“Nous sommes pécheurs”
Il s'agit d'un développement sur la phrase "nous sommes pécheurs", et non pas de la revendication d'une telle proposition :-)
Introduction au christique
Nous sommes pécheurs, comme on sait. Nous sommes pécheurs parce que jamais, en aucun cas, les contenus de notre conscience ne sont à la mesure de la conscience elle-même. Jamais les contenus en rapport ne sont égaux, en quoi que ce soit, du rapport lui-même.
Croire que seuls existent les contenus, suppose que l’arc de conscience serait dépendant des dits contenus ; et ce même pour une personne humaine ; ainsi la conscience de Pierre serait relative à Pierre ; c’est la sienne. On dit ici que c’est Pierre qui appartient à cette conscience ; c’est ce que signifie “l’existence précède l’essence” de Sartre.
Nous sommes pécheurs signifie également que l’obscurité, l’ombre, les ténèbres sont jetés sur le monde et sur le corps.
Or ici également innove, considérablement, et infiniment, le christique ; l’église peut bien chercher à contrôler ou à tout le moins réguler les corps, mais le christique a renouvelé à la racine toute corporéité ; que dieu s’incarne veut dire que ce corps est béni, non pas un corps éthéré (puisqu’aussi bien par ex le christ souffre et meurt, mais également s’attable et mange sans a priori, en dehors de toute prescription, de tout interdit, de toute règles dévotes, il rompt le pain avec et pour tout un chacun, abandonnant les systématiques de pureté/impuretés, puisque rien, aucun contenu de conscience, aucune action, aucun partie du monde ne peut remonter jusqu’au rapport (qui contient tout cela, bien au-delà de tout ce qui est) ; annulant la souillure en quelque sens qu’on la comprenne, et c’est encore l’intention et non les actes qui comptent (sauf l’intention contre l’intention elle-même, ce qui veut dire contre le Saint-Esprit, elle se nierait, renierait elle-même et renierait autrui et renierait le je lui-même, et donc la totalité du possible et le possible-même, abolissant toute réalité).
L'intention rachète tout. et c’est par elle que le christique entend tous nous “sauver” ; de ceci qu’il ne condamne nullement le monde, ni le corps (le fils est celui par qui le père a créé le monde), mais au contraire entend le relever, le recréer, contrairement aux gnostiques qui haïssent la réalité et que le corps dégoûte ; le christique est l’immense projet de renouveler le monde et le corps ; puisqu’il propose de créer un champ intentionnel qui échappe au groupe et à la puissance, de César, exemplairement, mais aussi de tout pouvoir mondain, aucun regard ne peut happer ce corps ; qui appartient au christique, qui vous le rend ; Sartre aura beau prétendre que le regard d’autrui m’emprisonne (il est pertinent d’interpréter le christique, et le dieu unique, comme le moyen d’échapper au regard d’autrui, du communautarisme, de l’aliénation, d’une part et que par ailleurs il introduit une inconnue ; que veut-il le un tout-seul, unique, exclusif mais hors monde, hors détermination ? c’est cette interrogation essentielle qui porte tout le devenir ; quelle est son exigence ?
C’est bien ce que se demandent les juifs, multipliant parfois les règles et obligations, jusqu’à ce qu’aucune règle ne puisse mesure l’Intention ; à partir du christique en effet c’est non pas la règle mais l’intention qui organisera ; c’est elle qui devra non pas se réguler seulement mais s’inventer, puisque de mémoire d’homme il n’y eut jamais une telle liberté, un tel regard sur “soi” qui fut proposé, en quelque monde humain que ce soit.
Encore une fois que l’on y croit ou non, peu importe, c’est la logique, telle quelle, installée dans le monde et par le corps, et qui ne pouvait l’être que par le divin lui-même, puisqu’ici la salvation affère à la structure même. ce sans quoi il n’existe aucune réalité, aucun réel.
Bref, on n’avance pas le christique afin de croire (ce qui regarde chacun), mais de saisir ce qui s'installe ainsi et au sens où cette installation permet, à tout le moins (cad hors de toute croyance), de placer des mots, des intentionnalisations sur un mouvement qui, autrement (par ex en utilisant seulement la pensée grecque) nous serait inaccessible ; ou donc pour penser ce que le christique met en place il est requis une série de concepts ou de paramètres ou d’intentionalités qui sont seulement nommés par et dans et via le christique. On peut s'en passer, peut-être, mais alors on redescend le niveau d’analyse ; et en l'occurrence de réalisation humaine, puisque, au principe, le christique invente, crée, ouvre la perspective qui nulle part n’était activée, à savoir que l’individu vaut en et apr lui seul (il n’a pas besoin d’une reconnaissance spéciale, la force d’un héros grec, la puissance d’un César, le poids de la pensée universelle, ou quelque qualité, qui permettrait de discriminer ; l'individu, chacun, tous valent en soi).
Or le christique met en place une telle verticalité, que personne n’est encore parvenu (sans redescendre) à saisir les tenants et aboutissants, puisque c’est notre être en tant que rapport, non fixé et encore moins figé, qui est exposé.
Et ainsi il n’existerait pas de “confessions”, et pas de dialogue, sinon à coloration universelle ; chacun n’obtiendrait pas l’accès à son infinité individuelle, infinité dont on a dit qu’elle consistait à ce rapport (détaché de tous les contenus, et existant en tant que rapport tel quel), et un “rapport” est non fini ; que ce soit le sujet de Descartes comme volonté, le nouménal de Kant, la négativité de Hegel, le pour-soi de sartre, etc). Or sans le corps-du-christ qui installe, divinement(puisqu’il vient du Bord du monde, le présent, et non de l’être, déterminé, mais de l’exister, formel), le sujet réel, il n’est dans l’antiquité aucune possibilité ; les morales grecques ou romaines tiennent comme dernière référence la liberté de la pensée, mais non pas la liberté de chaqu’un ; puisqu’il n’est aucune capacité de maîtriser le sujet, singulier, dans l’universel, général ; et même la théologie n’y parviendra pas ; qu’on le sache ou pas on est loin de la seule connaissance, et de sa formulation objective ; on est entré dans la formule du rapport même, celui qui existe antérieurement à toute objectivité et toute subjectivité.
Dit autrement ; puisque ce rapport est exposé, il est dès lors laissé à chacun (et ce en dehors de tout ordre, de toute théologie ou de toute rationalité extérieure, et de toute église particulière) d’élaborer les capacités de ce rapport (serait-ce envers ou contre quelque ordre que ce soit, et sous-entendant que ces capacités à développer nons seulement elles ne sont accessibles que par l'individualité du rapport à soi (qu’est chacun), sans quoi ces capacités n’existeraient pas du tout (un communautarisme ne peut pas laisser les individualités devenir), mais de plus les réalités, les réalisations individuelles seules donnent accès au monde donné là, au corps, à la perception (esthétiques comprises), au relationnel, et en bref au possible même ; puisque cette activité de rapport (à soi/autrui) est plus réelle et même seule réelle (les autres formulations remplacent le donné par l’irréel, qui peut tout à fait durer mais qui ne peut pas accumuler, puisque l’accumulation suppose que la réalité, le réel servent de fait comme support du possible (hors de quoi les représentations se perdent sans aucun substrat durable).
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