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instants philosophie

Le pur possible n'est pas navrant

16 Octobre 2010, 20:43pm

Publié par zwardoz

Le moi peut bien se débattre dans ses perturbations intimes, dans ses labyrinthes psychiques, dans ses déceptions relationnelles, s’imaginer dans l’encart des images mass médiatiques, (on produit industriellement sa nourriture psychologique), s’éprouver comme anxiété et haleine pas fraiche, rien ne fera qu’il ne se découvre un jour non pas un moi, identitaire, mais une personnalisation, un processus dont il faudra bien se demander ; qu’est-ce qui devient par exemple comme un moi, entre autres ?

A partir de cela, il comprendra que son être n’est nullement cet être délaissé ou fade, ce rapiècement, ce bric de broc de souvenirs inventés, cette masse de complications et compilations interprétatives, mais qu’il est, lui, le sujet de ce qui est. Qu’il n’est pour un sujet, que de définir « cela qui est » et rien d’autre que l’être en tant que « ça existe ».

Autrement dit, le sujet, qui se vit comme un moi-même, est un procédé, un processus, un dispositif ; c’est seulement un coup d’arrêt que sa stagnation dans l’empire industriel, sa profusion d’imaginaires, sa recollection des passés de l’humanité dans toutes ces cultures, ces littératures. Le Grand Musée.

Le devenir sujet de l’individualité est tout autre que cet étalement, cette profusion, et quand bien même cet étalement s’enfonce dans l’épaisseur du donné psychique, le devenir du sujet est de détenir universellement ou démocratiquement le possible ; pour le moi il n’est que l’universalité qui puisse le sauver.

Or si l’on observe la multitude d’images de soi, d’identités, de production artisanale ou industrielle de signes collant à la peau, il n’en est pas un millionième qui n’abaisse plutôt que d’élever. Tant on est si certain que le moi-même est, au fond, immédiat à ce corps-là. Les mille trouilles comme les plus grands désirs émergent puis s’écroulent, s’immergent dans le là, tombent dans le monde, et non pas ailleurs.

Comme le centre de gravité est installé au cœur du donné-là du monde, sous l’identité d’un corps, il n’est pas d’âme qui tienne le coup. Puisqu’enfin, l’âme ça n’est pas donné. Pas étonnant que l’on ne puisse déloger psychanalytiquement le moi de son corps, infesté d’images, de signes, et de morceaux du monde, pêchés ici et là ; il est lové au centre du cœur de ce qu’il a vécu. Il veut à tout prix que ça ait un sens, ou que ça prenne forme. Mais il n’est rien de formel, et bien peu de sensé, dans le devenir égaré des morceaux de monde que l’on est devenu.

C’est ailleurs que la forme existe ; elle prend pied sur l’autre versant ; et c’est de l’autre côté qu’elle tire du néant, du bord du monde, en somme du possible pur, qu’elle tire non pas une unité d’elle-même, l’âme n’a plus vraiment de soi, mais qu’elle tire du bord du monde, ce qui doit l’être.

Elle s’assigne à un devoir-être non de soi, illusion moralisatrice, mais un devoir-être envers ce qui est. Objectif et extérieur. Et qui est seul objet et manifestation de passion. Ainsi croit-on que tel autre sera amoureusement ce qui nous tirera de l’égaré devenu de soi …oui… bon, ça s’est très peu vu quand même… Parce que c’est tellement subjectif alors, que n’ayant pas le sceau de la rigueur de l’être, du bord du monde (qui a annulé les prouesses du pseudo- vécu), ça ne peut au final que revenir à la maison, rentrer bien-chez-soi, se calfeutrer ou s’agiter dans son sommeil.

Et comble du malheur se tenir de l’autre côté, ça ne se décrète pas ; ça se décide on en sait de où, ni comment et bien malgré soi ; on est un moi, comme tout le monde, on ne bascule pas sinon d’inconscience et de témérité abusive juste sur le bord à gicler hors du néant constamment.

On l’a voulu de la volonté étrangère, martienne, pas terrestre ; on l’a voulu contre sa « volonté » simplificatrice, la soumise, et du coup comme on ne se soumet au monde, on se perd de vue, sinon de succomber fort heureusement à la confiance, la foi, le goût du possible pur.

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