La perfectibilité parce que le réel, le “réel”, n’est pas terminé ; on tient, ici, que la perfection effective, véritablement significative, est la perfectibilité et non pas cette inertie, cette fixité d’un réel parfait.
C’est bien pour cela que dieu, que l’on y croit ou non, nous demande de créer. On refuse ainsi les interprétations figées, qui maintiendraient dieu dans un légalisme quel qu’il soit (juif ou musulman ou made in usa, bien qu’il y ait d’essentiels prophétismes dans les deux premiers cas, et des tentatives abracadabrantesques pour le troisième). Donc continuer la création, laquelle est lancée afin qu’un être libre (cad qui n’est pas un être mais un exister) puisse la reprendre et la poursuivre (ce à quoi les anges, parfaits et donc intégralement réalisés, ne peuvent prétendre). Création (et historicité) qui n’a de sens, d’orientation, de direction, que si un être libre qui n’est pas un dieu, ni divin au sens habituel, classique ou commun, que si un être libre (qui n’est pas un être) crée cette orientation ; dit autrement la création n’a de sens que si elle se crée librement et non pas seulement par dieu ; c’est en somme le « principe divin » (à savoir la capacité de rapport, de création) qui se continue par l'être humain et qui, délégué, est entièrement délégué …Puisque la capacité de rapport ne se délègue pas « à moitié », soit on peut créer des rapports, soit on ne peut pas. C’est en cela que nous voici lancés en tant qu’à la ressemblance de dieu ; il n’y a rien de divin en nous, sauf cette capacité de rapports.
Ce en quoi consiste tout entièrement la « réalité » Il s’agit de « rapports », comme le montre la mathématisation (le nombre est un rapport, un est le rapport à soi de quoi que ce soit, et entrant potentiellement en tout calcul). Comme se présentent les signifiants qui rapportent ceci à cela, affectant un signe à une distinction et par quoi les qualités, les traits, les choses, les êtres prennent place dans telle ou telle totalisation (au point qu’une œuvre, esthétique, compte comme signes et opère son propre champ de perception ; sans Mozart personne, jamais, ne perçoit ces différenciations, puisque les différenciations dans le donné là, deviennent et s’imposent comme champs de distinctions, quand bien même lors qu’elles ne sont pas mais seront inventées, créées, esthétiques ou poétiques ou littéraires).
La création, ou le devenir si l’on est athée, et la continuité de la création tiennent de ceci qu’elles se tissent de rapports ; de rapports en ce qu’ils permettent la continuelle actualisation et si il y a un devenir (et si il y a une réalité, que l’on ne peut supposer ici autrement que devenante, cad réalisant le possible, ontologiquement, ou dont le principe et le réel mêmes sont le Possible comme tel, dimensionnellement ; la dimension, la cinquième, est le Possible qui devient de plus en plus possible et s’alimentant de sa propre capacité, l’énergie étant le moyen d’un devenir qui s’agrandit en tant que devenir possible), si il y a un devenir donc c’est que les rapports s’organisent, se constituent de leur devenir et mémorisent leur réal-isation continuée ;
la continuité créatrice n’est pas déterminée ; elle se décide et s’instancialise en tant qu’elle se réalise ; elle s’opère du vivant en acte. Aussi ce rapport spécifique qu’est l’arc de conscience, qui est témoin de sa propre constitution, est-il articulé au présent et décide en ce présent non de telle ou telle occurrence, mais de telle intentionnalisation, serait-elle intuitive, puisqu’il se tient comme rapport au début et à la fin potentielle, ici et là, raccourci absolu et formel du temps ; et ce rapport est donc, littéralement et comme jadis énoncé, « la vie même ». Soit, pour nous, l’existence (mais soutenant tout autant qu’il n’est de conscience que d’un corps vivant ; laquelle conscience est un arc, un champ intentionnel qui reprend intégralement et le plus loin possible tout le champ de perception du vivant, qui, en tant que tel, perçoit le donné là en lequel il se meut (le principe du vivant est son autonomie ; il sait et il perçoit, même s’il ne connaît que selon son adn, en propre à chaque espèce). Dès lors que le champ de perception est réabsorbé par un champ intentionnel, de signes, de signifiants, de langages divers et variés, il s'étend ; son extension dépend de son activation, de son activité et l’activité intentionnelle est indéfinie en nombre et infini en structure ; on est “conscience” de quoi que ce soit (inventant dès lors ce qui ne se présente pas de soi dans le donné là ; ce sont les champs de perceptions qu’inventent les sociétés humaines, les civilisations, et pour nous les esthétiques ou éthiques ou politiques, ou humanisation et personnalisations).
Il n'existe évidemment pas d'ordre de l’ordre ; l’unité de tous les signifiants n’est pas un « signifiant » les contenant tous. l’unité des signifiants est cet arc comme structure, neutre, indifférente si l’on veut, pourvu qu’elle, la structure articulée de conscience, soit tenue et maintenue ; autrement dit liberté et égalité (des libertés, cad du rapport à (soi) qu’est chacun) sont impératives et le sommet, le summum de ce que l’on a pu acquérir (nonobstant ce dont on n’a pas encore idée, ainsi avant le dieu un unique tout-autre, on en ignorait tout, de même avant l’universel, grec, de même avant l’unité individuelle, christique ou cartésienne ; aucun signifiant ne nous distinguait les structures agissantes, depuis lors absolument, formellement, évidentes).
Dieu est le “grand rapport” à l’image duquel tout le reste (des rapports) est, mais alors le reste des rapports n’est pas à proprement parler, mais existe ; puisque ces rapports sont lancés en tant qu’activités qui se déploient ; ainsi c’est la liberté, cad la référence à ‘soi”, le déploiement de sa propre activité et en tant que cette activité est elle-même non pas déconnectée, mais liée au monde donné là, aux autres choses, autres êtres et qu’elle est tissée (chose, être ou conscience) en tant que synthèse du “là”, du donné là ; ainsi chacun (chose, être ou conscience) est en quelque sorte une “pensée” de ce qui lui incombe ; l’être de l’abeille est cette activité qui a su, qui a pu, qui s’est orienté dans le donné afin de se déployer en toute “intelligence”, ce qu’il faut comprendre “en tant qu’elle l’a perçu”, son adn se réécrivant.
(On a commencé déjà ailleurs d’expliciter ce que “rapport” veut dire, cad ce qu’il implique dans la réalité même, en tant que réel brut et en tant que, de plus, ontologiquement, il signifie ; à savoir qu’il intègre le principe même de Possible. Sans le possible, il n’existerait pas une telle réalité qui devient, effectivement et réellement, et donc une réalité qui crée son chemin, de son activité même, qui tisse des rapports et comme on va le dire, qui consiste en de tels rapports ; et seul le “rapport” supporte la possibilité du possible, pour ainsi dire ; ou donc l’être, la fixité de l’être est une notion tout à fait abstraite et seconde, d’autant que toujours “l’être” fut toujours le support d’une intense activité, qui se nommait logos ou pensée ou esprit ou ce que l’on voudra, mais qui, déjà, tissait et se tissait d’idées, ou de systèmes, tel Hegel, et n’obtenait la fixité d’une chose morte que du dehors ; pour Platon les Idées vivent, pour les suivants elles paraissent figées, or c’est Platon qui a raison ; les idées permettent de percevoir encore-plus-de-réalités, hors du champ commun du langage de telle communauté)
La perception est déjà toujours l’activité même de se structurer ; ça n’est pas en tant que l’on est et puis ensuite que l’on perçoit ; être est percevoir ; chaque être (ou chose, etc) s’élabore dans l’aperception même (qu’est, alors, la perception). Par ailleurs, c’est ce qui se voit très communément dans et par l’inconscient ; on perçoit beaucoup plus que ce que l'on en pense ; on est déjà dans la perception, déjà dans l'engagement, total, de cette perception (sur la trace de quoi Merleau-Ponty). La perception est-déjà l’engagement radical du champ entier ; il existe une réalité à fin que s’apercevant elle se modifie.
Nous ne sommes pas, nous ne sommes rien en dehors de l’activité de conscience et cette activité (qui est beaucoup plus que le conscient) s’ouvre comme champ intentionnel, comme champ de perception découpé par les signifiants et entre les signifiants ; cad de l’activité en tant que signifiants. Il y a des signifiants et donc vous n’êtes pas votre corps, puisque vous avez conscience d’avoir un corps ; vous n’êtes pas votre vie puisque vous savez bien que vous vivez. La question cruciale, excessive, absolue et formelle est donc ; quel signifiant se donne et nous donne telle réalité, cette vie vécue ou ce corps, cette idée ou ce « je » ? C’est en cette immense élaboration que tout concourt (le conscient est la part explicite de cet océan indéfiniment étendu, jusqu’à ce chacun pour soi que sont les mois et qui se permettent, depuis leur reconnaissance, de porter chacun ses signifiants à soi, par lesquels il se désigne et donc par lesquels il est entré dans son propre champ et dans son activité).
Sans cette distance, rien de tout cela n’existerait pour vous et vous ne seriez pas. Mais ce “savoir” est un savoir de désignation et non forcément de connaissance ; le je cartésien se sait parfaitement mais ne se connait pas du tout ; il se-sait, il se désigne, il se signifie ; et son “être” consiste en ce mouvement de se signifier ; l’activité de conscience, en l’occasion l’activité de signifiants, montre le monde, les choses, autrui, soi, etc (la connaissance fait partie, est une partie de cet ensemble de signes, ainsi le christique, qui reprendra la totalité de la pensée, grecque et puis romaine, et puis également testamentaire du reste, offre une étendue bien plus ample que la seule “raison” ou le seul universel ; il ne limite même pas les esthétiques ou les poétiques, (etc), à l’universalité, mais explore quantité d’autres possibles (et d’intellections et de politiques, éthiques, et ainsi de suite) et propose non pas l’universalité mais l’universalisation, ou dit autrement la singularisation par et pour chacun.
De là que la révolution qui fonde l’humanisation de tous dans l’histoire (après que le christique ait insisté envers autrui et la littérature amené ce royaume ici bas, depuis le moyen âge), la révolution aboutit à l'individualisation (dont le cumul des années soixante du siècle dernier).
Dit autrement encore ; l:’universalité (de raison) est limitée ; elle ne rend possibles que quelques rapports ; elle n’autorise pas par exemple que le réel soit créé, créé au fur et à mesure , ou alors l’œuvre est l’image de l’ordre, du beau, du vrai, du bien) ; or il est clair que le long des siècles il fallut justement créer le chemin ; l’église, chrétienne, est déjà une création, inattendue, mais qui confisque évidemment (comme tout établissement humain) l’organisation. Or si l’on suit le christique, il s’agit que chacun soit en mesure de s’élever ; élever son individualité ; croire le contraire c’est imposer encore et toujours une universalité (qui est très bien en elle-même, si l’on veut, mais qui n’assume pas tout le devenir ; cad les siècles qui créèrent l'humanisation et la personnalisation ; seuls les sujets, les arcs de conscience portent, supportent, élèvent, organisent, concrétisent l'ensemble de tous les rapports possibles (qui excèdent la seule raison) ; c’est de toute manière ce que lance le christique ; que chacun soit la mesure d’autrui (et puis de soi-même) ; on sent bien de toute façon que l’humanisation sans la personnalisation n’a pas grand sens.
Mais cela signifie ceci ; que les champs de perceptions (qui incluent évidemment la perception de soi par soi-même et des autres) se soient indéfiniment étendus. Mass et puis micro médiatisations, qui eurent dû se transformer en mass et micro médiations, par lesquelles chacun s’investissait possiblement en l’autre et l’autre en chacun, obtenant par la représentation une présence sensible, émotionnelle, imaginale, intellectuelle ou intellective. Est-ce un échec généralisé ?