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instants philosophie

La vérité : "il y a de la vérité"

14 Octobre 2013, 11:01am

Publié par pascal doyelle

Il y a de la vérité est ce sur quoi on ne peut pas revenir ; parce que cela ne prescrit rien sinon qu’il faut tendre vers le potentiel pur et simple, en réalité complexe et retordu.

Ayant dépassé le groupe-langage-monde particulier, l’humanisation se poursuit bizarrement et doit inventer ses propres règles ; il n’existe pas de métalangage, mais il existe un dépassement du langage. Et ce qui dépasse le langage est incertain dans ses contenus (il n’est pas de « ceci est la vérité » mais non plus il n’existe pas de « il n’y a pas de vérité universelle et capable pour tous » puisque la tension doit être maintenue formelle), et doit ainsi créer ses propre critères ; de même que l’esthétique ou l’éthique pense ses propres repères ou produit son corps et son désir. Il n’y a plus rien d’écrit ou de partagé, il faut élaborer les règles d’inscription ou de partage ; la politique est la nécessité (cad la liberté) de produire ce qui n’existe pas comme règle commune.

L’humanisation se produit elle-même non plus en conformité à une vérité commune dans un monde parlé et un seul flux, mais comme séparée et divisée ; or ceci doit être pensé. La philosophie est la pensée, la théorie de ce qui arrive à l’humain ; de ce qui arrive partout et en tous sens . Des grecs au chrétiens, de l’esthétique à l’éthique (et au désir comme au corps), de jésus-Socrate à Nietzsche.

« Il y a de la vérité » engendre donc ; a des effets considérables ; ça permet de produire quantité de vérités ; peu importe alors puisque la certitude n’est plus en telle vérité, à laquelle on tient à toute force, en laquelle on croit, on y existe « dedans », mais la certitude est celle-ci ; l’être est. On ne sait pas ce que c’est, mais « il est de l’être ». Cela nous largue dans l’inconnu. Le non inscrit ; et puisque non inscrit il faut l’écrire, sinon ça n’avancera pas. Et comme il n’est plus de vérité, il faut inventer les règles de vérité potentielle ; ce qui peut être est non pas n’importe quoi, (quoique cela soit dès lors absolument possible), mais est selon certaines conditions ; et ces conditions ne sont nullement limitées à la bonne « prononciation », ni ne sont prescrits par "la Vérité", (quand bien même surgirait-elle de nulle part ou d’une statistique de l'être étal).

Ce ne sont pas des conditions théoriques seulement qui conformeraient une pensée adéquate et compréhensible. Puisque son enjeu n’est pas le compréhensible (qui retourne toujours au langage et au commun, cad à la vérité comme ceci est la vérité, réintroduisant les mêmes stéréotypes) mais la saisie ontologique.

L’idée de l’être n’est pas une affirmation substantielle ; cela définit un objet formel incompréhensible et vide. Cela induit un rapport incompréhensible qui relativise toute pensée en une affirmation formelle, qui relativise ces vérités à un être qui n’est pas relatif. Nier qu’il y ait là un rapport ontologique, c’est toujours en revenir à « ceci est la vérité ».

Croire que l’on puisse rendre étal et vrai en soi, ce qui est seulement par distance et distorsion, c’est ramener le gouffre ouvert à une platitude.

Comme ce qui arrive à l’humanisation est la réflexivité (la relativité de tout à ce qui n’est pas relatif mais inconnu, mais qui se-sait), cette réflexivité doit faire l’objet d’une pensée (outre que la réflexivité se déploie en esthétiques, éthiques, politiques, à foison ; il y a de la vérité, produit des vérités, des devenirs, etc, c’est le moins que l’on puisse dire). Elle doit élaborer non pas un métalangage mais le langage doit être dépassé par ce qu’il ne contient pas ; la pensée, ce que l’on comme tel depuis les grecs, est le déploiement d’une théorie de ce qui est antérieur au langage, au groupe, au mondes particuliers ; cette description requiert des idées qui expriment, représentent des rapports qui n’existent pas dans les mondes donnés, et cette description se cherche en se nommant ontologie.

L’ontologie est l’ensemble de toutes les règles qui mènent à la vérité en tant qu’elle maintient « il y a de la vérité », en tant que celle-ci ne peut pas s’atteindre sans réfléchir et que cette réflexion est une élévation, un devenir, un accès à. Il y a de la vérité, inclut la production de vérités puisque la certitude n’est plus dans une vérité mais dans le processus qui est un procédé (qui est de fait non aisé, il vaut mieux continuer d’espérer en une vérité étale). Mais cela s’oppose aussi à ce qu’il y ait Une vérité ou donc que la vérité soit séparément du réflexif qui la propose. On ne peut pas réduire ce qui est réflexif, ce qui est activement réflexif, et en rendre un discours en soi vrai ; c’est un processus, une machine, une machinerie. La machinerie philosophie est celle qui double la structure active, qui existe en toute l’humanisation, qui double le mécanisme réflexif.

Il y a de la vérité s’oppose évidemment à « ceci est la vérité » mais aussi à « il n’y a pas de vérité » ou « il n’existe que des vérités relatives » ; le cadre « vérité » ne peut pas être rempli (ni par l’absence, ni par la multiplicité incompréhensible, chacun du reste arguant de « sa » vérité, cad en fait maintenant « ceci est la vérité »). Mais si il ne peut pas être rempli, ce cadre lui-même Est, en tant qu’encadrement et fait l’objet d’une pensée qui en traite les conditions, et en formule les Règles ; lesquelles forment toute l’antériorité qu’est cette réflexivité en tant qu’elle se hausse.

La Règle est celle du gouffre définitif, de la séparation intégrale, de « ce qui fait-être », qui relie tout autant les conditions de vérité de la philosophie grecque que la formulation du sujet nietzschéen ; en effet les devenirs de la raison (caricaturale et caricaturée et ne comprenant pas cette caricature son objet même ; la philosophie) sont les devenirs du réflexif et c’est sa cohérence que Nietzsche (ou Heidegger ou Kierkegaard, etc) manifestent ; dont on ne peut pas dire qu’ils aient cessé de se saisir en cohérence. Les formulations réflexives poussent au plus loin possible la cohérence.

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