La conscience n'est pas la cervelle
L’attraction est fondamentale qui arcboute notre conscience au réel, et s’impose à la cervelle.
Tout ce que l’on connait est contenu en la cervelle, des physiologies aux mémoires, du langage aux perceptions, mais la conscience qui se sait et sait le monde unique externe, redistribue les cartes, au point que tel ou tel accès n’est possible que via une décision, une volonté ou plus certainement une certaine intentionnalité qui hisse le donné là de la cervelle à et en la réflexivité.
Réflexivité se dit donc de ce rapport, purement un rapport a priori et vide, rapport au réel externe « là ».
Tout ce qui est enregistré est stocké dans la cervelle (nommons telle, illustrativement en partie) en tant qu’intériorité, laquelle fut donc intégralement ou peu s’en faut inventoriée ; l’intériorité peut recevoir divers registres ; idées, pensée, concept, âme, Sens phénoménologique ou non, etc), qui rencontre suite à sa révélation (le libre) son extériorité (le monde donné là, étendue ou matérialité, mathématisable ou non, monde exploré à son tour en tous directions).
Pour imager, tout ceci occupe 99% de notre être ou plutôt de notre réalité ; reste le 1%, qui change tout.
Parce qu’il échappe.
Ce 1% est l’arc boutant qui porte vers et probablement sur le réel.
La cervelle est perdue dans son rêve irréel. Elle ne sait rien d’autre. la sortie hors de la cervelle peut bien produire langages et mondes humains, il faut un degré de plus pour qu’il y ait raccord vers le réel : c’est ce qui est finalement arrivé par la réflexivité accentuée des grecs et des chrétiens.
La réflexivité est l’ajout, en-plus, qui restructure ce qui est déjà (langage et groupe, consciences prises dans l’immédiateté), produit les universalités et les devenirs consciences : soit donc ce que l’on peut nommer l’acculturation généralisée de chacun, consciences libérées (par le seigneur comme il est dit, la dernière conscience possible qui les renvoie toutes en leur forme libérée, toutes au sens de les unes et les autres, et toutes au sens de toutes les consciences intérieures de chacun engluées) et monde unique universel.
Si Descartes exprime manifestement (avec évidence) cette structure réflexive, c’est que la philosophie est de fait et nommément (elle le dit elle-même d’elle-même) toujours-déjà réflexivité.
En effet la philosophie est le nom qu’a pris la réflexion sur soi ou sur ce-qui-est, en se débarrassant de tous les mondes antérieurs et en s’actualisant via les devenirs consciences lancés par le christianisme.
Or il est clair que si l’on garde en référence la constitution d’un savoir-connaissance universel (grec) et que l’on reprend selon cette réflexivité le devenir conscience, la philosophie tout en ne changeant pas se modifie profondément ; elle est relancé cartésiennement (ce qui n’est qu’un signe pour quantité de devenirs divergents et identiques ; étant donné qu’il s’agit du libre, ou ce qui est nommé tel, il n’est pas étonnant qu’il y eut à partir de ce Un, quantité de Uns explorant le réel).
Ce qui s’est tramé est la « divergence» de la philosophie, la reprise du discours antique en une autre sorte de formulation ; non d’établir un discours de connaissance, qui stabiliserait tout extérieurement notre être, mais une réflexivité encore accrue ; c’est ce que porte la Méthode. La stabilisation non plus extérieure mais intérieure voir interne de notre être.
Interne parce que ici on touche à la structure même (et non aux contenus, qui sont portés par l’intériorité et non l’interne).
Toute la suite est soumise soit au devenir conscience soit aux objectivités (ou donc les explorations intérieures et internes de chaque conscience, puis au devenir moi de chacun tel que nous l’éprouvons d’une part et d’autre part les sciences objectives et les idéologies, qui sont également d’invention récentes de ce point de vue).
L'étrange savoir (vs les connaissances)
La philosophie continue sa propre acquisition ; elle a substitué bon an, mal an au discours étal objectivant universalisant, cette sorte d’étrange savoir qui « se sait » ; que l’on peut réduire à « description indéductible de ce qu’est notre être là où il est ».
Ce qui signifie que l’on ne peut plus développer un discours au-devant de soi, puisque ce soi est justement en cause (qu’il relève d’une (auto) description) et que ce soi est déjà en lui-même réflexif ; la conscience est une conscience-de et n’est jamais en repos, un état ou un donné déterminé (étant la reprise incessante de toute détermination vers d’autres déterminations). C’est in vivo que la raison se transforme en description de l’activité même de « penser ».
Or penser conserve donc au début son exemplarité, mais peu à peu « penser » se comprend de plus en plus ample et atteint d’autres possibilités de notre être ; déjà Descartes n’est pas très exact d’appliquer « pensée » à on ne sait quoi de distinct et plutôt d’emmêlé.
Le 1% de conscience hors de la cervelle
Il apparaît alors de plus en plus nettement que la description de notre-être est une universalisation toute autre (en comparaison de l’universalisation grecque) et qu’elle aboutit à un durcissement éreintant du devenir conscience du christianisme : il s’agit de porter au jour notre-être tel que « là ».
Et si notre être pour une théorie universalisante parait une simple entrée en matière, ou un faire valoir (de l’idée grecque, de la notion scolastique, du concept hégélien, du sens husserlien), un simple être-là fonctionnel (la « conscience » comme enregistrement sans effet notable, ou l’illusion du conscient pour l’inconscient lacanien, qui remplace finalement le contenu idéaliste ou rationnel ou conscient idéalement par un « sujet inconscient » qui est et n’est que déterminable),
Il se révèle finalement comme le 1% fondamental seul échappe, et ce vers le réel (ou qui permet de ne pas s’enfermer en une détermination de soi et ce profit de « toutes les déterminations qui sont, furent, seront »).
Le 1% est donc la structure minimale (puisqu’elle doit se mouvoir et se placer et se déplacer à grande vitesse et donc n’a pas de bagages du tout) qui ne touche rien des 99% qui la précèdent, qui laisse tout en l’état, mais qui attire ces 99% vers le réel. La conscience bascule la cervelle vers le réel.
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