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instants philosophie

La philosophie et le désir

9 Janvier 2014, 09:27am

Publié par pascal doyelle

Le sens et le non sens
Nous avançons probablement vers d’innombrables catastrophes, et bien sur toutes les sociétés furent sidérées de leur propre fin ; fantasmée ou bien réelle. Mais nous disposons de chiffres, prévisions, et paralysés par l’impuissance à dévier une sorte de train lancé à pleine vitesse s’accélérant d’autant plus que les signes se multiplient. Qu’il y ait un de jours catastrophes ou non, l’essentiel est de considérer cette impuissance.
Ce qui est un comble puisque la raison, science, Etat, organisation même de l’humanisation se complaisent d’une maitrise dont on finit par conclure qu’elle est illusoire. Pareillement dans le cours d’un vécu, on est loin de continuer de prétendre à un contrôle de soi, de qui arrive et notre réaction ou action dans notre destin, ça devient un destin et non pas une liberté.
C’est donc que le contrôle (collectif ou individuel) s’avère limité et sans effet déterminant, fonctionnant à la marge, bricolage sur un fond, une masse inaccessible ; les structures économiques ou sociétales ou l’inconscient et les comportements personnels.
Il est une machinerie donnée, là, agissante, qui nous pousse et nous contrôle quoi que nous puissions penser ou décider ou quelque reprise qu’on en puisse tenter. Marxisme, psychanalyse, structuralisme, neurobiologies diverses, ne sont pas tant le refus de la raison raisonnante de la maitrise (fausse ou illusoire ou idéologique) que la continuation de la volonté de contrôle par d’autres moyens.


Or cependant la philosophie n’a pas tant surévalué la maitrise et le contrôle que tenté de remonter plus loin que la seule volonté monolithique qui appliquerait la rationalité indistinctement. Le centre de la pensée est ici de dénoyauter le désir, de remplacer le désir qui pousse à être dans le donné, l’immédiat, et qui conduit la machinerie impitoyable et incontrôlable ; sitôt que l’on est obnubilé par le monde ou une partie du monde, on est absorbé dans un circuit ou un cycle intérieur au monde lui-même.

Remonter dans les conditions de la conduite, soit donc l’éthique, n’est pas de maitriser la volonté mais de démonter les idées ou la pensée qui président au volontaire ou donc au désir.
L’éthique est donc distincte de la pensée philosophique même, (il est des séries d’idées qui mènent à la sagesse ou plutôt à cette cohérence spécifique de l’éthique…. qui n’est pas forcément « raisonnable »), mais on comprend bien qu’en même temps si il s’agit d’élaborer la remontée dans les idées ou représentations qui commandent au désir (comme logique naturelle du comportement), il faut bien penser la pensée et comprendre ce que l’on dit et comment.

Or la logique substitutive philosophique à la logique du désir naturel aboutit à présenter que notre désir, le désir en soi, le véritable désir n’a pas d’objet. Il n’est pas destiné à posséder, dénicher, aboutir à un objet. Autrement dit notre être n’est pas un désir. C’est ou ce serait encore se rendre dépendant du monde donné là immédiat, que de se croire mener selon un désir.
Ce par quoi la philosophie remplace le désir en l’élevant ou en essayant de le dériver ; au lieu de désirer l’immédiateté on voudra désirer le vrai, le bien, le beau, etc. mais la vérité est que ce faisant le désir a changé de nature ; il n’est pas ce qui recherche un objet, mais ce qui se-sait en son être, sa nature et au lieu de tendre vers un objet (extérieur nécessairement) ses objets à lui, lui existent ; ils existent dans le se-savoir, et ça n’est donc plus de désirer mais de réaliser. Ou encore plus profondément le désir n’est plus puisque notre être (qui se-sait et forme-un) s’élabore ; il est une source. Une source sans raison puisqu’elle est ce qui est (et bien que l'on ne sache pas ce qu'est se-savoir, ça n'est pas une connaissance d'abord). Elle est sans raison mais non par défaut ou de cette sorte de désespoir ou de déprime ; la source est le sens.
Le sens n’est ainsi pas postérieur, il est dans l’antériorité ; la philosophie qui se tient dans ce qui existe achevé, cad parfait, sait pertinemment que notre être n’est pas de désir (sinon donc de ces « objets » élevés qui n’en sont pas, des objets).
Or c’est ce qui apparait lorsque la vérité et l’universel s’étant acquis (parce que contrairement à l’habituelle litanie, la vérité et l’universel existent et battent leur plein, c’est un fait), mais aussi le sujet se possédant lui-même comme être libre (depuis Descartes, cela remonte à loin, longtemps donc que la philosophie a dépassé de vouloir seulement la vérité comme universalité, elle est entrée dans la réflexivité sur notre-être), une fois tout cela réalisé, le sujet s’inscrit si proche de lui-même, de son être-même, là, existant, qu’il se découvre justement comme étant la source, ou plutôt que son être est une source qui produit (des tas de réalisations, comme la vérité ou l’inventivité du libre, ce qui se voit très nettement depuis Descartes ; il est des tas de sujets, des tas d’explorations), et que se découvrant comme source, là, comme ça, sans raison, sans objet privilégié, il se noie d’angoisse existentielle ou ontologique ou effectue la reprise nietzschéenne de l’affirmation pure et simple de la source-même.

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