S’il n’était le Sujet pour le maintenir en vie, le moi, toutes les espèces de mois s’effondreraient dans leur immense pauvreté
mentale. Il n’est pas lieu même de parler de pauvreté intellectuelle, ça n’est un secret pour personne… Mais mentalement attardé, le moi ne synthétiserait plus que son affreuse immédiateté et son
absence d’envergure ; replié sur ses intérêts immédiatement sensibles, peu enclin à ne serait-ce que les augmenter de quelque dimension esthétique, au sens propre, que ce soit. Pour lui
l’esthétique confine à l’émotion soit bêtifiante, soit surfaite, grossière ; il faut lui fournir un visage larmoyant en gros plan énorme pour qu’il soit … ému. C’est bien désigner là l’incapacité
de toute distinction (dans les deux sens ; incapable de distinguer les nuances et sans aucune élégance ; il a le visage peint grossièrement sous les yeux, son propre masque).
« Le monde est plein de gens qui se disent des raffinés et puis qui ne sont pas, je l'affirme, raffinés pour un sou. Moi, votre serviteur, je crois bien que moi, je suis un raffiné ! Tel quel
! »
Céline, Louis Ferdinand
N’ayant accès à aucune part de lui-même, sinon les milles reflets stupides qu’on lui présente allégrement, se vautrant d’une satisfaction ignoble d’être soi et rien que soi, exonéré de cela par
toute l’infamie fainéante d’un monde humain sans vérité d’aucune sorte, cad sans projet ni espèce d’ambition, il n’a aucun remords, aucun regret, signe d’une âme amoindrie, végétale, inorganique
même, semblable à la pierre ; insensible ; et pour cela, ceci est un monde de mort.
Si l’abstraction est la substance de notre être, c’est que notre être a basculé de l’autre côté ;
non pas celui qui bêtifie de croire en la réalité et y trouver là une unité, laquelle est fantasmée, mais celui qui sait qu’il se doit de relier les réalités et que pour cela, il n’existe que
l’universel.
Or à rebours de ce qui se croit, l’universel n’annule pas l’individualité, mais la transforme en
singularité.
Par quoi définir la singularité ? Sinon d’abord de préciser ceci ; il existe encore un
devenir bien qu’ayant intégré l’universalité de son propos, un sujet devient son être ; il est un être-singulier qui n’existe que via et au travers de l’universalité.
On peut comprendre l’universalité comme ; l’’hypostase de la communication ; dans la mesure
où les unités d’un groupe doivent communiquer, il se développe un langage commun. Mais ce langage ne fonctionne, même a minima, que si il correspond à une réalité dans le monde. Cad que si
désignant ceci on parle du même ceci ; ou ; démontant telle action, l’action correspond effectivement à ce que l’on prévu et dit ensemble. On peu donc prévoir que d’une part la vérité
entre les sujets, et l’adéquation entre le contenu et la réalité sont deux devenirs possibles de toute parole échangée. Moralité, véridique et objectivité, véridicité.
Mais aussi que la transmission est en elle-même une unification forte ; au sens où même si elle
est fausse (mensongère et /ou inexacte), elle se préservera ou risquera de se préserver au détriment de la véracité et de la véridicité…. Aliénation fondamentale voir fondatrice.
Enfin, que le groupe avec son langage fonctionne comme un ordinateur ; il traite l’information et
l’intègre dans un projet. En quoi donc ; soit il peut s’ouvrir au monde dans toutes ses donnée (au lieu de restreindre les données en une unification hâtive ou bricolée). Soit il peut
admettre un bouleversement interne ; qui consiste en ce que chacun, chaque unité, peut en modifier les contenus et de plus retransmettre ces modifications aux autres en toute connaissance de
cause. Connaissance et liberté, donc.
Toute société fondée sur sa propre unification va théologiser son unification ; puisque la
transmission prévaut sur la véridicité libre et sur la vérité objective, le texte de vérité commune est intouchable ; son origine n’est pas en notre possession.
Mais dans le même temps, toujours la soupière reçoit son même couvercle ; telle société doit
encore s’auto communiquer et donc s’auto entretenir … le poids du couvercle est considérable ; mentalement nous ne sommes absolument pas préparés à accéder à une gestion hors-norme, hors de
la norme unique millénaire qui est incluse probablement dans tout processus langagier.
Mais pas seulement, parce qu’il est absurde de traiter du langage et donc du traitement ad hoc de
l’information, sans que l’on prenne en compte l’agent effecteur ; c’est, lui, cet agent, afin de s’y repérer, qui applique le langage à même la peau ; afin qu’elle soit une image pour
les autres (sinon lui-même est en danger de ne plus communiquer …), que sa peau soit un signe. Sa peau pour marquer à quel point, à quel degré son être lui échappe ; dès qu’il commence
de signifier, il entre dans la transmission ; qu’il y entre n’est pas un problème (que pourrait-on de par soi seul pouvoir signifier ? Rien. La transmission est et constitue notre être,
humain, individuel, etc). Le problème est qu’il n’en sortira pas.
Ici comme ailleurs, il ne s’agit pas de retrancher quoi que ce soit ; (de se restreindre à une
critique idéologique de l’idéologie ; il n’y a jamais que des idéologies, sauf à faire exister une surdimension de véridicité ; cad une systématique) mais de saisir ce qu’il peut y
exister en plus.
Par conséquent l’enjeu pour n’importe quel sujet, est de surajouter à son vécu déjà totalement inscrit
dans une transmission (ce qui est plus qu’une communication ; une communication transmet quelque chose extérieure ; la transmission est déjà tous les quelques choses en interne et forme
un ensemble auto régulé ; la transmission est l’horizon de toutes les communications et échanges et objets et corps et signes et tient son idéal encore de la tribu parlée dans et par le
symbolique ), de surajouter une unification qui en échappe.
Pourquoi ? D’abord parce que cette dimension existe … (c’est ce que la philosophie martèle depuis
le début ; il existe une véridicité qui échappe au contingent). Ensuite parce que si n’importe quel sujet n’est pas re-lié autrement que selon ce qu’il transmet, autant mourir. C’est comme
de ne pas exister.
On existe, certes, pour les autres, pour ce que l’on apporte à la « communauté », pour ses
œuvres morales, ou immorales, pour les objets. Mais s’il n’existe pas de di-mension, alors la conscience de soi est une simple fonction de tout le reste. Et s’il s’agit de réorganiser l’ensemble,
sans en passer par l’acquiescement individuel libre, alors ce qui sera acquiescé existera d’une moindre existence. Pârce que ce qu’apporte l’individualisation, ça n’est pas seulement la liberté
de chacun, c’est en tant que cette liberté n’appartient à la vérité d’une communauté mais nait par et pour la véridicité même ; celle du monde sans l’homme, du libre sauvage, de la
di-mension sans restrictions entendues (déjà entendues et pré pensées dans une communauté).
Que la vérité en soit pas prépensée dans une communauté cela
signifie que les signes, qui s’emploient pour transmettre, existent en tant que systèmes inventés et libres et qu’ainsi se multiplie le possible. Que cette possibilité systématique revienne à
chacun implique que l’on puisse (quiconque) passer du symbolique, partagé mais aliéné (au sens objectif, et non pas idéologique), aux signes purs et peut-être simples.
Pensée (dianoia) et discours (logos), c'est une même chose, sauf que c'est au dialogue (dialogos) intérieur de l'âme (psyché) avec elle-même qui se tient sans passer par la voix (phônè) que
nous avons donné ce nom "pensée" (dianoia).
(Sophiste, 263d)
Il faut insister sur "sans passer par la voix" ... ça ne doit pas attacher (comme la poêle).
Non pas parce que la matière, ce n’est pas bien. Mais parce que ça ne se meut pas pareillement quand il y a
de la matière. Ça se meut, la pensée, plus vite quand il s'agit de signes purs ; le plus pur possible ; sans mélange. Les grecs découvrent l'abstrait (non pas l'abstrait en soi, qui a toujours
existé, mais l'abstrait systématique ... ce qui est très différent), et dans une certaine mesure nous faisons fausse route à croire que l'individuel peut être en lui-même infini, que l'on puisse
par ex s'adresser à quelqu'un infiniment... sans passer par l'universel ....
C'est que pourtant la distinction nous est déjà pensée. Dès Descartes, qui l’inaugure ; il sait bien la
distinction radicale entre la volonté et l'entendement ... ce sont deux registres séparés. Qu'il faut bien unir un jour évidemment. Registres que l'on peut unir via la volonté ; Husserl,
Nietzsche, et de façon plus complexe, Sartre, (et oui, Sartre mêle le monde à l'équation ... ce qui obscurcit considérablement... et est extrêmement courageux...quoi qu'on en dise ... ). Ou unir
via l'entendement ; les autres, et le plus fabuleux reste Hegel ; il bascule entièrement la volonté dans et par le discours ; la volonté n’a d’effet et de réalité que « dite »
et donc dite parmi tous les êtres, au milieu d’eux et visiblement ; il n’y a pas de reste pour Hegel, tout est là, et il réalise ainsi la philosophie du discours totalement et pour
toujours.
(Mais la philosophie ne se limite pas à la philosophie du seul conceptualisable ; il reste quand même le
sujet, la volonté, l’intentionnalité, le libre, et … le monde réel).
Platon reste l'idéal du discours dont l'essence est le "prononcé" ; ce qui est parlé ; là, il dit que ça
parle, mais "dedans" ; cad abstraitement.
Il arrive un moment on ne perçoit plus un tableau, n'entend plus une musique ; on perçoit sons et
couleurs ou lignes .... et on se dit que certes ça parle d'une femme qui pleure et ça dit quelque chose, mais que ce qui intéressait Picasso, c'étaient la logique (abstraite) des formes. C'est ça
le "vraiment vivant". L’abstrait est le plus intensément réel pour tout esprit mais et c’est plus difficile … pour toute volonté.
Il n'existe pas a priori une science objective de la réalité ; des réalités, oui, on peut parvenir à une
saisie contrôlée de ceci ou cela. Masi il n'existe pas non plus une vision épistémologique de la connaissance ; pas au sens où cette épistémologie remplacerait l'unité absente qui creuse la
philosophie (et si la philo est vraie, qui creuse l'être de l'homme).
On ne peut pas dissoudre l'intention qui nous anime dans un contrôle en amont ; pas plus qu'en aval ; ni
l'origine, ni la finalité dernière ne peuvent être pensées mais seulement dites, exprimées autant qu'on le peut (ce qui demande une historicité et de comprendre cette historicité au fur et à
mesure). On peut éventuellement contrôler ici et là le trajet du fleuve, mais ce sera « en cours de route ». De sorte que ce contrôle fera lui-même partie du trajet, de
l'intention, et qu'en définitive celle-ci reste seule maitre à bord. Sauf qu'elle ne sait pas où elle va ni ce qu'elle prononce, énonce, exprime. Qu'elle doit ainsi tirer de son
chapeau » cela, qu'elle dit ».
De où cela s'origine-t-il ? Et comment cette origine ne saurait être qu'unique et constante, et hors de tout
relativisme, ne signifie pas que l'on s'en réfère à une vérité (toute universelle), mais à une subjectivité capable de l'universel ... ce qui est tout différent d'une subjectivité d'une
part, livrée à elle-même, (y compris en instance intersubjective, ce qui est raisonnable, mais est aussi la porte ouverte à tout), et différent d'un universel qui existerait hors et sans le sujet
... ce qui est impensable.
Impensable à moins de descendre d'un niveau ; cad de fabriquer une science de/sur la philo ; ce qui est
tout à fait acceptable et bien intéressant, ça n'est pas le problème, mais ce qui manque de fondement ... Et par fondement il ne faut entendre que l'on désire un fondement qui s'imposerait hors
la décision des sujets ; mais un fondement qui justement impose que les sujets décident (cad qu'ils sont condamnés à être libres, en gros).
Ce qui est remarquable, c'est que finalement la démocratie qui n'a aucun contenu privilégié a priori, est la forme
de l'organisation qui pose le libre partout où il est judicieux. En ce sens la démocratie st une non société et c'est pour cela qu'elle est toutes les sociétés. Soit ; le passage de la
communauté (de n'importe quelle type mais intégrée), à la forme (absolument abstraite, mais de par le fait, effectivement réelle). Nous sommes devenus, glissés dans la forme pure et simple ;
la forme pure du sujet cartésien, de la moralité kantienne, de l'Etat hégélien, de l'existentiel sartrien, etc.
Toutes mises en forme qui affectent considérablement notre être, notre personnalité, notre statut, nos rôles,
notre vécu, dans sa matière même, dans sa perception qui atteint elle aussi un art pur et simple, et dans sa proximité au monde même, là.
Dans la mesure où nous sommes des êtres de signes, utiliser les signes, change, modifie, approfondit notre être ;
il serait selon notre être réel d'écouter de la musique classique constamment, mais nous peinons au-delà d'une certaine capacité d'attention : ainsi nous avons inventé une musique qui puisse
nous accompagner quotidiennement. Il faut bien marquer l'ampleur du phénomène ; c'est une musique qui joue le corps, qui suit pas à pas le corps lui-même ; comportement compris. Où l'on
voit que dans ce monde-là, le signe est redevenu symbolique ; il représente quelque chose pour quelqu'un ; il ne représente pas les signes pour les signes ; et ne libère donc pas
le sujet de son être déjà là. Puisque seuls les signes valant en eux-mêmes permettent au sujet de délivrer l'espace au-devant de soi comme n'appartenant à aucune intentionnalité
particulière.
Or le moi n'existe jamais sans un tel particularisme de l'intentionnalité. Il peut bien se perdre dans la
multiplicité des choix, mais ce sont déjà des choix choisis ; on ne s'adresse pas au monde n'importe comment, à n'importe qui, n'importe où, en n'importe quel sens. La vérité est que tout
est intensément codé ; même si il existe de plus d'immenses zones incodables-selon le langage ; entre les groupes, au-dedans des interrelations, des relations entre
chacun.
Une quantité considérable de réalités humaines ne participe pas même du langage ; le langage est uniquement
utilisé ici et là dans telle ou telle opportunité afin d'ouvrir ou de clore une action, une activité, une mise en organisation d'un donné. Le langage est pris dans des ensembles ;
disons ; de comportements qui, eux, existent dans les choses, entre les objets, entre les rôles, entre les identités. Il existe un outil des ensembles comportementaux eux-mêmes complets.
Complets parce que les comportements sont nécessairement organisés tels que déjà inscrits dans un monde ; dans un monde on n'y est pas hasardeusement ; parce qu'un « monde »,
c'est déjà déterminé ; que toute apparition dans le monde est préinscrite par ce monde lui-même. Et cet outil c'est le moi comme fonction ; ce qui en l'empêche pas d'être soi, mais qui
déplace singulièrement le centre de cette personnalisation.
De sorte que l'on peut dire ; tout est réalisé. Le langage est entièrement ce qu'il doit être ; les
comportements se répondent et correspondent exactement aux objets, signes, lignes et séries humaines. L'ensemble tend irrémédiablement à se refermer. Et il est de la nature même du moi
d'étouffer.
Sauf lorsque cet ensemble d'ensemble est parcouru, secoué par le seul signe. Cad lorsque s'introduit dans
l'ensemble, un jeu pur et simple qui ne programme son développement dans aucun monde. Les mathématiques sont par exemple un tel jeu.
Ce que Wittgenstein appelle le mystique me semble être la réalité du monde ; que le monde soit, cela lui est
éberluant. Il s'aperçoit d'autant qu'il en est extrêmement doué, que la logique, cad l'essence du pensable, ne peut pas être comprise elle-même dans une autre expression ; il faudrait un
métalangage ; on ne peut pas penser la pensée, sauf à la résoudre d’autre chose ; l’esprit absolu par ex ; (ce qui il est vrai ne dit rien … cad « rien », mais par contre
dit énormément de réalités au-dedans ; une fois l’esprit absolu accepté).
Or si le monde existe, en même temps tous les mots sont ce qui nous dit le monde ; ce qui est aussi
éberluant que le fait qu’un monde soit effectivement réel. Ainsi le langage est aussi étrange que le monde (et ses Choses non dites), mais cette fois le langage nous l’utilisons ; si les
choses ne nous sont pas immédiates (il faut les dire), les mots nous sont proches ; bien qu’infiniment étrangers ; puisqu’ils parlent d’un monde sans expliciter quoi que ce soit ;
il y a une an-intentionnalité profonde de Wittgenstein qu’il dénote dans tout (ce qui est, monde comme langage).
C’est du rejet de l’intentionnalité « métaphysico-ontologique-transcendantale » que tout apparait
comme « là » ; parce que la métaphysique (qui voulait obtenir un discours-objet qui contienne tout), s’est révélée être une intentionnalité et n’existe ce discours, ces savoirs,
que par et pour une intentionnalité.
Wittgenstein ayant bien compris qu'il n'existait pas de langage du langage, cad de savoir – objectif. Par
quoi il entend condamner toute philosophie ; il n’existe pas de savoir absolu hégélien, et les transcendantaux kantiens et bien, ils sont « là » …. comme n’importe quel objet ou
chose du monde, opaques ; ils permettent de comprendre, mais on ne peut pas les comprendre (on ne voit pas, conçoit pas le fondement de leurs principes).
Ayant compris cela, et ne désirant pas s’engager dans le constructivisme métaphysique (qui est à mon sens la
seule non pas porte de sortie ; mais la seule source de vérité possible), ne se permettant pas de jouer de l’intentionnalité comme construction du vrai (par quoi le vrai est
découvert/inventé) et ne réservant le statut de vérité qu’en tant qu’objective scientifiquement (par quoi il pousse comme des tas d’autres, à éliminer la philosophie elle-même ; du reste il
le dit nommément ; il faut toujours entendre ce qu’un type intelligent raconte de ce qu’il fait ; en général c’est vrai. De même que Nietzsche, et il le dit, veut dynamiter la philo
…),
il lui reste à Wittgenstein non pas de tirer une vérité de son analyse du langage (ordinaire), mais à
« faire voir » au travers de difficiles mais quand même bien intéressante déconstruction ou para construction des propositions du langage de telle sorte que au travers de ces
modifications on commence de percevoir, de se rendre compte non pas comme le langage ment, mais comme parfaitement vrai, il ne recouvre pas encore tout ; il s’agit donc de
montrer ; mais montrer le langage dans d’autres états (de faits, cad peut-être parfois d’autres états de faits vrais… ). L’indicible est ainsi pris dans cette ambition, assez extraordinaire,
de faire-dire au langage pourtant commun, (puisque l’on n’a pas accès au sur-langage ontologique).
Ainsi il ne déroge pas du tout à ses principes (le langage est vrai, là tel quel, il fait-voir et il n’y a
que lui), mais en même temps il ruse ; il utilise ce langage pour le décaler sur la surface du monde. Et au travers des décalages il fait voir ou l’espère le mystique, le non dicible, le
fait du monde.
En somme les intérêts humains immédiats anéantissent la transmission idéale ; ce qui consiste à bifurquer la
saine rationalité au profit d’un intérêt(s) structurel de groupe.
Etant entendu que cette saine universalité n’existe pas encore dans toutes les déterminations et que par
conséquent l’intérêt humain grégaire de Sens s’y substitue. Mais aussi que ce Sens agrégé fera spontanément tout pour détourner les affleurements rationnels ; y compris dans des sociétés
dites raisonnables, puisqu’il est dans l’essence même de ce qui est (déterminé) de se refermer sur soi ; le langage , partagé , et attiré immédiatement dans le symbolique, cad la résolution
simpliste de la réalité, n’échappe pas à la règle ; il se détourne du regard et s’emploie à renouer les mêmes fils, et non pas à élaborer de nouvelles hypothèses .
Des comportements ou des signes sont de telles hypothèses ; des manières d’y être ou des expressions ;
qui entament les flux langagiers, les échanges eux-mêmes, matériellement, effectivement (et non pas seulement dans la bataille des « idées ») ; les flux installés sont de
véritables murs alors même qu’il existe une profusion de flux.
En démocratie avancée, il faut se demander ; où sont-ils ? Parce qu’en démocratie avancée, c’est la
forêt qui cache l’arbre ; qui dissimule le nœud, le tissage, le Sens de pure nécessité aliénante, provalent, cela même qui dérive les signes, purement factuels et à disposition des esprits
individuels, en symboliques déjà liées et déjà échangées.
Il est bien certain qu’une société humaine veille jalousement à son langage, puisque celui-ci commandite également
le système d’échange ; en réalité, tout est absolument millimétré ; toute différence dans les signes n’engage pas seulement l’acte lui-même, mais la prévision ; que donnera telle
différence à l’avenir ? Peut-on engager un échange constructible avec telle personne ? De tel groupe à tel groupe comment prévoir l’échange ?
Il existe donc une pression toujours réelle même lorsqu’elle est allégée et dispersée ; elle engage non
seulement les échanges, mais les êtres, entièrement. Il n’est pas d’anfractuosité en quoi que ce soit ; parce que notre esprit construit toujours immédiatement les réponses avant les
questions qu’il, ensuite, se pose… Ce qui ne rend pas la vie, le vécu très éclairant ; hypothèse qui agace prodigieusement ce qui veut nous faire accroire que dans le vécu, on se
réalisera.
Puisque chacun se destine à répondre aux signes ou à les retransmettre ; y compris et inclus les signes de
révolte ou de négation. Il n’est pas d’espace et cela nous contrarie beaucoup puisque contrairement aux sociétés symboliques (il s’agissait de comprendre, de vivre non pas des
« signes », mais le sens des choses, des êtres, du monde et même en cette aliénation, le Sens aboutissait à sa compréhension en et par chacun ; un Sens illusoire ou hallucinatoire,
mais vécu), contrairement donc, « on nous a dit » que le vécu relevait d’une essence si personnelle que nous en serions convaincus…
La personnalité qui recherche sa résolution, (son bonheur, sa liberté, sa satisfaction, sa libération, sa
révolution, sa révélation, etc), est telle une pyramide mais dont la base s’effrite dans le donné, le passé, le psychologique, voir le biophysique, ou le génétique, et dont la pointe est
évidée ; sans aucun débouché (puisque l’universel fonde l’individualité, mais largue celle-ci sans aucune évolution réelle ; l’universel, politique, social, relationnel, de consensus,
d’institutionnalité, n’existe pas dans la projection mais seulement en tant qu’état donné, statut livré à lui-même, là, absorbé immédiatement par le donné, ce que l’on tend à considérer comme
« normal », mais qui en réalité ne l’est pas du tout).
La révolte n’est jamais que pseudo révoltes ; (sauf situations dictatoriales classiques). Parce qu’aucune
individualité révoltée ne peut pas au-dessus ou au-delà de son statut universel sans s’anéantir. C’est donc dans cette universalité même que se situe le travail nécessaire ; ce qui demande
donc de se poser la question ; qu’est-ce au juste que l’universel ?
Il se pourrait que l’on ne perçoive que la disparité de la philosophie ; ça parle de tout n’importe
comment. La vérité est que ça se poursuit et se continue adéquatement dans tous les textes, et la pluralité est en fait une progression invincible.
D’avoir inventé dans le langage une partie spécifique qui « pense », inaugure littéralement toute
la suite historique humaine qui viendra ; dans la représentation humaine est proposée le Savoir comme idéal et même comme idéal unique ; au sens où il existe des savoirs seconds mais
qui dépendent dans leur compréhension au moins, sinon parfois dans les faits, du savoir premier qui parle « ce qui est ». Soit en tant que « une chose n’est éprouvée que si
elle est connue en même temps que vécue, perçue, etc » ; soit en tant que l’on ne se décide vraiment qu’en connaissance de cause(s), entamant la possibilité
d’un devenir qui sait ce qu’il fait et qui crée donc son propre devenir , en dehors des devenirs naturels , bien sur, mais aussi humains puisque l’on invente un langage dans le langage :
dans le langage des peuples et des cultures, on invente l’universel, transculturel, d’une « non-culture » qui n’appartient à personne, mais à tous , en somme qui est abstraite et qui
réclame une individualité telle ; une individualité abstraite.
De ce point de vue, c’est le point de vue … Ainsi on peut comprendre l’immense développement
esthétique comme la mise en forme à partir de ce point de vue unique ; celui de l’individualité abstraite qui s’autorise au moins ceci ; de créer un système de signes indépendamment du
système langage ou symbolique commun, qui est uniquement dévolu ou essentiellement voué à la transmission.
Une société humaine a pour principe essentiel de se conserver ; aussi les dérives intransmissibles
sont-elles proscrites et absolument condamnées (sous entendu ; à mort). Toute société humaine finit (ou commence) dans la fermeture intransigeante de son système de transmissions (cad de
paroles ou d’échanges, d’esprit ou matériellement). Un tel système glisse dans le symbolique ; un signe n’a plus de sens que partagé ; il ne désigne plus rien d’autre que l’échange,
réglementé, d’une société en état de totale (auto) manipulation.
Mais lorsque vient à s’imposer qu’un système existe en soi (la vérité telle que vraie et non pas
« reçue » ou décidée par quelques uns) donc la vérité compréhensible par tous , ou encore que chacun est légitimement capable de produire des signes, alors ce qui se fait jour,
c’est la rationalité ; qui est entre autres ; la possibilité de traduire dans un langage, malgré tout commun, la multiplicité, sans que soit perturbée la transmission, cad la capacité
de se parler (et de s’organiser, de décider, etc), mais ceci compte-tenu de la prolixité libérée des signes ; de sorte qu’individuellement on devienne apte à organiser, voir produire des
signes.
On voit au travers de cela comme nous vivons d’une sale vie d’aveugles. Certes le Moi est la personnalisation qui
a pris le relais de l’humanisation. Laquelle humanisation est fondée selon l’universalité. (Le Savoir en tant que compréhensible et non pas ésotérique, mais entièrement
extériorisé).
Et certes le Moi est, au sens strict, « ce qui dispose d’un vécu et d’un système de signes adéquat »,
mais quoi ? Qu’en résulte-t-il ?
Rien.
Le moi se continue dans la pure idiotie. Bien loin de produire lui-même les signes et les systèmes de signes qui
lui autoriseraient à se parler, il ingurgite bêtement les flots délirants et fantaisistes qu’on veut bien lui produire d’être.
En fait il croit encore à la tribu. Il croit que de s’affubler de ces oripeaux de signes, le signifie, lui, dans
l’attention des autres. Il ne sait pas encore qu’il est absolument seul. Que personne, ni rien ne le regarde être ; il est sans témoin. Par exemple lorsqu’il n’est pas soumis aux
regards des autres, il s’imagine les observer « cinématographiquement » ou télévisuellement … Hallucination d’une communauté d’être, qui n’est pas.
Sinon existe la fureur d’y être, là, instantanément, et non pas sans raison, mais de raisons uniquement et
strictement intérieures, mieux ; internes, à toute cette grande extériorité froide. Dessous le Moi, et ses croyances tardives, ou ses relents de vieille fièvre, le Sujet est l’abstrait
cristallin ; il ne fait que ce pour quoi il est constitué ; il fait-être. Il ne se pose pas de questions au fond, il est déjà la réponse.