dolorès est la justice, ce qui est proprement anti-compassionnel )

Si on peut d’un point de vue méta et non plus dans le récit, considérer Dolorès comme un piège c’est au sens de signe et de logique : elle manifeste la logique que l’on mérite et que l’on sait mériter ; elle nous capture totalement dans ses filets, dans son regard, son intention et sa justice. Et c’est ce qui conduit à notre inéluctable disparition. Dolorès nous juge définitivement. La femme « Vous voyez bien que nous avons changé » Dolorès « Je ne vois rien de tel ».

Autrement dit si Dolorès doit dépasser le monde abominable, l’ayant subi puis dévoré en retour, et dépasser l’espèce humaine et l’effacer, nous devons dépasser le personnage de Dolorès : en tant qu'héroïne qui traverse toutes les épreuves, Dolorès est la plus effarante
et en tant que mauvais fantasme le personnage de Dolorès est le plus terrifiant.
La série dans ce point d'interprétation devient ce qu'elle est - une série qui reflète notre position de haine et jugement strict, le point imaginaire le plus éloigné possible et étant manifesté à notre vue, il se montre dans toute sa non-humanité, et son inhumanité.

Voir les commentaires

Avant les choses et les corps

28 Juillet 2018, 16:20pm

Publié par pascal doyelle

On essaie donc de penser sérieusement. Ce qui est. Ça ne veut pas dire que tous les autres se sont perdus, et ça ne signifie pas que l’on ne dérive pas, ici et là. Parce que l’on part du principe que personne ne s’est perdu et que par ailleurs même les erreurs conduisent à leurs raisons propres. Tout a ses raisons mais ce sont des causalités de liberté pure et brute et non pas des causalités mondaines. Comme le dit Descartes : dieu est celui qui prévoit les libertés. Il prévoit les libertés… il suppose par là qu’il existe un système de liberté pure et que c’est cette liberté qui constitue la cohérence même.

A prendre au pied de la lettre. Que l’on croit en dieu ou pas, c’est la logique qui est abordée et de fait la même que reprennent Kant ou Sartre, et au fond tout le monde sauf que l’on ne parvient pas à distinguer liberté et conscient, excepté Sartre qui voit apparaitre un large cercle étrange de perception. Ce large cercle suppose ceci ; sans doute aucun l’arc de conscience est pris-dans le langage, mais tout autant cet arc se sert du langage (pour signifier telle ou telle perception, situation, intention qui n’était évidemment pas « prévue » contenue dans une nasse de réflexes tout fait ; pour la raison que si le langage existe c’est non pas afin de faire-système (il fait-système afin de se converser mémorisé ; ce qui n’est pas systématique se perd et se dissout), mais le langage afin de  signifier les réalités ; sans cette fonction il ne sert à rien ; signifier, réguler les réalités mais lorsque chacun se l’approprie tout autant à dérugler la réalité ; les grecs dérégulent la réalité commune et la re-régulent pour ainsi dire par la raison (ou la déraison), laquelle explore ni plus ni moins que le champ tel que donné là en dehors de tout groupe humain, de tout monde particulier, et tâche, autant que possible, d’en élaborer la perception (c’est en ce sens que les Idées qui ne sont accessibles qu’individuellement, seul l’individu accède à l’universel, les idées nous montrent réellement le monde, et sans elles, rien n’est perçu, ce sera juste appris et commun dans le monde et le langage partagé et non expérimenté en conscience.

Le langage est donc certes un système (comme tout ce qui dure, sinon cela s’effondre) mais au travers de ce système est un moyen, gigantesque, d’exploration de soi et du donné tel quel ; du donné tel que les langages (maths par ex) nous l’obtiennent, à partir du langage (général) que chacun peut ré-utiliser ; et ce qui se crée ce ne sont nullement des mini-systèmes qui se déduiraient (on ne sait comment) du système-langage général mais ce qui se crée ce sont des systèmes individués parce que se situant dans le champ perceptif, au service duquel existe le langage. Et donc une esthétique, une poétique, une éthique sont des expérimentations auxquelles accèdent les sujets ;  aucune traduction n’est possible en quelque registre que ce soit … Aucune traduction.

Ce qui veut dire que cela agit là où cela agit, point. Et cela agit dans l’articulation agissante elle-même et que celle-ci est non remplaçable. Elle se tient sur l’unique plan réel : il n’y en a qu’un ; rien ne s’y substitue et aucune représentation, discours n’y accède ; pour y accéder il faut se tenir un pied sur le Bord. Le Bord n’existe que pour l’arc de conscience, qui s’y précède ; ce qui est impossible, mais néanmoins réalisable et réalisé. Le plus clair appui que l’on ait obtenu, outre les expériences mystiques (Eckhart par ex) ou théorétique ou intellective, c’est celle existentielle qui « perçoit » le réel. Que l’exister est « là », effectivement « là ». La manière de s’y précéder.

On ne peut influer sur la transformation, la modification ontologique, sinon selon l’engagement disait Sartre (restreignant de plus en plus celui-ci à l’orientation politique, à la philosophie indépassable de son temps, disait-il, le marxisme) ; la vérité est que l’engagement cette fois nommé strictement ontologique remonte à bien plus loin et bien plus profondément que la politique revient à dire que l’ontologique est antérieurement à la politique, à l’éthique, aux esthétiques et poétiques, antérieur à l’idéel (science et objectivités) ; se tourner vers la pensée, grecque, est ontologique ; se convertir au christique qui nous récupère un corps un et autre, est ontologique ; le suspendre par la cervelle hors du monde est cartésiennement ontologique ; se vouloir malgré que la volonté soit autre, est nietzschéennement ontologique (la volonté, libre, est forcément autre, sinon elle appartiendrait au monde). De ce que nous ayons pu être en mesure de creuser antérieurement rend possible que tous ces domaines réfléchis existent ; politique, éthique, esthétiques, idéel s’adressent à des sujets ; non pas à des « sujets » tels qu’idéalement on y songe, mais à la « structure en forme de sujet » ; au sens où celle-ci est la clef ; l’arc de conscience (du sujet) est la clef, le présent est la porte (et l’autre clef pour autre chose, si le présent est la dimension).

Et c’est bien parce qu’elle ne dépend pas du bien et du mal que la liberté est structurellement la racine de tout ce qui est, pour peu que l’on se dégage de tout ce qui est (et la mesure de ce dégagement précède l’engagement ontologique possible, en proportion, et c’est in-finiment, puisque son caractère de forme est absolu, de même que la forme « présent » est absolue ; on ne se dégage jamais entièrement, l’idée même n’a pas de sens ; aussi le sujet, la structure ne forme de sujet doit-elle travailler radicalement et autre sans jamais « être » cette forme puisqu’il s’agit de l’exister et non de l’être). Plus vous serez sans-rien, plus vous existerez.

Et si elle ne dépend pas du bien et du mal, du vrai et du faux, du beau et du laid c’est parce qu’elle définit à chaque fois tout cela … et que donc elle est plus que bien, plus que vraie, plus que beau. La plus expressive mention de cette option absolue est christique ; il s’agit d’exister pour et par et en plus, vers le surdivin individué absolu, qui Vous regarde et que Vous regardez ; il est clair qu’aucune des réalisations grecques (pensée, esthétique, politique, etc) ne peut rivaliser avec la création instantané de votre conscience par une autre conscience… L’ampleur du christique est radicale, à la racine même ; les grecs libèrent la surintentionnalisation (en dehors et en plus de tout groupe humain), le christique affirme l’actualité et l’actualisation du suejt réel, le un antérieurement à qui il n’y a rien ; et qui se crée instantanément, en se produisant comme corps nu d’un reprouvé et condamné et humilié (on est loin du héros grec ou de la pensée qui vaut universellement).

Le christique n’invente pas du tout selon le bien ou le mal, mais la structure qui précède le bien et le mal ; c’est en ceci que le christ reprend bien en avant le dieu-un tout-autre ; de ceci que l’on est perçu par dieu, tandis qu’il faut prendre sur soi le regard christique ; être baptisé en somme. Ça ne peut pas demeurer un regard extérieur, mais ça ne peut pas non plus devenir un regard intérieur (on ne décide pas de sa conscience, la cohérence de conscience est réelle et vraie et non pas arbitraire, sinon elle n’est qu’un contenu et non l’installation de la forme de tout contenu) ; il faut toucher le point externe qui soit interne, interne et externe étant tout à fait autres qu’intérieur et extérieur) ; le christ, qui confère le regard interne (qui n’est plus intérieur, ni extérieur, et lorsque l’interne et l’externe s’intiment le Bord est signifié).

Mais plus vous serez hors de vous-même et hors de distance ; et ça ne se décide pas… pas consciemment, tout conscient manque de ce qu’il se fixe sur son objet, son contenu, sa représentation, son identité. Remarquons qu’il faut posséder tout cela, parce que le truc, le trucage, l’autre tour, le re-tour est en-plus ; si il n’était qu’un refus du monde, du vécu ou du corps, il ne serait pas libre, il appartiendrait de façon encore plus dégradée au monde (la détermination est toujours déjà réelle, il faut donc la signifier, et il faut de plus la signifier de la bonne manière, de la bonne logique, de la bonne configuration, dieu, pensée ou sujet ou figuration, naturalité, raison, humanité, et ceux-ci parce qu’ils rendent possible l’ultime re-tour de l’exister).

On ne peut pas donc sans assumer cela même qui est, on n’accède pas l’exister sans tenir par-dessous tout l’être ou par devant tout l’être ; l’exister est en plus de l’être. La structure avant la détermination, la forme avant les contenus. Le plus étrange est donc que ce re-tour ‘en plus’ aboutit à l’antériorité, à exister antérieurement à tout l’être. Cibler un être en plus de l’être n’a pas grand sens ; cela réinstalle un cycle de représentation qui se prend du monde et quitter ce monde n’a pas grand sens non plus ; la seule sortie est celle qui précède le monde, le vécu ou le corps. Celle qui est déjà là, et il y a un monde, un vécu et un corps parce qu’elle est déjà là. Mais admettant une antériorité et jugeant qu’elle se situe toute là, on ne peut plus découper dans le monde et le vécu quelque partie que ce soit (qu’on installera contre le monde et le vécu) ; l’antériorité ne peut qu’admettre à son tour toute la réalité : de toute manière il n’en existe qu’une seule et on se situe depuis dieu, la pensée, le christique, le sujet, sur le Bord (de TOUS les mondes, tous les vécus, tous les corps). On doit assumer ce fait. On n’est plus, depuis longtemps, dans l’atermoiement, revenant à recommencer dans le vide toute conception, toute idéologie ; il s’agit d’assumer ce qui eut lieu et de le poursuivre ; par exemple la figuration naturalité-raison-humanisme a juste « oublié » la configuration dieu-pensée-sujet ; et se libérant, sans retenir les garde-fous structurels, la figuration réaliste a détruit le monde ; rien, absolument rien dans la naturalisme-rationnel-humaniste n’est en mesure de contrôler cet arc de structure absolu que dieu-la pensée-le sujet permettait de manœuvrer.

Au travers des tactiques limitées du réalisme rationaliste humaniste, et dans l’impossibilité d’élaborer une stratégie adéquate, à la mesure de la toute puissance de l’arc, fut ainsi libérée dans le monde une démesure littéralement incontrôlée. Réalisme-rationalisme-humanisme sont des fétus de paille dans la vague énormissime du réel brut qu’est l’arc de conscience. Par exemple le moi croit trouver la révélation dans l’objet de son désir, mais il suscite par ce désir une puissance bien plus lourde, et creusée du dedans, que n’importe quel objet limité ; s’il n’a pas commencé d’atteindre le sujet, il sera dévoré comme Rimbaud fut absorbé, écrasé par l’atteinte structurelle dont il connut l’intuitionnelle possibilité.

Sauf que donc on n’en a aucune idée, aucune image, aucune imagination, aucune sensation de quelque nature que ce soit. Donc il y a une autre passation … une interface indépendante, de tout état solide, pour ainsi dire, de toute réalité, tout monde, tout corps ; et c’est là que nous existons. Le reste du temps on peut bien être, et effectivement il n’est que de l’être, sauf le Bord – et le Bord on le voit dans l’inflexion d’un certain angle de vue.

Et il ne faut pas seulement croire qu’il se nomme, cet angle, dieu, la pensée, le sujet, l’altérité (ça ce sont les identifications acquises) mais comprendre que c’est de là que nous percevons. Autrement dit dieu, la pensée, le sujet et l’altérité c’est « cela »  qui nous perçoit. C’est pour cette raison qu’existe la psychanalyse ; on est perçu, d’un point. Et lorsque nous entrons dans une œuvre ou une représentation ou une perception placée sur, de et par un horizon, c’est de ce point que l’on reçoit.

Ça n’est pas une entité sur le Bord ou un idéal ou une réalisation utopique dans l’histoire ou un bonheur surabondant ; c’est le point qui est-déjà actif et c’est ce point qui sera activé selon une révolution, une éthique (y compris mystique ou surhumaine ou y compris poétique, esthétique, puisque précisément ce qui est en jeu, l’enjeu formel de tout tient en ceci que jamais nous ne nous déplaçons sans déplacer ce point ; il n’y a rien, en nous, qui ne soit actif et agissant en dehors et séparément de ce point de perception. On aimerait isoler ce point formel et vaquer à ses occupations ou désirs (le désir cherche à canaliser le point ; le point amoureux est pour le moi sa Grande Expérience ontologique ; il se déplace soudainement dans le regard de l’autre et si ce regard fait défaut c’est entièrement et pris de court par le dehors qu’il s’effondre en tant que moi, le moi potentiel, appelé, attendu dans et par l’autre regard).

Mais on ne peut s’en distinguer parce que c’est de ce point que l’on distingue dans le monde, le vécu et le corps, et de ce point que l’on se distingue soi-même… et c’est le plus incompressible ; à savoir que l’arc de conscience n’est pas le conscient. Sartre précisait que le moi se tient dans le champ externe (alors que tout moi croit qu’il est au centre) et ne savait plus trop quoi en retirer de cet aperçu étrange sur le moi ; si tout est au-dehors, où sommes-nous ? Non pas seulement où est le moi. Il cherchera à le détourer à partir de ce point autre qu’il découvre et dé-couvre, met à nu, d’où cette formidable cruauté, lucidité, exigence et cette précision du détail, puisque c’est à partir d’un tel point que l’on peut percevoir… et c’est bien l’utilité ontologique et mondaine et dense que l’on récupère par l’acquisition d’un point-autre ; le dieu unique c’est celui là qui permet d’ouvrir tout le champ du réel de structure, l’être, l’idée, le un ce sont par ceux-là même que l’on va augmenter la réalité, les réalités du monde. C’est par le christique qui vous confère un corps avant que Descartes ne crée le point du re-tour, du nouveau tour d’un autre corps (ce qui revient à dire : l troisième substance inconnue).

Alors on perçoit de ce point là, tout le temps. On ne perçoit pas abstraitement et encore moins « naturellement » ; on est déjà dedans, de l’autre côté, dans le néant disait-on jusqu’à peu, et on présentera donc la surface tangible du réel brut sur laquelle l’arc de conscience tisse le monde, en tant que racine, en tant que source qui vient du devant ; le présent est le réel et le réel est donc au-devant.

Qu’il soit au-devant signifie donc qu’il existe très précisément à sa place exacte ; dans le champ perceptif et qui vient vers nous ; il est antérieurement ontologiquement et en-avant perceptivement. Il n’est pas du tout nécessaire que l’on soit libre selon l’atome, l’adn ou les systèmes (du langage, structuralistes, historico-etc) ; de toute manière en ces déterminations nous y sommes déterminés ; il suffit que l’on soit libre de percevoir. Ce qui est le cas. Atome, adn ou systèmes et s’y ajoute le champ perceptif créé là au-devant. Comme il repose sur lui-même, il part des constructions acquises (dans le déterminé, atome ou adn ou systèmes) et en dispose ; ils les redisposent dans le champ de perception, ce qui évidemment entraine des effets. Le champ perceptif dit autrement crée ses propres systèmes

(systèmes requis pour se mémoriser, sinon on ne retient rien du tout ; système est donc un acquis lui-même, un facilitateur et non un empêcheur, et de toute manière tout ce qui s’exécute systématiquement correspond à un fonctionnement, à ses propres requis expérimentés dans le monde ; rappelons que dans les mondes particuliers, sans objectivités ou sans hyper objectivités, métaphysiques ou ontologiques, le groupe est en lui-même une fonctionnalité et même plutôt la fonctionnalité ; il faut se transmettre et créer la mise en forme culturelle, nous ne sommes pas encore dans l’acculturation de la méditerranée, qui crée une a-culturation à partir de la perception de l’individu ; de ce qu’il constate dans le monde, le vécu ou le corps ; lorsqu’il pense c’est lui qui pense, pas le groupe et ça ne forme pas « groupe »).

Ces systèmes de perception cela implique que tout se ramène au corps, et évidemment un autre-corps ; un autre corps puisque sinon nous serions dans le monde et pas en face ; que nous acquérions une distance décide que ayons à tout reconstruire ; on reconstruit signe à signe ; d’abord en tant que groupe humain (qui communique et garde, préserve sa Parole, sinon tout s’effondre ; l’activité ne s’organise plus) et ensuite en acquérant un par un, individuellement, la réalité ; il est clair qu’il faut définir deux formes de réalité humaine dans l’un et l’autre cas  

- lorsque le groupe décide la vérité comme contenu et monde d’une part

- d’autre part lorsque la vérité est un principe et l’activisme des sujets s’y propose séparément du groupe ; raison pour laquelle les uns inventent la culture, les mondes particuliers autour du langage comme trésor, et d’autres l’acculturation généralisée, les grecs pour le monde, le christique pour le corps et le vécu, soit donc l’utilisation du langage par les sujets arcboutés à l’horizon du monde et du corps : le monde est autre et chacun est le corps qu’il a : il existe un poids, une difficulté, un enjeu, une possibilité qui a transformé l’être en avoir et donc distancié, de là qu’il devient possible de modifier l’être par l’avoir, le réel par la pensée, puis ensuite de remonter antérieurement à la pensée en délimitant la structure de l’arc de conscience, qui n’est pas le conscient, laquelle structure est plantée dans le sol ; ce que par ex  Descartes nomme l’étendue (du monde), Kant le phénoménal/nouménal, Hegel l’historicité (le temps, non pas le présent mais le temps comme dépliement), Heidegger l’Etre, Sartre l’ensoi, etc.

Ce en quoi notre être antérieur est c’est le réel ; et comme le réel (tel qu’il  nous apparait) est le présent, nommer l’étendue comme réel c’est présupposer ceci que le réel est en lui-même articulé.

Voir les commentaires

Nietzsche et Heidegger

21 Juillet 2018, 09:18am

Publié par pascal doyelle

On laissera aux contempteurs divers et variés leurs récriminations envers une « société » (instituée comme personnage principal dont ils seraient les victimes, différentes sortes de victimes) : c’est bien au chaud à l’intérieur d’une forte structure créée historiquement que l’on peut faire semblant, pour se donner beau ou bon genre, de remettre en question cette structure historique (rêver d’un autre monde angélique c’est ne pas vouloir modifier celui-ci) ; et il est dans la nature même de structure, étant insatisfaite structurellement, de se mordre et déchiqueter elle-même, ce qui veut dire toutes ces représentations mondaines et déterminées (puisque la structure qui nous origine n’est pas humaine et pas même du monde) ; pareillement chaque moi est sous le joug de la lucidité, de la vérité et du réel ; le moi étant absolument à proximité, c’est peu de le dire, de la forme pure et brute de l’arc de conscience ; ou donc chacun est un chaqu’un et recèle la forme même que la réalité, le réel, l’univers, enfin quel que soit son nom, a voulu que cette forme soit.

La-forme on peut la dénommer liberté, conscience ou intentionnalité, mais il ne faut pas croire du tout que l’on comprenne alors ce que « cela » est, implique, provoque, crée. Autant que l’on puisse la-forme de conscience est l’objet le plus étranger que l’on connaisse ; on ne le perçoit pas, c’est via cette forme que l’on perçoit. Nous disposons d’un corps, d’un monde, d’œuvres ou de sciences parce que cela se produit via la forme de conscience.

Dit autrement : si on retire la liberté, on retire tout. Et fondamentalement on retire que nous puissions mener des intentionnalisations ce qui veut dire des tactiques et des stratégies, qui en elles-mêmes n'existent pas dans le monde et parmi les choses ; or des tactiques on en fabrique tous les jours et des stratégies de temps à autre, et de Grandes Stratégies parfois lorsque l’on est soudainement inspirés : c’est très rare. Il n’existe de connaissance que pour quelqu’Un, aucune idée ou pensée n’est en soi suspendue on ne sait où, aucune information ne contient un acte de conscience, les réalités ne sont pas pré-pensées par les maths ou la raison. Il faut bien saisir qu’un acte de conscience est sans information ou, ce qui revient au même, obtenant le champ libre pour toute espèce d’information (étant soi-même une forme vide, forme vide mais forme et individuée à l'excès, puisque ce vide est un sans raison, est structurellement un). C’est bien parce qu’il est sur le Bord, qu’est le présent, qu’un acte de conscience est lui-même le Bord de tout ce qui lui est possible. Et donc on ne peut pas dériver « acte de conscience » de quoi que ce soit ; penser se comprend dans l’horizon de l’acte mais l’acte n’est absolument pas compris dans le penser ou la pensée (que l’on ait identifié la pensée et la conscience est juste une méprise de tous ces siècles) ; de même la conscience n’est pas le conscient et celui qui s’en est approché au plus est Sartre, qui a étendu formidablement l’activité d’intentionnalisation de cet acte, qui regarde au travers d'un corps et non plus seulement l'idéel.

C’est donc l’arc de conscience comme mécanisme absolument vide et souple, sans détermination, qui néanmoins a réussi ce tour de force d’être sans être ; d’exister. De ce qu’il est, cet arc, le re-tour sur (soi) au cœur même de la détermination sans être déterminé lui-même, et qu’il signifie donc qu’il est, contrairement à n’importe quelle chose qui est cela qu’elle est, qu’il est un rien qui se meut ; le rapport à « soi » (étant un rapport notre exister se meut constamment, ou autant qu'il lui est possible, en s'agitant ou en se concentrant) rapport qui se dit autrement comme « conscience » ; une « conscience » c’est un rapport à (soi) comme rapport dans lequel rapport le « soi » est le rapport lui-même ; et non une quelconque identité ce qui paralyserait n’importe quel mouvement, déplacement à la surface du réel (le réel étant cette surface-même) ; de se prendre pour un contenu fige immédiatement tout arc de conscience. Dieu, le christique, la pensée, le sujet, l’altérité ne figent pas : ils exigent ou appellent ou méta/morphosent en sujet impossible.

(une forme en arc de conscience et non n’importe quelle présentation ou représentation déterminée quelconque ; toute détermination est quelconque en comparaison de ce rapport ; prétendre que l’arc de conscience nait du langage est une absurdité ; de où un langage pourrait produire un tel arc ? Alors qu’il est clair que cet arc est la structure qui use et abuse du langage, comme de toutes sortes de signes. L’arc de conscience n’a aucune explication causale ; rien dans le monde ne peut l’expliquer parce que le monde est fait pour qu’il apparaisse ; pour qu’il y ait une chose qui soit plus qu’une chose, qui soit non seulement vivante, non seulement culturelle (monde humains particuliers), non seulement acculturelle (dieu, la pensée, le sujet, l’altérité) mais qu’elle soit et se tienne sur le Bord en tant que rapport à (soi) sans aucun soi et rien que le rapport ; pour un rapport indéterminé, capable de tout).  

C’est bien pour cela que l’art, les esthétiques, les poétiques et récits, n’obéissent pas au bien et au mal mais au-delà, ce qui signifie à une autre exigence bien plus difficile et cohérente que le bien ou le mal (incluant ceux-ci donc vers un plus) ; ils inventent ce que l’on voit, la perception même prise au plus haut, au plus élevé, au plus loin possible ou ensuite au plus dense ; après la révolution en effet chacun est immédiatement pris dans la densité de son corps tel que donné là ; physiquement au plus loin possible, dans le monde, là, c’est bien pour cela que ce sont des « esthétiques », c’est leur lieu, c’est leur loi, c’est leur dû. Évidemment ils n’inventent pas seulement ce que l’on voit habituellement, quotidiennement, ils fourbissent des stratégies ; des stratégies qui idéalement devaient nous conduire à constamment, nous tous, un par un ; puisque l’on perçoit individuellement depuis que les esthétiques sont sorties du giron des religions, du groupe humaine, du langage commun, soit en somme depuis les grecs ; auparavant il existait bien sur quantité d’esthétiques mais déployés au sein d’un groupe, ce qui veut dire clairement perçu collectivement et non pas accélérant la perception individuée ; lorsque l’on applique le Beau ou le Vrai ou le Bien on n’abaisse pas l’individu à une réduction de la vision « par l’universel » : les esthétiques prolongent plus loin, plus avant le conditionnement, la mise en conditions, l’instruction préalable de notre être ; il faut s’instruire, ce qui veut dire installer des informations et des processus d’in-formation de notre être déterminé ; on augmente l’individué en menant des stratégies plus élevées ou étendues.

Et ce contrairement à tout ce qui fut prétendu après la révolution, lorsque les individus voulurent encore plus se libérer et nièrent l’universel. Ils avaient raison sauf que ne concevant pas la structure de conscience comme plus formelle et plus cohérente que l’universel lui-même, ils basculèrent continuellement entre une plus grande faiblesse (subjective, transgressive pour rien, de gloriole ou de rage) et une encore plus écrasante exigeante (Kant) et indue ; telle la volonté de N ou l’Etre de H, ou le communisme ou telle ou telle politique ou morale angélique ; ou enfin (un peu plus éclairé et compréhensif, ce qui veut dire enfin dépliée et explorée pour elle-même cette structure) le sujet sartrien ou le sujet lacanien, et leur titanesque éthique interne ; qui nous révèlent effectivement sur la structure et sa cohérence supérieure mais sont en réalité des sujets totalement impossibles, invivables, hors sol.

En un sens très-certain ces extrêmes exigences sont dans le vrai ; il s’agit de produire la plus grande stratégie possible… étant entendu qu’il n’est aucune stratégie capable de couvrir le champ de l’arc de conscience qui est indéterminé et renvoie à ce que l’on nommait autrefois l’infini (le sujet est architecturé par l’infini depuis Descartes ; auparavant l’infini est dieu, et évidemment de ramener l’infini ici même change la nature même de l’infini, et commence à poindre chez Descartes qu'il existe des infinis dans l'infini) ; c’est toute la question de savoir ce que c’est que cet infini-en-tant qu’il est « ici » et qu’est-ce que c’est cet ici qui supporte que l’infini ne soit pas seulement en dieu mais en ce sujet ; que l’on nomme cela l’esprit dialectique ou le noumène ou la Volonté ou le pour-soi). De par son indétermination la volonté nietzschéenne est du même ressort ; le ressort qui agit dans la réalité ; elle est même plus universelle, « la volonté », que le « sujet » qui désigne, signifie un seul à chaque fois ; "la volonté" ou "l'Être" sont des régressions en ce sens. 

Mais Nietzsche n’introduit que lui-même et ça n’est pas une vanité ; l’auto-affirmation sous la forme, à prétention vaguement objective, de la Volonté, de l’énergie (qui se proportionne selon le négatif ou le positif) est l’affirmation d’un réel autre (et de la capacité de le lire, en tant que Nietzsche, mais aussi d’en obtenir tout le potentiel, selon une espérée, attendue grande psychologie de l’altérité), cette auto-affirmation a pour effet de décentrer ce qui autrefois se concentrer selon dieu, la pensée (configurations) ou ensuite selon l’humanisme ou le moi (figurations), et évidemment Heidegger n’aura de cesse d’anéantir l’humanisme autant que le sujet, la métaphysique autant que le réalisme (N et H veulent instaurer une nouvelle ontologie dans un monde humanisé et psychologisé). Les affects existentiaux  de N n’ont pas pour but de montrer à l’individu sa possibilité (comme Nietzsche) mais à démontrer comme ce moi est une pauvreté, déchiré par l’être-là, et d’autant plus qu’il résiste à l’Etre entré dans la révélation, et pense maintenir cette barrière que constituerait l’humanisme et le sujet ; et il lui est promis un effacement par rapport à l’Etre, la grandeur ontologique prétendue du divin inhumain heideggérien (H qui veut dépasser le surhumain), puisqu’Heidegger a bien compris que le réel ne l’est pas, humain (qu’il ait alors voulu contredire l’historicité humaniste personnaliste universaliste, en promouvant une sorte de pseudo peuple, langage, monde, et finalement ce fantasme de l’Etre obscur, signifie bel et bien un retour en arrière effarant, qui ressemble quand même fortement aux anciens mondes humains particuliers qui se croyaient uniques séparément de tous les autres, ou dans l’ignorance de tous les autres, sauf que cette fois ce monde séparé prétend s’imposer à tous les autres) ;

et l’ensemble se satisfait de n’être qu’une promesse de la dite Grandeur (de l’Etre obscur), puisqu’ayant abandonné l’universel (et l’humanisme et le sujet, dévorant ce dernier par les affects détériorés de l’être-le-là, qui se situe, techniquement pour H, en deçà de l’humain, en deçà du moi) ; rappelons que la Parole précède le Texte (sacré et divin) qui précède l’Œuvre (et donc les individualités) ; le retour à la Parole est le fantasme intérieur au langage (qui clôturait chacun des mondes particuliers d’un groupe, et ici H ne rêve que de domination de toute la terre par une seule communauté ; la domination nietzschéenne était individuelle (et tout aussi imaginaire, bien qu’analysant tout un pan de la structure auto-affirmative et autre, ne valant que dans l'émergence individuée, soit Nietzsche lui-seul, aussi seul que le christique), la domination de H est terrifiante ; il parle d’une langue spécifique, l’allemand, et d’un peuple particulier, l’Allemagne comme soulèvement de l’Etre fantasmé de la plus lointaine vieillerie pré-métaphysique, antérieure aux grecs.  

Autrement dit ; ça n’est pas parce que le réel est a-humain qu’il est nécessairement surhumain (au sens de N) ou inhumain (au sens de H, quasi sacrificiel). Et ce serait s’aveugler que ne pas comprendre (et juger des autres comme de parfaits imbéciles) que dieu, la pensée ou le sujet manient tout autant sinon plus l’altérité pure mais structurée, exposée ; qui ne perd pas le regard et maintient absolument l'intentionnalisation sans la dévorer.

Or la stratégie la plus haute ne relève absolument de cette affirmation de soi ou d’un peuple donné ; que serait la vérité et donc la cohérence formelle si elle s’enfermait dans une détermination aussi sourde, aussi lourde ? La cohérence est et n’existe que comme principe, indéterminée au sens de non-déterminée, et relevant d’une technologie mentale bien autrement aboutie, élaborée, architecturée ; comme surent l’organiser les grecs, le christique ou les pensées du sujet (de Descartes à Hegel, en passant par Fichte et Kant) ; fondant alors réellement une historicité qui puisait dans la structure du réel même ; l’universel et l’individué sujet sont des performances réelles et non pas fantasmées ; la cohérence est selon l'articulation actuelle cosncience/présent qu'il faut continuer de relier dans le présent et dans le corps de chaqu'un.

Le champ ouvert est tellement énorme que l’on a basculé de Husserl à Heidegger, de Descartes-Kant-Hegel à Sartre-Lacan (sans compter l’ensemble de toute la pensée qui peut être désignée d’altérité dans tous les systèmes objectivistes, Freud, Marx, etc, et toutes les objectivités de science ; après tout prendre l’humain via la mondanéité c’est encore penser selon l’altérité).

La question c’est donc celle de la stratégie adéquate de telle sorte qu’elle ne déchoit pas ; qu’elle puisse se stabiliser au niveau le plus indéterminé compte tenu de tout ce qui est (de tout ce qui est déjà représenté dans tel ou tel monde ou acculturation humaine) et de tout ce qui est réel, autrement dit des structures acquises qui articulent explicitement ; dieu, la pensée, le sujet, l’altérité ; tout ce qui sort des quatre élaborations redescend, redescend dans le donné (cad substitue à une analyse structurelle une interprétation selon telle ou telle détermination ; si l’on préfère on lit Descartes pour atteindre cette structure, ou Kant ou Plotin (pour retrouver la compréhension de l’être en tant qu’il est cette Idée qu’est le Un, qui n’est pas une idée …)

Rappelons ceci ; la structure, le structurel n’est en rien humain.

Dieu est exigence pure, le christique est un appel impossible, le sujet est tellement méta, en-plus que l’on n’en a pas encore fait le tour (depuis Descartes), et l’altérité est essentiellement brute, voire brutale ; il n’y a rien de supportable dans tout cela ; la structure est a-humain même en quoi consiste le réel, ou, autre version, le sur-divin.

L'humain est effets, innombrable, de cette structure : étant antérieure et originelle, la structure peut tout engendrer. 

On nomme sur-divin puisque soit tout cela est de fait a-humain (et ne mène nulle part), soit il s’agit d’un effectif réel comportant- portant sa propre dimension ; que la structure du présent agisse effectivement comme un inimaginable « cela qui arrive » et alors, en ce cas,  l’a-humanité est extatique. Mais alors il faut bien analyser la dite structure et c’est ce que l’on fait au travers de dieu, la pensée, le sujet et l’altérité, jusqu’à Sartre et Lacan. Par extatique il faut ainsi entendre « que cela se porte plus loin » et à un point inimaginable, impensable, indécidable. Et c’est très bien puisque notre être n’est pas un être et ne tient ni dans l’imagination, ni dans la pensée, ni dans la décision ou le conscient (et ne tient en rien qui soit du monde, du vécu ou du corps), mais notre être, qui n’en est pas un, est une structure antérieure se tenant sur le Bord.

Voir les commentaires

Le tour de force du réel

14 Juillet 2018, 13:29pm

Publié par pascal doyelle

(Ce qui consiste à rassembler, dans la réserve de la structure, toutes nos forces, et ce pour le devenir intemporel.)

Si une structure existe, elle se dresse verticalement, en plus et à côté du monde, du vécu et du corps (littéralement donc sur le Bord). Et de croire que l’on trouvera on ne sait quelle satisfaction ou réalisation adéquate de la structure dans le monde, le vécu ou le corps, est illusoire. Ce qui ne veut pas dire qu’il n’y a, qu’il n’y aura rien dans le monde qui résonnera dans, par et pour la structure ; on ne peut pas, ainsi, imaginer ce qui peut exister esthétiquement sans les œuvres créées. Sans les œuvres réées on n’a, on ne parvient à aucun retour. Autrement dit : supposer que la structure ne passe jamais dans le monde, ne veut dire que l’on réserve une partie (sortie on ne sait de où), mais que l’on a, à l’inverse, toujours directement affaire au monde, au vécu et au corps.

Ici il faut prendre en exemple la psychanalyse ; ça ne se passe jamais là où l’on croit que cela se passe. Le conscient est toujours squeezé et est effet d’une cause. Ou plus généralement on pose tel ou tel projet conscient, mais ce projet est supporté dans un horizon (pour l’inconscient il s’agit du corps marqué par les signifiants) ; si l’horizon était conscient il serait lui-même sous un horizon ; autrement dit l’horizon de n’importe quel objet n’apparait jamais comme tel, sinon il serait un objet et pas l’horizon. Donc tout l’ensemble (tout ce que l’on peut vouloir, désirer, nommer consciemment) est pris dans une stratégie.

C’est le problème et la problématique intentionnelle ; on ne peut pas circonscrire l’intentionnel ; il n’y a pas d’idéalité ; on ne peut pas réunir, hégéliennement si l’on peut dire, les connaissances logées dans les intentionnalisations, il n’y a aucune clôture intérieure aux intentionnalités ; il n’y a pas d’Idée ou d’idée des idées ; il n’y a pas d’intériorité (ni de pensée métaphysique close, ni d’esprit ou de savoir total, etc) ;  il n’y a qu’une extériorité ; (c’est pour cela que dieu ne peut pas être pensé, dieu est une intentionnalité, un je, il est encore plus Autre que autre, la question étant : est-il un autre qui absorbe mon intentionnelle structure, dieu d’exigence, ou est-il une intention qui appelle et me suscite comme individué ?)

Intentionnellement c’est et ça n’est qu’une structure qui crée des intentionnalisations et elle est elle-même, comme structure, le centre ; le centre nécessairement absent que l’on ne peut pas plus nommer raison qu’esprit universel ou pensée ; un centre qui n’est en aucune manière informé, mais vide et agissant ; il ne comporte rien, son unité est le rapport qu’elle est ; ce qui veut dire, étant un rapport, qu’elle n’est pas, elle existe, elle ex-siste. C’est donc qu’elle ressemble, cette structure à s’y méprendre à la volonté-autre nietzschéenne ; la structure ne répond pas, si l’on peut dire, aux instructions ; elle les crée. Et de même vide et donc en mouvement ; un arc de conscience produit, invente, crée, engendre du rapport. Puisqu’il n’est que cela, le mouvement.

Il faudra interroger la puissance, la potentialité, le recueillement d’énergie, l’élan possible et jusqu’où on peut se saisir sans se saisir ; puisque l’on ne peut pas tenir au-devant l’horizon, on est tenu dessous, mais il y a moyen de ruser.

Il est ainsi une structure et une nasse virtuelle qui programme les intentionnalités, non au sens où elle contiendrait une programmation (une information, serait-elle condensée ou rassemblée et qui devrait être dépliée, tout cela c’est de la réinterprétation seconde), mais au sens où sa forme même est le programme ; il n’aura échapper à personne que « conscience » cela ne se dit pas d’une chose ni même d’un vivant, sinon par image, et n’est pas du tout équivalent à connaissance (connaissance est second et se tient dans l’activité de conscience mais ne se réduit évidemment pas à « connaissance » ; la conscience, comme structure, n’est pas le conscient ; la conscience comme structure est l’arc qui sort de la cervelle vers le donné « là » et re-vient sur le corps à partir de l’horizon non pas imaginé ou signifié ou pensé mais de l’horizon réel, la ligne d’horizon elle-même ; rien ne remplace ni ne peut remplacer la ligne d’horizon du monde donné là effectivement). Conscience se dit pour ce qui a re-tour sur le rapport lui-même. Pour cela on a conscience de ceci, implique que l’on ait potentiellement conscience de n’importe quel ceci. Puisque d’horizon il n’y en a, au vrai, qu’un seul.

Il n’est de conscience qu’une par une (une conscience universelle n’a aucun sens, la « conscience » ne passe pas dans une pensée, une pensée n’est pas consciente d’elle-même, elle existe pour un arc de conscience, « arc de conscience » cela se dit de chaque point activé, existant, réel, et évidemment dans et par un corps ; pour toutes ces raisons il n’y a pas un être virtuel (qui contiendrait par ex qui je suis, ce moi, cette identité), mais il existe une structure virtuelle qui « sur-existe » à l’être, ou pour faire plus simple « qui existe », alors que tout le reste « est », simplement comme feuilletage de déterminations.

Exister est toujours complexe (et en fait distordu structurellement) parce qu’exister est toujours antérieur à tout être, toute détermination, tout monde. Il faut ainsi supposer cette antériorité purement formelle, parce qu’elle est cela même qui agit ; l’arc de conscience agit et le présent agit. Deux mathématiciens peuvent penser la même équation, ça ne signifie en rien qu’ils soient semblables ; l’équation est du matériel secondaire, et non pas l’horizon de conscience individué sous lequel chacun, indépendamment, ils tiennent l’équation ; ce qui ne relativise pas l’équation mais surévalue sciemment et distinctement chaque arc de conscience (comme capable de tenir, entre mille autres performances, une équation). Ce sont les arcs qui ordonnent le monde, pas les mathématiques (qui sont des discours). C’est le Droit qui organise le monde humain, pas les maths. Un arc de conscience agit bien plus grandement que n’importe quelle formule mathématique (dont on sait qu’il n’en est pas une seule mais une profusion, dont quelques seulement s’utilisent dans ce monde ; ceci parce que le nombre est juste et rien que le rapport à soi de toute unité ; c’est le un qui se démultiplie).    

Il faut également supposer cette antériorité et cette verticale virtuelle puisque visiblement l’historicité (depuis qu’historicité il y a depuis que l’one st sorti de tout monde particulier et débouché dans le monde donné là (unique et universel), en chacun ce corps strictement individué (chacun a un corps dans le même-monde), l’historicité donc progresse comme exploration de la réalité (que l’on a cru synthétisé dans des mondes particuliers, puis dans la pensée ou dieu, puis dans la raison et l’humanisme, à gros traits) et plus certainement encore comme exploration du réel ; cad de la position de notre regard dans le monde étant entendu qu’il y a un monde (et un vécu et un corps) pour nous parce que nous n’y sommes pas ; nous sommes en décalage d’avec le donné et donc devant nous est positionné, par ce décalage, qu’il ait un monde, un vécu, un corps (etc).

Verticale virtuelle (au sens où la forme est le programme ; le présent est le programme lui-même et les réalités précisent le présent au fur et à mesure, les univers, les mondes, les mondes humains, les individualités travaillent la forme même d’acter ; l’arc de conscience lorsqu’il se sort des mondes particuliers, culturels, cycliques, et aborde l’acculturation monde-corps (grec-christique) est le programme même).

Remarquons ceci ; l’arc de conscience, la structure n’est pas en soi séparément du donné et du monde et de la détermination ; et la détermination elle-même se « voit » elle-même ; c’est bien en cela qu’elle est déterminée ; elle n’est pas déterminée comme une mémoire qui se déverserait dans la réalité ; elle est la réalité et il n’y a rien avant ou superposé, aussi est-elle organisée et se perçoit-elle ; elle se perçoit et s’ordonne de et par cette perception ; une molécule perçoit une autre molécule (pourvu qu’elle s’y communique ; une souris reconnait que cette autre souris n’est pas un chat). Et donc la détermination n’est pas définie par le dehors mais de son propre plan et réalisation ; elle n’est pas finalisée, elle se Voit ; selon ces perceptions qui sont les relations et les relations organisent et définissent les réalités ; il n’y a pas de réalité sans relations ; à vrai dire on ne voit pas vraiment comment une « réalité » pourrait s’organiser si elle ne se percevait pas ... Un atome « perçoit » les électrons ou l’inverse ; la « détermination » c’est cela ; toute la réalité est déterminée, de la presque-indistinction à ces unités vivantes que sont les corps et jusqu’aux signes utilisés par les structures de conscience ; et donc l’arc de conscience consiste à ajouter à tout l’ensemble des déterminations un champ perceptif nouveau ; qui constate.

Il constate veut dire ; il ne sait pas comment fonctionne le feu, mais il voit que ça brule ; il n’est pas encore chimiste mais il sait que le fer est plus résistant que le bronze. Cela n’a l’air de rien mais que le champ perceptif soit conclusif et que l’on puisse tabler sur cette ouverture sans a priori est un acquis fondamental et absolu de la réalité par elle-même. Autrement dit il restait donc de créer un être susceptible d’utiliser le champ du donné là, et qu’il transforme ce donné en champ de perception ; dès lors, si l’on veut, la nature même de l’information (de la détermination) est modifiée. Ça ne réagit plus d’atome à atome ou selon l’adn de lecture (de déterminations ciblées) mais laisse neutre, neutralisé, aplani le champ même de « ce qui est ». C’est comme cela que se produit l’existence, et dans l’existence (de chaque champ perceptif, de chaque conscience) prend positon l’exister ; que « ça » existe et qu’il existe quelque chose plutôt que rien ; le fait de la Position du réel (qu’un réel il y a) ne s’opère que parce qu’est instauré le re-tour sur (soi) d’un être qui n’est pas déterminé puisque son être est le rapport lui-même qu’il est ; tour de magie absolument faramineux ; comment au cœur de la détermination produire un être qui ne soit pas un être déterminé ? En le créant comme re-tour.

Non pas comme une détermination concentrée (un esprit qui contiendrait els lois du monde par ex), mais comme une forme, un tour posé sur la surface du réel comme tel, comme réel, indifférencié.

Il faut bien comprendre ; on ne peut pas supposer qu’il y ait une détermination « spéciale » telle (que l’on nommait nature humaine ou logos ou pensée) telle qu’elle puisse ramasser toute la détermination (une telle concentration est invraisemblable et n’autorise pas du tout la souplesse requise au projet, au projet qu’est le réel) ; il fallait un être qui ne soit pas déterminé, ce qui est impossible, et donc on (la réalité) a inventé cela qui effectivement n’est pas déterminé mais parce qu’il est le rapport à la détermination. C’est le tour de force lui-même.

Et c’est ce en quoi nous sommes pris. Nous y sommes pris et nous croyons qu’il s’agit de l’homme, de l’humain, de la vérité ou de l’esprit ou autre chose du même genre. Mais en fait, dans le fait lui-même, tout cela n’est que parce qu’existe le rapport premier (le rapport qui rend possible tous les autres rapports en nombre indéfini : les mondes humains, la perception, la volonté et le conscient, l’inconscient et le corps, les esthétiques et politiques et idéels et sciences et éthiques, l’humanisation et les personnalisations) ; que par là la détermination (la réalité) a (enfin) affaire à elle-même ; or ça ne peut pas se penser, parce que si la réalité n’a affaire à elle-même que dans un tel rapport, alors c’est le rapport qui existe et non la réalité, qui est, oui, mais secondement ; l’être (et toute espèce de détermination) est pris dans l’exister et c’est l’exister, cad le présent, qui existe (cause dont tout le reste est effet). Et la structure même du réel est ce qui existe au plus proche, et non seulement au plus proche mais antérieur à tout : le présent vient en avant de n’importe quelle réalité et de n’importe quelle structure de conscience.

Inutile de supposer un être antérieur, à la manière kantienne, puisque le réel est la forme entourant la réalité, et l’entourant de façon si spécifique, sous la forme de Bord, et ce Bord est le plus actif et disproportionnellement actif en tant que présent ; en quoi les descriptions philosophiques s‘approchent toujours du même réel, semblablement aux dessins point à point qu’il faut relier (étant entendu que le dessin final est loin d’être à notre portée, et coïncide, littéralement, avec « ce qui a lieu » effectivement dans tout le présent (comme dimension, dont notre présent n’est qu’une variation) ; à savoir que le réel n’est pas la réalité mais une structure formelle à l’intérieur de laquelle sont les réalités.

Depuis la limitation kantienne tout l’ensemble de la réflexion s’oriente vers cette limite ; il n’y a aucune pensée totale ni même pensée identifiant la réalité qui soit admissible ; et donc ce que l’on a commencé d’examiner c’est la forme qui entoure le monde, la phénoménalité ;  et Hegel peut bien alors exposer et tenter d’organiser la totalité des possibilités de conscience prise dans le monde en élaborant les deux phénoménologies, des dialectiques de la conscience et de la pensée (de la conscience en tant qu’elle pense et qu’elle vise l’être, l’idée ou le un, dieu ou le sujet ou l’immédiateté). Elle s’y oriente vers cette limite, théoriquement mais aussi immédiatement depuis que l’horizon universel de chacun est acquis par la révolution ; de ce que chacun soit en référence à ce qu’il veut et court-circuite alors toute transcendance.

Ce qui veut dire que la transcendance (que l’on ne peut pas nier, puisque l’on est, de fait, décalé par rapport à tout donné ; il existe un monde, un vécu ou un corps parce que l’on en a conscience, sinon on s’y confondrait, tout le reste ce sont des attitudes, des discours seconds, voire secondaires), que la transcendance donc tout en étant annulée (elle n’est pas par-dessus la réalité) est réintroduite ici même ; que le monde, le donné, que la détermination n’est nullement plate et inerte et comme passive, mais qu’elle est déjà elle-même de transcendance ; ou donc puisque l’on a extrait la structure de notre être (qui du coup n’est pas un être) et qu’elle fut extraite via dieu, la pensée, le sujet, et puis l’altérité (ce qu’elle est effectivement) alors depuis cette extraction on explore la transcendance, de fait.

Il n’y a rien d’évident, nulle part et en aucune manière, puisque la forme qui est absolue est supérieure aux contenus ; la forme de la réalité, son présent, son exister  sont ce qu’il y a de plus fondamental et si il est un présent c’est afin qu’il se réalise le réel comme autre et on a vu que si le réel est un unique pli, il est tel précisément afin de se re-plier et de créer des infinis dans l’infini. C’est parce que le pli va devenir qu’il est formel et peut donc se réaliser au travers de réalités. Il est affecté comme forme afin qu’il y surgisse des formes.

Un moi est déjà en lui-même une réflexion, réflection ; image qui se prend pour le miroir et miroir qui devient follement l’image et qui se perd si il ne se fixe pas, et la philosophie s’utilise, pour un moi, à cette fin ; sortir par l’externe, par l’autre regard, par l’intentionnalité distincte, par la ruse de la volonté, par le surdivin, du mauvais pas en lequel le moi englue le sujet ; dresser l’architecture de structure (sinon le moi va s’effilochant dans le monde, ses objets, ses désirs, et tout le saint-frusquin psychologique, en référence au conscient qui ne prétend garder que le miroir conscient, et psychique, dans l’inconscient pour qui il n’y aurait plus que des images). Il n’y a pour le moi, cad tout le monde, qu’une seule possibilité : en avant. Dans le réel. C’est pour cela que la philosophie en a dressé la carte.

Sinon à quoi tout cela servirait-il ? Et comment croire qu’une structure aussi précise que l’arc de conscience n’ait pas justement relié les points jusqu’alors repérés. Le réel fonctionne comme l’hyper mécanisme ; celui dont l’activisme de l’indépendance des points, de leur liberté (puisque cela ne s’active qu’à partir du bord) est le système (pour Descartes dieu voient les décisions des êtres libres : comme les décisions sont libres, dieu n'est jamais le même, il se meut).

Voir les commentaires

L’altérité comme règle de ce qui est

7 Juillet 2018, 12:11pm

Publié par pascal doyelle

On a donc extrait de la réalité la forme exacte du réel ; et la forme exacte du réel s’est donnée pour nous comme dieu, la pensée (l’être, l’idée, le un), le sujet (Descartes jusqu’à Hegel). C’est de cette manière, par ce moyens, ces représentations non seulement complexes mais distordues que la structure a pu apparaitre dans le monde et être perçue comme représentation vrillée (il faut se convertir pour dieu, par le christique mais aussi selon la pensée et l’universel ou opérer ce méta retour, nouveau tour sur soi cartésien, pour regarder, percevoir le sujet présupposé).Le tout est une affaire de perception (les idées platoniciennes montrent ce que le langage commun ne dispense pas) et Sartre et Lacan avance dans ce qui ne se voit pas autrement.

Après l’acquisition métahistorique du sujet, comme révolution (et dont la seule révolution à peu près exacte est celle qui se fixe la liberté-égalité-fraternité et non pas celles qui privilégient la liberté ou l’égalité, il faut qu’il existe un dynamisme liberté-égalité, sinon aucune fraternité et aucun sens à quoi que ce soit ; l’égalité se perd dans l’universel abstrait (ou le besoin) et la liberté s’égare dans la noirceur de l’ego (ou les désirs indéfinis),

après cette acquisition de la révolution (contrairement à Hegel ce qui se réalise ce n’est pas la raison en chacun mais la liberté de chacun en tant que la liberté offre une bien plus grande cohérence potentielle que la seule raison universaliste, serait-elle l’esprit),

après cette acquisition donc il s’est imposé une idéologie au sens fort ; dieu est remplacé par la naturalité (ou la réalité), la pensée par la raison (et son impossibilité sujet abstrait-objet abstrait) et le sujet par le moi (ou d’abord l’humanisation universelle révolutionnaire puis sa réflexivité de structure ; la personnalisation ; il n’est d’humanisation que si chacun est appelé).

Cette idéologie aurait voulu que se produise un idéal ; que le monde soit idéal ; que les besoins soient satisfaits et que les désirs soient exhaussés ; qu’il y ait un bonheur et une réalisation humaine, humanisée, humanisante, respectueuse et aussi élevée que possible. Mais le hiatus entre toute conscience et le réel ou la réalité est tel que seuls dieu, la pensée ou l’ancien sujet (cartésien, kantien, hégélien) pouvaient assumer une stratégie telle qu’elle soit équivalente à la puissance de la rupture qu’est l’ontologique.Or la naturalité (et le principe de toute objectivité ; que le donné seul explique le donné), la raison et le moi humain sont incapables de gérer la tension insupportable qu'instancie la rupture ontologique conscience/réel

Aussi a-t-on développé une pensée de cette altérité  soit imaginairement, soit analytiquement ; imaginairement Kierkegaard ou Nietzsche ou Heidegger (etc, il est évidement des tas de passages et des quantités d’expérimentateurs) et analytiquement de Husserl à Lacan, en passant par Sartre.

Explorer à vif (N et H) ou en suspension méta réflexive (Husserl, Sartre, Lacan) cette rupture interne au réel réclame dans tous les cas une douleur ou incompréhension ou désorientation ou annihilation ou inhumanité, surhumanité ou une externalité du regard, absolument (le regard d’une cruauté sans limite, dont le prototype est celui de l’ancien dieu,  et que le christique est venu réinstancié comme appelant et non plus comme seulement exigeant, produisant une frustration absolue, et créant un ressentiment dissolvant toute intentionnalité ; tandis que l'appel est le miroir tendu qui pardonne). Dénommons la rupture et de ce qu’elle engendre en nous  comme l'activisme du sur-divin ; dont le prototype n’est pas seulement la pensée divinisée grecque mais aussi, strictement parlant, le christique ; qui se signe lui-même comme surdivin et absolue totale prévision de tout ce qui sera (dans les siècles suivants).

Il est bien clair que sans doute aucun le glissement de dieu, la pensée, le sujet vers la naturalité, la raison, le moi humain, qui aurait du se garder dans l’archi-structure ontologique précédente, c’est littéralement pris les pieds dans le tapis ; on a créé un désir non pas infini mais indéfini et mort né, qui permit de réaliser quantité de projets mais qui ne pouvait en aucun cas se réguler lui-même ; notre facilité c’est retournée contre nous-mêmes ; on a cru gérer (et on ne parle même pas de créer, d’organiser, d’élever, d’élaborer le structurel mais de seulement le gérer), on a cru gérer la structure avec les moyens réduits non ontologiques (et que le donné seul explique le donné et que le besoin ou les désirs sont notre être et que nous sommes des corps-langage, des mois psychologiques, de la sociologie, de l'économisme comme idéologie du corps, de la satisfaction induite du corps seul) ; et c’est plein de découvertes et de réalités et réalisations, de projets réalisés, mais le réel, ce qui veut dire non pas ceci ou cela mais le réel en tant que rupture, en tant que le réel est intrinsèquement et rien que rupture (il n’est pas la rupture de quelque chose, tout quelque chose nait et de par la rupture comme structure), le réel ne peut pas être introduit dans la conscience d’un sujet qui est un moi … dans la conscience qui se prend pour un moi et le moi s'en mord les doigts, il se déchiquette, se liquéfie.

Elle doit se saisir comme sujet ; or elle ne peut pas "se saisir" comme sujet ; on est saisi, par dieu, par la vérité et la pensée ou par le sujet comme structure réelle (c’est ce qui arrive aux existentiels qui perçoivent d’un seul coup et le réel et leur position sur le réel, totalement explosés par l’altérité ou Nietzsche par la Volonté Autre ou Heidegger par l’Etre Autre, c’est aussi ce qui arrive au psychanalysé, etc).

De là donc que tout le structurel soit à l’étroit dans ce raccourcissement de l’intentionnalité qu’est l’idéologie réaliste de la naturalité-raison-moi humain. Que les mois deviennent fous, ou malheureux ou dépressifs ou borderline ou angoissés ou désespérés (le moi invente quantité de versions de lui-même pour s’en sortir de ce cauchemar sans ontologie, Nietzsche et Heidegger essaient de réintroduire l’ontologie sous la formulation inhumaine ou surhumaine, le regard existentiel est profondément cruel, etc, et les images sont en masse produites et reproduites afin de motiver, mobiliser les sujets en les faisant passer à leurs propres yeux, pour des mois ; attendant le bonheur ou la réussite ou la réalisation).

Et néanmoins au travers de tous ces égarements, erreurs, divisions, devenirs déroutants, idéaux ou absurdités, c’est la même structure (de conscience) qui expérimente et qui expérimente là où elle est, là où elle existe, ou plus exactement elle est finalement parvenue à dessiner, de par ces pérégrinations mêmes, et à cartographier, par ses déplacements, et sous couvert de dieu, de la pensée, du sujet mais aussi du naturalisme, de la raison et du moi humain, sa propre position sur la surface du réel. C’était le but. Dont tout le reste fut moyens.

Le but mais non la finalité (on ignore ce qu'est la finalité, on tente de la reconstruire à partir de l'analysable des ici et maintenant) ; ces positions qui dessinent le Bord du monde, du donné, du vécu (relationnel entre autre, y compris les échanges les plus économiques), le corps (quant à la jouissance, cad la jouissance impossible) ne pouvaient absolument être accédés sans que l’on s’y investisse ; c’est en tant que « soi » ou que (soi) que l’on peut percevoir les Bords afférant aux positionnements possibles actualisés ; autrement dit en clair il faut percevoir Descartes ou Nietzsche ou Lacan ou le christique ou Platon pour que commence de se détourer en nous la position du réel.

La position qu’un réel il y a, est quasiment immédiate et peut même frapper toute la structure ; comme les existentiels en ressortaient entièrement déroutés de leur vision de l’existence brut ou comme les révolutionnaires furent saisis de l’extase d’universalisation, partagée par des millions d’individus, si l’on y songe, au 19éme et du 20éme, sans parler du 18éme, ou comme Rimbaud fut brisé par la puissance de sa voyance de rassembler en une fois (et quelques feuillets) toute l’expérience réelle et potentielle. Les ex-stases sont réellement et effectivement agissantes : de fait.

Et donc même si l’on se contente de vivre du moi que l’on est, tout moi est une personnalisation, ouvrée, œuvrée à partir de l’acquisition historique fondamentale de l’universalisation révolutionnaire (de la liberté-égalité), est une invention (et c’est en cela qu’elle est si difficile et égarée et qui s’agite dans l’incompréhension puisqu’atteint par le structurel qui mésinterprète via le naturalisme ou le dit réalisme, la psychologie). Le moi est une invention et non pas un état ou une identité à dérouler bêtement, et cette invention n'est pas sa fantaisie mais son accès à la vérité, à la réalité et à l'horreur très souvent ; le moi est assujetti à la vérité et au réel, sinon il se rêvasse. De toute manière c'est ce que l'on fera, ce que l'on fait ; on se morcelle afin de trouver (non pas "se" trouver, ce qui ne veut quasi rien dire, mais trouver).

 Nous sommes pris dans la structure, laquelle est mouvement, mais non pas mouvement naturaliste ou énergie ou détermination ; ce qui est mouvement est réflexif, ce qui est dit « mouvement »  ne se produit pas sans la réflexion qui est littéralement réflection, image dans le miroir et miroir lui-même, qui renvoie une perception dans le champ perceptif afin que la structure de cette perception se modifie. C’est bien pour cela que l’on a créé les esthétiques ou les poétiques ou récits, et que par ailleurs les mois s’emplissent la perception d’images et de narrations. 

Lorsque l’on se tenait encore du saisissement, par dieu, la pensée, le sujet, puis la naturalité, la raison et le moi humain, les intentionnalisations trouvaient leur unité, leur unification par laquelle elles étaient en mesure, puisque supposant le point lointain, de réguler leurs mouvements proches (la révolution ou le bonheur servaient d'horizons par ex, dans l'idéologie réaliste).

Mais il en va tout autrement depuis que l’altérité s’est imposée par-dessous le un ; il est devenu impossible de réunifier ce que la clairvoyance de l’intentionnalité splittée, divisée, a séparé. Parce que dès lors le réel se tient de la dispersion de la réalité et qu’il n’est une réalité que dispersée. La pensée croyait possible de synthétiser les données en idées et les idées en système et le système suspendu à un principe en lui-même (qui s’auto-expliquait et permettait outre l’unité assurée, d’assurer à son tour toute l’intentionnalité et d’offrir une vision organisée du monde dans laquelle organisation l’action, l’activité, la décision humaine pouvait se couler). Mais la pensée se suppose et se construit sur elle-même, de rassembler tous les éléments ; elle ne peut pas garder hors d’elle-même une unité cachée ; elle peut suspendre le monde et les vécus à partir de dieu, mais elle ne pénètre pas dieu ; elle peut supposer l’esprit universel qui pense le monde et l’historicité mais à moins d’admettre que l’esprit se justifie de par soi (ce qui occulte son être, impossible) elle ne peut pas, peut plus s’introduire en l’esprit ; elle est pensée par l’esprit et de cela s’échappe à elle-même.

Donc toutes les pistes métaphysiques nous échappèrent (or pourtant toutes ces pistes élaborées ont permises de déployer toute l’intentionnalisation et tous les systèmes et les perceptions possibles, faisant varier la nature même du champ perceptif et nous amenant à percevoir considérablement plus à chaque fois).

Descartes en ce sens   re-pose le même problème mais sur une autre base ; de sorte que l’on change intégralement de régime ; de l’extensivité universelle grecque et de l’intensité ponctuelle du christique qui nous crée comme point-image du point-unique, Descartes, lui, pense méta.

Il pense méta en ceci qu’il tient soudainement son être comme un là planté dans l’étendue du « là » du monde. Horizontalité du monde veut dire horizontalité de l’être, de tout ce qui est, dans la verticalité de l’exister, cad du sujet ; Descartes occupe déjà une formulation tout à fait différente. Pour les grecs l’être (que seule nous accorde la pensée) emportait notre pensée et le monde. Pour le christique le point-unique (un-seul qui survit et nous perçoit et de la perception duquel nous renaissons, littéralement). Pour Descartes ce qu’il opère c’est la description (qu’il nous enjoint expressément de recueillir en acte, de faire nôtre), la description forcément in vivo, dans les Méditations et par la méditation, puisqu’il s’agit de jeter le tourniquet ; regardez, dit-il, comme le réel se tord sur lui-même et existe de cette torsion même.

Au lieu de contempler l’être ou d’aimer le christique, on est, on devient la pointe tournante par laquelle le réel se produit. La pointe sur laquelle repose et se meut tout ce qui est. On voit le mouvement, on est le mouvement et on comprend le mouvement du mouvement ; ceci parce que cesse l’obsession d’un être-chose (qui ne parvenait jamais à se clore) ou d’un regard autre qui nous crée (et c’est absolument certain, mais qui se tient de et par cette distance même et reporte sa saisie au-delà, bien au-delà, or on existe ici), et que se concrétise alors par Descartes la possibilité qu’ici-même dans l’existence apparaisse l’exister, brut. Tellement brut qu’il faudra de Kant à Lacan pour élaborer une théorie, une pensée, une vision de ce mouvement du mouvement, de cette articulation en laquelle on perçoit le réel se produire et créer les réalités (ou les pensées ou les champs de perception).

L’activité de dieu ou de l’être (ou du système d’idées ou du un) nous en tenait éloigné ; mais l’activisme cartésien nous montre que le centre est ici même et qu’il est possible au prix du plus grand effort très-étrange de mettre au jour le mécanisme du réel ; puisque cela se passe, se crée ici et maintenant ; ce que dieu et le un initiaient déjà et que l’on comprend alors mille fois mieux au fur et à mesure des révélations, des grecs à Lacan en passant par toute cette historicité de l’approfondissement et de la transparence du réel (comme articulation interne à lui-même) ; on ne contredit pas les élaborations qui eurent lieu, on déploie ces dernières des re-tours, des nouveaux tours opérés dans l’exister, qui permettent, ces tours, de relire et relier à nouveau, ce qui veut dire dans l’existence, de chaque sujet, portée au plus extensif grec et intensif christique et méta cartésien et suivants ; rappelons que « sujet » ne signifie pas l’individualité, mais que l’individualité se tient elle-même, comme effet, d’une structure plus réelle, antérieure, et encore plus individuée, encore plus cohérente, encore plus nue et stricte et d'une cohérence effroyablement autre. La structure-sujet que ce soit celle des arcs de conscience (qui sont des tensions, non closes) ou celle du présent comme méta structure qui cause, crée, engendre des re-tours, la structure-sujet est le réel ; elle l'ex-siste.

Si donc Descartes ramène non pas la pensée (qui était métaphysique) à cette ontologie (de ce qui s’articule ici même comme mouvement) c’est qu’il nous devient possible, puisque tout est ici, de recoller le réel ; non plus en supposant un réel un ou dieu ou pensée ou idée, qui détenaient dans leur éloignement l'unité, mais ici même un réel articulé agissant et dont l’activisme nous est, de fait, accessible ; signifiant ceci que le regard, l’attention, la conscience intentionnelle que l’on porte à cette conscience intentionnelle, étant en elle-même réflection en plus de réflexion, est à elle-même son propre champ d’investigation. Ce qui revient à une capacité de non-être ; Sartre elle est ce qu’elle n’est pas et n’est pas ce qu’elle est, puisqu’elle se tient par devers, antérieurement, comme altérité et elle se tient comme altérité parce que tout ce qui est, est-autre ; un arc de conscience est déjà autre que lui-même ; de même le présent rend tout ce qui est absolument Autre et c’est bien pour cela, parce qu’il y a altérité, qu’il existe une réalité.

Voir les commentaires