Le réel engendré
On rappellera que l'économie, les idéologies ou/et la "science économique" (qui ne prend même pas en compte les impacts sur la nature, sur l'énergie qui est gratuite, personne ne créant de "l'énergie", ou impact sur les sociétés humaines, etc), l'économie donc est l'idéologie du corps.
En quoi notre être, notre être donné, repose sur cette articulation ; non pas l'intellect ou la conscience ou ni même sur l'intention, mais sur la pulsion. L'expression du corps, c'est la pulsion. Il donne ainsi dans et par le monde.
La pulsion est cette unité du corps (totalement biologique) qui bien en dessous de toutes les organisations (mentales ou sociétales ou économiques ou politiques) , commandite, oriente, suscite, influe sur tous les champs de signes, de comportements, de désirs ou d'imaginaires, bref influe sur tout.
Exceptionnellement modulable, il se glisse en tout et contourne toutes les résistances.
(Et peut-être toutes les architectures intentionnelles)
Il n'est donc pas étonnant que sans aucune visibilité, en aveugle, nous nous condamnons et le monde avec nous à une dégradation irrémédiable et probablement maintenant inévitable de tout ce qui existe autour de nous.
Puisque la pulsion, elle, ne prévoit rien, ne réfléchit pas, ne sait pas s'ordonner au-delà d'un cercle très restreint, et jamais la pulsion, jamais, ne permet à une collectivité de se coordonner, coordonner je répète, cad échanger et s'organiser, afin d'éviter sa disparition.
La pulsion consomme, dévore, mange, absorbe, consume. et ainsi de suite.
Il ne s’agit pas de la pulsion animale, vivante, seulement ; il s’agit de la pulsion telle que transformée et tissée dans les réseaux de signifiants ; qu’ils se garantissent comme réseaux (cad qu’ils aient à maintenir une cohérence, en propre, selon le groupe ou selon la réalité) leur confère une indépendance, relative ; mais tôt ou tard la cohérence est absorbée par son sous-réseau pulsionnel.
Et ce qui se trame, ce qui trame donc le corps lui-même, le corps vivant, et tout aussi bien le champ intentionnel des signifiants (et des signes, la pub ou le cinéma ou les objets industriels, etc, tout ce qui peut faire office de signe) ce qui trame par en cet en-dessous c’est la pulsion satisfaite ; la pulsion qui mêlée aux signifiants s’hallucine comme jouissance, complétude, fusion.
Et donc confusion.
Parce que si les signifiants et qui plus est la signifiants élaborés, distinguent (et ordonnent et organisent et coordonnent), la pulsion fusionne, étouffe, enfouit. Sa résolution est absorbée en et par le corps ou, en ce cas, par ce corps fantasmé, par ce fantasme de confusion (puisqu’en réalité le corps ne se confond jamais avec son objet, image, affect ; c’est en ceci que les données de la réalité essaient de se fondre dans l’unité corporelle, puisque les signifiants eux imposent des distances, des séparations, des divisions, sauf pour le Graal par exemple (ou tout autre unité du même type) mais le Graal recule au fur et à mesure des avancées ; de même que le christ s’en est allé, ou que la révolution n’est jamais complète, intégrale, sauf dans le totalitarisme qui va contraindre le réel, et l'annihiler.
Elle enfouit dans le corps, dans le pulsionnel qui se pseudo-satisfait et qui recourt à l’imagination pour croire en cette satisfaction, (d’autres utiliseront des substances afin de terminer la fusion, au propre comme au figuré) ; puisque la pulsion emmêlée dans les signifiants ne trouvera jamais de réalisation ; elle hallucine sa complétude et elle hallucine sa pseudo réalisation. Ce faisant elle détricote le, les champs de signifiants.
Chacun est en lui-même et par lui-même un champ de signifiants, mais chacun peut et va adjoindre quantité de champs ; la différence entre un champ (phénoménologique donc) et une “essence” (que ce soit l’essence humaine ou l’identité personnelle comme si elle était une essence, une identité) c’est que le champ est structurellement modulable ; il tient à l'apparaître (composé de signes et de perceptions) et ceci indique que la nature de la réalité réside dans l'apparaître.
On étend donc la perméabilité, la modulation de l’esprit à la réalité, ; si il n’existe pas d'ordre préalable, alors c’est l’apparition qui à la fois exprime et concrétise la réalité ; la réalité ne déployant pas un ordre préalable, s’invente (et ce qui est organisé dure, dure dans le temps et permet que d’autres réalisations s’ajoutent sur sa base) ; il n’est pas d’essence en soi ; aussi existe le devenir (qui sert à cette fin ; que s’élabore une réalité et en vérité des réalités, des réalisations diverses.
L’abeille est une activité d’abeille, et non pas une idée ou essence d’abeille qui précéderait, l’idée ou l’essence viennent ensuite, dans notre représentation ; la réalité est une réalisation qui se concrétise et qui ne peut pas s’éprouver ailleurs et autrement que dans son agissement ; ou dit autrement, l’universel est l’universalisation qu'installe la pensée mais en plus du monde ; l’universel est vrai, du coté de la description du monde, mais l’universel est vrai également du côté de l’universalisation créée, engendrée par l’activité de penser ; ainsi les mathématiques se déploient plus loin que leur “illustration” dans le donné perçu ou expérimenté ; puisque les maths se produisent du rapport qu’est le nombre (un est cette unité sur elle-même, et donc peut être brodée sous cette cohérence).
Si l’on veut il est probable que si dieu existe (chacun voit) il “pense” autrement que mathématiquement ou les mathématiques ne sont qu’une fraction de sa “pensée”.
Et ceci, encore une fois, puisque l’on ignorait qu’il puisse exister, ne serait-ce que comme hypothétique, un dieu un tout-autre unique et universel absolument formel (puisqu'il n’existe que comme Intention, ce qui veut dire “rien” ou “tout le possible”). Pareillement pour le sujet, chrétien ou cartésien, ou la révolution, inouïe, jamais entendue avant son événement.
Les articulations du réel (hors la réalité, hors le donné, le vécu ou les sociétés ou groupes humains) se créent et engendrent, étant de pur possible, tout ce qui suivra.
Inversement la confusion du pulsionnel et du signifiant, et ce essentiellement dans un “objet”, un objet produit donc industriellement, qui s’offre selon cette essence et cette essence en tant qu’elle est créée par un esprit (et non pas donnée là comme réalité, comme activité, comme non essence) et encore un objet qui est pris pour une chose ; il est la Chose monstrueuse qui dévore le désir (qui le suscite et le suscite en raison de la rivalité ; il est désirable de sa magie propre (que lui confère l’individu, dans son hallucination) mais aussi parce que désirable puisque désiré par les autres consciences, ce qui intègre une hiérarchie, de fait.
Et ainsi tout ceci se donne dans et par le monde (et non de et pour un sujet, qui, en lui-même, se re-tient de la réalité, puisqu’il attend, espère se tenir dans le réel et non la réalité). Et donné là dans la réalité, il est clair qu’il est éminemment saisissable par et via le corps, le vivant ; c’est vraiment une prononciation, pour ainsi dire, adéquate à cette expérimenté même. Tandis que le signifiant se retient toujours d’être ; une œuvre, esthétique, poétique, une religion ou un système, donnent à voir d’en-haut et ne veulent pas être dans et comme monde, sauf si se dégradant en idéologies.
La révolution ne s’est pas réalisée comme monde humain, comme essence(s) humaine(s) ; les œuvres préalables indiquaient la réalisation mais sans l’investir ; et le système des libertés consiste précisément à laisser celles-ci se débrouiller, pour ainsi dire, avec le donné, le vécu, le vivant, le corps, les besoins et les désirs, les rivalités et les égalités, etc. Puisque tout cela ne peut pas se “prévoir” mais doit être agissant.
Personne n’avait “pré-vu” le déploiement des “mois” après les années cinquante vers les années soixante (et suivantes) ; c’est l'ensemble de tout le monde-des-mois qui s’est développé historiquement et existe une historicité afin que s’invente, que se crée ces réalisations.
De même que les universalisations (idéelles, esthétiques, poétiques, mathématiques, conceptuelles des sciences, etc) continuent le monde, le donné (qui s’est inventé de et par ses agissements en propre, il ne s’est pas “pensé” avant d’être), pareillement l’humanisation, la personnalisation n’existaient pas, avant. Avant qu’ils se veuillent, s’inventent, se créent ; il s’agit alors des sociétés humaines ou des sujets comme de créations de nouveaux Réels. St Augustin pré-voyait la cité terrestre et la cité de dieu ; dès le début tout est en place mais prend toute une historicité pour s’écrire et donc s’inscrire dans les corps, dans les affects, dans les relations humaines (via l’amour et la société courtoisie par ex et exemplairement), dans les imaginaires et les rêves.
Et tout ceci qui n’existait pas, nulle part, jamais, est venu au jour, au point de s’imposer si évidemment, qui ne l’est pas du tout, qui est de l’ordre de l’exceptionnel, ce qui veut dire du possible (qui se crée).
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