Ou le logos français.
Descartes ; toujours cette difficulté à comprendre qu’il ne s’agit pas de l’entendement, de la pensée, de l’esprit et du corps, mais de la conscience. la conscience fait groupe à part ; elle est originelle et avant toute “pensée”, avant même toute représentation. C’est pour cela que le cogito n’est pas une preuve, théorique, rationnelle, mais un fait et inaugure l’étude, l’analyse de ce fait (qui sera continuée, cette analyse, par kant, Hegel, Husserl, Sartre, et Lacan, à sa manière, sous la forme du “moi”, des années soixante en particulier). C’est un fait, ce qui veut dire un mouvement et se montre tel quel ; en se mouvant “je suis, j’existe”.
La conscience est un rapport (cad un mouvement) ; aussi ce rapport exclut, sur le moment, tout autre rapport ; acquiert son unité, son unité non pas consistante absolument, mais relative, à tout le moins, à ce mouvement ci ; je me signifie. Oublions les deux “substances” parce que plus tard Descartes commencera de saisir qu’il est, en réalité et en vérité, une seule substance ; la troisième substance, seule réelle (sous-entendu les deux substances précédentes étaient, au moins, affaire d’analyse, d’observation, de méthode).
Que la “pensée” soit la “conscience” (comme elle sera décortiquée plus tard, en philosophie) veut dire que cette conscience est antérieure à toutes les autres facultés ; la conscience n’est pas une faculté, mais l’unité du mouvement qui se diversifie en facultés, cad en domaines ; de perception, d’imagination, d’émotion, de représentation, de pensée ; ou en domaine esthétique, éthique, politique, de langage, de littérature, et évidemment d’humanisation et de personnalisation.
Et ce à vitesse grand V et depuis 2 siècles : depuis la révolution, ou ce qui en tint lieu auparavant, ou selon les variantes qui suivirent, puisque la structure, se manifestant, se propose des interprétations, relatives, du Même ; le Même, la structure, ne peut pas se transmettre telle quelle dans le monde, mais de manière plus ou moins approchante ; la révolution, française, est ici considérée, avec ses deux siècles qui suivirent, comme la plus précise ; elle conjugue la liberté ET l’égalité, l’un devant la mesure de l’autre mais aussi l’un propulsant plus loin le possible et en chacune des libertés et en une justice d’égalité, “juste” signifiant, à terme, sainteté ; une nation de saints, et pas du tout comme “religieusement traitée”, on sait que la “France” a su, a pu évincer la religiosité (au sens où la signification du christique est plus grande que toute institution, et toute église) ; et puisque pour le français il n’est pas de centre absolu, mais chacun et chacun pour chacun (égalité), est le centre ; le centre non pas absolutisé, et pas plus relativiser par quoi le serait-il en tant que sujet ?
Mais mesuré et mesuré certes par, selon et pour autrui, reprenant intégralement le christique (de même que le christianisme théologique reprend intégralement le logos grec), mais aussi par “soi-même en tant qu’autrui” ; cad soi-même par la littérature, que l’on a renouvelé, radicalement, et continué durant plusieurs siècles ; le chaque un est donc non pas un solipsisme exubérant ou dépressif (allemand, grosso modo), cynique ou agressif (anglais et usa), mais s’observant comme de sa distance et se constituant de sa distance ; et non d’une quelconque et très vulgaire croyance en soi ; de là qu’il soit arrogant, insolent et rigolard (comme Céline) ; c’est bien somme toute d’une version universalisante que le christianisme est devenu fou ; le français, à proprement parler, est mesuré ; oh grands dieux suspendons la croyance, celle-ci ou celle-là, qui ne vaut pas la liberté de vue ; Montaigne, les moralistes, le classicisme (Molière etc), Rousseau et ses confessions, et une telle quantité d’autres ; puisque si le chaque un est mesuré par lui-même ou/et par autrui, c’est qu’il voit, le chacun, plus grand, plus précisément et sans trop d’illusion, mais réalisant (voir les pages des inventions au cours de l’histoire, sur wikipedia).
Peut-être peut-on déduire le français de sa langue, spécifique, comme toutes les langues, mais de quoi la langue est-elle le nom ? Elle naît d’un entrelacement de relations, à soi et aux autres, et à l'histoire, les faits, et l’historicité, l’esprit, dirait Hegel, et d’une expérience générale et particulière qui a pu, a su se donner une langue et une création, née dans et par le roman (la langue et le roman, serait-ce idéalement, cad ouvrant dans l’humanisation un processus infini, une structure et une structure relationnelle, par la féodalité française et par la relation homme-femme du fin-amor, de l’amour courtois et de la relation sujet-roi, vassalité et fidélité et honnêteté, et courage et prouesse qui se déploie en prouesse mystique, de l’aventure, invention originale, jusqu’au mystique et tout ceci sous différentes versions, variations, finalités ; le nombre de continuités, durant 2 ou 3 siècles, de Chrétien de Troyes est tout simplement stupéfiant, puisqu’il se découvre un champ entier de possible ).
Que l’on soit non relativisés mais mesurés c’est tout différent. Qu’est-ce et où se situe la dite mesure ? On a dit déjà qu’il s’agissait de la littérature, et originellement de l’intégration et donc l’incorporation du christianisme ; si évidemment il s’agit d’une considération presque immédiate d’autrui, de son point de vue, il est également question de la perspective offerte sur soi-même comme si j’étais un autre ; dit autrement est effective la mise à niveau, L'update, l’upgrade de la conscience ; elle s’étend dès lors à l'incroyance (ce qui aura lieu, puisque tout le 18éme et tout la révolution se présenteront tel un affront à l’église, sinon à dieu, prix à payer pour que du royaume spirituel la vérité se transmettre à et en l’historicité), mais également à l'impossibilité de croire, donc, que la structure, la vérité puisse se concrétiser vraiment dans le monde, le donné, et tout autant le vécu ou le corps ; ou donc, il se dispose, se prédispose une sorte d’affect absolument et radicalement spécifique et pour le dire unique ; c’est ici que cela se passe mais en même temps “ça n’est pas ça”. Comme dirait lacan, “je te donne ce que n’ai pas, à toi qui n’en veut pas”.
Sens de la mesure et des distinctions, qui puise à même la réalité et le vécu et l’idéalisation et donc l’idée qui donne à voir (depuis Platon, et Socrate, c’est la pensée de chacun qui montre le monde que le groupe, la représentation commune ne perçoit pas ; les idées seules montrent le donné), et sens de la retenue, de l’étonnement, de la suspension, du recul et de la perspective ; les romans se conçoivent comme continuation de l’antiquité, de la bible et du christianisme mais aussi du celtique, du merveilleux et du folklore ; autant de reculs permis sur l’actualité de l’invention( dont s’enorgueillit Chrétien de Troyes) ; il est une historicité directe et assumée (même excessivement imaginée).
Si dans la réalité, existe le Potentiel (la réalité puise dans le possible afin de se réaliser) ; un arc de conscience, un sujet, ce rapport de conscience s’instancie lui en tant que Virtuel (appel à ce que l’on peut devenir, ce que l’on désire, ce que l’on cherche ou pas, le Graal étant le signifiant absolu de tous les signifiants, et pas qui s’y soit trompé, tout est parfaitement assumé comme tel en et par ce temps, cette époque, cette épopée existentielle d’alors).
Insistons. Il n’y a pas, dans la vie, la réalité, le monde, l’être une consistance, une unité, une fusion, mais une distance et c’est la distance qu’il faut réal-iser, rendre réelle et rendre réelle en tant que distance … et non en tant que “réalisée”. Aussi toute la littérature est de telle manière la mise en forme (qui se re-crée en chaque lecteur) de cette distance et sans laquelle il n’existerait pas de littérature et pas de lecteur ni d’auteur (il faut qu’il existe un auteur qui s’adresse, l’adresse, l'adressage (le postage si l’on veut) est essentiel) et même il n’existerait pas de héros, dont justement le roman, le poème, le théâtre est la monstration de la Distance, constitutive de tout.
ou donc il n’existe pas de fusion et pas plus de confusion ; toute opération (littérature ou philosophie, politique ou histoire, etc) opère une distinction ; un je pense, je suis ; en lequel on n’est ni l’un ni l’autre ; mais justement celui-ci qui lit ce “je suis, je pense” ou qui considère que l’être est pensée-étendue ; ou noumène-phénomène ou conscience-historicité (hégélienne). Introduire la distinction c’est entendre saisir les rapports et donc distinguer ce qui autrement resterait confus ou fusionnel.
Aussi la fin’amor, l’amour courtois, s’impose-t-il comme le cadre absolument spécifique qui renvoie l’homme à lui-même, la femme à elle-même et l’homme et la femme à eux-mêmes et eux-mêmes dans leur situation sociétale ; il est clair qu’il ne s’agit pas de distinguer afin de ségréger, mais installe chacun en son essence, ce qu’il faut définir comme champ phénoménologique (ce qui veut dire ; champ qui dépend des choix, des orientations (et désorientations, voir Rimbaud exemplairement), des intentionnalisations qui se produisent, de l’activité de chacun des rapports, qui s’inventent et se créent ; les sujets comme rapports créent les nouveaux rapports, ceux inouïs, ceux jamais vus, jamais expérimentés ; c’est bien le propre de la “définition” de l’humain comme rapport, chaque un, que de produire, créer (et non pas se croire en telle ou telle fusion d’essence ou confusion du monde et du vécu), le rapport, le sujet, étant immédiatement sinon instantanément activité. Instantanément (étant un raccourci du temps lui-même).
évidemment les femmes n’ont pas le même rôle que les hommes et les sexes sont tenus à leur rôle respectif ; mais outre cette répartition de rôles, l’un et l’autre s’entretiennent étonnamment à égalité et chacun son registre ; la femme n’est absolument pas un “objet”, et non pas de désir seulement, mais idéale et l’un et l’autre rendent possible une singulière élévation ; la femme s’entremet du monde féerique, celtique, merveilleux, mais tout aussi bien sociétal et même institutionnel, et ainsi du “passage” en général d’un registre à un autre.
Et femme également parfois dangereuse et “autre” (c’est quand même une des plus singulières étrangetés que ces “autres mondes”, séparés par l’eau vive, une rivière, un pont) et femme tout autant manifestant l’orthodoxie (des relations, aussi bien privées qu’instituées, Guenièvre, telle châtelaine) que l’hétérodoxie du monde courtois (Guenièvre et Lancelot, par ex, amants, reprenant le Tristan de triste figure ; Chrétien de Troyes réinstalle l’amour en l’individualité, dans la relation, dans le monde naturel et dans la sociétalité et ce jusqu’à la Joie de la Cour d’Érec ) ; d’une manière générale les femmes sont plus réfléchies, plus clairvoyantes (et entremise de toute sorte de magie ou d’un autre point de vue mystérieux).
Paysage, devenir que subit en réalité le chevalier, pour son bien, ou son malheur ou, en vérité, pour son destin ; l’aventure, c’est cette catégorie unique et exclusive du roman ; qui se permet alors de puiser dans la vie, le donné, le relationnel, la passion, l’affect et l’étonnante vie vécue, tel que tout cela se donne sans rechercher l'exemplarité du mythique, du légendaire ni de l’épique ; un roman impose sa quotidienneté et on en attend la signifiance, ou la conjointure dirait Chrétien de Troyes, toute à la discrétion de l'auteur, qui cherche et trouve le sens, la signification nouvelle, ce qui veut dire les nouvelles distinctions, reprenant le passé, Tristan ou les romans imitant l’antique, ou découvrant le futur, le possible, le relationnel renouvelé et créé, enfin, neuf, à nul autre pareil ; et tout aussi bien la tournure significative des aventures et en s’attachant réellement à son époque, sa réalité sociétale effective) mais cette aventure cherche le choix du destin, le contraire de l’aventure, mais qui ne peut naître que de l’aventure, d’autrui, du vécu, de l’éprouvé, et poussant l'immédiat, la confusion, le confus vers le distinctif ; et les étonnantes délibérations, psychologiques, psychiques (relevant de l’inconscient et de l’équilibre et déséquilibre de la jouissance au sens lacanien), et existentielles d’Erec, de Lancelot, d’Yvain, de Perceval ; déséquilibres et équilibres inouïs, de distinctions et de nouveaux rapports, dans la féodalité, la chevalerie, la relation courtoise et le monde courtois.
Cet univers, courtois, qui fait-monde, la cour du roi Arthur, et qui relance constamment son équilibre, via les démarches, parfois folles et déraisonnables des chevaliers en quête d’aventures (puisqu’il ne s’agit plus de faire raison, logos grec ou théologique, mais littérature et conscience de soi) chevaliers qui parcourent le monde donné, et les autres mondes, mais bien plus la conscience du lecteur qui traverse d’une vitesse infinie quantité de devenirs individuels parce qu’individués, par les signifiants et par les signes, dont le Graal est le signifiant souverain, à la fois synonyme de réussite et d’échec ; les deux parce que le propre de la nouvelle littérature n’est pas d’être conclusive ou professorale (comme les mythes, légendes, épopées ou antiquités), elle est de conjoindre le lecteur et les signifiants.
Puisque les “romans” sont extrêmement difficiles à comprendre, littéralement. Lancelot, Yvain ou Perceval transmuttent par des phases abracadabrantes ...... et incroyablement significatives. Jusqu’à que chacun se prononce “je” (je suis Lancelot, je suis Perceval). Ce sont de purs mouvements extra-ordinaires qui lancent, intégralement, toute l’Europe, et singulièrement la France.