Le poids sur nos épaules
De l’angoisse et de son exigence
L’aboutissement, momentané, de notre devenir repose sur le Chacun ; sur le chaqu’un, en quelque sorte, mais étant entendu que « ce qui est » en chacun, cette horreur, est autre que lui-même. Chacun est profondément dessoudé de lui-même, et ceci nous est incompréhensible.
L’humanisation sort des mondes-langages-groupes. S’invente la réflexivité qui atteint différents domaines de l’humanisation. De l’universalisation grecque au devenir conscience chrétien. De l’esthétique au politique en passant par l’idéel et l’éthique, d’une humanisation accrue et d’un débit de personnalisation.
La philosophie n’invente pas la réflexivité qui atteint tout l’humain, mais elle prend nom de philosophie en se chargeant de théoriser « ce qui nous arrive ». Elle est la réflexivité sur la réflexivité ; de ce fait elle accélère le processus mais aussi en invente, en lance une partie de son propre chef.
L’appesantissement de la structure
Universalité grecque et devenir chrétien se nouent ensemble puisque les deux manifestent le même dépassement. Au sortir de l’acculturation grecque et chrétienne, la réflexivité se rend compte d’elle-même comme méthode cartésienne ; ensuite viendront quantité de sujets qui se détiennent tel Descartes comme êtres-libres et ayant en eux-mêmes la certitude et s’efforçant de poursuivre la même cohérence ; l’exigence qui pèse sur les épaules des sujets est sans doute plus exténuante que l’exigence jusqu’alors déléguée sur l’universel ou sur dieu.
Comme réflexif individué
Il est manifeste que Nietzsche bien que révolté contre le systématique, s’emploie jusqu’à l’épuisement au réflexif ; le réflexif est devenu-lui. Il sait (de la même certitude que Descartes montre) que ceci est son être réel, a contrario de l’individu nietzsche, Nietzsche est plus grand que nietzsche, il exhibe la vérité en tant que le réflexif, cela qui dépasse constamment, peut tenir, peut exister et qu’il bouleverse ce qui est. Autrement dit, la conscience est plus grande que le conscient. Et elle est si autre que tout, qu’il doit faire appel à un surgissement qui vient du monde, de l’univers inhumain. De même Wittgenstein ou Lacan ou Kierkegaard ou Rimbaud ; Rimbaud également puisqu’en quelques feuillets il rassemble la totalité de son expérience et projette la totalité de l’à-venir. Ou Artaud qui martyrise réflexivement et s’enferme dans le labyrinthe d’une volonté-autre.
Le réflexif est devenu-notre être quand bien même nous cherchons à lui échapper, à croire qu’il est une vérité qui se passerait du structurel, qu’il est quelque part un état de nature paisible, qu’il est une destinée de notre moi, alors qu’il est crevassé, ce conscient, de toute la conscience active et inhumaine ou surhumaine ou ce que l’on voudra ; ça n’a pas de nom.
Les sujets
Le poids de la cohérence réflexive se marque par une exténuation de l’individualité qui se-sait mais également par la multiplicité de ses expériences et de ses dires, de ses devenirs ; tous sont assujettis. Assujettis à leur forme même de sujet hypothétiques, ayant en eux et par eux-mêmes la structure réflexive ; mais sont-ils encore hypothétiques les dits sujets ? Ne sont-ils pas réellement ce qu’un sujet est ? La réflexivité n’est-elle pas alors du début grec et chrétien parvenue à s’extraire de ces gangues successivement et ne s’est-elle pas inscrite comme réels devenirs concrets et précis, à chaque fois plus réels et plus précis ?
Loin de manifester alors un désordre incoercible, le devenir réflexif déroule intégralement son potentiel. Puisque ce qui compte, ce qui vaut est non pas un contenu mais le structurel qui anime et poursuit les contenus, il n’est pas en tout cela une logique conceptuelle (la conscience n’est pas la pensée), mais une ontologie, celle d’un être agissant. Et cette ontologie contient tout concept, toute idée, mais ne s’y arrête pas du tout ; de même qu’elle ne supporte aucun donné naturel, ou n’a rien à voir sinon comme effets à un donné psychologique, et de même qu’elle épuise les mondes humains.
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